Bannière du dossier sur les collaborations musicales de Ringo Starr

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Ringo Starr, Marc Bolan et Elton John : les deux titres d’Apple Studios pour Born to Boogie

Une séance filmée en 1972 réunit trois personnalités majeures du rock britannique. Mais il faut distinguer l’interprétation de « Children of the Revolution » pour le film de la version publiée en single par T. Rex.

Une collaboration qui déborde le cadre d’un disque

Au printemps 1972, Ringo Starr travaille avec Marc Bolan et son groupe T. Rex sur Born to Boogie. Ce projet ne se réduit pas à une apparition devant la caméra. Ringo assure la réalisation et la production du film, tandis qu’une séquence musicale tournée aux studios Apple réunit Bolan, Elton John et l’ancien Beatle. Les sources filmiques documentent la présence de Ringo à la batterie et celle d’Elton John au piano. Leurs interventions concernent les interprétations filmées de « Children of the Revolution » et « Tutti Frutti », et non, par extension automatique, l’ensemble du catalogue de T. Rex.

Cette précision paraît élémentaire. Elle constitue pourtant l’un des pièges les plus fréquents dans les discographies de musiciens invités : lorsqu’un titre existe dans plusieurs versions contemporaines, la photographie célèbre d’une séance ou un extrait de film ne démontrent pas que les mêmes artistes ont joué sur le 45-tours commercial.

Le contexte : la T. Rextasy à Wembley

En 1972, Marc Bolan est au sommet de son succès britannique. Le concert de T. Rex à l’Empire Pool de Wembley, le 18 mars, fournit la matière centrale du film. Starr ne signe pas un documentaire neutre : le montage associe captation de concert, images décalées et intermèdes conçus spécialement pour le cinéma. La parenté avec la liberté visuelle de l’époque Magical Mystery Tour est sensible, mais le film possède son identité : celle d’un portrait flamboyant de Bolan et de sa relation à ses admirateurs.

L’intérêt du dossier des collaborations musicales est plus circonscrit. Entre les images du concert et les séquences fantaisistes, le film préserve le témoignage d’une formation de studio exceptionnelle. C’est ici que Ringo cesse momentanément d’être uniquement réalisateur pour redevenir partenaire musical.

« Children of the Revolution » : trois états à ne pas confondre

La chanson de Bolan appelle une lecture chronologique rigoureuse. Une longue répétition est signalée au 31 mars 1972 aux studios Rosenberg de Copenhague ; une annotation sur la boîte de bande la destinait à l’attention de Ringo. Une version destinée au film est ensuite enregistrée à Apple Studios au début d’avril 1972, avec Elton John au piano et Ringo Starr à la batterie. Les chronologies discographiques donnent souvent le 6 avril pour cette séance, tandis qu’une filmographie spécialisée préfère la fourchette « fin mars–début avril » : cette divergence justifie de ne pas transformer une datation éditoriale en certitude absolue.

Le single de T. Rex, publié en septembre 1972, relève d’une autre étape de production, menée durant l’été. La présence filmée de Ringo dans la version Apple ne suffit donc pas à lui attribuer la batterie du master du 45-tours. Dans une base de données sérieuse, les deux interprétations doivent recevoir deux fiches distinctes, avec leurs dates et sources respectives.

Cette nuance est d’autant plus importante que la fameuse séquence est régulièrement présentée dans la presse sous la formule abrégée « Bolan, Elton et Ringo jouent Children of the Revolution ». La phrase est juste pour le film. Elle devient trompeuse dès qu’on la reporte sans précaution dans le personnel du single original. L’étude complémentaire « Ringo joue-t-il sur le single Children of the Revolution ? » remonte aux trois versions et aux crédits du batteur de T. Rex, Bill Legend.

« Tutti Frutti » : le rock’n’roll comme terrain commun

Pour approfondir cette performance, la nouvelle étude discographique de « Tutti Frutti » distingue le master de Little Richard (1955), la batterie de Ringo filmée en 1972, la bande originale de 1991 et l’édition de 2022.

La même séance filmée comprend une reprise de « Tutti Frutti », classique popularisé par Little Richard. Le choix du titre n’a rien d’anodin. Avant le succès des Beatles comme avant l’explosion de T. Rex, ce répertoire fut un langage partagé par la génération britannique qui découvrait le rock américain. La présence de Starr en batteur et d’Elton John au piano rappelle la logique des réunions entre amis musiciens : on joue une chanson commune, immédiatement reconnaissable, sans chercher à imiter le son d’un groupe constitué.

Pour les archives, « Tutti Frutti » doit être décrit comme une performance de studio filmée pour Born to Boogie. Elle ne saurait être confondue avec l’enregistrement fondateur de Little Richard, ni avec une piste enregistrée par les Beatles.

Ringo Starr : batteur, réalisateur et témoin de la culture pop

La collaboration avec Bolan est double. Comme musicien, Ringo apporte sa présence rythmique à une séquence spécialement conçue pour la caméra. Comme réalisateur, il inscrit cette performance dans un objet cinématographique qui mêle spectacle et théâtralité. Cette double qualité lui donne une place différente de celle qu’il tient sur les sessions d’Harry Nilsson, de John Lennon ou de George Harrison : son rôle dans la création du contexte visuel est ici aussi important que son jeu.

Il serait excessif de tirer des seules images un inventaire technique de ses micros, cymbales, peaux ou prises successives. Pour cela, il faudrait consulter des fiches de session, des bandes multipistes et des documents de production identifiables. Le film confirme un geste musical, pas tous les détails de sa fabrication.

La bande originale : deux performances instrumentales et trois interventions parlées

Une source discographique complémentaire permet d’aller plus loin que les images du long métrage. La rétrospective publiée par The Second Disc en février 2022 reproduit la liste du disque Born to Boogie – The Soundtrack Album, sorti en 1991 sous la référence Marc on Wax MARC LP 514 et repris dans le coffret consacré à l’année 1972 de T. Rex. Les plages « Tutti Frutti » et « Children of the Revolution » y sont explicitement créditées à T. Rex avec Elton John et Ringo Starr. Elles constituent des pièces discographiques identifiables au-delà de la copie cinématographique.

Le même programme nomme trois autres plages avec Marc Bolan et Ringo Starr : « Look to the Left », « Some People Like to Rock » et « Some People Like to Roll ». Il s’agit cependant de courtes interventions vocales ou parlées, non de trois nouveaux titres pour lesquels Ringo serait crédité à la batterie. La distinction est essentielle dans une discographie participative : figurer dans la liste des interprètes d’une bande originale ne prouve pas que l’artiste ait enregistré une partie instrumentale.

Le programme répertorie également une reprise de « Children of the Revolution » avec des cordes. En l’absence de crédit individuel de batterie pour cet élément précis, on ne doit pas y reconduire automatiquement celui de la séquence Apple. Cette méthode permet de décrire le support de 1991 sans multiplier artificiellement le nombre de séances de 1972.

Source discographique : The Second Disc, « Solid Gold Easy Action: New T. Rex Box Chronicles Marc Bolan’s Work in 1972 », 7 février 2022, reproduction des références et du séquençage de la bande originale ; Born to Boogie – The Soundtrack Album, Marc on Wax, MARC LP 514 (1991).

Le destin du film et ses différentes éditions

Born to Boogie est présenté en 1972, puis régulièrement redécouvert par de nouvelles éditions vidéo. Les rééditions et bonus offrent aujourd’hui plusieurs façons d’étudier le travail de Starr, mais une édition DVD ou Blu-ray postérieure ne correspond pas à une nouvelle séance de batterie. Dans une sessionographie chronologique, la date de l’interprétation originale doit rester séparée de celle de la publication du support consulté.

Le catalogue Apple TV consacré au film crédite explicitement Ringo Starr à la réalisation et à la production, et mentionne Marc Bolan ainsi qu’Elton John parmi les participants. La filmographie spécialisée Beatles on Film situe le tournage dans les lieux emblématiques de Wembley et des studios Apple. Ces deux sources, croisées avec les données discographiques sur « Children of the Revolution », permettent de séparer l’attribution certaine de l’inférence abusive.

Pourquoi la chronologie doit être établie à partir des enregistrements plutôt que des disques

Quatre dates ou ensembles de dates circulent autour de cette collaboration : le concert de Wembley du 18 mars 1972, les activités préparatoires de fin mars, le tournage en studio d’avril et la sortie du single « Children of the Revolution » en septembre. Ces repères ne correspondent pas à quatre séances auxquelles Ringo aurait nécessairement participé comme instrumentiste. Le concert filmé met d’abord en scène T. Rex, tandis que les interventions communes de Bolan, Elton John et Starr relèvent d’une séquence de studio réalisée pour le film.

Le cas du 45-tours est particulièrement révélateur. Un titre identique peut passer de la répétition au tournage, puis à un autre master commercial, sans conserver le même personnel. Il faut résister à la tentation d’attribuer au batteur du film la piste diffusée à la radio simplement parce que les deux portent le même titre. Le crédit doit suivre la prise enregistrée, non la célébrité des musiciens associés à la chanson.

La bande originale parue en 1991 pose un deuxième problème, distinct : elle constitue une publication phonographique tardive d’un matériau beaucoup plus ancien. Si une piste de ce disque comporte réellement la batterie de Ringo captée en 1972, sa date d’enregistrement reste 1972 ; 1991 est sa date de publication sur cet album. La reprise dans le coffret rétrospectif de 2022 n’en fait pas davantage une nouvelle collaboration.

Enfin, le rôle de Ringo à l’écran doit être décrit avec précision. Son crédit de réalisateur s’applique au film ; son crédit de batteur s’applique aux interprétations identifiées. Les trois passages dialogués avec Bolan documentent une contribution supplémentaire à la bande originale, mais aucune batterie ne peut leur être attribuée pour la seule raison qu’ils portent son nom. Cette distinction entre fonction artistique, enregistrement et publication est indispensable à une encyclopédie musicale.

Ce qu’il reste à documenter sur les sources primaires

Un catalogue définitif devrait relever les inscriptions du disque Marc on Wax MARC LP 514, la durée exacte de chaque plage, les crédits imprimés au verso, le séquençage du coffret de 2022 et les éventuelles différences de montage entre les différentes éditions du film. L’identification des prises ferait idéalement appel aux boîtes de bandes, aux archives d’Apple Studios ou aux documents de production conservés. En leur absence, ces détails restent des pistes de recherche, non des certitudes bibliographiques.

Le rapprochement avec le film lui-même peut éclairer les différences de montage, mais une écoute comparée ne permet pas, à elle seule, de déterminer les dates de chaque overdub ni l’identité d’un instrumentiste invisible. Les futurs ajouts à cette sessionographie devront donc distinguer les crédits imprimés, les témoignages contemporains, la documentation secondaire et les conclusions d’analyse sonore.

Fiche sessionographique : ce qui est établi

Projet : Born to Boogie — film T. Rex réalisé et produit par Ringo Starr (1972). Lieu : Apple Studios, Londres. Fenêtre chronologique : fin mars–début avril 1972 ; 6 avril fréquemment indiqué pour l’enregistrement filmé. Titres : « Children of the Revolution » et « Tutti Frutti ». Personnel identifié : Marc Bolan et T. Rex ; Elton John (piano) ; Ringo Starr (batterie). Nature : interprétations filmées, distinctes des autres versions commerciales. Niveau de confiance : élevé pour la participation filmée, réservé pour les détails techniques et l’assimilation éventuelle au single.

Contrôle des crédits par édition

Le coffret T. Rex 1972, dont le programme est détaillé par le distributeur Burning Shed, attribue les pistes 5 et 6 de la bande originale à Elton John, Ringo Starr et T. Rex : « Tutti Frutti » et « Children of the Revolution ». Les pistes 7, 9 et 11 créditent Marc Bolan avec Ringo Starr pour « Look to the Left », « Some People Like to Rock » et « Some People Like to Roll ». Ce sont des passages dialogués ou vocaux et non trois nouvelles prestations de batterie. La liste de The Second Disc permet également de vérifier que la reprise finale avec cordes de « Children of the Revolution » ne porte pas ce même crédit instrumental.

Sources et bibliographie de travail

Born to Boogie, film de Ringo Starr, Apple Films, 1972 ; fiche de distribution et de production d’Apple TV, édition Demon Music, 2016 ; Beatles on Film, chronologie de tournage de mars–avril 1972 ; Mark Paytress, Marc Bolan: The Rise and Fall of a 20th Century Superstar, Omnibus Press, 2002 ; Cliff McLenahan, Marc Bolan: 1947–1977, A Chronology, Helter Skelter Books. Documentation discographique vérifiable : Born to Boogie – The Soundtrack Album, Marc on Wax, MARC LP 514 (1991) ; réédition dans T. Rex 1972 (2022), programme détaillé par Burning Shed ; The Second Disc, « Solid Gold Easy Action: New T. Rex Box Chronicles Marc Bolan’s Work in 1972 » (7 février 2022) ; AllMusic, notice Born to Boogie: The Soundtrack Album. Les dates de séances et crédits propres à chaque master doivent être vérifiés sur les supports ou archives primaires avant extension à d’autres pistes.