Yellow-Sub.net · Platinum Weird · Dave Stewart · 2006
Platinum Weird : deux batteries de Ringo dans une fausse archive des années 1970 (2006)
L’étrange projet de Dave Stewart et Kara DioGuardi, la fiction Erin Grace, le disque réellement enregistré en 2006 et les deux seules chansons dont Ringo tient la batterie.
Un enregistrement réel dissimulé dans une histoire volontairement fictive
Le nom Platinum Weird semble d’abord appartenir à une formation des années 1970, oubliée après la disparition de sa chanteuse Erin Grace. C’est le récit imaginé en 2006 par Dave Stewart, ancien membre d’Eurythmics, et la compositrice américaine Kara DioGuardi. L’album Make Believe fut lancé comme la redécouverte d’enregistrements anciens ; une émission produite pour VH1 et une campagne promotionnelle multiplièrent les récits de musiciens célèbres évoquant une formation prétendument historique.
Il est indispensable de l’écrire sans ambiguïté : le groupe de 1974 et la chanteuse Erin Grace, tels que présentés dans la campagne, relèvent de la fiction. Les morceaux ont été enregistrés dans les années 2005–2006, avec DioGuardi jouant le personnage de la chanteuse disparue. Ringo Starr est bien crédité à la batterie sur deux pistes de l’album, mais sa présence sur le disque n’établit aucune session en 1974.
Cette différence entre l’univers narratif de la promotion et les documents de studio constitue le principal enjeu historique du dossier. Une encyclopédie doit retenir l’année réelle de publication et éviter de déplacer les performances de Ringo dans une décennie où les titres n’existaient pas.
Une création née de la rencontre Dave Stewart–Kara DioGuardi
Le Los Angeles Times, dans une enquête de Chris Lee publiée le 5 juillet 2006, a établi les circonstances du projet. Stewart et DioGuardi avaient été mis en relation afin de préparer des compositions destinées à d’autres interprètes, mais leurs premières chansons prenaient plutôt une coloration de rock mélodique rappelant certaines productions anglo-américaines des années 1970.
Le président du label Interscope, Jimmy Iovine, les aurait encouragés à poursuivre cette direction. L’idée de la fausse histoire naît ensuite d’une question de mise en scène : comment attirer l’attention sur un duo composé d’un musicien très célèbre depuis Eurythmics et d’une créatrice surtout connue à l’époque pour ses chansons écrites pour d’autres ?
Le personnage d’Erin Grace et la légende d’un groupe perdu fournissent une réponse promotionnelle. Cette démarche peut être analysée comme une expérimentation de marketing musical, mais elle ne doit jamais être transformée en véritable biographie du rock des années 1970.
Ringo Starr : deux crédits de batterie et deux titres précis
Le programme standard de Make Believe comprend dix morceaux. Le relevé de personnel repris par les catalogues discographiques attribue explicitement Ringo Starr à la batterie sur les pistes 4 et 6, soit « Make Believe » et « If You Believe in Love ».
Ces crédits sont corroborés par la discographie générale de Ringo et par la distribution de l’album publiée sur les bases de collection. Il ne faut donc pas créditer sa batterie sur « Will You Be Around », « Happiness », « Lonely Eyes » ou toutes les autres chansons du programme. L’album cite également Brian Parfitt à la batterie parmi les musiciens du projet, ce qui renforce la nécessité d’individualiser la participation de Ringo.
La documentation disponible ne précise pas le jour de la prise de batterie ni si Ringo et l’ensemble du personnel ont enregistré simultanément. Les deux chansons constituent des prestations confirmées ; les circonstances matérielles particulières restent à établir à partir des livrets physiques ou des documents des producteurs.
Make Believe, piste 4 : une première contribution
La quatrième chanson, « Make Believe », donne son titre à l’album publié. Elle dure environ 3 min 32 s dans le programme standard. Les crédits généraux du projet nomment Dave Stewart aux guitares, à l’harmonica et au chant, Kara DioGuardi sous l’identité fictive d’Erin Grace au chant, Noel Chambers aux claviers et Matthew Sugarman à la basse.
Ringo tient la batterie de ce titre précis. L’importance de sa présence se comprend au regard de l’esthétique recherchée par Stewart : une formation évoquant les groupes pop-rock des années 1970, mais enregistrée avec des musiciens contemporains. Il n’est pas possible de préciser quelle batterie ni quelle configuration de microphones furent utilisées, les documents publics ne donnant pas ces détails.
Le rôle de Ringo demeure instrumental. Les chansons sont rattachées au duo de compositeurs Stewart–DioGuardi, la signature fictive Erin Grace jouant un rôle dans la présentation du répertoire. Aucun crédit vérifié ne fait de Richard Starkey le coauteur de « Make Believe ».
If You Believe in Love, piste 6 : la seconde batterie
« If You Believe in Love » occupe la sixième place du même programme et dure environ 3 min 28 s. Le personnel du disque attribue là encore la batterie à Ringo.
L’existence d’un autre morceau présenté dans les premières communications sous une formulation rapprochée, « If You Believe », rappelle la nécessité de surveiller les titres exacts des éditions. Une proximité de noms entre une maquette, un EP et une version commerciale ne suffit pas pour supposer un master identique.
Dans l’inventaire, la prise de Ringo est attachée à la sixième piste de l’édition standard de 2006. Un éventuel passage sur une autre compilation devra faire l’objet d’une confrontation de durée, mixage, personnel et numéro de matrice avant d’être traité comme une nouvelle version.
Le témoignage de Dave Stewart en 2011 : le disque publié par erreur
Une interview accordée à The A.V. Club en septembre 2011 apporte un éclairage direct sur l’histoire des deux programmes enregistrés. Stewart explique que lui et DioGuardi avaient préparé des versions évoquant une production des années 1970 pour leur documentaire et une autre série de chansons correspondant au véritable projet contemporain. Il raconte qu’une confusion dans l’envoi de disques aux journalistes conduisit le label à publier commercialement la collection rétro en premier.
Stewart insiste sur le fait que l’album qu’ils envisageaient initialement n’a pas eu la carrière attendue comme publication autonome. Des éditions spéciales de Make Believe intégrèrent en revanche un second disque de chansons ou de versions alternatives.
Pour l’histoire des contributions de Ringo, ce témoignage explique pourquoi la discographie présente parfois plusieurs objets intitulés Platinum Weird. Il ne suffit pas de recopier un crédit général d’un des CD pour l’attribuer à toutes les variantes de l’autre.
Une édition normale et un coffret Best Buy à deux disques
Le programme commercial standard comporte dix titres, de « Will You Be Around » à « Goodbye My Love ». La discographie d’AllMusic recense plusieurs références de l’album sur les labels Interscope et Weapons of Mass Entertainment, dont des CD et des versions numériques.
Certaines éditions vendues par la chaîne américaine Best Buy ajoutent un second CD de douze titres, comprenant d’autres chansons ou variantes, notamment « Taking Chances », « Avalanche », « Somebody to Love » et « Mississippi Valentine ». La formule « album double » renvoie ici à une variante matérielle, non à deux nouvelles séances de Ringo forcément documentées.
Les deux batteries confirmées appartiennent aux pistes 4 et 6 du programme standard. Pour déterminer si l’ancien Beatle apparaît aussi sur une version alternative du deuxième disque, il faudrait consulter le livret propre à cette édition ou identifier les différences de master ; le crédit global ne permet pas de l’affirmer.
Le faux documentaire : Ringo joue un rôle dans la promotion
Le documentaire télévisé Rock Legends: Platinum Weird utilise un dispositif de faux témoignages. Selon l’enquête contemporaine du Los Angeles Times, Ringo, Elton John, Mick Jagger, Stevie Nicks et plusieurs autres personnalités sont mobilisées comme témoins ou figures de référence de l’histoire inventée du groupe.
Leur présence dans cette fiction médiatique ne constitue pas la preuve qu’ils aient réellement enregistré ou fréquenté Platinum Weird en 1974. Pour Ringo, il faut conserver deux objets : sa prestation musicale enregistrée en 2005–2006 et sa présence dans le récit promotionnel de 2006.
Les deux aspects sont culturellement intéressants, mais n’ont pas le même statut documentaire. Le premier relève de la sessionographie ; le second appartient à l’histoire de la communication musicale et de la participation d’un artiste à un programme audiovisuel.
Production, personnel et données ouvertes
AllMusic attribue notamment la production de l’album à Dave Stewart et Dennis Douglas, le travail d’ingénierie à Michael Addison, ainsi que des crédits exécutifs à Elton John et Steve Brown. Les noms de Matthew Sugarman, Noel Chambers et Brian Parfitt sont cités dans le personnel.
Ces crédits doivent être reproduits à l’échelle pertinente. Stewart est l’un des moteurs de l’ensemble du projet et travaille aux instruments ; cela ne signifie pas que chaque prise ait été réalisée dans un lieu unique. Les catalogues donnent Basing Street et Mayfair Studios à Londres parmi les lieux d’enregistrement, mais n’affectent pas nécessairement une prise précise de Ringo à chacun d’eux.
Le prochain niveau de vérification consisterait à rapprocher un livret original, des feuilles de piste et les identifiants de master des programmes standard et bonus. Tant que ces pièces manquent, l’encyclopédie conservera les dates publiées et les deux crédits de batterie sans reconstruire une chronologie journalière.
Fiche technique et importance de la collaboration
Artiste principal : Platinum Weird. Album : Make Believe, 2006, Interscope / Weapons of Mass Entertainment. Chanson 1 : « Make Believe », piste 4, environ 3 min 32 s, Ringo Starr à la batterie. Chanson 2 : « If You Believe in Love », piste 6, environ 3 min 28 s, Ringo Starr à la batterie. Projet musical : Dave Stewart et Kara DioGuardi ; Erin Grace, personnage fictionnel associé à DioGuardi. Autres musiciens : Noel Chambers, Matthew Sugarman et Brian Parfitt.
Publication : 2006, avec édition à dix pistes et variante Best Buy à disque additionnel. Attention historique : 1974 représente la date inventée de la fiction promotionnelle, non celle des sessions. État de preuve : personnel de l’album et discographies concordants pour les deux pistes, témoignage de Stewart et enquête de presse pour la genèse.
Cette collaboration illustre mieux que beaucoup d’autres la raison d’être d’une discographie critique : le même objet peut contenir des crédits musicaux véridiques, une biographie de groupe volontairement inventée et plusieurs versions matérielles d’un programme, qu’il faut étudier séparément.
Image d’ambiance de la photothèque Yellow-Sub.net ; elle ne représente pas la séance étudiée.
Sources et références discographiques
- AllMusic, Make Believe : catalogue, personnel et éditions de l’album.
- Eurythmics Ultimate, discographie de Platinum Weird et présentation du second disque.
- Los Angeles Times, Chris Lee, enquête du 5 juillet 2006 sur le groupe fictif.
- The A.V. Club, entretien avec Dave Stewart, 2011, sur les deux programmes et la sortie commerciale.
- Relevé des pistes et des crédits de batterie individualisés de Make Believe.












