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Yellow-Sub.net · Ringo Starr · Klaus Voormann · 2008–2009

Klaus Voormann et Ringo Starr : les deux sessions d’A Sideman’s Journey (2008–2009)

De Hog Hill Mill à Los Angeles : comprendre les retrouvailles avec Paul McCartney, les souvenirs de Hambourg et les vrais crédits de You’re Sixteen.

Un disque sur le métier de musicien accompagnateur

Lorsque Klaus Voormann prépare A Sideman’s Journey, paru en 2009, son ambition va bien au-delà d’une réunion de célébrités. Le bassiste et graphiste allemand entreprend de revisiter des chansons et des rencontres importantes dans son itinéraire : les Beatles de Hambourg, John Lennon, George Harrison, la soul américaine et les musiciens avec lesquels il a travaillé après 1970. Le disque est construit comme une autobiographie par le répertoire : un ancien accompagnateur devient l’architecte d’une suite de séances réunissant ses compagnons de route.

Ringo Starr prend part au projet, au côté de plusieurs autres batteurs dont Jim Keltner. Sa présence ne signifie pas qu’il joue sur la totalité des chansons, ni que les ex-Beatles ont enregistré tous leurs instruments ensemble. L’histoire est beaucoup plus intéressante. Le témoignage de Voormann, publié dans ses propres archives de production, distingue des séances tenues en Angleterre puis à Los Angeles, à des dates différentes. Il fournit une source de premier ordre pour reconstituer le déroulement.

Le disque paraît chez Universal en juillet 2009. La publication, les sessions et les éventuelles rééditions sont trois objets différents : l’année imprimée au dos du CD ne suffit pas pour dater la présence physique de Ringo en studio.

I’m in Love Again : une chanson de Fats Domino, devenue souvenir de Hambourg

« I’m in Love Again » est une composition de Fats Domino et Dave Bartholomew, antérieure aux Beatles. La version de Klaus Voormann tire une grande part de son sens de leur rencontre à Hambourg. Voormann raconte avoir entendu ce morceau dans les années 1960, à l’époque où Stuart Sutcliffe et les futurs Beatles fréquentaient les clubs de la ville. Il relie ainsi la chanson à une scène qui précède le statut de célébrité mondiale du groupe.

Enregistrer ce titre pour son propre album correspond à une sorte de retour aux sources : le musicien retrouve Paul McCartney pour jouer une musique que tous deux reconnaissent comme une part de leur formation. Paul chante et joue plusieurs instruments ; Voormann reprend la basse. Ce n’est pas une nouvelle composition des Beatles, encore moins une chanson composée par McCartney en 2008.

Des index discographiques attribuent aussi la batterie de cette version à Ringo Starr. La question de la date et de la nature exacte de sa contribution est néanmoins plus complexe que ne le suggèrent certains tableaux de personnel, et doit être discutée séparément.

Les souvenirs de Voormann contredisent une séance unique à trois

Dans son récit de production intitulé « ASJ Session 1 », Voormann situe le travail avec McCartney à The Mill Studio, dans l’East Sussex. Il explique que Paul enregistra une série de parties supplémentaires, notamment une partie de batterie, des guitares et de l’orgue Hammond. Surtout, il situe cette rencontre un lundi de mai et non pas nécessairement le 19 juin que l’on retrouve dans certaines chronologies secondaires.

Dans la description d’une autre séance, Voormann précise que Ringo avait espéré venir au studio de Paul mais que leurs agendas n’avaient pu être conciliés. Il avait même envisagé plusieurs façons de se déplacer, sans réussir à participer à cette première rencontre. Les musiciens décidèrent alors de programmer une séance sur la côte ouest américaine, au début du mois d’août.

Ces indications constituent une divergence documentaire importante. Un relevé de The Paul McCartney Project donne le 19 juin 2008 et crédite simultanément Paul et Ringo à la batterie sur « I’m in Love Again ». Le récit de Voormann oblige à ne pas transformer cette date en preuve que Ringo était physiquement présent chez McCartney. Une éventuelle participation ajoutée ultérieurement doit être distinguée de la prise initiale.

Los Angeles : la rencontre avec Jim Keltner et les anciens partenaires

Voormann raconte ensuite une séance au Blue Palm Digital Studio de Trevor Lawrence, à Hollywood. Il situe l’organisation de cette réunion après les dernières dates américaines de la tournée de Ringo, au début du mois d’août. L’équipe rassemble notamment Jim Keltner, Van Dyke Parks et Trevor Lawrence, tandis que d’autres amis musiciens rendent visite au studio, dont Don Preston, Albert Lee et Joe Walsh.

Cet ensemble de noms ne doit pas devenir un personnel imaginaire commun à chaque morceau du disque. Les musiciens sont mentionnés dans le récit général de deux journées d’enregistrement ; les crédits individuels restent nécessaires pour préciser les fonctions et les pistes.

La présence simultanée de deux batteurs historiques, Starr et Keltner, donne au projet une valeur supplémentaire. Keltner est un partenaire de Ringo depuis le début des années 1970. Mais le fait que deux artistes se retrouvent en session ne signifie pas automatiquement qu’ils partagent tous les titres publiés pendant ces journées.

You’re Sixteen : deux batteurs, mais une autre voix principale

Sur « You’re Sixteen », chanson de Robert et Richard Sherman popularisée par Johnny Burnette et devenue un succès majeur de Ringo Starr dans sa carrière solo, Voormann apporte un témoignage exceptionnel. Il évoque explicitement Ringo et Jim Keltner jouant ensemble sur le morceau dans le studio hollywoodien. Ce fait est plus solide qu’une simple mention du nom de Ringo parmi tous les invités de l’album.

Il ajoute un détail révélateur : il avait envisagé de confier le chant à Ringo, mais ce dernier ne souhaitait pas reprendre cette chanson au micro. Voormann sollicita donc Max Buskohl, chanteur d’une génération plus jeune. L’enregistrement réunit ainsi la mémoire d’un succès de Ringo et la volonté du producteur de ne pas simplement reproduire la version familière de 1973.

L’œuvre et la performance sont deux objets distincts. Le crédit d’auteur appartient toujours aux frères Sherman, Max Buskohl assure le chant sur la version de Voormann, tandis que l’apport explicitement raconté de Ringo concerne la batterie. La présence de la chanson dans l’album ne constitue pas une nouvelle interprétation vocale de Ringo.

Une sessionographie à deux niveaux de certitude

Il faut créer une fiche de niveau documentaire élevé pour « You’re Sixteen », dont le témoignage direct de Voormann établit la présence de Ringo et Jim Keltner dans le même studio. Pour « I’m in Love Again », la présence de Ringo dans les catalogues de personnel peut être notée, mais son moment d’enregistrement est à clarifier : la prise initiale de Paul est documentée séparément, et l’arrivée de Ringo chez lui n’a finalement pas eu lieu selon Voormann.

Cette différence ne revient pas à rejeter tous les crédits secondaires. Elle consiste à poser correctement les questions : Ringo a-t-il ajouté ultérieurement une partie de batterie ? Le master contient-il sa partie et celle de Paul, ou les mentions agrègent-elles différentes couches de production ? Les livrets des éditions Deluxe, les bandes du documentaire et les feuilles de pistes seraient les documents à rechercher pour départager ces hypothèses.

Il serait à ce stade imprudent d’affirmer que Paul et Ringo ont enregistré côte à côte, le 19 juin, une prise de batterie commune à The Mill. Le dossier classe cette proposition comme non confirmée par le témoignage primaire.

Les nombreuses séances d’un album qui parcourt le monde

Voormann présente A Sideman’s Journey comme le résultat de sept sessions tenues dans plusieurs villes, notamment Londres, Memphis, Hambourg, Los Angeles et Munich. Ce choix de production reflète son histoire d’accompagnateur itinérant. Il explique aussi pourquoi il est trompeur d’utiliser une date unique pour toutes les chansons ou de donner à tous les intervenants le même lieu d’enregistrement.

L’album accueille, selon les pièces, Yusuf Islam, Bonnie Bramlett, Dr. John, des membres de Manfred Mann et plusieurs guitaristes. Certaines chansons renvoient à George Harrison ; d’autres au répertoire de Randy Newman ou de Bob Dylan. Tous ces choix constituent des jalons autobiographiques de Voormann.

L’étude consacrée à Ringo doit rester intégrée à cette architecture : une contribution de batteur dans un album conçu par un bassiste et graphiste qui connaît intimement les deux dimensions du rock enregistré, la musique et l’objet discographique.

L’édition de 2009, les coffrets et le documentaire

Un communiqué paru à l’occasion d’une nomination aux Grammy Awards mentionne les variantes Deluxe de A Sideman’s Journey, notamment une édition comprenant CD, DVD, livre illustré et tirage signé de Voormann. Ces éléments sont précieux pour la recherche : l’image peut documenter la disposition des instrumentistes et leur présence simultanée, quand le livret peut reprendre une distribution plus détaillée que les fiches des plateformes.

Une vidéo de session ou un documentaire ne constitue cependant pas la preuve qu’un plan tourné dans un studio correspond à la prise audio finalement utilisée dans le disque. Montage, prises de répétition et overdubs peuvent coexister. La bonne méthode consiste à croiser les images avec les témoignages, les crédits et, si possible, les documents de production.

L’information commerciale elle-même doit être tenue à part : un même titre publié dans une édition standard puis un coffret enrichi n’est pas automatiquement un nouvel enregistrement.

Fiche de synthèse et conclusion

Artiste principal : Klaus Voormann & Friends. Album : A Sideman’s Journey, Universal, 2009. Chanson « You’re Sixteen » : Ringo Starr et Jim Keltner à la batterie selon le témoignage de Voormann ; Max Buskohl au chant ; chanson composée par Robert et Richard Sherman ; séance à Hollywood au début d’août 2008 selon le récit du producteur. Chanson « I’m in Love Again » : titre de Fats Domino et Dave Bartholomew ; prise anglaise réunissant McCartney et Voormann, date exacte disputée ; présence de Ringo créditée par certains index, modalité précise de sa contribution à confirmer.

Règle d’attribution : ne jamais transformer une liste générale de musiciens en distribution de toutes les pistes. Règle chronologique : distinguer les séances de mai, la rencontre californienne du début d’août 2008 et la publication de l’album en juillet 2009.

C’est un cas d’école pour une encyclopédie des collaborations : le témoignage d’un acteur de première main corrige une interprétation chronologique trop rapide des catalogues secondaires. La valeur de cette enquête tient autant à ce qu’elle confirme qu’à ce qu’elle refuse de simplifier.

Illustration d’ambiance provenant de la photothèque Yellow-Sub.net ; cette photographie ne documente pas la session.

Ringo Starr : image d'ambiance pour le chapitre coauteur et Ring O' Records

Sources et références discographiques

  1. Klaus Voormann, récit personnel des sessions de A Sideman’s Journey (archive du site officiel ; lien historique susceptible de redirection).
  2. The Paul McCartney Project, fiche discographique et date secondaire du 19 juin 2008.
  3. The Paul McCartney Project, dossier de la chanson I’m in Love Again.
  4. Communiqué sur les éditions Deluxe et leur matériel documentaire.
  5. Mix, archives de la production de l’album à Memphis (avril 2009).