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Yellow-Sub.net · Sessionographie critique · 1982–1983

Chris Stainton et Ringo Starr : claviers et coécriture sur Old Wave

De la séance du 10 mars 1982 aux crédits de « Everybody’s in a Hurry but Me » : une enquête sur le clavier de Chris Stainton, sa relation avec Gary Brooker et les limites des listes globales de musiciens.

Pourquoi Chris Stainton mérite une étude séparée

Le nom de Chris Stainton occupe une place particulière dans la sessionographie d’Old Wave, l’album enregistré par Ringo Starr principalement en 1982 sous la direction musicale de Joe Walsh et publié en 1983. Né dans l’univers du rhythm and blues britannique, Stainton s’est imposé à la fin des années 1960 dans l’entourage de Joe Cocker et du Grease Band ; sa longue carrière l’a ensuite rapproché d’Eric Clapton et de nombreuses productions rock. Chez Ringo, pourtant, son histoire est souvent réduite à une ligne : « keyboards ». Cette simplification masque deux aspects plus intéressants : sa présence à certaines séances où Gary Brooker n’est pas le claviériste du jour et l’apparition de son nom parmi les cinq auteurs de la pièce collective « Everybody’s in a Hurry but Me ».

La présente étude est volontairement circonscrite au travail de Stainton autour d’Old Wave, et non à toute sa biographie. Elle ne reprend pas les analyses de chaque chanson déjà publiées sur Yellow-Sub.net. Son sujet est le crédit documentaire : comprendre ce que signifie une liste de musiciens imprimée dans un livret, comment une distribution varie d’une date de studio à l’autre et pourquoi l’attribution d’une composition collective ne se confond pas avec un inventaire définitif des parties enregistrées sur le master.

Les séances de mars 1982 : une équipe de base, plusieurs claviéristes

Le travail d’Old Wave commence au début du mois de mars 1982. La maison de Ringo à Tittenhurst Park dispose alors de Startling Studios, où l’on enregistre un ensemble de bases rythmiques avant les overdubs et le mixage final. Joe Walsh réunit notamment Ringo à la batterie et à la voix, Mo Foster à la basse et, pour les claviers, Gary Brooker ou Chris Stainton selon les séances. Jim Nipar assure un suivi technique que ses crédits permettent de retrouver sur tout l’album. La présence répétée de certains partenaires ne doit pas conduire à imaginer une distribution figée.

Les notes historiques établies pour la réédition d’Old Wave mentionnent explicitement que le groupe de base se compose le plus souvent de Starr, Walsh, Foster et Brooker, mais que Stainton remplace ponctuellement Brooker ; la date du mercredi 10 mars 1982 est identifiée pour son intervention. Cette précision a une portée documentaire forte : deux noms figurant côte à côte dans un tableau rétrospectif ne prouvent pas que les deux pianistes ont joué simultanément lors de l’enregistrement d’une même base rythmique. Un overdub postérieur reste possible, mais il faut le documenter plutôt que le présumer.

Le piano, l’orgue et les autres claviers participent à la texture de ce rock de studio sans réclamer constamment une place au premier plan. Dans ce type de production, la qualité d’un accompagnateur tient souvent à sa capacité de soutenir la pulsation et les guitares sans saturer l’arrangement. Les styles très différents de Brooker, associé à Procol Harum, et de Stainton, nourri du blues et de la scène britannique, contribuent à la diversité des séances ; la différenciation des artistes relève cependant des crédits et des documents, pas d’une prétendue identification auditive infaillible de chaque main sur chaque touche.

Quatre chansons créditées aux deux claviéristes dans les listes piste par piste

Les inventaires discographiques détaillés d’Old Wave font apparaître Gary Brooker et Chris Stainton comme claviéristes sur les quatre premières plages du LP : « In My Car », « Hopeless », « Alibi » et « Be My Baby ». Une lecture superficielle en déduirait huit présences instrumentales certaines, quatre pour chaque musicien. Or les notes de session rappellent que Stainton intervient au moins une journée en remplacement de Brooker : le tableau de personnel doit être lu comme une attribution à l’ensemble du processus de production, sans conclusion immédiate sur une prise commune.

Sur « In My Car », les fonctions de composition se répartissent entre Joe Walsh, Richard Starkey, Mo Foster et Kim Goody. L’identité des auteurs ne prouve évidemment pas qu’ils se trouvent tous dans la même cabine au moment de la prise. Les claviers de Stainton et Brooker sont mentionnés dans le relevé des musiciens, mais le détail de ce qui relève de la bande de base, des overdubs ou des variantes n’est pas complètement résolu par ce seul relevé. L’article consacré à « In My Car » et ses deux versions suit précisément le destin discographique du morceau.

« Hopeless » et « Alibi » sont deux compositions de Ringo Starr et Joe Walsh. Elles possèdent la même distribution générale de claviers que la première chanson, tout en différant par leurs arrangements et leurs étapes de finition. Pour « Hopeless », les choristes Steve Hess, Mark Easterling et Patrick Maroshek apparaissent également sur le relevé. Pour « Alibi », l’enquête sur Gary Brooker, Chris Stainton et les studios Startling offre l’endroit approprié pour retrouver les étapes d’enregistrement. Il faut éviter de créer une nouvelle fiche concurrente : ce portrait s’intéresse au rôle de Stainton, et non à une deuxième analyse indépendante du même master.

Le quatrième titre, « Be My Baby », est une composition de Joe Walsh. Le personnel récapitulatif y mentionne encore Brooker et Stainton aux claviers. Une nuance supplémentaire s’impose : les notes de séance documentent aussi une partie de synthétiseur Prophet jouée par Joe Vitale lors d’une intervention distincte. Un instrument électronique entendu à l’écoute n’est donc pas automatiquement attribuable à Stainton ou à Brooker. Le lecteur peut comparer la fiche historique de « Be My Baby » et l’étude de Joe Vitale entre 1982 et 2012 : l’une établit la genèse de la chanson, l’autre précise l’auteur d’une couleur instrumentale particulière.

Le cas de « Everybody’s in a Hurry but Me » : un instrument et un crédit d’auteur

Le neuvième titre de l’album représente une situation encore différente. « Everybody’s in a Hurry but Me » naît d’une séance improvisée à Startling Studios le 14 mars 1982. Ringo Starr y tient la batterie ; Joe Walsh et Eric Clapton sont aux guitares, John Entwistle à la basse et Ray Cooper aux percussions. Les crédits d’auteur de l’œuvre associent Richard Starkey, Joe Walsh, John Entwistle, Eric Clapton et Chris Stainton. La présence de Stainton parmi les auteurs est attestée dans les crédits éditoriaux de la chanson, et des reconstructions détaillées le créditent également au piano sur cette pièce.

Cette double attribution n’est pas une simple formule : elle montre que le rôle du musicien dépasse celui d’un accompagnateur ajouté après la composition. Dans le cas d’une improvisation collective, le partage des droits d’auteur peut reconnaître la création d’un motif, l’organisation harmonique ou une contribution décisive au développement du morceau. Il serait néanmoins excessif de déduire une part exacte de composition de la seule liste des cinq auteurs. En l’absence de contrat et de témoignage détaillant le partage, l’encyclopédie doit se limiter à la qualité d’auteur crédité et aux instruments attribués dans les documents disponibles.

La chronologie ne s’arrête pas au 14 mars. Le morceau est retouché lors de séances ultérieures ; la mise au point se poursuit au printemps et durant l’été, et des interventions de Ringo sont signalées le 6 août 1982 à Santa Barbara. Les étapes successives doivent être séparées de la jam initiale, même si les notices commerciales condensent souvent l’ensemble sous une année de copyright. Voir « Everybody’s in a Hurry but Me » : les cinq musiciens de la jam pour l’étude propre au master et à ses versions.

Pourquoi les notices mondiales ne comptent pas toutes les pistes de la même façon

Les listes générales de personnel diffusées en ligne attribuent parfois Stainton aux claviers sur huit plages d’Old Wave : les pistes 1 à 4, puis 6, 7, 9 et 10. Certaines listes détaillées des dix morceaux, en revanche, l’identifient nommément sur les quatre premières, tout en mentionnant sa qualité d’auteur pour la neuvième. Elles attribuent aux autres chansons des formations sensiblement différentes, par exemple Bruce MacPherson à l’orgue, Peter Bunetta ou Russ Kunkel à la batterie, et une section de cuivres spécifique. Ce décalage entre un tableau global et les crédits par piste est le cœur de l’enquête.

La présence de Stainton dans la liste globale ne doit ni être effacée ni transformée, sans réserve, en huit prises identifiées. En attendant une confrontation systématique entre les livrets physiques, les feuilles de séances et les bandes multipistes, la formulation la plus solide est la suivante : Stainton participe aux sessions d’Old Wave, il est explicitement signalé le 10 mars 1982, les quatre premières chansons comportent son nom dans leurs crédits de clavier récapitulatifs, et la jam « Everybody’s in a Hurry but Me » lui attribue également un rôle d’auteur et de pianiste. Les autres attributions, lorsqu’elles proviennent de tableaux globaux, doivent être considérées comme des pistes de vérification et non comme des certitudes piste par piste.

Les variantes n’affectent pas toutes les chansons de la même manière. « As Far as We Can Go » combine une voix de Ringo captée en 1978 avec un nouvel accompagnement enregistré en 1982 ; dans cette reconstruction, le piano revient à Joe Vitale et les synthétiseurs à Walsh, pas à Stainton. Les sessions de « She’s About a Mover » et de « Picture Show Life » utilisent d’autres formations. Ces exemples montrent pourquoi un raisonnement qui partirait de la seule liste générale des musiciens pour ajouter Stainton à tout l’album produirait des erreurs.

Un artisan lié à Joe Cocker et Eric Clapton, au service d’une session de Ringo

La familiarité de Chris Stainton avec les rythmes du blues britannique explique sa place dans un projet qui réunissait également Joe Walsh, Eric Clapton et d’autres musiciens habitués aux séances collectives. Cette proximité de milieu ne suffit cependant pas à établir une collaboration directe sur chacun des titres où Clapton est présent. Le cas de « Everybody’s in a Hurry but Me » est précisément documenté par les crédits du master et par ceux de l’œuvre, mais il ne justifie pas d’inventer une série de rencontres supplémentaires avec Ringo hors du disque.

Le travail de studio au début des années 1980 s’accommode d’équipes mobiles, de bandes transportées d’un lieu à un autre, de changements de personnels entre la base rythmique et la finition du morceau. Stainton appartient à ce dispositif : ses interventions s’expliquent autant par son expérience que par la disponibilité des autres instrumentistes. Le contraste avec Gary Brooker doit donc être abordé comme une question de dates, prises et instruments, non comme une compétition artistique entre deux claviéristes.

Chris Stainton, Gary Brooker et les claviers : deux signatures qui ne sont pas interchangeables

Les séances d’Old Wave réunissent Chris Stainton et Gary Brooker, deux claviéristes issus de traditions et d’expériences différentes. Leur présence dans le même ensemble de studio peut expliquer la richesse des harmonies et des textures de plusieurs chansons. Elle ne permet pourtant pas d’attribuer à l’un tous les pianos et à l’autre tous les orgues, ni de présumer qu’ils jouent simultanément sur la totalité du programme. Les crédits par titre doivent prendre le pas sur une description générale de l’album.

Stainton possède une vaste expérience de l’accompagnement de chanteurs et guitaristes, notamment dans l’entourage de Joe Cocker et Eric Clapton. Cette pratique facilite sa participation à un groupe de studio où le producteur Joe Walsh peut modifier les arrangements et inviter différents solistes. Mais une biographie de musicien ne constitue pas une preuve suffisante pour identifier un instrument particulier dans un mix. La présence d’un piano aux accents de rhythm and blues n’autorise pas, à elle seule, à désigner Stainton comme exécutant.

Les rôles de Brooker doivent être examinés séparément. Sa voix et son jeu de clavier sont associés au répertoire de Procol Harum, mais il intervient sur Old Wave pour servir les compositions de Ringo et Walsh. Sur « Going Down », les crédits le placent notamment au piano et dans les voix d’accompagnement. Ce rôle n’est pas équivalent à une intervention de compositeur sur toutes les chansons où son nom figure. Un invité peut apporter une couleur reconnaissable tout en restant membre de l’équipe d’un autre interprète.

La chanson « Everybody’s in a Hurry but Me » relève encore d’une autre configuration. Son histoire commence dans un ensemble comprenant Eric Clapton, John Entwistle, Joe Walsh, Ray Cooper et Starr. Le crédit d’auteur de Stainton doit être distingué de l’attribution instrumentale et des dates de prise. Un musicien peut participer à la création d’une œuvre sans nécessairement être présent sur toutes les étapes de sa réalisation. La sessionographie devrait donc tenir séparément le relevé des auteurs, les interprètes de la prise de base et les éventuels overdubs.

Cette distinction est particulièrement utile pour la navigation : l’étude de Gary Brooker suit le musicien jusqu’au All-Starr Band et au Concert for George, tandis que la présente notice reste centrée sur la place de Stainton dans l’atelier d’Old Wave. Une participation aux mêmes sessions ne justifie pas deux reproductions intégrales de la sessionographie.

Le périmètre exact de cette notice et les vérifications futures

La reconstruction de la présence de Stainton gagne à reposer sur plusieurs catégories de documents. Les crédits imprimés de l’album de 1983 et ceux des rééditions de 1994 fixent les attributions officiellement publiées. Les notes rétrospectives précisent le remplacement ponctuel de Brooker autour du 10 mars 1982. Les crédits d’édition de « Everybody’s in a Hurry but Me » confirment la coécriture à cinq. Enfin, l’examen des enregistrements et des listes piste par piste permet de repérer où les noms des claviéristes sont détaillés et où ils ne le sont plus. La prochaine étape archivistique serait la confrontation des feuilles de pistes de Startling Studios aux bandes de travail de Santa Barbara, afin de dater les overdubs et de déterminer, sans approximation, quels morceaux contiennent l’un, l’autre, ou les deux claviéristes.

Cette fiche complète l’atlas d’Old Wave et ses dix chansons ; pour le contexte technique, elle renvoie à Jim Nipar, responsable de l’enregistrement et du mixage, et pour l’identification chronologique à la sessionographie générale du dossier Ringo Starr. Elle n’a pas vocation à concurrencer les articles musicologiques déjà publiés sur « Alibi », « Be My Baby » et la jam de mars 1982 : son rôle est de documenter un collaborateur, de préciser ses crédits et de maintenir visibles les incertitudes qui entourent encore certaines attributions.