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Joe Walsh et Ringo Starr : Old Wave, All-Starr Band et collaborations réciproques (1982–2012)

De la production d’Old Wave aux scènes du All-Starr Band, puis aux enregistrements de Ringo 2012 et d’Analog Man, la relation entre les deux musiciens évolue sans perdre sa continuité artistique.

1982 : une nouvelle association après les producteurs des années 1970

La collaboration de Joe Walsh avec Ringo Starr constitue un passage important entre les albums produits par des professionnels extérieurs et les réseaux plus stables qui entourent le batteur pendant les décennies suivantes. Walsh est un guitariste et chanteur déjà reconnu, passé notamment par les James Gang, Barnstorm et les Eagles. En 1982, il apporte cette expérience à la production de Old Wave, projet dont la fabrication traverse plusieurs studios et plusieurs configurations de musiciens. Il n’intervient pas seulement pour enregistrer une guitare invitée : il participe à la direction du disque, à certaines chansons et à l’organisation des prises.

L’histoire doit cependant commencer par les responsabilités réelles. Le nom de Walsh associé à la production n’implique pas qu’il a joué toutes les guitares de l’album ou décidé seul de chaque version. Jim Nipar est un acteur essentiel de l’enregistrement et du mixage ; les bassistes, claviéristes et percussionnistes proviennent de plusieurs réseaux ; Ringo assume chant, batterie et parfois une partie de l’écriture. Cette équipe doit être reconstruite titre par titre plutôt que présentée comme un groupe permanent appelé « les musiciens de Walsh ».

Une équipe de Startling à Santa Barbara

Les sessions de Old Wave se déroulent principalement en 1982, avec des travaux à Startling Studios, installé à Tittenhurst Park, et à Santa Barbara Sound Recording en Californie. La géographie n’est pas accessoire : elle implique la circulation de bandes, des calendriers différents et l’intervention éventuelle d’instrumentistes qui ne se croisent pas tous. Des chansons commencent avec une première prise de groupe, puis reçoivent des voix, claviers, guitares ou interventions de percussion à des dates ultérieures.

Joe Walsh sert de lien entre ces situations. Sa présence comme guitariste et producteur facilite le choix d’un son de rock adapté à Ringo, mais la variété de l’album ne doit pas être sous-estimée. Certains morceaux se construisent sur une batterie et une basse relativement directes, d’autres accueillent des arrangements plus chargés ou des instrumentistes venus du blues et du rock américain. Le travail de l’ingénieur consiste à conserver des prises utilisables ; la direction de Walsh doit donner une cohérence au résultat sans effacer la personnalité vocale du chanteur.

In My Car : quand un bassiste apporte une composition

« In My Car » illustre le fonctionnement de cette équipe. Mo Foster a raconté qu’il possédait avec Kim Goody une chanson dont le titre initial était « Stop the Car ». Lorsque le morceau arrive dans l’entourage de Walsh et Ringo, sa forme évolue et les noms de Richard Starkey et Walsh rejoignent ceux des deux premiers auteurs. Ce processus ne peut être réduit au schéma d’un producteur qui aurait simplement choisi une œuvre parmi des centaines. La rencontre d’un répertoire apporté par un musicien avec les idées de Walsh et de Ringo conduit à une nouvelle chanson.

Le crédit d’auteur ne remplace pas la distribution instrumentale. Foster peut proposer l’œuvre et enregistrer une basse ; d’autres musiciens jouent les guitares, les claviers ou les chœurs. Le nombre d’auteurs ne permet pas de reconstituer le nombre de personnes présentes à chacune des prises. Une encyclopédie doit raconter la genèse de la composition tout en conservant une fiche par master qui indique les interprètes et les dates disponibles.

Des reprises et des compositions, plusieurs métiers pour Walsh

Old Wave associe des chansons originales à des reprises. « Be My Baby » porte la signature de Joe Walsh et ne doit pas être confondue avec l’enregistrement célèbre des Ronettes. « I Keep Forgettin’ », au contraire, est une œuvre antérieure de Jerry Leiber et Mike Stoller réinterprétée dans un contexte de rock des années 1980. Sur ces deux chansons, Walsh n’a pas le même rôle d’auteur ; la production et son éventuelle guitare ne modifient pas les auteurs de la composition reprise.

L’histoire du projet montre aussi qu’un guitariste célèbre peut prendre en charge des claviers et plusieurs opérations de production selon les titres. « As Far As We Can Go » en constitue un exemple : la chanson de Russ Ballard possède une voix plus ancienne de Ringo et reçoit des travaux instrumentaux ultérieurs en 1982. Walsh et Joe Vitale participent au nouveau contexte musical, sans effacer l’histoire de la prise de 1978. Le master publié conserve donc plusieurs temporalités, que le seul millésime 1983 du disque ne permettrait pas de comprendre.

Eric Clapton, John Entwistle et les invités d’une séance précise

« Everybody’s in a Hurry but Me » fait intervenir une réunion singulière autour de Ringo : Eric Clapton et Walsh aux guitares, John Entwistle à la basse et Ray Cooper aux percussions, avec une construction qui se poursuit par des interventions ultérieures. Ce type de configuration est historiquement marquant, mais il faut éviter d’imaginer que l’équipe au complet a participé à tous les morceaux d’Old Wave. L’événement doit rester une séance particulière, avec ses conditions et ses versions.

La présence de Walsh aux côtés de Clapton ne signifie pas qu’il a dirigé une improvisation sur le modèle du All-Starr Band. Il s’agit d’un projet d’album et de ses enregistrements. Le fait qu’un groupe de personnalités très reconnues joue une chanson ne garantit pas que les rôles musicaux soient équilibrés de manière spectaculaire : chacun doit soutenir l’arrangement, ce qui peut impliquer de limiter volontairement son intervention.

1983 : un disque terminé, une publication contrariée

Old Wave est publié en 1983 sur certains marchés, notamment en Allemagne et au Canada, alors que sa diffusion demeure très limitée ou absente des circuits britanniques et américains habituels. Cette histoire commerciale ne prouve pas que les musiciens aient échoué à terminer l’album. Elle indique que l’exploitation du disque possède sa logique propre, distincte des sessions. Une collaboration productive en studio peut aboutir à un objet dont la disponibilité géographique ne correspond pas aux ambitions des participants.

Les rééditions de 1994 et les publications plus récentes ajoutent d’autres étapes à l’histoire du disque. Elles ne représentent pas de nouvelles performances enregistrées collectivement par Ringo et Walsh en 1994. Le cas d’une bande antérieure de « As Far As We Can Go » rend la distinction particulièrement utile : la publication d’une version différente peut élargir notre connaissance des sessions sans changer leurs dates d’origine.

1989 : le All-Starr Band, une autre façon de travailler

La relation se poursuit sur scène avec la création du All-Starr Band en 1989. Joe Walsh participe à la première formation, qui accompagne Ringo tout en donnant à plusieurs membres l’occasion d’interpréter leurs propres succès. Cette formule diffère du dispositif d’Old Wave : Ringo ne rassemble plus seulement des musiciens pour ses chansons, mais crée un concert où plusieurs carrières individuelles se croisent sous une même bannière. Walsh possède alors sa place comme interprète, guitariste et chanteur, et non uniquement comme producteur de Ringo.

Le rôle de la guitare change avec le répertoire. Une chanson des Eagles ou de Walsh peut demander une attaque et une énergie différentes d’un titre des Beatles repris avec Ringo à la batterie. Il ne faut pas cependant supposer que les mêmes arrangements sont joués tous les soirs, ni attribuer les parties de chaque concert à un artiste uniquement parce qu’il figure dans la formation générale de la tournée. Les setlists et captations datées permettent de documenter les prestations précises.

2008 : un lien familial qui ne remplace pas l’histoire musicale

En décembre 2008, Joe Walsh épouse Marjorie Bach, sœur de Barbara Bach, l’épouse de Ringo Starr. Les deux musiciens deviennent donc beaux-frères après plus de vingt ans de relations artistiques. Ce détail familial apparaît fréquemment dans les présentations de leur amitié, mais la chronologie doit être respectée : le lien de parenté n’explique pas la création d’Old Wave, puisqu’il intervient bien plus tard. Il peut renforcer une proximité déjà établie, sans servir d’explication rétrospective à tous les choix des années 1980.

Dans un entretien lié à Analog Man, Walsh souligne lui-même que leurs carrières se croisent régulièrement et que leur relation s’est enrichie avec le temps. Il la présente sous le signe de l’amitié et de la famille. Le témoignage indique comment il perçoit cette continuité ; il ne suffit pas à fixer la date de chaque visite de studio ni les motivations privées de chacune de leurs collaborations.

2012 : Ringo réenregistre Wings avec Joe Walsh

La nouvelle version de « Wings » publiée sur Ringo 2012 rassemble Ringo, Joe Walsh, Benmont Tench et Bruce Sugar dans une équipe qui n’est pas celle de 1977. L’œuvre est pourtant toujours cosignée par Richard Starkey et Vini Poncia. Walsh intervient comme guitariste, et non comme nouvel auteur d’une chanson déjà protégée sous deux noms. La nouvelle prise renouvelle l’arrangement et la présentation musicale du titre ; elle n’efface pas son histoire chez Atlantic.

Cette situation révèle la différence entre une composition et ses réalisations. Le répertoire de Ringo peut être transporté d’une production orchestrée par Arif Mardin à une version plus directe avec des collaborateurs du XXIe siècle. L’importance de Walsh dans ce projet est de contribuer à une nouvelle interprétation, sans qu’il faille lui attribuer les parties de guitare enregistrées par David Spinozza, John Tropea ou les autres musiciens de 1977.

Analog Man : l’invitation devient réciproque

Le sens de l’invitation s’inverse sur Analog Man de Joe Walsh, publié en 2012. Ringo joue de la batterie sur « Lucky That Way » et « Band Played On ». Sur cette dernière chanson, Joe Vitale participe aux claviers et au sitar, tandis que Bruce Sugar est associé à l’ingénierie et à plusieurs opérations de production. Le projet appartient à la discographie de Walsh ; Ringo y devient invité, sans être pour autant le producteur de l’album dans son ensemble.

Ce cas montre la réciprocité d’un réseau de musiciens. Celui qui a produit le disque de Ringo en 1982 accueille trente ans plus tard sa batterie sur ses propres chansons. Le fait qu’ils soient devenus parents par alliance n’est pas une preuve que la séance serait organisée dans un cadre privé ou sans exigences professionnelles. Les crédits identifient toujours des responsabilités précises, et celles-ci doivent primer sur les anecdotes.

Méthode : une relation, plusieurs types de documents

L’histoire Walsh–Starr se prête à cinq index : chansons de Ringo produites par Walsh, participations instrumentales de Walsh aux masters de Ringo, prestations du All-Starr Band, enregistrements de Walsh auxquels participe Ringo et versions ultérieures de chansons des décennies précédentes. Ces catégories se recoupent, mais ne doivent pas être additionnées comme autant de relations humaines nouvelles.

Une séance de 1982 peut apparaître dans la chronologie d’Old Wave, dans le portrait de Mo Foster, dans la fiche d’un titre et dans la présente monographie. Cela représente plusieurs textes consacrés à un fait, pas plusieurs sessions. Le catalogue dédoublonné doit s’appuyer sur les œuvres et les masters, puis rattacher à chacun leurs personnes, instruments et lieux attestés.

Conclusion : du producteur à l’ami, de l’ami au partenaire de scène

La longue relation entre Ringo Starr et Joe Walsh ne peut être réduite à une suite de rencontres entre célébrités. Elle commence par un véritable travail de production sur Old Wave, s’étend à une formation de concert en 1989, se poursuit par des collaborations réciproques et reçoit une dimension familiale en 2008. Les changements de contexte modifient leurs responsabilités : producteur, guitariste, interprète, batteur invité et partenaire de scène ne sont pas des rôles interchangeables.

Une monographie doit donner cette continuité humaine, sans recopier tous les titres de la sessionographie. Les notices spécialisées conservent le personnel des enregistrements, les publications et les variantes. Le lecteur peut ainsi retrouver une chanson précise ou comprendre l’histoire générale du partenariat sans être confronté à plusieurs pages concurrentes qui raconteraient la même chose.

Pour poursuivre : l’atlas de Old Wave, Mo Foster et les basses fretless, Joe Vitale, les deux versions de « Wings ».