« Frozen Jap » a été enregistré en juin 1979, sept mois avant l’arrestation de McCartney à Tokyo. Chronologie exacte des sessions de McCartney II et correctifs.
De « Maybe I’m Amazed » à « Home to Us » avec Ringo Starr : vingt titres solo et Wings, en cinq actes, pour découvrir la carrière post-Beatles de Paul McCartney.
Panorama professionnel des carrières solo de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr entre 1970 et 1980 : albums, tournées, chiffres, sources et citations.
Le 1er janvier 2019, Paul McCartney surprend ses fans en dévoilant Get Enough, un titre inédit issu des sessions d’enregistrement de Egypt Station. Produit avec Ryan Tedder, ce morceau explore une approche moderne et expérimentale, intégrant des sonorités électroniques inédites pour l’artiste. La sortie discrète de ce single souligne la liberté artistique de McCartney, qui continue d’innover et de se réinventer, prouvant que sa musique demeure aussi pertinente qu’inattendue.
Sorti en 1980 sur l’album McCartney II, Temporary Secretary est un morceau électro expérimental devenu culte. Paul McCartney admet aujourd’hui qu’il ne l’écrirait plus, en raison de son ton ironique jugé inapproprié à l’ère post-Me Too.
Voir Paul McCartney revenir sur le plateau de Saturday Night Live aurait déjà suffi à réveiller cette petite fièvre que l’on croyait réservée aux grandes apparitions tardives, celles où le rock cesse d’être une histoire ancienne pour redevenir, l’espace de quelques minutes, une affaire de direct, de nerfs et de chansons. Mais la soirée avait son détail de travers, son grain de sable réjouissant : derrière lui, ce n’était pas Abe Laboriel Jr., compagnon de route infatigable depuis plus de vingt ans, mais Chad Smith, le cogneur des Red Hot Chili Peppers, vieux double de Will Ferrell et invité presque trop parfait pour une émission qui a toujours aimé mélanger la mythologie pop et la farce télévisée. Sur le papier, on pouvait craindre le gag de plateau, le clin d’œil un peu lourd, ou la curiosité pour réseaux sociaux. À l’arrivée, c’est tout autre chose qui s’est joué : une petite secousse dans la liturgie maccartneyenne, assez légère pour ne pas inquiéter, assez visible pour raconter beaucoup. Car McCartney, en 2026, n’est pas seulement une légende que l’on vient saluer. Il reste un musicien au travail, capable de défendre une chanson nouvelle, de replonger dans Wings, de ressortir l’étrangeté synthétique de Coming Up et d’accueillir, le temps d’une soirée, un batteur venu d’un autre âge du rock. Une parenthèse mineure, peut-être, mais profondément révélatrice : chez Paul, même les souvenirs continuent de battre.
On a souvent pris la mauvaise habitude de découper Paul McCartney en deux. D’un côté, le mélodiste infaillible, le compositeur de refrains si parfaits qu’ils semblent avoir toujours existé. De l’autre, l’expérimentateur domestique, le bricoleur passionné de textures, de boucles, de voix trafiquées et de formes bancales. Comme s’il fallait choisir entre le classicisme et l’étrangeté. Avec Deep Deep Feeling, pièce centrale de McCartney III, Paul balaie cette opposition stérile d’un revers de main. Car ce morceau de plus de huit minutes n’a rien d’un caprice tardif ou d’une fantaisie de légende qui se ferait plaisir. Il est au contraire l’une des preuves les plus éclatantes de sa vitalité intacte. En partant d’une sensation amoureuse presque physique, ce vertige étrange qui envahit le corps quand le sentiment devient trop intense, McCartney construit une chanson mouvante, insaisissable, hypnotique, qui refuse les formats habituels pour mieux épouser les oscillations du cœur. Né dans l’isolement du confinement, Deep Deep Feeling est bien plus qu’un grand morceau de McCartney III : c’est le laboratoire secret d’un artiste qui, après plus de soixante ans de carrière, continue de chercher, d’oser et de transformer l’émotion en aventure sonore.
On a trop souvent raconté les Wings comme une simple note de bas de page dans l’histoire de Paul McCartney, un appendice un peu bancal entre la fin des Beatles et la grande carrière solo du musicien. C’est pourtant tout l’inverse. Pendant dix ans, les Wings ont été bien davantage qu’un groupe de transition : un lieu de reconstruction, un laboratoire pop en perpétuel mouvement, une machine à tubes et une formidable aventure collective, avec ses fulgurances, ses tâtonnements et ses lignes de fracture. De Wild Life à Band on the Run, de l’apothéose scénique de Wings Over America au lent effritement des dernières années, McCartney y a rejoué sa survie artistique autant que sa liberté. Car derrière les mélodies immenses, les tournées triomphales et les chansons entrées dans le patrimoine, l’histoire des Wings est aussi celle d’un malentendu critique, d’un groupe sans cesse redéfini, et d’un équilibre devenu impossible à tenir. Revenir sur leur séparation, c’est donc raconter bien plus qu’une fin : c’est redonner sa juste place à l’un des chapitres les plus passionnants, les plus humains et les plus sous-estimés de l’après-Beatles.
En 1980, Paul McCartney pourrait se contenter de faire tourner la machine Wings et d’empiler des refrains impeccables. Au lieu de ça, il disparaît dans des fermes, loue une Studer 16 pistes, branche les micros en direct et se remet à bricoler comme au lendemain de la fin des Beatles. McCartney II naît de cette fuite : un disque domestique et futuriste, où les synthés, le vari-speed et les boucles deviennent des outils d’écriture, pas des gadgets. « Coming Up » y cligne de l’œil à la new wave en se déguisant en tube, « Temporary Secretary » grimace et annonce un futur absurde, tandis que « Waterfalls » rappelle que la mélodie, chez Paul, survit à toutes les machines. Entre instrumentaux de chambre, zones d’ombre (« Darkroom ») et fantômes de Wings, l’album ressemble à un carnet de laboratoire : imparfait, libre, parfois déroutant, mais étonnamment moderne. Quarante ans plus tard, on comprend mieux ce geste : le moment où McCartney accepte de redevenir un apprenti, de se mettre en danger, et de prouver que “Paul McCartney” n’est pas un rôle, mais une énergie. Plongée piste par piste dans ce manifeste DIY qui n’a jamais cessé de rattraper son époque.
Dans l’ombre des tubes tonitruants de Paul McCartney, il existe des chansons qui ne cherchent pas le triomphe mais l’écho. « Waterfalls », posée au cœur de McCartney II (1980), fait partie de ces confidences : une ballade au pas lent, suspendue sur un piano électrique et quelques nappes de synthés comme un orchestre fantôme. À l’été 1979, l’ex-Beatle s’isole, bricole seul en home studio, et laisse entrer le silence dans sa pop. Le texte, sous ses allures de comptine, glisse un avertissement tendre — « reste près du lac » — né des conseils donnés à ses enfants, mais qui sonne aussi comme la peur douce de perdre l’autre. On remonte la piste jusqu’au cottage du Sussex baptisé… Waterfalls, on éclaire le choix de la retenue musicale (Rhodes liquide, espace vide, voix en apesanteur), on raconte le single sans raz-de-marée américain, et même ce clip surréaliste avec Olaf, l’ours polaire. Longtemps mal comprise, cette perle a fini par être réhabilitée : son minimalisme paraît aujourd’hui étrangement moderne. Une chanson discrète, pourtant essentielle, qui prouve que McCartney peut toucher en murmurant. Et si le vrai trésor de McCartney II se cachait là ?












