On a souvent pris la mauvaise habitude de découper Paul McCartney en deux. D’un côté, le mélodiste infaillible, le compositeur de refrains si parfaits qu’ils semblent avoir toujours existé. De l’autre, l’expérimentateur domestique, le bricoleur passionné de textures, de boucles, de voix trafiquées et de formes bancales. Comme s’il fallait choisir entre le classicisme et l’étrangeté. Avec Deep Deep Feeling, pièce centrale de McCartney III, Paul balaie cette opposition stérile d’un revers de main. Car ce morceau de plus de huit minutes n’a rien d’un caprice tardif ou d’une fantaisie de légende qui se ferait plaisir. Il est au contraire l’une des preuves les plus éclatantes de sa vitalité intacte. En partant d’une sensation amoureuse presque physique, ce vertige étrange qui envahit le corps quand le sentiment devient trop intense, McCartney construit une chanson mouvante, insaisissable, hypnotique, qui refuse les formats habituels pour mieux épouser les oscillations du cœur. Né dans l’isolement du confinement, Deep Deep Feeling est bien plus qu’un grand morceau de McCartney III : c’est le laboratoire secret d’un artiste qui, après plus de soixante ans de carrière, continue de chercher, d’oser et de transformer l’émotion en aventure sonore.
Confiné en 2020, Paul McCartney profite du « Rockdown » pour enregistrer seul un nouvel album, McCartney III. Écrit, joué et produit par ses soins, ce disque artisanal rend hommage à ses deux premiers albums solo. Dans une veine introspective, rock et parfois expérimentale, McCartney III mêle nostalgie, liberté créative et plaisir simple de faire de la musique.












