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Yellow-Sub.net · Yoko Ono · 1969–1971 · Étude critique des versions

Ringo Starr sur « Don’t Worry Kyoko » : le studio de 1969, Toronto, le Lyceum et Fly

Une même chanson, plusieurs formations : pourquoi Ringo joue sur le single Apple et sur l’enregistrement associé à Fly, mais pas sur les célèbres concerts de Toronto et du Lyceum.

La batterie de Ringo dans un disque de Yoko Ono : une histoire à plusieurs versions

Lorsqu’on évoque « Don’t Worry Kyoko », la tentation est grande de rassembler sous une seule étiquette toutes les interprétations connues de la chanson de Yoko Ono. Le titre circule à la fin de 1969 en concert, paraît sur un 45-tours de la Plastic Ono Band, revient sur le double album Fly en 1971 et connaît une seconde postérité à travers des enregistrements publics de longueur parfois considérable. Or, l’identité d’une œuvre n’est pas celle d’une prise, et le nom du batteur change selon les circonstances.

Dans la version studio éditée en face B de « Cold Turkey », Ringo Starr tient bien la batterie. Ses partenaires sont Yoko Ono au chant, John Lennon et Eric Clapton aux guitares, Klaus Voormann à la basse. Les archives officielles de Lennon confirment cette distribution. Mais Ringo ne participe pas au concert donné le 13 septembre 1969 à Toronto : c’est Alan White qui tient la batterie. Il n’est pas non plus identifié parmi les batteurs du concert du 15 décembre au Lyceum Ballroom de Londres, où figurent Alan White, Jim Gordon et, ponctuellement, Keith Moon.

Cette distinction relève de la méthode élémentaire de sessionographie. Le lieu, la date, le support et le personnel forment quatre informations indissociables. Faire glisser le crédit de Starr du single aux albums en public conduirait à produire une discographie trompeuse, d’autant que plusieurs disques réutilisent le même titre.

Yoko Ono, autrice d’une œuvre souvent classée sous le nom de Lennon

Le titre complet apparaît dans les sources avec de légères variantes, notamment « Don’t Worry Kyoko (Mummy’s Only Looking For A Hand In The Snow) » ou « …Her Hand In The Snow ». Il s’agit du même noyau d’œuvre, associé à Kyoko, la fille de Yoko Ono. Le morceau est écrit par Ono et centré sur sa relation avec son enfant. Le contexte familial, perceptible dans l’adresse répétée à Kyoko, ne doit pas être transformé sans source en récit psychologique détaillé de la séance de studio.

La place du morceau en face B d’un single de Lennon peut fausser la perception de l’auteur. « Cold Turkey » est une composition de Lennon ; « Don’t Worry Kyoko » est une composition d’Ono. Les deux faces portent l’identité de la Plastic Ono Band, formation volontairement changeante, et les crédits de production de John et Yoko. Il faut éviter de prendre cette identité collective pour une attribution d’écriture commune automatique.

L’intérêt musical de la collaboration réside dans cette formule : une rythmique compacte sert une vocalisation radicale, tandis que les guitares font monter la tension. Le rôle de Starr n’est pas d’accompagner une mélodie avec des transitions convenues, mais de rendre possible un développement fondé sur la répétition et l’intensité. Cette observation stylistique se comprend en écoutant le disque ; elle reste distincte des données de personnel imprimées.

13 septembre 1969, Toronto : un précédent sans Ringo Starr

La chanson est jouée au Toronto Rock and Roll Revival Festival le 13 septembre 1969, avant sa publication sur disque. Lennon et Ono présentent une nouvelle formation de la Plastic Ono Band comprenant Eric Clapton et Klaus Voormann. À la batterie se trouve Alan White, appelé à participer à ce concert monté dans un temps très court. Les prestations sont documentées par l’album Live Peace in Toronto 1969.

La présence de Clapton et de Voormann, que l’on retrouvera sur la séance studio, est une source classique de confusion. En voyant le nom Plastic Ono Band et ces instrumentistes, on peut croire que le groupe de Toronto correspond à celui du 45-tours. Il n’en est rien. Même titre, même démarche de scène expérimentale, mais batteur différent : la performance canadienne n’entre pas dans la liste des enregistrements de Ringo Starr.

Cette exclusion doit rester visible jusque dans les notices destinées aux collectionneurs. Un exemplaire de Live Peace in Toronto 1969 ne devient pas un disque avec Ringo sous prétexte qu’il contient « Don’t Worry Kyoko ». La confusion serait double, puisqu’elle ferait disparaître le travail d’Alan White et créerait une apparition imaginaire de l’ancien Beatles à un événement où son nom n’est pas crédité parmi les interprètes.

3 octobre 1969 : Lansdowne Studios, la séance qui concerne Ringo

Le véritable enregistrement de référence de Starr se déroule le 3 octobre 1969 aux Lansdowne Studios, à Londres, selon la chronologie des séances établie par The Beatles Bible. Le rendez-vous est décrit comme une séance ponctuelle, différente de la plupart des travaux menés à Abbey Road par le cercle Lennon-Ono. Les heures précises et le nombre de prises ne sont pas documentés par la source consultée ; il serait imprudent de les inventer ou de les déduire de la longueur du master.

La distribution est remarquablement resserrée. Yoko Ono : voix ; John Lennon : guitare ; Eric Clapton : guitare ; Klaus Voormann : basse ; Ringo Starr : batterie. Les crédits officiels confirment John Lennon et Yoko Ono comme producteurs. The Beatles Bible mentionne des guitares slide électriques pour Lennon et Clapton. C’est un cas où une source officielle de disque et une chronologie de studio se complètent : l’une fixe les interprètes, l’autre fournit le lieu et le jour.

Le mixage du titre, réalisé avec celui de « Cold Turkey », est situé deux jours plus tard aux studios EMI, d’après cette même chronologie. L’enregistrement et le mixage sont des opérations distinctes : deux dates peuvent donc être parfaitement exactes sans représenter deux performances du batteur. Dans notre catalogue, le 3 octobre doit être retenu comme date de prise, avec une mention séparée du traitement du 5 octobre.

« Cold Turkey » : deux faces, un même batteur, mais deux auteurs

Le single publié par la Plastic Ono Band associe « Cold Turkey », de Lennon, et « Don’t Worry Kyoko », d’Ono. Les fiches officielles du site Lennon donnent Starr à la batterie sur les deux plages, avec Lennon, Clapton et Voormann. Cette coïncidence d’effectif n’efface ni le statut particulier de chacune des œuvres ni la nécessité de vérifier les séances séparément.

Le site officiel indique le 20 octobre 1969 comme date de publication du single. D’autres relevés séparent les sorties britanniques et américaines ; il convient donc de conserver la mention de la source et de ne pas réduire tous les territoires à une date unique prétendument universelle. La durée indiquée pour « Don’t Worry Kyoko » est d’environ quatre minutes cinquante-cinq, contre un peu plus de cinq minutes pour « Cold Turkey ».

Pour le collectionneur, cette présence sur deux faces d’un même 45-tours est une information plus solide que les mentions vagues de « participation à la Plastic Ono Band ». Elle permet de rechercher des éditions Apple précises, de comparer leur attribution d’artiste et d’éviter de compter deux fois le disque lorsque les catalogues rangent une face sous Lennon et l’autre sous Ono.

La couleur musicale : répétition, guitare et réponse de la batterie

« Don’t Worry Kyoko » prend appui sur une formule répétée. L’énergie du titre procède moins d’une succession classique de sections que de l’accumulation, de l’attaque des guitares et de la voix d’Ono. Dans ce cadre, Starr joue dans une équipe dont tous les membres connaissent le rock britannique et américain, mais les usages du genre sont détournés. Ce n’est pas parce que la musique est répétitive qu’elle est mécaniquement simple : la tenue de l’intensité suppose que les instrumentistes écoutent attentivement les déplacements de la voix.

Il faut néanmoins distinguer les impressions de l’écoute et l’inventaire des prises. Rien dans la seule liste des musiciens ne prouve l’instrument exact employé à chaque instant, les réglages de la batterie ou la présence éventuelle de retouches sur la piste. Affirmer qu’un roulement a été « improvisé par Ringo après un signal de Yoko » exigerait par exemple une bande de répétition ou un témoignage spécifique. L’histoire du rock gagne à préférer les faits vérifiables aux reconstructions pittoresques.

15 décembre 1969, Lyceum Ballroom : une autre interprétation, un autre orchestre

Deux mois après la séance de Lansdowne, la Plastic Ono Band se présente à Londres lors d’un spectacle organisé pour l’UNICEF. Le concert du 15 décembre 1969 réunit une formation exceptionnellement élargie que Lennon surnomme parfois Plastic Ono Supergroup. Aux guitares, on retrouve notamment Lennon, Clapton, George Harrison et Delaney Bramlett, tandis que la formation accueille aussi Klaus Voormann, Billy Preston et des cuivres.

Les témoignages officiels de Lennon et d’Alan White évoquent le caractère expansif de « Don’t Worry Kyoko » et une performance pouvant approcher quarante minutes. Alan White décrit la façon dont il accélère le jeu pour permettre au groupe de terminer la longue improvisation ; Keith Moon surgit également auprès de sa batterie. Les relevés de personnel donnent Alan White et Jim Gordon parmi les batteurs, avec l’intervention de Keith Moon. Ringo Starr ne fait pas partie des instrumentistes documentés pour cette soirée.

L’enregistrement du Lyceum sera édité ultérieurement dans le programme associé à Some Time in New York City, avec une durée considérablement réduite. Cette version ne doit pas être confondue avec la bande studio du 3 octobre ni avec la performance de Toronto. Qu’il s’agisse d’une réédition ou d’un mixage nouveau, la date du support ne modifie pas rétroactivement la composition du groupe qui jouait en 1969.

Il serait particulièrement facile de créditer Ringo par association, puisque George Harrison figure à la soirée et que Keith Moon est également lié à plusieurs collaborations de Starr. Mais la proximité de musiciens célèbres ne constitue pas un crédit de session. Pour ce concert, les sources disponibles privilégient un personnel de scène distinct, que notre notice respecte.

1971 : pourquoi « Don’t Worry Kyoko » figure encore sur Fly

Le double album Fly de Yoko Ono, paru en 1971, reprend « Don’t Worry Kyoko », désormais intégré à un vaste ensemble où les styles, les traitements sonores et les collaborateurs se multiplient. La fiche officielle de l’album est sans ambiguïté sur un point : Ringo Starr est crédité à la batterie de « Don’t Worry Kyoko », et non à la batterie de tout Fly. L’album compte d’autres batteurs, notamment Jim Keltner et Jim Gordon, avec leurs attributions propres.

Cette présence demande une distinction subtile. La réapparition de la chanson sur un disque de 1971 ne signifie pas que Ringo a enregistré une nouvelle batterie cette année-là. Le titre de l’album possède le même noyau instrumental que le single de 1969 et une durée semblable d’environ 4 min 55 ; cela rend indispensable un contrôle du montage et des bandes, mais ne remplace pas ce contrôle. Dans un inventaire prudent, la notice renvoie à la séance studio documentée de 1969 et classe Fly comme publication ultérieure, sauf preuve d’une autre prise.

La page officielle de Fly décrit par ailleurs ce titre comme le seul morceau du double album qui réunit cette formation prestigieuse de Lennon, Clapton, Voormann et Starr. La formule éditoriale est exacte dans son périmètre : elle ne donne pas à Ringo le rôle de batteur sur les autres compositions de Fly. Le collectionneur gagnera à vérifier pour chaque titre les notes de pochette plutôt qu’à reproduire le personnel général de l’album.

Le cas « Open Your Box » : même artiste, crédits de batterie divergents selon les éditions

Une autre chanson d’Ono révèle le danger de classer une participation en se fiant au seul titre : « Open Your Box ». La page officielle du single de 1971, paru en face B de « Power to the People », crédite Jim Gordon à la batterie pour « Open Your Box ». Elle indique une sortie le 12 mars 1971 et précise que le titre a été remplacé aux États-Unis par « Touch Me », chanson dont Ringo tient bien la batterie sur Yoko Ono/Plastic Ono Band.

Or les crédits publiés pour le bonus « Open Your Box » ajouté à la réédition de 2016 de Yoko Ono/Plastic Ono Band mentionnent cette fois Ringo Starr à la batterie, avec Lennon et Voormann, et situent l’enregistrement à Trident Studios. Les deux renseignements ne doivent pas être écrasés l’un par l’autre : ils se rapportent à des éditions et à des masters qui demandent une étude comparée. Il n’est pas rigoureux d’affirmer, sans examen des matrices et bandes, que l’un des crédits est « forcément faux » ni que deux crédits impliquent deux séances datées précisément.

Dans la présente encyclopédie, nous conservons donc deux notices documentaires sous le même titre : « Open Your Box » single 1971 — Jim Gordon selon les crédits officiels de l’édition 45-tours ; « Open Your Box » bonus 2016 — Ringo Starr selon les crédits officiels de la réédition. C’est l’exemple parfait d’un problème résolu non par une liste générale d’artistes, mais par la description du support sur lequel la contribution est réellement attestée.

Le piège d’une chronologie construite sur les dates de réédition

Les principales dates doivent être écrites sans les mélanger. 13 septembre 1969 : concert de Toronto, Alan White à la batterie. 3 octobre 1969 : session à Lansdowne, Ringo Starr à la batterie. 20 octobre 1969 : date de publication du single donnée par le site officiel. 15 décembre 1969 : concert du Lyceum, formation élargie sans Ringo documenté. 1971 : publication du double album Fly, où Ringo est crédité sur « Don’t Worry Kyoko », mais pas sur l’ensemble des plages. 2016 : réédition de Yoko Ono/Plastic Ono Band comprenant un bonus « Open Your Box » crédité à Ringo.

Cette chronologie différencie les événements de production, les performances et leur exploitation commerciale. Dans une sessionographie interrogeable, chaque entrée devrait conserver l’œuvre, sa version, son personnel, sa date de prise, son support et l’état des preuves. À défaut, un même enregistrement de 1969 peut apparaître artificiellement comme plusieurs collaborations différentes, dont certaines avec des musiciens qui n’y ont jamais participé.

Fiche de contrôle : ce qui est établi, ce qui reste à confronter

Attribution certaine : Ringo Starr, batterie sur « Don’t Worry Kyoko », version studio du single Plastic Ono Band de 1969. Attribution non applicable : Toronto 1969, batterie Alan White ; Lyceum 1969, batteries Alan White et Jim Gordon, intervention de Keith Moon. Album Fly : Ringo crédité sur « Don’t Worry Kyoko » seulement ; contrôler les sources de master pour distinguer publication et éventuelle prise inédite.

Point ouvert : les différences exactes de montage entre le master de 1969 et celui de Fly ; les crédits et bandes de « Open Your Box » selon les éditions 1971 et 2016 ; les variantes de titrage « A Hand » / « Her Hand ». Ces points ne sont pas des invitations à spéculer, mais les questions qu’un examen futur de pressages originaux, de feuilles de bande et de livrets complets pourrait trancher.

Bibliographie et sources de vérification

John Lennon Official Website, « Don’t Worry Kyoko (Mummy’s Only Looking For A Hand In The Snow) » et « Cold Turkey » : compositeurs, formation studio, durée et date de la publication de 1969. The Beatles Bible, « Recording: Don’t Worry Kyoko… », 3 octobre 1969, localisation Lansdowne, personnel et mixage deux jours après.

John Lennon Official Website, Fly (1971) : piste « Don’t Worry Kyoko », personnel de l’album et attribution précise de Ringo, Jim Keltner et Jim Gordon. John Lennon Official Website, « Open Your Box » (1971) : batterie de Jim Gordon sur le single, remplacement par « Touch Me » pour le marché américain.

John Lennon Official Website, récit et témoignages « Peace and Love for Christmas, Lyceum Ballroom, London, 15 Dec 1969 » ; The Beatles Bible, chronologie du Lyceum du 15 décembre 1969 : composition du groupe, durées et éditions. John Lennon Official Website, Yoko Ono/Plastic Ono Band et notice des bonus 2016 : formation de « Open Your Box » à Trident Studios.

Accès aux documents : single 1969, crédits officiels ; séance Lansdowne ; album Fly ; Open Your Box (single) ; témoignages du Lyceum ; réédition 2016.

Études associées

Yoko Ono et Ringo Starr : le dossier général · Yoko Ono/Plastic Ono Band, 1970 : cinq titres avec Ringo et l’exception « AOS » · John Lennon : les collaborations · Sessionographie de Ringo Starr.