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Yellow-Sub.net · Ringo Starr chanteur · Double album 1972

Ringo Starr dans Tommy (1972) : Uncle Ernie, Fiddle About et Tommy’s Holiday Camp

Deux performances vocales méconnues de Ringo dans la version symphonique de l’opéra rock des Who, avec le London Symphony Orchestra.

Un Ringo chanteur dans l’univers de Pete Townshend

En 1972, Ringo Starr abandonne momentanément ses baguettes pour interpréter l’un des personnages les plus inquiétants de Tommy, l’opéra rock imaginé par Pete Townshend et publié par les Who en 1969. Le cadre n’est plus celui d’un album des Beatles ni même d’une séance de rock traditionnel. Le producteur Lou Reizner fait enregistrer une version orchestrale de l’œuvre pour le London Symphony Orchestra et le Chamber Choir, avec des chanteurs invités issus de différents univers du spectacle.

Ringo y interprète le personnage d’Uncle Ernie. Deux pièces sont associées à son nom : « Fiddle About » et « Tommy’s Holiday Camp ». Ces prestations méritent une place à part dans sa carrière, car elles relèvent de l’interprétation dramatique et vocale. Les compter parmi ses séances de batterie reviendrait à effacer l’essentiel de son travail dans ce projet.

1972 : un projet symphonique dirigé par Lou Reizner

Lou Reizner imagine une transposition de Tommy avec orchestre et chœur. L’arrangement est notamment confié à Wil Malone, avec David Measham à la direction orchestrale. Le double album est publié par Ode Records en 1972 ; dans les inventaires américains figure la référence SP 99001, parfois donnée sous la forme ODE 99001. Le programme reprend l’architecture de l’opéra rock, mais les timbres, les répartitions des personnages et les transitions diffèrent de l’enregistrement des Who.

Cette adaptation mobilise Roger Daltrey, Pete Townshend, John Entwistle, Steve Winwood, Rod Stewart, Sandy Denny, Maggie Bell, Merry Clayton, Richie Havens et Richard Harris, aux côtés de Ringo. La liste est spectaculaire, mais l’intérêt musicologique vient surtout des rôles confiés à chacun. L’arrangement ne donne pas carte blanche à un invité pour interpréter n’importe quelle chanson : il l’intègre à une dramaturgie dont l’ordre et les personnages ont déjà été établis.

Uncle Ernie : un rôle volontairement dérangeant

Uncle Ernie est une figure sombre de l’histoire de Tommy. Dans la première partie de l’intrigue, le personnage abuse du jeune protagoniste alors que celui-ci se trouve dans un état de retrait sensoriel. Ringo prête sa voix à « Fiddle About », morceau associé à ce passage et qu’il faut comprendre dans le cadre d’une fiction abordant explicitement la maltraitance. L’interprétation d’un rôle dans cette œuvre ne constitue évidemment pas une adhésion personnelle aux agissements du personnage.

Ce choix tranche avec l’image publique du batteur, souvent liée à l’humour, à la chaleur et à la familiarité. On pourrait être tenté d’y voir uniquement une décision de distribution surprenante. Pourtant, l’aspect théâtral de Ringo ne surgit pas de nulle part : ses apparitions cinématographiques et sa manière de jouer avec la narration musicale avaient déjà montré son intérêt pour les personnages et les performances scéniques. Ici, la singularité tient à l’importance de la caractérisation vocale plutôt qu’à la virtuosité instrumentale.

« Fiddle About » : première prestation vocale identifiée

Sur le double LP original, « Fiddle About » se situe en cinquième position de la deuxième face, soit la douzième pièce du programme complet. Les listes de distribution attribuent la voix à Ringo Starr. Une fiche MusicBrainz de l’édition de 1972 identifie clairement cette plage et l’associe au chanteur ; les inventaires de disques Ode confirment la place de l’œuvre dans la séquence.

L’interprétation requiert une forme de jeu d’acteur chanté : l’expressivité, les inflexions et le sens de la menace dramatique priment sur la recherche d’un grand registre vocal. Comparer cette prestation à « With a Little Help from My Friends » ou à « Yellow Submarine » uniquement en termes de justesse ou de puissance serait passer à côté de son objectif. Il s’agit ici d’incarner un personnage qui fait avancer un récit.

Le disque original des Who confiait cette chanson à John Entwistle. Une fois le morceau transposé dans l’architecture orchestrale de 1972, le timbre de Ringo produit un tout autre contraste avec les voix voisines. La comparaison entre les deux interprétations est donc révélatrice des choix de distribution plutôt que d’une simple reprise de chanson.

« Tommy’s Holiday Camp » : la seconde intervention de Ringo

La deuxième prestation est « Tommy’s Holiday Camp », troisième pièce de la quatrième face du double album. Le personnage d’Uncle Ernie réapparaît dans cette séquence, cette fois associée à l’organisation du camp de vacances lié au culte de Tommy. Les sources discographiques attribuent de nouveau le chant à Ringo. MusicBrainz indique également que la composition originale de cette pièce revient à Keith Moon.

Cette précision d’auteur est utile. On ne doit pas confondre Ringo interprète et Keith Moon auteur de l’œuvre. De même, la présence de Roger Daltrey sur les chansons immédiatement voisines ne transforme pas « Tommy’s Holiday Camp » en duo systématique. La distribution exacte doit être lue morceau par morceau, non déduite des participants du double album.

Dans la chronologie narrative, la chanson prépare les événements de la fin de Tommy. Sa brièveté et son caractère de scène peuvent conduire à la négliger lorsqu’on résume la carrière musicale de Ringo, alors qu’il s’agit d’une prestation officielle et précisément créditée. Ce type de fragment musical est une entrée légitime dans une sessionographie dès lors que l’on précise qu’il s’agit d’une intervention vocale.

La différence avec l’album original des Who

Le Tommy de 1969 est un album des Who, interprété principalement par le groupe lui-même ; celui de 1972 est une production orchestrale et chorale faisant intervenir des solistes invités. Deux objets discographiques distincts portent donc le même titre. Lorsque l’on indique « Ringo Starr joue sur Tommy », il faut impérativement ajouter l’artiste crédité, le label et l’année : il ne participe pas à l’album original de 1969.

L’édition Ode place Ringo parmi les chanteurs invités. Les deux chansons où il figure correspondent à des étapes précises de l’intrigue. Le son de l’orchestre, la distribution des parties vocales et les formats de publication créent une expérience différente de celle de l’album rock des Who. Ce point vaut aussi pour le film de Ken Russell, sorti en 1975 : il s’agit encore d’une adaptation différente, et les interprètes n’y occupent pas nécessairement les mêmes rôles.

Le cas Keith Moon : auteur, interprète et remplacement sur scène

Le nom de Keith Moon apparaît à plusieurs niveaux de l’histoire : il est le batteur des Who, il contribue à « Tommy’s Holiday Camp » comme auteur et il interprète Uncle Ernie dans d’autres adaptations, notamment le film de 1975. Pour la présente fiche, le crédit à retenir est celui de Ringo Starr sur les enregistrements orchestraux de 1972. Une image de Keith Moon dans le rôle ne constitue aucune preuve sur le personnel du disque Ode.

Les représentations promotionnelles au Rainbow Theatre de Londres, en décembre 1972, ajoutent une autre couche documentaire. Des artistes participent aux prestations scéniques, certains remplaçant des personnes présentes sur le studio album. Il faut donc distinguer systématiquement la distribution d’un enregistrement, celle d’une représentation donnée et celle d’une adaptation cinématographique. Sans une feuille de spectacle datée, on évitera d’attribuer à Ringo une interprétation live simplement parce que son nom figure sur la pochette du LP.

Les supports originaux et leurs identifiants

L’édition américaine Ode Records porte la référence SP 99001. Les exemplaires sont proposés sous forme de double vinyle en coffret ; des éditions en cassette et en cartouche huit pistes sont également documentées. Le programme comprend deux disques, quatre faces et une suite de numéros de plage que les rééditions CD présentent sous un ordonnancement continu.

La documentation de collectionneurs signale d’autres pressages nationaux, notamment un exemplaire allemand portant la référence Ode 86 467. Les rééditions compact disc, et même des variantes vinyle ultérieures, nécessitent leurs propres références, car le conditionnement et parfois les intitulés changent. Les crédits « B5 » et « D3 » du double album original correspondent respectivement à « Fiddle About » et « Tommy’s Holiday Camp » : ce détail est plus fiable pour retrouver les deux interventions de Ringo que de compter les morceaux sur une plateforme numérique.

Une pochette devenue un objet de collection

L’ambitieux conditionnement de ce Tommy orchestral contribue à sa notoriété. Son projet graphique utilise l’iconographie du flipper et un ensemble d’illustrations, de photographies et de documents imprimés. L’édition est récompensée aux Grammy Awards dans la catégorie du packaging, distinction attribuée en 1974. Il s’agit d’une reconnaissance de l’objet discographique, non d’un prix personnellement décerné à Ringo pour sa prestation.

La place de cette édition dans une collection Beatles est intéressante : ce n’est pas un disque de Ringo, mais un album collectif auquel sa voix apporte deux contributions définies. Il doit donc figurer dans une discographie des participations externes, avec un renvoi vers le catalogue des Who et non dans la liste des albums solo de Ringo Starr.

La voix de Ringo au-delà des Beatles

L’exemple Tommy démontre qu’une histoire des collaborations ne peut se limiter aux batteries jouées pour d’autres artistes. La voix de Ringo est un instrument de narration, parfois sollicité pour sa couleur familière, parfois pour la personnalité qu’il peut donner à un personnage. Avec Uncle Ernie, il s’éloigne sensiblement du registre affectueux de ses grands succès et accepte un rôle dramatique inconfortable.

Cette participation aide aussi à comprendre l’étendue des échanges entre les anciennes formations des années 1960 : un ancien Beatle interprète deux chansons d’un opéra rock des Who dans une production orchestrale réunissant plusieurs générations de musiciens et de chanteurs. La rencontre ne signifie pas un nouveau groupe ni une collaboration suivie entre Ringo et chacun des invités. Elle représente un crédit précis, daté et édité, que l’historien peut citer sans extrapolation.

Fiche de référence et limites des sources

Production : Lou Reizner. Œuvre : Tommy, adaptation symphonique de l’opéra rock de Pete Townshend. Interprètes principaux : London Symphony Orchestra, Chamber Choir et solistes invités. Direction : David Measham. Arrangements : Wil Malone, avec contributions supplémentaires. Disque : double LP Ode Records, 1972, SP 99001 (marché américain). Ringo Starr : voix d’Uncle Ernie sur « Fiddle About » (face B, plage 5) et « Tommy’s Holiday Camp » (face D, plage 3). Pas de crédit de batterie affirmé pour Ringo dans ce projet.

Une fiche de session ultérieure pourra établir le studio exact et les dates de prise vocale, à condition de consulter les feuilles de production ou les archives de Lou Reizner. Les sources publiées permettent d’identifier deux interventions et leurs éditions ; elles ne suffisent pas à reconstruire l’emploi du temps d’enregistrement de Ringo à la journée près.

Sources et références discographiques

MusicBrainz, fiche de l’édition de 1972 (crédits vocaux détaillés des deux plages) ; archives discographiques A&M / Ode, SP 99001 (programme et liste du personnel) ; Progrography, relevé des quatre faces, éditions et chanteurs ; notices historiques de l’adaptation orchestrale. Pour distinguer enregistrement et spectacle, la documentation sur les représentations du Rainbow Theatre doit être lue indépendamment de la liste des interprètes de l’album.

MusicBrainz : crédits des deux disques ; A&M / Ode Records : LP original ; Progrography : pressages et distributions.

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