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Yellow-Sub.net · Fiche de session · 1981–1982

« Take It Away » : Ringo Starr et Steve Gadd enregistrent pour Paul McCartney

Montserrat en février 1981, George Martin à la production et deux batteries : l’histoire du single de Tug of War, de ses sessions à ses différentes éditions.

Autour de Take It Away : le dossier Tug of War

La chanson s’inscrit dans un programme de trois collaborations de Ringo chez Paul McCartney. Consulter l’étude complète de Tug of War, ses sessions et ses éditions, avec « Ballroom Dancing » et « Wanderlust ».

1981 : Paul McCartney retrouve Ringo à Montserrat

Les séances de « Take It Away » constituent une véritable réunion de travail entre Paul McCartney et Ringo Starr après la dissolution des Beatles. La chanson est destinée à Tug of War, premier album de Paul publié après la mort de John Lennon. La production est confiée à George Martin et les musiciens se rendent aux studios AIR, sur l’île de Montserrat, dans les Caraïbes. Ringo ne fait pas une simple apparition promotionnelle : il participe à l’enregistrement de la section rythmique avec Steve Gadd.

Cette collaboration est particulièrement intéressante parce qu’elle ne repose pas sur un groupe de scène déjà constitué. Paul choisit plusieurs partenaires en fonction des chansons et des couleurs sonores qu’il veut obtenir. Il retrouve les musiciens de son univers britannique tout en engageant d’autres instrumentistes, parmi lesquels Gadd, connu pour ses très nombreuses séances dans le jazz, la pop et la soul. L’ambiance de Montserrat compte dans les témoignages, mais elle ne doit pas masquer l’importance du travail musical.

16–18 février 1981 : la séance d’enregistrement

Les chronologies de sessions attribuent l’enregistrement de « Take It Away » à la période du 16 au 18 février 1981, à AIR Studios Montserrat. Les archives rassemblées dans The Paul McCartney Project distinguent ensuite les ajouts du 23 mars à AIR Londres et les opérations de mixage en décembre 1981. Ces dates doivent être considérées comme autant d’étapes de fabrication du master, et non comme plusieurs chansons différentes.

La session des Caraïbes possède un intérêt documentaire rare grâce au témoignage rétrospectif de Steve Gadd publié dans l’Archive Collection de Tug of War en 2015. Celui-ci raconte avoir rencontré Paul, Linda, Denny Laine et plusieurs collaborateurs à cette occasion. Il confirme la présence de Ringo et souligne que les deux batteurs jouaient ensemble sur les pistes. Ce témoignage personnel apporte un niveau de précision qu’une simple liste de crédits d’album ne pourrait pas fournir.

Deux batteurs : Ringo Starr et Steve Gadd

La chanson crédite Ringo Starr et Steve Gadd à la batterie. La formule ne signifie pas qu’un seul des deux est le batteur principal tandis que l’autre est nécessairement réduit à des ajouts. Dans son entretien, Gadd décrit un travail partagé. Le relevé officiel du morceau permet d’établir leur participation, mais il ne donne pas une transcription individualisée de chaque mesure. Il serait donc excessif de désigner à l’oreille toutes les frappes de caisse claire comme l’œuvre de Ringo, ou d’attribuer automatiquement les passages plus sophistiqués à Gadd.

Deux batteries peuvent créer une texture inhabituelle, même dans une chanson pop relativement directe. Le rapport entre pulsation, roulements, ponctuations et dynamique devient le résultat d’une interaction. En l’absence des pistes isolées, notre étude décrit une collaboration musicale réelle plutôt qu’une compétition entre styles. Les deux hommes travaillent au service de la composition de Paul ; ils ne tentent pas de transformer le morceau en démonstration instrumentale.

Un témoignage direct de Steve Gadd

Dans les notes du coffret de 2015, Steve Gadd explique qu’il n’avait pas encore travaillé avec George Martin ou Geoff Emerick, et que plusieurs membres de l’équipe lui étaient alors inconnus. Il évoque une expérience positive et une collaboration sans tension. La même source confirme que Ringo était présent et qu’ils ont joué ensemble. Cette parole est précieuse parce qu’elle rapproche le crédit instrumental d’un souvenir explicite de la méthode de travail.

La mémoire d’un musicien n’est pas une feuille de bande, mais elle permet d’établir certains aspects de la séance qui ne figurent pas dans la discographie commerciale. Il serait imprudent d’ajouter des dialogues précis entre Paul et Ringo ou des commentaires imaginaires sur le son de la batterie. En revanche, l’idée de deux batteurs participant directement au morceau est bien documentée. Elle peut donc être présentée comme un fait central de la sessionographie.

Paul McCartney, Linda McCartney, Eric Stewart et George Martin

Paul assure le chant principal, la basse, le piano et la guitare acoustique, avec des arrangements et des chœurs. Linda McCartney participe aux chœurs. Eric Stewart, membre de 10cc, apporte également une guitare et des voix additionnelles. George Martin, producteur historique des Beatles, est crédité au piano électrique et aux arrangements, en plus de sa responsabilité générale de production. La présence de Geoff Emerick à l’ingénierie prolonge elle aussi un lien professionnel remontant à l’époque du groupe.

Le fait que plusieurs anciens collaborateurs se retrouvent ne transforme pas le disque en œuvre des Beatles. Les Beatles n’ont ni enregistré « Take It Away » ni participé collectivement à sa composition. La chanson appartient au répertoire de Paul après 1980. Ringo y est un musicien invité dont la place est réelle, tandis que Martin et Emerick contribuent à un environnement de production dont l’histoire est plus ancienne.

George Martin : un producteur qui intervient aussi au clavier

Dans le cas de « Take It Away », Martin est à la fois producteur du master et instrumentiste crédité au piano électrique. Ces deux activités doivent être conservées séparément dans l’encyclopédie. Un producteur peut déterminer la direction sonore d’une chanson sans jouer ; ici, les crédits attestent qu’il ajoute aussi une contribution musicale. L’histoire des collaborations de Ringo gagne à montrer les différents rôles de personnes souvent réduites à une seule fonction dans les biographies.

Ce détail relie l’enregistrement à une pratique courante des studios britanniques, où des arrangeurs et réalisateurs prennent parfois part aux instruments. Il ne faut toutefois pas attribuer à Martin chaque élément de clavier ou chaque décision d’arrangement qui apparaît sur la bande. Paul est lui-même crédité au piano et aux arrangements. Le disque est une réalisation collective avec des tâches distinctes.

Une chanson écrite par Paul, pas une cosignature McCartney–Starkey

« Take It Away » est une composition de Paul McCartney. Ringo ne figure pas dans le crédit d’auteur, malgré sa participation à la batterie. La différence peut paraître évidente, mais elle devient essentielle lorsqu’on compare cette collaboration à « Really Love You », chanson cosignée McCartney–Starkey sur Flaming Pie en 1997. Les deux projets réunissent les mêmes anciens Beatles, mais leur relation créative est différente.

La fiche de session doit donc enregistrer Paul comme compositeur et interprète principal ; Ringo comme batteur ; Steve Gadd comme autre batteur ; George Martin comme producteur et clavier ; puis les autres musiciens selon leurs crédits. Ce découpage rend possible une consultation transversale des collaborations sans inventer un crédit juridique qui n’existe pas.

L’ajout du 23 mars et la construction du master

Les documents de session indiquent une journée d’overdubs le 23 mars 1981 aux studios AIR de Londres. Ce travail est postérieur à la prise de base réalisée à Montserrat. Il peut concerner des éléments instrumentaux ou vocaux destinés à enrichir la bande, mais la mention générale d’overdubs ne prouve pas que Ringo soit présent à cette date. Notre catalogue doit réserver son crédit de séance à la période dont les sources établissent sa participation.

La distinction entre prise de base, ajout et mixage est capitale. Une chanson pop peut avoir été enregistrée avec un groupe, enrichie plusieurs semaines plus tard et achevée techniquement bien après. Une date de session d’overdubs n’est pas automatiquement un nouveau rendez-vous de tous les interprètes. La même rigueur s’applique aux rééditions : restaurer ou remixer le master original en 2015 ne signifie pas que Ringo soit retourné dans le studio.

Décembre 1981 : le mixage avant la publication

Les chronologies de Take It Away situent le mixage en décembre 1981 à AIR Londres. Cette étape prépare la bande qui sera publiée sur Tug of War en 1982. Le travail technique décide notamment des équilibres de voix, d’instruments et d’effets. Il peut renforcer ou diminuer la présence apparente de l’une des batteries, sans changer pour autant la partie jouée pendant la séance originale.

Une base encyclopédique qui classerait la collaboration à 1982 uniquement parce que le disque est sorti cette année-là manquerait la date de l’événement musical. Il faut conserver 1981 comme période d’enregistrement et 1982 comme année de la première publication commerciale. Cette séparation permet ensuite d’identifier correctement les éditions originales et les remixes ultérieurs.

Tug of War : une chanson dans un album marqué par une transition historique

Tug of War paraît en 1982 et prend place dans une période particulière de la vie de Paul McCartney. George Martin revient à la production, tandis que le répertoire accueille des musiciens venus de formations différentes. « Take It Away » correspond à l’une des chansons pop les plus directement accessibles du disque. Elle est entourée d’œuvres qui explorent des registres variés, mais il serait erroné d’attribuer à Ringo les batteries de tout l’album.

Paul indiquera lui-même dans un entretien de 1982 que Ringo joue sur « Take It Away » et sur une autre chanson alors encore en cours de préparation, mais que, sur la première édition de Tug of War, il n’est crédité que sur « Take It Away ». Le témoignage permet d’éviter les extrapolations. Dave Mattacks et Steve Gadd assurent d’autres parties de batterie selon les plages de l’album.

21 juin 1982 : le single et sa face B

Le catalogue officiel de Paul McCartney fixe au 21 juin 1982 la sortie de « Take It Away » en single. La face B est « I’ll Give You a Ring ». La publication du 45-tours offre un montage plus court que celui de l’album, mais il ne faut pas le présenter comme une seconde séance de Ringo. Les éditions documentées donnent environ 4 min 16 s pour l’album et 4 min 05 s pour le single, ce qui correspond à une variation de montage et de durée.

La face B possède ses propres crédits, et la présence de Ringo sur la face A ne doit pas être reportée sur « I’ll Give You a Ring ». Les informations de session disponibles montrent une autre histoire de production pour cette chanson. Dans le catalogue de Yellow-Sub, un objet commercial peut donc renvoyer à deux œuvres dont les personnels ne se recoupent pas.

Le maxi 45-tours et les variantes du programme

Une édition maxi 45-tours ajoute « Dress Me Up As A Robber » en troisième titre. Ce programme différent intéresse directement les collectionneurs : acheter un 12 pouces ou un simple peut donner accès à un ensemble de chansons distinct. Pourtant, « Take It Away » conserve la même origine de session et ne devient pas une nouvelle collaboration parce qu’elle figure sur un disque de format plus grand.

Le morceau ajouté au maxi ne doit pas hériter automatiquement du crédit de batterie de Ringo. Paul explique dans une interview que Dave Mattacks est le batteur de « Dress Me Up As A Robber » et que le jeu pourrait tromper un auditeur habitué à Steve Gadd. Cette précision montre combien les éditions physiques et les crédits piste par piste doivent être traités séparément.

La vidéo promotionnelle : réunir les visages et représenter le disque

Le clip de « Take It Away » met en scène Paul et plusieurs collaborateurs, dont Ringo, Steve Gadd, George Martin et Eric Stewart. La présence de ces musiciens possède une valeur de documentation visuelle et de promotion. Elle n’est cependant pas une nouvelle séance sonore : les scènes filmées sont construites pour accompagner un morceau déjà enregistré. Une caméra peut montrer les instrumentistes pendant une version mimée ou une réalisation destinée à la télévision.

C’est une distinction récurrente du dossier. Sur d’autres clips, Ringo apparaît derrière la batterie sans jouer sur le master. Pour « Take It Away », les crédits officiels attestent au contraire sa participation au disque lui-même, indépendamment de la mise en scène promotionnelle. Les deux informations se complètent, mais aucune n’est le simple substitut de l’autre.

2015 : l’Archive Collection et la nouvelle écoute du disque

La réédition de Tug of War dans la série Archive Collection en 2015 propose un travail de restauration et de remixage qui renouvelle la perception de plusieurs titres. Le personnel d’origine est conservé dans les crédits, tandis que les équilibres sonores peuvent différer. Cette nouvelle publication n’est pas une session de Ringo en 2015 ; elle donne accès à une autre réalisation technique d’un matériau enregistré dans les années 1980.

Les notes du coffret permettent aussi de mieux connaître la méthode de travail grâce aux souvenirs des participants, notamment Steve Gadd. Cette richesse donne à la réédition une fonction historique différente de celle d’un simple remaster commercial. Le dossier pourra l’exploiter sans confondre l’année de la source documentaire avec celle de la performance musicale.

1981, 1982, 2015 : trois dates, trois fonctions

L’année 1981 désigne la séance de Montserrat, les éventuels overdubs londoniens et le mixage. L’année 1982 correspond à la sortie de l’album et du single. L’année 2015 identifie une réédition d’archives et de nouvelles opérations de mixage. Une sessionographie doit être capable de stocker ces trois dates sans faire naître trois collaborations instrumentales indépendantes. Il s’agit d’un seul projet d’enregistrement dont les publications et les traitements techniques se succèdent.

Cette organisation a une conséquence pratique sur les liens internes : la fiche de la chanson renvoie au chapitre des collaborations avec Paul ; la discographie physique recense les singles et les albums ; les éditions archivistiques possèdent une rubrique de variantes. Le lecteur circule entre ces niveaux sans devoir relire cinq fois la même histoire.

La place de « Take It Away » dans l’histoire des retrouvailles

Le morceau est parfois présenté comme une réunion nostalgique entre deux Beatles. Cette dimension affective existe naturellement pour le public, mais elle n’explique pas toute la séance. Paul fait appel à Ringo et à Steve Gadd pour enregistrer une chanson dont il est l’auteur et l’interprète principal. Leur collaboration se déroule dans un studio moderne, avec George Martin, Geoff Emerick et plusieurs musiciens de la génération suivante. Le résultat appartient pleinement à l’histoire de la pop du début des années 1980.

Ringo ne joue pas dans un décor reproduisant les Beatles des années 1960. Il apporte son expérience à une équipe de production qui travaille les arrangements, les chœurs et une section rythmique inhabituelle. La réunion est donc à la fois personnelle et musicale, sans que l’une des deux dimensions doive effacer l’autre.

Les données que conservera la sessionographie

La notice principale identifiera Paul McCartney comme artiste et compositeur, Ringo Starr et Steve Gadd aux batteries, George Martin à la production et au piano électrique, Linda McCartney et Eric Stewart parmi les chanteurs accompagnateurs et Geoff Emerick à l’enregistrement. Elle conservera les dates des 16–18 février 1981 pour la séance de Montserrat, le 23 mars pour les ajouts documentés et décembre pour le mixage, tout en évitant de prétendre que les instrumentistes sont présents à toutes ces étapes.

Les publications seront reliées au master : album Tug of War, single du 21 juin 1982, maxi et éditions ultérieures. Les versions montées et remixées porteront leur propre mention, mais les crédits seront conservés conformément aux bandes dont elles dérivent. La qualité d’un catalogue de référence dépend de cette capacité à raconter une œuvre dans le temps sans perdre son unité.

Une collaboration sans compétition

Le fait que deux batteurs réputés participent à la chanson peut inviter à comparer leurs styles, mais aucun document étudié ne justifie une hiérarchie définitive entre eux. Steve Gadd confirme avoir joué avec Ringo, ce qui suffit à rendre leur rencontre historiquement importante. Le public peut apprécier l’élan de la chanson et la richesse de sa pulsation sans que l’analyse attribue au premier l’économie du rythme et au second sa complexité dans chaque mesure.

C’est précisément ce qui rend la séance intéressante pour l’encyclopédie : une collaboration n’est pas toujours une succession d’invités séparés. Elle peut être une interaction musicale réelle au sein de laquelle plusieurs instrumentistes cherchent ensemble l’équilibre d’une chanson. Le rôle de Paul comme auteur et de George Martin comme producteur reste essentiel à cette rencontre.

Les mêmes séances donnent aussi naissance à Average Person

Les séances des 16–18 février 1981 à AIR Montserrat ne concernent pas seulement « Take It Away » : Paul travaille aussi à « Average Person », avec Ringo à la batterie, chanson qui ne paraîtra qu’en 1983 sur Pipes of Peace. Une première tentative, le 4 février, avait été enregistrée avec Dave Mattacks : il ne s’agit pas de deux batteries sur le master retenu. Lire l’enquête de session sur So Bad et Average Person.

Le retour vers les autres collaborations avec McCartney

En 1997, les deux musiciens se retrouvent sur Flaming Pie, avec « Beautiful Night » et « Really Love You ». La première documente de nouveau Ringo comme batteur invité ; la seconde comporte une véritable cosignature McCartney–Starkey. Ces situations diffèrent de « Take It Away », où Ringo ne partage pas l’écriture. Comparer les trois titres permettra au lecteur de mesurer l’évolution de leurs relations artistiques sans réduire toutes les retrouvailles à une histoire uniforme.

Le chapitre consacré à Paul McCartney et Ringo Starr rassemble ce parcours. La présente fiche descend au niveau de la chanson de 1981 et des publications de 1982. Elle constitue ainsi une pièce de la future discographie croisée, destinée à relier les séances, les interprètes et les variantes de disques avec une précision suffisante pour les amateurs comme pour les chercheurs.

Photographie d’ambiance issue de la photothèque Yellow-Sub.net, non présentée comme une photographie de la séance de Montserrat.

Ringo Starr : photographie d'ambiance du dossier Sun City et ses collaborations collectives

Repères discographiques

  1. Paul McCartney : fiche officielle du single Take It Away.
  2. The Paul McCartney Project : séances des 16–18 février 1981 et témoignage de Steve Gadd.
  3. The Paul McCartney Project : crédits et éditions de Take It Away.
  4. Entretien de Paul McCartney pour Club Sandwich, 1982.