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Troublemaker (1979) : Ringo Starr, Ian McLagan et les trois batteurs de l’album

Ringo sur « Hold On », Jim Keltner sur huit autres titres et Zigaboo Modeliste sur « Truly » : les véritables crédits piste par piste, les 45-tours et les confusions avec Ronnie Wood et les New Barbarians.

Troublemaker : la participation discrète de Ringo sur un album de Faces

En 1979, Ian McLagan, ancien claviériste des Small Faces puis des Faces, publie Troublemaker, premier album solo où se croisent plusieurs figures du rock anglo-américain. Ronnie Wood, Keith Richards, Bobby Keys, Stanley Clarke, Jim Keltner, Zigaboo Modeliste et Ringo Starr sont associés au disque. Mais tous n’interviennent pas sur les mêmes chansons. L’existence d’un générique impressionnant ne justifie pas d’attribuer à Starr toutes les parties de batterie, pas plus qu’elle ne permet de conclure qu’il est membre régulier des New Barbarians.

Le livret de la réédition officielle Here Comes Trouble, reproduit sur le site de Ian McLagan, offre une distribution numérotée piste par piste particulièrement précieuse : Ringo n’est indiqué qu’à la batterie du neuvième titre de Troublemaker, « Hold On ». Jim Keltner occupe les batteries d’une grande partie des autres titres et Zigaboo Modeliste intervient sur « Truly ». Cette ventilation mérite un dossier propre, utile aux collectionneurs comme à l’histoire des réseaux de studios.

Les dix chansons du LP de 1979 : le programme d’origine

Le programme s’ouvre avec « La De La », suivi de « Headlines », « Truly », « Somebody » et « Movin’ Out » sur la première partie de l’album. Les titres suivants sont « Little Troublemaker », « If It’s Alright », « Sign », « Hold On » et « Mystifies Me ». La numérotation est indispensable : le livret de Here Comes Trouble ajoute ultérieurement d’autres morceaux, provenant notamment de Last Chance to Dance de 1985, d’une reprise des Who et d’archives. Le numéro neuf y renvoie toujours à la chanson originale « Hold On ».

L’ensemble représente une quinzaine de musiciens et quelques interventions ponctuelles. La présence de Keith Richards et de Ronnie Wood dans certaines photographies d’époque ou notices publicitaires doit être reliée aux plages sur lesquelles leurs noms apparaissent, pas à une prétendue session collective unique de dix morceaux. Une base de référence doit conserver les œuvres, les enregistrements et les éditions physiques séparément.

Ringo Starr : batterie de Hold On, et de Hold On seulement dans les crédits publiés

Le neuvième morceau, « Hold On », est écrit par Ian McLagan. La notice instrumentale officielle attribue sa batterie à Ringo Starr. Paul Stallworth est identifié à la basse, Johnny Lee Schell à la guitare ; McLagan assure son rôle de chanteur et de claviériste. Le livret signale en outre Geoff Workman à l’accordéon sur ce même titre, intervention originale qui ne doit pas être déplacée vers une autre chanson faute de preuve.

Il ne faut pas déclarer que Ringo et Jim Keltner forment une double batterie sur « Hold On » : la répartition détaillée réserve la batterie de cette plage à Starr, tandis que Keltner est crédité sur les pistes 1, 2, 4 à 8 et 10. Le disque constitue donc précisément le contraire d’un album à deux batteurs jouant en permanence ensemble. Pour vérifier une édition physique, les pochettes de 1979 et de la réédition de 2006 doivent être comparées.

Jim Keltner : le batteur principal des autres plages

Jim Keltner participe aux titres « La De La », « Headlines », « Somebody », « Movin’ Out », « Little Troublemaker », « If It’s Alright », « Sign » et « Mystifies Me ». Il ne figure pas dans le livret comme batteur du titre « Hold On ». Cette répartition explique pourquoi certaines encyclopédies résumées, qui ne possèdent qu’un champ ‘batterie’ pour tout l’album, ont tendance à présenter les deux hommes côte à côte sans jamais préciser où chacun intervient.

L’intérêt musicologique d’une telle distribution dépasse la correction des crédits : elle montre comment les producteurs de rock de l’époque utilisent plusieurs batteurs sur des prises séparées, en fonction des disponibilités et des besoins musicaux. Rien dans le livret n’autorise à répartir davantage les overdubs ou à affirmer que tous les titres de Keltner ont été réalisés le même jour. Le personnel individuel et la chronologie des studios restent deux niveaux distincts de preuve.

Truly : le groupe des New Barbarians, mais sans Ringo

Le troisième morceau, « Truly », est une composition attribuée à Carl Levy. Son personnel réunit Ronnie Wood et Keith Richards aux guitares et aux voix, Ian McLagan aux claviers, Stanley Clarke à la basse, Zigaboo Modeliste à la batterie, ainsi que Bobby et Darryl Keys aux cuivres selon les éditions. Cette formation recoupe l’effectif des New Barbarians en tournée en 1979. Le morceau n’est pas pour autant une prise jouée par Ringo.

Les archives du rock de Nico Zentgraf situent une séance de « Truly » autour du 21 mai 1979 à Shangri-La Studios, Malibu, en distinguant une longue version de travail et la version utilisée sur Troublemaker. Pour la discographie du morceau, ce sont des enregistrements ou montages dont la relation doit être documentée avec soin. La présence de Richards ne suffit pas à créer une co-interprétation Starr–Richards sur cette chanson.

Les New Barbarians en tournée : une batterie différente

Ronnie Wood et Keith Richards jouent au sein des New Barbarians au printemps 1979 avec Ian McLagan, Stanley Clarke, Bobby Keys et Zigaboo Modeliste. Les chronologies des répétitions et concerts de cette formation attribuent les batteries de tournée à Zigaboo Modeliste. Ringo Starr n’est pas présenté comme le batteur de cette tournée. On ne doit pas déduire son adhésion au groupe de sa participation à « Hold On » pour McLagan.

Une seconde confusion naît du film promotionnel de Ronnie Wood pour « Buried Alive » : Ringo apparaît à la batterie dans la formation filmée, alors que les crédits du master de l’album Gimme Some Neck citent un autre batteur. Il s’agit d’un objet audiovisuel distinct du disque et des concerts des New Barbarians. Les trois événements — chanson de McLagan, clip de Wood et tournée — doivent avoir trois fiches de participation, avec des dates et des natures différentes.

Keith Richards, Ronnie Wood et Bobby Keys : les vrais morceaux concernés

Le guitariste Ronnie Wood apparaît notamment sur « Truly » et « Somebody », tandis que Keith Richards est identifié à la guitare et aux chœurs sur « Truly ». Le saxophoniste Bobby Keys est crédité sur plusieurs titres, dont « Truly », « Somebody », « Movin’ Out », « Little Troublemaker » et « Mystifies Me ». Une distribution collective par album qui annoncerait Richards, Wood et Keys sur les dix chansons les ferait participer fictivement à « Hold On ».

Le cas de Steve Madaio est également instructif : il intervient à la trompette sur « Somebody », non sur toutes les chansons. La chanteuse Jaime Segal est mentionnée sur « Mystifies Me ». Ces attributions issues d’un même livret prouvent combien une sessionographie attentive peut restituer des musiciens autrement invisibles dans les notices générales.

Here Comes Trouble : la réédition en tant que source documentaire

La réédition Here Comes Trouble rassemble les dix plages originales de Troublemaker avec d’autres titres issus de projets ultérieurs, ainsi que des enregistrements supplémentaires. Le site officiel de Ian McLagan donne pour chaque instrumentiste les numéros des pistes. Il faut respecter cette numérotation lors d’une importation dans une base de données : l’on ne doit pas attribuer à Starr la batterie d’un morceau ajouté en bonus après la dixième position.

Les quatre titres 11 à 14 proviennent de Last Chance to Dance en 1985, avec David Kemper aux batteries ; la quinzième plage est liée à un hommage aux Who ; la seizième reprend une longue version de « Truly » et la dix-septième une archive issue d’une autre période. C’est précisément la capacité d’un coffret ou CD à réunir des sessions éloignées qui crée un danger si l’on ne distingue pas la date de publication de celle de la bande source.

Collectionneurs : le microsillon Mercury et les éditions postérieures

Le LP Troublemaker paraît en 1979 chez Mercury aux États-Unis, sous une référence citée comme SRM-1-3786 ou 1-3786 selon les conventions des bases. Le site d’Ian McLagan cite les singles « Little Troublemaker / Hold On » et « La De La / Hold On » sous Mercury, avec des éditions datées de 1980. Cette double diffusion donne une vie commerciale autonome à la batterie de Ringo en face B ; il faut toutefois retrouver les numéros de catalogue et les étiquettes de chaque exemplaire avant de publier une liste de matrices.

On ne doit pas présumer que la version de « Hold On » sur le 45-tours et sur l’album a un montage ou un mixage distinct uniquement parce que la durée imprimée varie. La comparaison physique requiert le pays, l’édition, les inscriptions de label, la gravure et une écoute des deux disques. Le nom de Ringo peut apparaître dans les crédits de couverture sans figurer sur le 45-tours, ce qui n’efface pas son intervention sur la bande source.

De Faces à All-Starr Band : l’utilité de distinguer les générations

Ian McLagan relie une grande partie de la scène britannique des années 1960 et 1970 aux projets ultérieurs de Ronnie Wood. L’apparition de Ringo sur son premier LP solo est un jalon discret de cette histoire : un ancien Beatle aide un musicien des Faces sur une chanson, dans un contexte où les limites entre studios, groupes de tournée et carrières personnelles sont très perméables.

La collaboration ne doit pas être réécrite à partir des tournées All-Starr Band postérieures, ni transformée en participation à un album des Rolling Stones. L’architecture documentaire la plus utile est celle qui distingue le lien personnel, la prise de « Hold On », le disque de 1979, les 45-tours de 1980 et les artistes avec lesquels McLagan joue ailleurs.

Fiche de référence et bibliographie

Artiste principal : Ian McLagan. Album : Troublemaker (Mercury, 1979). Œuvre avec Ringo : « Hold On », piste 9, composée par Ian McLagan. Ringo Starr : batterie. Ian McLagan : chant et claviers. Paul Stallworth : basse. Johnny Lee Schell : guitare ; Geoff Workman : accordéon. Jim Keltner : batteries des plages 1, 2, 4–8 et 10. Zigaboo Modeliste : batterie de « Truly » (plage 3). Réédition : Here Comes Trouble, avec bonus documentés, dont certains proviennent de 1985 et d’enregistrements ultérieurs. Objets de collection : LP Mercury 1979 et singles Mercury de 1980 utilisant « Hold On » en face B, références locales à vérifier.

Sources : site officiel de Ian McLagan, Here Comes Trouble, distribution par piste et rubrique Discography ; AllMusic, Troublemaker, critique et tableau de crédits ; Nico Zentgraf, chronologie de 1979 des Rolling Stones et New Barbarians (séance de « Truly », effectifs de tournée, clip de « Buried Alive ») ; Yellow-Sub.net, étude individuelle de « Hold On » et de la vidéo « Buried Alive ». Références : https://www.ianmclagan.com/here-comes-trouble ; https://www.ianmclagan.com/discography ; https://www.allmusic.com/album/troublemaker-mw0000862033 ; https://www.nzentgraf.de/books/tcw/1979.htm .

Études associées

« Hold On » : analyse de la prestation de Ringo sur la piste 9 · « Buried Alive » : le clip et la distinction avec le master audio.