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A Dose of Rock ‘n’ Roll : Ringo Starr et les guitares de Peter Frampton et Jesse Ed Davis (1976)
Étude des séances de Cherokee Studios, du single Atlantic, des cuivres, des deux batteries, des pressages et d’une attribution de piano à John Lennon qui demande vérification.
Le single de 1976 au croisement de trois guitaristes
Le 20 septembre 1976, Ringo Starr publie aux États-Unis « A Dose of Rock ‘n’ Roll », chanson qui ouvre également l’album Ringo’s Rotogravure. Le disque attire l’attention sur la réunion de plusieurs personnalités musicales : Peter Frampton, Jesse Ed Davis et Danny Kortchmar sont crédités aux guitares, Klaus Voormann à la basse et Jim Keltner à la batterie aux côtés de Ringo. Les cuivres font intervenir les frères Brecker ainsi que plusieurs musiciens de studio. Derrière l’apparence d’un rock simple et festif se trouve donc un véritable petit orchestre de rhythm and blues américain.
L’œuvre n’est cependant pas écrite par l’une des vedettes qui jouent dessus. L’auteur, le chanteur et les guitaristes doivent être identifiés séparément. Ce principe est le fondement d’une sessionographie fiable : l’album de 1976 multiplie les invités prestigieux, mais leur présence n’a ni le même statut ni la même fonction d’un titre à l’autre. « A Dose of Rock ‘n’ Roll » est particulièrement utile pour l’étudier, puisqu’une divergence concerne même l’éventuelle présence de John Lennon au piano.
Carl Groszmann : un auteur australien lié à Ring O’ Records
La chanson est attribuée à Carl Groszmann, parfois orthographié « Carl Groszman » ou même « Grossman » sur certains relevés de disques. Le musicien et auteur australien a travaillé dans l’entourage du label Ring O’ Records fondé par Ringo. La graphie du nom est un problème de collectionneur autant que de documentaliste : une différence d’orthographe sur une étiquette ne crée pas un deuxième compositeur. Pour une base de référence, il faut retenir la forme documentée par les catalogues d’œuvres, tout en indexant les graphies réellement imprimées sur les supports.
L’interprétation de Ringo ne doit pas être confondue avec la composition. Le catalogue officiel, les bases musicales et la notice de The Beatles Bible attribuent l’écriture de « A Dose of Rock ‘n’ Roll » à Groszmann. Peter Frampton et Jesse Ed Davis y sont des instrumentistes, non des coauteurs déclarés de l’œuvre. De même, une éventuelle intervention de John Lennon sur la prise n’aurait aucun effet sur la signature de la composition, qui constitue une information juridique distincte du personnel d’enregistrement.
23 mai 1976 : une bande de base documentée à Los Angeles
La chronique spécifique de The Beatles Bible situe l’enregistrement initial au 23 mai 1976 à Cherokee Studios, Los Angeles. Elle précise que des overdubs sont réalisés durant l’été. La date de publication du disque, en septembre, est donc éloignée de la première session connue. Un relevé du morceau en studio est nécessaire pour savoir si toutes les guitares ont été enregistrées le même jour ou si certaines interventions ont été ajoutées sur une bande déjà constituée.
Les crédits ne suffisent pas à établir un horaire de séance ni un plan détaillé des prises. La coexistence de trois guitares doit être traitée comme un résultat de la version finale, non comme la preuve qu’elles ont toujours joué ensemble. Des archives du studio, des boîtes de bandes et la documentation technique d’Arif Mardin pourraient préciser les différences entre les premières prises et le master envoyé aux usines de disques.
Peter Frampton et Jesse Ed Davis : deux solistes distincts
La notice de The Beatles Bible identifie un solo de guitare de Peter Frampton puis un solo de Jesse Ed Davis. Cette attribution est précieuse : elle évite de placer toutes les interventions expressives sous le seul nom de Frampton au motif qu’il est devenu l’un des guitaristes les plus populaires de 1976. Danny Kortchmar, également crédité à la guitare, doit conserver sa place dans la distribution même si les sources résument souvent la chanson à ses deux solistes.
Frampton et Ringo connaissent déjà des expériences communes. En 1970, les deux apparaissent dans le vaste réseau de musiciens associé à All Things Must Pass de George Harrison ; Frampton retrouve Starr sur Wind of Change au début des années 1970. Jesse Ed Davis, pour sa part, est un guitariste américain recherché pour son phrasé nourri de blues. Leur juxtaposition est caractéristique de la culture des studios de Los Angeles : plusieurs individualités jouent une chanson conçue autour de l’interprète principal, sans former pour autant un groupe stable.
Le piano attribué à Lennon : une divergence réelle entre sources
La fiche spécialisée de The Beatles Bible crédite John Lennon au piano sur « A Dose of Rock ‘n’ Roll ». L’inventaire britannique JPGR reproduit également son nom, tout en précisant qu’il n’apparaît pas au générique imprimé sur la pochette. En revanche, les métadonnées de la chanson disponibles sur Apple Music énumèrent les interprètes et les instruments sans attribuer explicitement un piano à Lennon. Le relevé principal de la face A n’a donc pas le même degré de consensus que « Cookin’ (In the Kitchen of Love) », sur laquelle la partie de piano de Lennon est directement documentée par son propre site officiel.
Le dossier traite cette attribution comme un crédit secondaire à confirmer, non comme un fait à effacer ou à présenter sans réserve. Une omission dans une base numérique ne suffit pas à prouver l’absence d’un musicien ; inversement, une tradition discographique reprise dans plusieurs notices ne remplace pas la feuille de séance originale. Il faut vérifier les matrices, le livret, les notes techniques de la bande et éventuellement des témoignages de l’équipe avant d’établir Lennon comme pianiste certain sur le master. Cette prudence évite surtout de doubler artificiellement le nombre de participations prouvées de Lennon à l’album.
Une section de cuivres dirigée vers le rhythm and blues
Le relevé de la chanson identifie Randy Brecker et Alan Rubin aux trompettes, Michael Brecker et George Young aux saxophones ténor, Lewis Delgatto au saxophone baryton. Ces instruments ne sont pas de simples décorations. Avec leur présence, « A Dose of Rock ‘n’ Roll » prend le caractère énergique d’un rock de variété à forte coloration soul et rhythm and blues. Le jeu des cuivres peut épaissir les refrains, relancer les transitions et dialoguer avec les riffs de guitare.
L’étude des arrangements exige cependant de distinguer les crédits de pupitre de la direction orchestrale. Arif Mardin est producteur et responsable des arrangements selon les supports consultés. L’ordre d’entrée des instruments dans le mixage, les doubles pistes et le nombre exact de prises ne sont pas déterminables de façon certaine à partir des seules notices. La présence de plusieurs souffleurs permet de documenter la couleur sonore du disque, pas de reconstituer une partition complète sans matériel supplémentaire.
Deux batteries : Ringo et Jim Keltner
Ringo Starr est crédité au chant et à la batterie, aux côtés de Jim Keltner, partenaire fréquent dans sa carrière des années 1970. Cette configuration donne du poids à l’accompagnement, mais il serait imprudent de répartir avec assurance les coups de caisse claire, le charleston ou les accentuations particulières entre les deux hommes. L’existence de deux crédits n’autorise pas à inventer une prise simultanée entièrement isolée ni à identifier un kit à gauche et un autre à droite sans examen des multipistes.
Keltner occupe, dans cette discographie, un rôle aussi important que celui des grandes vedettes invitées. Son travail transforme plusieurs albums de Ringo en lieux de rencontre entre le rock britannique et les studios américains. Pour les collectionneurs, sa présence sur la prise constitue un crédit précis ; pour les musicologues, la ventilation exacte de ses interventions reste un sujet d’analyse à approfondir.
Melissa Manchester et l’équipe des chœurs
Melissa Manchester, Duitch Helmer, Joe Bean et Vini Poncia figurent aux chœurs selon le relevé de JPGR et la notice de The Beatles Bible. Apple Music propose une identité orthographiée « Joseph Patrick Espisito » pour l’un des noms, différence qui doit être vérifiée sur la documentation primaire plutôt que normalisée à la hâte. La première tâche consiste à établir si les deux sources désignent un même intervenant mal transcrit, ou si l’une des listes comporte une erreur d’attribution.
La chanson révèle une pratique assez courante dans les disques de Ringo : les chœurs sont confiés à une distribution composite, mêlant auteurs-compositeurs, musiciens de studio et interprètes connus. Ces interventions doivent apparaître comme des contributions vocales secondaires, et non comme des duos officiellement mis en avant sur les étiquettes du single. Le libellé des crédits varie aussi selon que les éditeurs présentent une fiche de chanson, une notice de disque complet ou un relevé des noms figurant sur la pochette.
Pourquoi ce rock est choisi comme single
« A Dose of Rock ‘n’ Roll » joue le rôle de morceau de lancement de Ringo’s Rotogravure. Son titre évoque littéralement une dose de rock et son énergie contraste avec des ballades comme « Pure Gold » et « I’ll Still Love You ». C’est un choix commercial compréhensible : au début des années 1970, Ringo a connu plusieurs succès marqués par des refrains efficaces et un goût pour les formations généreuses. Le nouveau single tente de prolonger ce langage, mais dans un environnement radiophonique où la concurrence s’est intensifiée.
Le disque atteint la 26e place du Billboard Hot 100 américain, selon la notice de The Beatles Bible et les historiques du single. Il constitue ainsi un classement honorable, sans retrouver les toutes premières positions obtenues par certains succès de 1973 et 1974. Ce résultat explique en partie l’écart entre la richesse musicale de la séance et le destin commercial plus discret de l’album. Il ne faut cependant pas transformer les chiffres du single en chiffres de l’album : Ringo’s Rotogravure se classe séparément à la 28e place du Billboard 200.
Les 45-tours de 1976 : un inventaire par territoire
L’édition américaine du single paraît chez Atlantic le 20 septembre 1976, sous la référence 45-3361, avec « Cryin’ » au verso. La version britannique est publiée chez Polydor le 15 octobre, référence 2001 694. Les relevés discographiques mentionnent également des variantes au Canada, au Japon, en Allemagne, en Espagne et en Australie, pour lesquelles le numéro de catalogue et la pochette doivent être comparés individuellement.
Pour le collectionneur, une variante promotionnelle américaine mérite une attention spécifique : des notices signalent l’existence d’éditions destinées aux radios proposant une version avec ou sans une introduction d’environ sept secondes. Ce cas est beaucoup plus important qu’un simple écart d’une seconde entre minutages. Il peut correspondre à une modification matérielle du début de la piste, mais la nature exacte du montage doit être confirmée par écoute et photographie des étiquettes des exemplaires. Sans ces pièces, on n’attribuera pas un nouveau mixage au support.
Les faces B, les montages et les éditions postérieures
La face B habituelle du 45-tours est « Cryin’ », composition de Ringo Starr et Vini Poncia, dont la configuration instrumentale diffère nettement de celle du morceau principal. Le single ne doit donc pas être décrit comme un duo de compositions de Carl Groszmann. Au fil des années, « A Dose of Rock ‘n’ Roll » est rééditée dans des collections consacrées à la carrière de Starr ; une nouvelle compilation n’est pas en elle-même un nouvel enregistrement.
La bonne unité documentaire est triple : l’œuvre signée par Groszmann, le master enregistré en 1976 et les manifestations physiques du master sur vinyle, cassette, cartouche ou disque numérique. L’identification des matrices de pressage doit rester séparée du problème de personnel. Des reproductions de pochettes, dans certains pays, mettent davantage en avant la photographie de Ringo, sans apporter de nouvel élément aux crédits de studio.
Fiche chronologique : auteur, musiciens et éditions
Titre : « A Dose of Rock ‘n’ Roll ». Auteur : Carl Groszmann (variantes graphiques imprimées à enregistrer). Interprète : Ringo Starr, voix et batterie. Master : Ringo’s Rotogravure (1976), titre d’ouverture. Producteur : Arif Mardin. Enregistrement initial : 23 mai 1976, Cherokee Studios, Los Angeles, selon The Beatles Bible ; overdubs durant l’été. Peter Frampton, Jesse Ed Davis, Danny Kortchmar : guitares ; Klaus Voormann : basse ; Jim Keltner : batterie ; Dr. John : claviers ; Randy Brecker, Alan Rubin, Michael Brecker, George Young, Lewis Delgatto : cuivres ; Melissa Manchester, Duitch Helmer, Joe Bean, Vini Poncia : chœurs selon une partie des sources.
Point à confirmer : John Lennon au piano, crédité dans deux notices secondaires, mais absent de la liste des interprètes détaillée d’Apple Music ; variante du crédit Joe Bean / Joseph Patrick Espisito. Single américain : Atlantic 45-3361, 20 septembre 1976, face B « Cryin’ », classement Billboard Hot 100 numéro 26. Single britannique : Polydor 2001 694, 15 octobre 1976. Les variantes promotionnelles signalées doivent être écoutées et comparées avant de créer une notice de master distinct.
Sources bibliographiques et discographiques
The Beatles Bible, « A Dose of Rock ‘n’ Roll » : 23 mai 1976, crédits du titre, Carl Groszmann, deux solos de guitare et réception commerciale. JPGR, « Rotogravure », Polydor 2302 040 : relevé piste par piste, crédits des trois guitares, Lennon au piano non indiqué sur la pochette et références du LP. Apple Music, « A Dose of Rock ‘N’ Roll » : métadonnées d’interprétation, technique et crédits d’auteur. Progrography, étude du 45-tours : références de pressage, ventes et versions promotionnelles. Références : https://www.beatlesbible.com/people/ringo-starr/songs/a-dose-of-rock-n-roll/ ; https://www.jpgr.co.uk/p2302040.html ; https://music.apple.com/us/song/917187127 ; https://progrography.com/ringo-starr/ringo-starr-dose-rock-n-roll-1976/ .
Lire les autres enquêtes de 1976
Le dossier « Cookin’ (In the Kitchen of Love) » examine la présence au piano de John Lennon réellement documentée dans les crédits officiels. La fiche « Pure Gold » traite les chœurs de Paul et Linda McCartney. Enfin, « This Be Called a Song » documente les guitares d’Eric Clapton. Ces notices donnent une vision cohérente de l’entourage instrumental de Ringo durant l’année 1976.












