Yellow-Sub.net · Ringo Starr · Jerry Lee Lewis · 2006–2010
Jerry Lee Lewis et Ringo Starr : chanteur en 2006, batteur en 2010
Sur Sweet Little Sixteen, Ringo chante et Jim Keltner joue de la batterie. Quatre ans plus tard, Ringo double Keltner sur Roll Over Beethoven : deux crédits qu’il faut distinguer.
Deux titres de Chuck Berry, mais deux fonctions différentes
En 2006 et 2010, Jerry Lee Lewis publie deux grands albums d’invités : Last Man Standing puis Mean Old Man. Ringo Starr apparaît dans les deux programmes, à chaque fois sur une composition de Chuck Berry. Cette symétrie semble presque parfaite et peut pousser à résumer les deux collaborations à une phrase : « Ringo joue avec Jerry Lee Lewis ».
Les crédits démontrent pourtant une situation plus riche et différente pour chaque chanson. Sur « Sweet Little Sixteen » (2006), Ringo est chanteur invité, et la batterie de la prise est celle de Jim Keltner. Sur « Roll Over Beethoven » (2010), Ringo joue de la batterie et partage le rôle rythmique avec Keltner. Une sessionographie qui ne distingue pas les instruments ferait perdre toute valeur historique à ce doublé.
Last Man Standing : le retour collectif de Jerry Lee Lewis
L’album Last Man Standing, publié en septembre 2006, rassemble autour de Jerry Lee Lewis des musiciens aussi différents que Jimmy Page, Bruce Springsteen, Mick Jagger, Keith Richards, Neil Young, John Fogerty, B. B. King et Robbie Robertson. Jerry Lee est toujours l’artiste principal, au piano et au chant ; chacun des participants est invité sur une piste particulière.
« Sweet Little Sixteen » est la neuvième plage du disque, pour une durée voisine de trois minutes. Son auteur est Chuck Berry, qui avait publié ce classique du rock’n’roll en 1958. Le choix du morceau remet Ringo au contact d’un patrimoine américain essentiel à ses années de formation, mais ne constitue pas une chanson des Beatles ni une œuvre inédite de Jerry Lee.
Sweet Little Sixteen : un duo vocal, sans batterie de Ringo
La fiche détaillée de MusicBrainz associe « Sweet Little Sixteen » à un duo de Jerry Lee Lewis et Ringo Starr. Elle attribue les voix invitées à Ringo, la batterie à Jim Keltner, la basse à James Hutchinson, l’orgue à Ivan Neville et les guitares à Jimmy Rip, Kenny Lovelace et Keith Allison. Nils Lofgren apparaît à la pedal steel.
Ce relevé de personnel concorde avec l’inventaire de pochette reproduit par Musicbase, qui indique sans ambiguïté « Ringo Starr : vocals » et « Jim Keltner : drums ». La mention promotionnelle « with Ringo Starr » n’a donc pas à être traduite par « Ringo à la batterie ».
La présence de Keltner est intéressante : ce partenaire de longue date de Ringo se retrouve derrière les fûts tandis que l’ancien Beatle chante un vieux classique de rock. Le passage de l’interprète instrumental à l’invité vocal raconte mieux la flexibilité de sa carrière que l’image figée du « batteur des Beatles ».
La production de Jimmy Rip et Steve Bing
Les sources attribuent la production de Last Man Standing à Jimmy Rip et Steve Bing, avec les opérations d’ingénierie associées à James Saez pour « Sweet Little Sixteen ». La chanson a été fabriquée dans le cadre d’un disque d’invitations nombreux et non d’une séance autonome publiée à part sous le nom de Ringo.
L’année 2006 est celle de la sortie de l’album ; les séances de base du projet sont antérieures. La date précise de captation de la voix de Ringo, pas plus que sa présence simultanée avec Jerry Lee dans le studio, n’est établie par les références disponibles. Il est imprudent d’inventer une journée de « reunion » sans feuille de studio.
2010 : Mean Old Man et Roll Over Beethoven
Quatre ans plus tard, Jerry Lee publie Mean Old Man chez Verve. Comme son prédécesseur, le disque réunit des musiciens de plusieurs générations. La reprise de « Roll Over Beethoven » paraît en neuvième position sur l’édition longue du programme, avec Ringo Starr, John Mayer et Jon Brion parmi les invités.
Cette numérotation varie selon les formats : MusicBrainz recense une édition courte de dix plages où le même morceau figure au numéro 5. Un catalogue de référence doit donc mentionner systématiquement l’édition lorsqu’il fournit un numéro de piste, sans confondre ces variations avec des séances différentes.
La chanson appartient elle aussi au répertoire de Chuck Berry et possède une histoire dans le catalogue des Beatles : George Harrison en avait chanté une adaptation sur With the Beatles en 1963. Mais la prestation de 2010 appartient bien à Jerry Lee Lewis, non à une nouvelle réunion du groupe de Liverpool.
La double batterie avec Jim Keltner : une confirmation contemporaine
Le magazine Jambands, dans une critique datée du 7 septembre 2010, décrit Ringo doublant la batterie de Jim Keltner sur « Roll Over Beethoven ». AllMusic cite Ringo à la batterie dans le personnel du disque, tandis que Qobuz et MusicBrainz confirment sa participation sur le morceau. Ce recoupement permet une attribution solide.
Les deux batteurs ont derrière eux une longue histoire commune, depuis les sessions des albums solo du cercle des Beatles. Leur rencontre sur un titre de Berry n’est pas une curiosité ajoutée au hasard : elle représente une filiation du rock’n’roll américain vers les musiciens qui l’ont diffusé en Grande-Bretagne et dans les studios californiens.
L’identification des deux batteries ne permet néanmoins pas d’affirmer qu’elles ont été captées simultanément, en face à face. Une presse spécialisée peut décrire leur coexistence sur le master sans donner l’ordre des overdubs. On ne doit pas transformer « double batterie sur la chanson » en « jam en une prise ».
La batterie, le chant et les métadonnées : une leçon de méthode
Les catalogues numériques associent parfois un invité célèbre à un titre sans détailler son instrument ; le risque est d’attribuer l’activité qui a fait sa renommée. Cette habitude produit ici deux erreurs opposées : on prête à Ringo la batterie de « Sweet Little Sixteen » et l’on oublie sa véritable contribution à la batterie de « Roll Over Beethoven ».
La meilleure méthode consiste à séparer les champs : interprète, instrument, source du crédit, année de publication, album et support. Elle permet aussi de distinguer les chansons de Berry des réinterprétations de leurs auteurs, et d’éviter que le nom d’un musicien de studio soit associé à toutes les plages du projet.
Le cas est particulièrement pédagogique pour les amateurs des Beatles : Ringo est chanteur invité sur une reprise en 2006, puis batteur invité sur une autre en 2010 ; Jim Keltner intervient dans les deux projets, mais pas de la même façon sur la perception du public.
Fiches de session à retenir
2006 — Jerry Lee Lewis, « Sweet Little Sixteen » : Last Man Standing, piste 9 ; composition Chuck Berry ; Ringo Starr au chant ; Jim Keltner à la batterie ; Ivan Neville à l’orgue, James Hutchinson à la basse, Nils Lofgren à la pedal steel ; production Jimmy Rip et Steve Bing. Date de prestation vocale à préciser.
2010 — Jerry Lee Lewis, « Roll Over Beethoven » : Mean Old Man, piste 9 du programme long, piste 5 de l’édition courte ; composition Chuck Berry ; Ringo Starr à la batterie avec Jim Keltner, selon la presse contemporaine et les crédits généraux ; John Mayer et Jon Brion figurent également parmi les invités. Production de l’album attribuée à Steve Bing et Jim Keltner.
Deux notices d’enregistrements, deux fonctions différentes, et aucun motif de créer des crédits à la batterie pour le titre de 2006. Cette correction explicite constitue l’intérêt principal de l’enquête.
Illustration d’ambiance issue du dossier Yellow-Sub.net : elle ne constitue pas un document de la séance.
Sources et documents de référence
- Jerry Lee Lewis, discographie officielle Last Man Standing.
- MusicBrainz, Sweet Little Sixteen : distribution par instrument et duo.
- Musicbase, retranscription du livret : Ringo au chant, Keltner à la batterie.
- Jerry Lee Lewis, discographie officielle Mean Old Man.
- Jambands, critique contemporaine du 7 septembre 2010, double batterie Starr–Keltner.
- AllMusic, Ringo au crédit de batterie sur Mean Old Man.
- MusicBrainz, édition courte de Mean Old Man : Roll Over Beethoven piste 5.












