Yellow-Sub.net · Dossier d’attribution critique · Ringo Starr
Guthrie Thomas et Ringo Starr : trois éditions, deux batteurs et des pistes encore à identifier
De Hobo Eagle Thief et Like No Other (1983) à Ghost Towns (1999), les crédits de Ringo et Jim Keltner exigent une enquête sur les masters plutôt qu’un nouveau décompte arbitraire.
Une collaboration bien établie en 1976, puis une discographie plus complexe
La relation de Ringo Starr avec l’auteur-compositeur américain Guthrie Thomas est documentée dès Lies and Alibis, publié chez Capitol en 1976. Les relevés de personnel de cette période permettent d’identifier des interventions précises, notamment « Band of Steel » et plusieurs autres chansons sur lesquelles Ringo tient la batterie ou chante.
La difficulté se déplace dans les années 1980 et 1990. Des catalogues citent Hobo Eagle Thief puis Ghost Towns comme de nouvelles apparitions du batteur, mais ne disent pas clairement s’il s’agit d’enregistrements nouvellement effectués ou de titres repris des bandes de 1976. L’existence d’une nouvelle pochette ne constitue jamais, à elle seule, une nouvelle séance.
Hobo Eagle Thief : la référence matérielle SM4182
Le catalogue d’Eagle Records identifie Hobo Eagle Thief sous la référence SM4182, associé à l’année 1983. Une chronique de presse régionale américaine publiée en mai 1984 cite expressément Ringo parmi les musiciens de l’album ; d’autres comptes rendus datent de l’été 1984.
Il faut distinguer l’année attribuée à la référence du LP et celles des critiques. La chronique n’est pas la date d’enregistrement, et un journaliste découvrant le disque en 1984 ne prouve pas que Ringo ait participé à une séance cette année-là. Le fait certain est sa mention dans le personnel, sans attribution piste par piste tirée d’une source primaire consultable.
Like No Other : une variante italienne des mêmes bandes
Une deuxième édition mérite désormais une notice précise : Like No Other, Stetson SR 8301, Italie, 1983. Le descriptif détaillé d’un disquaire japonais indique qu’il s’agit d’un programme proche du LP américain Hobo Eagle Thief, comportant une chanson de moins. Il précise même que la compilation utilise des matériaux enregistrés entre 1976 et 1982.
Cette observation modifie la chronologie des collaborations. Les deux LP ne doivent pas être automatiquement présentés comme deux albums entièrement enregistrés par Guthrie Thomas en 1983, ni comme deux passages distincts de Ringo derrière la batterie : leur matériau se recoupe de manière substantielle.
Huit chansons dans l’édition italienne
La liste de Like No Other donne, pour la face A, « Carolyn and Benjamin », « Captain Jack », « Wake Up » et « Ship of Fools ». La face B comprend « Melisa », « Scorn and Strife », « Gone and Come to Pass » et « If You Want Me To ».
Le catalogue porte la graphie « Melisa », avec un seul s. D’autres supports emploient « Melissa », variante qu’il conviendra de traiter comme une piste d’identification, et non comme la preuve automatique de deux chansons différentes. Les huit morceaux sont des points d’entrée bibliographiques ; leur seule présence sur une pochette ne démontre pas lesquels contiennent Ringo.
Deux noms à la batterie : Ringo Starr et Jim Keltner
Le personnel reproduit pour Like No Other attribue la batterie à Jim Keltner et Ringo Starr, sans ventilation titre par titre. On trouve également Jesse Ed Davis à la guitare électrique, Byron Berline au violon et à la mandoline, John Hartford au violon, Doug Dillard au banjo, David Foster à l’orgue et David Paich au piano.
Le même relevé associe Guthrie Thomas et Larry Hirsch à la production. Le nom de Ringo n’est donc pas une simple spéculation de fan : il figure bien dans les crédits matériels reproduits. En revanche, la présence parallèle de Jim Keltner interdit l’affirmation selon laquelle Ringo assurerait toutes les batteries de l’album.
Pourquoi un crédit général ne peut être transcrit sur huit titres
Une notice amateur diffusée en 2007 attribue à Ringo plusieurs chansons, dont « Captain Jack », « Carolyn and Benjamin », « Wake Up », « Ship of Fools » et « If You Want Me To ». C’est une piste de recherche intéressante, mais il s’agit d’une liste de collectionneur ne reproduisant ni feuille de prises ni relevé du livret avec attribution explicite pour chacune.
Il serait donc prématuré de convertir ces cinq titres en cinq prestations confirmées. Un inventaire de référence peut signaler les hypothèses, classées comme telles, tout en réservant la catégorie des crédits sûrs aux documents de séance, annotations de bande ou notes de pochette réellement individualisées.
Le 1999 de Ghost Towns : une autre strate commerciale
En 1999, Guthrie Thomas publie Ghost Towns, catalogué sous la référence Mainstreet CD MS-1952. Une discographie spécialisée de Jim Keltner en reproduit le programme de douze morceaux, où figurent « I’ll Be Lucky », « I Can’t Count the Times », « You and Me », « Puppet on a String », « Captain Jack » et « Melissa ».
Le personnel général cite à nouveau Ringo Starr et Jim Keltner à la batterie, aux côtés d’autres partenaires déjà rencontrés dans les éditions des années 1970 et 1980 : David Paich, John Hartford, Byron Berline, Lee Montgomery et plusieurs musiciens américains. C’est une association réelle au catalogue, mais pas encore une preuve de batterie enregistrée en 1999.
Captain Jack et Melissa : deux titres révélateurs
La réapparition de « Captain Jack » et « Melissa » sur Ghost Towns est un indice important. Les titres rappellent « Captain Jack » et « Melisa » de l’édition italienne de 1983. Il peut s’agir d’une réutilisation des mêmes bandes, d’un remontage, d’un nouveau mixage ou de nouvelles interprétations.
Les données dont nous disposons n’établissent pas encore l’identité de ces masters. Un rapprochement des durées, des crédits de production, des matrices et surtout une comparaison audio permettrait de déterminer si des prises de Ringo ont été recyclées. Tant que cette confrontation n’a pas eu lieu, il ne faut pas écrire qu’il est retourné en studio chez Thomas seize ans après l’édition italienne.
Une chronologie à trois niveaux plutôt qu’une liste de sorties
La chronologie critique doit distinguer la date des enregistrements sources, la date des premières publications et la date des réexploitations. Les chansons de Thomas circulent sur plusieurs territoires et supports, ce qui favorise les erreurs de calendrier dans les discographies de musiciens invités.
L’édition Eagle américaine de 1983 et le LP italien Stetson de la même année se recoupent. Le CD de 1999 présente au moins deux titres déjà nommés sur ces supports, sans que leurs bandes respectives aient été comparées. Ainsi, une base de sessions ne doit pas compter « Ringo en 1983 » puis « Ringo en 1999 » comme deux séances simplement parce que deux sorties mentionnent son nom.
Une méthode de vérification reproductible
La prochaine étape matérielle consiste à examiner les étiquettes et les livrets originaux des références Eagle SM4182, Stetson SR 8301 et Mainstreet MS-1952. Les durées exactes des chansons communes, l’éventuelle mention de « previously released », les crédits par morceau et les matrices permettront de retrouver la généalogie des titres.
Le cas idéal serait l’accès aux masters ou à un carnet de studio de Larry Hirsch, coproducteur de l’édition italienne. Sans ces pièces, l’attestation d’un nom dans un personnel général reste précieuse mais ne suffit pas à décrire plusieurs nouvelles séances.
Fiche synthétique et statut de preuve
Artiste principal : Guthrie Thomas. Supports : Hobo Eagle Thief (Eagle Records SM4182, États-Unis, 1983), Like No Other (Stetson SR 8301, Italie, 1983, huit titres) et Ghost Towns (Mainstreet MS-1952, 1999, douze titres). Ringo Starr : batterie dans les crédits généraux des trois références. Jim Keltner : batterie également ; répartition titre par titre non établie.
Indices de reprises : « Captain Jack » et « Melisa/Melissa » figurent dans les programmes de 1983 et 1999. Conclusion : collaboration discographique attestée, mais aucune nouvelle séance de 1983 ou 1999 ne doit être comptée comme distincte avant identification des masters.
Cette étude poursuit l’analyse des contributions de 1976 sans répéter la même liste de crédits, et donne aux collectionneurs trois références physiques concrètes pour approfondir le dossier.
Visuel d’ambiance du dossier, sans attribution à une séance précise.
Documents et références examinés
- Disk Market Japon, édition italienne Like No Other : programme, personnel et commentaire sur la provenance des titres.
- Discogs, fiche de l’édition Eagle Hobo Eagle Thief.
- Jim Keltner Discography, personnel de Like No Other (1983).
- Jim Keltner Discography, Ghost Towns MS-1952 (1999) : douze titres et personnel.
- Biographie et discographie Guthrie Thomas, références Eagle et critiques de 1984.
- Liste non primaire de cinq titres attribués à Ringo, citée comme hypothèse à vérifier.












