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Monographie · Batteries et archives · 1982

Zak Starkey, Russell Kunkel et Ringo Starr : les deux batteries de I Keep Forgettin’ (1982)

Une première prise de Zak Starkey puis la batterie de Russell Kunkel retenue pour le master commercial.

Deux prises de batterie pour une même chanson

« I Keep Forgettin’ », sixième chanson d’Old Wave, permet de suivre deux batteurs appartenant à des étapes différentes du même enregistrement. Zak Starkey, fils de Ringo, participe à une première version de la batterie pendant les sessions de 1982. Le producteur Joe Walsh et son équipe cherchent ensuite une autre sonorité et Russell Kunkel enregistre une partie de remplacement en juillet. Il serait trompeur de présenter les deux musiciens comme des batteurs jouant ensemble sur la version définitive, alors que les témoignages indiquent que la prise de Zak a été remplacée.

Une œuvre antérieure au disque de Ringo

La chanson appartient au répertoire de Jerry Leiber et Mike Stoller, avec Gilbert Garfield cité dans certaines descriptions de l’œuvre. Elle a été enregistrée par Chuck Jackson en 1962, puis reprise par d’autres artistes. Ringo en propose une interprétation nouvelle, produite par Joe Walsh et enregistrée avec Jim Nipar comme ingénieur. La présence de son fils et de Kunkel constitue une contribution à ce master, non une nouvelle composition. La date de l’œuvre, celles des enregistrements et celles des publications doivent être classées à des niveaux distincts.

Zak Starkey : une première participation familiale

Zak Starkey a environ seize ans lorsque sa partie de batterie est enregistrée pour « I Keep Forgettin’ ». Cette participation a une valeur historique particulière dans le parcours d’une famille de batteurs. Mais une prestation enregistrée puis retirée du master standard n’est pas identique à une partie que l’auditeur entend sur le LP. Une biographie doit rappeler la séance de Zak sans lui attribuer le jeu de la version commerciale si les documents de réalisation en attestent le remplacement. Cette séparation évite les erreurs récurrentes dans les crédits simplifiés.

Russell Kunkel : le remplacement à Santa Barbara

En juillet 1982, Russell Kunkel enregistre une batterie destinée à remplacer la partie précédente. Les notes de production décrivent l’utilisation d’un repère rythmique, nécessaire pour synchroniser la nouvelle prestation à une chanson dont les autres éléments existaient déjà. La présence de cette nouvelle batterie n’exige pas que les voix ou les guitares aient été intégralement recommencées. Le jeu de Kunkel relève du master finalement publié, tandis que celui de Zak demeure attaché à une étape antérieure. Cette différence doit figurer dans toute sessionographie de l’album.

Ringo et Ray Cooper aux percussions

Sur ce morceau, Ringo Starr choisit de se consacrer au chant principal et aux percussions. Ray Cooper participe également aux instruments de percussion ; les récits de séance évoquent congas, toms, tambourin, shaker et wood-block. Il ne faut donc pas supprimer Ringo du personnel instrumental sous prétexte qu’il ne joue pas la batterie finale. En revanche, ses interventions doivent être créditées comme percussions, en distinguant cette fonction de la batterie de Russell Kunkel. Le même disque comprend aussi la batterie de Peter Bunetta sur « She’s About a Mover » et celle de Ringo sur plusieurs autres titres.

Le travail des guitares et de l’ingénieur

Joe Walsh contribue aux guitares, tandis que les crédits de basse et de claviers doivent être examinés avec attention selon les états de la chanson. Jim Nipar raconte avoir utilisé une réverbération inversée sur certaines parties de guitare : en retournant momentanément la bande pour enregistrer l’effet, puis en revenant à son sens normal, la réverbération précède l’attaque. Ce procédé relève du traitement sonore, pas du jeu de batterie de Zak ou Kunkel. Il démontre combien une prise instrumentale et sa présentation finale peuvent différer en studio.

De 1982 aux éditions d’Old Wave

Les opérations d’enregistrement et de remplacement se déroulent en 1982 ; le disque sort en juin 1983. Le titre est également publié en single sur certains marchés, notamment au Mexique avec « She’s About a Mover » en face B. La sortie commerciale ne doit pas être utilisée comme date d’une nouvelle session de Zak ou de Kunkel. Si une prise préparatoire de Zak devait un jour être officiellement publiée, elle devrait être distinguée du master standard par une identification précise de la bande. Aucune différence de pochette ne suffit à établir une telle édition.

Bilan et navigation documentaire

Zak Starkey et Russell Kunkel représentent deux états d’un même enregistrement : la première batterie du fils de Ringo, puis la batterie conservée sur la version commerciale. Ringo et Ray Cooper complètent le travail instrumental aux percussions. Cette étude de personnes renvoie à la fiche de « I Keep Forgettin’ » et à l’atlas général. La séparation entre archives, prises et master constitue le véritable intérêt encyclopédique de cette histoire.

Un crédit de séance ne décrit pas toujours la bande commercialisée

« I Keep Forgettin’ » est un cas exemplaire des précautions nécessaires à l’étude des batteries enregistrées. Zak Starkey intervient lors d’une étape de travail du morceau, avant la prise de remplacement confiée à Russell Kunkel. Ce parcours renseigne à la fois sur les possibilités offertes au jeune musicien, sur les décisions de production prises autour de Joe Walsh et sur la différence entre une performance conservée aux archives et celle finalement entendue sur le disque. Présenter Zak et Kunkel comme une paire de batteurs jouant ensemble sur le master serait une confusion entre la généalogie des prises et l’analyse de la version publiée.

Cette distinction fait écho à l’un des grands traits de la carrière de Ringo : il ne tient pas nécessairement la batterie sur tous les enregistrements portant son nom. La chanson, interprétée par lui au chant, peut mobiliser un autre batteur lorsque l’arrangement l’exige. Pour une encyclopédie, la catégorie « participation à l’album » demeure donc moins informative que la combinaison « œuvre, version, instrument, séance et master ». On attribuera à chacun uniquement la performance que les documents permettent d’établir.

Le piège des chronologies familiales

La présence de Zak, fils de Ringo, possède évidemment une dimension biographique. Elle ne suffit pourtant pas à faire de la version définitive un duo père-fils à la batterie. L’histoire familiale doit être séparée de la réalité acoustique du disque. Le lecteur pourra replacer l’épisode dans l’analyse complète des séances d’Old Wave et comparer cette étude aux monographies des autres instrumentistes de 1982. Le principe reste constant : conserver les essais et versions écartées dans la documentation, sans les comptabiliser comme des masters supplémentaires.