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Doris Troy et Ringo Starr : batterie soul, deux coécritures et les sessions Apple de 1970
Des témoignages de Doris Troy aux notes officielles de la réédition Apple et à la presse de 1970 : une enquête sur les chansons de Ringo, les musiciens invités et les versions d’archives.
Une figure majeure de la soul américaine au cœur d’Apple Records
Doris Troy n’a pas attendu sa rencontre avec les Beatles pour s’imposer comme une voix importante de la soul. Originaire de Harlem, elle connaît le succès avec « Just One Look » avant de travailler à Londres et de chanter sur des séances variées. Au tournant de 1969, sa relation avec George Harrison et Billy Preston l’amène vers le label Apple.
Son album éponyme de 1970 est un projet personnel : Troy en est la chanteuse principale et participe à la grande majorité des compositions. Le disque réunit toutefois un cercle spectaculaire de musiciens, parmi lesquels Harrison, Ringo Starr, Stephen Stills, Eric Clapton, Peter Frampton, Klaus Voormann, Billy Preston et des membres de l’entourage de Delaney & Bonnie.
La richesse de ce personnel peut brouiller l’histoire des sessions. Il ne faut pas confondre la liste de musiciens de l’album, les auteurs des chansons et les véritables contributions de Ringo à des masters particuliers.
Les témoignages directs de Doris Troy sur le batteur
Les notes de la réédition Apple de 2010, rédigées par Andy Davis, reproduisent un entretien de Doris Troy datant de 1992. La chanteuse y évoque affectueusement Ringo, qu’elle présente comme l’un de ses invités favoris, assidu et enthousiaste lors des séances.
Ce témoignage a un statut documentaire supérieur à une simple reprise de crédits sur un site de fans : il vient de l’artiste principale du disque et figure dans le livret officiel d’une réédition contrôlée par Apple.
Mais même une déclaration directe sur la présence d’un musicien durant les enregistrements ne répartit pas automatiquement ses interventions entre les treize pistes. Il reste nécessaire de confronter la mémoire de Doris aux crédits par œuvre et aux comptes rendus de studio contemporains.
La presse de juin 1970 : un document contemporain précieux
Le périodique britannique Disc and Music Echo rend compte du projet avant sa diffusion complète. Dans son numéro du 6 juin 1970, il souligne la présence de Harrison, Ringo, Klaus Voormann, Stephen Stills, Billy Preston et Delaney Bramlett. Surtout, il attribue deux des treize titres à une création commune de Doris Troy, George Harrison, Ringo Starr et Stephen Stills.
Deux semaines plus tard, une critique datée du 20 juin 1970 relève expressément la batterie de Ringo sur « Gonna Get My Baby Back », en évoquant le style soul de sa prestation. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une mention ajoutée par les catalogues numériques longtemps après l’enregistrement.
Ces sources contemporaines aident à distinguer le crédit instrumental de la coécriture, tout en replaçant l’album au centre de l’activité d’Apple dans les derniers mois de la carrière commune des Beatles.
Gonna Get My Baby Back : un crédit d’auteur et de batterie
Sur l’édition Apple, « Gonna Get My Baby Back » apparaît à la sixième place, pour une durée d’environ 2 min 17 s. Le livret de 2010 nomme exactement George Harrison, Doris Troy, Richard Starkey et Stephen Stills au crédit de composition.
Le disque fournit donc deux informations séparées : la chanson est une œuvre véritablement cosignée par Ringo, et une critique de juin 1970 attribue sa batterie à ce morceau.
La présence de Stephen Stills est celle d’un musicien de passage intégré au projet, non celle d’un membre permanent du groupe de Doris. Il faut conserver les quatre noms dans les métadonnées d’œuvre plutôt que les transformer en crédit de collaboration générique sur l’album entier.
You Give Me Joy Joy : la deuxième coécriture des mêmes musiciens
La onzième plage, « You Give Me Joy Joy », d’environ 3 min 39 s, porte exactement les mêmes quatre auteurs dans le livret Apple : Harrison, Troy, Starkey et Stills.
Ce détail confirme que la contribution de Ringo ne se limite pas à une batterie : son nom figure dans les droits d’auteur de deux chansons enregistrées et publiées pour une artiste extérieure.
En revanche, le fait d’être coauteur de cette seconde piste ne suffit pas à prouver quel instrument il y aurait joué sur le master. La batterie est parfois attribuée à Ringo par les discographies, mais le document de presse directement repéré en juin 1970 concerne expressément « Gonna Get My Baby Back ». Pour « You Give Me Joy Joy », il convient de vérifier les annotations de personnel par piste avant de fixer définitivement les instruments.
Give Me Back My Dynamite : une batterie à examiner
« Give Me Back My Dynamite », troisième titre, est cosigné par Doris Troy et George Harrison. Plusieurs présentations discographiques associent Ringo à la batterie de cette plage, et une critique de la réédition de 2010 souligne sa batterie particulièrement nette.
Toutefois, la distinction entre écouter des fûts et identifier le musicien exige une preuve indépendante : le personnel général de l’album cite aussi Alan White parmi les batteurs. La présence de Ringo sur la chanson doit donc être formulée avec son niveau de source, sans assimiler chaque frappe à une performance certaine.
La chanson reste une piste prioritaire pour l’examen d’un livret détaillé, de feuilles de studio ou d’une annotation d’Apple.
Les autres chansons : qui écrit et qui accompagne ?
La distribution des auteurs montre la diversité réelle du projet. « Ain’t That Cute » est une création de Harrison et Troy ; « Special Care » provient de Stephen Stills ; « Games People Play » reprend Joe South ; « So Far » est une composition de Klaus Voormann et Doris Troy ; « I’ve Got to Be Strong » est signée Jackie Lomax et Doris Troy.
Les deux morceaux auxquels Richard Starkey est crédité comme auteur sont donc précisément « Gonna Get My Baby Back » et « You Give Me Joy Joy ».
La présence de Harrison à la production et de plusieurs guitaristes prestigieux ne crée pas une seconde attribution de Ringo sur « Games People Play », « Jacob’s Ladder » ou toute autre chanson sans personnel individualisé.
Get Back : un single Apple et sa réédition en bonus
L’album réédité sur CD en 2010 comprend également « Get Back », reprise de Lennon–McCartney par Doris Troy. La chanson figurait sur la face B du single Apple 28, « Jacob’s Ladder » / « Get Back », commercialisé en août 1970 au Royaume-Uni.
Un catalogue spécialisé de collection signale Ringo à la batterie de cette reprise. Cette attribution constitue une piste cohérente avec le contexte des séances, mais le livret de 2010 conservé en ligne ne donne pas une fiche instrumentale complète pour ce master.
La priorité est donc de relier le single Apple 28 à la réédition bonus en distinguant l’œuvre originelle des Beatles, son nouvel enregistrement par Doris et la présence possible de Ringo, qui ne peut être affirmée au même niveau de preuve que sa batterie sur « Gonna Get My Baby Back ».
La fabrication du disque entre 1969 et 1970
Les notes officielles situent le début des séances à Trident Studios, à Londres, au milieu de 1969, et leur poursuite pendant les mois suivants. D’autres prises ont été réalisées à Olympic Studios. La notice de l’album Apple situe ces travaux dans le réseau de musiciens rassemblés par George Harrison.
La presse annonce l’album au printemps 1970, mais plusieurs catalogues répertorient sa sortie en septembre. Cette divergence entre communication, distribution et rééditions doit être examinée par territoire.
Il serait trompeur de choisir une unique journée de 1970 comme date de toutes les batteries et coécritures de Ringo : le projet résulte d’une suite de rencontres et de prises réparties sur plusieurs mois.
La voix de Doris au centre de l’enregistrement
La présentation de Doris Troy comme artiste principale n’est pas un détail. Elle choisit le répertoire, contribue à l’écriture et dirige une partie importante de la production. Les instruments célèbres qui l’entourent renforcent ses arrangements sans transformer le disque en album officieux des Beatles.
Les notes du livret racontent les rencontres avec Harrison, Preston, Clapton, Stills et Ringo tout en insistant sur la liberté créative que Doris obtient d’Apple.
Ce point distingue la collaboration de la simple prestation promotionnelle : Ringo apporte son jeu et son écriture à une voix de la soul américaine, dans une séance où le projet artistique reste celui de Troy.
Les éditions Apple et les archives de 2010
Le LP original est publié sous la référence Apple SAPCOR 13 au Royaume-Uni. Le CD remastérisé de 2010, identifié par le numéro 5099990824326, contient treize titres d’origine et six bonus, dont une version alternative de « All That I’ve Got (I’m Gonna Give It to You) ».
Ces éditions permettent de documenter séparément l’enregistrement original, les faces de singles antérieures et les prises inédites révélées plus tard. Elles n’autorisent pas à multiplier des séances de Ringo si le même master est réutilisé sur différents supports.
La nouvelle écoute et les notes de 2010 enrichissent la documentation de 1970 ; elles ne font pas apparaître un batteur revenant en studio quarante ans plus tard.
Fiche critique de session et d’œuvres
Artiste principale : Doris Troy. Album : Doris Troy, Apple SAPCOR 13, 1970, treize plages originales, sessions à Trident et Olympic. Ringo Starr : batterie directement attestée sur « Gonna Get My Baby Back » par une critique contemporaine de juin 1970 ; membre du personnel général de l’album ; autres batteries selon les sources secondaires à examiner piste par piste.
Œuvres coécrites : « Gonna Get My Baby Back » (piste 6, 2 min 17 s) et « You Give Me Joy Joy » (piste 11, 3 min 39 s), toutes deux signées Doris Troy, George Harrison, Richard Starkey et Stephen Stills dans la réédition Apple de 2010. Ringo sur Get Back : attribution de batterie dans un catalogue de collection, encore à confirmer par crédits spécifiques.
Sources prioritaires : livret Apple signé Andy Davis, juin 1970 dans Disc and Music Echo, catalogues de pressages Apple et sessions originales. Cette fiche complète les pages individuelles des deux chansons en établissant l’histoire globale de l’album et en hiérarchisant les preuves.
Visuel d’ambiance utilisé dans le dossier, sans représentation de cette séance.
Sources originales, éditions et crédits
- Livret de la réédition Apple de 2010, signé Andy Davis, interviews de Doris Troy et crédits des treize titres
- Disc and Music Echo, 6 juin 1970, annonce contemporaine de deux chansons coécrites avec Ringo
- Disc and Music Echo, 20 juin 1970, compte rendu signalant la batterie de Ringo sur Gonna Get My Baby Back
- AllMusic, chronique de Doris Troy et liste des partenaires d’Apple
- Do You Want to Know a Secret, relevé discographique des singles Get Back et de titres de Doris Troy
- Discographie Apple Records, référence Apple 28 du single Jacob’s Ladder / Get Back












