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Ring O’ Records de 1974 à 1978 : naissance, artistes, distribution et fin du label
Le label indépendant de Ringo Starr expliqué à partir de la presse de 1974–1978, des références commerciales et des confusions fréquentes.
Un label personnel au moment de la dispersion des Beatles
Ring O’ Records naît d’une interrogation typique du milieu des années 1970 : comment un musicien devenu mondialement célèbre peut-il transformer sa notoriété en instrument d’indépendance pour d’autres artistes ? Le projet apparaît dans la presse professionnelle britannique en septembre 1974, alors que l’ancienne structure Apple se trouve dans une situation juridique et commerciale complexe. Ringo Starr, qui vient de connaître ses plus grands succès en solo, dispose d’un nom connu des distributeurs ; il entend ouvrir une voie à des musiciens qui ne bénéficient pas de la même visibilité. Cette intention ne doit pas être confondue avec une présence de Ringo sur toutes les bandes du label.
Le périmètre de Ring O’ est précisément celui d’une collaboration artistique et entrepreneuriale. Le fondateur peut soutenir un disque, permettre son financement ou aider à sa commercialisation sans en être le batteur, le chanteur, le réalisateur artistique ni l’auteur. L’appartenance d’un pressage au label est un fait discographique ; elle ne constitue jamais, à elle seule, un crédit instrumental. Cette distinction est essentielle pour inventorier rigoureusement la carrière de Richard Starkey.
1974 : constitution du projet et premières négociations
Le 21 septembre 1974, Music Week fait état d’un accord de principe avec Polydor concernant une nouvelle structure imaginée par Starr. La date de lancement reste ouverte. Le 5 octobre, Billboard évoque les discussions sur le calendrier, avec l’intervention de Wayne Bickerton chez Polydor. Les déclarations de l’époque soulignent l’absence de projet immédiat de disque de Ringo pour ce label : il est alors encore lié par ses propres obligations contractuelles à Apple et EMI. La séparation entre les deux catalogues n’est donc pas une anomalie tardive ; elle est inscrite dans le projet initial.
Autour de Starr, Barry Anthony occupe le rôle opérationnel principal. La structure professionnelle prend forme entre la fin de 1974 et le printemps 1975. Le fameux logo, un téléphone chromé, rappelle les recherches graphiques et mobilières de Ringo et de Robin Cruikshank dans leur société de design Ringo Or Robin. Ce détail n’est pas qu’une curiosité de pochette : le design matériel relie l’entreprise phonographique à l’univers visuel personnel de Starr.
1975 : David Hentschel et les premiers disques
Le lancement commercial prend corps avec le claviériste et ingénieur David Hentschel. Music Week du 12 avril 1975 annonce un album, Sta*rtling Music, et le single Oh My My. Le concept est original : un artiste électronique réinterprète de façon instrumentale la matière musicale de l’album Ringo de 1973. Le disque ne doit pas être catalogué comme un nouvel album enregistré à la batterie par Starr. Le projet démontre au contraire que l’œuvre d’un musicien peut circuler sous la forme d’une adaptation instrumentale et technologique.
La documentation britannique identifie l’album sous la référence 2320 101 et le premier 45 tours sous 2017 101, avec Devil Woman au verso. Ces numéros ne doivent pas être confondus avec les références américaines de Capitol. Ce premier double lancement met en place deux séries distinctes : les 33 tours, généralement en 2320, et les singles britanniques, majoritairement en 2017.
Le deuxième single anglais identifiable est celui de Bobby Keys, saxophoniste proche des Rolling Stones, sous la référence 2017 102 : Gimmie the Key / Honky Tonk. Il est suivi par Carl Groszmann et Colonel Doug Bogie. La réunion de ces signatures — électronique, saxophone rock, compositions originales et adaptation à saveur reggae — montre que Ring O’ ne s’est jamais imposé une spécialisation stylistique stricte.
1976 : un silence qui n’est pas une disparition
Après les premières références, la chronologie discographique fait apparaître un ralentissement. Il serait tentant de traduire ce silence en faillite immédiate ; les publications de 1977 prouvent pourtant qu’il s’agit d’une période de réorganisation ou d’attente commerciale. Pendant ce temps, les disques personnels de Ringo paraissent sous d’autres marques. Ringo’s Rotogravure (1976), par exemple, ne devient pas rétrospectivement un album Ring O’ parce que son interprète possède cette société.
Cette coexistence nourrit une difficulté fréquente dans les discographies populaires : Polydor est tantôt distributeur, tantôt marque visible, et Ring O’ constitue une entité distincte. Un pressage original peut porter les deux noms dans des positions différentes ; la seule mention de Polydor n’autorise donc pas à retirer le disque du corpus, mais la seule présence de Ringo ne permet pas davantage de l’y intégrer.
1977 : la relance, Graham Bonnet, John Tavener et Rab Noakes
La reprise commerciale à partir de 1977 apporte une nouvelle série de singles et d’albums. Graham Bonnet publie notamment It’s All Over Now, Baby Blue, reprise de Bob Dylan, et Danny. Son album éponyme figure sous la référence britannique 2320 103. Les variantes continentales et australiennes deviennent particulièrement importantes, car tous ces disques ne portent pas nécessairement l’étiquette Ring O’ dans chaque pays.
Le cas du compositeur John Tavener est plus révélateur encore. The Whale est un enregistrement préexistant du catalogue Apple, réédité sous la marque Ring O’ en 1977 (2320 104). La participation du label concerne une nouvelle édition ; aucune raison historique ne permet d’imaginer Ringo dans l’orchestre, au pupitre ou dans le studio où la bande avait été enregistrée. Cette seule réédition donne au label une place insolite dans l’histoire des avant-gardes classiques britanniques.
Rab Noakes représente pour sa part le versant folk et auteur-compositeur de la sélection. Son album Restless porte en Grande-Bretagne la référence 2339 201 ; un single, Waiting Here for You / Restless, apparaît sous 2017 115. La présence de ces deux objets distincts exige de différencier la version longue sur album, la prise retenue pour le single et les pressages locaux lorsque les livrets donnent des informations complémentaires.
1978 : fin du circuit de distribution et survivance sous d’autres marques
Le succès d’ensemble reste limité. En mars 1978, Warm Ride de Graham Bonnet circule en Grande-Bretagne sous POSP 002 (équivalence de catalogue 2017 114 dans certains inventaires). L’histoire de cette chanson dépasse le seul marché britannique : les discographies d’Australie et d’autres territoires montrent une commercialisation par Mercury. La bonne méthode consiste à compter les masters et les éditions séparément : une sortie Mercury n’est pas une nouvelle interprétation enregistrée pour cette maison.
En septembre 1978, Music Week signale la fin, intervenue en août, de l’accord de distribution avec Polydor. La société est alors réorientée sous le nom Able Label Productions, notamment avec Terry Condon. L’enregistrement Ging Gang Goolie / Mr. Sheene de Dirk & Stig, personnage lié aux Rutles, est annoncé dans un circuit Ring O’ mais paraît finalement chez EMI sous EMI 2852. La différence est décisive : c’est un projet lié et non un 45 tours britannique Ring O’ effectivement publié.
Que signifie un catalogue « complet » ?
Le catalogue britannique couvre les références 2017 101 à 2017 117, mais la série n’est pas continue : 2017 109 apparaît dans l’annonce Dirk & Stig avant la publication du disque chez EMI, et aucune sortie commerciale sous 2017 116 n’a été identifiée dans les sources consultées. Une révision du registre a permis de retrouver 2017 117 : « I Won’t Let You Down » / « Long Dark Night » par Rab Noakes, daté du 7 juillet 1978 dans 45cat. Il est distinct du 2017 115 « Waiting Here For You » / « Restless » du 12 mai. Le total des singles britanniques désormais identifiés passe ainsi à quinze, ce qui rapproche le décompte de celui de Robert Lyons. Le couplage tardif « Warm Ride » de Graham Bonnet, connu également sous POSP 002, doit être compté une fois et non deux.
La présence de cette quinzième référence ne permet pas de remplir 2017 109 ou 2017 116 artificiellement. Les numéros absents demeurent des emplacements sans sortie commerciale identifiée ; leur statut pourra évoluer avec la découverte d’un exemplaire ou d’une annonce d’époque.
Pour les LP britanniques, cinq numéros sont signalés dans l’inventaire des collectionneurs, mais le disque Stormer, 2320 105, est marqué withdrawn : retiré ou non commercialisé sous cette forme. Présenter sans qualification « cinq albums sortis » gommerait cette différence. Le registre doit donc distinguer quatre références de 33 tours identifiées comme publiées dans le catalogue courant et une référence annoncée puis retirée, sous réserve des pièces commerciales originales.
Les frontières de cette collaboration artistique
Ring O’ est indispensable à une encyclopédie de Ringo Starr précisément parce qu’il élargit la notion de collaboration. Le batteur intervient ici comme propriétaire de marque, facilitateur, passeur entre artistes et industrie. L’étude ne doit pas transformer une responsabilité d’entreprise en séance de batterie. Les disques de Hentschel, Keys, Bonnet, Tavener, Noakes et des autres signataires possèdent leurs propres équipes de musiciens ; les crédits originaux restent l’arbitre de toute attribution individuelle.
À ce titre, Ring O’ dialogue avec les autres expériences des anciens Beatles : Apple Records comme lieu d’expérimentation, Dark Horse Records comme relais d’artistes et, plus largement, les sociétés que des musiciens ont créées pour faire exister des œuvres éloignées de leur répertoire personnel. L’échec commercial relatif du label n’efface ni sa richesse esthétique, ni sa valeur pour les collectionneurs.
Sources documentaires et hiérarchie de preuve
Music Week, 21 septembre 1974, 12 avril 1975 et 23 septembre 1978 ; Billboard, 5 octobre et décembre 1974 ; archives de Sounds, 12 avril 1975 ; Robert Lyons, enquête discographique RING O’, 7tt77 ; collection AppleRecords.nl, registres Ring O’ britanniques des singles et LP, et variantes mondiales (consultation octobre 2026) ; Stephen Clayson, Ringo Starr ; Chip Madinger et Mark Easter, Eight Arms to Hold You. Les événements de 1974–1978 sont datés d’après la presse et les sorties documentées ; les divergences de comptage relèvent de la critique discographique et non de nouvelles participations musicales.












