Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Le label Ring O’ Records

Yellow-Sub.net · Étude encyclopédique · Rab Noakes · 1976–1978

Rab Noakes et Ringo Starr : Restless (1978), Tittenhurst Park, Gerry Rafferty et Ring O’ Records

La genèse de l’album Restless racontée par son auteur : maquettes de 1976, Startling Studios, chœurs de Barbara Dickson et single 2017 115.

De l’Écosse à Tittenhurst Park : la route de Rab Noakes

Rab Noakes occupe une place singulière dans l’histoire de Ring O’ Records. Auteur-compositeur écossais issu des milieux folk, proche de Gerry Rafferty et des réseaux de Lindisfarne, il n’est pas un musicien venu demander un « featuring » à un ancien Beatle. Son chemin mène vers un label grâce aux circulations ordinaires du métier : bandes de démonstration, producteur, directeur artistique, studios disponibles et distributeur. En 1978, Restless paraît sous la marque de Ringo Starr, dans un style où les chansons restent au centre du jeu.

Le projet met en évidence une collaboration qui dépasse les interprètes figurant sur l’enregistrement. Le propriétaire du label met à disposition un cadre de publication et un environnement de travail ; l’artiste fournit ses compositions, tandis qu’un producteur et une équipe de musiciens participent à leur réalisation. Aucun raccourci ne permet d’assimiler ces fonctions à une prestation de batterie de Starr.

1976 : les maquettes préparées chez Gerry Rafferty

Dans un entretien accordé en mars 2004 et conservé par les archives de Lindisfarne, Noakes raconte avoir enregistré en 1976, sur cinq jours, une bande de démonstration chez Gerry Rafferty, à Kilmacolm. La bande circule ensuite dans les milieux professionnels et arrive chez Polydor. Un responsable l’emporte vers sa nouvelle entreprise, qui se révèle être le label Ring O’ de Starr. Cet enchaînement, raconté des décennies après les faits par l’artiste lui-même, doit être considéré comme un témoignage rétrospectif de première main, et non comme un document de séance daté au jour près.

La chronologie explique pourquoi les chansons de Restless s’inscrivent dans une histoire musicale autonome. Elles n’ont pas été spécialement fabriquées pour nourrir le catalogue d’un Beatle. L’enjeu est d’offrir un nouvel espace de travail à un auteur dont le style navigue entre folk écossais, pop et country rock. Le réseau de Rafferty joue ici un rôle plus directement attesté que celui de la batterie de Starr.

Startling Studios : la mémoire de John Lennon dans un studio de Ringo

L’album est enregistré à Startling Studios, dans le domaine de Tittenhurst Park à Sunninghill, connu auparavant comme l’une des maisons de John Lennon et Yoko Ono. Le lieu avait accueilli des moments importants de l’histoire d’Imagine. Quand Noakes y travaille, cette mémoire des Beatles constitue un décor matériel, mais pas une preuve de participation musicale du groupe ou de ses anciens membres.

Cette distinction permet de traiter correctement le studio comme un acteur historique : matériel, acoustique, ingénieurs et réseaux de producteurs influencent le son d’une œuvre. Ils ne sont pas réductibles au nom du propriétaire. Dans l’entretien de 2004, Noakes précise n’avoir rencontré Ringo Starr qu’une seule fois et évoque un télégramme de remerciement reçu de lui. Un tel souvenir est beaucoup plus utile qu’une anecdote imaginée de plusieurs semaines de collaboration étroite : il révèle au contraire la distance possible entre patron d’un label et musicien enregistré.

Le 33 tours : Ring O’ 2339 201 (1978)

Le microsillon britannique est identifié par la référence 2339 201. Sa discographie présente dix chansons. Face A : « She’s All I See », « Restless », « Don’t Stop Now », « I Won’t Let You Down », « Waiting Here For You ». Face B : « Fallen Ones », « Somebody Counts On Me », « Lonely Boy Tonight », « Long Dark Night », « Get Away from Here ».

Le programme a une cohérence d’auteur-compositeur, plutôt qu’une logique de démonstration vocale ou instrumentale. Il alterne morceaux introspectifs, chansons construites pour un accompagnement collectif et ballades plus intimistes. Pour une étude musicologique complète, les dix œuvres devront être reliées à leurs propres éditions, à leurs auteurs déclarés et à la possible existence de maquettes de 1976. Les maquettes évoquées par Noakes ne peuvent pas être ajoutées d’office à la discographie publiée : leur existence dans le témoignage n’établit pas leur édition commerciale.

Barbara Dickson, Gerry Rafferty et les voix invitées

La discographie officielle de Barbara Dickson documente ses chœurs sur Restless, aux côtés de Charlie Dore, Gerry Rafferty et d’autres intervenants. Les relevés d’édition recensent également Barry St. John, Suzanne Lynch, Roger Brown et John Perry parmi les contributions vocales d’ensemble. Ce chœur composite traduit la proximité d’un réseau d’artistes dont les carrières se croisent autour du folk et de la pop britannique de la fin des années 1970.

Il est capital de ne pas transformer la présence de ces noms dans un personnel global en certitude de présence sur chaque chanson. Une même session peut utiliser différentes combinaisons de choristes, et les livrets ne fournissent pas toujours la distribution par master. Chaque attribution à une plage précise doit être qualifiée si la pièce originale ne la détaille pas.

Les instruments et le piège de la « batterie de Ringo »

Les crédits de Restless indiquent notamment Jeff Allen et Ricky Fataar aux batteries et aux percussions. On relève aussi Martin Jenner et Richard Brunton aux guitares, Pete Zorn, Mel Collins, Aly Bain, Tommy McCarthy et d’autres musiciens. Ces mentions reposent sur la documentation discographique de l’album. Elles ne disent pas encore exactement quel musicien joue sur chacune des dix plages ; cette répartition reste une enquête de sessionographie à mener auprès des feuilles de studio ou d’un livret détaillé.

Cette prudence ne doit cependant pas être confondue avec une hésitation sur le rôle de Starr. Le fait que les musiciens documentés ne comprennent pas Ringo ne permet pas de lui inventer un instrument sous prétexte qu’il possédait le studio. En l’état des crédits retrouvés, Starr est fondateur du label et propriétaire du lieu d’enregistrement, non batteur attesté de Restless.

Le single « Waiting Here For You » / « Restless »

Le 45 tours britannique 2017 115 associe les titres « Waiting Here For You » et « Restless », déjà présents sur l’album. La documentation de presse est particulièrement précieuse ici : un encart publicitaire paru dans Sounds le 27 mai 1978 présente le LP, promet dix chansons et annonce « Waiting Here For You » comme nouveau single sous la référence 2017 115. Il s’agit d’un indice de commercialisation contemporain et daté, supérieur à une simple estimation figurant dans une base de collection.

La publicité ne donne toutefois pas nécessairement le jour de première mise en rayon de chaque exemplaire. Elle situe la campagne de diffusion à la fin mai 1978, ce qui doit rester distingué de la date d’enregistrement. La version single et la version album doivent être comparées en durée avant d’être considérées comme identiques dans une base de masters.

Voir la fiche de pressage complète 2017 117 et la chronologie de juillet 1978 →

Le deuxième 45 tours : I Won’t Let You Down / Long Dark Night (2017 117)

La recherche des références britanniques révèle un second single Ring O’ de Rab Noakes, absent des premiers inventaires : « I Won’t Let You Down » / « Long Dark Night », sous 2017 117. La base 45cat donne sa parution au 7 juillet 1978. Les deux compositions figurent dans le programme de l’album Restless, mais il serait prématuré d’en déduire une identité stricte de mixage et de durée entre le 45 tours et le microsillon. Une comparaison des matrices et des fichiers audio de pressages est nécessaire.

La coexistence de 2017 115 (12 mai 1978, « Waiting Here For You » / « Restless ») et 2017 117 (7 juillet 1978) montre que Noakes est un acteur de la dernière phase commerciale du label, pas seulement l’auteur d’un LP isolé. Elle explique également pourquoi certains bilans historiques évoquent quinze 45 tours britanniques Ring O’. Les éditions promotionnelles et les numéros de fabrication doivent être catalogués séparément.

Pourquoi Restless mérite une place dans l’encyclopédie

Restless constitue un point de jonction entre trois histoires : celle des compositeurs écossais liés à Rafferty, celle des studios de Tittenhurst Park après Lennon et celle des labels personnels des anciens Beatles. La collaboration avec Ringo ne relève pas ici de la virtuosité de l’ancien batteur, mais d’une infrastructure culturelle susceptible de faire voyager des chansons. Le fait que Noakes ait rencontré Starr très peu de fois n’affaiblit pas l’étude : il rend au fonctionnement de Ring O’ sa réalité professionnelle.

Sources, témoignages et éditions

Rab Noakes, entretien de mars 2004 conservé dans les archives d’entretiens de Lindisfarne ; BarbaraDickson.net, discographie de Restless ; AllMusic, Restless, crédits et référence 2339 201 ; Sounds, 27 mai 1978, publicité pour l’album et le single ; AppleRecords.nl, inventaires Ring O’ LP et 45 tours britanniques ; originaux et inventaires discographiques des LP de 1978. Les paroles du témoignage de Noakes sont paraphrasées et attribuées ; leur intérêt n’autorise aucune reconstitution imaginaire de séance.