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David Hentschel et Ringo Starr : Sta*rtling Music, synthétiseur, singles et pressages (1975)
L’album électronique fondateur de Ring O’ Records, ses onze plages, le 45 tours Oh My My et les distinctions entre soutien artistique et jeu de batterie.
Un disque d’avant-garde publié par un ancien Beatle
Le nom de David Hentschel n’appartient pas au cercle des chanteurs vedettes de la première moitié des années 1970. Le musicien britannique travaille d’abord dans une culture de studio : synthétiseurs, consoles d’enregistrement, arrangements et construction des timbres. Son disque Sta*rtling Music, publié en 1975, offre à Ringo Starr une manière singulière d’inaugurer Ring O’ Records. Plutôt que de produire une nouvelle chanson destinée aux hit-parades, le label fait paraître une relecture instrumentale de l’album Ringo de 1973, c’est-à-dire du grand succès solo du fondateur.
Cette proximité est trompeuse pour qui consulte une discographie sommaire. Le titre de l’album renvoie à Starkey, l’ordre de ses thèmes renvoie au répertoire de 1973, et Ring O’ appartient à l’ancien Beatle. Mais la vedette du nouveau 33 tours est Hentschel. Il ne s’agit ni d’une séance inconnue des quatre Beatles ni d’un disque de batterie enregistré par Ringo en 1975. L’objet musical est une adaptation complète, conçue pour exploiter les ressources du synthétiseur.
1973–1975 : d’un album de chansons à une suite électronique
À sa parution en 1973, Ringo avait permis à Richard Starkey de réunir, sur différentes plages, des contributions de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison, sans reconstituer pour autant une séance unique du groupe. Cette somme pop est le matériau que Hentschel transforme. La démarche rappelle, dans son principe, les arrangements instrumentaux d’albums déjà connus, mais le recours à la synthèse sonore lui donne une identité propre.
L’année 1975 est importante pour l’histoire des claviers : l’électronique n’est plus réservée aux studios de recherche ou aux démonstrations de matériel. Elle touche l’arrangement pop et le marché du disque grand public. La possibilité de façonner enveloppes, attaques et textures avec des instruments ARP permet de détacher les mélodies originales de leurs voix et guitares. La question intéressante n’est donc pas « Ringo joue-t-il ? », mais « que devient son répertoire quand un autre musicien en change radicalement la sonorité ? ».
La présentation à la presse en avril 1975
Dans son numéro du 12 avril 1975, l’hebdomadaire britannique Sounds publie un reportage avec Ringo Starr et David Hentschel au moment de la présentation de l’album. Le journaliste souligne le paradoxe : la pochette ressemble à celle de Ringo, mais le visage visible dans l’étoile est celui de Hentschel. Le disque est présenté comme un album de reprises, entièrement instrumental. Cet article contemporain établit à la fois l’intention promotionnelle et le fait que Sta*rtling Music appartient au programme de lancement de Ring O’.
Le reportage montre aussi l’importance que Starr accorde au nom de sa marque. Le label n’est pas « Ringo O’Records » : sa dénomination professionnelle est Ring O’ Records. Les jeux de mots inventés lors de sa promotion, notamment autour de l’Irlande et des Dubliners, appartiennent à la communication originale du projet plutôt qu’à sa discographie.
Le 33 tours original : onze plages et deux faces
Face A — « Devil Woman » ; « 6 O’Clock » ; « Step Lightly » ; « Oh, My My » ; « You’re 16 (I) » ; « You’re 16 (II) ».
Face B — « Photograph » ; « Have You Seen My Baby? » ; « I’m the Greatest » ; « Sunshine Life for Me (Sail Away Raymond) » ; « You and Me (Babe) ».
La division en deux plages de « You’re Sixteen », donnée dans les relevés de pressage sous la forme « You’re 16 (I) » et « You’re 16 (II) », constitue le détail le plus visible de la restructuration. Pour comparer l’édition d’origine et toute réédition, il faut conserver cette segmentation, même si une plateforme numérique regroupe ou renomme ultérieurement des séquences. De même, une édition de collection ne doit pas corriger silencieusement la graphie « You’re 16 » vers celle du single de Ringo.
La durée globale renseignée par AllMusic est d’environ 41 minutes 44 secondes. Elle donne une échelle de comparaison, mais elle ne remplace pas les durées imprimées sur les différentes éditions ni une mesure à partir de leurs matrices.
Le 45 tours « Oh My My » : un prélude indépendant
Avant la diffusion de l’album britannique, le single Ring O’ 2017 101 propose « Oh My My » avec « Devil Woman » au verso. Aux États-Unis, la référence commerciale documentée est 4030, et la référence promotionnelle P-4030 associe des versions mono et stéréo de « Oh My My ». La face B du 45 tours commercial et la version mono/stéréo de l’échantillon promotionnel sont deux objets éditoriaux différents.
En France et en Allemagne, la référence 2017 101 est également identifiable, tandis qu’un disque japonais paraît sous DW 1091. Il n’est pas possible de donner à ces différents pressages une date de session propre : ils contiennent des mises en circulation territoriales du programme de Hentschel. Chaque édition peut cependant présenter son propre étiquetage, sa pochette et ses matrices.
2320 101 et ST-11372 : lire correctement la géographie du catalogue
Le 33 tours britannique est publié sous 2320 101. Les répertoires de collectionneurs documentent la même référence pour l’édition allemande. Le catalogue américain utilise quant à lui ST-11372. Ces numéros de support doivent être liés à une fiche d’œuvre commune, mais conservés dans des fiches de pressage séparées.
Une précaution concerne aussi les dates américaines : les inventaires d’éditions et les récits rétrospectifs ne décrivent pas toujours le même tirage initial, la remise en circulation Capitol et les éditions à prix réduit. L’encyclopédie doit donc conserver une chronologie par édition et ne pas se contenter d’une mention « 1975, Royaume-Uni et États-Unis » comme si les mises en vente avaient été synchrones.
Qui joue de quoi ? La frontière documentaire
Les sources consultées décrivent David Hentschel comme l’auteur de l’arrangement instrumental et mettent au premier plan son travail sur synthétiseur. Il ne faut pas attribuer à Ringo Starr une prestation de batterie sur ce disque par contamination du titre original Ringo. La participation de Starr est ici documentée comme fondateur du label, propriétaire du répertoire-source et personnalité assurant la présentation publique du projet. Les rôles de producteur, de musicien et d’éditeur de la composition ne doivent pas être fusionnés sans lire la pochette originale.
Une expérience paradoxale pour l’histoire des Beatles
La place de ce disque dans une encyclopédie des collaborations est essentielle. De John Lennon à George Harrison, les anciens Beatles ont soutenu des artistes dont l’œuvre pouvait être très éloignée du rock. Ring O’ débute non avec un disque de skiffle, de country ou de batterie spectaculaire, mais avec un laboratoire de sonorités électroniques. L’empreinte de Ringo ne se situe pas au centre du master ; elle est dans la décision de faire sortir et connaître l’enregistrement.
David Hentschel et Vini Poncia : deux façons très différentes de collaborer avec Ringo
Dans le milieu des années 1970, Ringo Starr entretient deux formes de collaborations qu’une discographie musicale peut facilement ranger sous une rubrique commune alors qu’elles concernent des métiers distincts. Avec Vini Poncia, il écrit des chansons et développe une relation de studio qui conduira son partenaire jusqu’à la production de Bad Boy. Avec David Hentschel, il participe à une expérience discographique liée aux possibilités des synthétiseurs et des traitements électroniques sur Sta*rtling Music. Les deux projets appartiennent à une même période mais ne répondent pas au même objectif artistique.
Le travail d’Hentschel sur les thèmes liés aux Beatles n’est pas une simple reprise vocale de Ringo. Il relève d’un langage instrumental et électronique dans lequel les timbres et les séquences font partie de la composition du disque. Les crédits de production, les instruments et les titres transformés doivent être attribués selon les supports réellement publiés. La présence de l’ancien Beatle dans l’édition ou la promotion ne suffit pas à le désigner comme l’exécutant de toutes les parties de synthétiseur. Il faut distinguer sa participation ou son rôle éditorial, la réalisation musicale d’Hentschel et les éventuelles contributions d’autres professionnels.
La comparaison éclaire également l’activité de Ringo à une époque où il ne se limite pas à enregistrer ses propres chansons. Il soutient ou accueille des projets dont il n’est pas nécessairement le chanteur principal, et sa relation à un musicien peut être celle d’un coauteur, d’un participant, d’un éditeur ou d’un producteur selon les cas. Une encyclopédie doit éviter de mettre ces fonctions au même niveau sans qualification.
Le contexte de Ring O’ Records et des entreprises de production de Ringo donne un autre intérêt au projet Hentschel : une collaboration peut exister par la fabrication et l’exploitation d’un disque, même lorsqu’elle ne repose pas sur un duo chanté. Elle doit cependant être documentée par ses crédits et ses contrats plutôt que par une simple proximité personnelle. Le dossier Vini Poncia–Ringo Starr approfondit la voie de l’écriture et de la production ; la présente notice conserve l’histoire originale de l’expérience électronique et de ses pressages.
Sources et éditions consultées
Sounds, 12 avril 1975, reportage de lancement de Ring O’ ; AllMusic, Dave Thompson, notice de Startling Music, durée et historique ; AppleRecords.nl, inventaires ROR LP UK, ROR 45 UK, ROR 45 France, ROR 45 Germany, ROR 45 Japan, ROR 45 USA et ROR LP USA ; exemplaires et inventaires d’étiquettes Ring O’ / Capitol ; documentation discographique de l’album Ringo (1973). Les données de réédition doivent être vérifiées à l’échelle de chaque pressage.












