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Yellow-Sub.net · Dossier encyclopédique · Doug Bogie · 1975

Colonel Doug Bogie et Ringo Starr : Cokey Cokey, Harry Nilsson et le 45 tours Ring O’ de 1975

Du témoignage direct de Doug Bogie aux étiquettes Ring O’ et ABC : reconstitution du single et d’un projet d’album de science-fiction resté inédit.

Un musicien dans les marges de deux légendes

Le cas de Doug Bogie offre un témoignage particulièrement précieux sur la manière dont Ring O’ Records recrute certains de ses artistes. Bassiste brièvement associé aux premières années de Queen, bien avant l’arrivée de John Deacon, il se retrouve quelques années plus tard au centre d’un épisode à la fois comique et révélateur de la politique artistique de Ringo Starr. Sous le nom de Colonel, il enregistre en 1975 un 45 tours mêlant « Cokey Cokey » et « Away in a Manger » : deux airs familiers revisités dans un esprit de fête et de reggae.

La singularité du dossier tient à l’existence d’un témoignage personnel : dans un entretien réalisé en 2015 par Barbara Mucci pour Comunità Queeniana, Bogie raconte lui-même comment le disque a trouvé sa place chez Ring O’. Une telle source permet de distinguer ce qui relève du souvenir du musicien, ce qui figure sur les étiquettes commerciales et ce qui, faute de document, reste hypothétique.

Avant Ring O’ : Queen, les métiers du studio et un compositeur indépendant

Doug Bogie se décrit comme un musicien attiré autant par l’enregistrement que par la scène. Sa présence éphémère au sein du groupe qui deviendra Queen ne doit pas être gonflée en une discographie officielle : il y tient la basse à une période préparatoire de la formation et se souvient d’un nombre très réduit de concerts. Il poursuit ensuite sa carrière dans le son, les jingles, la technique de studio et la production audiovisuelle.

Cette formation professionnelle explique l’objet qu’il apporte au label de Ringo. Il ne recherche pas uniquement un emploi de musicien d’accompagnement ; il travaille sur ses propres maquettes. D’après son témoignage, il avait préparé un projet d’album conceptuel de science-fiction intitulé « House Up in the Stars ». L’œuvre ne voit pas le jour dans cette forme, mais la visite effectuée pour présenter sa musique lui permet de proposer une autre bande.

Une visite chez Ringo Starr en présence de Harry Nilsson

Dans l’entretien publié le 14 septembre 2015, Bogie raconte avoir décroché un contrat ponctuel avec Ring O’ Records. Il explique avoir présenté à Ringo les bandes du projet de science-fiction, accompagnées d’un morceau humoristique qu’il avait arrangé et enregistré alors qu’il travaillait au studio CBS. Selon ses souvenirs, Starr se montre très accueillant ; Harry Nilsson est également présent et semble avoir apprécié tout particulièrement le single.

Ce détail est significatif : contrairement aux cas où Starr ne figure qu’en propriétaire d’un label, Bogie affirme ici avoir effectivement rencontré Ringo et Nilsson lors de la présentation du projet. Il s’agit cependant d’une rencontre professionnelle, et non de la preuve d’une séance d’enregistrement avec les deux artistes. Une présence dans une pièce d’écoute ne devient ni un crédit de batterie ni un crédit de voix.

Bogie se souvient aussi d’une avance d’environ 400 livres, somme suffisamment importante pour lui permettre d’acheter un téléviseur couleur d’occasion. L’anecdote est utile pour comprendre l’échelle des contrats de cette petite société. Elle reste un souvenir recueilli quarante ans plus tard, et il faudrait le contrat d’origine pour lui donner la valeur d’une pièce comptable.

Le single britannique Ring O’ 2017 104

Le disque commercial britannique est identifiable sous 2017 104. Les collections discographiques décrivent la face A comme « Cokey Cokey » et la face B comme « Away in a Manger ». Le nom d’artiste sur l’étiquette est « Colonel ». Il renvoie ici à Doug Bogie, non à une formation de musique militaire. Les deux titres empruntent des airs déjà familiers au public, retravaillés selon la logique d’un disque fantaisie de la saison hivernale.

Un exemplaire britannique d’avance, conservé dans les catalogues de spécialistes, porte un autocollant marqué « A » et daté du 21 novembre 1975. Ce témoin matériel est un indice solide de la campagne de lancement ; il ne permet pas de conclure à lui seul que toutes les ventes au détail ont débuté exactement ce jour-là. La distinction entre la date d’un échantillon promotionnel et la date de mise en rayon constitue un principe fondamental du catalogue.

La version américaine ABC-12148

Aux États-Unis, le même couple de chansons est publié sous ABC-12148. Le classement des faces change : « Away in a Manger » est mis en avant, « Cokey Cokey » occupant le revers. Les bases des droits et du copyright permettent de retrouver une déclaration de l’enregistrement sous le nom de Colonel Doug Bogie, associée à ABC Records et à l’année 1975.

Le changement d’ordre des titres ne démontre pas un nouvel enregistrement. La description matérielle doit conserver l’ordre des faces propre à chaque pays, puis relier les deux références à l’étude des masters. Il faudrait comparer les durées et les matrices pour savoir si les éditions utilisent les mêmes montages et le même mastering.

Reggae et chansons de Noël : un objet musical inattendu

Le caractère inattendu de ces reprises explique probablement une partie de leur attrait. « Cokey Cokey », variante britannique du jeu chanté connu ailleurs sous le nom de « Hokey Pokey », est une chanson d’animation collective. « Away in a Manger » appartient quant à elle au répertoire traditionnel de Noël anglophone. La transformation de ces thèmes en un 45 tours pop-reggae relève autant de l’humour musical que de la recherche d’une diffusion saisonnière.

Il ne faudrait cependant pas leur attribuer automatiquement un style jamaïcain authentique ou détailler des instruments non identifiés. La presse présente la transformation comme une adaptation à saveur reggae ; une véritable analyse musicale demanderait une écoute du disque, les crédits des musiciens et une comparaison des arrangements. Les noms des instrumentistes des deux faces restent à établir sur les pièces de séance originales.

Pourquoi le projet « House Up in the Stars » demeure hors catalogue

Le témoignage direct de Bogie permet de noter un projet d’album présenté mais non publié. Il ne donne toutefois ni numéro de catalogue Ring O’ attribué, ni programme de chansons achevé, ni preuve d’un master LP fabriqué. La recherche ne peut donc pas inscrire ce disque comme album publié au même titre que Sta*rtling Music, Graham Bonnet ou Restless.

Une éventuelle découverte de maquettes de ce projet relèverait de l’histoire personnelle de Bogie et de l’audition chez Ringo. Elle ne justifierait une fiche de publication Ring O’ que si des étiquettes, bandes de fabrication ou documents de distribution venaient établir une exploitation réelle.

Deux traditions de preuve complémentaires

La première est orale et biographique : le musicien témoigne de la rencontre avec Ringo, de Harry Nilsson et de l’avance. La seconde est discographique et matérielle : les originaux Ring O’ 2017 104 et ABC-12148, les autocollants de promotion et les relevés de droits attestent l’existence et les configurations du 45 tours. Une encyclopédie doit les rapprocher sans substituer l’une à l’autre.

Sources et documents

Doug Bogie, entretien avec Barbara Mucci pour Comunità Queeniana, 14 septembre 2015, édition originale anglaise ; Ring O’ Records, 2017 104 ; ABC Records, ABC-12148 ; EIL / Esprit, notice de l’exemplaire britannique d’avance marqué 21 novembre 1975 ; inventaires 45cat et catalogue des droits de l’enregistrement « Away in a Manger / Cokey Cokey » (1975). Les propos du musicien sont rapportés comme un témoignage rétrospectif, non comme des procès-verbaux de séance.