Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

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Yellow-Sub.net · Abbey Road 1970 · New York 1972 · Éditions 2021–2025

« Well Well Well » : Ringo Starr, la prise 4, le tom-tom oublié et les versions sans Ringo

Une enquête sur le morceau le plus rugueux du premier album de Lennon : prises alternatives, percussion abandonnée, coffret 2021 et concerts de 1972 réédités en 2025.

Un titre de Lennon, trois histoires de batterie qu’il ne faut pas confondre

« Well Well Well » est l’une des pièces les plus féroces de John Lennon/Plastic Ono Band. Le morceau associe une guitare électrique abrasée, la basse de Klaus Voormann et la batterie puissante de Ringo Starr, tandis que Lennon pousse son chant jusqu’au cri. L’enregistrement de 1970 est incontestablement une collaboration du batteur avec l’ancien partenaire des Beatles. Pourtant, la discographie ultérieure fait circuler le même morceau dans des états qui n’ont pas le même personnel : des prises rejetées du studio, des remixes de 2021 et des enregistrements publics de 1972, réédités jusqu’en 2025, sans Ringo à la batterie.

Cette distinction est fondamentale. Le lecteur qui consulte uniquement un titre de chanson peut trouver « Well Well Well » sur l’album de 1970, le coffret John Lennon/Plastic Ono Band – The Ultimate Collection, le disque live Live In New York City publié en 1986 et le projet Power To The People de 2025. Ces parutions n’illustrent pas une participation unique de Starr diffusée quatre fois à l’identique. Les deux dernières proviennent des concerts du 30 août 1972 au Madison Square Garden, avec Jim Keltner et Richard « Rick » Frank à la batterie. Dans une sessionographie de Ringo, elles servent de comparaison, pas de nouveaux crédits.

La réédition de 2021 apporte quant à elle deux documents essentiels sur la séance originale : « Well Well Well (Take 2) » et « Well Well Well (Take 4 Extended) ». Le premier fait entendre une tentative alternative dont la fin se développe en jam ; le second rétablit la durée étendue de la prise devenue le master. La valeur de ces archives tient au fait qu’elles donnent accès à des performances de 1970, sans supprimer le statut historique du mixage original réalisé pour le LP.

Une chanson où la brutalité sonore masque un travail de studio méthodique

L’album de Lennon, publié le 11 décembre 1970, a souvent été décrit comme un cri de rupture. « Well Well Well » y occupe une place singulière par son énergie presque physique. Le texte évoque les conversations ordinaires du couple Lennon–Ono, la politique, les rapports entre hommes et femmes, la libération féminine et une forme de culpabilité. Le chant passe de l’observation ironique à la tension extrême. Pourtant, les archives racontent une histoire très concrète : les musiciens travaillent plusieurs journées, retiennent une prise, envisagent d’autres versions et ajoutent des instruments avant de choisir ce qui restera audible.

Dans une notice consacrée à Ringo, cette évolution est plus instructive qu’un simple jugement sur la violence du morceau. Starr n’est pas seulement le batteur d’un morceau célèbre ; il est un partenaire de studio dans une formation à trois qui teste les possibilités du son. Les traces écrites et les bandes publiées permettent d’en préciser la chronologie. Elles montrent également qu’une contribution jouée en studio peut disparaître du mixage final sans cesser d’avoir existé.

L’un des détails les plus révélateurs est précisément un tom-tom enregistré en overdub par Ringo le 18 octobre 1970. Les travaux de session indiquent que cette partie n’a pas été retenue dans la version définitive. On ne saurait donc écrire qu’elle constitue un effet sonore présent sur le LP original. Il faut la placer dans la catégorie des contributions enregistrées mais non conservées au mixage, à distinguer du jeu de batterie principal entendu par tous les auditeurs.

27 septembre 1970 : quatre prises et un détour par Fats Domino

Le travail collectif débute le 27 septembre 1970 aux studios EMI d’Abbey Road. Autour de Lennon sont réunis Ringo Starr à la batterie et Klaus Voormann à la basse. Le groupe entreprend quatre prises. La première est essentiellement une répétition qui enchaîne un fragment de Ain’t That A Shame, célèbre standard associé à Fats Domino. Cette passerelle rappelle que l’expérience rock’n’roll des anciens Beatles ne s’efface pas devant les thèmes plus personnels du premier disque solo.

La prise 4 est finalement choisie comme base du master. C’est le point d’ancrage à retenir dans l’inventaire. Le fait que le groupe ait joué le morceau à plusieurs reprises ne signifie pas qu’il faille attribuer une séance différente à chacune de ses versions publiées par la suite. Les bandes 1 à 4 appartiennent au même travail collectif ; leurs états peuvent être classés séparément comme prises alternatives, tout en restant rattachés à la séance du 27 septembre.

La musique conserve une énergie brute. Lennon utilise la guitare électrique comme instrument de rythme et d’attaque, tandis que Voormann et Starr construisent un mouvement dense, frontal, répétitif. Les tensions entre la voix et la batterie constituent une part de l’identité du morceau. Mais cette observation ne doit pas nous faire inventer le détail des consignes de studio ou de l’accordage de la batterie : les sources disponibles décrivent les musiciens et la chronologie, non la totalité des décisions techniques.

6 octobre : les prises 5 et 6 ne détrônent pas la quatrième

La séance du 6 octobre 1970 est consacrée notamment à « Isolation », « Remember » et « Well Well Well ». Lennon, Voormann et Starr reprennent ce dernier titre pour deux nouvelles tentatives, numérotées 5 et 6. Les boîtes de bande les désignent comme une « deuxième version ». Ce libellé n’établit pas qu’il s’agisse d’un autre compositeur, d’un nouvel arrangement complet ou d’un personnel radicalement différent : il qualifie un état alternatif de l’enregistrement.

Lennon revient finalement à la prise 4 réalisée le 27 septembre. Cette décision montre que l’album n’est pas la simple succession chronologique des dernières performances enregistrées. Le choix du master peut privilégier une intensité, une couleur de groupe ou une émotion que les prises ultérieures n’ont pas remplacées. L’analyse du morceau doit prendre au sérieux ce choix sans prétendre connaître toutes les raisons qui ont conduit Lennon à le faire.

Il est particulièrement utile de relever les numéros lorsqu’on consulte la réédition de 2021 : la présence d’un « Take 5 » dans les archives ne signifie pas que le master de 1970 provenait lui aussi des prises du 6 octobre. Les deux lignes de travail doivent être conservées distinctement, et tout classement par date d’enregistrement doit avoir priorité sur la date de première publication de la prise.

15 octobre : une tentative supplémentaire mais incomplète

Une dernière tentative de « Well Well Well » est abordée le 15 octobre, au cours d’une séance qui traite également « Working Class Hero », « Love », « Look At Me » et « Mother ». Cette reprise du morceau n’est pas menée à son terme. Lennon décide plutôt de poursuivre le travail à partir de la quatrième prise de septembre.

Ce détail rappelle qu’une sessionographie complète ne doit pas seulement accumuler les prises retenues. Les tentatives inachevées sont utiles pour comprendre l’évolution du disque, même si elles n’ont pas toutes une publication identifiable et si les bandes ne sont pas toujours accessibles. Elles doivent toutefois rester clairement qualifiées. On ne crée pas une nouvelle collaboration « 15 octobre » sans indiquer qu’il s’agit d’un essai incomplet et que le master utilise un autre enregistrement.

À la fin des années 1960, les Beatles avaient l’habitude de reprendre un morceau plusieurs semaines après sa première séance. Le fonctionnement de Lennon en solo relève ici d’une logique proche : essayer, comparer, retourner à une base ancienne, puis perfectionner celle-ci. Ringo continue donc à apporter une compétence de musicien de studio déjà exercée au long des années Beatles, mais dans un contexte esthétique beaucoup plus dépouillé.

18 octobre : guitare supplémentaire, maracas et tom-tom supprimés

Le 18 octobre 1970, la quatrième prise du 27 septembre reçoit de nouveaux apports. Lennon ajoute une partie de guitare solo ; il enregistre également des maracas, tandis que Ringo Starr ajoute un tom-tom. Selon les notes de session, ni les maracas ni le tom-tom ne figurent dans le mixage final de l’album. La guitare supplémentaire est en revanche retenue.

La distinction est capitale pour les crédits. Un musicien peut jouer d’un instrument durant l’élaboration d’une chanson sans que cette intervention soit perceptible sur le disque commercialisé. Si l’on décrit exclusivement le personnel du LP de 1970, il faut créditer Ringo à la batterie. Si l’on décrit toutes les interventions enregistrées, on peut lui ajouter ce tom-tom du 18 octobre, mais en précisant qu’il n’est pas présent dans le master publié. C’est exactement le niveau de détail que doit atteindre une encyclopédie de collaborations.

Il ne faut pas non plus prétendre que la suppression du tom-tom résulterait d’un désaccord personnel entre Lennon et Starr. Les sources ne fournissent aucune explication de cette nature. Il peut s’agir d’une appréciation artistique lors du mixage, d’un choix de texture ou d’une autre contrainte : toutes ces hypothèses resteraient des hypothèses. Notre rôle est d’établir l’opération, de dire ce qui a été conservé et de ne pas remplacer les documents manquants par une anecdote inventée.

Cette contribution contraste avec les congas enregistrées par Starr pour « I Found Out » le 7 octobre et révélées plus nettement dans les remixes de 2021. Les deux dossiers montrent des interventions percussives supplémentaires, mais leur destin éditorial est différent. Les congas possèdent une trace audible nouvellement mise en avant ; le tom-tom de « Well Well Well » est décrit dans les sessions comme abandonné du mixage final. Les confondre sous la catégorie générique « autres percussions » ferait perdre la précision recherchée.

19, 24 et 29 octobre : trois essais de mixage avant la version publiée

Le 19 octobre, « Well Well Well » reçoit un premier mixage stéréo. Le 24 octobre, une nouvelle tentative est effectuée, mais Lennon n’est toujours pas satisfait. C’est finalement le 29 octobre 1970 qu’une version convenable est achevée ; il s’agit de la dernière des grandes séances du premier album solo. La chanson donne donc une image trompeuse de son propre travail : les guitares saturées et la force du chant suggèrent l’immédiateté, tandis que les archives montrent plusieurs reprises de mixage.

Le mixage d’album n’est pas l’équivalent d’une feuille de présence en studio. Les musiciens ont enregistré leurs parties à des dates plus anciennes ; les ingénieurs et producteurs décident ensuite des niveaux, des effets et de la fin du morceau. En attribuant à Ringo la batterie de « Well Well Well », on décrit une performance de septembre 1970. Les mixages d’octobre ne constituent pas de nouvelles performances instrumentales, même s’ils transforment fortement la perception de cette batterie.

Les différences de durée entre une prise étendue et le master publié sont elles aussi à interpréter dans cette perspective. Le LP original contient une plage d’environ 5 min 57, tandis que les archives proposent une prise 4 Extended. Ces deux objets partagent un fondement instrumental ; l’édition plus longue restaure du matériau et non une batterie jouée à nouveau plusieurs décennies après.

Le témoignage de Ringo : Lee Dorsey, le groove et les références de Lennon

Une anecdote citée dans les histoires du disque rapporte que Lennon aurait souvent fait écouter « Everything I Do Gonh Be Funky (From Now On) » de Lee Dorsey, chanson publiée en 1969, pour transmettre au groupe une sensation rythmique. Le commentaire est attribué à Ringo dans un entretien de 1973 et repris par The Beatles Bible. Il offre une piste d’analyse particulièrement intéressante : le jeu massif du trio ne se réduit pas à la violence du rock, et Lennon s’intéresse au funk et au rhythm and blues de La Nouvelle-Orléans.

Il existe cependant une ambiguïté dans l’attribution précise de cette référence. Des lecteurs et discographes ont signalé que le témoignage de Starr pouvait viser plus largement le premier album solo de Lennon ou un autre single, notamment « Cold Turkey ». Faute de transcription intégrale et vérifiée de l’entretien original dans les sources consultées, il est préférable de signaler l’anecdote comme une influence évoquée, dont l’application à « Well Well Well » doit être contrôlée. Cette réserve est plus conforme à notre exigence documentaire que de transformer le rapprochement en certitude.

Elle n’interdit pas le commentaire musical. Le rapport entre les appuis de batterie, la basse et les attaques de guitare peut être étudié en regard des idiomes du blues, du rock et du funk. Ce travail d’écoute doit rester distinct d’une affirmation historique sur les disques passés en boucle lors de la séance. L’encyclopédie gagne à faire apparaître les deux niveaux, sans les mélanger.

2004 : l’enregistrement acoustique sans Ringo, distinct du trio de 1970

L’histoire du morceau dépasse le LP de 1970. Lennon en avait enregistré une ébauche solitaire à la guitare pendant l’été 1970, dans la période de ses séjours en Californie. Une version acoustique de « Well Well Well » figure notamment sur Acoustic, publié par le catalogue officiel de John Lennon le 1er novembre 2004 (plage d’environ 1 min 17). La documentation du disque présente ces enregistrements comme des interprétations centrées sur la voix et la guitare de Lennon. Cette bande ne doit pas être confondue avec le master de groupe enregistré à Abbey Road avec Ringo. Le titre peut donc apparaître dans des catalogues avec une distribution réduite à Lennon seul.

Une telle démo ne prouve pas la présence de Ringo. La chronologie du morceau commence avant la formation du trio au studio, et sa première interprétation personnelle ne possède pas nécessairement les mêmes instruments que le master. C’est une distinction que nous appliquerons systématiquement aux autres chansons de l’album. Un nom de morceau et un artiste ne suffisent pas ; il faut une référence de version, un support et, lorsque c’est possible, un numéro de prise.

Pour l’histoire de l’écriture, ces premiers états sont précieux parce qu’ils montrent comment Lennon travaille l’ossature d’une chanson avant son passage en studio. Pour la discographie de Ringo, ils jouent un autre rôle : ils délimitent le moment où commence réellement sa participation. Les deux informations peuvent se compléter dans le même article, mais pas se substituer l’une à l’autre.

2021 : « Take 2 » contre « Take 4 Extended »

John Lennon/Plastic Ono Band – The Ultimate Collection rend enfin accessibles des états de la chanson qui permettent une véritable comparaison de prises. La sélection Out-takes, incluse notamment dans les éditions 2 CD et 2 LP, propose « Well Well Well (Take 2) ». Le communiqué officiel précise que cet essai se prolonge par un jam instrumental. On entend ainsi une interprétation qui ne doit pas être confondue avec celle ayant servi à préparer le LP original.

La série Elements Mixes apporte un complément essentiel : le site officiel de Lennon décrit pour « Well Well Well » un mixage alternatif dans lequel les maracas auparavant inutilisées sont réintroduites, tandis que le traitement de la batterie est modifié. Il s’agit des maracas enregistrées par Lennon, non d’une nouvelle partie de Ringo ni d’une preuve que le tom-tom abandonné figurerait sur l’album de 1970. Cette lecture des multipistes éclaire la distinction entre contribution enregistrée et sélection finale de production.

Les Raw Studio Mixes proposent de leur côté « Well Well Well (Take 4 Extended) ». Cette désignation renvoie à la prise choisie comme master le 27 septembre, présentée dans un état prolongé et avec un traitement sonore différent. Elle ne crée pas une séance autonome : elle étend notre accès au matériau de la performance originale. Enfin, l’édition Blu-ray inclut parmi ses autres documents « Well Well Well (Take 5) », qui relève de la seconde série de prises enregistrée le 6 octobre.

Cette coexistence de trois numéros est idéale pour tester la qualité d’une sessionographie. Les prises 2 et 4 appartiennent à la première journée ; la prise 5 à une autre ; la prise 4 constitue le fondement du master. Leurs publications ont lieu bien plus tard. Il serait donc trompeur de ranger ces trois pistes à la date de sortie du coffret en disant que Ringo a enregistré trois nouvelles versions en 2021.

Les formats commerciaux ne donnent pas tous le même accès aux bandes. Le double CD et le double vinyle incluent la prise 2 parmi les alternatives, mais le programme complet de Raw Studio, les prises supplémentaires et plusieurs pistes exclusives demandent les éditions plus étoffées du coffret. Un inventaire international des CD et coffrets, comme celui recherché par Yellow-Sub.net, devra donc classer ces références par format, référence de catalogue, territoire et contenu réel.

30 août 1972 : « Well Well Well » devient une chanson de scène sans Ringo

Le 30 août 1972, Lennon interprète « Well Well Well » lors des deux concerts caritatifs One to One au Madison Square Garden de New York, avec Yoko Ono et les musiciens d’Elephant’s Memory. C’est un événement discographique différent de l’album de 1970. La formation documentée par le site officiel de Lennon compte notamment Jim Keltner et Rick Frank à la batterie, Gary Van Scyoc et John Ward à la basse, Wayne « Tex » Gabriel à la guitare, Adam Ippolito aux claviers et Stan Bronstein au saxophone.

Ringo Starr ne fait pas partie de ce personnel. Cette affirmation doit accompagner toutes les lignes qui concernent les versions live. Il serait faux de déduire sa présence à New York du fait qu’il a joué la chanson en studio deux ans auparavant. La même œuvre peut vivre avec plusieurs orchestres. Dans le cas de « Well Well Well », le changement est particulièrement audible et significatif puisque Lennon dispose désormais d’une formation élargie, comportant deux batteurs.

L’album Live In New York City, commercialisé en 1986, reprend une performance de cette période, mais ne comporte donc pas de batterie de Ringo. Il ne peut pas être classé parmi ses participations de scène. Le rôle de notre enquête consiste justement à éviter qu’un collectionneur ne l’ajoute par erreur à sa discographie au seul motif que le titre figure également sur l’album de 1970.

2025 : Record Store Day et le coffret « Power To The People »

L’année 2025 apporte une nouvelle occasion de confusion. À l’occasion du Record Store Day, le catalogue officiel de John Lennon présente un EP intitulé Power To The People, comprenant notamment « Well Well Well » issu du concert du soir du 30 août 1972. Les autres plages proviennent des prestations de l’après-midi ou de la même journée. Cette édition met en avant des remixes modernes réalisés à partir des multipistes analogiques originales, mais ses crédits continuent d’indiquer Jim Keltner et Rick Frank à la batterie.

Le même projet est développé en plusieurs configurations commerciales, dont un coffret et des éditions plus courtes consacrées aux concerts One to One. Les listes officielles détaillent « Well Well Well » dans les programmes de l’après-midi et du soir. Là encore, la date de sortie d’un disque de 2025 ne doit pas être confondue avec la date de la performance, le 30 août 1972. Et aucune de ces éditions ne constitue une session supplémentaire de Starr.

Cette précision est utile au moment où les albums d’archives obtiennent un nouvel écho commercial. Une page de vente peut valoriser la présence de l’œuvre de Lennon, tandis qu’une playlist associe les différentes versions sous un même nom. Pour le spécialiste de Ringo, la seule méthode sûre consiste à relier la piste à sa séance d’origine et à ses crédits instrumentaux propres.

Ringo et les deux batteurs de 1972 : trois façons d’accompagner Lennon

Comparer 1970 à 1972 permet d’aller au-delà du catalogue. Sur l’album studio, Starr joue dans un trio : il dispose d’un espace considérable mais assume aussi une grande responsabilité dans la stabilité de l’ensemble. Sur les enregistrements de New York, Jim Keltner et Rick Frank se partagent ou se superposent les interventions de batterie au sein d’une formation plus étoffée. Le son n’est pas nécessairement supérieur ou inférieur ; il reflète une organisation différente.

Le disque de 1970 favorise la franchise du trio rock. La scène de 1972 met Lennon en contact avec un ensemble de musiciens qui élargissent la palette des timbres. Le chant et les guitares peuvent adopter d’autres attaques, et la section rythmique agit à une autre échelle. L’instrumentiste principal n’est plus Starr, mais l’analyse de ce contraste contribue à préciser ce qui rendait la prestation de 1970 particulière.

Il ne faut jamais faire de ce parallèle une rivalité artificielle entre batteurs. Keltner est un grand collaborateur de Lennon, et son rôle dans la musique du début des années 1970 est considérable. La présence de deux batteurs en 1972 relève des choix de formation du Plastic Ono Elephant’s Memory Band. Décrire la performance de Starr dans « Well Well Well » signifie la replacer dans sa séance et son effectif réel, sans lui attribuer les interprétations de ses successeurs.

Sessionographie critique : les variantes à conserver

27 septembre 1970 — studio EMI, Abbey Road : « Well Well Well », prises 1 à 4. John Lennon, chant et guitare ; Klaus Voormann, basse ; Ringo Starr, batterie. La prise 4 est retenue comme master. La première prise comporte une séquence de répétition renvoyant à « Ain’t That A Shame ».

6 octobre 1970 : prises 5 et 6, identifiées comme « deuxième version » sur la bande. Le master de la chanson reste la prise 4 de septembre. 15 octobre : nouvel essai incomplet, non retenu.

18 octobre 1970 : overdub de guitare solo par Lennon, maracas de Lennon et tom-tom de Ringo. Les deux derniers éléments sont décrits comme abandonnés du mixage final. 19, 24 et 29 octobre : différentes étapes de mixage ; la version finale du LP est achevée le 29.

2021 — archives : « Take 2 » (outtake et jam), « Take 4 Extended » (master étendu en mix brut), « Take 5 » (prise de la deuxième série, accessible selon les formats). Ne pas transformer des publications d’archives en nouvelles dates de performance.

30 août 1972 — Madison Square Garden : Lennon, Yoko Ono et Elephant’s Memory, avec Jim Keltner et Rick Frank à la batterie. Ringo absent. Publications à distinguer : Live In New York City (1986) et Power To The People (2025).

Sources, discographie et vérification des crédits

Catalogue Lennon : John Lennon Official Website, John Lennon/Plastic Ono Band (1970), personnel du LP, date de parution et liste des titres ; The Ultimate Collection (2021), variantes « Take 2 » et « Take 4 Extended ».

Chronologie des enregistrements : The Beatles Bible, « Well Well Well », séances des 27 septembre, 6 octobre, 15 et 18 octobre 1970 : numérotation des prises, tom-tom non conservé et mixage définitif du 29 octobre. Référence complémentaire : édition augmentée du disque de 2021 et ses programmes détaillés publiés par Universal Music.

Personnel des concerts de 1972 : John Lennon Official Website, Live In New York City (1986), Power To The People (2025), communiqué du 45-tours spécial Record Store Day et crédits Jim Keltner / Rick Frank. Ces sources officielles permettent d’exclure Ringo de ces versions de scène.

Documents consultables : https://www.beatlesbible.com/people/john-lennon/songs/well-well-well/ ; https://www.beatlesbible.com/1970/09/27/recording-working-class-hero-mother-i-found-out-well-well-well-god-john-lennon/ ; https://www.beatlesbible.com/1970/10/18/recording-mixing-look-at-me-god-well-well-well-remember-mother-john-lennon/ ; https://www.johnlennon.com/music/albums/john-lennon-plastic-ono-band/ ; https://www.johnlennon.com/music/albums/john-lennon-plastic-ono-band-the-ultimate-collection/ ; https://www.johnlennon.com/music/albums/john-lennon-live-in-new-york-city/ ; https://www.johnlennon.com/music/singles/power-to-the-people-ep-record-store-day-2025/ ; https://www.johnlennon.com/music/albums/power-to-the-people/ .

Pour poursuivre le dossier

La séance de « Isolation » avec Ringo, les bandes de 1998 et les prises documentées en 2021.

Ringo Starr et John Lennon : tous les enregistrements · « Remember » : la prise 13 et la visite de George Harrison · « I Found Out » : les congas de Ringo · Sessionographie chronologique générale.