Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Ringo Starr et John Lennon

Yellow-Sub.net · Lennon · Sessionographie EMI 1970 · Archives 2021

« I Found Out » : la batterie et les congas cachées de Ringo Starr (1970–2021)

Sept prises, un master conservé, des congas ajoutées le 7 octobre et presque masquées au mixage : une enquête sur la contribution complète du batteur aux sessions de Lennon.

Un détail longtemps masqué : Ringo Starr a également enregistré des congas

On cite souvent « I Found Out » pour l’agressivité du chant de John Lennon, le son de sa guitare et l’assise de la section rythmique. La participation de Ringo Starr y semble, à première vue, parfaitement identifiée : il joue de la batterie, Klaus Voormann tient la basse et Lennon assume le chant et la guitare. Les notices originales de John Lennon/Plastic Ono Band et les recherches de sessions établissent cette distribution. Pourtant, les archives révèlent un détail plus discret : le 7 octobre 1970, Starr a aussi enregistré des congas. Ces percussions sont restées très peu audibles dans le mixage de 1970 et sont mises davantage en évidence dans les éditions de 2021.

Cette découverte n’implique pas l’existence d’une mystérieuse chanson jamais enregistrée ni d’une session tardive de Ringo. Elle change le niveau de précision de notre description. Le crédit « batterie » renseigne sur le rôle principal du musicien ; les fiches de bande permettent parfois de retrouver des parties ajoutées qui ont été rejetées, diminuées ou masquées lors du mixage. Une encyclopédie sérieuse doit intégrer ces traces sans présenter les pistes de travail comme des composantes toutes équivalentes du master d’origine.

« I Found Out » constitue de ce point de vue un cas exemplaire. Les sources permettent de séparer la prise principale du 27 septembre, l’ajout de congas du 7 octobre, le mixage final du 24 octobre, puis leur redécouverte en 2021. Le fil conducteur est la même performance de base, enrichie dans le studio et transformée dans ses éditions, non une succession fictive de quatre enregistrements indépendants.

27 septembre 1970 : sept prises, mais seulement trois complètes

L’enregistrement collectif de « I Found Out » a lieu le dimanche 27 septembre 1970, au studio 3 d’Abbey Road. John Lennon, Klaus Voormann et Ringo Starr poursuivent alors les travaux du premier LP de Lennon. Le morceau suit de nombreuses répétitions non numérotées, puis donne lieu à sept prises enregistrées. Les sources spécialisées indiquent que seules les prises 1, 3 et 7 sont complètes ; c’est la prise 3 qui constitue le master. Le nombre de tentatives ne doit donc pas être présenté comme le nombre de versions intégrales conservées.

La séance est un excellent exemple de la vitesse avec laquelle le trio peut travailler à partir d’un morceau dont le caractère est déjà dessiné. Lennon joue une guitare saturée et nerveuse, très éloignée de la finition policée des Beatles. Voormann apporte une basse mobile mais rigoureuse, tandis que Starr construit un fondement rythmique capable de suivre cette tension. Le résultat paraît spontanément rugueux. Rien n’oblige pourtant à supposer que tout y serait totalement improvisé : l’existence de répétitions et de plusieurs prises démontre l’inverse.

Au cours de cette journée, les musiciens travaillent aussi sur « Mother », « Well Well Well », « Working Class Hero » et « God ». Toutes ces plages n’ont pas la même distribution finale. L’énumération des chansons abordées pendant une séance commune ne permet donc pas de créditer automatiquement Ringo sur chacune d’elles. C’est particulièrement vrai de « Working Class Hero », dont la version d’album est centrée sur la voix et la guitare acoustique de Lennon. Notre inventaire privilégie les attributions par morceau et par prise plutôt que les listes globales d’invités.

« Carl Wolf » : une indication d’esthétique au cours de la séance

Selon la reconstitution de The Beatles Bible, Lennon évoque pendant les essais une formule que l’on entend comme « Carl Wolf », probablement pour suggérer un croisement entre le rockabilly de Carl Perkins et le blues électrique de Howlin’ Wolf. Le chanteur fredonne ou reprend également un fragment de « Gone, Gone, Gone » de Perkins. Cette piste interprétative est intéressante parce que Ringo et Lennon connaissent depuis longtemps les racines américaines de la musique qu’ils ont jouée au temps des Beatles.

La prudence reste nécessaire : la formule telle qu’elle a été retranscrite n’est pas une note de production formelle signée par Lennon. Elle constitue un indice de langage partagé, non une déclaration exhaustive sur les influences de la chanson. On peut confronter ce contexte au jeu de Ringo, mais il serait injustifié d’attribuer chaque accent de batterie à Perkins ou à Howlin’ Wolf. Un document de studio fournit rarement une carte complète des choix esthétiques d’une prise.

Il révèle en revanche un aspect de la collaboration : Lennon peut communiquer rapidement des références issues du blues et du rock’n’roll à un batteur qui a accompagné pendant des années des reprises américaines. Cette connaissance commune facilite le travail d’une formation réduite. Le résultat ne copie pas nécessairement ses modèles : il transforme une énergie ancienne en un son de rock très contemporain pour 1970.

7 octobre 1970 : deux ajouts vocaux de Lennon et les congas de Ringo

Le 7 octobre 1970, la formation revient à Abbey Road pour une journée comprenant « Look At Me », « God », « Remember » et « I Found Out ». La chronique de séance rapporte deux nouveaux overdubs vocaux de Lennon sur « I Found Out » et un ajout de congas par Ringo Starr. Les musiciens ne recommencent donc pas nécessairement la base enregistrée en septembre : ils complètent une prise déjà sélectionnée. Cette différence entre enregistrement de la section rythmique et ajout de percussion supplémentaire est essentielle.

Les congas ont longtemps été presque absentes du résultat que la plupart des auditeurs connaissent. Cela ne signifie pas qu’elles auraient été enregistrées puis détruites. Les documents de 2021 prouvent leur présence dans le matériau de studio. Une partie peut être très basse dans un mixage, moins perceptible au milieu d’autres instruments, puis devenir audible grâce à un rééquilibrage ultérieur des pistes. L’apparition d’un instrument dans un remix moderne ne démontre pas qu’il a été enregistré à l’époque de ce remix.

La position exacte de ces congas dans l’arrangement demeure une question d’écoute. On peut étudier leur attaque, leur rôle dans les interstices entre batterie et guitare, et le contraste de timbre qu’elles apportent. Les notices disponibles ne détaillent toutefois ni la technique de prise de son ni le placement des microphones ; nous n’en inventons pas. De même, la distinction entre une piste présente dans le multipiste original et une piste retenue à fort niveau pour l’édition commerciale ne doit jamais être effacée.

24 octobre 1970 : la fin du jam et la décision de faire disparaître deux minutes

Les travaux sur « I Found Out » aboutissent au mixage stéréo du 24 octobre 1970. D’après les sources de studio, le mixage final se termine par un fondu qui interrompt une improvisation collective environ deux minutes avant sa fin. Cette donnée met en lumière un autre type d’intervention : la chanson du LP n’est pas le reflet exhaustif de toutes les secondes enregistrées. La sortie commerciale constitue une sélection d’un matériau plus long.

Il faut éviter d’en conclure que la version plus longue serait nécessairement « la vraie chanson » et que l’édition de 1970 en aurait donné une copie imparfaite. Lennon, Ono et leurs collaborateurs ont réalisé un choix de production au moment de préparer l’album. Les archives ne remplacent pas ce choix historique : elles documentent ce qui le précède. Une sessionographie doit permettre de consulter les deux états sans confondre intention initiale, improvisation enregistrée et programme publié.

Les rééditions contemporaines présentent parfois ce type de document comme une version intégrale, parfois comme une prise alternative, parfois comme un raw mix. Ces désignations sont différentes. Il conviendra donc, pour chaque objet conservé dans notre base, de noter la durée annoncée, son support, la désignation éditoriale et, lorsqu’il est documenté, le numéro de prise. La simple mention « alternate version » ne suffit pas à reconstituer la chronologie technique.

Le rôle de Starr : batterie principale, congas supplémentaires

L’écoute du master de 1970 fait principalement ressortir le jeu de batterie. Starr donne une pulsation droite mais jamais purement mécanique, répondant à la guitare mordante de Lennon et aux appuis de la basse de Voormann. Le morceau se construit sur une tension insistante : le batteur accompagne la colère du texte sans chercher à inventer une orchestration dense. Cette partie demeure son intervention dominante sur la version historiquement publiée.

La mise en évidence des congas dans les archives invite pourtant à dépasser la représentation de Ringo comme un instrumentiste ne jouant que de la batterie traditionnelle. On le retrouve dans sa carrière sur différents types de percussions, mais chaque rôle doit être attribué à un enregistrement précis. Dans « I Found Out », les sources permettent une formulation particulièrement rigoureuse : batterie sur la prise principale du 27 septembre ; congas ajoutées en overdub le 7 octobre ; congas largement masquées dans le mixage original.

Les congas ne doivent pas non plus être comptées comme une collaboration distincte avec Lennon, comme si une nouvelle chanson avait été enregistrée. Il s’agit d’une contribution supplémentaire au même morceau. En revanche, dans une base de données qui décrit les instruments et les dates de participation, une ligne spécifique d’overdub apporte une véritable valeur documentaire. C’est cette granularité qui permettra à terme de croiser les contributions de Starr par instrument, année et artiste invité.

1998 : l’Anthology ne transforme pas la démo de Lennon en séance avec Ringo

Le coffret John Lennon Anthology, paru en 1998, inclut une version de « I Found Out » présentée dans le programme Ascot comme un enregistrement domestique de 1970. La notice officielle crédite uniquement John Lennon au chant et à la guitare acoustique. Cette démo ne documente donc pas une participation de Ringo. Son existence est précieuse pour l’histoire de l’écriture du morceau, mais elle doit être exclue des performances collectives attestées.

Cette distinction illustre le problème auquel se heurtent les catalogues automatiques. Le titre « I Found Out » apparaît sur l’album original et sur le coffret Anthology ; une recherche sans crédits détaillés pourrait transférer à la démo l’effectif complet du LP. Ce serait une erreur. Pour chaque version, il faut privilégier la notice qui la concerne, même si l’enregistrement est rangé sous le même titre commercial.

Les brouillons de Lennon enregistrés à Los Angeles durant l’été 1970 témoignent aussi d’un travail de composition préalable à la séance de septembre. Ils n’ajoutent pas de sessions à la biographie de Starr. Dans notre catalogue, ils apparaîtront comme documents de comparaison, explicitement signalés comme solos, et non comme collaborations à la batterie.

2021 : les Elements Mixes permettent de retrouver les congas

La réédition John Lennon/Plastic Ono Band – The Ultimate Collection constitue le complément documentaire majeur. Ses notes officielles signalent expressément la conga de « I Found Out » parmi les éléments auparavant masqués que les nouveaux Elements Mixes remettent en évidence. Cette mention confirme que l’enregistrement de Ringo ne se résume pas à la partie de batterie entendue sur le LP original. Elle renvoie à un travail réalisé durant la fabrication du disque et rendu plus lisible en 2021 grâce au traitement des multipistes.

Les autres catégories du coffret n’ont pas le même objectif : Raw Studio propose une écoute débarrassée de nombreux effets, les prises alternatives font connaître d’autres tentatives, et les documentaires d’évolution montent des étapes successives de fabrication. Le spécialiste doit conserver ces distinctions lorsqu’il compare le disque de 1970 à ses archives. Une nouvelle mise en valeur d’une piste enfouie n’est pas nécessairement une nouvelle prise ; une prise différente n’est pas nécessairement une version plus longue de la même performance.

Le communiqué de l’éditeur explique que les Elements Mixes cherchent à isoler ou à faire ressortir des détails instrumentaux généralement peu perceptibles dans le mixage commercial. Le geste de restauration peut être révélateur, mais il est aussi éditorial : le mixage de 2021 fait un autre choix de présentation que celui de 1970. La présence physique des congas est ancienne ; la façon dont leur son est exposé au public est nouvelle.

Ce qu’il faut écouter dans une comparaison de versions

Une comparaison constructive commence par la guitare de Lennon, dont la saturation et les attaques structurent la tension. Il faut ensuite suivre la basse de Voormann, qui se place entre le mouvement harmonique et la batterie. Dans le master original, la batterie de Starr peut alors être étudiée à partir de ses reprises et de la manière dont elle accompagne le débit vocal. La pièce ne doit pas être évaluée à l’aune d’une virtuosité de démonstration : elle se construit dans une continuité agressive et délibérément peu ornée.

La seconde écoute peut porter sur la version révélant les congas. Ces dernières ajoutent une couche de percussion dont le timbre diffère nettement de celui des fûts et des cymbales de la batterie. La question musicale pertinente devient : quel mouvement perceptif supplémentaire apportent-elles à la sensation de propulsion ? Il convient toutefois de ne pas affirmer qu’un instrument fut volontairement supprimé pour une raison psychologique ou artistique précise sans déclaration du producteur ou fiche de mixage.

Enfin, les documents d’archives doivent être confrontés à la fin de la chanson : les informations de séance indiquent un jam prolongé que le mixage de 1970 écourte. L’auditeur peut ainsi séparer la structure du morceau publié de l’énergie collective enregistrée après la durée officielle. Cela aide à mieux comprendre le fonctionnement d’un trio qui joue ensemble et la manière dont le studio transforme ses improvisations en œuvres destinées au public.

La notice sessionographique à conserver

Œuvre : « I Found Out », John Lennon. Composition : John Lennon. Master : prise 3 enregistrée le 27 septembre 1970, parmi sept prises et plusieurs répétitions non numérotées. Personnel principal : Lennon au chant et à la guitare, Voormann à la basse, Ringo Starr à la batterie. Overdubs : deux parties vocales de Lennon et congas de Starr enregistrées le 7 octobre. Mixage : 24 octobre 1970, avec un fondu interrompant le jam final.

Première édition : album Apple John Lennon/Plastic Ono Band, 11 décembre 1970. Archive à exclure : la démo domestique de Lennon diffusée dans l’Anthology de 1998, sans participation de Ringo d’après ses crédits. Réédition documentaire : The Ultimate Collection, 2021 ; la partie de congas peut être mieux entendue dans les Elements Mixes.

Degré de certitude : batterie de Starr, confirmé par les crédits et la chronologie ; congas du 7 octobre, documentées par la séance et le matériel officiel de 2021 ; date exacte des répétitions non numérotées, inconnue au-delà du contexte de la séance ; détails techniques du mixage original, à confronter avec les boîtes de bandes et les livrets d’archives disponibles.

Sources et documentation

The Beatles Bible, notice « I Found Out » : personnel, sept prises du 27 septembre 1970, master prise 3, congas de Ringo le 7 octobre, mixage du 24 octobre et jam écourté. The Beatles Bible, chronologies du 27 septembre et du 7 octobre 1970 : ordre des chansons et opérations sur les pistes.

John Lennon Official Website, John Lennon/Plastic Ono Band : personnel du LP et date de publication. John Lennon Official Website, John Lennon Anthology : crédits de la démo solo de « I Found Out » diffusée dans le volume Ascot, à distinguer de la prise de groupe.

John Lennon Official Website, The Ultimate Collection (2021), rubrique Elements Mixes : mise en évidence de la partie de congas sur « I Found Out ». Universal Music, présentation du coffret : objectif documentaire des nouveaux mixages issus des bandes multipistes originales.

Documents de référence : https://www.beatlesbible.com/people/john-lennon/songs/i-found-out/ ; https://www.beatlesbible.com/1970/09/27/recording-working-class-hero-mother-i-found-out-well-well-well-god-john-lennon/ ; https://www.beatlesbible.com/1970/10/07/recording-look-at-me-god-remember-i-found-out-john-lennon/ ; https://www.johnlennon.com/music/rarities/anthology/ ; https://www.johnlennon.com/music/albums/john-lennon-plastic-ono-band-the-ultimate-collection/ .

Explorer les autres prises avec Ringo

« Mother » : prise 64 et édition courte du single · « God » : la batterie de Ringo et les deux pianos de Lennon et Billy Preston · La synthèse Lennon–Starr · L’inventaire chronologique des collaborations.