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Stop And Take The Time To Smell The Roses : Ringo, Harry Nilsson, deux batteries et une voix retrouvée
Une chanson coécrite en 1980, enregistrée avec Jim Keltner et une formation de cuivres, puis révélée sous une autre version vocale dans la réédition de 1994.
Ringo Starr et Harry Nilsson écrivent ensemble une invitation à ralentir
La chanson « Stop And Take The Time To Smell The Roses » est l’une des contributions les plus significatives de Harry Nilsson à l’album solo de Ringo Starr paru en 1981. Contrairement à « Drumming Is My Madness », que Nilsson compose seul, le morceau portant presque le nom du disque est officiellement crédité à Richard Starkey et Harry Nilsson. Ringo ne se contente donc pas d’enregistrer une chanson fournie par son ami : il partage l’écriture et joue un rôle dans la conception même de l’œuvre. Nilsson en assure la production ; Ringo chante et joue de la batterie, en compagnie de Jim Keltner.
L’enregistrement de base intervient le 4 novembre 1980 aux Evergreen Studios de Los Angeles, avec Rick Riccio à la technique. Il appartient à la même journée de travail que « Drumming Is My Madness » et une nouvelle version de « Back Off Boogaloo ». Des compléments sont réalisés au cours de la première semaine de décembre dans les studios Compass Point, à Nassau. La chanson figure finalement à la cinquième position du programme de Stop And Smell The Roses.
La réédition CD de 1994 permet une seconde approche grâce à une « Original Vocal Version » du morceau, placée parmi les six bonus. Cette présentation est passionnante sur le plan de la recherche, mais nécessite une précaution capitale : le mot « original » peut identifier une prise vocale différente sans prouver que l’ensemble instrumental a été enregistré à nouveau. L’encyclopédie doit donc distinguer les différentes voix et les éditions avant de compter des performances distinctes.
Deux auteurs, mais un seul producteur crédité
Le crédit de l’œuvre associe Ringo Starr et Harry Nilsson, tandis que le crédit principal de production revient à Nilsson. Cette séparation des fonctions permet de situer le titre parmi les nombreuses coopérations entre les deux artistes depuis les années 1970. Ils partagent une sensibilité à l’humour, aux chansons populaires et à un certain goût pour la dérision, mais cette complicité ne signifie pas que Nilsson aurait composé tous les titres de la période pour Ringo.
Le registre de la chanson-titre est celui d’une invitation à interrompre la course quotidienne, à prendre du temps pour regarder autour de soi et à apprécier les moments simples. Le motif des roses devient suffisamment représentatif pour donner son nom à l’album. Cette philosophie correspond bien à la personnalité publique de Ringo, dont la carrière solo comprend de nombreux textes accessibles, teintés de bonne humeur ou d’un humour très direct.
Le même album contient pourtant des compositions de McCartney, une chanson de George Harrison et une pièce signée Stephen Stills et Michael Stergis. Il faut donc réserver le crédit de Nilsson au morceau qu’il a effectivement écrit ou coproduit, et non l’étendre à la totalité des dix titres.
4 novembre 1980 : trois chansons, trois objets distincts
Selon le compte rendu de The Beatles Bible, le mardi 4 novembre réunit le travail sur « Drumming Is My Madness », « Stop And Take The Time To Smell The Roses » et « Back Off Boogaloo ». Harry Nilsson produit ces enregistrements au studio Evergreen, avec Rick Riccio comme ingénieur. Le fait qu’ils partagent une journée, une équipe et un producteur ne signifie pas qu’il s’agit d’une seule longue improvisation découpée en trois titres après coup.
« Drumming Is My Madness » est une composition de Nilsson. La chanson-titre est cosignée par Nilsson et Starr. « Back Off Boogaloo » est un réenregistrement d’une chanson de Starr publiée dès 1972 dans une production de George Harrison. La chronologie commune masque donc trois histoires d’œuvre très différentes : composition confiée à Ringo, création à quatre mains, et nouvelle interprétation d’un morceau déjà connu.
L’absence d’une liste de numéros de prises de la journée interdit d’affirmer que la chanson-titre correspond à un essai numéroté précis. Nous pouvons dater la séance et nommer le personnel, mais les détails techniques devraient être recherchés dans les archives d’Evergreen et les feuilles de session.
Les musiciens du master : deux batteries et une formation de cuivres
Les relations instrumentales de la sortie originale permettent une identification précise : Ringo Starr, chant principal et batterie ; Jim Keltner, batterie ; Dennis Belfield, basse ; Jane Getz, piano ; Dennis Budimir, Fred Tackett et Richie Zito, guitares ; Joe Lala, percussions. La section de cuivres compte Jerry Jumonville au saxophone ténor, Jim Gordon au saxophone baryton, Bruce Paulson au trombone et Lee Thornburg à la trompette.
Il est essentiel de ne pas laisser croire que « Jim Gordon », personnage bien connu comme batteur sur d’autres enregistrements, tient ici une troisième batterie. Le crédit de cette plage l’identifie au saxophone baryton ; les deux batteurs du master sont Ringo Starr et Jim Keltner. Le lecteur qui souhaite construire une liste des doubles batteries de Ringo doit donc compter ce titre comme une collaboration Starr–Keltner, mais pas comme un trio de percussionnistes.
La présence de Fred Tackett à la guitare mérite aussi d’être individualisée. Certaines notices du disque le mentionnent au banjo sur d’autres morceaux ou variantes ; le crédit présenté pour la chanson-titre se rattache à une formation de guitares et de cuivres. Une identité d’instrumentiste ne suffit pas à transférer les instruments joués sur un autre titre.
Une chanson du quotidien soutenue par un orchestre de studio
Le propos du morceau invite à ralentir et à profiter de la vie, mais la production de Nilsson utilise paradoxalement une formation plutôt nombreuse. Trois guitaristes, un piano, deux batteries, des percussions et quatre souffleurs peuvent produire une énergie de revue musicale. Ce contraste entre simplicité du message et ampleur de l’accompagnement participe de la personnalité sonore de l’enregistrement.
Ringo possède une expérience du rock direct, de la country et des arrangements orchestraux de ses premiers albums solo. Ici, sa voix doit rester intelligible au milieu d’un ensemble dynamique. La section rythmique avec Keltner peut fournir une base plus ample qu’une batterie unique, tandis que les cuivres ponctuent la chanson comme dans certaines productions rhythm and blues américaines.
Il serait néanmoins présomptueux d’attribuer chaque accent particulier à Starr ou Keltner sans avoir accès aux pistes séparées. Les crédits établissent leur présence ; l’écoute stéréo permet de commenter l’effet collectif, pas de reconstituer l’intégralité de leur répartition individuelle.
Jim Keltner : une vieille connaissance de Ringo dans un autre contexte
Ringo et Keltner ont déjà enregistré ensemble pour George Harrison au début des années 1970, notamment sur Living in the Material World et Dark Horse. Leur collaboration avec Nilsson en 1980 appartient cependant à un autre projet et à une formation différente. George Harrison n’est pas automatiquement participant de cette séance au seul motif qu’il connaît les deux batteurs.
Leur association se prolonge sur plusieurs titres de la période. « Drumming Is My Madness » et « Stop And Take The Time To Smell The Roses » montrent une continuité des deux batteries, mais ce sont deux compositions distinctes. Le nouvel enregistrement de « Back Off Boogaloo » complète la séquence Nilsson avec son propre arrangement.
Pour la sessionographie, il faut donc créer une entrée par chanson et relier les trois à la journée d’Evergreen sans les fusionner en une prestation indifférenciée.
Les studios Compass Point : une seconde phase de production
La chronologie des enregistrements place des compléments du 1er au 4 décembre 1980 à Compass Point, à Nassau. Le relevé de The Beatles Bible indique que les voix principales de Ringo sont ajoutées le 4 décembre pour plusieurs travaux de la période. Il serait imprudent d’en conclure que toute la partie vocale de la chanson-titre a été entièrement remplacée ce jour-là sans pouvoir consulter les pistes originales.
La présence d’une seconde période de travail explique pourtant pourquoi la chanson existe sous des états différents. Les overdubs vocaux et les mixages permettent des choix de présentation qui peuvent ne plus correspondre exactement à l’écoute de la première bande de novembre. La version de 1994 apporte un indice de cette évolution, sans détailler à elle seule la chronologie complète des voix.
Les crédits d’ingénierie de l’édition identifient Rick Riccio, mais aussi Mike Hatcher, Steven Stanley et Kendal Stubbs dans les différentes opérations. Le rôle précis de chacun au cours de la chaîne Los Angeles–Nassau doit être documenté avec les livrets et les feuilles de bande ; il ne faut pas transformer une liste collective en attribution automatique au mixage du master.
« Can’t Fight Lightning » : le titre figurait déjà dans le premier programme
La chanson-titre faisait partie du programme envisagé sous le nom Can’t Fight Lightning au cours de 1980–1981. Elle y occupait la dernière place, alors que « You Can’t Fight Lightning », chanson de Ringo enregistrée avec Paul McCartney en France, devait fournir le titre de l’album. Cette configuration n’a pas été distribuée commercialement.
Après le changement de label et le remaniement de la sélection, la chanson de Nilsson et Starr conserve sa place, mais acquiert une fonction nouvelle : elle donne désormais son nom au disque entier. La différence est éditoriale et commerciale plutôt qu’une preuve de réenregistrement instrumental. Le master garde ses origines dans les sessions de novembre et décembre 1980.
Cette situation est intéressante pour la documentation des œuvres. Une même chanson peut demeurer inchangée tout en voyant son rôle dans un album profondément évoluer : d’un titre de fin de programme, elle devient l’emblème d’une nouvelle orientation commerciale.
Le programme commercial de 1981 : cinquième piste du disque
Le LP Stop And Smell The Roses paraît aux États-Unis le 27 octobre 1981, puis au Royaume-Uni le 20 novembre. La chanson du même nom figure en cinquième position de la première face. Les relevés discographiques donnent une durée d’environ 3 min 05 à 3 min 08, selon les sources et les arrondis utilisés.
Cette variation de quelques secondes ne suffit pas à établir deux masters. Les bases commerciales peuvent utiliser des temps arrondis ou relever différemment le silence initial et final. Une version véritablement alternative doit être attestée par un intitulé, un mixage ou une performance distincte, et non seulement par une différence minime entre deux minutages.
Le morceau se trouve après « Attention », enregistré en France avec McCartney, et avant « Dead Giveaway », créé avec Ronnie Wood à Cherokee. Ce voisinage est un rappel permanent du caractère composite de l’album. Les musiciens de la chanson-titre ne doivent pas être confondus avec ceux des plages immédiatement adjacentes.
1994 : « Original Vocal Version », la variation à documenter
Le CD augmenté publié en 1994 ajoute six bonus au programme original. Parmi eux figure « Stop And Take The Time To Smell The Roses (Original Vocal Version) », quatrième bonus et quatorzième plage dans la liste générale. Les relevés donnent une durée d’environ 3 min 09. La présence de cette piste signifie qu’une version vocale différente avait été conservée dans les archives.
Il serait toutefois abusif de prétendre, sans écoute comparative et sans livret détaillé, que tous les instruments ont été rejoués sur cette version. L’expression « Original Vocal Version » désigne principalement le chant ; elle ne contient aucune promesse de nouvelle prise de batterie. La documentation ne permet pas non plus d’attribuer automatiquement cette voix alternative à Nilsson : la chanson est chantée par Ringo sur l’album et les variantes doivent être identifiées bande par bande.
Le bon classement consiste donc à relier le bonus de 1994 à l’enregistrement principal de 1980, avec un statut de version vocale alternative, puis à laisser ouvert le détail technique des différences. Cette prudence évite de gonfler artificiellement le nombre de sessions auxquelles Starr et Keltner auraient participé.
Pourquoi les six bonus de 1994 ne sont pas six nouvelles compositions
La réédition comprend « Wake Up », « Red And Black Blues », « Brandy », la version vocale de la chanson-titre, « You Can’t Fight Lightning » et « Hand Gun Promos ». Certains sont des chansons enregistrées et écartées du LP ; d’autres sont des variantes ou du matériel promotionnel. Les réunir comme six « titres entièrement inédits » sans distinction constituerait une simplification trompeuse.
Le cas de la chanson-titre illustre parfaitement le besoin de séparer l’œuvre et ses états de publication : la composition existe sur le LP de 1981 ; la « Original Vocal Version » n’est pas une autre composition de Starkey et Nilsson. En revanche, « Brandy » est une chanson extérieure, écrite par Jefferson et Simmons et reprise en 1980, ce qui représente une œuvre différente de celles du tandem Nilsson–Ringo.
Les éditions futures devraient donc disposer de notices de variantes structurées : titre commercial exact, numéro de piste, durée, année de publication, performance d’origine, nature du changement et niveau de preuve.
Une chanson qui résume l’amitié entre Nilsson et Starr
Harry Nilsson et Ringo appartiennent à un cercle de musiciens pour lesquels la convivialité, l’humour et la liberté de studio jouent un rôle important. Leur coopération de 1980 reflète cette relation : Nilsson ne compose pas seulement pour Ringo, il travaille avec lui à une chanson qui représente une philosophie de vie suffisamment forte pour devenir le titre de l’album. À une période commercialement difficile pour Starr, ce type d’appui a une valeur artistique et personnelle considérable.
Il faut cependant éviter de réduire la séance à une plaisanterie entre amis. Les crédits démontrent une véritable organisation de studio, avec un grand nombre de musiciens, une section de cuivres, des ingénieurs et plusieurs étapes entre Los Angeles et Nassau. La légèreté du propos n’implique pas l’absence de travail ni le caractère improvisé de tous les arrangements.
La chanson peut être étudiée comme un exemple du style Nilsson de cette époque : mélange de mélodies simples, de traits comiques et d’orchestrations parfois délibérément excessives. Ce portrait artistique doit toutefois rester un commentaire de l’enregistrement, non une reconstitution d’intentions précises qui n’ont pas été rapportées dans les sources.
Fiche sessionographique : deux batteries et deux états vocaux
Œuvre : « Stop And Take The Time To Smell The Roses ». Auteurs : Richard Starkey et Harry Nilsson. Producteur : Harry Nilsson. Enregistrement de base : 4 novembre 1980, Evergreen Studios, Los Angeles, ingénieur Rick Riccio ; compléments au début de décembre 1980 à Compass Point, Nassau.
Personnel : Ringo Starr, chant et batterie ; Jim Keltner, batterie ; Dennis Budimir, Fred Tackett et Richie Zito, guitares ; Dennis Belfield, basse ; Jane Getz, piano ; Joe Lala, percussions ; Jerry Jumonville, saxophone ténor ; Jim Gordon, saxophone baryton ; Bruce Paulson, trombone ; Lee Thornburg, trompette. Première édition : Stop And Smell The Roses, 1981, piste 5, environ 3 min 05 à 3 min 08.
Archive : « Original Vocal Version », CD The Right Stuff (1994), piste 14, environ 3 min 09 ; état vocal alternatif, sans preuve de réenregistrement total de la section rythmique. À vérifier : prise exacte de la voix originale, différences de mixage, numéros de bande et éventuels overdubs instrumentaux propres au bonus.
Sources documentaires
The Beatles Bible, chronologie du 4 novembre 1980, production Nilsson, journée réunissant « Drumming Is My Madness », la chanson-titre et « Back Off Boogaloo » ; dossier de l’album, programme initial Can’t Fight Lightning et six bonus de 1994. MusicBrainz, édition de Stop And Smell The Roses, crédits des musiciens et des auteurs par piste, studios et ingénieurs.
The Paul McCartney Project, album de 1981, programme et matériel d’archives ; Sessiondays, liste individualisée des musiciens avec les deux batteries et la section de cuivres. Les variations vocales de 1994 doivent être étudiées en complément avec le livret physique et les bandes de session.
Références : https://www.beatlesbible.com/1980/11/04/recording-drumming-is-my-madness-stop-and-take-the-time-to-smell-the-roses-back-off-boogaloo-ringo-starr/ ; https://www.beatlesbible.com/people/ringo-starr/albums/stop-and-smell-the-roses/ ; https://musicbrainz.org/release/1c1d27c6-438c-493b-a2e0-dd1cc7155a82 ; https://sessiondays.com/2025/07/18/1981-ringo-starr-stop-and-smell-the-roses/ ; https://www.the-paulmccartney-project.com/album/stop-and-smell-the-roses/ .
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L’histoire de « You Can’t Fight Lightning », qui devait donner son nom au projet avant 1981 · « Brandy », autre archive publiée sur le CD de 1994.
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