← Les collaborations avec George Harrison
Yellow-Sub.net · Friar Park 1973 · Apple Records 1974
Ringo Starr et Jim Keltner sur « Ding Dong, Ding Dong » : la séance retrouvée de George Harrison
De la double batterie enregistrée en novembre 1973 aux singles anglais et américain de décembre 1974 : une enquête sur les musiciens, les différentes faces B et le son de Dark Horse.
La double batterie de Ringo et Jim Keltner au service du Nouvel An de George Harrison
À la fin de 1973, George Harrison entreprend l’enregistrement de « Ding Dong, Ding Dong » dans son studio domestique de Friar Park, près de Henley-on-Thames. Cette chanson de Nouvel An est construite autour d’une formule très simple, mais ses arrangements deviennent l’un des exemples les plus ambitieux des premières productions de Dark Horse. Les deux batteurs de la séance sont Ringo Starr et Jim Keltner. Cette attribution est explicite dans les crédits de la chanson et rejoint le témoignage de Harrison lors de sa conférence de presse du 23 octobre 1974, où il situe plusieurs bases de l’album en novembre de l’année précédente, enregistrées notamment avec Starr, Keltner, Gary Wright et Klaus Voormann.
L’intérêt discographique dépasse le simple plaisir d’entendre deux amis jouer ensemble. « Ding Dong, Ding Dong » s’est développé sur près d’une année, depuis sa première base instrumentale jusqu’à la publication du single en décembre 1974. Entre ces deux étapes, George ajoute des guitares, des cuivres, des voix et d’autres interventions. Il importe de distinguer la session de batterie enregistrée fin 1973, la production complémentaire de 1974 et les supports commerciaux ultérieurs. Ringo appartient au noyau initial du morceau ; rien ne permet de l’attribuer sans preuve à tous les overdubs terminés à Los Angeles.
Friar Park et FPSHOT : l’ancien Beatle dispose désormais de son propre studio
L’enregistrement prend place à F.P.S.H.O.T., l’abréviation de Friar Park Studio, Henley-on-Thames. Harrison fait de sa propriété une résidence et un lieu de création musicale. Le studio domestique permet d’organiser des séances sans les contraintes d’une location ponctuelle à Abbey Road ou à Apple Studios. Cependant, il ne faut pas confondre cette souplesse avec l’absence de préparation : une chanson destinée au marché du disque réclame plusieurs étapes, des choix de production et des musiciens invités.
La formation initiale de « Ding Dong, Ding Dong » réunit Harrison à la guitare acoustique, Gary Wright au piano, Klaus Voormann à la basse, Ringo Starr et Jim Keltner aux batteries. Phil McDonald figure parmi les techniciens associés aux séances du disque. Le résultat constitue la base d’un arrangement ambitieux ; il ne reflète pas encore la totalité des guitares électriques, cuivres et chœurs qui apparaîtront sur la version définitive.
Ce personnel réunit plusieurs collaborateurs de longue date. Voormann connaît Lennon et les Beatles depuis les années de Hambourg ; Gary Wright est un partenaire récurrent de Harrison ; Ringo et Keltner ont déjà enregistré ensemble pour George et joué côte à côte au Concert for Bangladesh. La familiarité de cette équipe aide à comprendre comment une chanson apparemment enfantine peut devenir un morceau construit autour d’un grand ensemble rythmique.
Novembre 1973 : ce que la documentation permet réellement de dater
Les sources de référence donnent novembre 1973 pour les bases de « Ding Dong, Ding Dong ». Il serait prématuré d’inventer un jour du mois précis, ou un numéro de prise, en l’absence d’une feuille de bande rendue publique. Les chronologies du disque indiquent ensuite des compléments durant août et septembre 1974. La date d’enregistrement de la batterie et la date du mixage final appartiennent donc à des périodes différentes.
La déclaration de Harrison du 23 octobre 1974 est particulièrement importante, parce qu’elle n’est pas une reconstruction faite des décennies plus tard. Interrogé sur la confection de l’album, il explique avoir enregistré des bases l’automne précédent avec Keltner, Ringo, Wright et Voormann, puis avoir travaillé sur d’autres chansons avec les musiciens de sa future tournée. Ce témoignage constitue un repère primaire solide pour situer la participation de Starr dans la première phase de production.
On ne peut cependant pas répartir les instruments de chaque prise sur des pistes déterminées comme on le fait pour « Don’t Let Me Wait Too Long » en 1972. Les descriptions consultées ne contiennent pas la même cartographie complète du magnétophone pour « Ding Dong, Ding Dong ». Une sessionographie sérieuse doit donc indiquer une présence instrumentale certaine et une granularité technique incomplète, plutôt que de fabriquer un tableau de pistes imaginaire.
Une formule gravée dans Friar Park devient un hymne de renouveau
George Harrison tire l’idée de la chanson d’inscriptions gravées dans le bois de sa maison. Ces mots évoquent la nécessité de laisser partir l’ancien, de faire place au nouveau et de privilégier la vérité à ce qui est faux. Harrison racontera avoir mis plusieurs années à remarquer le potentiel mélodique de cette formule pourtant visible au quotidien. Sa chanson prend forme très rapidement une fois cette évidence découverte.
Il convient de comprendre « Ding Dong, Ding Dong » à partir de son double registre. L’œuvre peut se présenter comme une ritournelle de Nouvel An, accessible et répétitive ; elle accompagne également une période de bouleversements personnels et professionnels. Le renouveau évoqué n’est pas une abstraction distante : en 1974, George se sépare de Pattie Boyd, crée son label Dark Horse et prépare une grande tournée américaine, tout en gérant des productions pour Ravi Shankar et Splinter.
La présence de Ringo dans cette chanson de transition est intéressante précisément parce que les anciens Beatles continuent à travailler ensemble dans des contextes individuels. Elle n’implique pas une réunion du groupe : Paul McCartney et John Lennon ne figurent pas parmi les instrumentistes de la version de référence. Le disque reste signé et produit par Harrison ; Starr y intervient comme batteur invité.
Ringo et Keltner : pourquoi deux batteries pour une chanson festive ?
Deux batteurs peuvent jouer à l’unisson, répartir leurs figures ou construire un ensemble plus ample que ne le ferait un seul kit. Pour « Ding Dong, Ding Dong », la production recherche une sensation de grande masse rythmique, proche de la densité des disques réalisés avec Phil Spector, mais aussi de certaines productions glam britanniques du début des années 1970. Les cuivres et les guitares viendront renforcer cette impression de fête sonore.
Il serait abusif d’affirmer que Ringo joue nécessairement tel coup de caisse claire tandis que Keltner tient telle cymbale. Les crédits donnent les deux musiciens à la batterie ; ils ne publient pas une transcription individualisée de leurs frappes. Le mixage stéréo peut associer les deux batteries, les compresser et les mélanger avec la basse et les guitares, ce qui rend délicate une attribution par simple écoute.
L’intérêt de l’analyse est donc d’étudier la fonction collective de la section rythmique. Dans ce contexte, le battement n’est pas destiné à exhiber une virtuosité de percussionniste. Il porte la répétition du refrain, permet aux couches de guitares et de cuivres de se déployer et conserve à la chanson son caractère immédiatement mémorisable. Ringo, qui avait enregistré « Photograph » et « Don’t Let Me Wait Too Long » avec d’autres batteurs, possède déjà une expérience de ce type de travail partagé.
La production de 1974 : les guitares d’Alvin Lee et de Ronnie Wood
Au cours de la phase finale, Harrison complète « Ding Dong, Ding Dong » par des interventions de guitaristes invités. Alvin Lee, figure de Ten Years After, et Ronnie Wood, alors associé aux Faces et bientôt aux Rolling Stones, sont mentionnés par les crédits et les biographies du morceau. Mick Jones, guitariste de Spooky Tooth à cette époque, contribue également à l’arrangement. Il ne faut pas confondre ces noms avec un groupe ayant joué simultanément toutes les parties sur la prise initiale de novembre 1973.
Le saxophoniste et arrangeur Tom Scott contribue à la couleur de cuivres ; la chanson comporte aussi des cloches tubulaires et un ensemble de voix, dont une partie n’est pas identifiée nominativement dans les crédits usuels. Cette construction par ajouts successifs explique le fossé entre la sobriété du noyau enregistré à Friar Park et le caractère ample du disque publié.
Les autres artistes célèbres présents sur certaines sessions de l’album ne doivent pas être transférés arbitrairement à cette chanson. Robben Ford, Willie Weeks ou Andy Newmark participent à d’autres plages, mais les crédits usuels de « Ding Dong, Ding Dong » désignent précisément Voormann pour la basse et Ringo/Keltner pour les batteries. Le croisement des crédits de piste reste donc notre méthode de référence.
Ringo n’est pas le batteur de tout Dark Horse
L’album Dark Horse comprend neuf chansons dans son programme original. Ringo Starr joue sur « So Sad », piste 3, et « Ding Dong, Ding Dong », piste 6. Son nom apparaît dans les crédits généraux du disque, mais cela ne l’autorise pas à figurer sur les autres chansons par déduction.
« Hari’s On Tour (Express) » et « Simply Shady » font intervenir le batteur John Guerin, dans le contexte de la visite à Friar Park de musiciens de la formation L.A. Express. « Māya Love », « Far East Man » et « It Is ‘He’ (Jai Sri Krishna) » utilisent notamment Andy Newmark à la batterie. La chanson-titre publiée associe Newmark à la batterie et Jim Keltner au charleston, sans crédit de Ringo sur le master. « Bye Bye, Love » repose sur une instrumentation réalisée essentiellement par Harrison, avec l’emploi d’une boîte à rythmes.
Il existe un piège supplémentaire : une première ébauche lente de « Dark Horse » a été travaillée à Friar Park en novembre 1973, dans le cercle où se trouvent Ringo et Keltner. Mais cette bande n’est pas la version publiée sur le 33-tours. La présence éventuelle de Starr sur une prise précoce doit être étudiée séparément ; elle ne permet pas d’attribuer sa batterie au single « Dark Horse » ou au master enregistré ensuite avec Andy Newmark.
Le single britannique du 6 décembre 1974 : une face B sans Ringo
La chanson paraît en 45-tours au Royaume-Uni le 6 décembre 1974. Sa face B est « I Don’t Care Anymore », une chanson enregistrée par Harrison dans une formule essentiellement acoustique. Les crédits et la session de cette face B ne correspondent pas à ceux de « Ding Dong, Ding Dong ». Il serait donc incorrect de dire que Ringo joue sur les deux faces du single britannique sans avoir documenté la seconde prise.
L’enregistrement atteint la 38e place du classement britannique et reste cinq semaines dans les charts selon la notice discographique de The Beatles Bible. Malgré son ambition festive, il paraît assez tard dans le calendrier du marché de Noël. Sa relative modestie commerciale ne change pas son intérêt dans les archives de Starr : la double batterie avec Keltner est une participation attestée, indépendamment du classement obtenu.
Une confusion fréquente naît des différents pays. Les singles ne comportent pas toujours les mêmes titres sur leur face B et leurs dates de mise en vente varient. La fiche de pressage doit donc posséder les champs territoire, label, numéro de catalogue, date et couplage, et non simplement une entrée « Ding Dong, Ding Dong / face B » valable partout.
Le single américain du 23 décembre : « Hari’s On Tour » sur la face B
Aux États-Unis, le 45-tours paraît le 23 décembre 1974 avec « Hari’s On Tour (Express) » comme face B. Cette composition instrumentale constitue l’ouverture de l’album Dark Horse et comporte une formation rythmique différente, avec John Guerin à la batterie. Le support américain associe donc un titre avec Ringo à un titre sans Ringo ; le disque matériel a une unité commerciale, mais ne possède pas un seul personnel pour ses deux faces.
Le single atteint la 36e position du Billboard Hot 100 selon le récapitulatif de référence. Le résultat est sensiblement proche de celui du Royaume-Uni. Là encore, il ne convient pas de faire de cette statistique un jugement sur le jeu de Starr. Elle décrit la réception du morceau par le marché américain de la fin de 1974, marqué par une concurrence intense des chansons de fêtes.
Pour une discographie internationale, la distinction des faces B est incontournable. Les deux éditions peuvent partager le master de « Ding Dong, Ding Dong » sur leur face principale, mais leur seconde face relève d’une chanson différente, avec une distribution instrumentale propre.
La vidéo de 1974 : le retour des costumes des Beatles
George Harrison réalise un film promotionnel de « Ding Dong, Ding Dong » où il revêt notamment une veste grise à col officier et son costume de l’époque Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Cette iconographie est volontairement liée au souvenir des Beatles, mais elle n’est pas la documentation photographique de la séance rythmique enregistrée à Friar Park. Un clip met en scène le chanteur pour promouvoir un titre : il ne démontre pas la présence de tous les instrumentistes du disque dans le décor.
Dans l’histoire de l’image musicale, ce choix vestimentaire peut se lire comme une manière ludique d’aborder le passage du temps. La chanson parle de laisser derrière soi l’ancien et de faire place au nouveau ; le film présente simultanément un Harrison qui se souvient de son passé de Beatle. Cette lecture interprétative ne doit pas se transformer en prétention selon laquelle tous les membres du groupe auraient participé au tournage.
Pour le catalogue des collaborations de Ringo, le clip constitue un objet audiovisuel dérivé : il doit être relié au master de la chanson, mais ne crée aucune prestation de batterie nouvelle. Le crédit instrumental de Starr repose sur l’enregistrement de 1973, pas sur sa visibilité éventuelle dans les images tournées en 1974.
1974, Apple Records et Dark Horse Records : une distinction de label
L’album s’intitule Dark Horse, et Harrison vient de fonder un label portant le même nom. Pourtant, le disque de George paraît toujours chez Apple Records, dans le cadre des obligations contractuelles issues des années Beatles. Les premiers albums d’autres artistes produits par Harrison sortent sur son nouveau label, mais le disque solo de 1974 demeure associé à Apple. Le nom de l’album, celui de la marque fondée par George et le label imprimé sur le support ne doivent pas être confondus.
Cette précision matérielle intéresse les collectionneurs et la recherche SEO de Yellow-Sub.net : une édition originale britannique, une américaine, un CD remasterisé et une réédition vinyle peuvent porter des références industrielles différentes. Dans notre encyclopédie, la fiche de la chanson explique le personnel et la séance ; la discographie des supports devra détailler ces différences de pressage.
Les rééditions de 2014 et 2017 ne sont pas des enregistrements nouveaux
Le coffret The Apple Years 1968–75 permet de redécouvrir Dark Horse dans une présentation remasterisée en 2014, avec les notes historiques de Kevin Howlett et deux bonus : « I Don’t Care Anymore » et une première version acoustique de la chanson-titre « Dark Horse ». La nouvelle édition ne propose pas, dans son programme standard, une prise inédite explicitement créditée à Ringo pour « Ding Dong, Ding Dong ». Il ne serait donc pas légitime de fabriquer une ligne de séance « Ringo — 2014 ».
La réédition vinyle de 2017, construite à partir des bandes analogiques originales, conserve le programme de neuf chansons. Son intérêt porte principalement sur la restitution sonore, la matérialité du support et la reproduction de la pochette. Elle ne change ni les batteurs crédités ni l’année de l’enregistrement de la base instrumentale.
Notice critique de sessionographie : ce qui est confirmé, ce qui reste ouvert
Œuvre : « Ding Dong, Ding Dong », George Harrison. Séance instrumentale : novembre 1973, FPSHOT, Friar Park, Henley-on-Thames ; jour exact et numéro de prise non confirmés par les sources accessibles. Personnel de base : Harrison, guitare acoustique ; Klaus Voormann, basse ; Gary Wright, piano ; Ringo Starr et Jim Keltner, batteries. Compléments de production : août-septembre 1974, avec les guitares de Ronnie Wood, Alvin Lee et Mick Jones, les cuivres de Tom Scott, les voix et les cloches.
Première publication : single britannique du 6 décembre 1974, face B « I Don’t Care Anymore » ; single américain du 23 décembre 1974, face B « Hari’s On Tour (Express) » ; album Dark Horse, Apple Records, décembre 1974, piste 6. Rôle de Ringo : batterie sur l’enregistrement original, avec Jim Keltner ; contribution confirmée par les crédits par morceau et par la déclaration contemporaine de Harrison.
Ce que l’on ne sait pas encore : répartition individualisée des frappes entre les deux batteurs, pistes du magnétophone, nombre de prises de novembre 1973 et jour précis de la fixation du master. Les transcriptions du clip et les photographies promotionnelles ne remplacent pas les notes de bande.
Sources et références pour vérification
George Harrison Official Website, notice de l’album Dark Horse (1974), catalogue du programme original, réédition 2014 et contexte de création de son label. The Beatles Bible, notice « Ding Dong, Ding Dong », composition, personnel de 1973 et de 1974, dates et faces B britannique/américaine ; notice Dark Horse, liste générale des musiciens et chronologie de la production.
The Beatles Bible, conférence de presse de George Harrison du 23 octobre 1974, où l’artiste donne lui-même les noms de Ringo Starr, Jim Keltner, Gary Wright et Klaus Voormann parmi les partenaires des séances enregistrées en novembre de l’année précédente. Apple Years 1968–75 (2014), notes historiques de Kevin Howlett pour la réédition.
Documents : https://www.georgeharrison.com/releases/dark-horse/ ; https://www.beatlesbible.com/people/george-harrison/songs/ding-dong-ding-dong/ ; https://www.beatlesbible.com/people/george-harrison/albums/dark-horse/ ; https://www.beatlesbible.com/1974/10/23/press-conference-george-harrison-los-angeles/ ; https://store.georgeharrison.com/products/dark-horse-lp .
À explorer dans les collaborations Harrison–Starr
Les neuf pistes de Dark Horse et leurs batteurs respectifs · « So Sad » : la seconde batterie de Ringo avec Keltner et la version sans Ringo.
L’encyclopédie des collaborations avec George Harrison · Les doubles batteries de Living in the Material World (1972–1973) · Sessionographie chronologique de Ringo.












