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Yellow-Sub.net · Enquête sur les bandes · 1971–1972 / Réédition 2019

Ringo Starr et Bobby Hatfield : les sessions Richard Perry et « Oo Wee Baby, I Love You »

En 1971, Ringo joue pour la voix des Righteous Brothers. Un single Warner de 1972, des bandes retrouvées en 2019 et un chapitre oublié de l’après-Beatles.

Bobby Hatfield, Ringo Starr et le projet d’album qui n’a jamais vu le jour

À la fin de 1971, Bobby Hatfield, célèbre pour sa voix dans les Righteous Brothers, cherche à affirmer une identité de chanteur solo. Il s’associe au producteur Richard Perry, dont le parcours couvre le rock, la pop et les grandes voix américaines. Leur projet est ambitieux : enregistrer un ensemble de chansons à la croisée de la soul et du rock, avec des musiciens de premier plan, puis en faire un album commercial.

Les bandes conservées racontent une histoire différente de celle d’un 33 tours abouti. Quelques 45 tours voient le jour en 1972, mais l’essentiel des séances ne paraît pas à l’époque. Près d’un demi-siècle plus tard, Omnivore Recordings publie Stay With Me: The Richard Perry Sessions (2019). C’est cette édition d’archives qui permet de retrouver l’environnement exact de la collaboration avec Ringo Starr et d’en comprendre l’importance.

Décembre 1971 : une équipe remarquable aux studios Apple

Selon la présentation officielle d’Omnivore Recordings, les séances sont principalement réalisées en décembre 1971 aux studios Apple de Londres. Richard Perry rassemble Ringo Starr à la batterie, Klaus Voormann à la basse et Al Kooper au piano et à la guitare. Les autres musiciens associés au programme comprennent Chris Stainton à l’orgue, Bobby Keys au saxophone et Jim Price à la trompette.

Ce personnel s’inscrit dans le grand réseau des sessions de l’après-Beatles. Voormann et Ringo travaillent régulièrement avec John Lennon et George Harrison ; Keys et Price appartiennent au monde des cuivres rock, fréquemment présents dans les productions de l’époque. La proximité des noms ne doit cependant pas conduire à attribuer à chacun tous les instruments de toutes les prises. Sur les bandes de Hatfield, l’ensemble évolue selon les jours et les chansons.

« Oo Wee Baby, I Love You » : une batterie associée au single

« Oo Wee Baby, I Love You » est la participation la plus fermement identifiée de Ringo Starr à ce projet. La chanson est écrite par Richard Parker et produite par Richard Perry. Plusieurs références documentaires, dont les archives des 45 tours et la critique de la réédition Omnivore publiée par The Second Disc, associent explicitement Ringo à la batterie de ce titre.

La structure musicale est celle d’un morceau de rock et de rhythm and blues énergique, qui repose sur un dialogue entre voix, basse, claviers et section rythmique. Le rapprochement souvent fait avec l’esprit de « Get Back » ne doit pas conduire à parler d’une séance des Beatles : il s’agit d’un enregistrement de Bobby Hatfield, conçu par Richard Perry, dans une formation constituée pour l’occasion.

Le 45 tours américain paraît chez Warner Bros. sous la référence WB 7566, documentée en mars 1972 dans la discographie de Hatfield. Le Royaume-Uni utilise la référence K 16163, avec une sortie répertoriée au 28 avril 1972. Ces dates sont celles de la mise en vente des disques et non de la prise enregistrée à Apple plusieurs mois auparavant.

Les faces B : conserver les frontières des crédits

Le single « Oo Wee Baby, I Love You » est couplé à « Rock’n Roll Woman ». La présence de la chanson sur la face B d’un disque où joue Ringo n’autorise pas à lui attribuer également ce second titre sans source propre. C’est la même précaution qu’il faut appliquer aux rééditions, lorsque deux versions d’un morceau voisinent sur un CD.

L’erreur est fréquente dans les discographies de célébrités : le nom d’un invité figurant dans la notice générale d’une édition finit par devenir celui de tous les musiciens de chaque plage. À l’échelle d’un inventaire encyclopédique, les faces A et B doivent donc recevoir des fiches et des degrés de preuve distincts.

Le CD d’archives de 2019 : treize plages, plusieurs statuts

Omnivore publie en décembre 2019 le CD Stay With Me: The Richard Perry Sessions sous le numéro OV-363. Le programme comporte treize plages, parmi lesquelles plusieurs prises alternatives, des montages composites et les versions de singles. Le label indique que les plages 11 à 13 avaient déjà été commercialisées, tandis que le reste est présenté comme inédit. Il ne s’agit pas d’un album de Hatfield sorti en 1971 et réédité à l’identique, mais de la première mise à disposition d’un ensemble de bandes restées largement dans les archives.

Les deux versions préparatoires d’« Oo Wee Baby, I Love You » sont les prises 2 et 3, placées respectivement aux numéros 2 et 8 du CD. La version publiée en 45 tours apparaît en piste 12. Pour dater une collaboration, il faut conserver le vocabulaire exact : prise de travail de 1971, master publié en 1972, édition d’archives de 2019. Les trois dates ne se contredisent pas : elles décrivent trois étapes de la vie du même projet.

Les chansons de George Harrison reprises par Bobby Hatfield

Le programme de 2019 contient deux titres étroitement liés à l’histoire Apple : « What Is Life » et « Sour Milk Sea », compositions de George Harrison. « What Is Life » avait été publié sur All Things Must Pass ; « Sour Milk Sea » avait été donné à Jackie Lomax pour un single Apple de 1968 sur lequel Ringo avait déjà participé à la batterie.

La présence de ces reprises dans les sessions Hatfield est particulièrement fascinante, mais elle invite à une discipline documentaire : interpréter deux fois une même chanson dans des contextes différents ne crée pas une seule session continue. L’enregistrement de « Sour Milk Sea » par Jackie Lomax en 1968 et celui réalisé pour Bobby Hatfield en 1971 doivent être décrits séparément, même si certains musiciens appartiennent au même cercle d’amitiés.

Des relevés de personnel consacrés au CD de 2019 mentionnent Ringo parmi les musiciens de plusieurs prises inédites, dont des versions de « Sour Milk Sea » et de « Baby Don’t You Do It ». Toutefois, pour affecter chaque crédit à la bonne prise sans risque d’erreur, le livret Omnivore doit rester l’autorité à confronter aux bases participatives. La présente étude conserve une attribution sûre à « Oo Wee Baby, I Love You » et expose les autres présences comme un inventaire à documenter davantage.

« Baby Don’t You Do It » et le dialogue avec la musique soul

Le répertoire comprend encore « Baby Don’t You Do It », chanson associée à Marvin Gaye. Omnivore en propose deux états : un montage des prises 4 et 11, puis la prise 2. Cet élément est précieux pour l’archéologie musicale. Il montre que les bandes retrouvées ne sont pas simplement des masters rejetés, mais parfois des performances de travail où les musiciens essaient une autre accentuation, une autre intensité ou un autre découpage.

L’enjeu n’est pas de supposer ce qu’un musicien ressentait en studio. Une prise alternative permet de comparer un arrangement et une exécution, mais ne révèle pas, sans documents complémentaires, les intentions exactes du producteur ni la répartition des overdubs. Les versions inédites éclairent le processus d’enregistrement ; elles ne justifient pas l’invention de nouvelles dates ou de nouveaux crédits.

« Stay With Me » : une autre séance, un autre lieu

Le titre qui donne son nom au CD d’archives est un enregistrement de la chanson « Stay With Me », écrite par Jerry Ragovoy et George David Weiss. La critique de The Second Disc situe des séances ultérieures aux Western Studios de Los Angeles. On se trouve alors hors des prises londoniennes de décembre 1971. Il serait donc trompeur de traiter l’ensemble du CD comme un album enregistré en une seule fois chez Apple.

Le 45 tours américain « Stay With Me » paraît chez Warner Bros. sous la référence WB 7649, répertoriée en novembre 1972. Comme pour « Oo Wee Baby », la date du disque ne doit pas être projetée sur les séances de tous les titres. Quant à la présence de Ringo sur le CD dans son ensemble, elle ne constitue pas la preuve qu’il aurait joué à Los Angeles sur la chanson « Stay With Me » elle-même.

Une rencontre précoce avec Richard Perry

La réunion de Ringo et Richard Perry en décembre 1971 prend un intérêt supplémentaire lorsqu’on sait que Perry produira l’album Ringo en 1973, puis Goodnight Vienna en 1974. Il ne faut pas transformer cette chronologie en certitude sur la naissance de leur relation professionnelle, faute de témoignage direct, mais les séances Hatfield attestent que leurs parcours se croisent avant les grands succès solo du batteur au milieu de la décennie.

Elles éclairent aussi le rôle de Ringo comme musicien au service d’un chanteur extérieur à son univers habituel. Ici, il ne s’agit ni d’une chanson écrite par un ancien Beatle ni d’une démonstration destinée à son propre répertoire. Son rôle est de soutenir un artiste soul dans un projet produit par un arrangeur de studio américain.

Discographie raisonnée de la collaboration

Artiste : Bobby Hatfield. Producteur : Richard Perry. Séances principales : Apple Studios, Londres, décembre 1971. Musiciens associés : Ringo Starr (batterie), Klaus Voormann (basse), Al Kooper (piano et guitare), Chris Stainton (orgue), Bobby Keys (saxophone), Jim Price (trompette), avec une répartition variant selon les pistes. Titre confirmé pour Ringo : « Oo Wee Baby, I Love You ». Single américain : Warner Bros. WB 7566 (1972). Single britannique : K 16163 (avril 1972). Publication d’archives : Stay With Me: The Richard Perry Sessions, Omnivore OV-363 (2019).

À vérifier sur les supports physiques : dates exactes des séances piste par piste ; distribution complète des prises de « Sour Milk Sea », « What Is Life » et « Baby Don’t You Do It » ; présence de Ringo sur les overdubs du master ; personnel exact de « Rock’n Roll Woman ». Le CD de 2019 constitue une référence majeure, mais une seule liste globale de musiciens ne doit pas être copiée mécaniquement sur tous les titres.

L’importance de ces bandes pour l’histoire de Ringo

Le projet Hatfield montre combien la carrière de Ringo Starr déborde du cadre des disques à succès. Une séance peut avoir peu de répercussions commerciales au moment de son enregistrement et devenir essentielle pour les historiens lorsque les bandes sont redécouvertes. C’est le cas ici : les singles de 1972 n’offraient qu’une partie de l’histoire, alors que la réédition de 2019 restitue une chronologie, plusieurs variantes de chansons et un ensemble de collaborations désormais plus facile à étudier.

Ce type de découverte justifie une méthode de travail exigeante : distinguer les disques de l’époque, les prises alternatives, les publications tardives et les crédits établis. Un dossier encyclopédique ne gagne pas en crédibilité en attribuant à Ringo tous les morceaux qui lui plaisent ; il gagne en valeur lorsqu’il montre au lecteur comment la preuve discographique se construit.

Sources et documentation critique

Omnivore Recordings, notice officielle du CD Stay With Me: The Richard Perry Sessions (OV-363, 2019), indispensable pour la composition du programme et les séances Apple de décembre 1971 ; The Second Disc, critique historique du 17 février 2020, pour les musiciens et les lieux ; 45cat, étiquette britannique Warner K 16163 et date de sortie ; Bobby Hatfield Discography, inventaire des références de singles américains. Les crédits spécifiques de certaines prises inédites restent à confronter au livret physique.

Omnivore : programme et historique de l’édition ; The Second Disc : analyse des séances ; 45cat : single britannique ; Discographie des singles de Bobby Hatfield.

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