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200 Motels : Ringo Starr dans les dialogues et les archives sonores de Frank Zappa

Le double album original de 1971 et le coffret de six CD publié en 2021 : comment distinguer bande musicale, dialogue de film, entrevues et masters d’archives.

Un film musical, plusieurs familles de documents sonores

En 1971, Ringo Starr rejoint Frank Zappa pour le film 200 Motels. Il y interprète Larry the Dwarf, figure de substitution qui représente Zappa. La distribution et le fonctionnement du film sont détaillés dans le catalogue de l’American Film Institute : le musicien incarne une figure à l’écran, mais n’est pas présenté comme batteur de l’orchestre exécutant la partition de Zappa. Cette distinction justifie de classer sa contribution parmi les rôles de cinéma musical et les voix de personnage, et non sous une batterie de studio présumée.

Deux objets se superposent dans les catalogues : le double album de bande originale commercialisé en 1971 et les éléments de dialogue, prises et montages réexaminés lors de la publication anniversaire de 2021. Les confondre conduirait à attribuer à Ringo l’intégralité de la musique d’un film auquel il prête pourtant surtout sa présence d’acteur et une voix de personnage.

Le double album original de 1971

La bande originale de 200 Motels réunit des compositions de Zappa, les Mothers of Invention et des interventions orchestrales. Le programme comprend « Mystery Roach », « Lonesome Cowboy Burt », « Centerville », « Penis Dimension » ou encore « Strictly Genteel », entrecoupés d’interludes et de pièces associées aux scènes du film. Cette publication est un objet musical autonome : sa liste de pistes ne doit pas être comprise comme la transcription intégrale de tous les dialogues du long métrage.

Les crédits généraux renvoient aux musiciens de Zappa, parmi lesquels Aynsley Dunbar à la batterie, George Duke aux claviers et au trombone, Ian Underwood, Ruth Underwood, Mark Volman et Howard Kaylan. La présence de Ringo dans le générique du film ne le transforme pas en batteur de ces pistes. L’étude des instruments doit reposer sur les crédits des sessions et non sur la distribution cinématographique.

2021 : un coffret de six CD ouvre les archives

Pour le cinquantième anniversaire, Zappa Records et Universal Music Enterprises publient une édition développée de 200 Motels, comprenant six CD. Cette publication ne se limite pas à une remastérisation du double album de 1971. Elle rassemble aussi des pistes alternatives, des séances, des éléments promotionnels et des bandes de protection de dialogues (dialog protection reels) retrouvées ou restaurées dans les archives.

La description officielle du coffret présente notamment, sur le quatrième CD, deux entrées distinctes intitulées « FZ on Ringo Starr » et « Ringo Starr on 200 Motels ». Il s’agit de témoignages parlés ou de documents de promotion associés au film, non de chansons inédites de Ringo. Le coffret donne par conséquent accès à un nouveau niveau de preuve documentaire sur sa participation, sans ajouter automatiquement de nouvelles prestations musicales au catalogue des disques de Ringo.

Larry the Dwarf : un personnage inscrit dans les bandes de dialogue

Les troisième et quatrième CD du coffret contiennent des rubriques indexées par scènes. Parmi elles figurent « Scene 21: Larry The Dwarf » et « Scene 47: Larry The Dwarf In The Hotel Room ». Ces intitulés sont particulièrement précieux : ils permettent de rechercher les éléments sonores de son personnage autrement que par les morceaux du programme du double LP. Toutefois, le titre d’une entrée de bande ne suffit pas à déterminer si l’on entend une réplique complète, une prise alternative, un montage de postproduction ou un mélange de voix.

Il faudra donc comparer le contenu audible à l’image du film, aux notes détaillées du coffret et aux archives de doublage avant de dénombrer les prises vocales individualisées de Ringo. Le bon crédit provisoire est « acteur et interprète du personnage Larry the Dwarf », et non « chanteur de tous les passages de la bande originale dans lesquels apparaît Larry ».

Les autres musiciens : ne pas transformer la distribution en un groupe de studio

Keith Moon joue également dans le film, dans le rôle d’une religieuse excentrique. L’orchestre et les Mothers of Invention constituent une autre composante de la production. Leur présence dans les mêmes génériques ne prouve ni une séance de batterie commune entre Ringo et Moon, ni l’appartenance de Ringo au personnel des titres enregistrés par les Mothers. Cette confusion est d’autant plus facile que plusieurs rock stars apparaissent au sein du spectacle visuel conçu par Zappa.

La même vigilance s’applique au chauffeur de Ringo, Martin Lickert, qui rejoint la distribution et joue de la basse dans la formation filmée. Cette circonstance peut être racontée comme un épisode de production, sans déduire que Ringo a lui-même enregistré les parties de batterie du film. Les musiciens réels, les acteurs de fiction et les voix enregistrées constituent trois listes distinctes.

Deux configurations éditoriales différentes en 2021 : 2 CD et 6 CD

La célébration du cinquantenaire de 200 Motels se traduit par au moins deux programmes complémentaires, dont il faut éviter de confondre le contenu. La réédition courante de la bande originale est proposée sur deux CD : elle conserve le programme de 1971 dans une nouvelle remastérisation, effectuée par Bernie Grundman. L’édition super deluxe de six CD poursuit un autre objectif : elle place ce programme au début d’une exploration des maquettes, des variations de mixage, des bandes de dialogues et des enregistrements promotionnels associés au film. Une notice consacrée à la seule réédition 2 CD ne renseigne donc pas sur les documents parlés publiés dans la grande boîte.

Pour la discographie de Ringo Starr, cette différence est déterminante. Sa présence à l’écran comme Larry the Dwarf ne signifie pas qu’il soit un des musiciens jouant la partition du double album. Le programme du coffret de six CD fait en revanche apparaître des documents spécifiquement consacrés à son rôle d’acteur et à ses propos sur le film. Il faut les classer dans les collaborations audiovisuelles et les archives parlées ; les reproduire sous la rubrique « Ringo à la batterie chez Frank Zappa » créerait un faux crédit instrumental.

Le troisième CD : les dialogues et les scènes identifiables de Larry the Dwarf

Le programme officiel publié par Zappa Records fait apparaître au troisième CD une séquence désignée « Scene 47: Larry The Dwarf In The Hotel Room ». L’existence de ce titre permet d’identifier un emplacement précis dans l’édition de 2021 et de ne pas se contenter d’une référence générale à la présence de Ringo dans le film. Cependant, un nom de personnage dans un sommaire n’établit pas à lui seul le contenu exact du dialogue, la quantité de répliques réellement audibles ni l’identité de chacune des voix éventuellement conservées sur une bande composite.

La numérotation des scènes doit être considérée comme un outil de classement des archives de production et non comme une chronologie universelle du tournage. Une scène filmée en premier peut être placée beaucoup plus tard dans le montage, puis se retrouver sous une autre rubrique lorsqu’un éditeur rassemble des bobines de protection. Il faut donc distinguer la scène, la prise sonore, le montage final et le titre d’une plage du coffret. Ce principe s’applique à tous les projets filmiques de Ringo lorsqu’ils sont réédités sous forme de musique et de bandes de dialogue.

Le quatrième CD : deux témoignages publiés consécutivement

Le quatrième CD présente un jalon particulièrement précis dans la rubrique Bonus Swill, Part I. Après plusieurs bandes publicitaires et documents de montage, la douzième plage de cette rubrique est intitulée « FZ on Ringo Starr » et la treizième « Ringo Starr on 200 Motels ». Ces intitulés, explicitement mentionnés par Zappa Records dans son programme officiel, désignent deux documents parlés distincts : l’un place Zappa en position de commentateur à propos de Ringo ; l’autre annonce une intervention de Ringo à propos du film. L’ordre de présentation est lui-même une information discographique à conserver.

Un dialogue promotionnel et une interview ne sont pas assimilables à un morceau musical. Ils peuvent en revanche documenter la collaboration et compléter les éléments écrits des archives. Un catalogue encyclopédique peut leur attribuer des fiches d’enregistrements parlés, à condition de ne pas comptabiliser leur présence comme deux chansons supplémentaires chantées par Ringo. Tant que les cartons techniques des bandes originales ne sont pas étudiés, il faut également éviter d’inventer une date et un lieu précis pour chacune de ces interviews.

Les publicités filmées : cinq annonces dans le même fonds

La publication de 2021 distingue plusieurs éléments sous les titres « 200 Motels Movie Ad #1 », « #2 », « #3 », « #4 » et « #5 ». Leur présence témoigne de la conservation d’objets de promotion qui appartiennent à l’histoire de la réception et de la distribution du film. Ces annonces n’impliquent pas nécessairement que Ringo participe vocalement à chacune d’entre elles. La comparaison des montages, des bandes-annonces et des prises de parole individuelles serait nécessaire pour attribuer chaque voix, distinguer les montages commerciaux et comprendre les variantes locales de diffusion.

L’intérêt de ces documents réside aussi dans leur statut : il ne s’agit ni de cinq scènes inédites de Ringo, ni de cinq compositions supplémentaires de Frank Zappa. Une archive publicitaire peut réemployer la musique et les images du long métrage, parfois avec une nouvelle voix off ou une durée raccourcie. La sessionographie doit alors associer le document à sa fonction publicitaire avant de lui attribuer un crédit musical. Cette méthode évite les doublons lorsqu’une bande-annonce utilise une chanson déjà publiée sur l’album.

Publication, numérotation et contrôle des crédits

Pour rendre ce dossier exploitable par les discographes, chaque document identifié sur le coffret de six CD devrait faire apparaître cinq informations : sa place précise dans le programme officiel, son intitulé éditorial, le support où il est disponible, la nature du contenu (dialogue, interview, publicité ou musique), puis le degré d’attestation de la participation de Ringo. Les titres « FZ on Ringo Starr » et « Ringo Starr on 200 Motels » ont une identification éditoriale assurée, mais cela ne dispense pas d’un examen des bandes si l’on veut transcrire des propos, établir un minutage de dialogue ou déterminer un lieu d’enregistrement.

Il convient également de séparer l’édition d’origine de 1971, la réédition remastérisée de deux CD et le coffret étendu de six CD. La première matérialise la bande originale du film dans son contexte commercial ; la deuxième en modernise la présentation sonore ; le troisième élargit le corpus documentaire. Une collaboration audiovisuelle peut donc être attestée par plusieurs supports, sans que ces supports correspondent à autant de nouvelles sessions enregistrées par Ringo Starr. La bibliographie matérielle et la sessionographie restent complémentaires, mais elles ne se confondent pas.

Où lire les autres chapitres sans duplication

Le film 200 Motels (1971) dans la filmographie de Ringo · L’esthétique vidéo expérimentale du film · Les archives des collaborations musicales · Méthode des crédits et des versions.

Bibliographie discographique

American Film Institute, catalogue du film 200 Motels ; Frank Zappa / Zappa Records, présentation et programme de 200 Motels 50th Anniversary Edition, édition de six CD parue en 2021 ; Universal Music, communiqué de publication et inventaire des bandes de dialogue ; crédits de la bande originale en double 33-tours de 1971. Les références sont données sans liens externes afin de préserver la navigation interne du dossier.