Sur la pochette de Sgt. Pepper, une poupée porte un pull “Welcome The Rolling Stones”. Six mois plus tard, les visages des quatre Beatles se cachent sur la pochette en relief de Their Satanic Majesties Request. Un même photographe, Michael Cooper, un pull venu d’une radio de Memphis, les procès de 1967 : l’histoire complète du dialogue d’images entre les deux groupes, avec le guide pour retrouver les Beatles cachés.
Groupe de rhythm and blues londonien né en 1977, révélé par Dirty Water, adopté par le public français, The Inmates ont donné le 20 juin 1987 à la Villette un concert unique de reprises des Beatles pour les vingt ans de Sgt. Pepper. Histoire du groupe, chanson par chanson du disque Meet the Beatles, rééditions et discographie.
Lennon a bien désigné une « meilleure période » — mais il a précisé « en matière de célébrité », et il situe le sommet musical du groupe ailleurs, dans le même entretien. Enquête sur une citation de 1970, les clubs londoniens de 1964-1966, la contradiction avec Hambourg, et les réponses des trois autres Beatles à la même question.
Keith Richards confie à Zane Lowe que Paul McCartney « regrette » de ne plus être en groupe. Retour sur Covered in You, Foreign Tongues et 60 ans de liens Beatles-Stones.
On a longtemps voulu faire des Beatles et des Rolling Stones les deux pôles irréconciliables de la grande explosion pop britannique : d’un côté les garçons propres sur eux de Liverpool, de l’autre les voyous londoniens nourris au blues, comme si l’histoire du rock avait besoin de ce genre de duel en carton-pâte pour tenir debout. La réalité, comme souvent, est plus intéressante que la légende. En septembre 1963, alors que les Stones cherchent encore le single qui leur permettra de sortir du rang, John Lennon et Paul McCartney leur offrent une chanson inachevée, bricolée au départ pour Ringo Starr : « I Wanna Be Your Man ». L’affaire se joue en quelques minutes, entre souvenirs contradictoires, taxi sur Charing Cross Road, club de Richmond ou répétition menée par Andrew Loog Oldham. Mais le résultat, lui, ne souffre guère la discussion : les Rolling Stones tiennent leur premier vrai succès, et Jagger comme Richards comprennent qu’il est possible d’écrire ses propres chansons plutôt que de se contenter de reprendre Chuck Berry ou Bo Diddley. Côté Beatles, le morceau rejoindra With the Beatles, chanté par Ringo avec l’énergie rudimentaire qu’il fallait. Une petite chanson, donc, presque jetable aux yeux de Lennon, mais un formidable accélérateur d’histoire : le genre d’anecdote minuscule qui, en vérité, déplace toute une plaque tectonique du rock anglais.
Il y a des annonces qui tiennent du simple casting prestigieux, et d’autres qui ouvrent immédiatement une brèche dans la grande mythologie du rock. La présence de Paul McCartney sur Foreign Tongues, nouvel album des Rolling Stones annoncé pour l’été 2026, appartient évidemment à la seconde catégorie. Car un ancien Beatle chez les Stones, ce n’est jamais seulement une ligne de communiqué destinée à affoler les amateurs de légendes britanniques. C’est tout un vieux roman qui se remet à parler : I Wanna Be Your Man offert en 1963, We Love You en 1967, les piques entre McCartney et Jagger, la fausse guerre montée par la presse, puis cette fraternité de musiciens qui, une fois les amplis branchés, a toujours été plus forte que les slogans. Après avoir joué de la basse sur Bite My Head Off, extrait de Hackney Diamonds, McCartney revient donc croiser la route de Mick Jagger, Keith Richards et Ronnie Wood. Et ce retour dit beaucoup plus qu’une nostalgie bien emballée : il raconte deux familles royales du rock anglais qui n’ont jamais cessé de s’observer, de se stimuler et, parfois, de se retrouver dans une même pièce pour faire ce qu’elles savent encore faire de mieux : du bruit, de l’histoire, et quelques miracles électriques.
On nous a appris à choisir un camp comme on choisit une équipe : les gentils Beatles contre les voyous Stones. Sauf qu’en coulisses, la légende du duel sonne surtout comme un scénario commode. Dans sa nouvelle vidéo, Vinyl_lillycommunity (portée par Lillyfrozy) fait exactement l’inverse : elle sort les disques, montre les labels, incline les pochettes, et aligne cinq scènes qui dézinguent le mythe à coups de preuves matérielles. Un taxi en 1963 et un cadeau signé Lennon–McCartney, un clin d’œil sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, la pochette lenticulaire de Their Satanic Majesties Request, la Mondovision d’« All You Need Is Love » où l’on aperçoit Mick Jagger, et ce détail délicieux : Brian Jones au sax sur une face B des Beatles. Le tout se referme sur un épilogue moderne avec Paul McCartney sur Hackney Diamonds. Ici, pas de guerre de chapelles : juste des passerelles, des crédits imprimés au centre d’un 45-tours, et cette sensation rare que l’histoire redevient tangible quand elle passe par l’objet. Si vous aimez les détails qui font basculer un récit, ouvrez la platine… puis la vidéo.
On peut écouter I Wanna Be Your Man comme un petit rock à la va-vite, trois accords, un refrain qui cogne, et passer à autre chose. Sauf que ce titre soi-disant “jetable” est une pièce à conviction : 1963, Londres bouillonne, les Beatles prennent de l’avance et commencent déjà à scruter la concurrence comme on regarde une carte d’état-major. Les Rolling Stones, eux, ne sont pas encore l’empire qu’ils deviendront : un gang de bluesmen, une attitude, une promesse, mais pas encore la machine à hits. Et voilà qu’une chanson signée Lennon/McCartney atterrit dans leurs mains, comme un coup de pouce… et une petite prise de pouvoir symbolique. McCartney raconte le geste comme une stratégie lucide et presque généreuse ; Lennon, lui, le résume comme un recyclage pratique d’un morceau “pas si important”. Entre les deux versions, on voit tout : l’ego, la scène, l’industrie, les calculs, la camaraderie sous tension. Et puis il y a le détail qui change la nature du “don” : les Beatles l’enregistrent aussi, avec Ringo au chant, comme s’ils aidaient tout en gardant la main. Une chanson mineure, peut-être. Un carrefour majeur, sûrement.
Été 1968, Londres. On célèbre Beggars Banquet, on s’attend à voir Mick Jagger régner sur une nuit faite de velours, de fumée et de calculs. Et puis Paul McCartney passe la porte, sans fracas, avec l’arme la plus dangereuse dans ce métier : une chanson encore tiède, pressée sur acétate. Quelques minutes plus tard, Hey Jude tourne sur la platine et la pièce bascule : la ballade intime devient un chant de stade, un final qui n’en finit pas, et tout le monde comprend que le pouvoir peut aussi s’exercer par la communion. Vraie scène ou légende magnifiée, l’épisode résume la rivalité Beatles/Rolling Stones : pas un duel simpliste entre gentils et voyous, mais une guerre froide de génie, faite de coups d’avance, de dettes et d’orgueil. De l’effet Ed Sullivan à I Wanna Be Your Man, de Sgt. Pepper à Let It Bleed, on suit comment les deux empires se sont poussés vers leur âge d’or — et pourquoi, un soir, Jagger a peut-être senti qu’on lui volait la couronne. Entre admiration contrariée et jalousie productive, l’histoire montre comment une simple chanson peut devenir une déclaration de guerre… et un carburant pour écrire plus grand.
On aime raconter le rock comme un match : les Beatles d’un côté, les Rolling Stones de l’autre, les gentils contre les voyous, la mélodie contre le blues. Sauf que derrière ce derby en noir et blanc, il y a surtout une zone grise, bien plus excitante : l’émulation. Un coup d’avance, une riposte, un emprunt déguisé en hommage… et parfois même un cadeau. Car oui : Lennon et McCartney ont offert une chanson aux Stones avant que Jagger/Richards ne deviennent une machine à tubes. De “I Wanna Be Your Man” au sitar de “Paint It Black”, de la psychédélie flamboyante de “She’s a Rainbow” jusqu’à la cathédrale pop de “You Can’t Always Get What You Want”, ce récit suit quatre moments où les Stones regardent les Beatles, sentent le vent tourner, puis traduisent l’idée dans leur propre langue — plus sombre, plus charnelle, plus nocturne. Pas un procès, encore moins un classement : une plongée dans la fabrique des années 60, quand deux géants se tiraient mutuellement vers le haut, à coups de studio-laboratoire, d’ego piqué et d’inventions sonores.












