The Inmates : le groupe de pub rock qui a joué les Beatles comme des rockers — Dirty Water, Vic Maile et le concert Meet the Beatles de la Villette (1987)

The Inmates : Dirty Water et le concert Meet the Beatles de 1987

Le 20 juin 1987, veille de la Fête de la musique, un groupe londonien monte sur une scène de la Villette, à Paris, pour un concert qui ne devait avoir lieu qu’une fois. Au programme, uniquement des chansons des Beatles. Pas les ballades, pas les grandes fresques psychédéliques, pas les hymnes que tout le monde attend : des faces B, des titres d’album oubliés, des rocks qu’on ne joue jamais en public, à l’exception de trois ou quatre classiques. Le groupe s’appelle The Inmates. Il ne vient pas de Liverpool mais du nord de Londres, il ne joue pas de pop mais du rhythm and blues à gros son, et rien dans son répertoire ne laissait supposer qu’il vénérait les Beatles. Le disque tiré de ce soir-là, The Inmates Meet the Beatles, est devenu l’un des albums de reprises des Beatles les plus singuliers jamais publiés, et l’un des plus français, puisque c’est en France qu’il a été commandé, enregistré, publié et célébré.

Cette page raconte l’histoire complète des Inmates, de leur naissance dans les pubs d’Islington en 1977 à leurs tournées européennes du XXIe siècle, en passant par leur unique succès américain, Dirty Water, leurs années de galère, leur adoption par le public français et ce concert de 1987. Elle prend surtout ce disque au sérieux pour ce qu’il révèle : jouées par un groupe de pub rock, les chansons des Beatles retrouvent le visage du groupe de Hambourg et du Cavern, celui d’avant les violons.

En bref

The Inmates sont un groupe de rhythm and blues londonien formé en 1977, issu des Flying Tigers et des Cannibals : Bill Hurley (chant), Peter Gunn, de son vrai nom Peter Staines (guitare, compositions), Tony Oliver (guitare), Ben Donnelly (basse) et, à la batterie, Jim Russell puis Eddie Edwards des Vibrators. Produit par Vic Maile, leur premier album First Offence (Radar, 1979) contient Dirty Water, reprise des Standells classée 51e au Billboard en janvier 1980, et The Walk, 36e au Royaume-Uni. Après Shot in the Dark (1980) et Heatwave in Alaska (1981), le groupe perd son contrat britannique et trouve refuge en France. Le 20 juin 1987, il donne à la Villette un concert unique de reprises des Beatles pour les vingt ans de Sgt. Pepper : onze titres sur le disque original, treize sur le CD, seize sur la réédition Riverside du 22 février 2002.

Qui sont les Inmates ? La réponse d’Islington au Dr. Feelgood

Une formation née de deux groupes de pub

Les Inmates naissent en 1977 à Londres, des cendres de deux formations du circuit des pubs : les Flying Tigers et les Cannibals. Le nom choisi, “les détenus”, dit déjà l’esthétique : des garçons en costume sombre, cheveux courts, qui jouent comme on purge une peine, sans fioritures ni solos interminables. On les surnommera plus tard “la réponse d’Islington au Dr. Feelgood”, en référence au quartier du nord de Londres où ils se produisent et au groupe de Canvey Island qui avait remis le rhythm and blues brut à la mode au milieu des années 1970.

La formation de base restera remarquablement stable pendant plus de quarante ans, ce qui est rarissime dans le rock britannique. Au chant, Bill Hurley, une voix rauque et puissante que la presse rapproche volontiers de celle de Mick Jagger. Aux guitares, Peter Gunn et Tony Oliver. À la basse, Ben Donnelly. Seul le poste de batteur bougera : Jim Russell tient les baguettes sur les premières tournées et les premiers albums, Paul Turner fait un bref passage, puis Eddie Edwards s’installe durablement. Edwards est aussi le batteur des Vibrators, l’un des groupes fondateurs du punk londonien de 1976, ce qui dit bien la porosité entre les deux scènes.

Peter Gunn, alias Peter Staines

Le guitariste et principal compositeur du groupe s’appelle en réalité Peter Staines. Son nom de scène vient de Peter Gunn, la série policière américaine de Blake Edwards (1958-1961), célèbre pour son thème musical d’Henry Mancini, l’un des riffs de guitare les plus repris de l’histoire du rock. Le choix est un manifeste : un nom de détective de série B pour un guitariste de série B au sens noble, celui des disques de genre faits vite et bien. Sur les pochettes et dans les crédits, ses compositions sont signées “P. Staines”. Il est l’auteur de l’essentiel des titres originaux des Inmates, de I Can’t Sleep à Dead Red Roses, et il publiera encore en 2022 un album sous son nom, Life Savings, avec un groupe baptisé The Neatbloods.

Tableau des membres

Musicien Rôle Période et remarques
Bill Hurley Chant Membre fondateur ; malade au début des années 1980, remplacé un temps par Barrie Masters, revient en 1987
Peter Gunn (Peter Staines) Guitare, compositions Membre fondateur, principal auteur du groupe
Tony Oliver Guitare Membre fondateur
Ben Donnelly Basse Membre fondateur, auteur de quelques titres
Jim Russell Batterie Premières tournées et premiers albums
Paul Turner Batterie Bref intérim
Eddie Edwards Batterie Batteur durable du groupe, également membre des Vibrators ; joue à la Villette en 1987
Barrie Masters Chant Chanteur d’Eddie and the Hot Rods, remplace Hurley au milieu des années 1980

Le pub rock, terreau des Inmates et miroir des débuts des Beatles

Une musique de pub contre la musique de stade

Pour comprendre les Inmates, il faut revenir au pub rock, ce courant britannique né au début des années 1970 en réaction aux excès du rock progressif et des concerts de stade. Pendant que les grands groupes de l’époque enregistrent des doubles albums conceptuels et se produisent dans des arènes, une génération de musiciens retourne dans les pubs londoniens, le Hope and Anchor à Islington, le Nashville Rooms, le Tally Ho à Kentish Town, pour jouer du rhythm and blues, du rock’n’roll et de la soul, vite, fort, au plus près du public. Brinsley Schwarz, le groupe de Nick Lowe, Ducks Deluxe, Kilburn and the High Roads d’Ian Dury, Eddie and the Hot Rods, et surtout le Dr. Feelgood de Lee Brilleaux et Wilko Johnson en sont les figures principales.

Le pub rock est à la fois une révolution et une restauration. Une révolution parce qu’il prépare directement l’explosion punk de 1976 : mêmes salles, mêmes circuits, même refus de la virtuosité, et une partie des mêmes musiciens. Une restauration parce que son répertoire puise dans celui que jouaient, quinze ans plus tôt, les groupes de la Mersey et du Hambourg des années 1960, à commencer par les Beatles. C’est là qu’apparaît la première clé de lecture du concert de 1987 : quand les Inmates reprennent les Beatles, ils ne vont pas chercher un groupe étranger à leur culture. Ils retrouvent un groupe qui, entre 1960 et 1963, faisait exactement ce qu’ils font eux-mêmes : jouer des reprises de rhythm and blues américain dans des caves enfumées, des heures durant, devant des publics qui dansent et qui boivent.

Hambourg, le Cavern et le Hope and Anchor

La comparaison n’est pas une figure de style. Les Beatles ont passé l’essentiel de leurs années de formation à jouer les chansons des autres : Chuck Berry, Little Richard, Carl Perkins, les Isley Brothers, les Shirelles, Arthur Alexander, Larry Williams. Leur audition chez Decca, le 1er janvier 1962, compte une majorité de reprises (voir Audition Decca des Beatles : les 15 chansons du 1er janvier 1962), leurs deux premiers albums en contiennent six chacun, et Beatles for Sale encore six en 1964 (voir Beatles For Sale : l’album de la fatigue et du génie). Les nuits de Hambourg, racontées dans notre article sur le retour de John Lennon de Hambourg en décembre 1960, sont l’équivalent exact des soirées de pub londoniennes de 1976 : un groupe qui apprend son métier en jouant fort, longtemps, pour un public qui ne fait pas de cadeau.

Les Inmates appartiennent à cette tradition d’artisans du rock, et c’est pour cela que leurs Beatles sonnent juste. Ils ne jouent pas les Beatles comme on joue un répertoire de musée ; ils les jouent comme les Beatles jouaient Chuck Berry.

Radar Records, la maison d’Elvis Costello et de Nick Lowe

Le premier album des Inmates paraît chez Radar Records, un label fondé en 1978 par Andrew Lauder et Martin Davis, deux anciens de United Artists, et distribué par WEA. Radar est la maison d’Elvis Costello et de Nick Lowe, qui y ont suivi leur manager Jake Riviera après le départ de celui-ci de Stiff Records, le label pionnier du pub rock et du punk fondé en 1976. Les Inmates se retrouvent donc dans le même catalogue que This Year’s Model et Armed Forces de Costello, ou que Jesus of Cool de Nick Lowe.

Le détail prend un relief particulier pour les amateurs des Beatles. Elvis Costello, l’artiste vedette de Radar, deviendra à partir de 1987, l’année même du concert des Inmates à la Villette, le coauteur de Paul McCartney : Veronica, My Brave Face, Pads, Paws and Claws, You Want Her Too naissent de cette collaboration. L’écurie qui avait accueilli les Inmates en 1979 fournit donc, huit ans plus tard, à un Beatle son partenaire d’écriture le plus marquant depuis Lennon. Le pub rock n’a jamais été aussi loin des Beatles qu’on le croit.

Vic Maile, l’ingénieur de Live at Leeds

Le producteur des Inmates est Vic Maile, né le 26 février 1943, l’un des techniciens les plus respectés de la scène rock britannique. Il commence comme ingénieur du son au studio mobile de Pye, où il travaille sur l’enregistrement de We Gotta Get Out of This Place des Animals ; il participe à la captation de Live at Leeds des Who (1970), travaille avec Jimi Hendrix, puis devient le producteur de référence du rock sans artifice : Dr. Feelgood, Girlschool, et surtout Motörhead, dont il produit Ace of Spades (1980) et l’album en public No Sleep ’til Hammersmith (1981), numéro un au Royaume-Uni.

Maile a une méthode : il produit à l’instinct, en musicien qui comprend le rock’n’roll, plutôt qu’en technicien qui lit des vumètres. Il capte un groupe comme il sonne sur scène, avec ses imperfections, et fait du studio un prolongement du pub. Il sera l’homme des Inmates pendant dix ans, de First Offence à Fast Forward, en passant par le concert de la Villette. Peter Gunn racontera que, peu avant sa mort, Maile lui avait confié considérer Shot in the Dark comme son meilleur travail. Vic Maile meurt d’un cancer le 11 juillet 1989, à 46 ans.

First Offence (1979) : Dirty Water, The Walk et le son des premiers Stones

Un premier album hors du temps

First Offence, “premier délit”, paraît en 1979 chez Radar au Royaume-Uni et chez Polydor aux États-Unis, produit par Vic Maile. Le titre file la métaphore carcérale du nom du groupe. La pochette semble sortie de 1965, et la musique aussi : guitares tranchantes, rythmique serrée, chant gouailleur, harmonica, une production sèche qui rappelle les premiers disques des Rolling Stones enregistrés aux studios Regent Sound. Le critique Everett True, dans Classic Rock, résumera l’esthétique du groupe par la formule “maximum R&B”, la devise que les Who avaient prise en 1964 : si le riff n’est pas là, la chanson n’est rien.

Le Trouser Press, guide de référence du rock new wave, décrit le son des Inmates comme un croisement des premiers Stones et du premier Dave Edmunds : pas d’originalité revendiquée, mais un rock’n’roll primitif joué avec conviction. C’est exactement le programme du disque, qui alterne compositions de Peter Gunn et reprises choisies avec soin.

Dirty Water, de Boston aux Inmates

Le titre phare de l’album est une reprise : Dirty Water, écrite par le producteur Ed Cobb et enregistrée en 1965 par les Standells, un groupe de Los Angeles. La chanson raconte, avec une ironie appuyée, l’amour d’un narrateur pour Boston et ses eaux sales, la Charles River en tête. L’original avait atteint la 11e place du Billboard en 1966 et deviendra au fil des décennies l’hymne officieux de la ville, joué après chaque victoire des Red Sox et des Bruins. C’est aussi un classique du garage rock américain, l’un des titres qui définissent ce genre fait de guitares saturées et de chant provocateur.

La version des Inmates durcit encore le morceau et devient leur seul succès américain : elle grimpe à la 51e place du Billboard Hot 100 en janvier 1980, portée par les radios rock et new wave de la côte Ouest comme KROQ à Los Angeles. Aux États-Unis, ce succès vaudra au groupe d’être classé, à tort, parmi les groupes punk britanniques, alors qu’il venait d’une tout autre tradition. On peut écouter la version originale du single de 1979 :

The Walk, 36e au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, c’est une autre reprise qui fait connaître le groupe : The Walk, un rhythm and blues de Jimmy McCracklin qui avait atteint la 5e place du classement rhythm and blues et la 7e du classement pop américain en 1958. La version des Inmates, publiée en 1979, entre au classement britannique et culmine à la 36e place ; elle se classe aussi, plus modestement, au 107e rang du classement pop américain. Elle devient une chanson omniprésente sur les radios britanniques de l’époque et restera un pilier des concerts du groupe, au point de figurer sur presque tous ses albums en public.

Les reprises : un manifeste

Le reste du disque est une petite encyclopédie du rock britannique et américain des années 1950 et 1960, choisie pour sa rudesse. Midnight to Six Man vient des Pretty Things, le groupe de Phil May et Dick Taylor, l’un des plus sauvages de la scène londonienne de 1965 et l’un des rares que les Stones eux-mêmes trouvaient trop sales. Jeanie Jeanie Jeanie est un rock d’Eddie Cochran. Free Time Loser vient de l’univers soul de Don Covay, Love Got Me d’Arthur Conley, I Can’t Stop (No No No) d’un répertoire soul plus obscur. Chaque reprise est une référence d’initié, et l’ensemble dessine une généalogie : le rhythm and blues noir américain, sa relecture britannique des années 1960, et sa redécouverte par les groupes de pub des années 1970.

Les compositions de Peter Gunn

Les titres signés Peter Staines, Mr. Unreliable, I Can’t Sleep, Jealousy, If Time Could Turn Backwards, Back in History, s’insèrent sans rupture entre les reprises. C’est leur qualité et leur limite : ils sonnent comme des standards de 1965 qu’on aurait oubliés, sans chercher à les dépasser. Back in History porte d’ailleurs un titre qui pourrait servir de devise au groupe. Ce refus de l’originalité est un choix esthétique assumé, comparable à celui du rockabilly revival de la même époque, des Stray Cats à Shakin’ Stevens : il ne s’agit pas d’inventer, mais de restituer une énergie.

Shot in the Dark (1980) : le disque préféré de Vic Maile

La confirmation, sans l’effet de surprise

Le deuxième album, Shot in the Dark, paraît en 1980, toujours produit par Vic Maile. Le groupe s’est entre-temps doté d’un batteur stable et a affiné son jeu sur scène. Le disque mélange à nouveau compositions originales et reprises : Talk Talk, rugissement garage de The Music Machine (1966) signé Sean Bonniwell ; So Much in Love, une chanson de Mick Jagger et Keith Richards que les Stones n’avaient jamais publiée eux-mêmes en 1964 et qu’ils avaient confiée à d’autres interprètes ; Some Kinda Wonderful, la soul de John Ellison popularisée par Soul Brothers Six ; Feeling Good de Junior Parker. Côté originaux, Peter Gunn signe Tell Me What’s Wrong, Waiting Game, Crime Don’t Pay, Sweet Rain, et Jim Russell Show You My Way.

La critique est partagée. Le Trouser Press trouve l’album sympathique mais trop impersonnel pour peser. Les auditeurs qui ont suivi le groupe depuis le début le jugent au contraire plus assuré que le premier, mieux équilibré entre originaux et reprises. Vic Maile, qui avait produit Motörhead et les Who, le considérait comme son meilleur travail, un jugement qui en dit long sur ce qu’il cherchait : la restitution intacte d’un groupe en train de jouer.

Le choix de So Much in Love mérite qu’on s’y arrête. En reprenant un titre des Stones resté dans l’ombre, les Inmates appliquent déjà la méthode qu’ils utiliseront sept ans plus tard avec les Beatles : aller chercher dans le catalogue d’un grand groupe des titres négligés, et les jouer comme s’ils étaient leurs.

Correctif factuel : Shot in the Dark n’a rien de “prémonitoire”

On a parfois présenté le titre du deuxième album, Shot in the Dark, comme une prémonition de l’assassinat de John Lennon, abattu le 8 décembre 1980 devant le Dakota. Il s’agit d’une coïncidence rétrospective, et d’une lecture qu’il vaut mieux abandonner. L’expression anglaise, littéralement “un coup de feu dans le noir”, signifie couramment “une tentative au hasard”, et elle évoque surtout pour un Britannique de 1980 A Shot in the Dark, la comédie de Blake Edwards de 1964 avec Peter Sellers en inspecteur Clouseau, mise en musique par Henry Mancini. Pour un groupe dont le guitariste a pris pour nom de scène celui d’un autre héros de Blake Edwards et Henry Mancini, Peter Gunn, l’allusion la plus plausible est celle-là, pas une prophétie.

Heatwave in Alaska (1981) : le disque de tous les problèmes

Un nouveau producteur, un nouveau son

Le troisième album, Heatwave in Alaska, sort en 1981 dans un contexte difficile. Radar Records est absorbé dans l’orbite de WEA, et le groupe se voit imposer un nouveau producteur à la place de Vic Maile : Stuart Coleman, l’homme qui a fait de Shakin’ Stevens une vedette du rockabilly revival, avec This Ole House et Green Door, numéros un britanniques en 1981. Le choix de la maison de disques est compréhensible sur le papier, puisque Coleman sait transformer le rock’n’roll rétro en tubes ; il est désastreux en pratique, parce que sa production propre et pimpante gomme exactement ce qui faisait la force des Inmates.

L’album n’est pourtant pas sans qualités. Il élargit la palette du groupe vers le rockabilly et la pop, avec des reprises de Holland-Dozier-Holland (Something About You, un succès des Four Tops), de Phil Everly (You Can Bet), de Bobby Womack (Remember I’ve Been Good to You) et même de Squeeze (On the Beat, de Chris Difford et Glenn Tilbrook), signe que le groupe suit attentivement la nouvelle pop britannique. Ben Donnelly y signe She’s Gone Rocking, qui deviendra un classique de scène. Mais l’ensemble manque de nerf, et les ventes ne suivent pas.

La fin du contrat britannique

Le bilan financier est sans appel : les ventes des deuxième et troisième albums n’ont pas confirmé le succès américain de Dirty Water, et le contrat n’est pas renouvelé. Pendant des décennies, Heatwave in Alaska restera le disque le plus difficile à trouver de la discographie du groupe. Ce n’est qu’avec le coffret de Cherry Red, The Albums 1979-82, réunissant les trois premiers albums avec huit titres bonus et un livret de vingt pages, que les trois disques de l’époque Radar redeviennent disponibles ensemble. Le titre du coffret, qui fait courir la période jusqu’en 1982, reflète d’ailleurs l’incertitude des sources sur la date exacte de parution de Heatwave in Alaska, donnée selon les cas en 1981 ou en 1982.

Bill Hurley malade

Au même moment, Bill Hurley tombe malade. Les sources anglophones restent pudiques sur la nature de ses problèmes de santé ; elles retiennent qu’il doit se retirer, épuisé, au début des années 1980. Pour un groupe dont la voix est la signature, c’est un coup dur. Les Inmates, sans maison de disques britannique et sans leur chanteur, auraient pu s’arrêter là. Ils vont au contraire trouver un second souffle, et c’est la France qui le leur offre.

Les années françaises : Lolita, Barrie Masters et New Rose

Pourquoi la France a adopté le pub rock

La France a entretenu avec le rhythm and blues britannique une relation particulière. Le Dr. Feelgood y a été très tôt un groupe culte, bien plus qu’aux États-Unis ; les labels indépendants parisiens du début des années 1980, Skydog, Lolita, puis New Rose, fondé en 1980 par Patrick Mathé et Louis Thévenon autour d’un magasin de disques de la rue Pierre-Sarrazin, ont publié et défendu des dizaines de groupes anglo-saxons oubliés dans leur propre pays. Le public français, de son côté, a toujours eu un goût marqué pour le rock’n’roll joué en concert, sans artifice, une tradition qui va des Chaussettes Noires aux Dogs de Rouen et aux Wampas.

Dans ce contexte, les Inmates trouvent en France un public fidèle et des maisons de disques prêtes à les publier. C’est une histoire assez fréquente dans le rock britannique de cette génération : des groupes devenus invisibles au Royaume-Uni continuent de remplir des salles à Paris, Lyon, Rennes ou Bordeaux. Notre site, qui suivait le groupe de près au début des années 2000, en a rendu compte dans plusieurs brèves, notamment lors de leur concert du 16 mars 2002 au Plan de Ris-Orangis (voir Inmates et Shakin’mates : la rencontre).

Barrie Masters au chant

En l’absence de Bill Hurley, les Inmates recrutent un chanteur prestigieux : Barrie Masters, la voix d’Eddie and the Hot Rods, le groupe de Southend qui avait connu le succès en 1977 avec Do Anything You Wanna Do. Masters est un chanteur de rock énergique, mais son timbre plus clair, moins rauque que celui de Hurley, oriente le groupe vers un son plus pop. Il quittera ensuite les Inmates pour reformer les Hot Rods, et Hurley reviendra en 1987, juste à temps pour le concert des Beatles.

True Live Stories et Five (1984)

Deux albums paraissent en 1984 chez le label français Lolita. True Live Stories est un disque en public enregistré par Vic Maile à The Venue, une salle londonienne ; il capte le groupe là où il est le meilleur, sur scène, avec The Walk, Dirty Water, Unchain My Heart de Ray Charles, Love Me Two Times des Doors et Get Out of Denver de Bob Seger. Sa pochette est l’une des plus réussies de leur discographie. Five, l’album studio, toujours produit par Maile, mêle compositions de Peter Gunn et de Ben Donnelly et reprises, dont (Just Like) Romeo and Juliet des Reflections. Les deux disques seront plus tard réunis sur un seul CD. Les ventes restent modestes, et le groupe se retrouve de nouveau sans contrat.

Une apparition dans le clip de Pipes of Peace ?

Une anecdote circule depuis longtemps chez les admirateurs français du groupe : Ben Donnelly et Tony Oliver auraient fait de la figuration dans le clip de Pipes of Peace de Paul McCartney, tourné fin 1983 et réalisé par Keith MacMillan, qui reconstitue la trêve de Noël 1914 entre soldats britanniques et allemands, McCartney y jouant les deux officiers. L’histoire est séduisante, puisqu’elle ferait croiser les Inmates et un Beatle quatre ans avant la Villette, mais nous n’en avons trouvé aucune confirmation dans les sources publiées sur le tournage ni dans les biographies du groupe. Elle doit être présentée comme un souvenir rapporté, non comme un fait établi. Les figurants de ce tournage étaient nombreux, et il n’est pas impossible que des musiciens londoniens s’y soient glissés pour un cachet.

20 juin 1987 : The Inmates Meet the Beatles à la Villette

1987, l’année où les Beatles reviennent

Le concert de la Villette ne tombe pas au hasard. L’année 1987 est celle du grand retour des Beatles dans l’actualité, dix-sept ans après leur séparation et sept ans après la mort de Lennon. Entre février et août 1987, EMI publie pour la première fois les albums britanniques originaux du groupe en disque compact, dans l’ordre chronologique : les quatre premiers en février, Help!, Rubber Soul et Revolver en avril, puis Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band le 1er juin 1987, jour exact de son vingtième anniversaire, accompagné d’un battage médiatique considérable. La télévision britannique diffuse le documentaire It Was Twenty Years Ago Today, qui reprend la première phrase de la chanson-titre. Partout, on célèbre l’album de 1967 comme le sommet de la pop. Sur l’héritage de ce disque, voir notre article Quand la pop devint une révolution : l’héritage planétaire de Sgt. Pepper.

Les anciens Beatles eux-mêmes sont alors en mouvement. Paul McCartney enregistre en juillet 1987, quelques semaines après le concert de la Villette, une série de reprises de rock’n’roll des années 1950 qui deviendra l’album CHOBA B CCCP, publié en URSS en 1988 (voir CHOBA B CCCP a 35 ans). George Harrison prépare Cloud Nine, qui paraîtra en novembre 1987. La coïncidence est frappante : au moment où un groupe de pub rock rend hommage aux Beatles en jouant leurs chansons comme des rocks bruts, McCartney lui-même retourne aux standards de sa jeunesse pour les jouer en une prise, à la manière d’un groupe de Hambourg.

La commande : célébrer Sgt. Pepper sans jouer Sgt. Pepper

Selon les notes de pochette reprises lors des rééditions, le projet naît au printemps 1987 à l’initiative d’organisateurs parisiens, avec le soutien du quotidien Libération, pour marquer les vingt ans de Sgt. Pepper. Parmi les idées envisagées, l’une est retenue : une “réconciliation impossible” entre les deux grands groupes britanniques des années 1960, les Rolling Stones et les Beatles, incarnée par un groupe imaginaire baptisé les Rolling Beatles. Il fallait une formation au son stonien pour jouer les Beatles. Les Inmates, dont le chanteur avait la gouaille de Jagger et dont tout le répertoire venait des premiers Stones, étaient le choix parfait.

L’idée des “Rolling Beatles” renvoie à une vieille dialectique du rock britannique, qui opposait dans la presse de 1964 les gentils Beatles et les méchants Stones, opposition largement fabriquée par les managers et démentie par l’amitié réelle des deux groupes (voir notre page sur les Rolling Stones). Le meilleur symbole de cette proximité est d’ailleurs l’une des chansons qui seront jouées ce soir-là, I Wanna Be Your Man, offerte par Lennon et McCartney aux Stones en septembre 1963.

Les Inmates acceptent la commande, alors que rien dans leur répertoire antérieur ne laisse supposer un culte particulier pour les Beatles. Ils choisissent une approche radicale : ne pas rejouer Sgt. Pepper, ne pas aligner les grands succès, mais construire un programme à partir de titres méconnus, principalement des faces B et des chansons d’album rock, en ajoutant seulement quelques classiques incontournables.

La veille de la Fête de la musique

Le concert a lieu le samedi 20 juin 1987 à la Villette, dans le nord-est de Paris, où le parc conçu par Bernard Tschumi s’ouvre alors progressivement au public et où le Zénith, inauguré en 1984, a fait du site un haut lieu des concerts parisiens. La date tombe la veille de la Fête de la musique, créée en 1982 par Jack Lang et Maurice Fleuret et célébrée chaque 21 juin. Le concert est enregistré par Vic Maile, fidèle au poste. Sur scène, la formation historique au complet : Bill Hurley, revenu au chant, Peter Gunn et Tony Oliver aux guitares, Ben Donnelly à la basse, Eddie Edwards à la batterie.

Un répertoire de faces B

Le choix des chansons est la vraie signature du disque. Sur les treize titres du CD original, on compte quatre faces B de singles (I’ll Get You, She’s a Woman, You Can’t Do That, I’m Down), quatre chansons d’album jamais publiées en single au Royaume-Uni à l’époque (Little Child, Back in the U.S.S.R., Birthday, I Saw Her Standing There), une chanson offerte aux Stones (I Wanna Be Your Man), la chanson-titre de l’album célébré (Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band) et seulement trois faces A (Day Tripper, We Can Work It Out, Get Back).

Ce programme dessine un portrait précis : celui des Beatles rockers. Les faces B des Beatles ont longtemps servi de laboratoire au rock le plus direct du groupe, souvent écrit par Lennon pour le plaisir de jouer. En les choisissant, les Inmates prennent le contre-pied de l’image dominante en 1987, celle d’un groupe d’orfèvres de studio, et rappellent que les Beatles furent d’abord un groupe de scène qui jouait fort. Voici chacune de ces chansons, dans l’ordre du disque, avec son histoire.

Little Child

Le concert s’ouvre sur Little Child, un rock de l’album With the Beatles, publié le 22 novembre 1963. La chanson, écrite par Lennon et McCartney à l’origine pour Ringo Starr, fut enregistrée les 11 et 12 septembre puis le 3 octobre 1963. Lennon y joue un harmonica rageur, McCartney un piano boogie. McCartney admettra plus tard qu’une phrase de la mélodie empruntait à Whistle My Love, une chanson d’Elton Hayes. C’est un titre de remplissage dans l’économie de l’album, et c’est précisément pour cela que les Inmates le choisissent en ouverture : un rock de deux minutes, sans prétention, avec un harmonica, qui sonne déjà comme un morceau de pub. Notre fiche détaillée : Little Child.

I’ll Get You

I’ll Get You est la face B de She Loves You, enregistrée le 1er juillet 1963, le même jour que la face A, et publiée le 23 août 1963. Son titre de travail était Get You in the End. Elle s’ouvre sur des “oh yeah” en harmonie qui annoncent le style vocal de l’époque, et elle fut l’une des chansons interprétées lors du passage des Beatles au Sunday Night at the London Palladium le 13 octobre 1963, soir de naissance médiatique de la Beatlemania. Face B d’un des singles les plus vendus de l’histoire britannique, elle a été entendue par des millions de personnes et presque jamais jouée par d’autres.

She’s a Woman

She’s a Woman est la face B d’I Feel Fine, publiée le 27 novembre 1964. McCartney l’écrit en partie dans la rue en allant aux studios d’Abbey Road, et elle est enregistrée le 8 octobre 1964. C’est l’un des rocks les plus durs du groupe à cette date, chanté par McCartney à la limite de la rupture, avec une guitare qui accentue les contretemps à la manière du ska. Lennon soulignera qu’on y glissait l’une des premières allusions aux drogues d’une chanson des Beatles, dans une formule sur le fait d’être “excité”. Les Inmates en font une version lourde, qui révèle le blues caché sous la mélodie.

You Can’t Do That

You Can’t Do That, face B de Can’t Buy Me Love publiée le 20 mars 1964, est l’une des grandes chansons de Lennon de la période. Elle est enregistrée le 25 février 1964, jour du 21e anniversaire de George Harrison, et c’est l’un des premiers titres sur lesquels Harrison utilise la Rickenbacker 360/12, la guitare électrique à douze cordes qu’il venait de recevoir aux États-Unis et qui allait définir le son de A Hard Day’s Night et, par ricochet, celui des Byrds. Lennon y tient la guitare solo, ce qui est rare. La chanson est une menace adressée à une petite amie volage, au ton nettement plus sombre que les singles de l’époque ; une séquence de concert du film A Hard Day’s Night qui la montrait fut coupée au montage. Sans la douze cordes, chez les Inmates, la chanson se révèle pour ce qu’elle est : un rhythm and blues de Chicago.

Day Tripper

Day Tripper est l’une des trois faces A du programme. Enregistrée le 16 octobre 1965, publiée le 3 décembre 1965 en double face A avec We Can Work It Out, le jour même de la sortie de Rubber Soul, elle repose sur l’un des riffs de guitare les plus célèbres des Beatles, que Lennon disait inspiré des riffs de rhythm and blues de l’époque. C’est un titre que tout groupe de pub rock pourrait avoir écrit, et que les Inmates jouent comme s’il leur appartenait. Le coffret récent consacré à Rubber Soul a d’ailleurs révélé une bande de travail de l’écriture de Day Tripper. Notre fiche : Day Tripper.

Back in the U.S.S.R.

Back in the U.S.S.R. ouvre le double album blanc de 1968. Enregistrée les 22 et 23 août 1968, elle a une histoire célèbre : Ringo Starr, exaspéré par l’ambiance des séances et persuadé de ne plus être à sa place, quitte le groupe le 22 août. Les trois autres enregistrent la chanson sans lui, McCartney à la batterie. Ringo reviendra le 3 septembre et trouvera sa batterie couverte de fleurs. La chanson elle-même est un pastiche, parodie à la fois du Back in the U.S.A. de Chuck Berry et des Beach Boys, que Mike Love, présent à Rishikesh au printemps 1968, avait encouragé McCartney à imiter. Les Inmates retrouvent la part de Chuck Berry en effaçant celle des Beach Boys.

We Can Work It Out

We Can Work It Out est l’autre face du single de décembre 1965. Enregistrée les 20 et 29 octobre 1965, elle associe un couplet optimiste de McCartney et un pont plus sombre de Lennon, passant à une mesure à trois temps à la manière d’une valse. Lennon y joue de l’harmonium, une couleur que le groupe ne peut pas reproduire à la Villette. C’est la chanson la moins rock du programme, et l’interprétation des Inmates montre que sa structure tient debout même dépouillée de son instrumentation de studio.

I Wanna Be Your Man

I Wanna Be Your Man est le cœur symbolique du concert. Le 10 septembre 1963, Lennon et McCartney croisent Andrew Loog Oldham, le manager des Rolling Stones, et terminent la chanson presque devant les Stones en répétition dans un club de Soho. Les Stones en font leur deuxième single, publié le 1er novembre 1963, qui atteint la 12e place britannique, avant même la sortie de la version des Beatles, chantée par Ringo sur With the Beatles le 22 novembre. Lennon la jugera plus tard “jetable”. Nous avons raconté cette histoire en détail dans Comment les Beatles ont offert leur premier tube aux Rolling Stones. Pour des “Rolling Beatles”, c’était la chanson obligatoire : une chanson des Beatles qui a d’abord été un disque des Stones. Les Inmates la jouent dans la version des Stones, saturée et urgente, plus que dans celle de Ringo. Ils la garderont à leur répertoire : une version en public figurera en bonus de la réédition de Fast Forward en 2002.

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

Impossible de célébrer les vingt ans de Sgt. Pepper sans en jouer au moins la chanson-titre. Les Inmates en retiennent la partie la plus rock, celle des guitares saturées et des cuivres, en à peine moins de deux minutes. L’original fut enregistré à partir du 1er février 1967 ; la chanson ouvre l’album paru le 26 mai 1967 au Royaume-Uni (officiellement le 1er juin). Dans un concert consacré aux Beatles rockers, elle sert de clin d’œil au prétexte de la soirée plus que de manifeste.

Birthday

Birthday, de l’album blanc, a été écrite et enregistrée en une seule journée, le 18 septembre 1968, avec une pause au milieu de la séance : les Beatles se rendirent chez McCartney, à quelques rues d’Abbey Road, pour regarder à la télévision le film The Girl Can’t Help It (1956), avec Little Richard, Fats Domino et Eddie Cochran, puis retournèrent terminer la chanson. C’est donc un rock né d’une soirée passée devant les pionniers du rock’n’roll, et l’on comprend pourquoi les Inmates l’ont choisie. Notre fiche : Birthday.

I Saw Her Standing There

Le disque original se referme sur I Saw Her Standing There, la chanson qui ouvre le premier album des Beatles, Please Please Me, enregistrée le 11 février 1963 lors de la célèbre séance marathon de dix heures. Son décompte “one, two, three, four” de McCartney, conservé au montage, est devenu l’une des introductions les plus célèbres du rock. La ligne de basse emprunte, de l’aveu de McCartney, à celle de Talkin’ ’bout You de Chuck Berry. Les Inmates la jouent comme une chanson de fin de concert, ce qu’elle a été pour les Beatles eux-mêmes en 1963. Notre fiche : I Saw Her Standing There.

Get Back

Premier des deux titres ajoutés sur la version CD, Get Back est le single d’avril 1969, enregistré en janvier pendant les séances qui deviendront Let It Be et jouée sur le toit de Savile Row le 30 janvier 1969. C’est la chanson du retour aux sources, née de la volonté de McCartney de redevenir un groupe qui joue ensemble, sans artifices. Le choix est logique pour un groupe qui n’a jamais fait autre chose. Notre fiche : Get Back.

I’m Down

Le second bonus du CD, I’m Down, est peut-être la plus belle réussite du disque, une version que les amateurs ont qualifiée d’atomique. La chanson, face B de Help! publiée le 23 juillet 1965, fut enregistrée le 14 juin 1965, le même jour que Yesterday et I’ve Just Seen a Face : McCartney passa en une journée de la ballade la plus reprise de l’histoire au hurlement le plus déchaîné de son répertoire. Écrite dans le style de Little Richard, idole de McCartney, elle remplaça Long Tall Sally en clôture des concerts de 1965 et 1966 ; au Shea Stadium, le 15 août 1965, Lennon y joua de l’orgue avec les coudes en riant. Une chanson de clôture, jouée en clôture, par un groupe qui en a fait son métier.

Ce que les Inmates ne jouent pas

L’absence la plus remarquable est celle des grandes ballades et des chansons psychédéliques. Pas de Yesterday, pas de Michelle, pas de Strawberry Fields Forever, pas de A Day in the Life, alors même que le concert célèbre l’album dont cette dernière est le sommet. Pas non plus de chanson de George Harrison. Ce n’est pas un oubli : c’est une thèse. Les Inmates jouent les Beatles qui pouvaient se jouer dans un pub, et laissent de côté ceux qui ont besoin d’un orchestre, d’un studio ou d’un sitar. Bien sûr, on ne retrouvera ni les harmonies vocales des Fab Four ni le carillon d’une Rickenbacker douze cordes branchée dans un amplificateur Vox. Mais on y entend autre chose : la colonne vertébrale rhythm and blues de chansons dont l’habillage de studio a fini par faire oublier l’ossature.

Le disque : The Inmates Meet the Beatles

L’édition originale de 1987

Le concert, mis en forme par Vic Maile, paraît en France dans la foulée, en 1987, sous le titre The Inmates Meet the Beatles, sous-titré Live in Paris. Le titre est un clin d’œil à Meet the Beatles!, le premier album américain du groupe publié par Capitol en janvier 1964 (voir notre article sur Meet the Beatles!). Le vinyle contient onze titres ; l’édition en CD en ajoute deux, Get Back et I’m Down. Selon le témoignage publié à l’époque sur notre site, quelques autres titres auraient été joués et enregistrés ce soir-là sans être retenus. Le disque est bien accueilli par la critique française et se vend correctement, avant de disparaître des bacs : les bandes maîtresses et même les éléments d’impression de la pochette se seraient égarés pendant des années.

Les rééditions de 2002

Les bandes retrouvées, le disque est réédité en CD par le label Riverside Records le 22 février 2002 (référence RRCD05, distribution BMG), dans une édition qui étend encore le programme. La notice de la Bibliothèque de la Ville de Paris, qui conserve un exemplaire de cette réédition, recense seize titres, dont Hey Jude, et précise l’enregistrement “en public à la Villette, Paris, le 20 juin 1987”, avec la formation Hurley, Oliver, Gunn, Donnelly et Edwards. Quelques mois plus tard, le 22 octobre 2002, l’album Fast Forward est à son tour réédité avec trois titres en public en bonus, dont une nouvelle version d’I Wanna Be Your Man. La place de Hey Jude dans l’histoire des Beatles est racontée dans Hey Jude, la chanson que John Lennon croyait écrite pour lui.

Correctif factuel : vingt ans de Sgt. Pepper, et une réédition de février 2002

Deux erreurs circulent sur ce disque. La première porte sur l’anniversaire célébré : le concert du 20 juin 1987 marque les vingt ans de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, paru le 1er juin 1967 (le 26 mai selon certaines sources britanniques), et non son vingt-cinquième anniversaire, qui tomberait en 1992. La seconde porte sur la date de la réédition : annoncée pour la fin septembre 2001, elle est finalement parue le 22 février 2002 chez Riverside Records, comme l’attestent la notice de la bibliothèque parisienne et l’annonce publiée ce jour-là. Enfin, le nombre de titres varie selon l’édition : onze sur le vinyle de 1987, treize sur le premier CD, seize sur la réédition de 2002.

Tableau : les chansons du concert et leurs originaux

Titre Parution originale des Beatles Statut Édition
Little Child With the Beatles, 22 nov. 1963 Titre d’album LP 1987
I’ll Get You 23 août 1963 Face B de She Loves You LP 1987
She’s a Woman 27 nov. 1964 Face B d’I Feel Fine LP 1987
You Can’t Do That 20 mars 1964 Face B de Can’t Buy Me Love LP 1987
Day Tripper 3 déc. 1965 Double face A LP 1987
Back in the U.S.S.R. The Beatles (album blanc), 22 nov. 1968 Titre d’album LP 1987
We Can Work It Out 3 déc. 1965 Double face A LP 1987
I Wanna Be Your Man With the Beatles, 22 nov. 1963 (Stones : 1er nov. 1963) Titre d’album, offert aux Stones LP 1987
Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band Sgt. Pepper, 1967 Chanson-titre LP 1987
Birthday The Beatles (album blanc), 22 nov. 1968 Titre d’album LP 1987
I Saw Her Standing There Please Please Me, 22 mars 1963 Titre d’album LP 1987
Get Back 11 avril 1969 Face A Bonus CD
I’m Down 23 juil. 1965 Face B de Help! Bonus CD
Hey Jude 30 août 1968 (UK) Face A Réédition 2002

Pourquoi les Beatles sonnent si bien en pub rock

Les Beatles, groupe de reprises avant d’être groupe d’auteurs

Il est facile d’oublier, à la lumière de Revolver ou d’Abbey Road, que les Beatles ont passé leurs années d’apprentissage à jouer les chansons des autres. Le répertoire du Cavern et de Hambourg, entre 1960 et 1962, est composé presque entièrement de reprises de rock’n’roll et de rhythm and blues américains, et leurs premières compositions, de I Saw Her Standing There à You Can’t Do That, sont écrites dans la grammaire de ces modèles. Lennon le disait sans détour : lui et McCartney essayaient d’écrire des chansons de Chuck Berry ou des Everly Brothers, avec leurs moyens.

Le concert de la Villette fait apparaître cette filiation avec une netteté que les disques originaux masquent parfois. Une fois retirées les harmonies vocales soignées, l’écho d’Abbey Road et l’élégance de la production de George Martin, il reste des riffs, des progressions de blues, des appels et des réponses, une pulsation qu’on peut jouer à cinq dans une salle. Les chansons choisies par les Inmates sont exactement celles où cette ossature est la plus visible. C’est pourquoi le disque intéresse autant l’amateur des Beatles que celui du pub rock : il fonctionne comme une radiographie.

Lennon et le rock le plus dur

Une majorité des titres retenus sont des chansons de Lennon ou des chansons où il domine : Little Child, I’ll Get You, You Can’t Do That, Day Tripper, I Wanna Be Your Man, en partie Birthday. Ce n’est pas un hasard. Lennon était le Beatle le plus attaché au rock’n’roll de ses quinze ans, celui qui enregistrera en 1975 un album entier de reprises, Rock ‘n’ Roll, et qui disait de Ticket to Ride qu’elle était l’un des premiers disques de heavy metal (voir pourquoi John Lennon tenait Ticket to Ride pour l’un des premiers disques de heavy metal). Les titres de McCartney retenus, She’s a Woman, Back in the U.S.S.R., I’m Down, Get Back, appartiennent quant à eux à sa veine Little Richard et Chuck Berry, celle du chanteur qui hurlait Long Tall Sally au Star-Club.

Les Stones comme filtre

Le principe des “Rolling Beatles” aboutit à une écoute étonnante : on y entend ce que les Beatles auraient pu être s’ils avaient suivi la voie des Stones, en restant un groupe de rhythm and blues au lieu de devenir un laboratoire de studio. La question n’est pas absurde : en 1963, les deux groupes jouent un répertoire voisin, fréquentent les mêmes clubs, se prêtent des chansons. C’est après 1965 que leurs chemins divergent. Le disque des Inmates propose une sorte d’histoire alternative, à la manière de la parodie des Rutles, mais sans humour : une version des Beatles où le studio n’aurait jamais pris le pouvoir. Pour une analyse de la relation entre les deux groupes au XXIe siècle, voir aussi notre article sur les classements 2026 de McCartney et des Rolling Stones.

Jouer les Beatles sans les imiter

Le disque pose aussi une question que tout musicien qui reprend les Beatles se pose : faut-il reproduire ou réinventer ? Les groupes hommage, dont le métier est de reproduire à l’identique, ont leur public. Les Inmates choisissent l’autre voie. Ils ne cherchent ni à imiter les voix ni à recréer les arrangements ; ils jouent les chansons dans leur propre langue. C’est la position que McCartney lui-même défend aujourd’hui quand il conseille à ses musiciens de ne pas rejouer les disques note pour note (voir ce que Paul McCartney a appris à Brian Ray sur l’art de jouer les Beatles). Et c’est la manière dont les Beatles eux-mêmes reprenaient Chuck Berry ou Carl Perkins : sans se soucier de fidélité. Pour une autre forme d’appropriation, plus française, on lira notre enquête sur les Beatles chantés en français, de Claude François à René Angélil.

Après 1987 : Fast Forward, New Rose et la longévité

Fast Forward (1989) et la mort de Vic Maile

Le concert de la Villette relance le groupe. Bill Hurley est revenu, la formation historique est réunie, et un septième album, Fast Forward, est enregistré pour Sonet, toujours avec Vic Maile. On y trouve des compositions de Peter Gunn (Move On, Dangerous Love, Caroline) et des reprises, dont Sweet Nuthin’s, le rockabilly de Ronnie Self popularisé par Brenda Lee, et Bad Influence de Robert Cray. Mais la sortie est chaotique : Vic Maile meurt le 11 juillet 1989, avant même la parution, et le disque arrive dans les magasins français bien après la tournée censée le promouvoir. La tournée est un succès, l’album introuvable, et Sonet jette l’éponge. Le disque sera réédité le 22 octobre 2002 avec trois titres bonus en public.

New Rose et Last Call : Inside Out et Wanted

Le groupe trouve alors refuge chez New Rose, le label indépendant parisien qui devient ensuite Last Call. Deux albums y paraissent. Inside Out (1991), produit par Richard Lightman, mêle originaux et reprises comme Rescue Me de Fontella Bass et Night and Day. Wanted (1993), produit par Pat Collier, ancien bassiste des Vibrators devenu producteur, est plus varié : on y entend Security d’Otis Redding, Paper Thin de John Hiatt, When I Was Young d’Eric Burdon et des Animals, Fire Down Below de Bob Seger, et des compositions de Peter Gunn parmi ses meilleures, Dead Red Roses et Jet Black Crow. Les deux disques confirment la maturité d’un groupe qui a cessé d’être un phénomène de mode pour devenir une institution du rhythm and blues européen.

Silverio et les albums en public

Silverio (1997), toujours produit par Pat Collier chez Last Call, prolonge cette veine avec des titres comme A Thing Called Love, Find Another Fool ou Heart of Stone, et un ultime Wait. Suit un album en public, The Heat of the Night, publié chez Wagram à la fin des années 1990 et enregistré en France, qui fait la synthèse de vingt ans de répertoire, de Dirty Water à Sweet Nuthin’s ; son édition japonaise comporte, comme souvent, des titres supplémentaires. Les sources divergent sur sa date exacte, 1997 ou 1999. Bill Hurley mène aussi des projets parallèles : dès 1985, il avait enregistré Double Agent chez Demon avec le guitariste Johnny Guitar, du Dr. Feelgood, et il enregistrera plus tard un album hommage à Elvis Presley, selon les témoignages des admirateurs du groupe.

Le coffret de 2017 et le XXIe siècle

Au XXIe siècle, les Inmates continuent de tourner, surtout en Europe continentale. En 2013, le groupe comptait encore quatre de ses membres d’origine. En 2017, le label Cherry Red publie le coffret The Albums 1979-82, qui réunit les trois albums de l’époque Radar avec huit titres bonus et un livret de vingt pages, l’occasion pour la presse britannique, qui les avait oubliés, de les redécouvrir : Everett True y salue dans Classic Rock une musique brutale et belle, destinée à ceux qui pensent que les Stones ont atteint leur sommet le jour où ils ont cessé de remplir leurs albums de reprises de blues. En 2022, Peter Gunn publie l’album Life Savings sous le nom de Peter Gunn and the Neatbloods. Quarante-cinq ans après le premier concert, l’histoire continue, à l’image de ce que résumait notre site en 2002 : se faire plaisir en faisant de la musique, tout simplement.

Discographie des Inmates

Année Album Type Label Production
1979 First Offence Studio Radar (UK), Polydor (US) Vic Maile
1980 Shot in the Dark Studio Radar Vic Maile
1981 Heatwave in Alaska Studio WEA Stuart Coleman
1984 True Live Stories Public (The Venue, Londres) Lolita (France) Vic Maile
1984 Five Studio Lolita (France) Vic Maile
1987 Meet the Beatles (Live in Paris) Public (Villette, 20 juin 1987) France ; réédition Riverside 2002 Vic Maile
1989 Fast Forward Studio Sonet Vic Maile
1991 Inside Out Studio New Rose Richard Lightman
1993 Wanted Studio New Rose Pat Collier
1997 Silverio Studio Last Call Pat Collier
1997-1999 The Heat of the Night Public (France) Wagram Pat Collier
2017 The Albums 1979-82 Coffret (3 albums + 8 bonus) Cherry Red —

Chronologie des Inmates

Date Événement
1965-1966 Les Standells enregistrent Dirty Water (11e au Billboard en 1966)
1977 Formation des Inmates à Londres, des Flying Tigers et des Cannibals
1978 Fondation de Radar Records
1979 First Offence ; The Walk 36e au Royaume-Uni
Janvier 1980 Dirty Water 51e au Billboard Hot 100
1980 Shot in the Dark
8 décembre 1980 Assassinat de John Lennon à New York
1981 Heatwave in Alaska, produit par Stuart Coleman ; fin du contrat britannique
Début des années 1980 Bill Hurley malade, remplacé par Barrie Masters
1984 True Live Stories et Five chez Lolita
1985 Double Agent, album de Bill Hurley et Johnny Guitar
1er juin 1987 Sgt. Pepper paraît en CD pour ses vingt ans
20 juin 1987 Concert The Inmates Meet the Beatles à la Villette, Paris
11 juillet 1989 Mort de Vic Maile ; Fast Forward paraît peu après
1991 Inside Out chez New Rose
1993 Wanted
1997 Silverio chez Last Call
22 février 2002 Réédition de Meet the Beatles chez Riverside (16 titres)
16 mars 2002 Concert au Plan de Ris-Orangis avec les Shakin’mates
22 octobre 2002 Réédition de Fast Forward avec trois titres en public
2017 Coffret The Albums 1979-82 chez Cherry Red
2022 Peter Gunn publie Life Savings avec The Neatbloods

Questions fréquentes sur les Inmates

Qui sont les Inmates ?

Un groupe de rhythm and blues et de pub rock londonien formé en 1977, autour de Bill Hurley (chant), Peter Gunn et Tony Oliver (guitares) et Ben Donnelly (basse), avec Eddie Edwards à la batterie.

Quel est le plus grand succès des Inmates ?

Leur reprise de Dirty Water des Standells, 51e au Billboard Hot 100 en janvier 1980. Au Royaume-Uni, leur reprise de The Walk de Jimmy McCracklin a atteint la 36e place en 1979.

Qu’est-ce que The Inmates Meet the Beatles ?

Un album de reprises des Beatles enregistré en public à la Villette, à Paris, le 20 juin 1987, pour les vingt ans de Sgt. Pepper, et produit par Vic Maile.

Quelles chansons des Beatles jouent les Inmates ?

Little Child, I’ll Get You, She’s a Woman, You Can’t Do That, Day Tripper, Back in the U.S.S.R., We Can Work It Out, I Wanna Be Your Man, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, Birthday et I Saw Her Standing There, plus Get Back et I’m Down sur le CD, et Hey Jude sur la réédition de 2002.

Pourquoi autant de faces B ?

Par choix : le groupe voulait montrer le visage rock des Beatles plutôt que leurs grands succès, en privilégiant des chansons rarement reprises comme I’ll Get You, She’s a Woman, You Can’t Do That ou I’m Down.

Qui a produit le disque ?

Vic Maile, producteur des Inmates de 1979 à 1989, connu pour son travail sur Live at Leeds des Who et Ace of Spades de Motörhead. Il est mort le 11 juillet 1989.

Le disque est-il encore disponible ?

Il a été réédité en CD par Riverside Records le 22 février 2002 dans une version de seize titres ; on le trouve aujourd’hui surtout d’occasion.

Peter Gunn est-il son vrai nom ?

Non, il s’appelle Peter Staines. Son nom de scène vient de la série télévisée Peter Gunn et de son célèbre thème d’Henry Mancini.

Pourquoi les Inmates sont-ils si populaires en France ?

Après la perte de leur contrat britannique, ils ont été publiés par des labels français, Lolita puis New Rose et Last Call, et ont trouvé un public fidèle dans un pays qui avait déjà adopté le Dr. Feelgood.

Ont-ils un lien direct avec les Beatles ?

Aucun lien personnel établi. Leur label de 1979, Radar, était celui d’Elvis Costello, futur coauteur de McCartney. L’apparition de deux membres dans le clip de Pipes of Peace, parfois évoquée, n’est pas documentée.

Glossaire

Pub rock : courant britannique du début des années 1970, joué dans les pubs londoniens, qui revient au rhythm and blues et au rock’n’roll et prépare le punk.

Rhythm and blues : musique populaire afro-américaine des années 1940 à 1960, socle du répertoire des Beatles, des Stones et des Inmates.

Face B : chanson placée au revers d’un 45 tours ; plusieurs grands rocks des Beatles ont paru en face B.

Double face A : single dont les deux chansons sont promues à égalité, comme Day Tripper et We Can Work It Out en 1965.

Garage rock : rock américain des années 1960 aux guitares saturées, dont Dirty Water des Standells est un classique.

Rolling Beatles : nom du concept du concert de 1987, imaginant une fusion entre Rolling Stones et Beatles.

Maximum R&B : devise des Who en 1964, reprise par la critique pour décrire le son des Inmates.

Pour aller plus loin : disques et livres

Le disque au cœur de cette page se cherche sous le titre The Inmates Meet the Beatles (Live in Paris). Pour découvrir le groupe à ses débuts, le plus simple est le coffret The Albums 1979-82, qui contient First Offence et Dirty Water, ou l’album First Offence seul.

Pour comparer avec les originaux, on réécoutera les faces B réunies sur Past Masters des Beatles, ainsi que With the Beatles et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Les curieux du pub rock iront vers Down by the Jetty du Dr. Feelgood, et ceux qui veulent entendre l’autre grand disque de reprises de 1987 écouteront CHOBA B CCCP de Paul McCartney. Pour lire : No Sleep Till Canvey Island de Will Birch, l’histoire de référence du pub rock, et The Complete Beatles Recording Sessions de Mark Lewisohn pour les dates d’enregistrement des chansons reprises.

Sources et références

Livres : Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions (1988) et The Complete Beatles Chronicle (1992) ; Ian MacDonald, Revolution in the Head (1994) ; Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now (1997) ; David Sheff, All We Are Saying (entretien Playboy de Lennon, 1980) ; Will Birch, No Sleep Till Canvey Island: The Great Pub Rock Revolution (2000) ; Ira Robbins (dir.), The Trouser Press Guide to New Wave Records.

Presse et notices : Everett True, recension de The Albums 1979-82, Classic Rock ; Vive le Rock, annonce de la réédition Cherry Red ; notice de la Bibliothèque de la Ville de Paris pour The Inmates Meet the Beatles: Live in Paris (Riverside RRCD05) ; Wikipédia anglophone (The Inmates, Vic Maile, The Walk, Dirty Water) ; archives de Yellow-Sub (brèves du 22 février, 15 mars, 2 septembre et 3 décembre 2002).

À lire aussi sur Yellow-Sub : l’annonce de la réédition de Meet the Beatles en 2002, la réédition de Fast Forward, l’hommage des Inmates sur Fast Forward, notre chronologie des Beatles en 1987 et notre page sur la compilation 1 des Beatles, autre manière, plus officielle, de choisir dans le catalogue du groupe.

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