Ringo Starr, l'artiste au-delà des Beatles : dossier encyclopédique
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YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 32

Ringo Starr en images : histoire des clips et films promotionnels de 1970 à 2026

De Sentimental Journey au clip autobiographique de Francesca Gregorini : six décennies de films, de réalisateurs, de mémoire et de création visuelle.

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Que racontent les films promotionnels de Ringo Starr sur sa manière de se montrer au public ? De la mise en scène orchestrale de Sentimental Journey en 1970 au voyage autobiographique de Long Long Road en 2026, les vidéos constituent un pan essentiel, mais souvent négligé, de son histoire visuelle. Elles font apparaître un chanteur de variétés, un personnage comique, un interprète entouré de ses amis, puis un témoin de sa propre mémoire. Leur étude exige de séparer la mise en scène, les photographies d’archives, les paroles, le montage et les contributions des réalisateurs.

Méthode : cette étude concerne les clips et films de promotion liés à sa carrière solo, et non l’ensemble des rôles de Starr au cinéma, étudiés dans la filmographie. Elle ne prétend pas recenser chaque vidéo mise en ligne, chaque variante de montage ni chaque captation de concert. Les crédits de réalisation ne sont donnés comme certains que lorsqu’une source suffisamment explicite les documente.

Pourquoi les clips de Ringo Starr relèvent aussi de l’histoire des arts visuels

Longtemps, les fans de Ringo Starr ont classé les supports audiovisuels sous trois rubriques commodes : filmographie, concerts filmés et télévision. Les clips promotionnels passent facilement entre les mailles de ce classement. Or ils possèdent une fonction singulière. Ils fabriquent une image du chanteur attachée à une chanson déterminée, dans un format court susceptible de circuler hors du spectacle et hors du disque. Ils peuvent reprendre l’esthétique d’une pochette, mettre en jeu une autre facette du personnage public, ou confronter un visage contemporain à une archive plus ancienne.

Leur importance est d’autant plus remarquable dans le cas de Ringo que sa persona publique associe depuis les Beatles le sens du rythme, l’humour, le goût des situations décalées et une certaine absence de solennité. Il serait pourtant erroné d’y voir une esthétique exclusivement inventée par lui. Une vidéo musicale réunit généralement plusieurs métiers : direction, photographie, décors, costumes, montage, éclairage, production et parfois animation. L’interprète peut inspirer, approuver ou orienter une conception sans pour autant avoir personnellement réalisé chaque image.

Pour l’archiviste, le document audiovisuel présente une difficulté supplémentaire : un film tourné en une année peut être diffusé plus tard à la télévision, remonté pour une compilation, puis publié sur une plateforme sous une date de mise en ligne sans rapport avec sa première présentation. La date du single, celle du tournage, celle du montage et celle de la publication numérique doivent donc rester distinctes.

1970 : Sentimental Journey, une scène de cabaret devenue film promotionnel

Le premier grand repère de ce parcours est Sentimental Journey, la chanson-titre de son premier album solo, publié au printemps 1970. Mark Lewisohn situe la préparation technique du film au 13 mars 1970, avec un mixage mono réalisé pour le tournage, puis la prise de vues au Talk of the Town de Londres, le 15 mars 1970. Ce lieu de spectacle donne la clef de la proposition : Ringo ne cherche pas à incarner immédiatement un héros rock. Il apparaît comme un chanteur de divertissement entouré d’un orchestre et d’un dispositif de scène volontairement démonstratif.

Le film fait intervenir l’orchestre du Talk of the Town, placé sous la direction musicale de George Martin, et les chanteuses Doris Troy, Madeline Bell et Marsha Hunt. Le décor évoque l’univers familial et populaire de Liverpool présent sur la pochette du disque. Cette correspondance entre la scène filmée et l’objet album permet de parler d’une identité visuelle construite : les images ne servent pas uniquement à montrer l’artiste qui chante, elles réinterprètent le projet de reprises de standards que représente Sentimental Journey.

Les filmographies consultables attribuent le film à Neil Aspinall et John Selwyn Gilbert. Les sources ne décrivent pas toujours leurs responsabilités de la même façon ; il est donc préférable de conserver leurs crédits sans inventer de répartition technique. Dans cette séquence, Starr est d’abord l’interprète au centre d’une scénographie. L’objet relève de la performance musicale filmée et de la promotion discographique, non d’un film réalisé par Starr lui-même.

1971–1972 : It Don’t Come Easy et Back Off Boogaloo, deux images de la liberté solo

Avec It Don’t Come Easy et Back Off Boogaloo, Ringo se détache des standards de son premier album pour défendre un répertoire solo plus proche du rock. Les films promotionnels associés à ces deux titres seront conservés et réédités dans le DVD de la compilation Photograph: The Very Best of Ringo Starr, en 2007. Leur présence dans cette édition constitue une confirmation matérielle particulièrement utile : des films dont la circulation télévisuelle avait été épisodique prennent place dans une anthologie audiovisuelle identifiée.

Le film de Back Off Boogaloo est particulièrement révélateur de l’humour visuel associé à Starr. Tourné en mars 1972 aux abords de Tittenhurst Park, l’ancienne résidence de John Lennon, il montre Ringo suivi d’une figure inspirée du monstre de Frankenstein. Plusieurs notices de discographie audiovisuelle attribuent sa réalisation à Tom Taylor. La proximité de l’imagerie fantastique, de la dérision et d’une chanson de rock énergique distingue cette proposition du grand décor de music-hall de Sentimental Journey.

Il faut néanmoins distinguer le personnage de Ringo, la personne qui a tourné la séquence et le dessinateur éventuel d’une pochette. Même lorsque la jaquette d’un 45 tours reprend une silhouette de créature cinématographique, la relation iconographique avec le film ne suffit pas à attribuer tous les visuels au musicien. Il s’agit d’un réseau d’images produites pour accompagner une chanson, où la continuité d’un motif compte autant que l’inventaire des auteurs.

1973–1974 : raconter une chanson et jouer avec sa propre image

La période de Ringo (1973) et de Goodnight Vienna (1974) constitue une autre étape de l’identité visuelle de Starr. Les clips et films promotionnels de You’re Sixteen et Only You (And You Alone) figurent parmi les documents réédités en 2007. Le disque bonus comprend également une publicité de Goodnight Vienna : elle n’a pas exactement le même statut qu’un clip de chanson, puisqu’elle sert directement à annoncer un album.

La distinction a une valeur historique. Un film de télévision, un fragment de programme musical, une publicité pour un album et une séquence conçue comme promotion d’un single ne sont pas des catégories parfaitement interchangeables. Les catalogues de 2007 reprennent parfois sous le mot générique « promo » des éléments de provenances et de fonctions diverses. Notre nomenclature évite de transformer cette pratique commerciale en typologie d’archives.

À cette époque, l’image publique de Ringo joue volontiers sur le décalage : le chanteur célèbre peut s’exposer dans un contexte presque parodique, comme un artiste qui ne tient pas à dissimuler la dimension ludique du spectacle. C’est une constante de sa personnalité médiatique, mais non une preuve qu’il contrôlerait seul la réalisation ou la direction artistique de tous les films où il apparaît.

1989 : Act Naturally avec Buck Owens, l’autodérision comme continuité

Le duo Act Naturally enregistré avec Buck Owens en 1989 représente un point d’équilibre particulièrement parlant. La chanson avait déjà accompagné les Beatles au milieu des années 1960 dans la voix de Ringo ; la rencontre avec la star américaine du country-western ramène donc le musicien vers un de ses univers favoris. Le clip associé au duo est l’un des sept documents inclus dans l’édition DVD de 2007.

Le choix visuel du duo fait écho à une manière ancienne de se présenter : Ringo assume le personnage sympathique, capable de jouer avec sa notoriété et avec les conventions du spectacle. En regard de Sentimental Journey, l’écart est instructif. Vingt ans séparent les deux œuvres, et pourtant les mêmes éléments de communication subsistent : une familiarité délibérée, le goût du costume ou du jeu, et la proximité avec des répertoires antérieurs au rock des Beatles.

Une notice complète du clip devrait relever le générique filmique, la durée exacte, la société de production, les différents supports de diffusion et les variantes de montage. Le DVD de 2007 atteste la présence d’un film promotionnel associé à la chanson ; il ne suffit pas à lui seul à reconstituer toutes les étapes de la réalisation originale.

2007 : Photograph, la compilation qui devient une archive vidéo

La compilation Photograph: The Very Best of Ringo Starr apparaît en 2007 dans plusieurs formats. L’édition collector CD et DVD présente un intérêt particulier pour l’historien des images : un communiqué Capitol/EMI annonce sept films ou séquences promotionnelles auparavant indisponibles dans cette collection sur DVD. Les descriptifs contemporains mentionnent Sentimental Journey (1970), It Don’t Come Easy (1971), Back Off Boogaloo (1972), You’re Sixteen (1973), Only You (1974), Act Naturally avec Buck Owens (1989) et une publicité liée à Goodnight Vienna (1974).

Ce sont sept entrées éditoriales, pas forcément sept clips au sens moderne. La publicité Goodnight Vienna illustre justement les limites d’un classement fondé sur un seul mot. Pour les chercheurs, la mention du contenu dans un communiqué d’époque, la présence des titres au verso de l’édition et le numéro de catalogue constituent de meilleures preuves qu’une liste de vidéos répliquée sans crédits sur Internet.

La réédition rend visibles des films qu’une histoire du disque aurait facilement laissés de côté. Elle rappelle aussi que la carrière filmée de Ringo ne commence pas avec les plateformes numériques. Le passage du programme télévisé au DVD, puis à la vidéo en ligne, est une histoire des supports aussi importante que l’évolution des coiffures ou des décors.

2020 : Here’s to the Nights, un rassemblement d’amis en images

En décembre 2020, Ringo présente Here’s to the Nights, composé par Diane Warren, avec la participation vocale d’une impressionnante assemblée d’artistes, dont Paul McCartney, Joe Walsh, Dave Grohl, Sheryl Crow, Lenny Kravitz, Ben Harper et d’autres. Son communiqué officiel du 16 décembre 2020 annonce une vidéo pour le vendredi 18 décembre. Cette information documente la stratégie de publication : le single d’abord, la rencontre audiovisuelle quelques jours plus tard.

Le dispositif s’inscrit dans le contexte d’une année marquée par la distance sociale et la difficulté des réunions collectives. La force de l’image est alors moins de mettre en scène une fiction autonome que de rendre visible une communauté musicale dispersée. Pour l’archiviste, il faudra néanmoins éviter de faire coïncider mécaniquement tous les visages apparaissant dans un film avec la liste des personnes présentes lors de l’enregistrement sonore. Une session, un montage et une participation vidéo peuvent recouvrir des interventions différentes.

La période marque également une transformation du langage promotionnel de Starr : le clip, désormais conçu pour une sortie sur les plateformes, accompagne très directement un message public d’amitié et de solidarité.

2021 : Let’s Change the World, un clip conçu avec Kids In The Spotlight

L’un des épisodes les mieux documentés de la période récente concerne Let’s Change the World, tiré de l’EP Change the World. Le communiqué officiel publié en septembre 2021 présente une collaboration avec l’association américaine Kids In The Spotlight (KITS), qui accompagne des jeunes passés par le placement et leur permet de raconter leurs histoires à travers le cinéma.

Cette fois, les jeunes participants ne constituent pas simplement des figurants. Les sources officielles décrivent leur implication dans des discussions préparatoires en visioconférence avec Starr, dans des propositions de mise en scène et sur le tournage lui-même. Certains ont pu observer ou contribuer aux différents postes techniques, de l’éclairage à la photographie et à la direction. Les prises de vues ont notamment eu lieu à Los Angeles, près de la sculpture de Ringo consacrée à la paix, ainsi qu’aux studios Standard Vision à Glendale.

Le projet possède donc une double dimension. La chanson porte un message environnemental et social ; la production du film met réellement à contribution des jeunes dont l’association cherche à développer les compétences narratives et cinématographiques. Ce n’est pas une simple métaphore de l’engagement. La collaboration documentée appartient aussi à l’histoire de la fabrication du clip.

Dans son annonce, Ringo explique vouloir travailler avec des enfants et des jeunes parce qu’ils représentent l’avenir, insistant sur le droit à l’eau propre, à l’air respirable et à une planète laissée dans un meilleur état. Nous résumons ici le propos de l’artiste, sans transformer le clip en œuvre intégralement réalisée par les participants ni lui prêter des statistiques d’impact social que les sources ne fournissent pas.

La vidéo musicale, le lyric video et le visualizer : trois formats à ne pas confondre

Les années 2020 introduisent une difficulté bibliographique nouvelle. Sur le site officiel de Starr, les contenus sont identifiés comme Official Music Video, Official Lyric Video ou Official Visualizer. Ces trois désignations ne devraient pas être rassemblées sous le terme de « clip » sans explication. La première suggère un film audiovisuel autonome ; la deuxième désigne un support où l’écriture des paroles fait partie de l’expérience graphique ; la troisième accompagne la musique par une proposition visuelle qui peut être animée, abstraite ou minimaliste.

Le répertoire officiel fournit plusieurs exemples : Rewind Forward apparaît en « lyric video », tout comme Time On My Hands et Thankful en 2024 ; It’s Been Too Long est identifié en mars 2026 comme un « official visualizer ». La catégorie reflète la description de l’éditeur au moment de la consultation, mais elle n’autorise pas à déduire automatiquement les techniques utilisées dans chaque séquence. Un livre de cinéma sérieux conserve ces mots comme données de la publication et en examine ensuite la réalité visuelle.

Le même principe s’applique aux supports physiques : une bande filmée pour la promotion d’un disque en 1972 et numérisée cinquante ans plus tard ne devient pas un clip « créé en 2022 » parce que sa copie a été mise en ligne à cette date. La conservation de l’histoire passe par une séparation méthodique entre création, réédition, remasterisation et mise à disposition.

2024 : Gonna Need Someone, Nick Valensi et le réalisateur Johann Rashid

Le 26 avril 2024, à l’occasion de la diffusion numérique de l’EP Crooked Boy, le site officiel de Ringo publie des crédits précis pour le clip de Gonna Need Someone. Le morceau est signé et produit par Linda Perry, comme les autres titres de l’EP, tandis que le film réunit Ringo et le guitariste Nick Valensi. La réalisation est attribuée à Johann Rashid, la production à Nick Ventura, la conception créative à Peter Savieri, avec une photographie additionnelle de Sophie Hur et Nick Ventura.

Le communiqué précise que le film assemble des images nouvelles et des séquences issues des archives personnelles de Ringo. Ce montage est une étape importante dans l’évolution de sa représentation. Le clip ne se contente plus de présenter un artiste devant la caméra : il mobilise le passé filmé du musicien pour mettre en relation le présent de l’interprétation et la profondeur d’une carrière longue de plusieurs décennies.

Cette pratique doit être distinguée des livres photographiques de Ringo. Une image d’archive exploitée dans un clip peut provenir d’une collection personnelle sans avoir été prise par le propriétaire de cette collection. L’appartenance à « ses archives » ne vaut pas attribution de la photographie ou du plan de cinéma. Le présent chapitre complète donc les études consacrées aux fonds, négatifs et tirages du musicien, mais ne se substitue pas à leur enquête de provenance.

Le même communiqué indique que la présentation de l’EP a été accompagnée d’une exposition de photographies associée à l’image de couverture réalisée par Harry Benson. Vidéo, pochette, photographie d’exposition et disque physique forment ainsi un ensemble promotionnel cohérent, sans constituer pour autant une œuvre exécutée par un seul auteur.

2025 : Look Up et le symbole humain de Peace and Love

Le 10 janvier 2025, la sortie de l’album country Look Up, produit et coréalisé par T Bone Burnett, s’accompagne d’une vidéo de la chanson-titre. Le communiqué publié sur le site officiel des Beatles attribue la réalisation à Wyndham Garnett. Il décrit Ringo chantant en plein air, tandis que des personnes de différentes générations se rassemblent dans un champ et composent, vues du ciel, un gigantesque signe de paix humain.

Le choix de la vue aérienne n’est pas anecdotique : un symbole que Ringo dessine depuis longtemps avec ses mains devient une composition collective à l’échelle du paysage. Le spectateur passe du geste personnel à une forme graphique produite par une assemblée. La vidéo fabrique littéralement une image de « Peace and Love » à partir des corps des participants, et non plus seulement à partir d’un mot, d’un logo ou d’un objet.

Le rôle du réalisateur est ici déterminant. Les sources attribuent explicitement l’idée mise en images et sa mise en scène à une équipe de production. L’engagement de Starr dans la diffusion du message peut être étudié sans en faire, contre les crédits, l’auteur unique de l’objet filmique. Cette précision prolonge le fil conducteur de toute l’encyclopédie : reconnaître le travail des créateurs qui entourent Ringo pour comprendre sa place exacte dans chaque projet.

2026 : Long Long Road, Francesca Gregorini et la route des images privées

Le 24 avril 2026, Ringo Starr publie Long Long Road, son nouvel album réalisé dans la continuité du travail avec T Bone Burnett. Le film de la chanson-titre est confié à Francesca Gregorini, présentée dans le communiqué officiel comme la belle-fille de Starr. La musique réunit notamment la voix principale de Ringo et celles de Sheryl Crow et Daniel Tashian, tandis que la vidéo adopte un dispositif autobiographique : Starr traverse en voiture différents paysages associés à son existence.

Le récit avance à travers les époques. Les images se rapportent à Liverpool, aux premiers groupes, à la célébrité des Beatles, puis au parcours solo et familial. Le communiqué précise que le film utilise des photographies personnelles, dont certaines n’avaient pas encore été rendues publiques. Il signale également l’utilisation de nouvelles technologies, sans publier dans cette annonce l’inventaire technique détaillé de chaque traitement d’image.

Cette dernière nuance est importante. Le communiqué ne précise pas la nature exacte de chaque effet ; en revanche, la description de la vidéo officielle mise en ligne le 24 avril 2026 fournit un générique technique particulièrement riche. Il devient donc possible d’identifier plusieurs responsabilités sans transformer la formule « nouvelles technologies » en affirmation gratuite concernant une méthode d’intelligence artificielle utilisée dans tel ou tel plan.

Un véritable générique de cinéma pour un film musical de quatre minutes

La chaîne officielle de Ringo Starr crédite Francesca Gregorini à la réalisation, Ryan Gall et Frederick Jacobi à la production, et ce dernier à la direction de la photographie. Le montage est signé Megan Marie Connolly. Le même générique mentionne un opérateur caméra Super 8, Ryan Gall, ainsi que des fonctions de lumière et de machinerie. Ces informations constituent un complément documentaire précieux à l’annonce du label : le clip mêle un travail contemporain de tournage et de postproduction à l’utilisation d’images du passé.

Le générique officiel détaille aussi les effets visuels : Fernando Rodriguez est crédité comme responsable des VFX et de l’étalonnage ; Brian Epps, Mowgly Lee et Mikey Santos figurent parmi les artistes VFX. Les sociétés C.1985 et Dyad sont associées aux effets et à la postproduction, tandis que les sociétés de production annoncées sont Crooked Highways, Asteria et Rosevalentine. Ces attributions démontrent l’intervention d’une équipe visuelle identifiable. Elles ne décrivent cependant pas, plan par plan, les techniques spécifiques mises en œuvre. Il serait donc abusif de conclure qu’une photographie particulière a été générée, restaurée ou animée au moyen d’un système donné sans déclaration technique complémentaire.

Photographes, ayants droit et témoins dans les crédits de fin

La notice officielle remercie notamment Henry Diltz, photographe qui a documenté plusieurs périodes de la musique américaine, ainsi que Paul McCartney, Olivia et Dhani Harrison, Sean et Yoko Ono Lennon, Barbara Bach Starkey et d’autres personnes et organismes. Getty Images est également mentionné. Ces noms montrent l’ampleur des collaborations sollicitées autour d’un film rétrospectif, mais leur présence sous une formule de remerciement ne permet pas de décider à elle seule qui a fourni quel négatif ni quels droits d’exploitation ont été négociés.

Pour une notice raisonnée, cette distinction est fondamentale : un remerciement ne remplace pas un crédit de photographe, un lien de parenté n’établit pas un droit de reproduction et une archive « personnelle » n’est pas nécessairement une image prise par son propriétaire. Les fragments visuels de la mémoire des Beatles peuvent être conservés chez leurs sujets, leurs familles, des agences ou des photographes indépendants. Seuls les cartons de crédits, les archives de production et les documents de droits permettraient de reconstruire entièrement cette généalogie.

La présence de Gregorini à la réalisation donne une signification supplémentaire au projet, mais la lecture biographique doit rester mesurée. Le lien familial est établi ; les décisions esthétiques particulières qu’aurait prises telle ou telle personne ne peuvent se déduire du seul lien de parenté. Pour l’historien, l’intérêt principal réside dans le passage de l’image privée au récit public : le musicien met à disposition des fragments de son histoire visuelle pour construire une œuvre promotionnelle nouvelle.

De Photograph à Long Long Road : une histoire en miroir

Le rapprochement entre Photograph et Long Long Road est particulièrement fécond. Le titre de 1973, composé par Ringo Starr et George Harrison, évoque déjà la capacité d’une photographie à fixer une absence. En 2007, ce titre sert de bannière à une compilation accompagnée d’archives filmées. En 2026, un clip dessine une biographie à partir de photographies et de scènes retrouvées. Rien ne permet d’affirmer que la vidéo la plus récente ait été intentionnellement conçue comme un hommage à la compilation de 2007 ; ce parallèle reste une proposition critique, non un fait de production établi.

Il éclaire pourtant la transformation du rapport à l’archive. Dans les années 1970, les films montrent surtout le Ringo contemporain de la chanson. À partir des années 2000, les rééditions rendent le passé visible comme patrimoine. Les vidéos de 2024 et 2026 emploient ce patrimoine comme un matériau pour créer de nouvelles histoires visuelles. Ringo n’apparaît plus seulement devant l’objectif ; son existence passée devient elle-même un élément de montage.

Comment établir un catalogue raisonné des clips de Ringo Starr

Une discographie ne suffit pas à construire une vidéographie. Le premier niveau est celui de l’œuvre audiovisuelle : titre, chanson associée, fonction promotionnelle, année de réalisation documentée, réalisateur, société de production, durée et principaux participants. Le second est celui de ses versions : montages alternatifs, cartons de début ou de fin, restaurations, changements de format, différences de bande-son. Le troisième est celui de ses manifestations : diffusion télévisée, bobine conservée dans une archive, cassette de promotion, DVD commercial, flux en ligne et éventuelle réédition.

Chaque notice devrait également préciser le type de preuve : générique vu sur la copie, communiqué original du label, catalogue de DVD, fiche d’archive, entretien avec le réalisateur, témoignage ou simple référencement communautaire. Les sources ne possèdent pas toutes le même degré de certitude, surtout pour les films des années 1970 dont les crédits circulent parfois sous des formes contradictoires.

Il faut enfin renoncer à l’idée que toute vidéo disponible sur une plateforme constitue un objet officiel. Les montages de fans peuvent assembler une bande-son commerciale et des images d’époques différentes. Une captation de télévision sans autorisation peut être présentée comme clip officiel par la personne qui la publie. La présence sur le site de Starr, l’éditeur du disque et l’identification de la chaîne de diffusion offrent des indices autrement plus solides.

Ringo réalisateur, Ringo interprète, Ringo personnage : trois métiers et trois archives

Dans ce dossier, Starr est également étudié comme réalisateur à propos de Born to Boogie, son film consacré à Marc Bolan et T. Rex. Cette activité ne doit pas être confondue avec le fait d’apparaître dans ses propres films promotionnels. Un musicien qui interprète son rôle devant la caméra n’est pas nécessairement le metteur en scène. Inversement, la participation à la conception d’un scénario ou à la sélection d’archives peut lui donner un rôle créatif substantiel sans qu’il figure au générique en tant que réalisateur.

La différence entre ces responsabilités aide à relier les sections de l’encyclopédie consacrées à la photographie, à la création des pochettes et aux archives personnelles. Dans chacun de ces domaines, la célébrité du sujet tend parfois à masquer le nom de celles et ceux qui fabriquent l’image. Une enquête attentive fait exactement l’inverse : elle restitue la chaîne des collaborations et permet d’apprécier la continuité de l’imaginaire de Ringo sans inventer une signature unique là où plusieurs artistes ont travaillé.

Conclusion : soixante ans d’images, une carrière qui se raconte au présent

Le parcours de Sentimental Journey à Long Long Road révèle moins un style visuel homogène qu’une manière durable de jouer avec le personnage public de Ringo Starr. Le cabaret de 1970, le monstre humoristique de 1972, le duo country de 1989, les films collectifs des années 2020 et la route autobiographique de 2026 présentent des registres très différents. Leur point commun tient à une disponibilité : Starr accepte que sa musique prenne une seconde vie dans les images et que son passé devienne un matériau d’expression pour d’autres créateurs.

La véritable histoire visuelle d’un ancien Beatle n’est donc pas l’addition de « clips officiels » trouvés en ligne. Elle résulte du travail sur les versions, les génériques, les dates et les supports. C’est à cette condition que l’on peut faire passer des fragments de promotion musicale au statut de documents historiques.

Sources et documents de référence

Ringo Starr, chaîne YouTube officielle, « Ringo Starr – Long Long Road (Official Music Video) », 24 avril 2026. Le générique publié avec la vidéo documente les fonctions de réalisation, photographie, production, montage, effets visuels, étalonnage et postproduction, ainsi que les remerciements des ayants droit et collaborateurs. Vidéo et crédits : https://www.youtube.com/watch?v=33Ql4L4G0Jw

Capitol/EMI Music Catalog Marketing, communiqué de l’édition Photograph: The Very Best of Ringo Starr, juin 2007, sept éléments audiovisuels du DVD collector et leurs années : https://www.emol.org/music/artists/ringostarr/emicatalog.html

Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle, chapitre de mars 1970 : travail préparatoire du 13 mars et tournage de Sentimental Journey le 15 mars au Talk of the Town (référence bibliographique imprimée ; l’extrait est consultable dans l’ouvrage).

RingoStarr.com, « Ringo Starr Releases Here’s To The Nights », 16 décembre 2020, annonce du clip du 18 décembre : https://www.ringostarr.com/ringo-starr-releases-heres-nights-all-starr-single-forthcoming-ep-zoom/

RingoStarr.com, « Ringo Starr Puts Kids At The Center Of His New Video By Collaborating With Kids In The Spotlight », septembre 2021, modalités de participation de KITS et lieux de tournage : https://www.ringostarr.com/ringo-starr-puts-kids-center-his-new-video-collaborating-kids-spotlight/

The Beatles, « Let’s Change The World – Ringo’s Brand New Music Video », 4 octobre 2021 : https://www.thebeatles.com/lets-change-world-ringos-brand-new-music-video

RingoStarr.com, « Ringo Starr’s Crooked Boy Now Available Digitally », 26 avril 2024, crédits du clip Gonna Need Someone : https://www.ringostarr.com/ringo-starrs-crooked-boy-now-available-digitally/

The Beatles, « Introducing Look Up – A New Album From Ringo Starr », 10 janvier 2025, description du clip et attribution à Wyndham Garnett : https://www.thebeatles.com/introducing-look-new-album-ringo-starr

RingoStarr.com, « Ringo Starr Brings Us Along On His Musical Journey On Long Long Road », 24 avril 2026, Francesca Gregorini, archives privées et conception du clip : https://www.ringostarr.com/ringo-starr-brings-us-along-on-his-musical-journey-on-long-long-road/

RingoStarr.com, vidéothèque officielle, consultation octobre 2026, nomenclature des vidéos, lyric videos et visualizers : https://www.ringostarr.com/videos/

EMI, édition collector de Photograph, catalogue Capitol/EMI, 2007. Les éléments physiques (DVD, livret, variations de montage) restent à confronter à un exemplaire examiné avant de publier un catalogue filmographique définitif.

Yellow-Sub · Encyclopédie Ringo Starr

L’artiste au-delà des Beatles

← Présentation du dossier

  1. 01Présentation du dossier
  2. 02Photographe des Beatles
  3. 03Archives photographiques
  4. 04Postcards from the Boys
  5. 05Photograph (2013–2015)
  6. 06Another Day in the Life
  7. 07Peintre et artiste numérique
  8. 08Art numérique et NFT
  9. 09Starr Art : expositions
  10. 10Tirages et collection
  11. 11Lotus Foundation
  12. 12Catalogue des œuvres
  13. 13Pochettes (1970–1981)
  14. 14Pochettes (1983–2026)
  15. 15My Faces : les œuvres de 2005
  16. 16Les douze peintures originales de 2025
  17. 17Sculptures : Drums for Peace et Peace and Love
  18. 18Estampes et œuvres graphiques (2007–2024)
  19. 19Peaux de batterie, guitares et objets signés
  20. 20Painting Is My Madness : les livres d’art
  21. 21Photographie : expositions et réception critique
  22. 22Catalogues photographiques : 32 notices (2013–2024)
  23. 23Photograph Portfolio 2018
  24. 24Photograph Portfolio 2017 : les douze clichés
  25. 25Tobago 1966 : photographies et archives
  26. 26Lifted (2022) : photographies retrouvées
  27. 27Beats & Threads (2023) : instruments et costumes
  28. 28Catalogue raisonné : 52 références (2013–2024)
  29. 29Ringo cinéaste : Born to Boogie (1972)
  30. 30Ringo et Barbara Bach : vente Julien’s Auctions (2015)
  31. 31Octopus’s Garden : livre illustré (2013–2014)
  32. 32Clips et films promotionnels (1970–2026)
  33. 33Ringo: Peace & Love, GRAMMY Museum (2013–2014)
  34. 34Ringo en ukiyo-e au Japon (2026)
  35. 35Ringo photographié : les grands portraitistes
  36. 36Cinq NFT et vingt lots : 2022
  37. 37Ringo animé : de 1965 à Rock Band (2009)
  38. 38Thomas : pilote de 1983 retrouvé en 2025