YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 05
Photograph : les archives photographiques de Ringo Starr (2013–2015)
Du livre interactif de 2013 aux éditions numérotées et à l’exposition de Londres en 2015 : une autobiographie par l’image.
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Avant de devenir un beau livre relié en cuir, Photograph a d’abord été une expérience numérique. Publié en 2013, le projet ouvre les archives personnelles de Ringo Starr et transforme plusieurs décennies de souvenirs en autobiographie visuelle : un patrimoine composite où les clichés qu’il a pris lui-même côtoient des photos de famille, des coupures de presse et des documents conservés par sa mère. À partir de 2015, l’ouvrage gagne un public plus large et ses images sont présentées à la National Portrait Gallery de Londres. Derrière ce parcours éditorial se cachent des questions passionnantes de datation, d’attribution et de transmission.
De quelle œuvre parle-t-on ? Un titre, trois états éditoriaux
Le nom Photograph est connu depuis la chanson que Ringo a écrite avec George Harrison, publiée en 1973. Quarante ans plus tard, il sert de titre à une entreprise éditoriale. Il serait pourtant trompeur de parler d’un livre unique apparu soudainement dans les librairies en 2013. Les documents originaux distinguent au moins une version multimédia diffusée sur l’iBookstore en juin 2013, un tirage Genesis numéroté et signé annoncé pour l’automne 2013 et une édition de diffusion plus large publiée en septembre 2015.
Ces trois états n’ont ni le même support ni exactement le même appareil de lecture. Une tablette permet de grossir une image, de lancer un témoignage audio ou de regarder une vidéo. Un livre bibliophilique inscrit les photographies et les commentaires sur un papier choisi, dans une reliure construite pour durer. L’édition courante de 2015 privilégie la disponibilité auprès d’un public plus large. Leur comparaison est indispensable pour une bibliographie sérieuse : dates, ISBN, pagination et statut des images peuvent varier d’un support à l’autre.
Juin 2013 : l’autobiographie visuelle devient interactive
Le site officiel des Beatles publie en juillet 2013 une annonce consacrée à la nouvelle application éditoriale de Ringo. Le communiqué indique une disponibilité de précommande dès la fin mai et une publication officielle le 12 juin 2013 sur l’iBookstore. Apple Books conserve la fiche de cette édition sous un format de 149 pages. Le document de lancement évoque 140 photographies, consultables avec agrandissement, 69 récits audio lus par Ringo et 11 vidéos exclusives combinant interviews, musique et animation.
Ce dispositif change la place de la parole de Ringo. Dans un livre classique, la légende commente une image après coup. Ici, le lecteur peut entendre la voix de son auteur et déclencher un souvenir lié à une photographie. Une image ancienne peut être accompagnée d’une explication enregistrée cinquante ans après sa prise de vue : ces deux dates doivent rester distinctes. L’expérience produit une forme d’archive racontée, précieuse pour l’histoire orale, mais dont les commentaires sont eux-mêmes des témoignages rétrospectifs.
La présence de vidéos appelle aussi une précaution bibliographique. Dire que le livre numérique contient onze vidéos ne signifie pas que l’on peut toutes les regarder aujourd’hui sur n’importe quel appareil : la compatibilité dépend de la plate-forme et de la conservation des fichiers. Un catalogue patrimonial devrait décrire le format d’origine, l’environnement logiciel prévu en 2013, les éventuelles mises à jour et la possibilité d’un accès archivistique pérenne.
Une source historique plus riche que la seule photographie
Le support électronique permet de constituer plusieurs couches de preuve : l’image, la légende, la voix de Ringo et parfois son témoignage filmé. Le chercheur peut alors comparer le souvenir oral et la situation visuelle. En revanche, l’enrichissement multimédia ne rend pas le témoignage infaillible. Un souvenir précis a pu se modifier avec le temps ; une image peut comporter un cadrage coupant le hors-champ essentiel ; une vidéo créée spécialement pour l’édition peut être beaucoup plus tardive que le cliché qu’elle présente.
Le communiqué de 2013, reproduit sur le site des Beatles, souligne également le caractère pionnier du projet pour Genesis Publications, éditeur reconnu de luxueux volumes limités depuis les années 1970. Ce basculement vers un ebook constitue donc un chapitre de l’histoire éditoriale de la maison elle-même, et non un simple produit dérivé numérique ajouté après le livre imprimé.
Octobre 2013 : Genesis et le livre signé de 2 500 exemplaires
Le catalogue officiel de Genesis présente l’édition limitée de Photograph comme une publication de 304 pages, au format 280 × 350 mm, imprimée sur du papier d’archives de 200 g/m² et proposée dans une reliure de luxe avec dorure. Il répertorie un ISBN unique, 9781905662302, pour les deux catégories de cette édition. Les 2 150 exemplaires Collector et les 350 exemplaires Deluxe sont tous signés par Ringo.
Les descriptions de Genesis emploient parfois un chiffre arrondi de « trois cents pages » dans le texte promotionnel ; les caractéristiques détaillées indiquent 304 pages. Pour le bibliographe, c’est cette dernière valeur qui doit servir de référence, sans présumer que toute copie électronique ou toute réédition possède exactement la même pagination.
La version Collector est présentée comme un volume demi-relié de cuir italien, protégé dans un coffret d’archive. La version Deluxe, numérotée de 1 à 350, propose une reliure entièrement en cuir et un supplément réservé à ses exemplaires. Le statut de ces éditions est important : le chiffre 2 500 ne signifie ni 2 500 photos différentes, ni 2 500 originaux photographiques. Il désigne le tirage signé d’un livre particulier.
Du lancement à Hollywood à l’épuisement du tirage : septembre–décembre 2013
La commercialisation de Photograph est documentée avec une précision inhabituelle grâce aux communiqués contemporains de Genesis Publications. Le 27 septembre 2013, l’éditeur annonce une présentation prévue le 23 octobre à l’ArcLight Cinema de Hollywood, à Los Angeles. Le programme associe une projection de film court à des interventions consacrées à Ringo batteur et photographe. Dave Grohl, Steve Gorman et le photographe Henry Diltz figurent parmi les intervenants annoncés, sous la conduite de la journaliste musicale Melinda Newman. Ce dispositif révèle une stratégie de présentation bien différente de celle d’un ouvrage conventionnel simplement mis en vente en librairie : Genesis place le livre photographique dans un événement de cinéma, de musique et de mémoire des Beatles.
Le 24 décembre 2013, l’éditeur déclare la totalité de l’édition limitée épuisée et parle de son livre écoulé le plus rapidement. Genesis précise que les 2 500 exemplaires signés ont trouvé preneur en moins de trois mois. Ce témoignage constitue un jalon de première main pour l’histoire commerciale du volume. Mais il faut conserver les termes employés : fully subscribed signifie que tous les exemplaires disponibles ont été réservés ou attribués à des acheteurs ; cette annonce ne documente pas, à elle seule, la date d’impression de chaque exemplaire, son expédition effective ou une éventuelle revente ultérieure sur le marché secondaire.
Le même communiqué de décembre 2013 indique que Ringo a sélectionné douze photographies pour des tirages artistiques signés et que cinq des douze éditions étaient déjà épuisées à cette date. Cette information permet de distinguer deux rythmes commerciaux souvent confondus : la souscription du livre relié et la diffusion individuelle des portfolios. Un exemplaire de Photograph contient des reproductions en série dans une reliure ; une épreuve du Photograph Portfolio 2013 relève d’un tirage limité propre à chaque image, numéroté et signé. Ces deux objets ne deviennent pas interchangeables parce qu’ils proviennent du même fonds photographique.
Pour l’historien, cette séquence constitue également un repère de réception : les photographies privées de Ringo ont trouvé un marché de collectionneurs dès leur première mise en avant publique en 2013. Elle ne mesure cependant ni la reconnaissance par les musées, ni la fréquentation réelle de l’événement hollywoodien, ni la qualité esthétique reconnue par une critique indépendante. Il convient de traiter séparément le succès de souscription annoncé par l’éditeur, l’attention de la presse et les expositions ultérieures.
Le supplément Deluxe : une planche-contact et une énigme de datation
L’élément documentaire le plus fascinant de la Deluxe est un tirage giclée numéroté de 20 × 25,4 cm reproduisant une planche-contact provenant des archives de Ringo. Genesis précise que cette planche n’apparaît pas dans le livre ordinaire. Elle montre les Beatles dans leur suite de l’hôtel George V à Paris, avec notamment John Lennon à la guitare, Brian Epstein au téléphone et George Harrison consultant un magazine de classements américains. Des scènes plus légères impliquent Ringo, Paul et Mal Evans.
La notice de Genesis contient pourtant une particularité qui ne doit pas passer inaperçue : elle date cette planche de 1963 tout en la rattachant au séjour parisien des Beatles au George V. Or les chronologies des concerts et les documents contemporains situent sans ambiguïté la résidence du groupe à l’Olympia entre le 16 janvier et le 4 février 1964, avec un séjour au George V. Le Photograph Portfolio 2015, publié par le même éditeur, date d’ailleurs sa photographie Paul and Mal prise au George V de janvier 1964.
Rectification chronologique importante : il existe donc une incohérence dans la datation commerciale du supplément Deluxe. Nous privilégions le contexte parisien de janvier 1964, attesté par les archives de tournée et la notice détaillée d’une image du même ensemble, tout en signalant la mention « 1963 » chez Genesis. Nous ne prétendons pas, faute d’inspection des négatifs et de la planche-contact elle-même, avoir établi le jour exact de chaque vue.
Cette petite divergence illustre le véritable travail d’un chercheur : il ne suffit pas qu’une information figure dans le catalogue d’un éditeur prestigieux pour qu’elle soit soustraite à l’examen critique. Les notices commerciales peuvent conserver une erreur de frappe, une confusion de chronologie ou une légende transmise sans vérification indépendante. Une encyclopédie doit rendre le problème visible, puis expliquer comment elle hiérarchise ses sources.
La mémoire d’Elsie Starkey : un fonds familial derrière les photographies
Genesis explique que Ringo a retrouvé des souvenirs que sa mère, Elsie, avait conservés tout au long de sa vie : lettres adressées à la famille, affiches, coupures de journaux et autres papiers. Le projet associe ainsi deux fonds documentaires distincts : celui du jeune Richard Starkey dans le Liverpool d’après-guerre, conservé par sa mère, et celui du musicien qui parcourt le monde en emportant des appareils photographiques.
La distinction est essentielle pour l’attribution des images. Ringo peut être l’auteur d’un cliché des Beatles en tournée, tout en n’étant évidemment pas le photographe d’une scène de sa propre enfance. Lorsque le livre reproduit une coupure de presse ou un portrait conservé dans une boîte familiale, le terme « photographie de Ringo » peut désigner le sujet et non le créateur de l’image. Une fiche de catalogue devra systématiquement séparer ces rôles.
On comprend aussi pourquoi le volume peut être lu comme une autobiographie sans être organisé comme des mémoires traditionnels. Les documents conservés par Elsie restituent des pans de la vie de l’enfant et du jeune musicien ; les photographies de Ringo ouvrent ensuite la perspective du voyage et de la célébrité. Entre les deux, des lettres, des programmes ou des coupures fournissent les repères sans lesquels le portrait photographique reste muet.
Un manuscrit original de plus de 15 000 mots
Genesis indique que les commentaires de Ringo représentent plus de 15 000 mots. Ce chiffre confirme que l’édition imprimée ne se réduit pas à un portfolio avec quelques légendes : elle met en relation une matière visuelle et un récit personnel d’ampleur. Le musicien évoque notamment ses premières batteries, les groupes de Liverpool, les tournées, les hôtels, les amis et les événements parfois mineurs qui lui reviennent à la vue d’une photo.
À la différence de la biographie rédigée par un tiers, cette parole relève de l’histoire orale. Elle donne accès à la manière dont Ringo choisit, au début des années 2010, de raconter les décennies passées. Il faut la lire comme un document à double datation : un événement des années 1960 est commenté cinquante ans plus tard, parfois au moyen d’une photographie prise à l’époque. La subjectivité fait partie de la richesse du témoignage ; elle demande aussi des vérifications quand le propos touche à une date, à un lieu ou à une collaboration.
Le parcours iconographique : de Liverpool à la Beatlemania
La bibliographie de l’édition de 2015 permet d’identifier plusieurs grandes sections thématiques : les années d’enfance, la route des premiers groupes, les voyages, la camaraderie des Beatles, Paris, la première conquête américaine, les films et les rencontres musicales. Cette organisation n’équivaut pas à une simple chronologie linéaire. Elle met en regard des images de sujets différents et invite à reconstruire une trajectoire individuelle plutôt qu’un inventaire d’événements.
Les photographies de Liverpool peuvent être rapprochées de la jeunesse de Richard Starkey et de son apprentissage auprès de l’Eddie Clayton Skiffle Group et de Rory Storm and the Hurricanes. Les scènes de tournées Beatles soulignent une autre expérience : quatre jeunes hommes partageant des chambres d’hôtel, des véhicules, une routine de travail et parfois des moments de grande tension. La caméra de Ringo est celle d’un participant. Elle connaît les circonstances, mais ne les rend pas toutes visibles dans l’image.
Un tirage du portfolio de 2013, intitulé Old Hickory, montre ce déplacement du regard vers l’environnement du groupe. Selon sa légende, Ringo s’est placé à l’arrière du train lors du voyage de New York à Washington en 1964 pour photographier la voie et ses structures. On rencontre ici un goût de l’architecture et du cadrage qui éloigne le musicien du seul rôle de portraitiste de célébrités. Ce type d’image est capital pour comprendre sa pratique : photographier ce qui se trouve devant soi, pas uniquement ce qui fera la couverture d’un journal.
1964 et 1966 : les voyages comme laboratoire photographique
Les séjours de 1964 en France et aux États-Unis, puis le voyage au Japon en 1966, donnent des repères documentaires essentiels. Dans la présentation du portfolio de 2015, Ringo évoque les appareils achetés par les Beatles à l’occasion de leur première venue japonaise. Il parle d’expérimentations en noir et blanc, en couleur et avec des effets optiques. L’ensemble de ces souvenirs montre une curiosité technique réelle ; il ne permet pas pour autant de reconstituer le modèle exact de tous les appareils utilisés à chaque séance.
La photographie Delhi, proposée dans le portfolio de 2013, est datée de 1966. Le détail est important car le grand public assimile volontiers toute image des Beatles en Inde au séjour auprès du Maharishi en 1968. Les trajectoires du groupe comprennent pourtant plusieurs passages en Asie, pour des raisons très différentes. Une archive située à Delhi en 1966 ne saurait être légendée « retraite spirituelle de Rishikesh » sous prétexte qu’elle montre une scène indienne.
De même, les images de la première visite américaine en 1964 ne doivent pas être confondues avec celles des tournées suivantes. Les personnes représentées, les vêtements, les véhicules et les scènes de presse aident à contextualiser une image, mais doivent être confrontés aux calendriers de déplacement. La mémoire photographique se nourrit de sensations ; l’histoire documentaire exige une date qui puisse être justifiée.
2015 : une édition accessible, un autre ISBN
En septembre 2015, le projet connaît une nouvelle étape avec une édition reliée destinée au circuit de librairie. La référence bibliographique est 9781905662333, correspondant à une publication Genesis de 304 pages ; les registres de librairie signalent une sortie autour du 21 septembre 2015. Ce volume ne doit pas être annoncé comme l’édition originale numérotée de 2013 : sa date, son ISBN et son mode de diffusion sont différents, même si son contenu reprend les grandes lignes de l’autobiographie visuelle.
La description de cette édition précise qu’elle réunit des photographies prises par Ringo et d’autres images issues des albums familiaux. Le texte est toujours présenté comme un manuscrit de plus de quinze mille mots. Le lecteur qui souhaite étudier l’œuvre n’est donc pas tenu d’acquérir un des 2 500 exemplaires bibliophiliques d’origine : la version de diffusion plus large permet l’accès au corpus principal sans posséder la reliure signée et les suppléments du tirage Deluxe.
National Portrait Gallery, Londres, 9 septembre 2015
La diffusion de 2015 s’accompagne d’une présentation photographique à la National Portrait Gallery de Londres, inaugurée le 9 septembre 2015. Le communiqué de Genesis et la presse britannique évoquent une sélection de vingt portraits, exposés dans les espaces liés à la vente et à la librairie de l’institution. Chaque photographie pouvait être acquise sous la forme d’un tirage d’art limité. Le reportage du Guardian annonce un prix de 1 900 livres pour les œuvres proposées à cette époque.
Il faut ici garder la qualification exacte de la manifestation. La présence de photographies à la National Portrait Gallery n’implique pas automatiquement une accession de vingt originaux aux collections permanentes du musée. Il s’agit d’une présentation de tirages contemporains, commercialisés en parallèle de la publication d’un livre. Cette nuance ne réduit ni la portée symbolique ni la visibilité de l’événement ; elle permet simplement de ne pas confondre exposition, vente et acquisition muséale.
Les légendes de la présentation insistent sur les photographies de John, Paul et George saisies sans mise en scène officielle. L’une des images de couverture montre Ringo photographiant son propre reflet dans un miroir, appareil et cigarette en main. Lors du lancement, il s’amuse à présenter cette photographie comme une sorte de premier selfie. L’affirmation relève évidemment de la plaisanterie autobiographique : l’autoportrait au miroir existe depuis bien avant les Beatles. En revanche, cette image témoigne concrètement du plaisir de jouer avec l’appareil et avec sa propre représentation.
Des négatifs oubliés par milliers : un fonds encore inexploré
Interrogé par The Guardian à Londres le 9 septembre 2015, Ringo raconte avoir retrouvé des milliers de négatifs dans des boîtes qu’il n’avait pas consultées depuis de nombreuses années. L’existence de ce matériau ouvre une perspective considérable. Les livres publiés donnent accès à une sélection, tandis que les prises de vue d’origine peuvent comprendre des séries entières, des vues répétées ou des images qui n’ont jamais été choisies pour une publication.
Ringo profite de cette découverte pour évoquer la possibilité de réunir les archives photographiques des autres Beatles : celles de Paul McCartney, les images conservées par Yoko Ono pour John Lennon et par Olivia Harrison pour George. Son souhait témoigne d’une conscience patrimoniale particulièrement intéressante : quatre fonds privés pourraient, s’ils étaient documentés ensemble, offrir des points de vue croisés sur une même histoire. Toutefois, cette proposition faite devant la presse ne doit pas être décrite comme un programme éditorial effectivement réalisé à cette date.
Le conservateur d’archives devrait, avant toute publication nouvelle, examiner l’état des négatifs, identifier les films et leurs séries, conserver les informations portées sur les enveloppes et distinguer les originaux des copies. La numérisation facilite la consultation ; elle ne rend pas les données d’attribution ou de datation automatiquement certaines.
Ces vingt notices signées sont désormais confrontées aux photographies diffusées par People en 2017 et aux catalogues commerciaux postérieurs dans le registre photographique de 52 occurrences. La concordance documentaire évite de comptabiliser plusieurs fois une même composition ou de fusionner à tort des scènes voisines.
Les vingt portraits de 2013 et 2015 : deux séries distinctes
Outre les éditions du livre, Genesis a constitué une collection de tirages signés, décrite sur des pages de catalogue séparées. Le Photograph Portfolio 2013 rassemble douze photographies, tandis que le Photograph Portfolio 2015 en propose huit supplémentaires. Les notices spécifient généralement des tirages giclée de grand format sur papier Hahnemühle, signés et limités à 25 exemplaires par image. Il s’agit d’éditions d’art postérieures aux prises de vue, non de tirages vintage datant des années 1960.
Ce corpus présente plusieurs types d’œuvres : photographies de compagnons de scène, scènes d’hôtel, autoportraits, paysages et lieux de voyage. La notice de Ringo and George situe par exemple son sujet dans les coulisses du Tower Ballroom à New Brighton en 1961, alors que Ringo appartient encore à Rory Storm and the Hurricanes. La présence de Ringo dans le cadre rappelle une difficulté d’attribution : il faut déterminer s’il a utilisé un retardateur ou si une autre personne a tenu l’appareil, et non supposer automatiquement que toutes les images du fonds sont des prises de vue de sa main.
La photographie John and Paul publiée dans la série 2015 est, elle, localisée au studio 3 d’Abbey Road pendant une séance de Hey Bulldog, le 11 février 1968. Ce niveau de précision reste exceptionnel dans les souvenirs de tournées : il permet de confronter le cliché aux journaux d’enregistrement et aux images filmées associées. Un catalogue raisonné devra justement différencier ces légendes documentées des datations vagues, parfois fournies par un simple « vers 1964 ».
Une photo retrouvée, six adolescents identifiés : l’enquête First US Visit
L’une des images les plus révélatrices de la valeur historique de Photograph porte le titre First US Visit. Elle montre six jeunes gens dans une voiture décapotable photographiés par Ringo Starr au début de la Beatlemania américaine. L’image devient en octobre 2013 le centre d’une enquête inattendue : la presse cherche à retrouver ses sujets, près de cinquante ans après la prise de vue. La radio publique WLRN évoque d’abord Miami, puis son article est rectifié le 24 octobre en faveur de New York, à la suite d’informations transmises par un ancien camarade des occupants de la voiture.
Le 28 octobre 2013, Genesis Publications confirme que les personnes représentées étaient des élèves du lycée de Fair Lawn, au New Jersey, et situe la photographie au 7 février 1964, à l’arrivée des Beatles dans la région new-yorkaise. Gary Van Deursen, Suzanne Rayot, Arlene Norbe Ressler, Charlie Schwartz, Bob Toth et Matt Blender sont identifiés dans les communications de l’éditeur. Ce dernier était décédé avant les retrouvailles. La piste floridienne est ainsi abandonnée : il ne faut plus faire de cette photographie un document du séjour des Beatles à Miami, bien que Ringo ait réellement pris d’autres clichés en Floride la même année.
Genesis annonce d’abord une participation des cinq survivants à l’émission américaine Today, puis relate leur véritable rencontre avec Ringo lors de son passage à Las Vegas en novembre 2013, à l’occasion de la promotion de Photograph et de la série de tirages d’art. Le destin du cliché s’étend alors sur trois époques : la photographie spontanée de 1964, sa conservation pendant des décennies et l’enquête de presse de 2013. Cette succession fournit un exemple rare de rectification de légende par identification des personnes photographiées.
En juillet 2014, une nouvelle information apparaît dans un communiqué de Genesis : Alice Van Deursen déclare posséder avec son mari, conducteur de la voiture, un tirage portant le numéro 6/25. L’indication est précieuse pour une étude des exemplaires en circulation, mais elle reste un témoignage publié par l’éditeur, et non l’examen physique d’une épreuve accompagnée de son certificat. Notre catalogue raisonné provisoire recense donc cette information séparément des lots documentés par des maisons de ventes. La relation entre First US Visit (2013) et l’entrée homonyme du catalogue commercial actualisé en 2024 est également traitée comme une concordance documentaire, sans supposer deux prises de vue indépendantes.
Deux exemplaires signés désormais retrouvés en ventes publiques
Les catalogues de ventes permettent d’aller au-delà de la seule annonce d’une édition de 25 tirages. Dans sa vente n° 8128 du 4 avril 2023, Heritage Auctions décrit une photographie John, image datée de 1964 mais imprimée en 2015, et portant la signature et le numéro 9/25. Le lot 73096 comprend un certificat d’authenticité de Genesis Publications. La maison distingue les dimensions de l’image (40,6 × 62,2 cm) et celles de la feuille (environ 48,3 × 72,4 cm). Le prix enregistré est de 1 250 dollars. L’existence de cet exemplaire matériel renforce la documentation sur les éditions photographiques de Starr, sans démontrer que tous les tirages d’une série subsistent.
Un deuxième exemplaire a pu être identifié par comparaison photographique : chez Omega Auctions, le 10 octobre 2023, un autoportrait numéroté 2/25 a été vendu pour 950 livres sterling, prix marteau. Ringo y apparaît en col roulé sombre, photographiant son reflet avec un appareil devant un rideau. L’œuvre correspond à Self Portrait, prise au Japon en 1966 et publiée dans le Photograph Portfolio 2013. Genesis confirme dans sa présentation Rare Editions que cette image a servi à la couverture de l’édition de collection de Photograph. La comparaison de l’image commercialisée, d’une reproduction de presse et de la notice officielle est un exemple de méthode utile pour identifier un tirage dont la maison de ventes ne donne qu’un titre général.
Ce sont deux exemplaires individualisés, et non deux nouvelles images venant s’ajouter artificiellement aux douze et huit tirages du catalogue. Pour retrouver leur numérotation, leurs caractéristiques et les sources de ces ventes, voir la section consacrée au registre des tirages et objets de collection de Ringo Starr.
Le livre comme source, mais aussi comme objet de collection
| Version | Publication | Référence et caractéristiques |
|---|---|---|
| Ebook interactif | 12 juin 2013 | 149 pages dans la fiche Apple ; 140 photographies selon l’annonce de lancement ; 69 récits audio ; 11 vidéos ; iBookstore |
| Genesis Collector signé | Octobre 2013 | ISBN 9781905662302 ; 304 pages ; 280 × 350 mm ; 2 150 exemplaires |
| Genesis Deluxe signé | Octobre 2013 | Même ISBN et pagination ; 350 exemplaires ; reliure cuir et tirage de planche-contact supplémentaire |
| Genesis édition courante | Septembre 2015 | ISBN 9781905662333 ; 304 pages ; relié, non assimilable au tirage numéroté de 2013 |
| Portfolio de tirages 2013 | 2013 | 12 photographies distinctes, tirages de 25 exemplaires signés par image |
| Portfolio de tirages 2015 | 2015 | 8 photographies nouvelles, tirages de 25 exemplaires signés par image |
Pour authentifier un exemplaire, il faut vérifier le numéro de tirage et la signature, mais aussi la cohérence entre la reliure, le coffret, l’ISBN et les suppléments attendus. Un livre grand public de 2015 peut être parfaitement authentique sans signature numérotée ; inversement, une photographie vendue dans un portfolio doit être identifiée comme tirage édité, non confondue avec le négatif de l’époque Beatles.
Une autre dimension : la Lotus Foundation
Genesis indique que les droits d’auteur reçus par Ringo pour le volume de 2013 sont destinés à la Lotus Foundation, organisme philanthropique associé au musicien et à Barbara Bach. Les notices des portfolios précisent également des dispositions caritatives. La formulation doit rester exacte : un revenu d’auteur reversé n’est pas nécessairement le montant total payé par le collectionneur. Les charges d’impression, de distribution, d’encadrement et les sommes revenant à différents intervenants sont des réalités qu’une notice de galerie ne détaille pas toujours.
L’existence de cette dimension caritative n’exonère pas l’historien de qualifier l’objet : Photograph demeure simultanément un livre autobiographique, un ensemble d’archives et, pour certaines éditions, une réalisation bibliophilique de luxe. C’est justement l’entrecroisement de ces trois statuts qui mérite étude.
Le piège des formules « inédit », « original » et « pris par Ringo »
Une publicité peut désigner une photographie comme « inédite » parce qu’elle est publiée pour la première fois dans un livre, alors qu’un négatif existait depuis cinquante ans et que ses proches avaient déjà vu un tirage privé. L’originalité d’une œuvre et sa première publication sont deux questions différentes. Une photographie « originale » peut désigner le négatif source ; dans le monde des galeries, le mot « original » est parfois associé à une édition signée et autorisée. Ces usages doivent être explicités.
Autre piège : un cliché représentant Ringo appartient peut-être à ses archives sans qu’il en soit l’auteur. Une photo de famille peut avoir été conservée par Elsie ; une image de presse peut avoir été fournie lors d’une tournée ; un portrait du groupe peut être le travail d’un photographe professionnel. Pour chaque image, la fiche idéale comporterait les champs suivants : auteur de la prise de vue, personnes représentées, date et lieu attestés, support original, première publication, format du tirage d’art, historique de provenance et référence bibliographique.
Pourquoi Photograph importe à l’histoire des Beatles
Les photos de Ringo ne remplacent pas celles de Dezo Hoffmann, Robert Freeman ou Harry Benson. Elles occupent un autre emplacement dans le champ des sources : celui de l’ami qui se trouve là, au moment où la photographie officielle n’a pas nécessairement lieu. Leurs qualités documentaires tiennent à cette proximité, mais aussi à leurs silences : elles montrent un fragment de temps sans expliquer toujours pourquoi la scène a été photographiée.
Le projet de 2013–2015 a rendu visibles des images qui auraient pu rester oubliées. Il a aussi attiré l’attention sur le travail nécessaire pour préserver les archives privées de grands musiciens. L’intervention des éditeurs, des bibliographes, des institutions et de la presse contribue à transformer des souvenirs personnels en objets historiques. Photograph n’est donc pas seulement une collection de portraits des Beatles : c’est une étude de cas fascinante sur la naissance publique d’un fonds privé.
Sources documentaires et bibliographie
- Genesis Publications, Photograph, édition limitée de 2013, ISBN 9781905662302 — https://www.genesis-publications.com/books/9781905662302/photograph
- Genesis Publications, annonce de la présentation hollywoodienne du 23 octobre 2013 à ArcLight Cinema, communiqué du 27 septembre 2013 — https://www.genesis-publications.com/news/-1099
- Genesis Publications, « Hello, Goodbye – Ringo Sells Out in Record Time », 24 décembre 2013 : tirage épuisé en moins de trois mois, 12 tirages photographiques — https://www.genesis-publications.com/news/hello-goodbye-ringo-sells-out-in-record-time-1117
- The Beatles / Apple Corps, « PHOTOGRAPH, The New Ebook By Ringo Starr », annonce de juin-juillet 2013 — https://www.thebeatles.com/photograph-new-ebook-ringo-starr-available-now-ibookstore
- Apple Books, Photograph, édition multimédia publiée le 12 juin 2013, fiche bibliographique — https://books.apple.com/us/book/photograph/id647308686
- Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2013 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart/the_photograph_portfolio_2013
- Genesis Publications, « Ringo Finds His Fans », 28 octobre 2013, les six élèves de Fair Lawn et la correction de la datation géographique — https://www.genesis-publications.com/news/ringo-finds-his-fans-1106
- Genesis Publications, « A Sentimental Journey To Vegas », 27 novembre 2013, présentation de Photograph et retrouvailles à Las Vegas — https://www.genesis-publications.com/news/a-sentimental-journey-to-vegas-1113
- Genesis Publications, « Where Are They Now? », 16 juillet 2014, témoignage sur le tirage numéroté 6/25 — https://www.genesis-publications.com/news/where-are-they-now-1163
- Luisa Yanez, WLRN Public Media, article du 23 octobre 2013, rectification le 24 octobre : l’hypothèse de Miami abandonnée au profit de New York — https://www.wlrn.org/news/2013-10-23/were-you-one-of-the-miami-teens-photographed-by-beatle-ringo-starr-in-1964
- Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2015 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2015/the_photograph_portfolio_2015
- Heritage Auctions, catalogue photographique n° 8128, 4 avril 2023, lot 73096, John, tirage de 2015 signé 9/25 — https://fineart.ha.com/c/catalog-print.zx?ic5=CatalogHome-AucType-PrintableCatalog-071515&saleNo=8128
- Omega Auctions, The Beatles Collection, 10 octobre 2023, lot 339, autoportrait signé 2/25 — https://bid.omegaauctions.co.uk/auction/lot/339-ringo-starr—signed-limited-edition-photograph/?lot=40174&sd=1
- Genesis Publications, Rare Editions, Self Portrait : photographie japonaise de 1966, édition signée de 2013 — https://www.genesis-publications.com/book/rareevent2020/rare-editions
- Genesis Publications, « Ringo Starrs in National Portrait Gallery », 10 septembre 2015 — https://www.genesis-publications.com/news/ringo-starrs-in-national-portrait-gallery-1257
- Mark Brown, The Guardian, 9 septembre 2015, conférence à la National Portrait Gallery — https://www.theguardian.com/music/2015/sep/09/ringo-photos-beatles-national-portrait-gallery-launch-book-exhibition
- Genesis Publications, Photograph, édition de librairie 2015, ISBN 9781905662333, catalogue Google Books — https://books.google.com/books/about/Photograph.html?id=MxMVrgEACAAJ
- Chronologie du séjour parisien de janvier 1964, article historique Yellow-Sub.net — https://yellow-sub.net/beatles/les-beatles-sur-scene/sur-scene-en-france/31348-beatles-a-lolympia
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