YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 41
Ringo Starr et l’art de l’autoportrait : photographie, visages numériques et images de soi (1966–2026)
Du Japon en 1966 au film infrarouge, de My Faces aux autoportraits animés de 2022 : histoire critique d’une image que Ringo Starr n’a jamais cessé de réinventer.
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Comment Ringo Starr voit-il son propre visage ? La question paraît légère tant l’ancien batteur des Beatles a prêté son image aux caméras et aux photographes. Elle ouvre pourtant un champ d’étude exceptionnel : depuis un autoportrait réalisé pendant le séjour des Beatles au Japon en 1966 jusqu’aux figures colorées et animées publiées sous son nom en 2022, Ringo a alternativement été l’auteur, le sujet, l’éditeur et parfois l’interprète de son image. Ces rôles ne sont ni synonymes ni interchangeables.
Dans la photographie, son corps se trouve devant l’objectif alors que son intention artistique se place derrière l’appareil, qu’il s’agisse d’un retardateur, d’un reflet ou d’une prise de vue organisée. Plus tard, la peinture et l’image informatique ne cherchent plus nécessairement la ressemblance photographique : elles fabriquent des signes, des silhouettes et des personnages. L’animation NFT de 2022 ajoute mouvement et percussion à ces visages. La continuité est moins stylistique que conceptuelle : Ringo exerce un droit créatif sur sa propre représentation tout en confiant, à certains moments, sa transformation à d’autres artistes.
Ce chapitre ne remplace pas les catalogues de tirages, le dossier My Faces ou l’inventaire détaillé des NFT. Il en propose une lecture transversale fondée sur des notices d’éditeurs, des crédits d’œuvres, des chronologies recoupées et la distinction constante entre la date de la prise de vue, celle de la création plastique et celle de l’édition commerciale.
1966, Japon : le premier autoportrait documenté dans les éditions Genesis
Une image occupe une position privilégiée dans cette histoire : le Self Portrait pris au Japon pendant la tournée des Beatles de 1966. La notice no 12 du Photograph Portfolio 2013, publiée par Genesis Publications, est précise sur le lieu et la période. L’éditeur l’attribue à Ringo Starr, situe la prise de vue au Japon et en propose un tirage signé et numéroté. Lorsqu’on s’intéresse à la jeunesse artistique du musicien, cette notice vaut bien davantage qu’une légende circulant sur les réseaux sociaux, car elle est attachée à une édition identifiée.
Le séjour japonais des Beatles se déroule à la fin de juin et au début de juillet 1966. Ringo raconte chez Genesis que la photographie l’a toujours intéressé et se souvient que les quatre musiciens avaient des appareils ; il croit se rappeler l’achat de Pentax au Japon. Ce témoignage est précieux mais ne doit pas être durci en facture d’achat : il ne prouve ni le modèle exact de l’appareil de l’autoportrait ni la date de son acquisition. Le négatif original, d’éventuelles archives techniques ou des photographies de l’équipement pourraient seuls étayer une attribution précise du boîtier.
Ce qui importe est la nature même de l’image. Un musicien au sommet d’une célébrité planétaire, photographié quotidiennement par des professionnels, produit lui-même un portrait. En réalisant cet acte, il change de place dans la chaîne de fabrication du personnage public. Il n’attend pas qu’un service de presse lui fournisse son identité visuelle ; il s’observe, règle son rapport à l’image et conserve une trace qu’il sélectionnera ensuite pour la publier.
Rien n’autorise pourtant à en déduire que cet autoportrait était initialement conçu comme une œuvre à exposer. Le cliché naît dans l’univers de la photographie personnelle ; sa carrière dans l’art édité commence bien plus tard. C’est un point décisif pour une encyclopédie : la photographie de 1966 et son tirage giclée de 2013 appartiennent à la même histoire, mais ne sont pas le même objet matériel.
Un visage choisi deux fois : de la photographie privée à la couverture de Photograph
Genesis affirme que le portrait japonais de 1966 sert de couverture au livre Photograph. Le volume, publié en édition limitée en octobre 2013, réunit plus de 250 photographies, documents et souvenirs de Ringo. Le portrait se trouve donc investi d’une fonction éditoriale : il ne dit plus seulement « voici comment je me voyais au Japon », il annonce au lecteur que celui qui présente les images est l’auteur d’une mémoire personnelle.
La décision change le statut du cliché. Choisi parmi une masse d’archives, le visage devient une signature visuelle. L’édition signée compte 2 500 exemplaires répartis en version Collector et Deluxe ; le portfolio photographique constitue un produit distinct, avec ses propres numéros, son format et son certificat. Confondre les 2 500 livres avec les 25 tirages d’artiste de Self Portrait reviendrait à mélanger deux systèmes de diffusion.
La photographie publiée permet également de distinguer photogénie et autorité éditoriale. Ringo ne contrôle pas nécessairement chaque image de lui publiée dans la presse des années Beatles, mais il exerce une sélection sur ce portrait devenu emblématique dans son propre livre. Le choix du cliché compte autant que son instant de capture dans l’analyse de l’identité visuelle de l’artiste.
La notice matérielle du Self Portrait de 1966 : comment reconnaître le bon objet ?
Le Photograph Portfolio 2013 fait de Self Portrait le numéro 12 de sa série. Genesis décrit une édition de 25 tirages numérotés et signés par Ringo Starr, au format 50,8 × 76,2 cm, reproduits en giclée d’archivage avec encres pigmentaires sur papier Hahnemühle Photo Rag de 320 g/m², assortis d’un certificat. Ces données concernent l’édition de tirages commercialisée au XXIe siècle ; elles ne décrivent ni la dimension du négatif de 1966 ni le papier d’un éventuel tirage original de l’époque.
L’expression « autoportrait photographique de 1966 » renseigne la date présumée de l’image source. L’expression « estampe photographique signée de 2013 » renseigne un exemplaire édité. On peut posséder l’un sans posséder l’autre. Il faut encore distinguer l’œuvre iconographique, le négatif ou fichier de reproduction, l’édition limitée et le tirage individuel. La signature sur une feuille de 2013 n’atteste pas que cette feuille existait pendant le séjour au Japon.
En 2020, la même maison d’édition a de nouveau proposé à la vente un des rares exemplaires de cette série lors de son programme Rare Editions. Cette remise en circulation d’un tirage existant ne constitue pas une nouvelle séance de prise de vue, et ne suffit pas non plus à démontrer la création d’une deuxième édition de 25 feuilles. Le catalogue raisonné devra donc enregistrer ce mouvement comme une occurrence commerciale liée au corpus de 2013.
Le retardateur, le miroir, le photographe invisible : un problème d’attribution
Le mot autoportrait dit que Ringo est représenté et que l’auteur de l’image revendiqué est Ringo. Il ne décrit pas automatiquement la technique. Une photographie peut être prise avec un retardateur, un déclencheur souple, un miroir ou l’aide d’une autre personne qui tient matériellement l’appareil. Les notices consultées pour Self Portrait ne publient pas un protocole complet de prise de vue. Il serait donc hasardeux d’en raconter la fabrication seconde par seconde.
Ce doute ne retire pas l’attribution donnée par Genesis ; il permet simplement de mesurer son périmètre. Un éditeur travaillant avec l’auteur constitue une source solide pour l’identification de l’image, mais pas nécessairement pour un procédé qu’il ne documente pas. Le rôle d’une étude critique consiste à respecter exactement le niveau d’information fourni : image attribuée et datée, oui ; description certaine de l’installation et de l’obturateur, non.
Ringo évoque d’ailleurs ailleurs dans le même portfolio les surprises des photos prises au retardateur dans les hôtels. Ce témoignage prouve qu’il a pratiqué ce type de jeu photographique ; il ne suffit pas à identifier le mécanisme précis de chaque autoportrait. Cette nuance a son importance dans la conservation d’un corpus où les légendes sont parfois reprises de mémoire un demi-siècle après la prise de vue.
Vers 1969 : un second autoportrait, cette fois sur film infrarouge
L’un des apports majeurs du Photograph Portfolio publié par Genesis en juillet 2024 est la présence d’une nouvelle notice intitulée Ringo Self-Portrait, numéro 5. Cette image est précisément décrite comme un autoportrait sur pellicule infrarouge, vers 1969. Elle ne doit pas être confondue avec le Self Portrait japonais de 1966, même si les deux images portent presque le même titre et ont fait l’objet de tirages signés.
L’infrarouge constitue ici une donnée de technique importante. Selon la sensibilité du film et les filtres employés, la réponse des matériaux à certaines longueurs d’onde peut différer de celle d’une pellicule standard, transformant notamment les contrastes et l’apparence des surfaces. La mention d’un film infrarouge ne dit pas à elle seule si l’image relève d’une technique couleur particulière ou d’une représentation monochrome ; il faut consulter le tirage et le négatif. Ce que la notice révèle sans ambiguïté est la volonté d’expérimenter avec un procédé photographique inhabituel.
Ringo rattache lui-même l’image au climat d’invention de la fin des années 1960. C’est un autre trait de l’autoportrait : l’auteur ne se contente pas de montrer son visage, il teste comment une technique fait apparaître une autre version de lui. Le regard sur l’identité passe par une intervention matérielle sur la lumière. Ce n’est pas encore l’image numérique, mais le principe de transformation de soi par la technique est déjà à l’œuvre.
La notice de 2024 décrit à nouveau un ensemble de 25 feuilles numérotées et signées, en giclée d’archivage sur papier Hahnemühle Photo Rag 320 g/m², au format 50,8 × 76,2 cm. Les métadonnées de la publication permettent donc d’identifier deux objets distincts portant un titre apparenté : celui lié au Japon en 1966, édité en 2013, et celui pris sur film infrarouge vers 1969, édité en 2024.
Les années 1970 : « Ringo », une image couleur devenue tirage d’art en 2015
Un troisième jalon apparaît dans le Photograph Portfolio 2015. La notice no 8 porte simplement le titre Ringo et la légende Self Portrait, 1970s. Il s’agit donc d’un autoportrait daté des années 1970, sans année précise dans la fiche éditoriale. La légende de Ringo signale ses nombreuses bagues ainsi qu’un pendentif de saint François offert par une tante, souvenir qu’il associe à un incident ultérieur à New York.
Le détail vestimentaire est intéressant : le portrait ne se définit plus seulement par les traits du visage. Les bijoux, la coiffure, les accessoires et le style deviennent autant de signes personnels. Le photographe se transforme aussi en personnage de sa propre histoire. On voit apparaître le Ringo de l’après-Beatles, qui existe visuellement indépendamment de l’uniforme et des conventions promotionnelles du groupe.
Cette troisième image appartient, comme les précédentes, à une édition de 25 tirages signés au format 50,8 × 76,2 cm, mais la maison d’édition la distingue bien dans le catalogue 2015. Il ne faut pas écrire qu’il existe « trois exemplaires » de l’autoportrait : il s’agit de trois prises de vue ou images différentes et, pour chacune, d’une édition spécifique. On peut parler de trois notices photographiques autonomes, non d’une trilogie déclarée officiellement par Ringo.
Deux dates, trois époques, un même problème : comment lire une carrière photographique
Les documents Genesis invitent à construire une chronologie double. Une première colonne concerne le temps de la photographie : Japon 1966 ; film infrarouge vers 1969 ; autoportrait couleur des années 1970. Une deuxième concerne le temps du retour public de ces images : éditions 2013, 2015 et 2024. Sans cette distinction, un lecteur pourrait croire que l’« autoportrait 2024 » montre un Ringo de quatre-vingt-quatre ans. C’est au contraire le tirage récent d’une image beaucoup plus ancienne.
Les éditeurs de photographie d’art réactivent fréquemment des négatifs historiques à travers de nouveaux procédés et formats. L’art ne réside alors pas seulement dans la prise de vue : la sélection, le choix du papier, la signature, le tirage et le contexte de présentation influent sur sa réception. Mais ces interventions ne doivent jamais conduire à effacer le photographe du moment initial ni à attribuer un procédé contemporain à la prise de vue passée.
L’identification de chaque photographie exige trois dates distinctes : date du cliché, date de l’édition, date de l’exemplaire ou de la transaction lorsqu’elle est documentée. Ce principe évitera les erreurs d’attribution récurrentes dans les ventes secondaires, où la date de commercialisation est parfois prise pour la date de création de l’image.
Une même image reconfigurée : Shepard Fairey et le livre Another Day in the Life
Le rôle du photographe change une fois encore lorsque son propre portrait sert de matériau à un autre plasticien. Dans une notice Rare Editions, Genesis indique que l’autoportrait du Japon de 1966, déjà utilisé pour Photograph, a également été adapté par Shepard Fairey pour la couverture de Another Day in the Life. C’est une information d’attribution capitale : l’image première est de Ringo ; l’adaptation graphique de couverture est créditée à Fairey.
Le livre est annoncé en 2018, puis publié en 2019 dans la gamme Genesis. Sa couverture repose sur une identité graphique très affirmée, notamment des aplats et contrastes qui renvoient à la pratique visuelle de Fairey. Ringo fournit la figure et l’image-source ; Fairey la recompose. La situation est à l’opposé du mythe d’un artiste qui contrôlerait seul chaque élément de son image publique. La représentation de soi devient un dialogue entre deux auteurs.
Pour la notice du livre, il faut distinguer quatre crédits : Ringo comme photographe d’origine du portrait lorsqu’il est repris, comme auteur des photographies et commentaires du volume, Genesis comme éditeur, et Shepard Fairey comme créateur du dessin de couverture. Aucun de ces rôles n’annule l’autre. Au contraire, leur superposition fait de cette couverture un objet remarquable pour l’étude de la réutilisation des archives photographiques dans la culture graphique contemporaine.
La fin des années 1990 : des peintures aux figures conçues sur ordinateur
Après les négatifs argentiques, l’autre laboratoire de l’autoportrait est informatique. Sur le site officiel Ringo Starr Art, Ringo explique avoir commencé l’art sur ordinateur à la fin des années 1990 pour s’occuper pendant les tournées et les séjours à l’hôtel. Le même site précise qu’il réalisait déjà des peintures à l’huile et à l’acrylique avant de privilégier le support numérique. La chronologie correcte n’oppose donc pas un photographe ancien à un peintre qui serait né avec l’ordinateur : la peinture préexiste à sa pratique digitale.
Cette période introduit une représentation de soi très différente des trois photographies. L’appareil photographique capture une présence à un moment donné ; un logiciel de dessin permet de simplifier la silhouette, modifier la couleur, dupliquer les éléments et produire une figure à partir de décisions successives. Le visage peut devenir un pictogramme, et l’iconographie personnelle être reprise dans des compositions qui s’éloignent volontairement du portrait documentaire.
Mais il faut éviter une généralisation facile. Toutes les œuvres que Ringo publie ne sont pas des autoportraits. Les catégories de son site incluent des figures sans identité précise, des sujets collectifs et des représentations d’autres personnes. Le nom d’une œuvre comme My Faces ne suffit pas à démontrer que chaque visage du corpus serait le sien. L’inventaire requiert une preuve iconographique ou documentaire pour chaque titre.
2005 : My Faces, une présentation publique des images numériques
La première grande exposition documentée des créations informatiques de Ringo a lieu à Pop International Galleries, à New York, en juin 2005. Les archives contemporaines de Yellow-Sub.net annoncent alors une sélection de quatorze œuvres réalisées sur ordinateur, exposées avec des reproductions signées en édition limitée. Un article publié le 19 juin 2005 relate sa présence au vernissage du 18 juin.
Ces articles contemporains ont une valeur particulière. Ils permettent de dater l’entrée publique de ses créations plastiques sans reconstituer rétrospectivement l’événement à partir d’un catalogue mis en ligne vingt ans plus tard. Pour autant, l’exposition My Faces ne doit pas être transformée en exposition « d’autoportraits » au sens strict sans analyse de chaque pièce. Plusieurs figures peuvent être imaginaires, schématiques ou inspirées d’autres membres de son entourage.
Notre étude consacrée à My Faces (2005) inventorie cette première étape selon les sources. Le présent chapitre pose une question différente : à quel moment un visage imprimé appartient-il au genre de l’autoportrait, et à quel moment relève-t-il plutôt du masque graphique, de la caricature ou du personnage ?
Le masque Ringo : étoile, casquette, bandana, lunettes et autres signes
Le visage de Ringo constitue depuis les années Beatles une silhouette très identifiable : yeux, nez, traits des cheveux, accessoires et façon de sourire. Les œuvres graphiques jouent souvent de cette reconnaissance immédiate. Dans le langage du pop art, une figure peut être réduite à un contour et à quelques taches de couleur sans perdre son identité. La personne devient une combinaison de signes que le public peut déchiffrer rapidement.
Les titres des estampes répertoriées par Ringo Starr Art — notamment 4 Ringos, 3 Ringo’s et Ringo ’65 — signalent des usages différents de l’image de Ringo. Un titre ne constitue toutefois pas une analyse complète de l’œuvre. Pour déterminer si la photographie historique a été directement reprise, si une silhouette a été tracée à partir d’un original ou si l’image a été dessinée de mémoire, il faut examiner le visuel de chaque notice, ses crédits et, idéalement, les archives de création.
La répétition de plusieurs figures d’un même artiste rappelle certains procédés associés au pop art. Mais il serait trop rapide d’y voir une imitation directe et systématique d’Andy Warhol. Le site officiel mentionne des comparaisons critiques avec Warhol et Keith Haring ; cela n’est ni une déclaration de filiation technique pour chaque estampe ni la preuve que Ringo ait reproduit une méthode sérigraphique donnée. La prudence s’impose d’autant plus que beaucoup de ses œuvres sont éditées sous forme de reproductions giclées, et non de sérigraphies historiques.
2022 : Bandana Man et la réanimation d’une identité ancienne
Le tournant le plus net survient dans le communiqué officiel de Julien’s Auctions pour la vente The Creative Mind of a Beatle organisée en juin 2022. Deux notices en particulier permettent de parler d’autoportrait sans extrapolation : Bandana Man et Starr Art. La première est décrite comme un autoportrait original montrant Ringo dans son apparence de jeune Beatle, avec bandana et couvre-chef. L’image est animée par de petits mouvements du regard. La seconde représente l’artiste avec une casquette marquée d’une étoile devant un motif coloré circulaire.
Ces descriptions établissent la catégorie iconographique déclarée par les organisateurs de la vente. Elles n’établissent pas nécessairement que les fichiers numériques finaux datent des années Beatles. La formule « représentant Ringo à l’époque des Beatles » concerne d’abord l’âge et le personnage figurés ; la date de conception, de transformation et de vente doit être documentée séparément. En matière de collection, la différence entre portrait d’un Ringo jeune et image créée par le jeune Ringo est fondamentale.
Le mouvement ajoute une temporalité nouvelle. L’autoportrait, figé dans la feuille ou le tableau, devient une animation dont le regard peut changer. Le spectateur ne consulte plus exactement une image unique, mais une courte séquence produite à partir de cette image. Cette transformation multiplie aussi les intervenants possibles — animation, composition, enregistrement musical, édition du jeton — dont les crédits doivent être distingués pour établir les contributions de chaque participant.
Starr Art et Crash : quand la batterie rejoint l’autoportrait
La vente de 2022 comporte également Crash, décrit par Julien’s comme un autoportrait associé à des collisions de cymbales et à des effets de couleur. Les éditions proposent une formule hybride : image animée, contribution rythmique enregistrée par Ringo, jeton sur blockchain Ethereum et tirage physique signé sur toile. Une part des recettes est annoncée au bénéfice de la Lotus Foundation.
Cette association du visage et du son représente une vraie innovation dans son travail autobiographique. Le musicien n’accompagne plus seulement une œuvre exposée ; sa frappe participe à l’identité du portrait. Cela ne signifie pas que chaque œuvre soit un clip musical autonome ni que les NFT comportent tous la même séquence : le catalogue officiel distingue cinq compositions, quatre exemplaires numériques par œuvre et des prestations physiques et virtuelles associées à chaque lot.
Les notices de vente permettent donc d’identifier trois œuvres au moins revendiquées comme autoportraits dans la communication de 2022 : Bandana Man, Starr Art et Crash. Les titres Galaxy One et Galaxy Two relèvent, dans cette présentation, d’abstractions visuelles distinctes. Notre catalogue des cinq NFT et de leurs vingt lots documente les exemplaires ; ce chapitre explique leur place dans l’histoire de l’autoportrait.
Autoportrait et œuvre dérivée : la question du crédit artistique
Entre la photographie de 1966 et les animations de 2022, le principal danger est de traiter toutes les images comme si Ringo les avait réalisées de la même façon. Dans une photographie signée, il est crédité comme photographe, mais la fabrication du tirage postérieur dépend de l’éditeur et de ses prestataires. Avec la couverture de Shepard Fairey, il est à la fois le sujet et l’auteur d’une photographie source, tandis que le graphiste réinterprète le document. Avec un NFT animé, un tableau peut être la source d’un travail de mouvement, d’enregistrement sonore et de mise en circulation technique.
Le statut juridique et matériel varie autant que la fonction esthétique. Une peinture originale sur toile n’est pas une giclée sur papier. Une impression signée n’est pas nécessairement une œuvre unique. Un fichier associé à un jeton NFT n’est pas le fichier de création source et n’entraîne pas automatiquement la cession du droit d’auteur. Pour le collectionneur, ces distinctions ne sont pas de simples précautions de vocabulaire : elles déterminent ce que l’on détient réellement.
Une description muséale rigoureuse devrait donc séparer : l’auteur de l’image source, l’auteur de l’adaptation, le tirage, le support, l’éditeur, les éventuels fichiers animés et les droits annoncés. Les certificats et notices d’édition servent à identifier l’objet, non à prouver toutes les étapes de sa conception lorsqu’elles ne sont pas mentionnées.
L’autoportrait sous le signe du « Peace & Love »
Le vocabulaire visuel de Ringo est aujourd’hui indissociable de la formule Peace & Love, souvent associée au geste des deux doigts levés. Sur scène, dans les photographies et lors d’apparitions publiques, le signe participe à sa représentation personnelle. Il finit par agir comme un logo vivant. Cette puissance reconnaissable peut être employée par les photographes qui le mettent en scène aussi bien que par lui-même.
Pour autant, il faut distinguer une image de Ringo faisant le signe de la paix, prise par un photographe de presse, d’une œuvre produite par Ringo et fondée sur ce symbole. Le sujet n’est pas automatiquement l’auteur de la photographie. La présence du message pacifiste ne suffit pas non plus à faire de toute composition une peinture originale signée de sa main. L’étude de l’iconographie doit préserver les crédits de chaque professionnel, particulièrement dans le contexte publicitaire, sur les pochettes de disques et dans les campagnes caritatives.
Cette distinction rejoint les chapitres consacrés aux photographes qui ont représenté Ringo Starr : être une figure visuelle importante n’implique pas que l’on soit le réalisateur de toutes ses représentations.
Une mini-chronologie vérifiée de trois autoportraits photographiques
1966 — Self Portrait, Japon
Nature : photographie attribuée à Ringo Starr et prise pendant le séjour japonais des Beatles. Première édition détaillée étudiée : The Photograph Portfolio 2013, notice no 12. Édition : 25 tirages numérotés et signés, giclée, format 50,8 × 76,2 cm, certificat Genesis. Réemploi : couverture de Photograph ; adaptation graphique de Shepard Fairey pour Another Day in the Life selon Genesis.
Vers 1969 — Ringo Self-Portrait, film infrarouge
Nature : photographie sur film infrarouge, datation approximative vers 1969. Édition étudiée : The Photograph Portfolio de juillet 2024, notice no 5. Édition : 25 tirages signés et numérotés, giclée sur papier Hahnemühle Photo Rag, format 50,8 × 76,2 cm. Attention : la date du négatif et celle de l’édition ne sont pas identiques.
Années 1970 — Ringo, Self Portrait
Nature : autoportrait photographique couleur daté simplement des années 1970 dans la notice consultée. Édition étudiée : The Photograph Portfolio 2015, notice no 8, titre Ringo. Édition : 25 tirages signés et numérotés, giclée sur papier d’art, format 50,8 × 76,2 cm. Repère iconographique : présence de bagues et d’un pendentif mentionnés par Ringo dans le commentaire de l’éditeur.
Un inventaire de cinq familles visuelles à ne pas confondre
Le négatif ou cliché photographique
Image originale issue d’une prise de vue, dont la date et la technique doivent être établies sur la base de l’éditeur, des archives et si possible des éléments matériels. Les trois images discutées plus haut forment un sous-corpus photographique, non la totalité des photos montrant Ringo.
Le tirage photographique signé et édité
Objet contemporain reproductible en édition limitée, doté d’une numérotation, d’un papier, d’un format et de documents de provenance. Le nombre de tirages autorisés ne donne pas le nombre de clichés réalisés par l’artiste à l’époque.
L’illustration ou peinture représentant l’artiste
Œuvre produite en peinture traditionnelle ou numérique. Son auteur et sa date de création peuvent différer de ceux du modèle représenté ; sa classification comme autoportrait nécessite une attribution ou un indice iconographique probant.
La couverture conçue par un tiers à partir du portrait
Travail de transformation graphique : le portrait fourni par Ringo peut devenir la matière d’une œuvre nouvelle créée par un artiste comme Shepard Fairey. Les deux auteurs et les deux dates restent explicitement distingués.
Le portrait animé et son support numérique de collection
Œuvre hybride associant image, animation, musique et diffusion sur blockchain, parfois accompagnée d’un tirage physique signé. Pour les créations de 2022, la fiche doit documenter le jeton, son édition et ses crédits sans les confondre avec la peinture ou le fichier source.
Les recherches complémentaires nécessaires pour un catalogue raisonné
Malgré la richesse des notices Genesis, plusieurs points méritent encore une enquête : l’emplacement actuel des négatifs des trois autoportraits historiques ; les conditions exactes de prise de vue du portrait japonais ; la nature et la référence du film infrarouge vers 1969 ; les éventuelles épreuves d’époque avant les éditions modernes ; les crédits techniques de tirage et de retouche. Aucun de ces éléments n’est établi par le seul titre d’une œuvre ou sa notice commerciale.
Pour My Faces et les créations graphiques ultérieures, les fichiers sources, les photographies des originaux, les dimensions, les signatures et les documents de galerie représentent des témoignages matériels distincts. Les titres figurant dans les catalogues de 2005, 2008 et 2020 ne sont pas toujours directement comparables aux intitulés des éditions actuellement présentées. Certains titres ont pu circuler dans plusieurs éditions : un changement de numéro de catalogue ne démontre pas toujours une création nouvelle.
Pour les œuvres animées de 2022, le rapprochement entre l’image fixe et son adaptation demanderait un inventaire des fichiers, des crédits d’animation et de l’accompagnement sonore. Julien’s fournit des descriptions utiles et des numéros de lots, mais ne se substitue pas à une archive exhaustive des fichiers maîtres de l’artiste.
Ringo derrière l’objectif, devant son portrait et dans sa propre image
L’évolution n’est pas linéaire. Ringo photographie ses amis et lui-même pendant les années 1960 ; il peint avant de se tourner vers l’ordinateur ; il expose des images numériques à partir de 2005 ; il édite de nouvelles prises photographiques anciennes en 2013, 2015 et 2024 ; il fait animer des autoportraits en 2022. Plusieurs pratiques coexistent. Le photographe ne disparaît pas lorsque le peintre apparaît ; le Ringo du Japon de 1966 continue de traverser les éditions contemporaines.
Cette continuité révèle moins une recherche de ressemblance parfaite qu’un plaisir de déplacer les codes de représentation. Son visage est tour à tour une preuve photographique, un signe de mémoire, une matière graphique et un élément animé par le rythme. L’histoire de l’autoportrait chez Ringo Starr est donc aussi celle de ses supports : négatif, papier d’art, livre, image numérique, animation et jeton de collection.
En publiant de nouvelles notices de référence, ce dossier vise un objectif précis : permettre au lecteur d’identifier chaque œuvre sans confondre la personne photographiée, l’auteur du cliché, l’auteur du dessin, l’éditeur du tirage et le propriétaire d’un exemplaire. L’autoportrait est un genre artistique ; son inventaire est un exercice d’attribution.
L’autoportrait de Ringo et la représentation de son visage par les autres : un index à double entrée
Un portrait de Ringo Starr ne devient pas automatiquement un autoportrait au seul motif que le musicien y apparaît ou qu’il a signé une réédition commerciale. Pour un autoportrait photographique, la donnée décisive est l’auteur de la prise de vue. Pour un portrait dessiné, elle est l’auteur de la composition. Pour une animation numérique, la question se pose aussi de l’équipe responsable des modèles, des images et du mouvement. Le rôle du sujet, celui de l’auteur, du commanditaire et du signataire doivent être enregistrés séparément.
L’affiche psychédélique créée par Richard Avedon en 1967 et conservée à la National Portrait Gallery sous NPG D43290 constitue un témoin majeur de cette distinction. Ringo en est le modèle ; Avedon est crédité comme auteur, et l’institution précise que l’objet acquis en 2014 est une lithographie offset couleur mesurant 790 × 570 mm. Elle ne représente pas un dessin ou un autoportrait de Ringo, même si les signes de son image publique y sont fortement stylisés.
Une image, plusieurs auteurs et statuts
La séquence d’ouverture de The Beatles: Rock Band en 2009 relève d’un autre régime. Ringo y est un personnage animé ; la réalisation est créditée à Pete Candeland chez Passion Pictures, avec le travail de Rob Valley et de nombreux collaborateurs. Un dessin préparatoire du personnage n’est donc pas une œuvre graphique de Ringo. De même, une capture d’écran d’une animation ne remplace pas un original de production signé par son auteur.
À l’inverse, les images numériques que Ringo a créées en utilisant la souris et une tablette graphique dès les années 2000 participent bien de son propre travail visuel. L’anecdote de Zak illustre cependant qu’un dessin portant un prénom familial ne représente pas nécessairement son fils, comme Ringo l’a expliqué en 2007. Le titre doit rester distinct de l’identification du modèle.
Enfin, le film promotionnel Long Long Road de 2026 réalisé par Francesca Gregorini fait circuler à nouveau des images familiales dont certaines sont annoncées comme inédites. L’autoportrait de Ringo, son portrait par autrui et sa représentation animée peuvent s’y côtoyer au sein du même récit autobiographique, sans fusionner en un unique corpus d’auteur. L’historien doit relever l’image originale, le crédit connu, sa provenance, la date de première publication et sa place dans le montage.
Le même autoportrait en 1966, 2013 et 2019 : une œuvre-source, plusieurs médiations
La documentation Genesis Publications apporte une chaîne d’attributions rare à l’histoire de l’autoportrait de Ringo Starr. Le musicien prend une photographie de lui-même durant la tournée des Beatles au Japon en 1966. Cette image sert ensuite à la couverture du livre Photograph paru en 2013 et devient une estampe d’art signée du portfolio photographique de la même année. Elle inspire finalement à Shepard Fairey une adaptation graphique pour la couverture d’Another Day in the Life, diffusé à partir des campagnes éditoriales de 2018–2019.
Cette suite ne décrit pas quatre autoportraits originaux pris à quatre dates. Le négatif ou cliché-source est un document de 1966, le livre est une publication de 2013, le tirage est un objet numéroté du XXIe siècle et la version conçue par Fairey constitue une nouvelle interprétation graphique d’une photographie ancienne. Le rôle de Fairey est celui d’auteur du traitement visuel de couverture, non de photographe de la séance japonaise.
Comparaison des sources
La fiche Genesis du tirage Self Portrait parle de vingt-cinq impressions signées de Ringo au format 50,8 × 76,2 cm. Une photographie originale ancienne et sa reproduction en grand format ne possèdent pas nécessairement le même procédé ni la même texture. Il faut donc renseigner « date de prise de vue : 1966 » et « édition de l’objet de collection : 2013 » plutôt que d’imprimer le seul millésime 1966 sur toutes les épreuves.
Les portraits de Ringo par Richard Avedon en 1967, ou ses représentations animées réalisées par des studios, appartiennent encore à d’autres classes. On peut étudier la circulation de son visage dans l’art populaire sans appeler « autoportrait » chaque image où il figure. Le champ « auteur de la prise de vue ou de la composition » doit gouverner le classement, avant même le titre commercial ou la signature du détenteur.
Cette méthodologie aide les collectionneurs à comprendre pourquoi une lithographie signée, une affiche offset, une estampe photographique et une couverture dessinée d’après un cliché ancien ne sont pas des objets équivalents et ne réclament pas la même chaîne d’authentification.
Sources documentaires complémentaires
- Genesis Publications, Self Portrait, Japon 1966, tirages de 2013 et reprise Shepard Fairey — https://www.genesis-publications.com/book/rareevent2020/rare-editions
- Genesis Publications, Another Day In The Life, crédits de couverture et édition — https://genesis-publications.com/books/9781905662586/another_day_in_the_life
Autoportrait, signature et fabrication de l’image : trois actes distincts
Un autoportrait implique que le sujet et l’auteur principal de la prise de vue ou de la composition correspondent, mais cette identité doit être démontrée. La signature de Ringo sur un tirage commercial ne prouve pas qu’il a actionné l’appareil photographique lorsque le musicien figure lui-même dans l’image.
L’autoportrait japonais de 1966 reproduit par Genesis, les compositions de visages numériques à partir des années 2000 et les photographies de Ringo par Richard Avedon sont trois classes à traiter séparément. La première peut relever d’une photographie déclenchée par Ringo ; les secondes de créations numériques ; les dernières du portrait par un professionnel tiers.
La preuve matérielle et sa portée
Une image-source peut être réinterprétée graphiquement par un autre artiste, comme dans les projets éditoriaux associés à Shepard Fairey. L’auteur du négatif conserve son crédit, et l’artiste de la transformation doit recevoir le sien. Une couverture ne peut effacer ces deux étapes d’auteur sous un intitulé unique.
Le registre doit documenter la technique, la date d’image, la date d’édition, le sujet, le créateur et les interventions nouvelles. Cette grille est particulièrement importante pour les images où le visage du musicien réapparaît dans les clips autobiographiques récents.
Le visage rétrospectif de 2026 : autoportrait ou film composé par autrui ?
Contexte documentaire
Le clip Long Long Road donne à voir Ringo à travers une suite d’images de différentes époques, présentées à l’intérieur d’un film contemporain réalisé par Francesca Gregorini. L’ensemble est autobiographique dans son sujet, mais ce caractère ne transforme pas le montage en autoportrait photographique entièrement réalisé par Ringo.
Distinguer les supports et les auteurs
Un autoportrait suppose un acte d’auteur sur la prise de vue ou la création plastique. Une archive familiale présentant Ringo enfant, une photo prise par Henry Diltz ou une mise en scène tournée par une réalisatrice ne deviennent pas des autoportraits parce qu’elles racontent sa vie. L’attribution de chaque image repose sur l’identification de sa source et de son auteur, lorsque ces informations sont disponibles.
Méthode d’inventaire et limites de la preuve
Le lien avec les dessins de visages de My Faces reste interprétatif : l’identité de Ringo y est construite de manières très différentes. Un titre et un portrait peuvent aussi induire en erreur, comme pour Zak, dont Ringo a déclaré qu’il ne représentait pas son fils. L’identification d’un sujet doit être démontrée et non déduite d’une proximité familiale.
Sources et références des œuvres
Album 2026 et collaboration avec T Bone Burnett : https://www.ringostarr.com/ringo-starr-announces-long-long-road-his-second-album-with-t-bone-burnett/ ; Annonce officielle du vidéoclip par Francesca Gregorini, 24 avril 2026 : https://www.ringostarr.com/ringo-starr-brings-us-along-on-his-musical-journey-on-long-long-road/ ; Référence de l’édition japonaise SHM-CD, UICY-16423 : https://www.universal-music.co.jp/ringo-starr/ ; Édition CD anglaise UMR, référence 5708479, liste des dix titres : https://shop.abbeyroad.com/products/long-long-road-cd ; Communiqué Look Up, enregistré à Nashville et Los Angeles, paru en janvier 2025 : https://www.ringostarr.com/ringo-starr-announces-new-country-album-look-up/.
Les trois autoportraits photographiques de Genesis : une chronologie qui ne suit pas celle des éditions
L’autoportrait de Ringo Starr constitue un chapitre où la terminologie peut créer de nombreuses confusions. La première série Photograph, en 2013, édite sous le titre Self Portrait une photographie située au Japon en 1966. Le portfolio de 2015 contient une épreuve intitulée simplement Ringo, située dans les années 1970. Enfin, la vitrine de Genesis remaniée pour 2024 comporte un Ringo Self-Portrait, présenté comme un cliché réalisé sur film infrarouge vers 1969. Trois publications, trois titres et trois contextes de prise de vue ne sauraient être résumés par la mention « autoportrait de Ringo, années 1960 ».
1966, Japon : appareil photographique et conscience de sa propre image
La scène du Japon, en 1966, est associée à la première visite des Beatles dans le pays et à la découverte, selon Ringo, des appareils Pentax. Il serait abusif d’affirmer sans examen du négatif que cette photographie a été prise avec un modèle précis de cette marque : le souvenir de l’achat d’un appareil par les musiciens ne démontre pas la référence de celui qui a servi à déclencher ce portrait. La notice de 2013 situe cependant l’image assez précisément pour qu’elle puisse être confrontée aux photographies des studios, des hôtels et des voyages japonais de la même période.
Il faut également distinguer la formule « Ringo se photographie » de l’affirmation « Ringo apparaît photographié ». Un autoportrait peut avoir été réalisé devant un miroir, par déclenchement différé ou par manipulation à distance. Sans preuve technique, la désignation publiée par Genesis constitue la référence disponible, sans prouver quel dispositif de prise de vue fut utilisé. Un témoignage personnel de Ringo sur ses appareils ou son goût pour la photographie forme un contexte précieux, mais n’équivaut pas à une expertise du négatif.
Vers 1969 : l’infrarouge, un procédé photographique et non un simple effet esthétique
La page commerciale actuelle de Genesis décrit une image intitulée Ringo Self-Portrait, datée approximativement de 1969, réalisée sur film infrarouge. Le procédé doit être conservé au niveau des métadonnées du négatif historique, indépendamment de celui employé plus tard pour le tirage de collection giclée. On peut ainsi avoir une prise de vue argentique sur film infrarouge et une reproduction giclée signée en édition contemporaine sans contradiction. L’une indique le procédé de capture, l’autre la méthode d’impression et de diffusion. On ne peut déduire du mot « infrarouge » ni la sensibilité précise du film, ni l’appareil, ni le type de filtre utilisé.
Le photographe expérimente ici les possibilités de représenter sa propre apparence autrement que par le portrait standard du Beatle en scène. La photographie n’est pas une simple image de promotion de son album solo : sa date présumée la situe au moment de la fin des Beatles, mais l’attribution du cliché à une campagne particulière exigerait des documents. Cette prudence est essentielle face à la tentation de rattacher chaque portrait de la période 1968–1970 à un disque dont les fans connaissent parfaitement l’iconographie.
Les années 1970 : bagues, collier et mémoire du corps
L’épreuve intitulée Ringo dans le portfolio de 2015 est située par Genesis dans les années 1970. Ringo évoque dans le commentaire les bagues qu’il porte et un collier de saint François offert par sa tante, dont il raconte la disparition au contact du public. Ce souvenir fait apparaître un autre genre de précision iconographique : bijoux et vêtements deviennent des repères permettant de comparer des portraits de différentes années. Mais une anecdote sur la perte d’un collier ne fournit pas nécessairement la date du cliché ou l’identité de l’objet porté sur chacune des vues de la même époque.
Une confrontation avec les ventes aux enchères ultérieures peut enrichir ce travail, sans lui donner artificiellement une certitude. Christie’s a notamment présenté en 2026 une bague au petit doigt portée par Ringo pendant les années Beatles, visible sur des photographies de la période ; cela ne permet pas d’identifier automatiquement la bague visible dans l’autoportrait des années 1970 comme l’objet de la vente. La concordance entre ces deux objets demeure donc indéterminée : la forme, les dimensions, la main concernée, les éventuelles pierres ou inscriptions et la chronologie des photographies ne sont pas toutes établies de manière comparable. L’association de deux objets par le seul mot « bague » ne constitue pas une provenance.
Un catalogue iconographique doit séparer autoportrait photographique et image de soi commandée à autrui
Le terme autoportrait peut être employé dans un sens culturel large lorsqu’un artiste met en scène son personnage public, choisit une image promotionnelle ou intervient dans un clip retraçant sa vie. Toutefois, pour un catalogue raisonné, la terminologie doit être plus précise. Une image composée par un graphiste d’après la photographie de Ringo relève de la commande d’image ou de l’appropriation esthétique ; un portrait de studio signé par un photographe professionnel reste l’œuvre de ce photographe ; une photographie réalisée par Ringo devant un miroir ou grâce à un retardateur peut relever de l’autoportrait photographique. Une peinture numérique du visage par Ringo ouvre enfin une autre catégorie de création.
Le problème des images éditées plusieurs décennies après la prise de vue
La présence d’une signature manuscrite sur un tirage contemporain ne renseigne pas en elle-même la date d’origine du cliché. Pour les trois autoportraits Genesis, deux dates doivent être distinguées lorsqu’elles sont établies : celle de la prise de vue historique et celle de la publication de la feuille signée. La date de l’édition ne doit pas remplacer celle de l’événement représenté. Lorsque la reproduction numérique a modifié le contraste, le cadrage ou les marges d’une ancienne image, ces transformations doivent être décrites dans un troisième champ, celui de la préparation de l’édition d’art.
Une grille comparative en trois notices
YSN-RS-AUTO-01 : Self Portrait, photographie située au Japon, 1966 ; épreuve Genesis publiée en 2013 ; procédé de prise de vue précis à vérifier ; ne pas confondre avec l’infrarouge. YSN-RS-AUTO-02 : Ringo Self-Portrait, vers 1969 ; film infrarouge annoncé par Genesis ; épreuve proposée sur la vitrine actualisée en 2024 ; identité de l’appareil et circonstances de prise de vue non établies. YSN-RS-AUTO-03 : Ringo, autoportrait des années 1970 dans la série 2015 ; informations sur les bagues et le collier dans le commentaire de l’artiste ; date de prise de vue à affiner par concordance iconographique.
Pour éviter un faux décompte d’œuvres, ces trois notices constituent trois occurrences éditoriales distinctes et trois scènes décrites différemment. Leur réunion dans un même index thématique ne les transforme pas en une « trilogie » conçue comme telle dans les années 1960 ou 1970. C’est précisément au catalogue raisonné de faire apparaître cette histoire de publication tardive, de choix d’images et de mémoire autobiographique.
Le portrait réciproque de Munich, 23 juin 1966 : Ringo modèle, puis photographe
Une notice de vente de photographie historique apporte un témoignage rare sur la manière dont Ringo Starr pouvait passer de l’autre côté de l’appareil pendant les tournées des Beatles. Le 23 juin 1966 à Munich, un photographe professionnel réalise un portrait de Ringo dans son hôtel, avant la série de concerts allemands. Une déclaration associée au cliché décrit le batteur observant sa silhouette dans un reflet, portant des lunettes, une chemise de soie à motifs et une veste en daim. Le témoin raconte qu’après avoir retiré cette veste, Ringo a pris un appareil dans sa valise pour photographier le photographe. Ce récit met en évidence la réciprocité des regards : l’artiste n’est pas seulement la vedette que les opérateurs documentent, il observe et photographie aussi ceux qui viennent le rencontrer.
Une image attestée, une photographie réciproque encore introuvable
Le portrait professionnel est décrit comme accompagné d’un négatif 35 mm original, d’un tirage noir et blanc, d’une vignette et d’une documentation de provenance. En revanche, le commentaire sur l’appareil que Ringo sort de sa valise ne prouve pas que le cliché du photographe réalisé par le musicien ait été conservé, développé ou publié. Il faut donc ouvrir une entrée de recherche « photographie possiblement prise par Ringo le 23 juin 1966 » sans lui attribuer un identifiant d’œuvre existante ou prétendre en connaître le cadrage. Ce statut provisoire respecte la différence entre le récit d’un geste photographique et l’existence matérielle d’une photographie.
Un problème de légende géographique à laisser ouvert
Le descriptif de la vente situe la rencontre au Four Seasons Hotel de Munich. Or les chronologies contemporaines de l’arrivée des Beatles le 23 juin 1966 identifient le Bayerischer Hof comme leur hôtel et le lieu de la conférence de presse. Ces deux localisations doivent être conservées comme témoins contradictoires, avec leurs sources. Sans examen du revers du tirage, de la déclaration originale et d’une photographie du décor, il serait abusif de choisir l’une des adresses et de corriger silencieusement l’autre. La prise de vue du 23 juin appartient au contexte de la tournée allemande, mais sa localisation intérieure exacte réclame une vérification supplémentaire.
Le « regard de soi » n’est pas toujours un autoportrait
Ringo observant son reflet dans une photographie prise par un tiers peut donner au spectateur l’impression d’un autoportrait, mais le document reste crédité à son opérateur initial. De même, la présence de Ringo tenant un appareil ne suffit pas à attribuer le cliché qui le représente à Ringo. L’expression « autoportrait photographique » ne convient qu’aux images dont Ringo est l’auteur attesté, notamment lorsqu’un retardateur ou un miroir a été documenté. Le portrait de Munich démontre surtout le goût de Ringo pour la photographie et son rapport aux autres opérateurs, ce qui relève de l’histoire de sa pratique sans créer artificiellement une œuvre supplémentaire.
Les autoportraits édités par Genesis : trois autres états
Dans la première série Photograph de 2013, l’éditeur publie un Self Portrait situé au Japon en 1966. Le portfolio de 2015 donne un tirage intitulé Ringo, situé dans les années 1970. Le catalogue de 2024 propose un Ringo Self-Portrait, image réalisée sur film infrarouge vers 1969. La proximité thématique ne justifie pas de fusionner les trois notices. L’éditeur apporte des dates et des contextes distincts ; il faut encore les confronter à la séquence des négatifs, aux appareils et aux reproductions imprimées pour apprécier précisément les variantes de composition et de technique.
L’importance de la provenance dans une histoire des autoportraits
Pour les photographies de Ringo, la signature portée sur un tirage de collection n’est pas une preuve automatique qu’il a tenu l’appareil lors de la prise de vue. Le portrait de Munich, dont une vente affirme inclure les droits de reproduction et le négatif original, appartient à une chaîne de création indépendante des épreuves Genesis signées par Ringo. Dans les archives visuelles, trois fonctions peuvent donc se succéder : Ringo sujet d’une photographie prise par un professionnel ; Ringo auteur d’une image du professionnel ; et Ringo commanditaire, commentateur ou signataire d’une édition ultérieure. Chacune nécessite un crédit et une provenance spécifiques.
Cette approche donne un sens plus profond à l’autoportrait chez Ringo : au lieu d’une simple suite de visages célèbres, on étudie le passage de l’interprète observé à l’artiste qui décide lui-même de regarder. La recherche doit cependant rester matérielle : la datation, le négatif, le certificat, les inscriptions et les correspondances photographiques sont les preuves nécessaires pour que l’intuition esthétique se transforme en notice encyclopédique.
Ringo peint par Marge Simpson en 1991 : quand un portrait de fiction risque d’être pris pour une œuvre réelle
Le récolement des autoportraits de Ringo Starr gagne à intégrer les images du musicien fabriquées par d’autres, y compris lorsqu’elles appartiennent à une fiction. Dans Brush with Greatness, épisode des Simpson du 11 avril 1991, Marge retrouve plusieurs portraits de Ringo qu’elle avait réalisés adolescente. Leur découverte déclenche sa reprise d’études de peinture. Ringo, caricaturé par les animateurs de la série, apparaît lui-même et prête sa véritable voix à son personnage dans la version originale. Il ne s’agit cependant ni de ses autoportraits ni de peintures qu’il aurait offertes, acquises ou commandées : les œuvres décrites dans le récit ont pour auteur fictif Marge Simpson.
Trois niveaux d’images dans une seule séquence
Le premier niveau correspond à l’effigie de Ringo telle qu’elle est dessinée par les animateurs pour qu’il apparaisse dans la série. Le deuxième est constitué par les portraits de Ringo présentés comme des peintures adolescentes de Marge ; leur auteur dans l’histoire n’est donc pas Ringo. Le troisième concerne le portrait de M. Burns peint par Marge pour l’aile d’un musée fictif de Springfield. Ce dernier représente une commande picturale et non un événement attesté d’une institution muséale réelle. Dans les trois cas, la fabrication matérielle à l’écran relève de l’équipe de la production animée, non d’un atelier du musicien.
La voix du modèle n’est pas la main de l’artiste
Ringo joue son propre personnage en studio vocal. La présence d’une voix authentique permet d’établir une participation artistique sonore, mais ne démontre aucun geste pictural de sa main. Cette distinction répond exactement aux difficultés soulevées par les photographies signées de Genesis : l’auteur de l’image, le personnage représenté, la voix entendue, le propriétaire d’une collection et le signataire d’un exemplaire peuvent être des personnes différentes. Une recherche fondée sur le seul nom de Ringo risquerait de transformer les tableaux de Marge, les portraits photographiques commerciaux et les vrais autoportraits du musicien en un corpus imaginaire.
1991 : un rôle esthétique fictif avant la publication réelle de My Faces
Le choix scénaristique de Ringo comme destinataire d’un portrait rappelle la fascination ancienne exercée par les visages des Beatles dans la culture populaire. Pourtant, l’exposition numérique My Faces de 2005 et les séries de sérigraphies ou de giclées qui ont suivi relèvent d’une activité de création documentée plus tardivement. Il serait erroné de déduire de la participation du batteur à une fiction télévisée en 1991 qu’il exposait déjà ses propres portraits numériques à cette date. L’épisode constitue en revanche une preuve de réception culturelle de son image et de son intérêt narratif comme figure du monde de l’art.
| Image | Auteur pertinent | Statut |
|---|---|---|
| Ringo dessiné dans Les Simpson (1991) | Artistes de l’équipe d’animation | Représentation graphique d’un invité réel |
| Tableaux de Ringo attribués à Marge dans l’épisode | Marge Simpson dans la fiction ; équipe de production dans la réalité | Œuvres de fiction, sans attribution à Ringo |
| Autoportraits des portfolios Genesis | Ringo lorsque sa prise de vue est attribuée et documentée | Photographie-source, puis estampe de collection à date distincte |
| My Faces (2005) | Ringo comme créateur des compositions graphiques documentées | Œuvres numériques et éditions imprimées, à inventorier séparément |
Pour une encyclopédie, l’important n’est pas de supprimer ces images fictives, mais de les classer dans une rubrique consacrée aux représentations et à la réception du musicien. Cette précaution protège le catalogue de ses créations propres contre les attributions d’œuvres qui n’ont jamais existé comme objets de son atelier.
Sources : Apple TV, présentation de Brush with Greatness, épisode du 11 avril 1991 ; SimpsonPark, Le Pinceau qui tue, code 7F18 ; catalogues Genesis Publications pour les autoportraits photographiques ; archives d’Animazing Gallery sur My Faces. Récolement du 20 octobre 2026.
2023 — Now and Then : être filmé ne signifie pas réaliser son autoportrait
Le clip Now and Then de Peter Jackson montre Ringo Starr à plusieurs âges de sa vie, grâce à des prises de vue contemporaines et au réemploi d’images des séances de 1995 avec George Harrison et Paul McCartney. Cette présence de Ringo dans le film ne constitue pas un autoportrait au sens photographique ou artistique. Le montage, les choix d’archives et certaines compositions visuelles relèvent de l’équipe de Jackson, tandis que Ringo contribue comme personne filmée et musicien. L’analyse des images de soi doit distinguer le portrait exécuté par un autre, la participation à une séance filmée, l’autoportrait photographique réalisé par Ringo et le dessin ou la peinture qu’il signe effectivement. Cette différence est fondamentale pour éviter d’attribuer au musicien des œuvres dont il est le sujet sans être le créateur. Lire l’étude des archives, du montage et du film de Peter Jackson en 2023 →
Quatre frontières de l’autoportrait chez Ringo Starr
Le retardateur et le miroir : deux moyens, deux situations d’auteur
Une image baptisée Self Portrait peut avoir été réalisée devant un miroir, avec un retardateur ou au moyen d’un autre dispositif. Le titre de l’édition ne permet pas toujours de reconstituer la méthode de prise de vue. Les photographies de Ringo publiées par Genesis montrent plusieurs périodes et des effets de pellicule différents ; il faut donc enregistrer le support et le contexte de chaque image plutôt que leur attribuer une technique uniforme. Le geste d’autoportrait implique la décision de représenter sa propre image, mais les circonstances matérielles demeurent à établir par les preuves disponibles.
La présence de Ringo devant l’objectif ne suffit pas non plus à faire d’une scène un autoportrait. Une photographie prise par un ami ou un professionnel peut entrer dans ses archives personnelles sans changer d’auteur. Les crédits de prise de vue et de publication doivent rester distincts.
Japon en 1966 : une image de soi dans l’environnement de la tournée
Le Self Portrait associé aux archives japonaises de 1966 constitue un cas instructif, car la prise de vue est historiquement située dans un déplacement des Beatles. L’image peut témoigner d’un regard plus intime que les portraits officiels réalisés lors d’une conférence de presse ou d’un concert. Mais la légende contemporaine du tirage doit être confrontée aux documents d’époque pour préciser le lieu, le jour et le dispositif. Une description qui fixerait d’emblée toutes ces données sans preuve serait plus spectaculaire qu’encyclopédique.
Le passage du cliché privé au tirage signé ajoute une seconde couche d’auteur : le musicien choisit de diffuser l’image dans une édition contemporaine. La date de signature de l’épreuve ne peut se substituer à celle de la prise de vue. Une bonne notice conserve ces deux moments sans les confondre.
Vers 1969 : l’effet infrarouge n’est pas un filtre numérique
La présentation du portfolio 2024 mentionne un autoportrait réalisé avec un film infrarouge à la fin des années 1960. Ce renseignement est important parce qu’il rappelle l’existence de procédés de transformation d’image bien avant l’informatique. Les tonalités inhabituelles d’un portrait ne prouvent pas une retouche tardive sur ordinateur ; elles peuvent résulter de la sensibilité d’une émulsion, de filtres optiques et des conditions de développement. Il faut cependant s’abstenir de décrire le laboratoire exact en l’absence d’archives matérielles.
L’édition tardive peut accentuer ou modifier des contrastes, ajoutant un second ensemble de choix à l’image source. Pour étudier la technique, l’idéal serait de comparer le négatif, une éventuelle épreuve d’époque et la feuille reproduite en 2024. Les conclusions doivent rendre visible le niveau de preuve de chaque comparaison.
Les visages de My Faces ne sont pas tous des autoportraits
L’identité graphique d’un personnage peut rappeler Ringo sans être un autoportrait. Plusieurs figures publiées sous My Faces possèdent des yeux, des contours et des attributs simplifiés qui invitent à rechercher la ressemblance avec le musicien. Pourtant, un personnage inventé, un portrait de famille et une variation humoristique d’une tête générique doivent pouvoir conserver des statuts distincts. Le catalogue ne saurait déterminer automatiquement l’identité du modèle parce qu’il reconnaît les codes visuels associés à son auteur.
L’interprétation devient particulièrement difficile lorsque le titre fonctionne comme une plaisanterie ou une déformation de langage. Une bonne fiche distinguera autoportrait déclaré, attribution de modèle probable, personnage non identifié et motif abstrait. Cette grille évite d’étendre artificiellement le corpus des images de soi.
L’autoportrait comme responsabilité de prise de vue, et non comme simple présence du visage
L’un des problèmes les plus fréquents de l’iconographie de Ringo Starr tient au sens du mot « autoportrait ». Un portrait représentant le batteur peut avoir été réalisé par un photographe professionnel, par un ami ou par un membre de sa famille. Une photographie conservée dans ses archives personnelles peut montrer son visage sans qu’il ait déclenché l’appareil. Le catalogue de ses autoportraits doit donc procéder par attribution du geste photographique et non par reconnaissance du sujet. La popularité des images du groupe complique cette distinction, puisqu’un tirage commercial intitulé Ringo peut circuler sans le nom du photographe visible sur la reproduction.
La signature ajoutée lors d’une édition limitée appartient à un autre moment de la vie de l’objet. Une épreuve photographique représentant Ringo peut être signée par lui plusieurs décennies après la capture. Cet acte fait partie de l’histoire de l’édition et possède un intérêt pour les collectionneurs, mais il ne suffit pas à qualifier le cliché d’autoportrait. Quatre données doivent donc rester distinctes : la date de prise de vue, l’attribution du négatif, l’identité du sujet et la date de fabrication du tirage. Le même principe s’applique aux représentations graphiques : une illustration de Ringo réalisée par un dessinateur extérieur ne devient pas une création de Ringo parce qu’il l’a approuvée ou dédicacée.
Trois façons d’être présent dans l’image
On peut distinguer, pour le travail photographique, trois situations que les éditions de Ringo rendent particulièrement visibles. La première est celle où il réalise une photographie de ses compagnons et demeure hors champ ; sa présence se manifeste par un point de vue, non par la reproduction de son visage. La deuxième est celle de l’autoportrait au sens strict, lorsque Ringo est à la fois la personne représentée et le photographe attesté. La troisième correspond au portrait réalisé par un tiers, où la personnalité publique peut coopérer à la mise en scène mais ne devient pas pour autant l’auteur du cliché.
Ces situations peuvent également se mélanger au sein d’un livre autobiographique. Photograph réunit des prises de vue personnelles et des documents conservés dans l’archive familiale ; Beats & Threads montre largement des objets et des vêtements associés au musicien, parfois photographiés par des spécialistes ; Lifted prend pour point de départ des images retrouvées qui ravivent une mémoire. Ringo peut être narrateur de ces trois ouvrages sans être le photographe de toutes les images publiées. Sa voix autobiographique et la paternité matérielle d’une prise de vue sont des responsabilités qu’il faut dissocier.
Le cas de Ringo and George : une scène intime n’est pas automatiquement un autoportrait
La photographie Ringo and George, présentée par Genesis Publications dans un portfolio de 2015, montre les deux musiciens dans les coulisses d’un concert de New Brighton en 1961. Elle documente un moment ancien de leur relation, alors que Ringo joue encore dans un autre groupe. Elle peut être légitimement inscrite dans un ensemble de documents personnels qui ont une valeur autobiographique pour lui. Mais le fait qu’il figure dans le cadre aux côtés de George rend l’attribution de l’appareil particulièrement importante. Sans renseignement permettant d’identifier la personne ayant pris le cliché, il faut laisser la question ouverte.
Ce refus de conclure ne revient pas à nier la possibilité technique d’un autoportrait à plusieurs personnes. Il signifie seulement que la photographie publiée et la légende de l’éditeur n’établissent pas nécessairement l’emploi d’un retardateur, d’un déclencheur à distance ou d’un autre dispositif. Une hypothèse de réalisation doit rester une hypothèse. La valeur de l’image demeure entière comme témoin des relations entre musiciens et comme élément de la collection de Ringo.
Le portrait des années 1970 : la qualification d’autoportrait devient explicite
Dans le même portfolio, une photographie simplement appelée Ringo est décrite par l’éditeur comme un autoportrait des années 1970. Ringo commente notamment des bijoux visibles sur l’image, dont un collier reçu d’une parente. Ici, l’attribution est plus explicite : l’éditeur présente le musicien comme sujet et auteur du cliché. Le niveau de certitude est donc différent de celui de Ringo and George, même si l’enquête gagnerait encore à retrouver le négatif ou une documentation contemporaine.
La datation en « années 1970 » ne doit pas être ramenée à une année exacte au seul motif qu’un détail vestimentaire ressemble à une photographie promotionnelle connue. Les bijoux, coiffures et vêtements peuvent être portés pendant de longues périodes. De même, un titre générique ne permet pas de fusionner ce cliché avec tous les autres autoportraits du musicien. Pour chaque édition, la description doit conserver le cadre, les caractéristiques physiques et le témoignage qui l’accompagne.
Les visages numériques : représenter un personnage n’est pas se représenter soi-même
Le passage de la photographie à la composition informatique change la question de l’autoportrait. Ringo réalise des figures aux contours volontiers simples, avec des yeux, des visages, des casquettes ou des attributs très stylisés. Certaines sont explicitement associées à son personnage public ; d’autres peuvent être des portraits imaginaires ou des motifs graphiques indépendants. La ressemblance physique ne fournit pas, à elle seule, une preuve d’intention autobiographique. L’exemple de Zak, dont le titre pourrait suggérer son fils Zak Starkey, rappelle que les noms d’œuvres sont parfois ambigus et doivent être confrontés aux déclarations du créateur.
Dans un catalogue iconographique, il faut éviter de transformer tous les visages masculins aux traits simples en autoportraits de Ringo. Les notices de galerie, les commentaires d’artiste et les œuvres elles-mêmes peuvent éclairer la question, mais leurs apports restent de nature différente. Le titre commercial permet d’identifier une édition ; la déclaration autobiographique peut préciser la personne ou le motif ; l’observation formelle permet de comparer des solutions graphiques sans inventer une identité derrière chacune d’elles.
2022 : l’animation reprend le portrait sans restituer son origine exacte
La collection NFT The Creative Mind of a Beatle donne un prolongement nouveau à ces figures. Bandana Man, Starr Art et Crash intègrent des personnages qui renvoient à la silhouette ou au visage du musicien, puis les placent dans un environnement animé lié à des compositions de batterie. Le mouvement et le son produisent un nouvel état du motif. Ils ne permettent cependant pas, à eux seuls, de dater le premier dessin ou de déterminer si celui-ci avait été conçu dès l’origine comme un autoportrait destiné au numérique.
Il faut conserver deux chronologies : celle de la composition graphique ancienne, si elle est identifiable, et celle de sa transformation audiovisuelle en 2022. La vente de vingt jetons correspondant à cinq compositions ajoute enfin une histoire commerciale, distincte de la création de chaque personnage. Une image de Ringo peut ainsi traverser plusieurs supports sans changer de sujet, tandis que son statut d’œuvre, d’édition et d’exemplaire se transforme profondément.
L’autoportrait indirect : un costume, un geste ou un instrument
L’histoire de l’image de soi ne s’arrête pas aux portraits où apparaît un visage. Une paire de lunettes, une casquette étoilée, une tenue des années Beatles, une batterie ou le geste de paix peuvent évoquer Ringo de manière immédiatement reconnaissable. Il est possible d’analyser ces motifs comme des formes d’autoreprésentation indirecte lorsque l’artiste les réemploie consciemment dans son propre travail. Cette lecture doit toutefois rester explicitement une interprétation iconographique. Une photo de costume réalisée pour Beats & Threads n’est pas automatiquement un autoportrait plastique de Ringo ; un objet conservé dans sa collection ne devient pas une œuvre personnelle parce qu’il le représente symboliquement.
La sculpture de la main Peace and Love offre une variante intéressante : le geste associé publiquement au musicien devient une forme tridimensionnelle sans visage. Elle peut fonctionner comme sa signature culturelle dans l’espace urbain et sur les photographies de visiteurs. Cette interprétation n’efface pas l’histoire de sa fabrication, de ses éditions ni celle des photographes qui diffusent ensuite son image.
La distinction entre autoportrait et portrait par un tiers se prolonge dans le dossier des grands photographes et dans l’enquête critique sur les attributions. Une image de soi est toujours située dans une relation entre créateur, sujet, support et public.
Sources primaires et documentation critique
Sources : ACES Gallery, photographie de Ringo à Munich le 23 juin 1966 avec déclaration du photographe, négatif 35 mm et provenance Spink, vente du 18 octobre 2026 reproduite par Drouot — https://drouot.com/en/l/35150700-lin-ge-si-ta-er-biao-kuang-zhao-pian-zhe-zhang-hei-bai-zhao ; The Paul McCartney Project, conférence de presse et hôtel Bayerischer Hof, 23 juin 1966 — https://www.the-paulmccartney-project.com/interview/munich-1966-press-conference/ ; Genesis Publications, catalogues Photograph Portfolio 2013, 2015 et 2024 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2024/the_photograph_portfolio_2024 .
Références primaires des trois autoportraits : Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2013, photographie numéro 12 « Self Portrait », Japon 1966 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart/the_photograph_portfolio_2013 ; Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2015, numéro 8 « Ringo », années 1970 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2015/the_photograph_portfolio_2015 ; Genesis Publications, The Photograph Portfolio, numéro 5 « Ringo Self-Portrait », film infrarouge vers 1969, vitrine révisée en 2024 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2024/the_photograph_portfolio_2024 .
- National Portrait Gallery, Ringo par Richard Avedon (1967), référence D43290 — https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw275595/Ringo-Starr
- Animafest Zagreb, The Beatles: Rock Band, équipe créative de 2009 — https://www.animafest.hr/arhiva/en/2010/film/read/harmonix_the_beatles_rock_band_intro_cinematic.html
- Ringo Starr, présentation officielle du film Long Long Road par Francesca Gregorini, avril 2026 — https://www.ringostarr.com/ringo-starr-brings-us-along-on-his-musical-journey-on-long-long-road/
Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2013, notice 12, « Self Portrait ». Japon, 1966, édition limitée de 25 tirages signés ; informations sur le format et la fabrication. Notice de l’éditeur : genesis-publications.com/prints/ringophotoart/the_photograph_portfolio_2013.
Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2015, notice 8, « Ringo ». Autoportrait daté des années 1970, légende d’auteur et édition de 25 tirages. Notice de l’éditeur : genesis-publications.com/prints/ringophotoart2015/the_photograph_portfolio_2015.
Genesis Publications, The Photograph Portfolio, juillet 2024, notice 5, « Ringo Self-Portrait ». Pellicule infrarouge, vers 1969 ; édition de 25 tirages et données matérielles. Notice de l’éditeur : genesis-publications.com/prints/ringophotoart2024/the_photograph_portfolio.
Genesis Publications, « Rare Editions », mai 2020. Description historique du tirage « Self Portrait » du Japon en 1966, utilisé pour la couverture de Photograph puis adapté par Shepard Fairey pour Another Day in the Life. genesis-publications.com/book/rareevent2020/rare-editions.
Genesis Publications, Photograph (2013), fiche d’édition. Publication du livre de photographies et distinction des éditions Collector et Deluxe. genesis-publications.com/books/9781905662302/photograph.
Genesis Publications, « A Major New Book By Ringo Starr », 7 juin 2018, et notice d’Another Day in the Life (2019). Attribution du dessin de couverture à Shepard Fairey. genesis-publications.com/news/a-major-new-book-by-ringo-starr-1495 ; genesis-publications.com/books/9781905662586/another_day_in_the_life.
Ringo Starr Art, « About Ringo’s Work ». Déclarations et chronologie de la peinture, de l’activité numérique et de l’exposition My Faces. ringostarrart.com/about-ringos-work/ ; catalogue public d’estampes : ringostarrart.com/product-category/prints/.
Julien’s Auctions / site officiel RingoStarr.com, « Ringo Starr NFT Collection — The Creative Mind of a Beatle », mai–juin 2022. Descriptions officielles de Bandana Man, Starr Art, Crash, tirages associés, animation et enregistrements rythmiques. ringostarr.com/juliens-auctions-presents-ringo-starr-nft-collection-the-creative-mind-of-a-beatle/.
Yellow-Sub.net, « Ringo Starr : exposition de ses dessins », 5 mai 2005, et « Ringo Starr : présentation de ses œuvres informatiques », 19 juin 2005. Archives contemporaines de l’exposition new-yorkaise et de la présentation de quatorze créations numériques.
Périmètre des sources : les autoportraits photographiques, illustrations, tirages d’édition et adaptations animées sont distingués selon leur technique et leur provenance. Les œuvres et photographies de tiers restent soumises aux droits de leurs auteurs ; leur étude repose ici sur les catalogues officiels et les documents accessibles.
Se photographier n’est pas seulement figurer dans sa propre photographie
L’autoportrait occupe une place particulière dans la création de Ringo Starr parce que le musicien est l’un des hommes les plus photographiés de son époque. Cette abondance d’images ne signifie pourtant pas qu’il ait réalisé lui-même une grande quantité d’autoportraits. Pour employer ce terme avec précision, il faut rechercher qui a actionné l’appareil, qui a construit le cadrage et, lorsque le dispositif le permet, si un retardateur ou un miroir a servi à intégrer l’auteur dans le champ. Une photographie montrant Ringo à la batterie pendant une tournée ne constitue pas un autoportrait simplement parce qu’elle figure dans un livre dont il a approuvé la publication.
L’intérêt de la pratique se comprend à partir des déplacements des Beatles. Dans les hôtels et les espaces de voyage, Starr peut utiliser un dispositif qui le fait entrer dans l’image, à côté d’un ami ou face à un miroir. Un tel objet documente à la fois l’intimité de la scène et une expérience de mise en image. Mais l’attribution doit être établie à partir des légendes, des souvenirs et des éléments techniques réellement disponibles. La simple position frontale d’un visage, ou la présence de l’appareil dans le reflet, ne suffit pas toujours à identifier avec certitude l’auteur du déclenchement.
Le portrait composé et le visage inventé
Les créations numériques de Starr depuis les années 2000 introduisent un autre sens du mot « autoportrait ». Dans les séries de visages stylisés, certains motifs peuvent rappeler l’artiste, d’autres ne représentent aucune personne identifiable. Il serait méthodologiquement dangereux de qualifier l’ensemble des My Faces d’autoportraits sous prétexte que leur auteur est célèbre et qu’ils comportent des visages. Le travail graphique peut porter sur la forme de la tête, la répétition des yeux ou la construction d’un personnage sans intention autobiographique explicitement attestée.
Cette différence doit se prolonger jusque dans les catalogues de tirages. Une œuvre nommée Self Portrait dispose d’une indication d’identité fournie par son édition ; une composition sans titre montrant une silhouette ne possède pas automatiquement le même statut. Le nom commercial est un indice fort, mais il ne remplace pas l’étude de la photographie d’origine ou de la fabrication numérique.
Un autoportrait indirect : objets, signatures et gestes
L’image de soi peut également passer par un vêtement, une batterie, un instrument ou le geste de paix. Dans ce cas, il convient d’employer une expression interprétative plutôt que la catégorie matérielle de l’autoportrait photographique. Une œuvre mettant en scène une botte de Beatle, un costume de tournée ou une baguette de batterie peut constituer une évocation autobiographique sans représenter l’apparence physique de Ringo. La métaphore est féconde sur le plan de l’analyse, mais elle ne doit pas modifier la classification primaire de l’objet.
Cette rigueur permet de préserver deux histoires qui se croisent : celle du regard de Starr sur lui-même et celle des portraits de Starr réalisés par d’autres. La comparaison avec l’étude des grands photographes montre comment la maîtrise de l’image se partage entre modèle, artiste, diffuseur et public. L’autoportrait ne résout pas toutes les questions de paternité : il les rend parfois plus intéressantes.
Ringo and Paul en 1964 : se représenter au retardateur
La photographie Ringo and Paul du Photograph Portfolio de 2013 constitue un document particulièrement instructif sur la position de Ringo Starr derrière et devant l’appareil. Dans son commentaire publié par Genesis, le musicien décrit les photographies au retardateur et l’imprévisibilité du moment où l’obturateur se déclenche. Cette précision permet de comprendre comment il peut apparaître dans le cadre aux côtés de Paul McCartney sans avoir confié nécessairement l’appareil à un tiers. L’autoportrait ne se réduit donc pas au cliché d’une personne seule ; il peut organiser un petit groupe, un décor d’hôtel et une action dont le photographe ignore la seconde exacte.
Le contexte décrit par Starr renvoie aux temps de repos imposés par les déplacements des Beatles. Les chambres d’hôtel constituaient des espaces de vie collective où les musiciens attendaient le départ suivant, plaisantaient et pouvaient expérimenter avec leurs appareils. Une photographie prise dans ces conditions possède une valeur documentaire distincte de celle d’un portrait de presse. Elle n’a pas besoin de proposer une attitude spectaculaire ou une posture officielle : l’intérêt vient de l’accès à un moment que le public ne pouvait pas observer directement.
Retardateur et mémoire de l’instant
La mention du retardateur aide à interpréter la scène, mais elle ne constitue pas la description technique de toutes les images où Starr apparaît. L’auteur d’un négatif doit être étudié individuellement. Une photographie de Paul et Ringo réalisée par un journaliste n’est pas attribuable à Starr par simple analogie. Inversement, la présence de Ringo dans le champ ne suffit pas à exclure son rôle de photographe si un dispositif de déclenchement différé ou un miroir peut être documenté.
Un autre autoportrait dans le portfolio de 2015
Le programme Genesis de 2015 présente une image intitulée Ringo, décrite comme autoportrait des années soixante-dix. Cette référence ouvre une comparaison entre deux époques de l’autoreprésentation, mais elle ne prouve pas que les deux images aient été créées au moyen de la même technique. Leurs négatifs, leurs cadrages et leurs commentaires doivent être considérés séparément. Un titre éditorial constitue un indice, non un manuel de prise de vue.
Les éditions grand format de 2013 et 2015 ajoutent enfin une deuxième histoire à ces photographies anciennes. Le tirage numéroté et signé possède un papier, un certificat et un parcours de collection qui diffèrent de ceux du négatif. Pour l’encyclopédie, l’autoportrait est donc à la fois une question de prise de vue et une question d’édition. La distinction aide à éviter les attributions automatiques tout en rendant justice au rôle actif de Starr dans ses propres archives photographiques.
La question des procédés d’édition est approfondie dans l’étude des tirages photographiques.
Quatre critères pour attribuer un autoportrait à Ringo Starr
Un autoportrait ne se définit pas simplement par la présence de l’artiste dans une image qu’il possède. Pour examiner les photographies et créations numériques de Starr, quatre questions sont utiles : qui déclenche l’appareil ou réalise effectivement la composition, qui est représenté, comment l’image a-t-elle été produite et quelle attribution accompagne sa publication ? Dans un autoportrait photographique direct, le sujet contrôle aussi la prise de vue, éventuellement à l’aide d’un retardateur. Dans une image produite par un tiers, Starr est seulement le modèle même s’il choisit ensuite la photographie pour un livre. Dans un dessin numérique, la ressemblance peut être stylisée ou absente. Enfin, un objet décoré avec le nom de Ringo peut manifester son identité sans représenter son visage. Ces situations sont toutes intéressantes pour l’histoire de l’image de soi, mais elles n’appartiennent pas à une catégorie matérielle unique.
Ringo et Paul : une image de groupe peut être un autoportrait
Le fait qu’une photographie représente deux personnes n’exclut pas son statut d’autoportrait si l’une d’elles a réalisé la prise de vue. Les scènes où Ringo pose avec Paul McCartney, associées à ses archives photographiques, posent donc une question de dispositif : le cadrage, le retardateur ou la position de l’appareil peuvent-ils être documentés par une déclaration de l’auteur ? Une image montrant les deux musiciens sans photographe visible n’établit pas automatiquement que Ringo a placé l’appareil sur un meuble. Un troisième participant peut parfaitement avoir pris la photographie. La concordance entre légendes, séquences voisines et témoignages est nécessaire pour identifier le mode de production. Une fois la preuve acquise, le portrait devient intéressant précisément parce qu’il conjugue l’identité du photographe et celle d’un autre Beatle dans un même cadre.
Une ombre ou un reflet : présence de l’auteur et autoportrait intentionnel
Un photographe peut apparaître indirectement dans une vitre, un miroir ou une ombre projetée sur le sol. Ces traces enregistrent sa présence physique à la scène, mais ne suffisent pas à déterminer s’il voulait se représenter. La distinction entre une silhouette accidentellement visible et une composition fondée sur le reflet est une question d’analyse formelle, à éclairer par les déclarations de l’auteur lorsqu’elles existent. Pour les photographies de Starr, le sujet principal peut rester John Lennon, George Harrison ou un lieu de voyage alors même que le photographe apparaît fugitivement. Une fiche raisonnée devra donc distinguer « auteur visible dans l’image » de « autoportrait déclaré », ce qui évite de transformer toute preuve de présence du photographe en intention autobiographique.
Les visages numériques : reconnaître Ringo n’est pas une condition nécessaire
Les créations informatiques de Starr contiennent de nombreux personnages, visages schématiques et figures stylisées. La répétition des formes peut renvoyer à l’intérêt de l’artiste pour l’expression humaine sans reproduire ses traits personnels. Une composition intitulée My Faces ne devient pas automatiquement une série d’autoportraits au sens strict. Il faut garder une frontière entre le vocabulaire de la figure, les œuvres pour lesquelles Starr a explicitement revendiqué une ressemblance avec lui-même et les images d’interprétation libre. Cette frontière protège l’autonomie des créations graphiques, qui ne sont pas toujours des documents de vie. L’artiste peut parler de son monde à travers des figures qu’il invente, sans chercher à livrer son propre visage sous chaque masque.
Le tirage signé : une deuxième intervention qui ne change pas l’auteur de la prise de vue
Lorsqu’un portrait de Ringo réalisé par un photographe professionnel est intégré à un livre signé ou à une exposition organisée autour de sa carrière, la signature et la sélection peuvent donner l’impression d’une œuvre autographe. Pourtant, le fait de publier, d’approuver ou de dédicacer une image ne modifie pas nécessairement le crédit photographique original. Un autoportrait ancien choisi par Starr pour un portfolio possède sa propre chaîne : déclenchement, négatif, édition, impression et signature. Une photographie prise par un tiers suit un parcours voisin, mais avec un auteur différent de la prise de vue. En séparant ces opérations, l’encyclopédie peut étudier l’image publique et l’image intime de Starr sans absorber sous son nom tous les portraits dont il est devenu le propriétaire, le modèle ou le signataire.
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