Ringo Starr : chronologie encyclopédique de son œuvre visuelle, de 1965 à 2026
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YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 41

Ringo Starr et l’art de l’autoportrait : photographie, visages numériques et images de soi (1966–2026)

Du Japon en 1966 au film infrarouge, de My Faces aux autoportraits animés de 2022 : histoire critique d’une image que Ringo Starr n’a jamais cessé de réinventer.

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Comment Ringo Starr voit-il son propre visage ? La question paraît légère tant l’ancien batteur des Beatles a prêté son image aux caméras et aux photographes. Elle ouvre pourtant un champ d’étude exceptionnel : depuis un autoportrait réalisé pendant le séjour des Beatles au Japon en 1966 jusqu’aux figures colorées et animées publiées sous son nom en 2022, Ringo a alternativement été l’auteur, le sujet, l’éditeur et parfois l’interprète de son image. Ces rôles ne sont ni synonymes ni interchangeables.

Dans la photographie, son corps se trouve devant l’objectif alors que son intention artistique se place derrière l’appareil, qu’il s’agisse d’un retardateur, d’un reflet ou d’une prise de vue organisée. Plus tard, la peinture et l’image informatique ne cherchent plus nécessairement la ressemblance photographique : elles fabriquent des signes, des silhouettes et des personnages. L’animation NFT de 2022 ajoute mouvement et percussion à ces visages. La continuité est moins stylistique que conceptuelle : Ringo exerce un droit créatif sur sa propre représentation tout en confiant, à certains moments, sa transformation à d’autres artistes.

Ce chapitre ne remplace pas les catalogues de tirages, le dossier My Faces ou l’inventaire détaillé des NFT. Il en propose une lecture transversale fondée sur des notices d’éditeurs, des crédits d’œuvres, des chronologies recoupées et la distinction constante entre la date de la prise de vue, celle de la création plastique et celle de l’édition commerciale.

1966, Japon : le premier autoportrait documenté dans les éditions Genesis

Une image occupe une position privilégiée dans cette histoire : le Self Portrait pris au Japon pendant la tournée des Beatles de 1966. La notice no 12 du Photograph Portfolio 2013, publiée par Genesis Publications, est précise sur le lieu et la période. L’éditeur l’attribue à Ringo Starr, situe la prise de vue au Japon et en propose un tirage signé et numéroté. Lorsqu’on s’intéresse à la jeunesse artistique du musicien, cette notice vaut bien davantage qu’une légende circulant sur les réseaux sociaux, car elle est attachée à une édition identifiée.

Le séjour japonais des Beatles se déroule à la fin de juin et au début de juillet 1966. Ringo raconte chez Genesis que la photographie l’a toujours intéressé et se souvient que les quatre musiciens avaient des appareils ; il croit se rappeler l’achat de Pentax au Japon. Ce témoignage est précieux mais ne doit pas être durci en facture d’achat : il ne prouve ni le modèle exact de l’appareil de l’autoportrait ni la date de son acquisition. Pour établir de tels éléments, il faudrait examiner le négatif, une documentation technique ou des images montrant l’équipement utilisé.

Ce qui importe est la nature même de l’image. Un musicien au sommet d’une célébrité planétaire, photographié quotidiennement par des professionnels, produit lui-même un portrait. En réalisant cet acte, il change de place dans la chaîne de fabrication du personnage public. Il n’attend pas qu’un service de presse lui fournisse son identité visuelle ; il s’observe, règle son rapport à l’image et conserve une trace qu’il sélectionnera ensuite pour la publier.

Rien n’autorise pourtant à en déduire que cet autoportrait était initialement conçu comme une œuvre à exposer. Le cliché naît dans l’univers de la photographie personnelle ; sa carrière dans l’art édité commence bien plus tard. C’est un point décisif pour une encyclopédie : la photographie de 1966 et son tirage giclée de 2013 appartiennent à la même histoire, mais ne sont pas le même objet matériel.

Un visage choisi deux fois : de la photographie privée à la couverture de Photograph

Genesis affirme que le portrait japonais de 1966 sert de couverture au livre Photograph. Le volume, publié en édition limitée en octobre 2013, réunit plus de 250 photographies, documents et souvenirs de Ringo. Le portrait se trouve donc investi d’une fonction éditoriale : il ne dit plus seulement « voici comment je me voyais au Japon », il annonce au lecteur que celui qui présente les images est l’auteur d’une mémoire personnelle.

La décision change le statut du cliché. Choisi parmi une masse d’archives, le visage devient une signature visuelle. L’édition signée compte 2 500 exemplaires répartis en version Collector et Deluxe ; le portfolio photographique constitue un produit distinct, avec ses propres numéros, son format et son certificat. Confondre les 2 500 livres avec les 25 tirages d’artiste de Self Portrait reviendrait à mélanger deux systèmes de diffusion.

La photographie publiée permet également de distinguer photogénie et autorité éditoriale. Ringo ne contrôle pas nécessairement chaque image de lui publiée dans la presse des années Beatles, mais il exerce une sélection sur ce portrait devenu emblématique dans son propre livre. Le choix du cliché compte autant que son instant de capture dans l’analyse de l’identité visuelle de l’artiste.

La notice matérielle du Self Portrait de 1966 : comment reconnaître le bon objet ?

Le Photograph Portfolio 2013 fait de Self Portrait le numéro 12 de sa série. Genesis décrit une édition de 25 tirages numérotés et signés par Ringo Starr, au format 50,8 × 76,2 cm, reproduits en giclée d’archivage avec encres pigmentaires sur papier Hahnemühle Photo Rag de 320 g/m², assortis d’un certificat. Ces données concernent l’édition de tirages commercialisée au XXIe siècle ; elles ne décrivent ni la dimension du négatif de 1966 ni le papier d’un éventuel tirage original de l’époque.

L’expression « autoportrait photographique de 1966 » renseigne la date présumée de l’image source. L’expression « estampe photographique signée de 2013 » renseigne un exemplaire édité. On peut posséder l’un sans posséder l’autre. Il faut encore distinguer l’œuvre iconographique, le négatif ou fichier de reproduction, l’édition limitée et le tirage individuel. La signature sur une feuille de 2013 n’atteste pas que cette feuille existait pendant le séjour au Japon.

En 2020, la même maison d’édition a de nouveau proposé à la vente un des rares exemplaires de cette série lors de son programme Rare Editions. Cette remise en circulation d’un tirage existant ne constitue pas une nouvelle séance de prise de vue, et ne suffit pas non plus à démontrer la création d’une deuxième édition de 25 feuilles. Le catalogue raisonné devra donc enregistrer ce mouvement comme une occurrence commerciale liée au corpus de 2013.

Le retardateur, le miroir, le photographe invisible : un problème d’attribution

Le mot autoportrait dit que Ringo est représenté et que l’auteur de l’image revendiqué est Ringo. Il ne décrit pas automatiquement la technique. Une photographie peut être prise avec un retardateur, un déclencheur souple, un miroir ou l’aide d’une autre personne qui tient matériellement l’appareil. Les notices consultées pour Self Portrait ne publient pas un protocole complet de prise de vue. Il serait donc hasardeux d’en raconter la fabrication seconde par seconde.

Ce doute ne retire pas l’attribution donnée par Genesis ; il permet simplement de mesurer son périmètre. Un éditeur travaillant avec l’auteur constitue une source solide pour l’identification de l’image, mais pas nécessairement pour un procédé qu’il ne documente pas. Le rôle d’une étude critique consiste à respecter exactement le niveau d’information fourni : image attribuée et datée, oui ; description certaine de l’installation et de l’obturateur, non.

Ringo évoque d’ailleurs ailleurs dans le même portfolio les surprises des photos prises au retardateur dans les hôtels. Ce témoignage prouve qu’il a pratiqué ce type de jeu photographique ; il ne suffit pas à identifier le mécanisme précis de chaque autoportrait. Cette nuance a son importance dans la conservation d’un corpus où les légendes sont parfois reprises de mémoire un demi-siècle après la prise de vue.

Vers 1969 : un second autoportrait, cette fois sur film infrarouge

L’un des apports majeurs du Photograph Portfolio publié par Genesis en juillet 2024 est la présence d’une nouvelle notice intitulée Ringo Self-Portrait, numéro 5. Cette image est précisément décrite comme un autoportrait sur pellicule infrarouge, vers 1969. Elle ne doit pas être confondue avec le Self Portrait japonais de 1966, même si les deux images portent presque le même titre et ont fait l’objet de tirages signés.

L’infrarouge constitue ici une donnée de technique importante. Selon la sensibilité du film et les filtres employés, la réponse des matériaux à certaines longueurs d’onde peut différer de celle d’une pellicule standard, transformant notamment les contrastes et l’apparence des surfaces. La mention d’un film infrarouge ne dit pas à elle seule si l’image relève d’une technique couleur particulière ou d’une représentation monochrome ; il faut consulter le tirage et le négatif. Ce que la notice révèle sans ambiguïté est la volonté d’expérimenter avec un procédé photographique inhabituel.

Ringo rattache lui-même l’image au climat d’invention de la fin des années 1960. C’est un autre trait de l’autoportrait : l’auteur ne se contente pas de montrer son visage, il teste comment une technique fait apparaître une autre version de lui. Le regard sur l’identité passe par une intervention matérielle sur la lumière. Ce n’est pas encore l’image numérique, mais le principe de transformation de soi par la technique est déjà à l’œuvre.

La notice de 2024 décrit à nouveau un ensemble de 25 feuilles numérotées et signées, en giclée d’archivage sur papier Hahnemühle Photo Rag 320 g/m², au format 50,8 × 76,2 cm. Les métadonnées de la publication permettent donc d’identifier deux objets distincts portant un titre apparenté : celui lié au Japon en 1966, édité en 2013, et celui pris sur film infrarouge vers 1969, édité en 2024.

Les années 1970 : « Ringo », une image couleur devenue tirage d’art en 2015

Un troisième jalon apparaît dans le Photograph Portfolio 2015. La notice no 8 porte simplement le titre Ringo et la légende Self Portrait, 1970s. Il s’agit donc d’un autoportrait daté des années 1970, sans année précise dans la fiche éditoriale. La légende de Ringo signale ses nombreuses bagues ainsi qu’un pendentif de saint François offert par une tante, souvenir qu’il associe à un incident ultérieur à New York.

Le détail vestimentaire est intéressant : le portrait ne se définit plus seulement par les traits du visage. Les bijoux, la coiffure, les accessoires et le style deviennent autant de signes personnels. Le photographe se transforme aussi en personnage de sa propre histoire. On voit apparaître le Ringo de l’après-Beatles, qui existe visuellement indépendamment de l’uniforme et des conventions promotionnelles du groupe.

Cette troisième image appartient, comme les précédentes, à une édition de 25 tirages signés au format 50,8 × 76,2 cm, mais la maison d’édition la distingue bien dans le catalogue 2015. Il ne faut pas écrire qu’il existe « trois exemplaires » de l’autoportrait : il s’agit de trois prises de vue ou images différentes et, pour chacune, d’une édition spécifique. On peut parler de trois notices photographiques autonomes, non d’une trilogie déclarée officiellement par Ringo.

Deux dates, trois époques, un même problème : comment lire une carrière photographique

Les documents Genesis invitent à construire une chronologie double. Une première colonne concerne le temps de la photographie : Japon 1966 ; film infrarouge vers 1969 ; autoportrait couleur des années 1970. Une deuxième concerne le temps du retour public de ces images : éditions 2013, 2015 et 2024. Sans cette distinction, un lecteur pourrait croire que l’« autoportrait 2024 » montre un Ringo de quatre-vingt-quatre ans. C’est au contraire le tirage récent d’une image beaucoup plus ancienne.

Les éditeurs de photographie d’art réactivent fréquemment des négatifs historiques à travers de nouveaux procédés et formats. L’art ne réside alors pas seulement dans la prise de vue : la sélection, le choix du papier, la signature, le tirage et le contexte de présentation influent sur sa réception. Mais ces interventions ne doivent jamais conduire à effacer le photographe du moment initial ni à attribuer un procédé contemporain à la prise de vue passée.

Dans notre catalogue général, nous proposons donc de conserver trois champs distincts : date du cliché, date de l’édition, date de l’exemplaire ou de la transaction lorsqu’elle est documentée. Ce principe évitera les erreurs d’attribution récurrentes dans les ventes secondaires, où la date de commercialisation est parfois prise pour la date de création de l’image.

Une même image reconfigurée : Shepard Fairey et le livre Another Day in the Life

Le rôle du photographe change une fois encore lorsque son propre portrait sert de matériau à un autre plasticien. Dans une notice Rare Editions, Genesis indique que l’autoportrait du Japon de 1966, déjà utilisé pour Photograph, a également été adapté par Shepard Fairey pour la couverture de Another Day in the Life. C’est une information d’attribution capitale : l’image première est de Ringo ; l’adaptation graphique de couverture est créditée à Fairey.

Le livre est annoncé en 2018, puis publié en 2019 dans la gamme Genesis. Sa couverture repose sur une identité graphique très affirmée, notamment des aplats et contrastes qui renvoient à la pratique visuelle de Fairey. Ringo fournit la figure et l’image-source ; Fairey la recompose. La situation est à l’opposé du mythe d’un artiste qui contrôlerait seul chaque élément de son image publique. La représentation de soi devient un dialogue entre deux auteurs.

Pour la notice du livre, il faut distinguer quatre crédits : Ringo comme photographe d’origine du portrait lorsqu’il est repris, comme auteur des photographies et commentaires du volume, Genesis comme éditeur, et Shepard Fairey comme créateur du dessin de couverture. Aucun de ces rôles n’annule l’autre. Au contraire, leur superposition fait de cette couverture un objet remarquable pour l’étude de la réutilisation des archives photographiques dans la culture graphique contemporaine.

La fin des années 1990 : des peintures aux figures conçues sur ordinateur

Après les négatifs argentiques, l’autre laboratoire de l’autoportrait est informatique. Sur le site officiel Ringo Starr Art, Ringo explique avoir commencé l’art sur ordinateur à la fin des années 1990 pour s’occuper pendant les tournées et les séjours à l’hôtel. Le même site précise qu’il réalisait déjà des peintures à l’huile et à l’acrylique avant de privilégier le support numérique. La chronologie correcte n’oppose donc pas un photographe ancien à un peintre qui serait né avec l’ordinateur : la peinture préexiste à sa pratique digitale.

Cette période introduit une représentation de soi très différente des trois photographies. L’appareil photographique capture une présence à un moment donné ; un logiciel de dessin permet de simplifier la silhouette, modifier la couleur, dupliquer les éléments et produire une figure à partir de décisions successives. Le visage peut devenir un pictogramme, et l’iconographie personnelle être reprise dans des compositions qui s’éloignent volontairement du portrait documentaire.

Mais il faut éviter une généralisation facile. Toutes les œuvres que Ringo publie ne sont pas des autoportraits. Les catégories de son site incluent des figures sans identité précise, des sujets collectifs et des représentations d’autres personnes. Le nom d’une œuvre comme My Faces ne suffit pas à démontrer que chaque visage du corpus serait le sien. L’inventaire requiert une preuve iconographique ou documentaire pour chaque titre.

2005 : My Faces, une présentation publique des images numériques

La première grande exposition documentée des créations informatiques de Ringo a lieu à Pop International Galleries, à New York, en juin 2005. Les archives contemporaines de Yellow-Sub.net annoncent alors une sélection de quatorze œuvres réalisées sur ordinateur, exposées avec des reproductions signées en édition limitée. Un article publié le 19 juin 2005 relate sa présence au vernissage du 18 juin.

Ces articles contemporains ont une valeur particulière. Ils permettent de dater l’entrée publique de ses créations plastiques sans reconstituer rétrospectivement l’événement à partir d’un catalogue mis en ligne vingt ans plus tard. Pour autant, l’exposition My Faces ne doit pas être transformée en exposition « d’autoportraits » au sens strict sans analyse de chaque pièce. Plusieurs figures peuvent être imaginaires, schématiques ou inspirées d’autres membres de son entourage.

Notre étude consacrée à My Faces (2005) inventorie cette première étape selon les sources. Le présent chapitre pose une question différente : à quel moment un visage imprimé appartient-il au genre de l’autoportrait, et à quel moment relève-t-il plutôt du masque graphique, de la caricature ou du personnage ?

Le masque Ringo : étoile, casquette, bandana, lunettes et autres signes

Le visage de Ringo constitue depuis les années Beatles une silhouette très identifiable : yeux, nez, traits des cheveux, accessoires et façon de sourire. Les œuvres graphiques jouent souvent de cette reconnaissance immédiate. Dans le langage du pop art, une figure peut être réduite à un contour et à quelques taches de couleur sans perdre son identité. La personne devient une combinaison de signes que le public peut déchiffrer rapidement.

Les titres des estampes répertoriées par Ringo Starr Art — notamment 4 Ringos, 3 Ringo’s et Ringo ’65 — signalent des usages différents de l’image de Ringo. Un titre ne constitue toutefois pas une analyse complète de l’œuvre. Pour déterminer si la photographie historique a été directement reprise, si une silhouette a été tracée à partir d’un original ou si l’image a été dessinée de mémoire, il faut examiner le visuel de chaque notice, ses crédits et, idéalement, les archives de création.

La répétition de plusieurs figures d’un même artiste rappelle certains procédés associés au pop art. Mais il serait trop rapide d’y voir une imitation directe et systématique d’Andy Warhol. Le site officiel mentionne des comparaisons critiques avec Warhol et Keith Haring ; cela n’est ni une déclaration de filiation technique pour chaque estampe ni la preuve que Ringo ait reproduit une méthode sérigraphique donnée. La prudence s’impose d’autant plus que beaucoup de ses œuvres sont éditées sous forme de reproductions giclées, et non de sérigraphies historiques.

2022 : Bandana Man et la réanimation d’une identité ancienne

Le tournant le plus net survient dans le communiqué officiel de Julien’s Auctions pour la vente The Creative Mind of a Beatle organisée en juin 2022. Deux notices en particulier permettent de parler d’autoportrait sans extrapolation : Bandana Man et Starr Art. La première est décrite comme un autoportrait original montrant Ringo dans son apparence de jeune Beatle, avec bandana et couvre-chef. L’image est animée par de petits mouvements du regard. La seconde représente l’artiste avec une casquette marquée d’une étoile devant un motif coloré circulaire.

Ces descriptions établissent la catégorie iconographique déclarée par les organisateurs de la vente. Elles n’établissent pas nécessairement que les fichiers numériques finaux datent des années Beatles. La formule « représentant Ringo à l’époque des Beatles » concerne d’abord l’âge et le personnage figurés ; la date de conception, de transformation et de vente doit être documentée séparément. En matière de collection, la différence entre portrait d’un Ringo jeune et image créée par le jeune Ringo est fondamentale.

Le mouvement ajoute une temporalité nouvelle. L’autoportrait, figé dans la feuille ou le tableau, devient une animation dont le regard peut changer. Le spectateur ne consulte plus exactement une image unique, mais une courte séquence produite à partir de cette image. Cette transformation multiplie aussi les intervenants possibles — animation, composition, enregistrement musical, édition du jeton — dont les crédits mériteraient d’être conservés dans toute future notice complète.

Starr Art et Crash : quand la batterie rejoint l’autoportrait

La vente de 2022 comporte également Crash, décrit par Julien’s comme un autoportrait associé à des collisions de cymbales et à des effets de couleur. Les éditions proposent une formule hybride : image animée, contribution rythmique enregistrée par Ringo, jeton sur blockchain Ethereum et tirage physique signé sur toile. Une part des recettes est annoncée au bénéfice de la Lotus Foundation.

Cette association du visage et du son représente une vraie innovation dans son travail autobiographique. Le musicien n’accompagne plus seulement une œuvre exposée ; sa frappe participe à l’identité du portrait. Cela ne signifie pas que chaque œuvre soit un clip musical autonome ni que les NFT comportent tous la même séquence : le catalogue officiel distingue cinq compositions, quatre exemplaires numériques par œuvre et des prestations physiques et virtuelles associées à chaque lot.

Les notices de vente permettent donc d’identifier trois œuvres au moins revendiquées comme autoportraits dans la communication de 2022 : Bandana Man, Starr Art et Crash. Les titres Galaxy One et Galaxy Two relèvent, dans cette présentation, d’abstractions visuelles distinctes. Notre catalogue des cinq NFT et de leurs vingt lots documente les exemplaires ; ce chapitre explique leur place dans l’histoire de l’autoportrait.

Autoportrait et œuvre dérivée : la question du crédit artistique

Entre la photographie de 1966 et les animations de 2022, le principal danger est de traiter toutes les images comme si Ringo les avait réalisées de la même façon. Dans une photographie signée, il est crédité comme photographe, mais la fabrication du tirage postérieur dépend de l’éditeur et de ses prestataires. Avec la couverture de Shepard Fairey, il est à la fois le sujet et l’auteur d’une photographie source, tandis que le graphiste réinterprète le document. Avec un NFT animé, un tableau peut être la source d’un travail de mouvement, d’enregistrement sonore et de mise en circulation technique.

Le statut juridique et matériel varie autant que la fonction esthétique. Une peinture originale sur toile n’est pas une giclée sur papier. Une impression signée n’est pas nécessairement une œuvre unique. Un fichier associé à un jeton NFT n’est pas le fichier de création source et n’entraîne pas automatiquement la cession du droit d’auteur. Pour le collectionneur, ces distinctions ne sont pas de simples précautions de vocabulaire : elles déterminent ce que l’on détient réellement.

Une description muséale rigoureuse devrait donc séparer : l’auteur de l’image source, l’auteur de l’adaptation, le tirage, le support, l’éditeur, les éventuels fichiers animés et les droits annoncés. Les certificats et notices d’édition servent à identifier l’objet, non à prouver toutes les étapes de sa conception lorsqu’elles ne sont pas mentionnées.

L’autoportrait sous le signe du « Peace & Love »

Le vocabulaire visuel de Ringo est aujourd’hui indissociable de la formule Peace & Love, souvent associée au geste des deux doigts levés. Sur scène, dans les photographies et lors d’apparitions publiques, le signe participe à sa représentation personnelle. Il finit par agir comme un logo vivant. Cette puissance reconnaissable peut être employée par les photographes qui le mettent en scène aussi bien que par lui-même.

Pour autant, il faut distinguer une image de Ringo faisant le signe de la paix, prise par un photographe de presse, d’une œuvre produite par Ringo et fondée sur ce symbole. Le sujet n’est pas automatiquement l’auteur de la photographie. La présence du message pacifiste ne suffit pas non plus à faire de toute composition une peinture originale signée de sa main. L’étude de l’iconographie doit préserver les crédits de chaque professionnel, particulièrement dans le contexte publicitaire, sur les pochettes de disques et dans les campagnes caritatives.

Cette distinction rejoint les chapitres consacrés aux photographes qui ont représenté Ringo Starr : être une figure visuelle importante n’implique pas que l’on soit le réalisateur de toutes ses représentations.

Une mini-chronologie vérifiée de trois autoportraits photographiques

1966 — Self Portrait, Japon

Nature : photographie attribuée à Ringo Starr et prise pendant le séjour japonais des Beatles. Première édition détaillée étudiée : The Photograph Portfolio 2013, notice no 12. Édition : 25 tirages numérotés et signés, giclée, format 50,8 × 76,2 cm, certificat Genesis. Réemploi : couverture de Photograph ; adaptation graphique de Shepard Fairey pour Another Day in the Life selon Genesis.

Vers 1969 — Ringo Self-Portrait, film infrarouge

Nature : photographie sur film infrarouge, datation approximative vers 1969. Édition étudiée : The Photograph Portfolio de juillet 2024, notice no 5. Édition : 25 tirages signés et numérotés, giclée sur papier Hahnemühle Photo Rag, format 50,8 × 76,2 cm. Attention : la date du négatif et celle de l’édition ne sont pas identiques.

Années 1970 — Ringo, Self Portrait

Nature : autoportrait photographique couleur daté simplement des années 1970 dans la notice consultée. Édition étudiée : The Photograph Portfolio 2015, notice no 8, titre Ringo. Édition : 25 tirages signés et numérotés, giclée sur papier d’art, format 50,8 × 76,2 cm. Repère iconographique : présence de bagues et d’un pendentif mentionnés par Ringo dans le commentaire de l’éditeur.

Un inventaire de cinq familles visuelles à ne pas confondre

Le négatif ou cliché photographique

Image originale issue d’une prise de vue, dont la date et la technique doivent être établies sur la base de l’éditeur, des archives et si possible des éléments matériels. Les trois images discutées plus haut forment un sous-corpus photographique, non la totalité des photos montrant Ringo.

Le tirage photographique signé et édité

Objet contemporain reproductible en édition limitée, doté d’une numérotation, d’un papier, d’un format et de documents de provenance. Le nombre de tirages autorisés ne donne pas le nombre de clichés réalisés par l’artiste à l’époque.

L’illustration ou peinture représentant l’artiste

Œuvre produite en peinture traditionnelle ou numérique. Son auteur et sa date de création peuvent différer de ceux du modèle représenté ; sa classification comme autoportrait nécessite une attribution ou un indice iconographique probant.

La couverture conçue par un tiers à partir du portrait

Travail de transformation graphique : le portrait fourni par Ringo peut devenir la matière d’une œuvre nouvelle créée par un artiste comme Shepard Fairey. Les deux auteurs et les deux dates restent explicitement distingués.

Le portrait animé et son support numérique de collection

Œuvre hybride associant image, animation, musique et diffusion sur blockchain, parfois accompagnée d’un tirage physique signé. Pour les créations de 2022, la fiche doit documenter le jeton, son édition et ses crédits sans les confondre avec la peinture ou le fichier source.

Les recherches complémentaires nécessaires pour un catalogue raisonné

Malgré la richesse des notices Genesis, plusieurs points méritent encore une enquête : l’emplacement actuel des négatifs des trois autoportraits historiques ; les conditions exactes de prise de vue du portrait japonais ; la nature et la référence du film infrarouge vers 1969 ; les éventuelles épreuves d’époque avant les éditions modernes ; les crédits techniques de tirage et de retouche. Aucun de ces éléments n’est établi par le seul titre d’une œuvre ou sa notice commerciale.

Pour My Faces et les œuvres graphiques ultérieures, il faudrait disposer des fichiers sources, des photographies des originaux avant édition, des formats réels, des signatures et des documents de galerie, puis établir un fichier de correspondance entre les noms imprimés dans les catalogues de 2005, 2008, 2020 et ceux du site actuel. Certains titres ont pu circuler dans plusieurs éditions : un changement de numéro de catalogue ne démontre pas toujours une création nouvelle.

Pour les œuvres animées de 2022, le rapprochement entre l’image fixe et son adaptation demanderait un inventaire des fichiers, des crédits d’animation et de l’accompagnement sonore. Julien’s fournit des descriptions utiles et des numéros de lots, mais ne se substitue pas à une archive exhaustive des fichiers maîtres de l’artiste.

Ringo derrière l’objectif, devant son portrait et dans sa propre image

L’évolution n’est pas linéaire. Ringo photographie ses amis et lui-même pendant les années 1960 ; il peint avant de se tourner vers l’ordinateur ; il expose des images numériques à partir de 2005 ; il édite de nouvelles prises photographiques anciennes en 2013, 2015 et 2024 ; il fait animer des autoportraits en 2022. Plusieurs pratiques coexistent. Le photographe ne disparaît pas lorsque le peintre apparaît ; le Ringo du Japon de 1966 continue de traverser les éditions contemporaines.

Cette continuité révèle moins une recherche de ressemblance parfaite qu’un plaisir de déplacer les codes de représentation. Son visage est tour à tour une preuve photographique, un signe de mémoire, une matière graphique et un élément animé par le rythme. L’histoire de l’autoportrait chez Ringo Starr est donc aussi celle de ses supports : négatif, papier d’art, livre, image numérique, animation et jeton de collection.

En publiant de nouvelles notices de référence, ce dossier vise un objectif précis : permettre au lecteur d’identifier chaque œuvre sans confondre la personne photographiée, l’auteur du cliché, l’auteur du dessin, l’éditeur du tirage et le propriétaire d’un exemplaire. L’autoportrait est un genre artistique ; son inventaire est un exercice d’attribution.

Sources primaires et documentation critique

Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2013, notice 12, « Self Portrait ». Japon, 1966, édition limitée de 25 tirages signés ; informations sur le format et la fabrication. Notice de l’éditeur : genesis-publications.com/prints/ringophotoart/the_photograph_portfolio_2013.

Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2015, notice 8, « Ringo ». Autoportrait daté des années 1970, légende d’auteur et édition de 25 tirages. Notice de l’éditeur : genesis-publications.com/prints/ringophotoart2015/the_photograph_portfolio_2015.

Genesis Publications, The Photograph Portfolio, juillet 2024, notice 5, « Ringo Self-Portrait ». Pellicule infrarouge, vers 1969 ; édition de 25 tirages et données matérielles. Notice de l’éditeur : genesis-publications.com/prints/ringophotoart2024/the_photograph_portfolio.

Genesis Publications, « Rare Editions », mai 2020. Description historique du tirage « Self Portrait » du Japon en 1966, utilisé pour la couverture de Photograph puis adapté par Shepard Fairey pour Another Day in the Life. genesis-publications.com/book/rareevent2020/rare-editions.

Genesis Publications, Photograph (2013), fiche d’édition. Publication du livre de photographies et distinction des éditions Collector et Deluxe. genesis-publications.com/books/9781905662302/photograph.

Genesis Publications, « A Major New Book By Ringo Starr », 7 juin 2018, et notice d’Another Day in the Life (2019). Attribution du dessin de couverture à Shepard Fairey. genesis-publications.com/news/a-major-new-book-by-ringo-starr-1495 ; genesis-publications.com/books/9781905662586/another_day_in_the_life.

Ringo Starr Art, « About Ringo’s Work ». Déclarations et chronologie de la peinture, de l’activité numérique et de l’exposition My Faces. ringostarrart.com/about-ringos-work/ ; catalogue public d’estampes : ringostarrart.com/product-category/prints/.

Julien’s Auctions / site officiel RingoStarr.com, « Ringo Starr NFT Collection — The Creative Mind of a Beatle », mai–juin 2022. Descriptions officielles de Bandana Man, Starr Art, Crash, tirages associés, animation et enregistrements rythmiques. ringostarr.com/juliens-auctions-presents-ringo-starr-nft-collection-the-creative-mind-of-a-beatle/.

Yellow-Sub.net, « Ringo Starr : exposition de ses dessins », 5 mai 2005, et « Ringo Starr : présentation de ses œuvres informatiques », 19 juin 2005. Archives contemporaines de l’exposition new-yorkaise et de la présentation de quatorze créations numériques.

Note éditoriale : ce dossier distingue volontairement autoportrait photographique, illustration de l’artiste, tirage d’édition et adaptation animée. Aucune nouvelle reproduction de photographie ou œuvre tierce n’est insérée sans autorisation ; les descriptions s’appuient sur les catalogues officiels et les éléments disponibles.

Yellow-Sub · Encyclopédie Ringo Starr

L’artiste au-delà des Beatles

← Présentation du dossier

  1. 01Présentation du dossier
  2. 02Photographe des Beatles
  3. 03Archives photographiques
  4. 04Postcards from the Boys
  5. 05Photograph (2013–2015)
  6. 06Another Day in the Life
  7. 07Peintre et artiste numérique
  8. 08Art numérique et NFT
  9. 09Starr Art : expositions
  10. 10Tirages et collection
  11. 11Lotus Foundation
  12. 12Catalogue des œuvres
  13. 13Pochettes (1970–1981)
  14. 14Pochettes (1983–2026)
  15. 15My Faces : les œuvres de 2005
  16. 16Les douze peintures originales de 2025
  17. 17Sculptures : Drums for Peace et Peace and Love
  18. 18Estampes et œuvres graphiques (2007–2024)
  19. 19Peaux de batterie, guitares et objets signés
  20. 20Painting Is My Madness : les livres d’art
  21. 21Photographie : expositions et réception critique
  22. 22Catalogues photographiques : 32 notices (2013–2024)
  23. 23Photograph Portfolio 2018
  24. 24Photograph Portfolio 2017 : les douze clichés
  25. 25Tobago 1966 : photographies et archives
  26. 26Lifted (2022) : photographies retrouvées
  27. 27Beats & Threads (2023) : instruments et costumes
  28. 28Catalogue raisonné : 52 références (2013–2024)
  29. 29Ringo cinéaste : Born to Boogie (1972)
  30. 30Ringo et Barbara Bach : vente Julien’s Auctions (2015)
  31. 31Octopus’s Garden : livre illustré (2013–2014)
  32. 32Clips et films promotionnels (1970–2026)
  33. 33Ringo: Peace & Love, GRAMMY Museum (2013–2014)
  34. 34Ringo en ukiyo-e au Japon (2026)
  35. 35Ringo photographié : les grands portraitistes
  36. 36Les cinq NFT et vingt lots de 2022
  37. 37Ringo Starr en dessin animé : de 1965 à Rock Band (2009)
  38. 38Thomas : le pilote de 1983 retrouvé en 2025
  39. 39La vidéo privée de Lennon et Ringo (1966)
  40. 40Ringo dans la publicité : 1987–2015
  41. 41Ringo Starr : l’art de l’autoportrait (1966–2026)
  42. 42Collection Starr–Bach : 49 lots d’art (2015)
  43. 44Pochettes des 45 tours de Ringo (1970–1992)