Ringo Starr, artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture, cinéma et design

YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 35

Ringo Starr photographié : de Kirchherr à Avedon, Whitaker, Benson et McCullin

Du Hambourg de 1962 aux œuvres conservées au MoMA et à la National Portrait Gallery : photographes, tirages, affiches, objets de collection et attributions.

← Retour au sommaire du dossier

Ringo Starr a photographié les Beatles. Mais qui a photographié Ringo ? Cette question ouvre une autre histoire de l’art visuel : celle de la fabrication de son image publique par des artistes dont les œuvres se trouvent aujourd’hui dans des collections de musées. Des premières séances du groupe à Hambourg aux portraits psychédéliques de Richard Avedon, du photojournalisme de Harry Benson aux compositions de Robert Whitaker et Don McCullin, chaque regard crée un Ringo différent. L’enquête peut être menée avec une précision rare grâce aux notices de la National Portrait Gallery de Londres et du Museum of Modern Art de New York, qui documentent des photographes, des objets et des états matériels plutôt qu’une simple suite d’images célèbres.

Objet de cette étude : distinguer le sujet représenté, le photographe, le créateur éventuel d’un montage ou d’une mise en page et le propriétaire d’un tirage. Les références d’inventaire citées proviennent des institutions elles-mêmes. Il ne faut pas les prendre pour les numéros de négatifs originaux ni pour la preuve qu’un objet est actuellement exposé en salle. Aucune photographie extérieure soumise à des droits n’est reproduite ici.

Deux histoires de la photographie, un même musicien

La première histoire, que nous avons déjà étudiée dans le chapitre consacré à Ringo photographe des Beatles, part d’un membre du groupe tenant son propre appareil. Sa proximité avec John Lennon, Paul McCartney et George Harrison lui donnait accès à des moments qu’un photographe de presse n’aurait pas nécessairement observés. Le livre Photograph et les éditions Genesis publiées à partir de 2013 ont rendu visible une partie de ce patrimoine personnel.

La seconde histoire inverse le sens du regard. Starr devient le sujet d’autres photographes : leurs clients peuvent être des journaux, un manager, une maison de disques, une agence, une galerie ou un éditeur. Certains cherchent à fixer une rencontre, d’autres à fabriquer une image publicitaire, à illustrer une chanson ou à construire une œuvre autonome. L’historien doit tenir compte de ces conditions de commande sans imaginer connaître toutes les instructions données lors de la séance.

La National Portrait Gallery répertorie 71 portraits associés à Ringo Starr dans sa fiche de personne au moment de la consultation. Le nombre est celui d’un catalogue institutionnel en évolution, non celui de toutes les photographies prises de Ringo à travers le monde. Certaines notices correspondent à des groupes, des affiches, des reproductions, des œuvres graphiques et des objets acquis des décennies après la prise de vue. La quantité d’entrées ne doit donc être convertie ni en nombre de séances distinctes ni en nombre de portraits individuels.

1962 : Astrid Kirchherr et le passage à la formation définitive des Beatles

La National Portrait Gallery conserve une photographie des quatre Beatles par Astrid Kirchherr, datée de novembre 1962. La notice l’identifie comme un tirage sur papier bromure fibre, de 400 × 400 millimètres, acquis en 2006 sous la référence NPG x128620. Cette précision permet de fixer un jalon visuel important : le groupe représenté comprend déjà Richard Starkey, arrivé à la batterie quelques mois plus tôt.

Le nom de Kirchherr est indissociable du Hambourg des débuts. Ses portraits antérieurs documentent notamment la période où Pete Best et Stuart Sutcliffe appartenaient encore à l’entourage et à la formation du groupe. En comparant une photographie de 1960 et une autre de novembre 1962, on observe donc une évolution réelle de l’identité collective des Beatles. Cette comparaison n’autorise pas à attribuer au seul style photographique la transformation du groupe : musiciens, coiffures, vêtements, entourage et stratégie professionnelle ont changé.

L’objet muséal apporte une autre leçon. La date de novembre 1962 désigne celle de l’image dans le catalogue, et 2006 celle de l’acquisition par le musée. Ces données ne sont pas interchangeables. Un tirage entré dans une collection peut avoir été exécuté plus tard que le négatif d’origine. Sans documentation détaillée du laboratoire et de l’exemplaire, il faut éviter de qualifier arbitrairement un tirage de 1962 de « vintage ».

Une commande de Brian Epstein : un portrait pour présenter les nouveaux Beatles

La notice institutionnelle de la National Portrait Gallery apporte une précision essentielle à l’histoire de ce portrait : Brian Epstein avait commandé à Astrid Kirchherr des photographies du groupe à la fin de 1962, avec ses nouveaux costumes et son nouveau batteur. Le musée souligne même que Ringo apparaît légèrement à l’écart de ses trois partenaires dans la composition. L’image ne résulte donc pas d’une simple rencontre privée d’anciens amis à Hambourg ; elle participe aussi à la définition professionnelle de l’identité des Beatles après le remplacement de Pete Best.

Cette commande permet de relier la photographie aux premiers efforts de présentation du groupe entrepris par son manager. Kirchherr ne se contente pas de documenter les Beatles qu’elle a connus au début de leur carrière : elle photographie une formation renouvelée qui se prépare à passer à une échelle de célébrité différente. La distinction entre photographie d’entourage et portrait commandé pour la communication éclaire le rapport nouveau entre intimité, travail de presse et stratégie visuelle au tournant de 1962.

La fiche de collection indique également une présentation de ce tirage au Musée Granet d’Aix-en-Provence au moment où elle est consultée en octobre 2026. Il s’agit d’une indication d’exposition susceptible d’évoluer ; la présence dans une salle ou un prêt ne modifie pas l’identité du propriétaire institutionnel ni la date à laquelle le musée londonien a acquis son exemplaire.

Septembre 1962 : Les Chadwick, Peter Kaye Photography et la photographie commerciale

La même institution répertorie une photographie des Beatles datée de septembre 1962, produite par Les Chadwick pour Peter Kaye Photography, sous la référence NPG x199158. Son type est décrit comme postcard print. Cette qualification est historiquement précieuse : nous ne nous trouvons pas simplement devant une image destinée au souvenir privé, mais devant un objet destiné à un circuit de diffusion populaire.

La carte photographique et son négatif éventuel doivent être catalogués séparément. Le premier possède une taille, une éventuelle inscription et un usage commercial ; le second est le support-source. Un tirage plus tardif de la même image peut encore former un troisième objet. Le musicien représenté ne devient propriétaire ni des droits d’auteur ni du négatif par le seul fait de figurer sur la photographie.

Pour une histoire de l’image publique de Ringo, cette séance du début des années 1960 témoigne du passage d’un groupe de musiciens locaux à un ensemble dont le visage allait être diffusé de manière massive. La fabrication de portraits prêts à circuler précède ici les gigantesques opérations médiatiques de 1964.

1963 : Michael Ward, Fiona Adams et le photojournalisme d’avant la Beatlemania mondiale

Parmi les notices de la National Portrait Gallery figurent plusieurs images de Michael Ward datées des 19 et 20 février 1963, notamment sous les références NPG x128563, x128564 et x128565. Elles appartiennent à une période où le succès national britannique des Beatles commence à prendre corps, mais où l’ampleur internationale de la Beatlemania n’a pas encore été atteinte.

La précision de ces dates permet d’étudier la photographie à l’échelle d’une séquence documentaire courte, plutôt que de regrouper indistinctement tout ce qui serait « du début des années soixante ». Elle rappelle qu’une légende publiée très longtemps après une séance gagne à être confrontée aux fiches de collection et aux archives de commande.

Le musée conserve également des œuvres de Fiona Adams d’avril 1963, sous les références NPG x128566 et x128567. Les notices distinguent notamment un tirage moderne sur papier bromure fibre obtenu à partir d’un fichier numérique et une planche-contact moderne. L’opposition est décisive : les images peuvent provenir d’un événement de 1963 tout en ayant été matérialisées sous forme de tirages d’exposition beaucoup plus tardifs.

La planche-contact possède une valeur de recherche particulière. Contrairement à un portrait choisi comme image définitive, elle laisse entrevoir une succession de vues, parfois très proches. Elle renseigne potentiellement sur la sélection et sur les essais du photographe, mais son seul intitulé ne suffit pas à démontrer qu’elle contient une série originale complète, ni à en reconstituer l’ordre de prise de vues.

1964 : Harry Benson et l’art de fabriquer un événement spontané

Les photographies de Harry Benson forment l’un des grands chapitres de la mémoire visuelle des Beatles. Son site officiel présente les images de la bataille d’oreillers à l’hôtel George V à Paris en 1964, de leur arrivée à New York, du séjour de Miami et de leur rencontre avec le boxeur Cassius Clay. Il possède aussi des vues individuelles identifiées comme « Ringo Miami Beach 1964 » et « Ringo Starr, New York, 1964 ».

La photographie du groupe se chamaillant avec des oreillers est souvent regardée comme l’expression parfaite de quatre garçons insouciants. Il faut toutefois rappeler que l’impression de spontanéité constitue déjà un effet esthétique. Un photojournaliste peut provoquer une situation, l’observer, choisir son cadrage et retenir un instant particulièrement expressif. L’image ainsi obtenue n’est ni un mensonge ni une fenêtre absolument neutre sur la vie privée.

Pour Ringo, cet environnement visuel importe beaucoup. Son personnage de musicien drôle, proche des autres et volontiers malicieux se construit aussi grâce aux images publiées dans les magazines. Son jeu de batterie n’apparaît pas nécessairement à l’image, mais la photographie participe à la reconnaissance de sa personnalité auprès de millions de lecteurs.

Le fonds Benson invite également à distinguer portrait individuel et image collective. « Ringo Miami Beach 1964 » désigne un document centré sur lui, tandis que les scènes de Paris ou les portraits liés à The Ed Sullivan Show concernent l’ensemble des Beatles. Un classement qui enregistrerait chaque image comme « portrait solo Ringo » fausserait la typologie de l’archive.

1964–1966 : Robert Whitaker, l’expérimentation et les supports matériels

Avec Robert Whitaker, la photographie des Beatles se charge d’une énergie différente. La National Portrait Gallery indique que le photographe, passé par Melbourne, fut recruté par Brian Epstein pendant le séjour australien des Beatles en 1964. Ses images peuvent relever du reportage, du portrait et de l’expérimentation conceptuelle.

Trois entrées du musée constituent un petit laboratoire de la diversité matérielle de son œuvre. La référence NPG P1348 correspond à un tirage argentique gélatino-bromure daté d’octobre 1964, acquis en 2009. La référence NPG P1349 désigne un tirage couleur de 1965, acquis la même année que le précédent. La référence NPG P733 concerne un tirage Cibachrome d’une image de 1966, acquis en 1999.

Les différences de procédés ne sont pas des détails inutiles pour collectionneurs obsessionnels. Un tirage gélatino-argentique, un procédé couleur Cibachrome et une reproduction photomécanique n’ont pas la même histoire matérielle, ni les mêmes propriétés de conservation, ni la même signification comme objet de musée. Une banque d’images en ligne peut afficher des fichiers JPEG très semblables là où le musée décrit trois objets extrêmement différents.

L’œuvre de 1966 associée à Yesterday and Today fournit un cas exemplaire. La National Portrait Gallery rappelle que l’image devenue célèbre sous l’appellation de « butcher cover » fut utilisée sur la pochette américaine avant d’être retirée. Elle précise surtout que Whitaker ne l’avait pas d’abord imaginée comme une simple couverture de disque, mais comme un élément d’une composition plus complexe. En Grande-Bretagne, l’image apparaît dans le NME du 3 juin 1966, dans le contexte de la promotion de Paperback Writer.

Il serait faux de réduire cette photographie à la volonté personnelle de Ringo de provoquer le public. Les quatre Beatles sont les modèles ; le photographe a conçu une représentation ; la maison de disques, les médias et les distributeurs participent à la transformation de l’image en objet controversé. C’est le parcours éditorial et matériel du cliché qui explique une part de sa célébrité.

Ringo Starr — photographie d’ambiance du dossier encyclopédique « L’artiste au-delà des Beatles »

19 mai 1967 : Linda Eastman photographie les Beatles chez Brian Epstein

La photographe Linda Eastman, future Linda McCartney, réalise ses premières images des Beatles à Londres le 19 mai 1967, lors d’une présentation de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band organisée au domicile de Brian Epstein, dans le quartier de Belgravia. La National Portrait Gallery conserve un portrait collectif associé à cette séance sous la référence NPG P577, décrit comme un tirage au platine de 1967 ; le musée répertorie également des tirages photographiques de cette date.

L’intérêt historique du document ne tient pas uniquement au fait que la photographe épousera Paul McCartney en 1969. Au moment de la prise de vue, elle travaille déjà comme professionnelle pour la presse musicale. Raconter rétroactivement l’image en ne retenant que son futur statut familial ferait disparaître les circonstances de sa commande et la place du travail photographique féminin dans les médias rock de l’époque.

La scène possède aussi une signification culturelle : elle se situe juste avant la publication d’un disque dont la présentation visuelle allait contribuer à redéfinir les ambitions de la musique populaire. L’image photographique de Linda documente l’événement médiatique, tandis que la pochette de Sgt. Pepper relève d’une création plastique et graphique différente, associée notamment à Peter Blake et Jann Haworth. Confondre ces deux opérations reviendrait à attribuer à une photographe de presse l’intégralité de l’identité visuelle d’un album.

11 août 1967 : Richard Avedon transforme Ringo en icône psychédélique

Étude du tirage et de son iconographie : la colombe blanche de Ringo dans le portrait d’Avedon : affiche de 1967, édition 1968, format et provenance NPG D43290. Cette enquête complète le panorama des photographes sans le dupliquer.

Peu de portraits des Beatles démontrent aussi clairement le passage de la photographie au graphisme que la série de Richard Avedon. Selon la notice de Christie’s, la séance se déroule le 11 août 1967 dans un studio situé à Thompson House, 200 Gray’s Inn Road, Londres. Les membres du groupe posent chacun avec un élément distinctif, ensuite intégré à un traitement photographique et coloré.

Le MoMA possède une version du portrait de Ringo, datée de 1967 et cataloguée comme une lithographie. Sa notice explique que Brian Epstein avait demandé au photographe de concevoir des portraits reflétant la nouvelle orientation psychédélique du groupe. Pour Ringo, l’attribut choisi est une colombe blanche ; George est associé à des motifs mystiques, Paul à des fleurs et John à ses lunettes. Les procédés de solarisation, de recomposition et de colorisation confèrent à ces visages un aspect détaché du reportage ordinaire.

La National Portrait Gallery conserve également un exemplaire de l’affiche de Ringo sous la référence NPG D43290, indiquée comme affiche lithographiée en offset couleur datée de 1967, de 790 × 570 millimètres, achetée en 2014. Un portrait collectif de la même série est inventorié sous la référence NPG D43291. Il s’agit d’objets catalogués dans deux collections institutionnelles distinctes, et non d’un unique négatif conservé en deux endroits.

Ce détail change la manière de lire l’œuvre. La photographie initiale sert de matériau à une composition profondément transformée ; l’affiche s’inscrit ensuite dans un réseau de tirages et de diffusion commerciale. Une analyse de l’« original » doit donc déterminer si elle parle du négatif de séance, de l’œuvre graphique réalisée par Avedon, d’une impression de 1967 ou d’une réédition plus tardive.

La colombe de Ringo est un choix iconographique identifiable. Il serait tentant de la relire comme l’annonce de toutes ses initiatives « Peace & Love » ultérieures. Ce parallèle peut être proposé, mais ne prouve ni que la formule publique ait déjà son sens actuel en 1967, ni que Starr ait personnellement inventé l’ensemble du projet photographique. Dans cette série, Avedon est l’auteur du portrait et de sa construction graphique.

Les deux affiches institutionnelles : le même portrait, deux objets de collection

La confrontation des notices permet d’aller plus loin que l’expression vague « l’affiche psychédélique de Ringo ». Au Museum of Modern Art de New York, la lithographie d’Avedon porte le numéro d’inventaire 1441.2000 ; la fiche mentionne Cowles Education Corporation comme éditeur et précise que l’objet est entré dans la collection par don du designer. Ses dimensions sont indiquées comme 79,1 × 57,2 centimètres. La National Portrait Gallery de Londres, de son côté, enregistre un poster en lithographie offset couleur sous le numéro D43290, de 790 × 570 millimètres, acquis par achat en 2014.

Ces deux notices ne constituent pas une démonstration que les objets sont matériellement identiques. Elles permettent au contraire d’étudier leurs conditions d’entrée dans deux collections et leurs méthodes de description. Les différences de millimètres peuvent correspondre à un arrondi de catalogue ou à une variation entre feuilles ; elles ne permettent pas, à elles seules, de déclarer une édition supplémentaire. Une recherche exhaustive exigerait de confronter papier, inscriptions, marques de l’imprimeur et documents des deux institutions.

Le MoMA explique en outre que les posters furent imprimés dans quatre pays et diffusés simultanément par l’intermédiaire de magazines populaires. Cette information est décisive pour comprendre pourquoi les collectionneurs rencontrent des affiches Avedon présentant des caractéristiques éditoriales distinctes. L’objet doit être identifié comme une manifestation matérielle d’une œuvre visuelle, et non seulement par l’image de la colombe blanche placée près de Ringo.

28 juillet 1968 : Don McCullin et la journée de portraits des Beatles

Un an plus tard, le photographe Don McCullin réalise un portrait collectif des Beatles daté du 28 juillet 1968. La National Portrait Gallery conserve un tirage bromure sous la référence NPG P1382, de 320 × 480 millimètres, acquis en 2010. Le musée identifie précisément les quatre modèles, dont Ringo.

La période est associée aux séances photographiques devenues connues sous le nom de Mad Day Out. Pourtant, il faut éviter de fondre toute la production de cette journée en une image mythique. Chaque photographe présent pouvait réaliser son propre cadrage, chaque négatif sa propre séquence et chaque tirage sa propre histoire de diffusion. La date commune n’autorise pas à attribuer tous les clichés d’une séance au seul McCullin.

Connu pour son reportage social et ses photographies de conflits, McCullin aborde les Beatles avec des méthodes qui ne se réduisent pas au glamour traditionnel de la presse musicale. Le portrait de 1968 invite le visiteur à voir le groupe comme un ensemble humain pouvant aussi faire l’objet d’une œuvre photographique d’auteur. L’importance de cette image tient à la fois à son sujet historique et à la réputation artistique de celui qui l’a prise.

On retrouve ici un point central : un portrait de groupe peut être acquis par un musée d’art sans devenir une création réalisée par les quatre personnes photographiées. Ringo est sitter, c’est-à-dire modèle ou personne représentée, non photographe de l’image.

1973 : Barry Feinstein et l’épreuve de travail de Photograph

Après la séparation du groupe, la photographie continue à définir la carrière solo de Ringo. L’une des images les plus frappantes le montre dans une grande étoile métallisée : elle est associée au single Photograph, publié en 1973. La documentation d’une vente rapportée par La Gazette Drouot identifie Barry Feinstein comme photographe et décrit une épreuve couleur montée sur carton, utilisée pour préparer l’image de la pochette.

La notice de vente donne des dimensions précises : photographie semi-lustrée d’environ 16 × 20 pouces montée sur support de 20 × 24 pouces ; l’image carrée de la pochette est imprimée sur une portion de la feuille. Le montage est marqué au verso par Ted Staidle & Associates Photographic Color Reproduction, à Los Angeles. La même notice indique une provenance de la collection personnelle du photographe et l’accompagnement par une lettre d’authenticité de sa succession.

Cette description commerciale retrace la provenance déclarée et évoque une lettre d’authenticité, mais elle ne constitue pas en elle-même un examen indépendant de l’exemplaire. C’est néanmoins une documentation plus précise qu’un simple fichier de pochette circulant sur Internet, parce qu’elle décrit un objet physique, ses dimensions, ses inscriptions et sa chaîne déclarée de conservation.

La succession de Feinstein commercialise par ailleurs des tirages pigmentaires d’archives posthumes. Son site distingue explicitement ces impressions éditées par la succession, leur timbre, leur numérotation et leur certificat, des tirages qu’aurait réalisés le photographe de son vivant. Cette distinction interdit de donner le même statut à une épreuve de travail de 1973 et à une impression d’art numérotée produite plusieurs années après sa disparition.

Le single Photograph occupe une position amusante dans notre enquête : une chanson sur le pouvoir émotionnel d’une photographie est elle-même devenue un objet célèbre grâce à une image réalisée par un autre artiste. Starr est le sujet et le chanteur, George Harrison a participé à la composition du morceau, Feinstein est le photographe de la pochette, et les spécialistes de reproduction graphique interviennent dans la fabrication matérielle.

Ringo Starr — photographie d’ambiance du dossier encyclopédique « L’artiste au-delà des Beatles »

De la photographie de presse au livre de photographe : le parcours de Harry Benson

Les images de Harry Benson connaissent elles-mêmes plusieurs vies. La prise de vue de Paris en 1964 appartient à une histoire de reportage ; une photographie de la même série peut ensuite devenir une reproduction dans un magazine, un tirage de galerie, une page de livre ou une image empruntée à la mémoire collective des Beatles. Sur son site officiel, Benson présente plusieurs livres consacrés à son travail avec le groupe, dont Harry Benson: The Beatles: On the Road 1964–1966 et Once There Was a Way: Photographs of the Beatles by Harry Benson.

Cette multiplicité des supports conduit à une règle essentielle de catalogage : citer un livre qui reproduit une image ne suffit pas à dater le tirage d’art placé au mur d’une galerie. De même, l’année figurant à côté d’un fichier numérique de présentation peut être celle de sa publication sur le site, non celle de la prise de vue. Les collections bien documentées font gagner du temps aux chercheurs en séparant chacune de ces dates.

On notera enfin l’importance du regard du photographe lorsque son travail est réemployé dans une création plus récente. La présence d’une archive de Benson dans un projet de 2024 ou 2026 — lorsque les crédits le démontrent — ne change pas l’auteur de la photographie originale. Un graphiste peut transformer une image sans effacer les droits et la signature du photographe.

Rob Shanahan : une autre relation entre musicien et photographe

Le photographe et musicien Rob Shanahan représente une relation plus récente entre les deux disciplines. Son site professionnel souligne qu’il est lui-même batteur et qu’il travaille depuis plusieurs décennies avec des artistes sur scène, en studio et en coulisses. Son ouvrage Volume 1, un livre de photographies musicales de 224 pages, comporte une préface de Ringo Starr. L’information est confirmée par la présentation officielle du livre.

La contribution de Ringo n’en fait pas le photographe du recueil. Elle documente plutôt un lien de confiance et de reconnaissance entre un musicien et un professionnel de l’image. L’écriture d’une préface, la présence comme modèle et la réalisation des photographies sont trois interventions distinctes que les bibliographies doivent séparer.

Shanahan affirme que ses ouvrages photographiques figurent dans les collections de la bibliothèque et des archives du Rock & Roll Hall of Fame à Cleveland. Cette déclaration, publiée sur sa page biographique, est à distinguer d’une fiche d’inventaire indépendante consultée dans le catalogue de l’institution. Elle offre une piste de recherche, non une référence d’accession vérifiée ici.

Pour prolonger l’étude des portraits de Starr après les années 1970, ce type de livre apporte une documentation complémentaire : il rappelle que l’iconographie du musicien ne se limite pas aux photos des Beatles, et qu’une histoire complète de sa carrière solo nécessiterait aussi les archives des séances promotionnelles, des pochettes et des tournées.

Henry Diltz, Ringo Starr et Peace & Love, 1991 : une édition de douze épreuves cosignées

Une édition photographique publiée au sein du catalogue de Genesis Publications renouvelle la connaissance des portraits de Ringo Starr par ses confrères. Le programme Henry Diltz Co-Signed Prints, commercialisé à partir de janvier 2024 en partenariat avec les commissaires de la société 12on12, comprend une œuvre intitulée Ringo Starr, Peace & Love, 1991. L’édition est limitée à douze tirages numérotés, chacun signé à la fois par Henry Diltz, auteur de la photographie, et par Ringo Starr, personnalité représentée. Cette double signature ne transforme pas le musicien en photographe de l’image. Elle authentifie, au sens du programme commercial, l’intervention du photographe et de son modèle sur un tirage moderne.

Une fiche technique particulièrement précise

Genesis annonce un format de 24 × 36 pouces et une impression sur papier Canson Infinity Arches Aquarelle Rag 310 g/m². L’éditeur propose deux états commerciaux, encadré et non encadré. La formule encadrée est décrite avec un cadre en bois dur noir, un montage sans acide et un vitrage en matière synthétique offrant une protection contre les ultraviolets. Le catalogue affiché actuellement indique les deux options comme entièrement souscrites. L’épreuve photographique est une édition contemporaine d’une image datée de 1991 ; le millésime du sujet n’est donc pas une date de fabrication des douze feuilles. Il ne faut pas importer ici les caractéristiques d’impression Hahnemühle Photo Rag utilisées dans les portfolios photographiques de Ringo, car elles désignent une autre série, réalisée par un autre auteur.

Le témoignage d’Henry Diltz : premiers contacts avec le All-Starr Band

Dans la présentation du portrait, Diltz raconte avoir reçu à Laurel Canyon un appel l’invitant à venir photographier un groupe en répétition. Ce groupe était le premier All-Starr Band de Ringo Starr. Diltz se souvient avoir demandé s’il pouvait se déplacer sur scène pour obtenir de bonnes photographies, ce à quoi Ringo lui répondit, en substance, que le musicien s’occupait de la batterie et lui de l’appareil. Cette anecdote constitue un témoignage précieux sur leur relation de travail et sur la séparation assumée de leurs métiers. En revanche, la photographie vendue sous le titre Peace & Love, 1991 est datée par Genesis de 1991, tandis que la formation initiale du All-Starr Band remonte à 1989. Il serait donc incorrect d’identifier cette épreuve comme la photo de la première répétition sur la seule base de ce commentaire de carrière.

Trois dates : l’événement raconté, le négatif et le tirage

La notice du catalogue doit séparer 1989, année des débuts du All-Starr Band évoqués dans le récit rétrospectif de Diltz ; 1991, millésime apposé au sujet de Peace & Love par Genesis ; et 2024, année de la première diffusion commerciale annoncée du programme d’épreuves cosignées. L’une de ces dates ne peut être remplacée par les deux autres. La photographie ne doit pas davantage être déduite d’un concert précis de 1991 en l’absence de lieu, de feuille de contact ou de légende contemporaine. La conservation de trois champs temporels permet au collectionneur de ne pas confondre une image d’archives avec son état imprimé moderne.

MusiCares n’est pas la Lotus Foundation

Le programme Henry Diltz Co-Signed Prints précise que 10 % de l’ensemble des ventes de la série doivent être reversés à MusiCares. Ce bénéficiaire et ce taux annoncés appartiennent à l’opération collective de Diltz et 12on12. Ils ne doivent pas être remplacés par les conditions philanthropiques des photographies réalisées par Ringo, pour lesquelles Genesis évoque des royalties destinées à la Lotus Foundation. L’absence d’un relevé comptable détaillé empêche de chiffrer le montant réellement versé à MusiCares pour la photographie de Ringo, mais le catalogue est clair sur la formule de soutien annoncée.

Un statut de collection distinct des photographies prises par Ringo

Le tirage de Diltz cosigné par Starr appartient à la catégorie « photographie de Ringo Starr réalisée par un tiers, éditée et signée par le modèle ». À l’inverse, les portfolios Genesis de 2013, 2015, 2018 et 2024 diffusent des images prises par Ringo lui-même, signées comme auteur des négatifs, dans d’autres formats et tirages. Une signature identique apposée sur deux feuilles ne confère donc pas à ces deux objets la même paternité photographique. Cette distinction est cruciale pour éviter une fausse attribution lors d’une revente ou dans un catalogue d’exposition.

Le programme Diltz contient d’autres portraits cosignés par Graham Nash, Joni Mitchell, Keith Richards et plusieurs musiciens, chacun annoncé en douze exemplaires. Le fait qu’ils soient réunis sur une même page de Genesis indique une famille commerciale cohérente, pas un portfolio de photographies historiques prises par toutes les personnalités représentées. Le dossier général des tirages de Ringo peut documenter cette épreuve comme portrait cosigné, mais ne doit pas l’inclure dans les 52 occurrences du catalogue raisonné de photographies prises par Ringo, qui reposent sur un autre principe d’attribution.

Les données matérielles et les conditions d’édition sont également étudiées dans le guide des tirages et de l’authenticité des objets et dans le dossier de l’iconographie des tournées du All-Starr Band.

Le piège de l’attribution : sujet photographié, auteur, tirage et graphiste

Pourquoi tant d’erreurs de crédits circulent-elles autour des Beatles ? Parce qu’un seul portrait peut passer d’une agence photographique à un magazine, puis à une pochette, une affiche, un livre, un site Internet et enfin à une vente aux enchères. À chacune de ces étapes, un nouvel acteur intervient sans nécessairement modifier le négatif. Une photographie publiée dans une biographie de Ringo n’est pas automatiquement une photographie prise par Ringo.

On peut distinguer quatre documents de référence. Le négatif ou le fichier source provient de la séance. Le tirage est un objet matériel pouvant être contemporain ou postérieur. La reproduction photomécanique correspond à la diffusion sur un support éditorial. Enfin, l’affiche ou la pochette peut réunir plusieurs créations : image, typographie, retouche, mise en page, couleurs et logos.

Le cas Avedon illustre une œuvre photographique volontairement transformée en lithographie. Le cas Whitaker révèle une image de séance qui prend un autre sens lorsqu’elle devient une pochette controversée. Le cas Feinstein concerne une épreuve d’impression utilisée dans le processus de fabrication d’un disque. Le cas de Linda Eastman relève du photojournalisme musical, et celui de Kirchherr de la construction de l’identité publique d’un groupe à ses débuts. Aucun ne se laisse ramener à un unique mot, « photo ».

Le vocabulaire des musées permet de conserver ces différences : gelatin silver print, bromide print, platinum print, colour print, Cibachrome, colour offset lithograph poster. Dans un article destiné aux fans, ces termes peuvent sembler techniques ; pour identifier une œuvre ou distinguer une reproduction d’un tirage original, ils sont fondamentaux.

Un premier inventaire critique de dix références muséales

PH-01 — Astrid Kirchherr, novembre 1962. Les quatre Beatles avec Ringo ; tirage bromure fibre ; 400 × 400 mm ; National Portrait Gallery, x128620 ; acquis en 2006. Date de réalisation du tirage matériel non établie par la fiche citée.

PH-02 — Les Chadwick / Peter Kaye Photography, septembre 1962. Groupe des Beatles ; tirage de type carte postale ; National Portrait Gallery, x199158. Nécessité de distinguer carte, négatif et retirages.

PH-03 — Michael Ward, 19 février 1963. Portrait collectif ; tirage bromure fibre ; National Portrait Gallery, x128564. Une des références datées de la séquence de février 1963.

PH-04 — Fiona Adams, avril 1963. Portrait collectif ; tirage bromure fibre moderne à partir d’un fichier numérique ; National Portrait Gallery, x128566. La qualification « moderne » se rapporte à l’objet, non à la date de la scène.

PH-05 — Robert Whitaker, octobre 1964. Les Beatles ; tirage gélatino-argentique ; National Portrait Gallery, P1348 ; acquis en 2009.

PH-06 — Robert Whitaker, 1965. Portrait des Beatles ; tirage couleur ; National Portrait Gallery, P1349 ; acquis en 2009.

PH-07 — Robert Whitaker, 1966. Portrait utilisé pour Yesterday and Today ; tirage Cibachrome ; National Portrait Gallery, P733 ; acquis en 1999.

PH-08 — Linda McCartney, 1967. Les Beatles ; tirage au platine ; National Portrait Gallery, P577. Image liée à la présentation de Sgt. Pepper et à la série de portraits de la photographe.

PH-09 — Richard Avedon, 1967. Ringo Starr ; affiche lithographiée offset en couleur ; 790 × 570 mm ; National Portrait Gallery, D43290 ; acquis en 2014. Le MoMA conserve également une lithographie du portrait.

PH-10 — Don McCullin, 28 juillet 1968. Les Beatles ; tirage bromure ; 320 × 480 mm ; National Portrait Gallery, P1382 ; acquis en 2010.

Ces notices forment un inventaire de contrôle sélectif, non un catalogue complet des portraits de Ringo. Les références institutionnelles permettent de retrouver des objets précisément identifiés sans spéculer sur l’emplacement de tous les négatifs. L’état de présentation en salle peut changer ; la possession d’un objet par un musée n’implique pas qu’il soit actuellement visible au public.

Reconstituer la provenance et contrôler les droits

Une notice de collection possède deux valeurs distinctes. Elle donne d’abord des faits sur l’objet, notamment l’auteur, le titre, le support, les dimensions, une datation et une référence d’inventaire. Elle permet ensuite de retracer son parcours, lorsque les informations de provenance sont publiques : achat, donation, transfert de collection ou dépôt. Mais elle ne remplace pas l’histoire du copyright.

La National Portrait Gallery précise sur ses pages consacrées aux droits que plusieurs images peuvent être soumises à l’autorisation des ayants droit extérieurs au musée. Posséder un tirage et détenir les droits d’exploitation d’une photographie sont deux situations différentes. Cette distinction justifie le choix de notre enquête : citer les catalogues et étudier les œuvres sans reprendre leurs fichiers iconographiques protégés.

Pour les fans qui collectionnent les affiches Avedon, les tirages Benson ou les photographies Feinstein, la prudence est également indispensable. Un exemplaire portant une signature reproduite ne vaut pas automatiquement tirage signé de la main de l’auteur. Une édition ouverte, une édition limitée, une épreuve ancienne et une impression posthume estampillée par une succession doivent être décrites comme des objets différents.

Ce que cette histoire change à la compréhension de l’œuvre de Ringo

Le grand intérêt de cette enquête est de rétablir un dialogue entre deux activités qui semblent s’opposer : Ringo regardant et Ringo regardé. Le musicien a constitué ses propres archives photographiques. En même temps, des générations de professionnels de l’image ont façonné sa présence dans la culture visuelle mondiale. L’une de ces histoires n’annule pas l’autre.

Sans Astrid Kirchherr, une part de l’image des Beatles à Hambourg serait différente ; sans les portraits de presse de 1963, la transition vers la célébrité nationale serait plus difficile à documenter ; sans Harry Benson, la tournée américaine et les scènes d’intimité du groupe auraient un autre visage ; sans Avedon, Ringo ne serait pas entré de la même façon dans les collections de l’art graphique psychédélique. Enfin, les épreuves photographiques de Barry Feinstein racontent la construction de l’iconographie du chanteur solo.

Ces créations ne constituent pas une liste de « collaborations artistiques de Ringo » au sens strict de son travail d’auteur. Elles forment une histoire de la représentation, avec ses producteurs, ses photographes, ses éditeurs et ses collectionneurs. C’est une pièce complémentaire aux études sur ses photographies personnelles, les pochettes de ses disques et l’authenticité des tirages de collection.

La preuve muséale : quatre références de la National Portrait Gallery à ne pas confondre

Le catalogue de la National Portrait Gallery de Londres permet de dépasser les reproductions anonymes de portraits des Beatles. La référence NPG D43290 désigne un portrait de Ringo Starr par Richard Avedon, sous forme d’affiche imprimée en lithographie offset couleur en 1967, au format de 790 × 570 mm. La fiche indique une acquisition en 2014 pour la collection de référence. Ces trois dates et statuts ne sont pas interchangeables : 1967 caractérise l’édition de l’affiche, 2014 son entrée au musée ; la présence de l’image dans la collection ne fait pas de Ringo le photographe.

La même institution distingue un poster du groupe sous la référence NPG D43291, également attribué à Avedon en 1967. Le portrait individuel et l’affiche collective peuvent provenir d’un même projet graphique tout en demeurant deux objets distincts. La dimension, le papier, les inscriptions d’imprimeur et l’état d’un exemplaire sont indispensables pour reconnaître les variantes proposées aujourd’hui sur le marché.

Une image, plusieurs auteurs et statuts

Le catalogue mentionne en outre le tirage photographique de Don McCullin, représentant les quatre Beatles le 28 juillet 1968, sous la référence NPG P1382. Il s’agit d’un tirage bromure et non d’une lithographie couleur. Ce changement de technique et d’auteur interdit de fusionner les notices sous une simple rubrique « photos Beatles 1968 ». La conservation, la provenance et les droits relèvent de régimes différents.

Pour le portrait d’Avedon, la National Portrait Gallery indique explicitement les droits de la Richard Avedon Foundation. Posséder une photographie sur un site de vente ou une vignette muséale ne garantit donc pas le droit de la reproduire à volonté sur Yellow-Sub. L’index peut décrire les dimensions, les crédits, les références et renvoyer à la notice institutionnelle ; toute reproduction intégrale doit prendre en compte les droits publiés.

La distinction centrale reste celle du rôle de Ringo : il est sujet du portrait D43290, non auteur de son négatif ; il est membre du groupe représenté dans D43291 et P1382. Son propre corpus de photographe constitue un autre fonds, à comparer pour les scènes et les dates sans absorber ces œuvres réalisées par des tiers.

30 mars 2014 : Rob Shanahan, photographe personnel de Ringo, présente ses méthodes au GRAMMY Museum

La programmation du GRAMMY Museum fournit une attestation institutionnelle du rôle de Rob Shanahan dans l’iconographie contemporaine de Ringo Starr. Le 30 mars 2014, alors que l’exposition Ringo: Peace & Love touche à sa fin, le musée organise une rencontre avec Shanahan et le présente explicitement comme photographe personnel de Ringo. Cette formulation situe son travail à côté des portraits réalisés par des photographes célèbres des années 1960, tout en rappelant que les images de tournée des décennies suivantes sont produites par de nouveaux professionnels.

Le programme indique que le photographe devait expliquer ses pratiques d’éclairage et de prise de vue, ainsi que son travail de retouche avec Photoshop et Lightroom. Ces outils concernent la réalisation et le traitement de photographies contemporaines. Leur mention ne signifie pas que tous les portraits de Ringo par Shanahan aient été retouchés de la même manière ni que l’artiste soit l’auteur des modifications numériques. Les responsabilités doivent être attribuées au photographe ou à son équipe lorsque les archives le précisent.

La rencontre devait également présenter Volume 1: Through the Lens of Music Photographer Rob Shanahan, livre du photographe contenant une préface de Ringo Starr. Une préface signée d’un musicien n’attribue pas la photographie du livre à celui-ci ; elle fait de Ringo un contributeur textuel ou testimonial. Cette distinction devient essentielle pour une bibliographie complète : un ouvrage contenant un texte de Ringo n’est pas forcément un livre d’art composé par Ringo.

La distinction essentielle pour les collectionneurs

Le programme du musée rappelle que les images de Shanahan ont été produites dans les studios, les coulisses et sur scène, ce qui leur confère des fonctions distinctes. Un portrait posé pour une campagne discographique, une vue d’enregistrement en studio et un cliché de tournée doivent être datés et classés séparément. Leur rassemblement lors d’une conférence ou dans un livre ne transforme pas les lieux de prise de vue en un seul événement.

L’institution fixe la conférence au dimanche 30 mars 2014, de 9 à 11 heures, au GRAMMY Museum de Los Angeles. Cette date permet d’identifier une étape vérifiable dans la réception des photographies de Ringo, indépendante de l’exposition Genesis House de février 2018. Les deux manifestations n’avaient ni les mêmes producteurs ni les mêmes objectifs : l’une présentait un photographe professionnel proche du musicien, l’autre des éditions de photographies réunies par Ringo et Genesis.

Un catalogue iconographique avancé devrait désormais réserver une fiche auteur à Rob Shanahan, distinguer ses portraits identifiés des photographies prises par Ringo et documenter les publications dans lesquelles les images ont été reprises. Le droit de Ringo sur son image et le droit d’auteur du photographe sont des questions distinctes, et la présence d’un crédit institutionnel est un bon point de départ pour la recherche de ces autorisations.

Références de ce complément

  1. GRAMMY Museum, Behind the Lens with Rock Photographer Rob Shanahan, programme du 30 mars 2014 — https://grammymuseum.org/event/behind-the-lens-with-rock-photographer-rob-shanahan/

Analyse complémentaire — Être photographié n’est pas être photographe : de 1967 aux portraits contemporains

Les portraits de Ringo par Richard Avedon, Astrid Kirchherr ou d’autres photographes professionnels appartiennent d’abord au corpus de leurs auteurs. L’ancien Beatle en est le sujet représenté. Même lorsqu’une photographie est conservée dans ses archives personnelles ou reproduite dans un livre signé de lui, son crédit original ne doit pas être effacé.

L’affiche d’Avedon de 1967 conservée à la National Portrait Gallery est une lithographie offset imprimée, distincte d’un négatif photographique et d’un tirage de laboratoire. La fiche institutionnelle renseigne sa technique, ses dimensions et son entrée au musée. Cette précision doit guider les descriptions des réimpressions commerciales.

Variantes, attribution et état des preuves

Rob Shanahan appartient à une période beaucoup plus récente de la photographie musicale de Ringo. Son intervention au GRAMMY Museum en 2014 documente son statut de photographe personnel du musicien. La présence d’une préface de Ringo dans un livre de Shanahan ne change pas l’auteur des images.

Pour les droits de reproduction, il faut distinguer la photographie originale, l’éventuel graphisme de transformation, les droits éditoriaux de la couverture et les éventuelles autorisations sur l’image de la personne représentée. L’affichage public d’une vignette muséale ne rend pas libre son exploitation dans un dossier de presse.

Le récolement des portraits : dix références matérielles de la National Portrait Gallery de Londres

Le catalogue en ligne de la National Portrait Gallery de Londres associe Ringo Starr à 71 notices de portraits au moment de la consultation. Ce nombre décrit l’ensemble de résultats indexés sous son identité comme personne représentée, non 71 photographies prises par Ringo et encore moins 71 œuvres en possession de Ringo. Le musée donne, pour plusieurs des images, le nom du photographe, la technique, la date de la scène ou du tirage, ainsi qu’un numéro d’inventaire permanent. C’est ce dernier identifiant qui doit devenir le point de départ de la vérification iconographique plutôt que des titres généralistes comme « The Beatles ».

NPG x128620 — Astrid Kirchherr, novembre 1962

La notice NPG x128620 désigne les quatre Beatles photographiés par Astrid Kirchherr en novembre 1962, sous la forme d’un tirage sur papier bromure à base de fibres. Le musée signale que l’image est exposée au Musée Granet à Aix-en-Provence. Il faut distinguer l’institution détentrice de la notice, le lieu éventuel du prêt et la date de prise de vue. L’entrée dans la base d’un musée britannique n’implique pas que le tirage soit en permanence accroché à Londres, ni que sa reproduction soit libre de droits. La présence de Ringo dans ce portrait quatre mois après son entrée chez les Beatles est en revanche un repère iconographique pertinent.

NPG x199158 — Les Chadwick pour Peter Kaye Photography, septembre 1962

Le tirage de carte postale de septembre 1962 enregistré comme NPG x199158 est crédité à Les Chadwick, pour Peter Kaye Photography. Il documente la transition de la formation avec Ringo vers une identité photographique commercialisable. La mention « postcard print » ne qualifie pas automatiquement l’image comme tirage d’époque unique : elle décrit un type de publication ou de support. La photographie historique, ses réimpressions en carte et les exemplaires utilisés pour la promotion doivent conserver des notices séparées.

NPG x128563, x128564 et x128565 — Michael Ward, février 1963

Trois notices de la Gallery attribuent à Michael Ward des portraits de groupe réalisés les 19 et 20 février 1963. Leurs références sont NPG x128563, x128564 et x128565. Ce trio montre pourquoi une séance photographique doit être distinguée des images qui en proviennent : plusieurs prises de vue d’une même série constituent plusieurs compositions, mais leur proximité de date ne fait pas trois séances différentes. Les différences de pose, de cadrage et de tirage devront être décrites par examen des images plutôt que sous l’intitulé unique « Michael Ward, The Beatles, 1963 ».

NPG x128566 et x128567 — Fiona Adams, avril 1963

Les références x128566 et x128567 sont attribuées à Fiona Adams et renvoient respectivement à un tirage moderne sur papier bromure issu d’un fichier numérique et à une planche-contact moderne sur papier bromure, tous deux rattachés aux images de 1963. La nuance est décisive : une planche-contact réalisée ou reproduite dans un support de musée récent n’est pas nécessairement une feuille tirée en chambre noire en 1963. Le musée distingue le moment de la prise de vue historique et le procédé de l’objet conservé. Une planche-contact peut exposer des séquences de poses et apporter une preuve du déroulement d’une séance, mais son statut de « modern print » doit être conservé dans la fiche.

NPG x27128 et x128893 — Norman Parkinson, 12 septembre 1963

Deux références de portraits de Norman Parkinson portent explicitement la date du 12 septembre 1963 : NPG x27128 et NPG x128893. La fiche initiale indique pour les deux un tirage sur papier bromure. Un troisième cliché de Parkinson, NPG x133070, est daté du même jour. Ces trois numéros doivent rester distincts dans la base, même si certains catalogues de reproductions les regroupent sous le même intitulé ou la même séance de studio. La photographie de David Searle montrant Parkinson photographiant les Beatles avec George Martin, référencée NPG x135759, constitue un document de tournage de séance, pas une photographie prise par Parkinson.

NPG P1348, P1349 et P733 — trois techniques chez Robert Whitaker

La série de Robert Whitaker comprend NPG P1348, tirage argentique gélatino-bromure d’octobre 1964 ; P1349, tirage couleur de 1965 ; et P733, tirage Cibachrome de 1966. Ces qualifications ne doivent pas être gommées sous l’étiquette globale « photographie couleur ». Le Cibachrome possède un procédé de tirage particulier, et le fait qu’un sujet ait été photographié en 1966 ne suffit pas à dater le tirage matériel de la même année. Le corpus Whitaker nécessite aussi de distinguer la mise en scène des Beatles pour la presse de leurs photographies privées.

NPG P577 — Linda McCartney, 1967

Le musée répertorie un tirage au platine de 1967 attribué à Linda McCartney, référence NPG P577. Cette œuvre associe les quatre Beatles et intervient dans l’histoire du regard photographique de Linda sur le groupe. La mention platinum print décrit un procédé matériel précieux, mais ne permet pas à elle seule de dater la fabrication de l’exemplaire si la notice mentionne d’abord l’année de prise de vue. Le catalogue devra vérifier la fiche complète et la légende du musée avant de qualifier cet objet de platine d’époque.

NPG P1382 — Don McCullin, 28 juillet 1968

La référence NPG P1382 concerne une photographie de Don McCullin datée du 28 juillet 1968. La Gallery précise qu’elle est exposée en salle 28, deuxième étage. Les dates et le lieu font de ce document un jalon majeur pour l’image publique tardive des Beatles. Il ne faut pas confondre une photographie de McCullin avec les portraits de Richard Avedon parus l’année précédente : artistes, objectifs, procédés de publication et dispositifs graphiques diffèrent. Une juxtaposition sur une page de collection ne constitue pas une attribution partagée.

Pourquoi un registre de personne représentée n’est pas le catalogue des œuvres de Ringo

Le musée utilise la catégorie « sitter », c’est-à-dire personne représentée. Ringo apparaît sur des photographies, sérigraphies et cartes postales dont les auteurs sont d’autres artistes. Même lorsqu’il peut avoir fourni une idée, une pose ou un costume, cela ne lui attribue pas la propriété intellectuelle de la photographie ou du dessin. La base Yellow-Sub doit donc distinguer personne figurant dans l’œuvre, créateur ou fabricant de l’image, éditeur d’un tirage, détenteur institutionnel et lieu temporaire d’exposition. Le nombre de portraits affiché par la National Portrait Gallery peut évoluer à mesure que le musée enrichit ses données, sans modifier rétroactivement le nombre d’œuvres produites par Ringo.

Deux sources d’attribution absentes des collections habituelles : l’armée britannique et un photographe des Caraïbes

Les portraits célèbres de Ringo Starr sont généralement associés à Astrid Kirchherr, Robert Whitaker, Richard Avedon, Harry Benson ou Don McCullin. Cette histoire des grands noms doit désormais être complétée par des fonds institutionnels et privés qui ne relèvent pas du portrait de studio traditionnel. L’enjeu n’est pas de multiplier les photographes sans preuves, mais de reconnaître les opérateurs attestés, les collections d’origine et les circonstances des prises de vue. Deux documents illustrent particulièrement bien cette approche : un portrait avec les Beatles conservé par le National Army Museum de Londres et une scène des vacances de janvier 1966 dont le crédit revient à Geoffrey Nanton.

NAM 1994-07-326-130 : Bootle Girl meets The Beatles

Le National Army Museum conserve un document sous la cote NAM 1994-07-326-130, intitulé Bootle Girl meets The Beatles, photographie de 1965. La notice attribue le document au service des relations publiques du Headquarters Southern Command à Salisbury, Wiltshire. Il représente Brenda Hore, militaire du Women’s Royal Army Corps affectée au 251 Signals Squadron, photographiée avec John Lennon, George Harrison, Ringo Starr et Paul McCartney pendant le tournage de Help!. Il s’agit d’une photographie de relations publiques militaires, non d’un autoportrait de Ringo ni d’une photographie réalisée par les graphistes responsables de la pochette du film.

Une localisation précise : Knighton Down, près de Larkhill

La fiche du musée rattache les prises de vue à Knighton Down, près de la base militaire de Larkhill sur Salisbury Plain. L’armée britannique met alors à disposition des moyens humains et des véhicules, dont des chars visibles pendant le tournage de la séquence du film. Le document permet de restituer un cadre de fabrication qui échappe généralement aux portraits promotionnels : la rencontre entre une équipe de cinéma, les musiciens, les services de l’armée et des militaires mobilisés pour les besoins d’une production. Il faut cependant distinguer le lieu donné par le musée pour la scène filmée et le point exact où le photographe des relations publiques a placé son appareil, si ce dernier n’est pas davantage documenté.

Le crédit d’agence ne remplace pas celui de l’opérateur

La notice indique une origine Public Relations, HQ Southern Command, mais n’attribue pas la prise de vue à un photographe nommé. La formule correcte est donc « photographe individuel non identifié ; fonds des relations publiques du Southern Command », et non « cliché de Brenda Hore » ou « photographie de Ringo Starr ». Brenda Hore est un sujet représenté, au même titre que les quatre musiciens. Le musée signale en outre Crown Copyright et une conservation dans sa Study Collection. Ces informations ne constituent pas une licence de reproduction libre sur un site Internet : l’accès au catalogue et l’autorisation de publier l’image doivent être distingués.

Young Island, janvier 1966 : un nom d’auteur identifié pour un portrait privé

La photographie de Ringo publiée sous le titre Ringo Starr at Young Island, 1966 est attribuée par son diffuseur à Geoffrey Nanton. Le portrait est situé dans un complexe hôtelier de Saint-Vincent, au cours des vacances passées par Ringo, Maureen, John Lennon et Cynthia. La documentation du photographe décrit la réalisation de plusieurs images et une rencontre où Ringo fut invité à signer des tirages. Elle ne prouve ni la date de prise de vue de tous les documents du voyage, ni qu’il s’agisse d’un cliché réalisé par Ringo lui-même. Un photographe local doit conserver son nom dans le catalogue, même lorsque le sujet photographié appartient aux Beatles.

La barbe de Ringo comme indice et non comme horloge

Le récit du portrait Nanton mentionne que Ringo aurait rasé sa barbe entre deux journées de photographie. C’est un détail susceptible de contribuer à ordonner des images matériellement identifiées. Il ne permet pas de dater à l’heure près une photographie inconnue de toute provenance ; coupe de cheveux, vêtements et rasage doivent toujours être croisés avec les dossiers de séjour, les lieux, les archives photographiques et les dates de publication. Le catalogue conserve donc la description comme témoignage de l’auteur ou de son entourage plutôt que comme une preuve absolue.

Trois catégories de photographies personnelles à conserver

Le portrait réalisé par un service de presse militaire, le cliché de Geoffrey Nanton en vacances et les prises de vue attribuées à Ringo pour Photograph correspondent à trois statuts : photographie de relations publiques, photographie privée faite par un tiers, et photographie personnelle du musicien. La même personne peut être représentée dans les trois sans que le crédit d’auteur soit identique. Une encyclopédie visuelle doit donc nommer distinctement le sujet, l’auteur de prise de vue, le fonds conservateur, l’éditeur de la reproduction et le détenteur éventuel du tirage signé.

Récolement transversal : fonds de photographe, fonds de musicien et éditions de collection

Le communiqué publié par Genesis Publications le 30 mai 2025 sur Photo Pass apporte un témoin extérieur essentiel à l’histoire photographique de Ringo Starr. Il attribue à Brian Roylance, fondateur de la maison, des images réalisées au cours de ses rencontres avec des artistes entre 1975 et 2005. Ringo fait expressément partie des musiciens mentionnés dans ce fonds. L’annonce ne fournit toutefois pas l’inventaire des négatifs qui le concernent, leurs dates individuelles, leur procédé ou les conditions de leur exposition. Elle permet donc d’ouvrir une piste de recherche documentée, pas de créer des dizaines de nouvelles photographies attribuées sans vérification.

Trois relations documentaires différentes

Une photographie prise par Ringo peut représenter un Beatle ou une scène de voyage ; une photographie prise par Roylance peut représenter Ringo au travail ; une photographie publiée dans un livre signé par Ringo peut provenir d’un fonds familial ou d’un photographe tiers. Ces trois relations sont indépendantes. Le titre de la publication ou la présence de la signature de Ringo ne remplace ni le crédit d’opérateur ni le nom du détenteur de l’archive d’origine.

Comparer les tirages sans fabriquer de nouvelles œuvres

Pour chaque image future issue de Photo Pass, la fiche devra consigner l’auteur, la date et le lieu de prise de vue, le support d’origine, les personnes présentes, la première reproduction connue et les éditions éventuellement signées. Une nouvelle publication en 2025 ou après ne change pas la date de l’image captée entre 1975 et 2005. De même, une photographie réimprimée dans deux ouvrages n’est pas automatiquement deux négatifs distincts. La véritable nouveauté bibliographique peut être le commentaire ajouté, le format, le papier ou le tirage, sans nouvelle scène photographique.

Brian Roylance : un autre photographe de Ringo dans les archives Genesis

L’annonce Photo Pass de Genesis documente un fonds d’images créé par Brian Roylance, fondateur et photographe de la maison. Les clichés annoncés couvrent la période 1975–2005 et comprennent, parmi d’autres artistes, Ringo Starr. Ce nom s’ajoute aux photographes connus de ses portraits, mais dans une catégorie documentaire différente des grandes campagnes de mode ou des séances de promotion des Beatles : Roylance travaille à l’intérieur d’un milieu éditorial où les rencontres informelles peuvent être photographiées sans mise en scène commerciale.

Des portraits de travail, pas des autoportraits de Ringo

La valeur du fonds réside notamment dans les coulisses de réunions et de projets d’édition. Même si Ringo intervient comme auteur, signataire ou interlocuteur sur un projet Genesis, la photographie de la rencontre doit rester attribuée à son auteur réel. Les dates et lieux précis des images de Ringo devront être établis à partir de la sélection définitive de Photo Pass, des négatifs et des documents d’archive. L’annonce de mai 2025 ne fournit pas un catalogue permettant d’inventer ces précisions.

1969 : trois photographes autour de The Magic Christian — Ron Galella, Bruce McBroom et William Claxton

L’histoire des images de Ringo Starr serait incomplète sans distinguer les photographies prises par lui des portraits réalisés par d’autres auteurs. Trois noms apparaissent désormais avec des témoins précis pour la période du film The Magic Christian : Ron Galella, Bruce McBroom et William Claxton. Leurs images se rattachent au même moment de la carrière du batteur, mais les tirages recensés n’ont ni la même chaîne de conservation ni nécessairement le même objet photographique. Le dossier ne doit jamais attribuer tout un corpus de plateau à un seul opérateur au seul motif que deux personnalités y figurent.

Ron Galella : Ringo et Peter Sellers dans un parc londonien

La galerie Ira Stehmann Fine Art conserve dans son catalogue une photographie attribuée à Ron Galella, intitulée Peter Sellers and Ringo Starr on the set of “The Magic Christian”, London, England, 1969. L’image représente les deux acteurs en costume, dos à dos dans un parc de Londres : Ringo porte une veste foncée et une cravate, Peter Sellers une veste plus claire. Getty Images répertorie également cette scène dans le fonds Ron Galella, avec la localisation St. James’s Park, Londres, et l’année 1969. Les deux catalogues constituent des preuves croisées de l’attribution, même si la localisation précise devrait idéalement être confrontée au négatif original et à ses notes.

Ira Stehmann présente des tirages gélatino-argentiques modernes de cette photographie, avec dimensions proposées de 14 × 11, 20 × 16 et 24 × 20 pouces environ, signature du photographe, tampon et légende au verso. L’existence de tirages modernes signés ne les transforme pas en tirages de 1969. Une photographie peut avoir été exposée en 1969, conservée ensuite en négatif et publiée beaucoup plus tard dans plusieurs dimensions. Pour une fiche de collection, il faut identifier non seulement l’image mais l’exemplaire matériel, son papier, son numéro ou son absence de numérotation et ses éventuels timbres d’atelier.

Bruce McBroom : des numéros de tirage et un tampon humide derrière les images

Le fonds Terry Southern vendu chez Heritage en 2025 comprend cinq photographies attribuées à Bruce McBroom (lot 89263) et une autre épreuve du tournage montrant Christopher Lee avec Joe McGrath et Southern (lot 89265), qui possède un tampon humide bleu au nom de McBroom. Ces marques d’atelier et inscriptions donnent à l’attribution une assise matérielle différente de celle d’une simple légende de photothèque. Le lot 89263 est resté invendu, comme le lot 89265, et aucune transaction ne peut être déduite de leur seule publication dans le catalogue. Le portrait de Ringo serrant la main à Southern, également inclus dans le lot 89265, est identifié par un numéro au crayon mais n’a pas de photographe nommé dans la description : il doit demeurer en attribution ouverte.

William Claxton : Ringo, Peter Sellers et le scénariste

Le lot 89267 de la même vente attribue à William Claxton une photographie de Ringo, Peter Sellers et Terry Southern prise à Londres en 1969. La reproduction conservée accompagne un bijou portant le symbole de paix, présenté comme offert au scénariste par les Beatles. C’est un document sur les réseaux artistiques, mais la photographie et le collier ne possèdent pas le même auteur. Le rôle exact de Claxton se limite à l’image que lui attribue explicitement la maison de vente ; le tirage présenté au sein de ce lot est décrit comme une reproduction montée sur carton, sans que ce statut renseigne sur les caractéristiques du négatif initial.

Trois notices d’attribution, trois familles de supports

Photographe Image ou groupe attesté Témoin documentaire Précaution principale
Ron Galella Ringo et Peter Sellers en costumes, Londres, 1969 Getty Images / Ron Galella Collection et Ira Stehmann Fine Art Différencier négatif de 1969 et tirages modernes signés
Bruce McBroom Cinq images du tournage, plus une image de Christopher Lee tamponnée Heritage 89263 et 89265 Ne pas attribuer les images voisines sans marque ou preuve
William Claxton Southern, Ringo et Sellers à Londres en 1969 Heritage 89267 Photographie reproduite, distincte du bijou associé

Ces trois photographes complètent les études consacrées à Astrid Kirchherr, Richard Avedon, Robert Whitaker, Harry Benson et Don McCullin. Leur présence confirme que la mémoire photographique de Ringo s’étend au-delà des Beatles, au cinéma et aux interactions professionnelles de sa carrière solo. Le titre d’une image, la célébrité de son modèle ou la signature d’un exemplaire par Ringo ne suffisent jamais pour l’attribuer comme photographie prise de sa main.

Références documentaires : Ira Stehmann Fine Art, Ron Galella, Peter Sellers and Ringo Starr on the set of The Magic Christian, 1969, catalogue de tirages modernes ; Getty Images, Ron Galella Collection, cliché n° 106989108 ; Heritage Auctions, vente 7392, lots 89263, 89265 et 89267, juillet 2025. Relevé du 20 octobre 2026.

Les photographes du All-Starr Band : Henry Diltz, Jill Jarrett et Scott Robert Ritchie ne tiennent pas le même rôle documentaire

Les trente années de tournées de Ringo Starr à la tête du All-Starr Band produisent un fonds iconographique complexe où se croisent photographies officielles, images de coulisses, couvertures de programmes, portraits destinés à la presse et livres rétrospectifs. Deux sources primaires permettent d’identifier des responsabilités complémentaires : le livre Ringo Rocks: 30 Years of the All Starrs, compilé à partir de photographies rassemblées notamment par Henry Diltz et Jill Jarrett, et le communiqué officiel de tournée de Ringo du 28 janvier 2019, qui crédite une photographie de l’annonce à Scott Robert Ritchie. Ces crédits ne sont pas interchangeables : Diltz et Jarrett sont présentés comme les responsables de la compilation et des photographies réunies au fil des tournées, Ritchie comme le photographe crédité pour un visuel ponctuel de communication.

1989–2019, les archives des coulisses ne proviennent pas d’un seul négatif ou d’un seul opérateur

Julien’s décrit Ringo Rocks comme un ouvrage couvrant toutes les incarnations du groupe depuis 1989 jusqu’au quatorzième All-Starr Band en 2019. Le projet mobilise, outre Diltz et Jarrett, des photographes supplémentaires et des membres des équipes de tournée. Pour chaque cliché, la publication indique potentiellement au moins trois chaînes d’intervention : le photographe qui a déclenché l’appareil, le membre de l’équipe qui a conservé ou transmis le tirage et l’éditeur ayant choisi le cadrage et la légende. Ringo peut être modèle de la photographie et auteur de son souvenir sans être l’auteur du négatif.

28 janvier 2019 : un portrait de tournée doté d’un crédit distinct

Dans le communiqué annonçant des concerts supplémentaires pour le trentième anniversaire, le site officiel de Ringo publie une image portant le crédit Scott Robert Ritchie. La fiche énumère la composition de l’All-Starr Band de 2019 : Steve Lukather, Colin Hay, Gregg Rolie, Warren Ham, Gregg Bissonette et Hamish Stuart. Le lien entre ce communiqué et le crédit photo est daté ; il ne prouve toutefois pas que Ritchie a réalisé la totalité des photos de ces concerts ou de l’ouvrage Ringo Rocks. La photo de presse est une pièce distincte, à classer avec son usage de communication, son recadrage et sa date de publication.

Rob Shanahan, photographe personnel : un autre usage public des images de Ringo

Le GRAMMY Museum présente explicitement Rob Shanahan comme photographe personnel de Ringo dans l’annonce d’une rencontre réservée à ses membres le 30 mars 2014, pendant les derniers jours de l’exposition Ringo: Peace & Love. Shanahan y devait présenter son travail, ses choix d’éclairage et ses méthodes de retouche, ainsi que son livre Volume 1 accompagné d’un avant-propos de Ringo. Cette activité est différente de la compilation de photos de tournée par Diltz et Jarrett. Un crédit public institutionnel à « personal photographer » ne confère d’ailleurs pas à Shanahan la paternité rétroactive de toutes les photographies de Ringo depuis les années Beatles.

Photographe ou documentaliste Preuve datée Rôle attesté À ne pas en déduire
Henry Diltz Prospectus Julien’s de Ringo Rocks, 2020 Photographies et compilation du fonds de tournée depuis 1989 Auteur unique de toutes les images du livre
Jill Jarrett Prospectus Julien’s de Ringo Rocks, 2020 Compilation et suivi photographique du All-Starr Band Détentrice de tous les négatifs utilisés
Scott Robert Ritchie Communiqué officiel de Ringo du 28 janvier 2019 Crédit photographique publié avec l’annonce de tournée Photographe exclusif du programme 2019
Rob Shanahan GRAMMY Museum, événement du 30 mars 2014 Photographe personnel de Ringo présenté au public par le musée Auteur des photos anciennes des Beatles

Le protocole de légende pour les archives modernes

Une photographie du All-Starr Band devrait être accompagnée au minimum du crédit d’auteur affiché dans sa source, du concert ou de l’événement représenté lorsque le lieu et la date sont prouvés, de la publication où elle est apparue, du détenteur du fichier ou de l’épreuve et de la date de cette publication. Les photos fournies aux médias peuvent être recadrées et réutilisées pendant plusieurs années ; leur diffusion en 2019 ne suffit pas à dater automatiquement leur prise de vue de 2019. Les crédits de compilation de Ringo Rocks doivent quant à eux être conservés à côté des crédits individuels de chaque image chaque fois qu’ils sont connus.

Sources primaires : Julien’s Auctions, notice Ringo Rocks: 30 Years of the All Starrs ; RingoStarr.com, communiqué « Sir Ringo Starr Announces Additional Shows for 30th Anniversary All Starr Band Tour (1989–2019) », 28 janvier 2019, crédit Scott Robert Ritchie ; GRAMMY Museum, événement Behind the Lens with Rock Photographer Rob Shanahan, 30 mars 2014. Récolement du 20 octobre 2026.

Sources institutionnelles et bibliographie de contrôle

Archive de référence : Genesis Publications, « PHOTO PASS », 30 mai 2025 — https://www.genesis-publications.com/news/photo-pass ; Genesis, Postcards from the Boys — https://www.genesis-publications.com/books/0904351890/postcards_from_the_boys .

Archives photographiques : National Army Museum, notice « Bootle Girl meets The Beatles », 1965, cote NAM 1994-07-326-130, crédit Public Relations / HQ Southern Command et droits Crown Copyright — https://collection.nam.ac.uk/detail.php?acc=1994-07-326-130 ; Randy Johnson Art & Photography, portrait de Ringo à Young Island, janvier 1966, crédit Geoffrey Nanton et description des circonstances — https://www.randyjohnsonart.com/warehouse-open-edition-prints/art_print_products/ringo-starr-previously-unpublished-photo .

Référence institutionnelle principale : National Portrait Gallery, Londres, page officielle « Sir Ringo Starr (Richard Starkey) », résultats des portraits, auteurs, techniques, numéros P1348, P1349, P733, P577, P1382, x128620, x199158, x128563–565, x128566–567, x27128, x128893 et x135759 — https://www.npg.org.uk/collections/search/person/mp06458/sir-ringo-starr-richard-starkey . Les changements futurs de localisation des œuvres doivent être contrôlés à nouveau au niveau de chaque fiche.

  1. National Portrait Gallery, Ringo Starr par Richard Avedon, NPG D43290 — https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw275595/Ringo-Starr
  2. National Portrait Gallery, relevé des portraits des Beatles dont Don McCullin, NPG P1382 — https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait-list.php?displayNo=40&page=90&sText=JAMES%2C+George&search=sp&sort=dateDesc
  3. National Portrait Gallery, notice des droits des affiches Avedon — https://www.npg.org.uk/collections/search/use-this-image/?mkey=mw275596

Portrait cosigné de Ringo par Henry Diltz : Genesis Publications, Henry Diltz Co-Signed Prints, notice « Ringo Starr, Peace & Love, 1991 » ; 12 épreuves numérotées, signatures Diltz et Starr, format 24 × 36 pouces, papier Canson Infinity Arches Aquarelle Rag 310 g/m², encadrement optionnel et reversement annoncé de 10 % à MusiCares — https://www.genesis-publications.com/prints/henrydiltzprints/henry_diltz_co-signed_prints . Le récit de la première répétition du All-Starr Band cité par Diltz ne permet pas de dater l’image de 1991 au jour de cette répétition.

National Portrait Gallery, Londres, fiche de personne « Sir Ringo Starr (Richard Starkey) », inventaire de 71 portraits associés, photographes et références : https://www.npg.org.uk/collections/search/person/mp06458/sir-ringo-starr-richard-starkey

National Portrait Gallery, The Beatles, Astrid Kirchherr, novembre 1962, tirage bromure fibre, NPG x128620 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw117568/The-Beatles-George-Harrison-John-Lennon-Paul-McCartney-Ringo-Starr

National Portrait Gallery, The Beatles, Robert Whitaker, octobre 1964, tirage gélatino-argentique, NPG P1348 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw194415/The-Beatles-Ringo-Starr-John-Lennon-George-Harrison-Paul-McCartney

National Portrait Gallery, The Beatles, Robert Whitaker, 1965, tirage couleur, NPG P1349 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw194416/The-Beatles-Ringo-Starr-George-Harrison-Paul-McCartney-John-Lennon

National Portrait Gallery, photographie liée à Yesterday and Today, Robert Whitaker, 1966, NPG P733 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw11569/The-Beatles-John-Lennon-Paul-McCartney-George-Harrison-Ringo-Starr

National Portrait Gallery, The Beatles, Linda McCartney, 1967, NPG P577 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw09415/The-Beatles-Paul-McCartney-Ringo-Starr-George-Harrison-John-Lennon

National Portrait Gallery, Ringo Starr, Richard Avedon, 1967, affiche lithographiée offset couleur, NPG D43290 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw275595/Ringo-Starr

MoMA, New York, Richard Avedon, Ringo Starr, 1967, lithographie et notice historique de la commande : https://www.moma.org/collection/works/8740

Christie’s, notice d’une œuvre d’Avedon de la série, Londres, séance du 11 août 1967 et histoire des portraits colorés : https://www.christies.com/en/lot/lot-6339130

National Portrait Gallery, The Beatles, Don McCullin, 28 juillet 1968, NPG P1382 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw201357/The-Beatles-John-Lennon-Ringo-Starr-George-Harrison-Paul-McCartney

Harry Benson, archives photographiques officielles des Beatles, photographies de Paris, New York et Miami en 1964 : https://www.harrybenson.com/the-beatles

Harry Benson, fiche photographique « Ringo Miami Beach 1964 » : https://www.harrybenson.com/the-beatles/ringo-miami-beach-1964

La Gazette Drouot, notice d’une épreuve originale de Barry Feinstein destinée à la pochette du single Photograph de Ringo Starr, 1973 : https://www.gazette-drouot.com/lots/26948515-epreuve-de-la-pochette-de—

The Barry Feinstein Estate, description des tirages posthumes, numérotations et certificats : https://www.barryfeinsteinphotography.com/prints

Rob Shanahan, site officiel du photographe, Volume 1 (224 pages), préface de Ringo Starr : https://www.robshanahan.art/volume-1

Sources et limites : les références de musées correspondent aux notices publiques consultées en octobre 2026. Les sources de vente commerciales décrivent les objets selon les déclarations de leurs catalogues ; elles ne valent pas examen matériel par Yellow-Sub.net. Les photographies originales restent soumises aux droits de leurs auteurs et ayants droit.

29 janvier 1965 : un Ringo couronné de laurier avant les affiches psychédéliques

Richard Avedon photographie Ringo Starr dans un studio situé à Thompson House, au 200 Gray’s Inn Road à Londres, le 29 janvier 1965. Le portrait où le batteur porte une couronne de laurier le représente comme une figure proche d’un empereur romain. Cet emprunt à l’Antiquité crée une distance ironique entre la personnalité populaire et les formes traditionnelles de la représentation du pouvoir. Le visage reste immédiatement reconnaissable, mais l’accessoire fait de la photographie autre chose qu’un simple document destiné à montrer l’apparence de l’artiste.

La publication du portrait dans le Daily Mail du 12 mai 1965, sous un titre jouant sur la formule de salutation impériale, appartient à une seconde phase. L’image prise en janvier entre alors dans un environnement de presse qui lui donne un sens et une visibilité spécifiques. La date du journal ne doit pas remplacer celle de la séance. De même, la composition de 1965 n’est pas l’affiche psychédélique de Ringo créée dans le cadre de la campagne de 1967. Les deux œuvres partagent un photographe et un modèle, mais utilisent des vocabulaires visuels distincts.

1965 et 1967 : même photographe, deux systèmes de représentation

La comparaison entre le Ringo couronné de 1965 et le portrait solarisé de 1967 permet d’observer un déplacement de l’iconographie. Dans le premier, le costume et l’accessoire donnent au personnage une identité théâtrale ; dans le second, les couleurs, le traitement photographique et les signes ajoutés transforment le visage en image psychédélique. L’effet de modernité ne repose plus seulement sur ce que porte le musicien mais sur la surface de l’image. Le photographe travaille ainsi deux façons différentes de rendre un sujet célèbre exceptionnel sans modifier l’identité de la personne représentée.

Il serait trompeur de compter chaque reproduction comme une nouvelle séance. Les affiches de 1967 sont diffusées sous plusieurs supports et entrent ensuite dans des collections muséales. Les exemplaires possèdent leurs propres dates d’acquisition et de fabrication, sans changer nécessairement le moment de la prise de vue du portrait-source. La méthode de catalogage doit conserver ces niveaux : séance, composition graphique, tirage et reproduction institutionnelle.

Astrid Kirchherr : la proximité avec un groupe ne remplace pas une datation

Les photographies d’Astrid Kirchherr ont accompagné les transformations visuelles des Beatles au début des années 1960. Dans le cas de Ringo, l’identification du musicien sur les portraits de novembre 1962 est particulièrement précieuse, puisqu’il avait intégré la formation peu de temps auparavant. Ces images donnent à voir un groupe qui commence à stabiliser son apparence, mais dont la carrière internationale n’est pas encore installée. La valeur historique tient à cette situation précise plutôt qu’à une esthétique vaguement qualifiée d’« époque de Hambourg ».

La documentation doit distinguer les photographies prises avant l’entrée de Ringo dans les Beatles et celles qui représentent la formation devenue célèbre. Le fait que Kirchherr ait photographié les musiciens durant plusieurs années ne permet pas de déplacer toutes ses images vers une date unique. Les cheveux, les vêtements et les instruments peuvent orienter une recherche, mais les notices institutionnelles et les documents d’époque fournissent des repères plus fiables. Un portrait de 1962 mérite sa place propre dans la chronologie artistique.

Le portrait en studio et la photographie de reportage : deux relations au temps

Un portrait préparé par Avedon peut fixer un personnage dans une pose conçue pour obtenir un effet durable. Le reportage de Harry Benson travaille souvent selon une autre logique : il suit les musiciens en déplacement ou dans une situation dont le déroulement n’est pas entièrement contrôlé par le photographe. Ces catégories ne sont pas absolues, car un reportage peut comprendre des poses et un portrait de studio peut réserver une place à l’improvisation. Elles offrent toutefois deux chemins d’analyse qui ne reposent pas sur les mêmes indices.

Dans l’image préparée, l’accessoire et la lumière peuvent être plus importants pour comprendre l’intention que l’heure précise de la prise de vue. Dans le reportage, le lieu, les personnes présentes et la succession des événements deviennent des éléments essentiels. Pour Ringo, cette différence permet de distinguer le visage construit comme icône et celui qui apparaît parmi ses partenaires dans un épisode de tournée. Le catalogue doit conserver l’auteur de chaque image et ne pas interpréter un reportage comme une photographie prise par Ringo parce qu’il se trouvait au sein du groupe.

Robert Whitaker et Don McCullin : la mise en scène peut être une critique de la célébrité

Les travaux de Robert Whitaker et de Don McCullin permettent d’observer des images des Beatles qui ne cherchent pas toujours la représentation la plus flatteuse des vedettes. Whitaker explore des compositions souvent théâtrales et dérangeantes, tandis que les séances de McCullin en 1968 mobilisent une approche plus directe des personnages et des espaces. L’intérêt de ces photographies tient à leur capacité de montrer que le portrait commercial peut aussi devenir un terrain d’expérimentation ou de regard critique sur l’image publique d’un groupe.

Le spectateur peut reconnaître Ringo même lorsque la photographie le place dans une situation étrange, mais le sens de l’image dépend du projet du photographe. L’attribution ne peut pas être transférée à tous les musiciens représentés. Une pose acceptée n’est pas équivalente à la conception de la mise en scène, et la présence d’une célébrité ne fait pas disparaître les autres participants. L’étude doit examiner les tirages et les séances au plus près, sans projeter sur chaque photographie une intention biographique unique.

De l’épreuve originale à la base du musée : ce que les numéros d’inventaire permettent réellement

Les collections de la National Portrait Gallery et du Museum of Modern Art contiennent des photographies et des estampes où apparaît Ringo. Un numéro d’inventaire permet d’identifier un objet entré dans une collection et d’en consulter parfois le support, l’auteur et l’historique. Il ne fournit pas toujours le numéro du négatif original ni une liste de toutes les copies commercialisées. Deux institutions peuvent décrire des objets issus d’une même image sans posséder des pièces matériellement identiques.

Cette précision est essentielle lorsque les portraits circulent sur Internet, souvent séparés de leurs marges et de leurs inscriptions. Une reproduction numérique peut préserver le motif tout en effaçant les éléments permettant de reconnaître un tirage. Pour prolonger cette étude, la page se relie à la monographie des portraits d’Avedon et à l’histoire des photographies réalisées par Ringo lui-même. Ensemble, elles montrent les deux faces complémentaires d’une carrière visuelle : être le modèle d’autres artistes et tenir personnellement un appareil.

Être photographié et photographier : deux catalogues qui doivent rester séparés

Les portraits de Ringo Starr réalisés par Astrid Kirchherr, Richard Avedon, Robert Whitaker, Harry Benson ou Don McCullin présentent un risque récurrent de confusion dans une encyclopédie consacrée à son propre travail visuel. Ces images ont parfois été conservées, reproduites ou rééditées dans des publications associées au musicien ; leur circulation ne lui en transfère pas la paternité. Il faut maintenir deux catalogues distincts : celui des créations photographiques attribuables à Starr et celui des représentations de sa personne réalisées par d’autres auteurs. Leur comparaison reste passionnante, notamment lorsqu’elle révèle les regards différents portés sur un même homme, mais elle ne justifie pas la disparition des crédits originels.

Le portrait de presse, la photographie promotionnelle et la prise de vue de studio ne répondent pas aux mêmes commandes. Un photographe chargé de représenter les Beatles pour un quotidien doit obtenir une image immédiatement identifiable ; un auteur travaillant sur une série expérimentale peut privilégier la déformation, le mouvement ou un décor symbolique. Chez Whitaker, par exemple, la mise en scène peut devenir l’objet même de l’image. Chez Avedon, la maîtrise graphique du portrait engage un système de représentation propre au photographe. La réputation du modèle n’explique ni le choix de l’objectif ni celui de la composition finale.

Une photographie de groupe peut être l’œuvre de plusieurs professionnels

L’image publiée dans un magazine résulte souvent d’une chaîne de fabrication : photographie, sélection, recadrage, retouche, légende, impression et diffusion. Le crédit principal identifie le plus souvent le photographe, mais une couverture de presse peut introduire des interventions graphiques supplémentaires. Un même portrait peut apparaître dans plusieurs pays avec des mises en page différentes. Le catalogue doit donc distinguer la prise de vue originelle des usages éditoriaux qui en ont été faits. Une couverture allemande ou japonaise n’est pas nécessairement un nouveau portrait simplement parce que sa typographie et son cadrage diffèrent.

Cette distinction devient particulièrement utile pour l’étude des photographies psychédéliques de la fin des années soixante. Certains effets colorés apparaissent dès la création visuelle d’origine, d’autres peuvent provenir de séparations de couleurs ou de reproductions ultérieures. Sans examen de l’édition documentée, il serait imprudent d’attribuer au photographe chaque modification visible sur une impression de collectionneur. La comparaison des planches et des premières publications constitue ici la méthode la plus fiable.

Le crédit absent n’est pas une autorisation d’attribuer

Les collections numériques diffusent de nombreuses reproductions de Ringo sans le nom du photographe. L’absence d’une mention de copyright dans une légende ne suffit pas à rendre l’image anonyme dans son histoire ni à la considérer comme libre de droits. Les bases de musées, les catalogues d’expositions, les fonds d’agences et les journaux anciens peuvent parfois identifier un auteur ou une commande. Lorsqu’une attribution demeure incertaine, il convient de la formuler explicitement. Une œuvre présentée comme « probablement attribuée » ne doit pas être introduite ailleurs dans le site comme une certitude au seul motif que les deux notices partagent la même photographie.

Le cas de Starr résume finalement une situation assez rare : un homme photographié sans relâche par les médias possédait aussi son propre appareil et produisait des images de ses compagnons. La coexistence de ces deux positions éclaire le regard public et le regard intérieur sur les Beatles. L’étude parallèle des photographies prises par Ringo et des portraits qui le représentent permet de montrer cette différence sans réécrire l’histoire des auteurs.

Harry Benson et Crooked Boy : une photographie du passé remise en circulation par le graphisme

Le recours au photographe Harry Benson pour l’iconographie liée à Crooked Boy en 2024 fournit un exemple éclairant de la circulation d’un portrait ancien dans une publication musicale nouvelle. Benson a contribué à fixer de nombreuses images des Beatles dans les années soixante, à une période où leur célébrité changeait chaque jour les conditions du reportage. Reprendre l’une de ses photographies dans une campagne contemporaine n’en fait pas une prise de vue nouvelle, pas plus que le fait d’y représenter Ringo n’en transfère la paternité au musicien.

La création graphique de Kii Arens ajoute un second niveau. Le designer choisit un rapport entre portrait, typographie, couleurs et dimensions de la pochette. Son travail peut transformer la perception d’une photographie en isolant un visage, en modifiant le contexte graphique ou en l’associant à un titre contemporain. L’image source et sa présentation finale possèdent donc deux auteurs professionnels dont les contributions doivent être conservées séparément. Une attribution réduite à « pochette de Ringo Starr » décrit correctement le disque mais ne suffit pas à l’histoire de l’objet visuel.

1964 et 2024 : deux dates qui ne sont pas concurrentes

Lorsqu’un cliché réalisé durant la Beatlemania réapparaît dans une édition de 2024, les deux millésimes appartiennent à des opérations différentes : la captation d’une scène et son réemploi graphique. Un troisième moment peut être celui d’une première publication dans la presse ou d’un tirage antérieur. Le catalogue doit pouvoir relier ces états sans considérer l’image la plus récente comme l’original ni supposer que la photographie fut découverte pour la première fois au moment de l’EP. Seules les archives du photographe et les publications antérieures permettraient d’établir une chaîne complète.

La comparaison d’une photographie de Benson avec un portrait réalisé récemment par un autre professionnel peut révéler des changements de pose, de regard et d’environnement. Elle ne doit pas se transformer en récit psychologique infondé sur l’âge ou la personnalité de Ringo. Le photographe produit un point de vue ; le graphiste en construit un nouvel usage ; le modèle conserve une identité publique dont le sens varie selon le contexte.

La réception d’une image devenue objet de collection

Les éditions de Crooked Boy, notamment sur vinyle et sur CD, peuvent présenter différentes dimensions de reproduction. Une même composition graphique peut donc circuler dans des objets commerciaux distincts sans constituer plusieurs œuvres photographiques de Benson. Le collectionneur doit identifier le pressage et l’état matériel de la pochette ; l’historien de la photographie doit étudier le cliché source et ses conditions de diffusion. Les deux démarches se complètent mais ne doivent pas être confondues.

L’exemple prolonge l’histoire du regard extérieur porté sur Ringo : il fut lui-même photographe de ses compagnons, tout en devenant le sujet de professionnels dont les images traversent les décennies. C’est dans cette double position que l’étude de Benson et de ses réemplois trouve toute sa portée encyclopédique.

Ce sujet est également relié à la pochette de Crooked Boy en 2024, pour poursuivre les vérifications d’attribution et de publication.

Deux séances de Richard Avedon : 1965 et 1967 ne sont pas un même portrait

L’histoire des photographes qui ont représenté Ringo Starr doit commencer par distinguer les rendez-vous dont les images se ressemblent sans provenir d’une seule commande. Le 29 janvier 1965, Richard Avedon photographie Ringo coiffé d’une couronne de laurier, comme un empereur romain de fantaisie. Deux ans et demi plus tard, le 11 août 1967, le même photographe retrouve les Beatles à Thompson House à Londres pour réaliser notamment le portrait où Starr tient une colombe blanche. Le lieu et l’auteur communs ne font pas de ces deux images des variantes du même négatif. La première met en scène un individu selon une référence antique ; la seconde appartient à une suite de quatre portraits psychédéliques où chaque membre du groupe reçoit un attribut. Les titres, les symboles et les moyens de diffusion changent, comme le public auquel les images sont initialement destinées.

Le portfolio Avedon de 1967 : le directeur artistique entre dans le dossier d’attribution

La transformation des portraits en images psychédéliques implique un travail de laboratoire et de préparation pour l’impression. Un ensemble de séparations de couleurs lié à la publication dans Look a été décrit lors d’une vente spécialisée, avec des documents associés à Allen Hurlburt, directeur artistique du magazine. Ce type d’archive révèle la complexité d’un portrait qui paraît parfois être né d’un seul geste photographique. Les négatifs, les traitements colorés, les épreuves de séparation, les affiches diffusées et les tirages plus tardifs constituent une chaîne matérielle. La photographie est attribuée à Avedon ; la publication est également le résultat de décisions graphiques et d’impression. L’encyclopédie doit éviter d’absorber les métiers du laboratoire et de la presse dans le seul nom de l’artiste représenté ou du photographe le plus célèbre.

Robert Whitaker en 1966 : une image dont l’usage sur disque modifie la réception

Le portrait collectif de Whitaker qui devient la pochette retirée de Yesterday and Today illustre la distance possible entre la conception d’une photographie et sa circulation commerciale. La National Portrait Gallery précise que Whitaker ne l’avait pas pensée comme une couverture de disque, mais comme un élément d’une composition plus élaborée. Son usage par Capitol en 1966 provoque une controverse et un retrait rapide. La même image avait connu un emploi dans la presse britannique, notamment dans une publicité musicale de juin. Une publication peut donc modifier radicalement la valeur symbolique d’une œuvre photographique sans que son auteur ait changé. Pour étudier Ringo au sein de cette scène, il faut distinguer sa présence comme modèle, le travail de Whitaker et les choix de diffusion des responsables discographiques.

Don McCullin et l’été 1968 : un regard de reportage sur des modèles extrêmement célèbres

La National Portrait Gallery conserve sous la référence P1382 un tirage bromure de Don McCullin représentant les quatre Beatles le 28 juillet 1968. Le support, les dimensions et l’entrée en collection forment des informations matérielles distinctes de la date de la scène. La séance appartient à une journée durant laquelle plusieurs photographes ont réalisé des images, mais le calendrier commun ne permet pas d’attribuer chaque cliché de la journée au seul McCullin. Son travail s’inscrit dans une approche du portrait attentive aux attitudes et à la présence des sujets plutôt qu’à la seule glorification promotionnelle. La célébrité du groupe ne transforme pas ces photographies en images anonymes et collectives : chaque négatif possède un auteur que l’on doit identifier à partir des archives, des publications et, lorsque cela existe, du tirage lui-même.

Harry Benson et Crooked Boy : une photographie ancienne à l’épreuve d’une nouvelle conception graphique

En 2024, le projet Crooked Boy remet en circulation une image de Ringo attribuée à Harry Benson dans une pochette conçue par Kii Arens. La chronologie de cette image combine au moins deux étapes : la prise de vue photographique initiale et l’objet graphique préparé pour le nouvel EP. L’identité du musicien traverse les décennies, tandis que le cadre de commercialisation change. Ce cas montre pourquoi un portrait du passé n’est pas nécessairement une archive neutre : son recadrage, sa coloration éventuelle et la typographie peuvent produire un effet esthétique nouveau. Mais l’évolution éditoriale ne change pas le crédit du négatif. C’est en conservant la distinction entre Benson, Arens et Starr que l’on peut raconter honnêtement la longue circulation du visage de Ringo.