Ringo Starr, l'artiste au-delà des Beatles : dossier encyclopédique
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YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 35

Ringo Starr photographié : de Kirchherr à Avedon, Whitaker, Benson et McCullin

Du Hambourg de 1962 aux œuvres conservées au MoMA et à la National Portrait Gallery : photographes, tirages, affiches, objets de collection et attributions.

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Ringo Starr a photographié les Beatles. Mais qui a photographié Ringo ? Cette question ouvre une autre histoire de l’art visuel : celle de la fabrication de son image publique par des artistes dont les œuvres se trouvent aujourd’hui dans des collections de musées. Des premières séances du groupe à Hambourg aux portraits psychédéliques de Richard Avedon, du photojournalisme de Harry Benson aux compositions de Robert Whitaker et Don McCullin, chaque regard crée un Ringo différent. L’enquête peut être menée avec une précision rare grâce aux notices de la National Portrait Gallery de Londres et du Museum of Modern Art de New York, qui documentent des photographes, des objets et des états matériels plutôt qu’une simple suite d’images célèbres.

Objet de cette étude : distinguer le sujet représenté, le photographe, le créateur éventuel d’un montage ou d’une mise en page et le propriétaire d’un tirage. Les références d’inventaire citées proviennent des institutions elles-mêmes. Il ne faut pas les prendre pour les numéros de négatifs originaux ni pour la preuve qu’un objet est actuellement exposé en salle. Aucune photographie extérieure soumise à des droits n’est reproduite ici.

Deux histoires de la photographie, un même musicien

La première histoire, que nous avons déjà étudiée dans le chapitre consacré à Ringo photographe des Beatles, part d’un membre du groupe tenant son propre appareil. Sa proximité avec John Lennon, Paul McCartney et George Harrison lui donnait accès à des moments qu’un photographe de presse n’aurait pas nécessairement observés. Le livre Photograph et les éditions Genesis publiées à partir de 2013 ont rendu visible une partie de ce patrimoine personnel.

La seconde histoire inverse le sens du regard. Starr devient le sujet d’autres photographes : leurs clients peuvent être des journaux, un manager, une maison de disques, une agence, une galerie ou un éditeur. Certains cherchent à fixer une rencontre, d’autres à fabriquer une image publicitaire, à illustrer une chanson ou à construire une œuvre autonome. L’historien doit tenir compte de ces conditions de commande sans imaginer connaître toutes les instructions données lors de la séance.

La National Portrait Gallery répertorie 71 portraits associés à Ringo Starr dans sa fiche de personne au moment de la consultation. Le nombre est celui d’un catalogue institutionnel en évolution, non celui de toutes les photographies prises de Ringo à travers le monde. Certaines notices correspondent à des groupes, des affiches, des reproductions, des œuvres graphiques et des objets acquis des décennies après la prise de vue. La quantité d’entrées ne doit donc être convertie ni en nombre de séances distinctes ni en nombre de portraits individuels.

1962 : Astrid Kirchherr et le passage à la formation définitive des Beatles

La National Portrait Gallery conserve une photographie des quatre Beatles par Astrid Kirchherr, datée de novembre 1962. La notice l’identifie comme un tirage sur papier bromure fibre, de 400 × 400 millimètres, acquis en 2006 sous la référence NPG x128620. Cette précision permet de fixer un jalon visuel important : le groupe représenté comprend déjà Richard Starkey, arrivé à la batterie quelques mois plus tôt.

Le nom de Kirchherr est indissociable du Hambourg des débuts. Ses portraits antérieurs documentent notamment la période où Pete Best et Stuart Sutcliffe appartenaient encore à l’entourage et à la formation du groupe. En comparant une photographie de 1960 et une autre de novembre 1962, on observe donc une évolution réelle de l’identité collective des Beatles. Cette comparaison n’autorise pas à attribuer au seul style photographique la transformation du groupe : musiciens, coiffures, vêtements, entourage et stratégie professionnelle ont changé.

L’objet muséal apporte une autre leçon. La date de novembre 1962 désigne celle de l’image dans le catalogue, et 2006 celle de l’acquisition par le musée. Ces données ne sont pas interchangeables. Un tirage entré dans une collection peut avoir été exécuté plus tard que le négatif d’origine. Sans documentation détaillée du laboratoire et de l’exemplaire, il faut éviter de qualifier arbitrairement un tirage de 1962 de « vintage ».

Une commande de Brian Epstein : un portrait pour présenter les nouveaux Beatles

La notice institutionnelle de la National Portrait Gallery apporte une précision essentielle à l’histoire de ce portrait : Brian Epstein avait commandé à Astrid Kirchherr des photographies du groupe à la fin de 1962, avec ses nouveaux costumes et son nouveau batteur. Le musée souligne même que Ringo apparaît légèrement à l’écart de ses trois partenaires dans la composition. L’image ne résulte donc pas d’une simple rencontre privée d’anciens amis à Hambourg ; elle participe aussi à la définition professionnelle de l’identité des Beatles après le remplacement de Pete Best.

Cette commande permet de relier la photographie aux premiers efforts de présentation du groupe entrepris par son manager. Kirchherr ne se contente pas de documenter les Beatles qu’elle a connus au début de leur carrière : elle photographie une formation renouvelée qui se prépare à passer à une échelle de célébrité différente. La distinction entre photographie d’entourage et portrait commandé pour la communication éclaire le rapport nouveau entre intimité, travail de presse et stratégie visuelle au tournant de 1962.

La fiche de collection indique également une présentation de ce tirage au Musée Granet d’Aix-en-Provence au moment où elle est consultée en octobre 2026. Il s’agit d’une indication d’exposition susceptible d’évoluer ; la présence dans une salle ou un prêt ne modifie pas l’identité du propriétaire institutionnel ni la date à laquelle le musée londonien a acquis son exemplaire.

Septembre 1962 : Les Chadwick, Peter Kaye Photography et la photographie commerciale

La même institution répertorie une photographie des Beatles datée de septembre 1962, produite par Les Chadwick pour Peter Kaye Photography, sous la référence NPG x199158. Son type est décrit comme postcard print. Cette qualification est historiquement précieuse : nous ne nous trouvons pas simplement devant une image destinée au souvenir privé, mais devant un objet destiné à un circuit de diffusion populaire.

La carte photographique et son négatif éventuel doivent être catalogués séparément. Le premier possède une taille, une éventuelle inscription et un usage commercial ; le second est le support-source. Un tirage plus tardif de la même image peut encore former un troisième objet. Le musicien représenté ne devient propriétaire ni des droits d’auteur ni du négatif par le seul fait de figurer sur la photographie.

Pour une histoire de l’image publique de Ringo, cette séance du début des années 1960 témoigne du passage d’un groupe de musiciens locaux à un ensemble dont le visage allait être diffusé de manière massive. La fabrication de portraits prêts à circuler précède ici les gigantesques opérations médiatiques de 1964.

1963 : Michael Ward, Fiona Adams et le photojournalisme d’avant la Beatlemania mondiale

Parmi les notices de la National Portrait Gallery figurent plusieurs images de Michael Ward datées des 19 et 20 février 1963, notamment sous les références NPG x128563, x128564 et x128565. Elles appartiennent à une période où le succès national britannique des Beatles commence à prendre corps, mais où l’ampleur internationale de la Beatlemania n’a pas encore été atteinte.

La précision de ces dates permet d’étudier la photographie à l’échelle d’une séquence documentaire courte, plutôt que de regrouper indistinctement tout ce qui serait « du début des années soixante ». Elle rappelle qu’une légende publiée très longtemps après une séance gagne à être confrontée aux fiches de collection et aux archives de commande.

Le musée conserve également des œuvres de Fiona Adams d’avril 1963, sous les références NPG x128566 et x128567. Les notices distinguent notamment un tirage moderne sur papier bromure fibre obtenu à partir d’un fichier numérique et une planche-contact moderne. L’opposition est décisive : les images peuvent provenir d’un événement de 1963 tout en ayant été matérialisées sous forme de tirages d’exposition beaucoup plus tardifs.

La planche-contact possède une valeur de recherche particulière. Contrairement à un portrait choisi comme image définitive, elle laisse entrevoir une succession de vues, parfois très proches. Elle renseigne potentiellement sur la sélection et sur les essais du photographe, mais son seul intitulé ne suffit pas à démontrer qu’elle contient une série originale complète, ni à en reconstituer l’ordre de prise de vues.

1964 : Harry Benson et l’art de fabriquer un événement spontané

Les photographies de Harry Benson forment l’un des grands chapitres de la mémoire visuelle des Beatles. Son site officiel présente les images de la bataille d’oreillers à l’hôtel George V à Paris en 1964, de leur arrivée à New York, du séjour de Miami et de leur rencontre avec le boxeur Cassius Clay. Il possède aussi des vues individuelles identifiées comme « Ringo Miami Beach 1964 » et « Ringo Starr, New York, 1964 ».

La photographie du groupe se chamaillant avec des oreillers est souvent regardée comme l’expression parfaite de quatre garçons insouciants. Il faut toutefois rappeler que l’impression de spontanéité constitue déjà un effet esthétique. Un photojournaliste peut provoquer une situation, l’observer, choisir son cadrage et retenir un instant particulièrement expressif. L’image ainsi obtenue n’est ni un mensonge ni une fenêtre absolument neutre sur la vie privée.

Pour Ringo, cet environnement visuel importe beaucoup. Son personnage de musicien drôle, proche des autres et volontiers malicieux se construit aussi grâce aux images publiées dans les magazines. Son jeu de batterie n’apparaît pas nécessairement à l’image, mais la photographie participe à la reconnaissance de sa personnalité auprès de millions de lecteurs.

Le fonds Benson invite également à distinguer portrait individuel et image collective. « Ringo Miami Beach 1964 » désigne un document centré sur lui, tandis que les scènes de Paris ou les portraits liés à The Ed Sullivan Show concernent l’ensemble des Beatles. Un classement qui enregistrerait chaque image comme « portrait solo Ringo » fausserait la typologie de l’archive.

1964–1966 : Robert Whitaker, l’expérimentation et les supports matériels

Avec Robert Whitaker, la photographie des Beatles se charge d’une énergie différente. La National Portrait Gallery indique que le photographe, passé par Melbourne, fut recruté par Brian Epstein pendant le séjour australien des Beatles en 1964. Ses images peuvent relever du reportage, du portrait et de l’expérimentation conceptuelle.

Trois entrées du musée constituent un petit laboratoire de la diversité matérielle de son œuvre. La référence NPG P1348 correspond à un tirage argentique gélatino-bromure daté d’octobre 1964, acquis en 2009. La référence NPG P1349 désigne un tirage couleur de 1965, acquis la même année que le précédent. La référence NPG P733 concerne un tirage Cibachrome d’une image de 1966, acquis en 1999.

Les différences de procédés ne sont pas des détails inutiles pour collectionneurs obsessionnels. Un tirage gélatino-argentique, un procédé couleur Cibachrome et une reproduction photomécanique n’ont pas la même histoire matérielle, ni les mêmes propriétés de conservation, ni la même signification comme objet de musée. Une banque d’images en ligne peut afficher des fichiers JPEG très semblables là où le musée décrit trois objets extrêmement différents.

L’œuvre de 1966 associée à Yesterday and Today fournit un cas exemplaire. La National Portrait Gallery rappelle que l’image devenue célèbre sous l’appellation de « butcher cover » fut utilisée sur la pochette américaine avant d’être retirée. Elle précise surtout que Whitaker ne l’avait pas d’abord imaginée comme une simple couverture de disque, mais comme un élément d’une composition plus complexe. En Grande-Bretagne, l’image apparaît dans le NME du 3 juin 1966, dans le contexte de la promotion de Paperback Writer.

Il serait faux de réduire cette photographie à la volonté personnelle de Ringo de provoquer le public. Les quatre Beatles sont les modèles ; le photographe a conçu une représentation ; la maison de disques, les médias et les distributeurs participent à la transformation de l’image en objet controversé. C’est le parcours éditorial et matériel du cliché qui explique une part de sa célébrité.

19 mai 1967 : Linda Eastman photographie les Beatles chez Brian Epstein

La photographe Linda Eastman, future Linda McCartney, réalise ses premières images des Beatles à Londres le 19 mai 1967, lors d’une présentation de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band organisée au domicile de Brian Epstein, dans le quartier de Belgravia. La National Portrait Gallery conserve un portrait collectif associé à cette séance sous la référence NPG P577, décrit comme un tirage au platine de 1967 ; le musée répertorie également des tirages photographiques de cette date.

L’intérêt historique du document ne tient pas uniquement au fait que la photographe épousera Paul McCartney en 1969. Au moment de la prise de vue, elle travaille déjà comme professionnelle pour la presse musicale. Raconter rétroactivement l’image en ne retenant que son futur statut familial ferait disparaître les circonstances de sa commande et la place du travail photographique féminin dans les médias rock de l’époque.

La scène possède aussi une signification culturelle : elle se situe juste avant la publication d’un disque dont la présentation visuelle allait contribuer à redéfinir les ambitions de la musique populaire. L’image photographique de Linda documente l’événement médiatique, tandis que la pochette de Sgt. Pepper relève d’une création plastique et graphique différente, associée notamment à Peter Blake et Jann Haworth. Confondre ces deux opérations reviendrait à attribuer à une photographe de presse l’intégralité de l’identité visuelle d’un album.

11 août 1967 : Richard Avedon transforme Ringo en icône psychédélique

Peu de portraits des Beatles démontrent aussi clairement le passage de la photographie au graphisme que la série de Richard Avedon. Selon la notice de Christie’s, la séance se déroule le 11 août 1967 dans un studio situé à Thompson House, 200 Gray’s Inn Road, Londres. Les membres du groupe posent chacun avec un élément distinctif, ensuite intégré à un traitement photographique et coloré.

Le MoMA possède une version du portrait de Ringo, datée de 1967 et cataloguée comme une lithographie. Sa notice explique que Brian Epstein avait demandé au photographe de concevoir des portraits reflétant la nouvelle orientation psychédélique du groupe. Pour Ringo, l’attribut choisi est une colombe blanche ; George est associé à des motifs mystiques, Paul à des fleurs et John à ses lunettes. Les procédés de solarisation, de recomposition et de colorisation confèrent à ces visages un aspect détaché du reportage ordinaire.

La National Portrait Gallery conserve également un exemplaire de l’affiche de Ringo sous la référence NPG D43290, indiquée comme affiche lithographiée en offset couleur datée de 1967, de 790 × 570 millimètres, achetée en 2014. Un portrait collectif de la même série est inventorié sous la référence NPG D43291. Il s’agit d’objets catalogués dans deux collections institutionnelles distinctes, et non d’un unique négatif conservé en deux endroits.

Ce détail change la manière de lire l’œuvre. La photographie initiale sert de matériau à une composition profondément transformée ; l’affiche s’inscrit ensuite dans un réseau de tirages et de diffusion commerciale. Une analyse de l’« original » doit donc déterminer si elle parle du négatif de séance, de l’œuvre graphique réalisée par Avedon, d’une impression de 1967 ou d’une réédition plus tardive.

La colombe de Ringo est un choix iconographique identifiable. Il serait tentant de la relire comme l’annonce de toutes ses initiatives « Peace & Love » ultérieures. Ce parallèle peut être proposé, mais ne prouve ni que la formule publique ait déjà son sens actuel en 1967, ni que Starr ait personnellement inventé l’ensemble du projet photographique. Dans cette série, Avedon est l’auteur du portrait et de sa construction graphique.

Les deux affiches institutionnelles : le même portrait, deux objets de collection

La confrontation des notices permet d’aller plus loin que l’expression vague « l’affiche psychédélique de Ringo ». Au Museum of Modern Art de New York, la lithographie d’Avedon porte le numéro d’inventaire 1441.2000 ; la fiche mentionne Cowles Education Corporation comme éditeur et précise que l’objet est entré dans la collection par don du designer. Ses dimensions sont indiquées comme 79,1 × 57,2 centimètres. La National Portrait Gallery de Londres, de son côté, enregistre un poster en lithographie offset couleur sous le numéro D43290, de 790 × 570 millimètres, acquis par achat en 2014.

Ces deux notices ne constituent pas une démonstration que les objets sont matériellement identiques. Elles permettent au contraire d’étudier leurs conditions d’entrée dans deux collections et leurs méthodes de description. Les différences de millimètres peuvent correspondre à un arrondi de catalogue ou à une variation entre feuilles ; elles ne permettent pas, à elles seules, de déclarer une édition supplémentaire. Une recherche exhaustive exigerait de confronter papier, inscriptions, marques de l’imprimeur et documents des deux institutions.

Le MoMA explique en outre que les posters furent imprimés dans quatre pays et diffusés simultanément par l’intermédiaire de magazines populaires. Cette information est décisive pour comprendre pourquoi les collectionneurs rencontrent des affiches Avedon présentant des caractéristiques éditoriales distinctes. L’objet doit être identifié comme une manifestation matérielle d’une œuvre visuelle, et non seulement par l’image de la colombe blanche placée près de Ringo.

28 juillet 1968 : Don McCullin et la journée de portraits des Beatles

Un an plus tard, le photographe Don McCullin réalise un portrait collectif des Beatles daté du 28 juillet 1968. La National Portrait Gallery conserve un tirage bromure sous la référence NPG P1382, de 320 × 480 millimètres, acquis en 2010. Le musée identifie précisément les quatre modèles, dont Ringo.

La période est associée aux séances photographiques devenues connues sous le nom de Mad Day Out. Pourtant, il faut éviter de fondre toute la production de cette journée en une image mythique. Chaque photographe présent pouvait réaliser son propre cadrage, chaque négatif sa propre séquence et chaque tirage sa propre histoire de diffusion. La date commune n’autorise pas à attribuer tous les clichés d’une séance au seul McCullin.

Connu pour son reportage social et ses photographies de conflits, McCullin aborde les Beatles avec des méthodes qui ne se réduisent pas au glamour traditionnel de la presse musicale. Le portrait de 1968 invite le visiteur à voir le groupe comme un ensemble humain pouvant aussi faire l’objet d’une œuvre photographique d’auteur. L’importance de cette image tient à la fois à son sujet historique et à la réputation artistique de celui qui l’a prise.

On retrouve ici un point central : un portrait de groupe peut être acquis par un musée d’art sans devenir une création réalisée par les quatre personnes photographiées. Ringo est sitter, c’est-à-dire modèle ou personne représentée, non photographe de l’image.

1973 : Barry Feinstein et l’épreuve de travail de Photograph

Après la séparation du groupe, la photographie continue à définir la carrière solo de Ringo. L’une des images les plus frappantes le montre dans une grande étoile métallisée : elle est associée au single Photograph, publié en 1973. La documentation d’une vente rapportée par La Gazette Drouot identifie Barry Feinstein comme photographe et décrit une épreuve couleur montée sur carton, utilisée pour préparer l’image de la pochette.

La notice de vente donne des dimensions précises : photographie semi-lustrée d’environ 16 × 20 pouces montée sur support de 20 × 24 pouces ; l’image carrée de la pochette est imprimée sur une portion de la feuille. Le montage est marqué au verso par Ted Staidle & Associates Photographic Color Reproduction, à Los Angeles. La même notice indique une provenance de la collection personnelle du photographe et l’accompagnement par une lettre d’authenticité de sa succession.

La description ne représente pas une authentification indépendante effectuée par notre rédaction. Elle constitue un ensemble d’informations fourni dans le contexte commercial d’une vente. C’est néanmoins une documentation plus précise qu’un simple fichier de pochette circulant sur Internet, parce qu’elle décrit un objet physique, ses dimensions, ses inscriptions et sa chaîne déclarée de conservation.

La succession de Feinstein commercialise par ailleurs des tirages pigmentaires d’archives posthumes. Son site distingue explicitement ces impressions éditées par la succession, leur timbre, leur numérotation et leur certificat, des tirages qu’aurait réalisés le photographe de son vivant. Cette distinction interdit de donner le même statut à une épreuve de travail de 1973 et à une impression d’art numérotée produite plusieurs années après sa disparition.

Le single Photograph occupe une position amusante dans notre enquête : une chanson sur le pouvoir émotionnel d’une photographie est elle-même devenue un objet célèbre grâce à une image réalisée par un autre artiste. Starr est le sujet et le chanteur, George Harrison a participé à la composition du morceau, Feinstein est le photographe de la pochette, et les spécialistes de reproduction graphique interviennent dans la fabrication matérielle.

De la photographie de presse au livre de photographe : le parcours de Harry Benson

Les images de Harry Benson connaissent elles-mêmes plusieurs vies. La prise de vue de Paris en 1964 appartient à une histoire de reportage ; une photographie de la même série peut ensuite devenir une reproduction dans un magazine, un tirage de galerie, une page de livre ou une image empruntée à la mémoire collective des Beatles. Sur son site officiel, Benson présente plusieurs livres consacrés à son travail avec le groupe, dont Harry Benson: The Beatles: On the Road 1964–1966 et Once There Was a Way: Photographs of the Beatles by Harry Benson.

Cette multiplicité des supports conduit à une règle essentielle de catalogage : citer un livre qui reproduit une image ne suffit pas à dater le tirage d’art placé au mur d’une galerie. De même, l’année figurant à côté d’un fichier numérique de présentation peut être celle de sa publication sur le site, non celle de la prise de vue. Les collections bien documentées font gagner du temps aux chercheurs en séparant chacune de ces dates.

On notera enfin l’importance du regard du photographe lorsque son travail est réemployé dans une création plus récente. La présence d’une archive de Benson dans un projet de 2024 ou 2026 — lorsque les crédits le démontrent — ne change pas l’auteur de la photographie originale. Un graphiste peut transformer une image sans effacer les droits et la signature du photographe.

Rob Shanahan : une autre relation entre musicien et photographe

Le photographe et musicien Rob Shanahan représente une relation plus récente entre les deux disciplines. Son site professionnel souligne qu’il est lui-même batteur et qu’il travaille depuis plusieurs décennies avec des artistes sur scène, en studio et en coulisses. Son ouvrage Volume 1, un livre de photographies musicales de 224 pages, comporte une préface de Ringo Starr. L’information est confirmée par la présentation officielle du livre.

La contribution de Ringo n’en fait pas le photographe du recueil. Elle documente plutôt un lien de confiance et de reconnaissance entre un musicien et un professionnel de l’image. L’écriture d’une préface, la présence comme modèle et la réalisation des photographies sont trois interventions distinctes que les bibliographies doivent séparer.

Shanahan affirme que ses ouvrages photographiques figurent dans les collections de la bibliothèque et des archives du Rock & Roll Hall of Fame à Cleveland. Cette déclaration, publiée sur sa page biographique, est à distinguer d’une fiche d’inventaire indépendante consultée dans le catalogue de l’institution. Elle offre une piste de recherche, non une référence d’accession vérifiée ici.

Pour prolonger l’étude des portraits de Starr après les années 1970, ce type de livre apporte une documentation complémentaire : il rappelle que l’iconographie du musicien ne se limite pas aux photos des Beatles, et qu’une histoire complète de sa carrière solo nécessiterait aussi les archives des séances promotionnelles, des pochettes et des tournées.

Le piège de l’attribution : sujet photographié, auteur, tirage et graphiste

Pourquoi tant d’erreurs de crédits circulent-elles autour des Beatles ? Parce qu’un seul portrait peut passer d’une agence photographique à un magazine, puis à une pochette, une affiche, un livre, un site Internet et enfin à une vente aux enchères. À chacune de ces étapes, un nouvel acteur intervient sans nécessairement modifier le négatif. Une photographie publiée dans une biographie de Ringo n’est pas automatiquement une photographie prise par Ringo.

On peut distinguer quatre documents de référence. Le négatif ou le fichier source provient de la séance. Le tirage est un objet matériel pouvant être contemporain ou postérieur. La reproduction photomécanique correspond à la diffusion sur un support éditorial. Enfin, l’affiche ou la pochette peut réunir plusieurs créations : image, typographie, retouche, mise en page, couleurs et logos.

Le cas Avedon illustre une œuvre photographique volontairement transformée en lithographie. Le cas Whitaker révèle une image de séance qui prend un autre sens lorsqu’elle devient une pochette controversée. Le cas Feinstein concerne une épreuve d’impression utilisée dans le processus de fabrication d’un disque. Le cas de Linda Eastman relève du photojournalisme musical, et celui de Kirchherr de la construction de l’identité publique d’un groupe à ses débuts. Aucun ne se laisse ramener à un unique mot, « photo ».

Le vocabulaire des musées permet de conserver ces différences : gelatin silver print, bromide print, platinum print, colour print, Cibachrome, colour offset lithograph poster. Dans un article destiné aux fans, ces termes peuvent sembler techniques ; pour identifier une œuvre ou distinguer une reproduction d’un tirage original, ils sont fondamentaux.

Un premier inventaire critique de dix références muséales

PH-01 — Astrid Kirchherr, novembre 1962. Les quatre Beatles avec Ringo ; tirage bromure fibre ; 400 × 400 mm ; National Portrait Gallery, x128620 ; acquis en 2006. Date du tirage matériel à approfondir.

PH-02 — Les Chadwick / Peter Kaye Photography, septembre 1962. Groupe des Beatles ; tirage de type carte postale ; National Portrait Gallery, x199158. Nécessité de distinguer carte, négatif et retirages.

PH-03 — Michael Ward, 19 février 1963. Portrait collectif ; tirage bromure fibre ; National Portrait Gallery, x128564. Une des références datées de la séquence de février 1963.

PH-04 — Fiona Adams, avril 1963. Portrait collectif ; tirage bromure fibre moderne à partir d’un fichier numérique ; National Portrait Gallery, x128566. La qualification « moderne » se rapporte à l’objet, non à la date de la scène.

PH-05 — Robert Whitaker, octobre 1964. Les Beatles ; tirage gélatino-argentique ; National Portrait Gallery, P1348 ; acquis en 2009.

PH-06 — Robert Whitaker, 1965. Portrait des Beatles ; tirage couleur ; National Portrait Gallery, P1349 ; acquis en 2009.

PH-07 — Robert Whitaker, 1966. Portrait utilisé pour Yesterday and Today ; tirage Cibachrome ; National Portrait Gallery, P733 ; acquis en 1999.

PH-08 — Linda McCartney, 1967. Les Beatles ; tirage au platine ; National Portrait Gallery, P577. Image liée à la présentation de Sgt. Pepper et à la série de portraits de la photographe.

PH-09 — Richard Avedon, 1967. Ringo Starr ; affiche lithographiée offset en couleur ; 790 × 570 mm ; National Portrait Gallery, D43290 ; acquis en 2014. Le MoMA conserve également une lithographie du portrait.

PH-10 — Don McCullin, 28 juillet 1968. Les Beatles ; tirage bromure ; 320 × 480 mm ; National Portrait Gallery, P1382 ; acquis en 2010.

Ces notices forment un inventaire de contrôle sélectif, non un catalogue complet des portraits de Ringo. Les références institutionnelles permettent de retrouver des objets précisément identifiés sans spéculer sur l’emplacement de tous les négatifs. L’état de présentation en salle peut changer ; la possession d’un objet par un musée n’implique pas qu’il soit actuellement visible au public.

Reconstituer la provenance et contrôler les droits

Une notice de collection possède deux valeurs distinctes. Elle donne d’abord des faits sur l’objet, notamment l’auteur, le titre, le support, les dimensions, une datation et une référence d’inventaire. Elle permet ensuite de retracer son parcours, lorsque les informations de provenance sont publiques : achat, donation, transfert de collection ou dépôt. Mais elle ne remplace pas l’histoire du copyright.

La National Portrait Gallery précise sur ses pages consacrées aux droits que plusieurs images peuvent être soumises à l’autorisation des ayants droit extérieurs au musée. Posséder un tirage et détenir les droits d’exploitation d’une photographie sont deux situations différentes. Cette distinction justifie le choix de notre enquête : citer les catalogues et étudier les œuvres sans reprendre leurs fichiers iconographiques protégés.

Pour les fans qui collectionnent les affiches Avedon, les tirages Benson ou les photographies Feinstein, la prudence est également indispensable. Un exemplaire portant une signature reproduite ne vaut pas automatiquement tirage signé de la main de l’auteur. Une édition ouverte, une édition limitée, une épreuve ancienne et une impression posthume estampillée par une succession doivent être décrites comme des objets différents.

Ce que cette histoire change à la compréhension de l’œuvre de Ringo

Le grand intérêt de cette enquête est de rétablir un dialogue entre deux activités qui semblent s’opposer : Ringo regardant et Ringo regardé. Le musicien a constitué ses propres archives photographiques. En même temps, des générations de professionnels de l’image ont façonné sa présence dans la culture visuelle mondiale. L’une de ces histoires n’annule pas l’autre.

Sans Astrid Kirchherr, une part de l’image des Beatles à Hambourg serait différente ; sans les portraits de presse de 1963, la transition vers la célébrité nationale serait plus difficile à documenter ; sans Harry Benson, la tournée américaine et les scènes d’intimité du groupe auraient un autre visage ; sans Avedon, Ringo ne serait pas entré de la même façon dans les collections de l’art graphique psychédélique. Enfin, les épreuves photographiques de Barry Feinstein racontent la construction de l’iconographie du chanteur solo.

Ces créations ne constituent pas une liste de « collaborations artistiques de Ringo » au sens strict de son travail d’auteur. Elles forment une histoire de la représentation, avec ses producteurs, ses photographes, ses éditeurs et ses collectionneurs. C’est une pièce complémentaire aux études sur ses photographies personnelles, les pochettes de ses disques et l’authenticité des tirages de collection.

Sources institutionnelles et bibliographie de contrôle

National Portrait Gallery, Londres, fiche de personne « Sir Ringo Starr (Richard Starkey) », inventaire de 71 portraits associés, photographes et références : https://www.npg.org.uk/collections/search/person/mp06458/sir-ringo-starr-richard-starkey

National Portrait Gallery, The Beatles, Astrid Kirchherr, novembre 1962, tirage bromure fibre, NPG x128620 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw117568/The-Beatles-George-Harrison-John-Lennon-Paul-McCartney-Ringo-Starr

National Portrait Gallery, The Beatles, Robert Whitaker, octobre 1964, tirage gélatino-argentique, NPG P1348 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw194415/The-Beatles-Ringo-Starr-John-Lennon-George-Harrison-Paul-McCartney

National Portrait Gallery, The Beatles, Robert Whitaker, 1965, tirage couleur, NPG P1349 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw194416/The-Beatles-Ringo-Starr-George-Harrison-Paul-McCartney-John-Lennon

National Portrait Gallery, photographie liée à Yesterday and Today, Robert Whitaker, 1966, NPG P733 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw11569/The-Beatles-John-Lennon-Paul-McCartney-George-Harrison-Ringo-Starr

National Portrait Gallery, The Beatles, Linda McCartney, 1967, NPG P577 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw09415/The-Beatles-Paul-McCartney-Ringo-Starr-George-Harrison-John-Lennon

National Portrait Gallery, Ringo Starr, Richard Avedon, 1967, affiche lithographiée offset couleur, NPG D43290 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw275595/Ringo-Starr

MoMA, New York, Richard Avedon, Ringo Starr, 1967, lithographie et notice historique de la commande : https://www.moma.org/collection/works/8740

Christie’s, notice d’une œuvre d’Avedon de la série, Londres, séance du 11 août 1967 et histoire des portraits colorés : https://www.christies.com/en/lot/lot-6339130

National Portrait Gallery, The Beatles, Don McCullin, 28 juillet 1968, NPG P1382 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw201357/The-Beatles-John-Lennon-Ringo-Starr-George-Harrison-Paul-McCartney

Harry Benson, archives photographiques officielles des Beatles, photographies de Paris, New York et Miami en 1964 : https://www.harrybenson.com/the-beatles

Harry Benson, fiche photographique « Ringo Miami Beach 1964 » : https://www.harrybenson.com/the-beatles/ringo-miami-beach-1964

La Gazette Drouot, notice d’une épreuve originale de Barry Feinstein destinée à la pochette du single Photograph de Ringo Starr, 1973 : https://www.gazette-drouot.com/lots/26948515-epreuve-de-la-pochette-de—

The Barry Feinstein Estate, description des tirages posthumes, numérotations et certificats : https://www.barryfeinsteinphotography.com/prints

Rob Shanahan, site officiel du photographe, Volume 1 (224 pages), préface de Ringo Starr : https://www.robshanahan.art/volume-1

Note éditoriale : les références de musées correspondent aux notices publiques consultées en octobre 2026. Les sources de vente commerciales décrivent les objets selon les déclarations de leurs catalogues ; elles ne valent pas examen matériel par Yellow-Sub.net. Les photographies originales restent soumises aux droits de leurs auteurs et ayants droit.

Yellow-Sub · Encyclopédie Ringo Starr

L’artiste au-delà des Beatles

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  1. 01Présentation du dossier
  2. 02Photographe des Beatles
  3. 03Archives photographiques
  4. 04Postcards from the Boys
  5. 05Photograph (2013–2015)
  6. 06Another Day in the Life
  7. 07Peintre et artiste numérique
  8. 08Art numérique et NFT
  9. 09Starr Art : expositions
  10. 10Tirages et collection
  11. 11Lotus Foundation
  12. 12Catalogue des œuvres
  13. 13Pochettes (1970–1981)
  14. 14Pochettes (1983–2026)
  15. 15My Faces : les œuvres de 2005
  16. 16Les douze peintures originales de 2025
  17. 17Sculptures : Drums for Peace et Peace and Love
  18. 18Estampes et œuvres graphiques (2007–2024)
  19. 19Peaux de batterie, guitares et objets signés
  20. 20Painting Is My Madness : les livres d’art
  21. 21Photographie : expositions et réception critique
  22. 22Catalogues photographiques : 32 notices (2013–2024)
  23. 23Photograph Portfolio 2018
  24. 24Photograph Portfolio 2017 : les douze clichés
  25. 25Tobago 1966 : photographies et archives
  26. 26Lifted (2022) : photographies retrouvées
  27. 27Beats & Threads (2023) : instruments et costumes
  28. 28Catalogue raisonné : 52 références (2013–2024)
  29. 29Ringo cinéaste : Born to Boogie (1972)
  30. 30Ringo et Barbara Bach : vente Julien’s Auctions (2015)
  31. 31Octopus’s Garden : livre illustré (2013–2014)
  32. 32Clips et films promotionnels (1970–2026)
  33. 33Ringo: Peace & Love, GRAMMY Museum (2013–2014)
  34. 34Ringo en ukiyo-e au Japon (2026)
  35. 35Ringo photographié : les grands portraitistes
  36. 36Cinq NFT et vingt lots : 2022
  37. 37Ringo animé : de 1965 à Rock Band (2009)
  38. 38Thomas : pilote de 1983 retrouvé en 2025