YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 03
Les archives photographiques de Ringo Starr : négatifs, fonds et attributions
Une enquête sur les négatifs, les albums familiaux, les archives Beatles et les éditions d’art de 2013, 2015 et 2024.
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Des cartons domestiques aux archives de l’histoire culturelle
Les archives de Ringo Starr ne constituent pas un album de photographies de célébrité ordinaire. Elles réunissent des instantanés pris par le batteur lui-même, des images où il apparaît sans en être nécessairement l’auteur, des papiers de famille, des lettres, des coupures et des documents édités des décennies après leur création. Leur intérêt réside autant dans les événements représentés que dans le parcours matériel des objets : conserver, oublier, redécouvrir, sélectionner, légender et publier sont des opérations historiques différentes.
Pour reconstituer ce fonds, il faut donc commencer par distinguer plusieurs catégories documentaires. La première est celle des photographies que Ringo affirme avoir prises au fil de ses déplacements avec les Beatles. La deuxième regroupe les vues de son enfance et les archives conservées par sa mère, Elsie Starkey, dont il est sujet ou dépositaire mais pas nécessairement auteur. La troisième rassemble les objets fabriqués bien plus tard à partir d’un cliché ancien : pages d’un livre, planches-contact reproduites, tirages artistiques de grand format et impressions rééditées.
Une image des Beatles de 1964 diffusée sous forme d’estampe signée en 2024 n’est ni une photo prise en 2024, ni un tirage d’époque. Le collectionneur et le lecteur doivent pouvoir retrouver les différentes dates, les auteurs et les étapes de fabrication. C’est le principe fondateur de cette enquête, consacrée non à la beauté supposée de l’image mais à la manière dont une photographie devient une source historique vérifiable.
Elsie Starkey : une collection familiale sauvée de l’oubli
Lorsque Genesis Publications publie Photograph en 2013, Ringo explique avoir retrouvé les cartons conservés par sa mère. Après la disparition d’Elsie, il les avait placés au grenier sans véritablement en examiner le contenu. Leur ouverture fait réapparaître des lettres envoyées à la maison, des coupures de presse et des documents relatifs à ses premiers groupes. L’importance de cette redécouverte dépasse l’anecdote : elle révèle un second regard sur la vie de Richard Starkey, celui d’une mère qui a conservé les témoignages matériels du parcours de son fils.
Un fonds domestique n’est pas une collection muséale déjà cataloguée. Les dates inscrites sur les pièces, les noms figurant au dos d’un portrait ou l’ordre originel des dossiers doivent être contrôlés. Une coupure découpée et conservée par Elsie est un document de presse de l’époque ; ce n’est pas une photographie prise par Ringo. Une lettre envoyée à Liverpool est une trace directe de la circulation des nouvelles ; elle peut accompagner le récit d’un séjour à l’étranger sans prouver, à elle seule, tous les événements mentionnés.
Pour les premières années de Liverpool, ces documents possèdent une valeur qui ne se limite pas aux Beatles. Ils éclairent l’enfance, les années de santé fragile, l’apprentissage de la batterie, les premiers concerts et les déplacements avant la gloire internationale. Ils peuvent également servir de contrepoint aux souvenirs que Ringo formule dans le manuscrit rédigé pour Photograph, plus de cinquante ans après les faits.
Ringo acteur, témoin ou photographe : trois rôles différents
La première difficulté d’attribution vient de la célébrité du dépositaire du fonds. La couverture d’un catalogue peut annoncer « les photographies de Ringo Starr » alors que le corpus contient aussi des clichés qui le représentent. Cette distinction est particulièrement évidente pour la photographie intitulée Ringo at the Cavern, proposée dans le catalogue Genesis de 2024. Selon la notice, elle représente Ringo à la batterie au Cavern Club de Liverpool le 20 novembre 1959. Le batteur explique que l’instrument visible n’était pas le sien, à l’exception de sa caisse claire et de ses baguettes. Mais puisqu’il apparaît lui-même derrière l’instrument, cette image exige une enquête sur l’identité de la personne ayant tenu l’appareil.
La date et la localisation proviennent de la notice de Genesis, mais un recoupement indépendant est désormais possible : la chronologie officielle du Cavern Club confirme que Rory Storm and the Hurricanes se sont produits dans cette salle le vendredi 20 novembre 1959. Ce contrôle corrobore le contexte historique proposé par Genesis. Il ne remplace toutefois pas la consultation du négatif, d’une planche-contact ou d’un tirage d’époque susceptible de confirmer que la photographie a bien été prise ce jour-là. Surtout, la signature de Ringo sur un tirage moderne authentifie l’édition qu’il approuve ; elle ne le transforme pas rétroactivement en auteur de toute photographie qui le représente.
Une situation comparable se présente dans le portfolio de 2015 pour Ringo and George, situé en coulisses à New Brighton en 1961. L’image montre les deux musiciens avant l’entrée de Ringo dans les Beatles. Sa signature d’édition et sa présence sur le cliché sont connues ; le déclencheur peut avoir été actionné par un tiers, ou selon un dispositif de retardateur, mais l’éditeur ne démontre pas explicitement lequel. Dans une notice raisonnée, la rubrique « photographe » doit donc parfois porter « attribution non établie », même si la photographie appartient sans contestation au patrimoine privé de Ringo.
Une photographie de la porte Apple en 1976 : Ringo est le commanditaire, non le photographe
L’histoire des crédits de Ringo’s Rotogravure (1976) fournit un exemple particulièrement utile de la distinction entre la collection d’images associées à un artiste et les images dont il est personnellement l’auteur. Le verso du disque reproduit la porte du siège Apple, au 3 Savile Row à Londres, couverte d’inscriptions de fans. La photographie est créditée à Tommy Hanley ; le recto, montrant Ringo derrière une loupe, est photographié par David Alexander, sous la direction artistique de John Kosh. Ringo a contribué au concept de couverture, notamment par la découverte fortuite d’une loupe dans le studio d’Alexander, mais aucune de ces deux prises de vue ne doit être indexée dans son catalogue comme un négatif réalisé par lui.
Le cas de la porte de Savile Row présente un intérêt archivistique supplémentaire. Un compte rendu de la Museums Association publié en 2017 décrit l’exposition de la porte originale couverte de graffitis au British Music Experience de Liverpool. La photographie prise par Hanley a donc pu documenter un objet qui, conservé dans les décennies suivantes, a acquis un statut patrimonial indépendant du disque. Il est possible d’étudier les inscriptions comme traces laissées par les admirateurs, mais leur datation individuelle nécessite des images de comparaison ou des témoignages : être visible dans la photographie de 1976 établit une présence au plus tard lors de cette prise de vue, non la date exacte d’écriture.
Le 11 mai 2026, Apple Corps a annoncé un nouveau parcours de visite officielle au 3 Savile Row, prévu en 2027. Des publications spécialisées de septembre 2026 ont également annoncé le retour projeté de l’ancienne porte vers Londres ; en l’absence de procès-verbal ou de confirmation photographique datée de sa réinstallation, celle-ci ne peut être tenue pour achevée. Cette suite montre pourquoi une archive photographique n’est pas qu’une image : elle peut renseigner sur l’existence, l’état, la circulation et la conservation d’un objet réel. Notre étude des pochettes de 1970 à 1981 détaille la fabrication de Rotogravure et la matérialité des premiers pressages, parfois accompagnés d’une petite loupe destinée à examiner les graffitis imprimés.
Les voyages de 1964 et la photographie vue de l’intérieur
Les premières tournées aux États-Unis constituent un laboratoire visuel particulièrement instructif. Les Beatles sont soumis à un programme de représentations publiques, de conférences et de déplacements qui limite leurs possibilités de se promener librement. Dans le portfolio de 2013, l’image First US Visit montre des spectateurs observant les musiciens ; Ringo explique qu’il photographie les gens qui les regardent. Le sens habituel de l’image de presse s’inverse : le public devient le sujet, et la vedette l’observateur.
Le train entre New York et Washington fournit un autre exemple. Dans Old Hickory, Ringo raconte être allé vers l’arrière du wagon pour photographier les structures et la perspective qui défilaient derrière le train. La composition est intéressante précisément parce qu’elle n’a pas pour centre un visage célèbre. Elle révèle une curiosité pour les lignes, l’architecture et le mouvement, que l’on retrouvera dans les photographies de voyages plus tardives. La date éditoriale renvoie à février 1964 ; il faut toutefois distinguer l’événement ferroviaire et l’année du tirage d’art, proposée au catalogue en 2013 puis à nouveau dans les pages de 2024.
Les photos situées à Paris ou Miami doivent être replacées dans les itinéraires exacts de 1964. Un hôtel parisien, une excursion en bateau en Floride et le premier voyage américain appartiennent à une période rapprochée, mais leurs circonstances ne sont pas interchangeables. Pour une photographie datée approximativement, le rôle de l’historien est de rechercher la convergence entre légende éditoriale, journal de tournée, personnes identifiées, décor et éventuel numéro de négatif.
New Brighton, Paris, Tokyo, Delhi : l’enjeu des légendes
Le portfolio Genesis de 2015 comporte des légendes parfois exceptionnellement précises. Paul and Mal est situé à l’hôtel George V en janvier 1964. Une autre image, John and Paul, est rattachée à une séance d’enregistrement de Hey Bulldog dans le studio 3 d’Abbey Road, le 11 février 1968. Ce type d’information permet de comparer l’image aux journaux de sessions et aux sources filmées. En revanche, un portrait simplement intitulé George et daté d’un mois n’autorise pas à inventer la minute où il fut pris.
Le cas des photographies asiatiques est instructif. John in Tokyo, proposé dans le catalogue de 2024, est localisé pendant le séjour japonais du groupe entre le 29 juin et le 3 juillet 1966. Ringo y rappelle son souvenir d’achats d’appareils Pentax. Delhi, au catalogue de 2013, est également daté de 1966 ; il ne doit pas être confondu avec la visite plus célèbre des Beatles à Rishikesh en 1968. De mauvaises légendes fondées sur un vague décor indien peuvent donc déplacer une image de deux ans et lui attribuer une signification spirituelle qui ne lui appartient pas.
La photo de George sur un yacht à Cannes, datée de mai 1968 dans le portfolio de 2024, ouvre encore un autre horizon : celui des déplacements privés et des séjours associés au monde du cinéma. Ringo explique avoir loué le bateau à l’occasion du festival. Une notice pourra alors chercher des sources parallèles sur le Festival de Cannes, la présence des protagonistes et l’origine du négatif, sans présumer que tout le groupe se trouvait sur le bateau.
Le négatif, la planche-contact et le tirage : une chaîne matérielle
Une photographie sur film connaît plusieurs vies. Le négatif est d’abord le support source. Une planche-contact réunit plusieurs vues tirées d’une pellicule, permettant de suivre une séquence, des variations de cadrage ou des essais d’exposition. Le tirage d’époque appartient à la chronologie de la prise de vue ; une reproduction de livre date, elle, de sa première impression ; un giclée signé trente ou soixante ans plus tard est un nouvel objet documentaire et marchand.
Genesis a publié avec la version Deluxe de Photograph une reproduction de planche-contact montrant les Beatles à l’hôtel George V. La notice commerciale situe le séjour à Paris mais comporte une datation de 1963, alors que les chronologies du voyage des Beatles et le portrait Paul and Mal du portfolio de 2015 renvoient à janvier 1964. Cette contradiction doit rester mentionnée jusqu’à vérification des supports originaux. Elle illustre la nécessité de ne pas reprendre mécaniquement une date figurant dans un catalogue.
Le travail de conservation gagnerait à suivre une numérotation unique : fonds, boîte, film, vue, tirage, édition, exemplaire. Une photographie pourrait ainsi être identifiée comme « fonds Ringo, film indéterminé, vue publiée sous tel titre en 2013, tirage signé de 2024 ». Tant que la première partie de cette chaîne n’est pas accessible, le catalogue doit l’indiquer au lieu de simuler l’existence d’une cote d’archive publique.
La recherche des négatifs et des auteurs bénéficie désormais d’un index transversal réunissant 52 occurrences : chaque notice commerciale ou journalistique y reçoit un identifiant propre, puis est comparée aux scènes et légendes des autres corpus. L’identité d’une scène reste distincte de l’identité d’un tirage numéroté et de la personne qui a déclenché l’appareil.
Éditions signées : ce qui est certain en 2013, 2015, 2018 et 2024
Quatre ensembles successifs de Genesis donnent accès à un corpus structuré, même si le millésime 2018 ne possède plus de liste complète consultable sur la page commerciale active. The Photograph Portfolio 2013 présente douze images numérotées au catalogue, en édition de vingt-cinq épreuves signées par titre. The Photograph Portfolio 2015 ajoute huit portraits et documents, également en éditions de vingt-cinq épreuves. Le catalogue intitulé The Photograph Portfolio et associé à juillet 2024 mérite une attention particulière : la page actuelle rassemble douze entrées numérotées. Certaines reprennent des photographies déjà présentes dans les catalogues antérieurs : First US Visit, Old Hickory et Miami figurent dès 2013. Greece et le portrait George de Birmingham étaient quant à eux reproduits dans un reportage de People dès octobre 2017. Les titres identiques ne suffisent jamais à prouver l’identité d’autres images, comme les différents portraits simplement appelés George.
Pour 2018, plusieurs communications d’éditeur apportent désormais des données précises : le 5 décembre 2017, Genesis signale les tirages Abbey Road et John and Paul comme intégralement souscrits ; son communiqué de juillet 2020 donne un total de huit tirages photographiques pour ce millésime ; celui de février 2023 cite en outre George et George in Miami. Ces quatre titres identifiés ne suffisent pas à reconstituer les huit images de la série. Le chapitre consacré au portfolio 2018 détaille les documents datés et le problème des titres homonymes.
La phrase commerciale de 2024 évoque à plusieurs endroits « sept images préférées », alors que la navigation et la page de vente énumèrent douze titres. La nouvelle série ne peut donc pas être résumée sans précaution à douze photographies jamais publiées. Certaines sont de nouvelles présentations, d’autres correspondent à des images déjà connues ; la notice exacte et l’identité du négatif doivent être contrôlées pour chaque titre. Nous relevons cette discordance publiquement plutôt que d’additionner les catalogues comme s’il s’agissait de trente-deux photographies toutes différentes.
Le format non encadré annoncé est généralement de 50,8 × 76,2 cm, sur papier Hahnemühle 100 % coton d’environ 320 g/m², avec impression giclée à encres d’archivage. Le certificat numéroté est fourni par Genesis. Le tirage signé par l’artiste ne doit jamais être présenté comme un négatif original ou comme une épreuve argentique de l’époque Beatles.
Inventaire du catalogue photographique publié en 2024
La liste ci-dessous reprend les douze entrées actuellement visibles dans le catalogue Genesis associé aux éditions de juillet 2024. Elle doit être interprétée comme un inventaire de références éditoriales : les titres réemployés ne sont pas comptés automatiquement comme de nouvelles prises de vue.
| N° | Titre du tirage | Contexte et réserve critique |
|---|---|---|
| 01 | Studio 2 | Paul et John travaillant à Abbey Road, Londres, 1964 |
| 02 | George with Guitar | George avec une guitare espagnole, vers 1966 |
| 03 | John in Tokyo | Tokyo, séjour du 29 juin au 3 juillet 1966 |
| 04 | Ringo at the Cavern | Liverpool, 20 novembre 1959 ; auteur de la prise de vue à établir |
| 05 | Ringo Self-Portrait | Autoportrait sur film infrarouge, vers 1969 |
| 06 | George in Cannes | Cannes, mai 1968, George sur un yacht |
| 07 | John in Paris | Hôtel George V, Paris, janvier 1964 |
| 08 | Greece | Grèce, juillet 1967 |
| 09 | First US Visit | New York, février 1964 ; titre déjà au catalogue 2013 |
| 10 | Old Hickory | États-Unis, février 1964 ; titre déjà au catalogue 2013 |
| 11 | Miami | Floride, février 1964 ; titre déjà au catalogue 2013 |
| 12 | George | Photographie de George ; titre déjà au catalogue 2013 |
Point de vigilance : Genesis emploie à la fois une formulation annonçant sept images et un catalogue actuellement composé de douze références. Les quatre titres « First US Visit », « Old Hickory », « Miami » et « George » apparaissent également dans la sélection de 2013. Toute opération de décompte doit donc considérer les éditions, les négatifs et les prises de vue séparément.
Juillet 2024 : une page de catalogue réutilisée et enrichie
Les notices Genesis consacrées aux photographies datées de 2024 contiennent en réalité plusieurs niveaux d’informations qu’il faut distinguer. Le communiqué du 8 février annonce de nouveaux tirages signés pour un projet caritatif, et celui du 22 février évoque Ringo vérifiant et signant ces éditions à Londres. La page de vente porte ensuite une date de publication en juillet 2024. La signature en février, la date d’édition de juillet et l’âge historique du négatif sont donc trois repères différents.
La documentation commerciale parle de « sept images préférées » dans des descriptions génériques, mais le sommaire public actuel de la page énumère douze références de Studio 2 à George. Ce décalage ne doit pas donner lieu à la création d’un nombre fictif de photographies différentes. Certaines images figurent déjà dans le portfolio de 2013, d’autres sont présentées comme des épreuves nouvelles ; l’identification doit procéder photographie par photographie.
Sept nouveautés ou douze offres ? La distinction à conserver
Les références 1 à 8 permettent de comprendre le problème. Studio 2, George with Guitar, John in Tokyo, Ringo at the Cavern, Ringo Self-Portrait, George in Cannes, John in Paris et Greece occupent huit lignes de la présentation actuelle. Puis viennent First US Visit, Old Hickory, Miami et George, titres également publiés dans la sélection de 2013. Le nombre de douze références peut donc refléter l’agrégation d’offres provenant d’histoires éditoriales distinctes.
Il reste à déterminer si les négatifs et le cadrage des quatre derniers titres correspondent exactement aux images de 2013, ou si l’éditeur présente des variantes. L’identité des intitulés est un indice fort, mais ne remplace pas la confrontation visuelle des tirages et des notices techniques. Pour cette raison, notre catalogue emploie l’expression « douze entrées de vente » et non « douze photographies nouvelles de 2024 ».
John in Tokyo : un chiffre de tirage contradictoire
Le descriptif général du portfolio annonce vingt-cinq exemplaires numérotés par image. La fiche de John in Tokyo répète elle-même cette règle dans ses caractéristiques techniques. Mais son bloc commercial récapitulatif affiche, sous le même titre, vingt-six tirages numérotés. Les deux mentions émanent de la page Genesis. Il serait imprudent d’en conclure que l’éditeur a créé volontairement une exception à vingt-six exemplaires. Le dossier conserve la norme annoncée de vingt-cinq et relève l’anomalie comme une divergence de mise en ligne, à vérifier auprès de Genesis ou sur les certificats émis.
Ringo at the Cavern : une source sur la carrière pré-Beatles, non une photo prise par Ringo
La légende Genesis situe Ringo at the Cavern au 20 novembre 1959. Dans son commentaire, Ringo précise que la batterie représentée ne lui appartenait pas, à l’exception de sa caisse claire et de ses baguettes. Cette remarque constitue un témoignage de participant précieux pour identifier l’instrument. Elle n’établit cependant pas l’auteur de la prise de vue : le sujet de la photo est Ringo lui-même. Un tirage signé par lui en 2024 demeure une estampe autorisée, mais l’identité du photographe initial doit faire l’objet d’une notice séparée.
John in Paris et George in Cannes : l’intérêt des contextes vérifiables
John in Paris est rattaché par Genesis à l’hôtel George V en janvier 1964 ; George in Cannes est daté de mai 1968. L’éditeur ajoute pour la seconde photographie un souvenir de Ringo concernant la location d’un yacht à l’occasion du Festival de Cannes. Ces deux notices montrent la diversité des informations disponibles : la localisation, le contexte biographique et une brève parole de l’auteur permettent d’affiner la lecture sans inventer un déroulement minute par minute.
Le lieu peut lui aussi porter plusieurs temporalités. Une prise de vue en 1968 peut être reproduite en 2024 puis mise en vente ou épuisée ultérieurement ; le commentaire de Ringo est enregistré ou retranscrit bien après la scène photographiée. Pour une véritable fiche patrimoniale, ces dates doivent occuper des champs distincts.
La notice technique standard de 2024
Les pages de Genesis décrivent des épreuves giclée archivistiques d’environ 50,8 × 76,2 cm, sur papier Hahnemühle Photo Rag 100 % coton de 320 g/m², avec encres K3 Lightfast. Les tirages sont signés par Ringo et accompagnés d’un certificat numéroté de l’éditeur ; un encadrement en bois noir et une protection en plexiglas filtrant les ultraviolets sont annoncés pour les exemplaires vendus encadrés. Ces indications concernent l’épreuve contemporaine, non le support photographique sur lequel l’image fut initialement enregistrée.
Une photographie de 1966 prise sur film négatif peut donc être proposée sur un papier moderne sans perdre son intérêt historique. Mais une annonce doit nommer correctement l’objet : « photographie prise en 1966, tirage Genesis signé et numéroté, édition 2024 » est beaucoup plus informatif que « photo vintage originale des Beatles ». Les notions de négatif d’époque, de tirage contemporain, de signature et de certificat éditorial désignent des attributs différents.
Note de vérification : le nombre d’entrées en ligne et le nombre d’images véritablement nouvelles ne sont pas interchangeables. Les contradictions « sept/douze » et « vingt-cinq/vingt-six » sont attestées dans les pages de Genesis. Elles doivent rester explicites jusqu’à consultation d’un catalogue daté ou d’une confirmation écrite de l’éditeur.
Pour une archivistique sérieuse : six familles de métadonnées
- Origine et possession
- Détenteur du fonds, chemin d’acquisition, auteur de la collecte familiale, état des pièces et institution dépositaire lorsqu’elle existe.
- Support original
- Négatif, diapositive, Polaroid, épreuve argentique, contact, document papier ou fichier photographique natif.
- Attribution
- Photographe déclaré, sujet photographié, circonstances d’une prise de vue où Ringo apparaît, preuve d’un retardateur ou d’un tiers opérateur.
- Datation
- Date de la scène, de la prise de vue, du développement éventuel, de la première publication et des tirages ultérieurs.
- Restauration et publication
- Numérisation, recadrage, retouche déclarée, caractéristiques d’impression et éditeur du tirage.
- Droits et diffusion
- Titularité des droits, autorisation de reproduction, droits d’image éventuels et conditions de consultation.
État de l’enquête : ce que nous savons et ce que nous ignorons
Les catalogues Genesis permettent aujourd’hui d’identifier une partie des photographies, de les situer et d’étudier les tirages proposés. Ils ne livrent pas pour autant un inventaire global des négatifs de Ringo. Le nombre exact de films conservés, les cotes d’archives, la proportion des images prises par d’autres auteurs et les supports originaux de chaque impression ne sont pas systématiquement publiés. Les milliers de négatifs évoqués par Ringo dans des entretiens doivent donc rester une indication de l’ampleur du fonds, non un inventaire exhaustif consultable.
La recherche future gagnera à confronter les portraits aux calendriers des Beatles, aux sessions d’EMI, aux correspondances, à la documentation photographique de George et de Paul et aux notices des maisons de vente. Elle devra corriger les légendes incertaines sans effacer les formulations de Ringo, qui constituent elles-mêmes une source orale importante.
L’enjeu est moins de publier le plus d’images possible que de comprendre ce que chaque photographie autorise véritablement à dire. Un cliché privé de Paul peut documenter une relation ; une vue d’un train peut montrer la perception de la Beatlemania depuis l’intérieur ; un autoportrait sur film infrarouge peut informer une technique. C’est cette pluralité qui fait de Ringo un témoin visuel singulier de l’histoire du groupe.
Inventaire associé : les trente-deux notices détaillées des portfolios publiés en 2013, 2015 et répertoriés en 2024 sont désormais réunies dans le catalogue critique des tirages photographiques. Il propose une distinction entre titres homonymes, reprises éditoriales, attribution des négatifs et numérotation des exemplaires.
Le tournant des archives familiales de 2012–2013
L’archivage entrepris par Ringo Starr et Barbara Bach en 2012, puis accéléré pour l’exposition Ringo: Peace & Love au GRAMMY Museum, est directement documenté par un entretien publié par la Recording Academy en mars 2014. Ringo y raconte la redécouverte de classeurs de négatifs, de boîtes de photographies et de lettres familiales, dont une correspondance liée à Rory Storm. Il s’agit d’un témoignage de première main sur la formation d’un fonds d’archives ; il ne constitue pas pour autant un inventaire définitif de tous les documents conservés ni une preuve de provenance pour chaque tirage ultérieurement commercialisé.
Sources primaires et bibliographie
- Genesis Publications : Photograph, livre bibliophilique de 2013 — https://www.genesis-publications.com/books/9781905662302/photograph
- The Beatles Bible, crédits de Ringo’s Rotogravure (1976) : photographies de David Alexander et Tommy Hanley, direction artistique de John Kosh — https://www.beatlesbible.com/people/ringo-starr/albums/ringos-rotogravure/
- Museums Association, Museums Journal, mai 2017, compte rendu de la porte Apple originelle exposée au British Music Experience de Liverpool — https://www.museumsassociation.org/museums-journal/reviews/2017/05/01062017-the-british-music-experience-liverpool/
- Apple Corps Ltd., communiqué du 11 mai 2026 sur le projet The Beatles at 3 Savile Row — https://www.thebeatles.com/beatles-get-back-savile-row
- BeatlesPerú, 20 septembre 2026, annonce du projet de transfert de la porte historique vers Londres — https://noticias.beatlesperu.com/2026/09/20/el-museo-british-music-experience-devuelve-las-puertas-de-savile-row/
- Genesis Publications : Photograph Portfolio 2013 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart/the_photograph_portfolio_2013
- Genesis Publications : Photograph Portfolio 2015 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2015/the_photograph_portfolio_2015
- Jordan Runtagh, People, 17 octobre 2017, douze photographies et légendes, notamment George (Birmingham) et Greece — https://people.com/music/ringo-starr-beatles-photographs-print-series/
- Genesis Publications, juillet 2020, confirmation d’un portfolio de huit tirages photographiques (2018) — https://www.genesis-publications.com/news/peace-and-love-ringo-starrs-80th-birthday-celebration-and-reader-offer-1725
- Genesis Publications, février 2023, titres George et George in Miami (portfolio 2018) — https://www.genesis-publications.com/news/celebrating-george-harrison-2087
- Genesis Publications : Photograph Portfolio, catalogue et éditions de juillet 2024 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2024/the_photograph_portfolio_2024
- Genesis Publications, entretiens et notices conservés dans les fiches des tirages de 2013, 2015 et juillet 2024 : distinguer les commentaires de Ringo des caractéristiques techniques établies par l’éditeur.
- Cavern Club, chronologie officielle des années 1950, première date de Rory Storm and the Hurricanes au Cavern, 20 novembre 1959 — https://www.cavernclub.com/history/1950s/
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