YELLOW-SUB.NET / RINGO STARR / 02 · Photographie des Beatles
Ringo Starr photographe des Beatles : un regard de l’intérieur
Portraits de John, Paul et George, voyages, négatifs retrouvés et tirages signés : la photographie selon Ringo.
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Les Beatles ont été les personnages centraux de milliers de photographies. Mais une partie de leur histoire visuelle a été écrite par l’un d’entre eux. Ringo Starr, appareil à la main, a saisi ses compagnons dans un territoire auquel les journalistes et les photographes officiels n’avaient pas toujours accès : celui de l’amitié et du quotidien.
Le photographe et le sujet : une différence décisive
La photographie de presse répond à un événement : une arrivée d’aéroport, une conférence, une séance organisée, un concert. Celle prise par un ami répond parfois seulement à une impulsion. Cette différence ne permet pas de dire que les images privées seraient systématiquement plus authentiques, mais elle modifie la relation entre celui qui photographie et celui qui est photographié. La personne qui tient l’appareil fait partie de la scène, du groupe et souvent de la conversation.
Chez Ringo, la pratique de la photographie ne semble pas limitée à une mission de documentation. Il photographie aussi des paysages, des détails de voyage, des objets, des amis. C’est précisément cette liberté du regard qui fait l’intérêt de ses archives : le temps spectaculaire des Beatles y coexiste avec un temps ordinaire, fait de déplacements, d’attentes et de détente.
Genesis Publications présente son travail comme celui d’un observateur attentif ayant conservé, parfois sans en mesurer immédiatement la portée, une documentation personnelle. L’éditeur reproduit ainsi des clichés de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison dans des circonstances impossibles à reconstituer pour un photographe travaillant à distance.
Avant même son arrivée dans les Beatles : Ringo et George en 1961
Parmi les images documentées dans The Photograph Portfolio 2015 figure une photographie intitulée Ringo and George, située dans les coulisses du Big Beat au Tower Ballroom de New Brighton, en 1961. La scène possède un intérêt exceptionnel : Ringo joue encore dans Rory Storm and the Hurricanes, tandis que George Harrison appartient aux Beatles. Les deux jeunes musiciens se connaissent avant l’intégration de Ringo à la formation de Lennon et McCartney.
La photographie ne montre pas simplement « deux futurs Beatles ». Elle replace les protagonistes dans un écosystème musical local fait de groupes concurrents, de musiciens qui se fréquentent et de salles où circulent les styles, les habitudes et les réputations. Cette seule image permet ainsi de relier l’histoire sociale du Merseybeat à l’histoire officielle du groupe.
Les instants volés des années Beatles
Dans les photographies rassemblées par Genesis, on retrouve les principaux visages du groupe hors du cadre figé des pochettes de disques. Certaines vues documentent les voyages, d’autres des scènes plus intimes de la vie collective. L’éditeur insiste particulièrement sur ces portraits que Ringo a pu réaliser parce qu’il vivait auprès des autres musiciens, et non parce qu’il cherchait à obtenir leur attention.
Il faut cependant résister à une lecture romantique qui ferait de toutes ces photos des révélations psychologiques. Une expression saisie pendant une fraction de seconde ne suffit pas à reconstituer l’état d’esprit d’un musicien ; une plaisanterie ne prouve pas que toutes les tensions avaient disparu. Les images deviennent plus précieuses encore lorsqu’on les confronte aux témoignages contemporains, aux agendas de tournée et aux documents de sessions.
1966 : Japon, Inde et expérimentation photographique
Le portfolio de 2013 documente notamment un autoportrait de Ringo pris au Japon en 1966. Le musicien a expliqué que les quatre Beatles s’intéressaient alors à la photographie et qu’ils avaient, selon son souvenir, acheté des appareils Pentax au cours de leur première visite japonaise. Il importe de conserver l’expression « selon son souvenir » : un témoignage donné plusieurs décennies après les faits renseigne autant sur la mémoire de l’auteur que sur l’événement.
Le même ensemble contient une photographie référencée Delhi, datée de 1966. Ringo rattache ce passage en Inde au retour des Philippines, en prenant soin de le distinguer du voyage ultérieur auprès du Maharishi. Ce détail a son importance, tant les photographies de voyages asiatiques des Beatles ont souvent été rangées indistinctement sous l’étiquette de leur séjour de 1968 à Rishikesh.
La pratique décrite dans les portfolios comprend aussi l’usage du noir et blanc, de la couleur, de cadrages atypiques et, selon Genesis, d’effets de grand-angle de type fish-eye. L’histoire du photographe Ringo doit donc être comprise au-delà de la seule accumulation de clichés souvenirs : elle implique des choix de prise de vue, des essais formels et une véritable curiosité visuelle.
Photograph : un livre d’histoire personnelle (2013)
La publication de Photograph constitue l’un des moments clés de la redécouverte des archives visuelles du musicien. L’édition Genesis de 2013 rassemble plus de 250 photographies et documents rares, accompagnés de commentaires autobiographiques. Certains clichés sont de la main de Ringo ; d’autres proviennent de sa collection personnelle. Pour un catalogue rigoureux, ces catégories doivent rester distinctes : l’éditeur d’un livre d’archives et son auteur ne sont pas automatiquement les photographes de toutes les pièces reproduites.
À ces images s’ajoutent des documents familiaux. Ringo a raconté comment des cartons conservés par sa mère avaient fait resurgir des souvenirs d’enfance, des coupures et divers témoignages de sa carrière. L’ouvrage montre ainsi comment un fonds domestique, longtemps simplement conservé, devient une source publique pour l’historien.
Les 2 500 exemplaires de l’édition numérotée sont signés par Ringo. L’ouvrage représente également une opération au bénéfice de la Lotus Foundation. Il ne doit pas être confondu avec la chanson Photograph de 1973, ni avec les tirages d’art présentés dans le portfolio qui porte un titre voisin.
Des livres aux portfolios de tirages signés
Le portfolio de 2013
The Photograph Portfolio 2013 propose une sélection de douze photographies reproduites en tirages de grand format. Genesis indique que ces œuvres ont été proposées en petites éditions, généralement de 25 exemplaires numérotés et signés par image, sur papier de qualité archivistique. Les notices fournissent des titres, des commentaires de Ringo et des renseignements techniques utiles au collectionneur.
Le portfolio de 2015
En 2015, huit nouveaux portraits signés complètent la collection. L’éditeur décrit notamment des photographies prises pendant les sessions en studio, des moments de réflexion et des prises de vue avec des effets optiques inhabituels. La logique est à nouveau celle du tirage d’art, non celle d’une simple reproduction de presse.
Les extensions de 2024
De nouvelles impressions rejoignent encore la collection en 2024. Genesis annonce la signature des épreuves par Ringo et précise que certaines images sont tirées des négatifs pour la première fois dans ce format. Cette information est capitale pour la bibliographie : l’année 2024 est celle d’un nouveau tirage éditorial, pas nécessairement celle de la prise de vue.
Comment étudier une photographie de Ringo Starr ?
Une fiche encyclopédique sérieuse doit au minimum répondre à plusieurs questions : qui apparaît dans l’image ? Quel lieu et quelle date peut-on établir ? Ringo en est-il bien le photographe ? L’identification provient-elle du négatif, d’une légende contemporaine, d’une mémoire rétrospective ou d’un catalogue commercial ? Enfin, quelle version l’on étudie : tirage d’époque, scan d’archive, reproduction imprimée, impression numérique récente ou édition signée ?
Pour les futures notices individuelles, nous distinguerons systématiquement la date de prise de vue, la date de première publication et les dates des éditions en tirage d’art. Le but n’est pas de fabriquer une galerie spectaculaire mais de constituer un corpus fiable, vérifiable et réutilisable par les amateurs d’histoire musicale.
Un témoignage irremplaçable, mais jamais autosuffisant
La singularité de Ringo photographe tient à l’association de trois qualités : il fut un témoin direct, il possédait la liberté d’un intime et il a conservé une part de ses images. Cette combinaison offre aux historiens des Beatles un regard complémentaire à celui des professionnels. Elle n’exempte pas d’un travail critique : aucune archive, même personnelle, ne devient une preuve absolue sans contexte.
Ces photographies sont enfin touchantes pour une raison simple : elles ont souvent été prises avant que quiconque puisse savoir à quel point le monde voudrait un jour les regarder. Le musicien ne préparait pas nécessairement un livre ; il enregistrait une fraction de sa vie. C’est cette distance entre l’instant privé et sa réception publique qui fait aujourd’hui la force documentaire de son œuvre.
Inventaire documentaire : les douze photographies de 2013
Le premier Photograph Portfolio constitue un corpus limité, mais précisément délimité. Il ne s’agit pas d’un choix improvisé d’illustrations trouvées en ligne : Genesis Publications a publié les titres, plusieurs dates et les conditions d’édition des douze tirages d’art de 2013. Pour l’historien, cette publication est précieuse car elle donne un identifiant stable aux images et permet de ne pas confondre photographie ancienne et édition contemporaine.
| N° | Intitulé du tirage Genesis | Datation indiquée | Intérêt documentaire |
|---|---|---|---|
| 01 | Liverpool | Vers 1960 | Vie de musicien avant les Beatles, déplacements et premier véhicule |
| 02 | First US Visit | New York, 7 février 1964 (rectification Genesis du 28 octobre 2013) | Six élèves de Fair Lawn photographiés depuis la voiture des Beatles ; identification rétrospective et retrouvailles avec Ringo en 2013 |
| 03 | John and Paul | 1964 | Relations de travail et temps morts autour des compositions |
| 04 | George | 1964 | Portrait privé de George Harrison durant la Beatlemania |
| 05 | Miami | Floride, 1964 | Un épisode de loisirs en marge des obligations américaines |
| 06 | Paul | Paris, 1964 | Observation d’un compagnon pendant les engagements parisiens |
| 07 | Old Hickory | États-Unis, 1964 | Photographie prise vers l’arrière du train New York–Washington |
| 08 | Ringo and Paul | 1964 | Expérimentation du retardateur et sociabilité dans les hôtels |
| 09 | John | 1964 | Portrait informel de John Lennon |
| 10 | John and George | 1966 | Écoute d’un magnétophone portable relié à une radio |
| 11 | Delhi | 1966 | Passage en Inde distinct du séjour de Rishikesh en 1968 |
| 12 | Self Portrait | Japon, 1966 | Autoportrait et témoignage sur les appareils achetés au Japon |
Précision archivistique : les titres et les dates générales proviennent du catalogue Genesis de 2013. L’indication du 7 février 1964 pour First US Visit résulte d’une rectification postérieure publiée par le même éditeur le 28 octobre 2013, à la suite de l’identification des admirateurs. Une légende commerciale ne remplace pas un négatif daté : chaque précision ajoutée doit être rattachée à sa source et à sa date.
La photographie « First US Visit » : regarder ceux qui regardent
Ringo explique que, lors des premières tournées américaines, les Beatles observaient la ville et leurs admirateurs depuis leurs automobiles, sans pouvoir toujours sortir librement. First US Visit inverse la relation habituelle entre célébrité et public : le musicien devient photographe des spectateurs. Ce cliché est aussi un remarquable exemple de correction historique par le témoignage. Lors de la promotion du livre en octobre 2013, l’image est d’abord située à Miami. Des proches des jeunes photographiés reconnaissent toutefois des élèves de Fair Lawn, dans le New Jersey. La radio publique WLRN rectifie son reportage le 24 octobre, et Genesis Publications confirme quatre jours plus tard que la rencontre a eu lieu le 7 février 1964 dans la région new-yorkaise, au moment de la première arrivée des Beatles aux États-Unis.
Les six personnes identifiées sont Gary Van Deursen, Suzanne Rayot, Arlene Norbe Ressler, Charlie Schwartz, Bob Toth et Matt Blender. Ce dernier était déjà décédé lorsque les cinq autres ont été retrouvés en 2013. L’éditeur rapporte ensuite leur rencontre avec Ringo pendant la présentation de Photograph à Las Vegas en novembre de cette année. En juillet 2014, il publie le témoignage d’Alice Van Deursen, déclarant détenir avec son mari une épreuve numérotée 6/25. La donnée concerne l’existence rapportée d’un exemplaire moderne ; elle ne permet pas de déduire que la photographie historique avait été tirée à vingt-cinq exemplaires en 1964. Les catalogues de tirages conservent cette distinction entre négatif, édition et épreuve numérotée.
La correction de Miami vers New York est essentielle pour éviter de mélanger cette scène avec les photographies de bateau prises en Floride quelques jours plus tard. Elle ne démontre pas pour autant le lieu exact où les voitures se sont croisées : le récit repris par WLRN évoque LaGuardia, tandis que Genesis rappelle l’arrivée du groupe à JFK. Notre catalogue critique des photographies conserve la chronologie de cette enquête et ses sources primaires. Il illustre combien les légendes peuvent être enrichies par une recherche documentaire menée longtemps après la prise de vue.
« Old Hickory » : quand le batteur photographie l’architecture
Le cliché Old Hickory est particulièrement utile pour sortir Ringo de la catégorie trop étroite du portraitiste de célébrités. Sur la notice de Genesis, il raconte s’être placé à l’arrière du train qui transportait les Beatles de New York à Washington afin de prendre une image de ce qui se trouvait derrière eux. Il précise apprécier le caractère architectural de ce genre de prise de vue. On découvre un goût de la composition qui ne dépend ni du visage de Lennon ni de l’aura du groupe. C’est une œuvre à confronter aux vues de paysages, de gares et d’infrastructures présentes dans les archives, mais sans en déduire une théorie esthétique que l’artiste n’aurait jamais formulée.
Paris, Miami, New York : la géographie des images de 1964
Au premier trimestre 1964, les quatre musiciens connaissent successivement la France et leur première campagne américaine. Le catalogue photographique oblige à remettre les images dans cette séquence au lieu de les ranger sous une étiquette générale de « Beatlemania ». Un portrait de Paul pris à Paris ne doit pas être amalgamé avec une photographie réalisée quelques semaines plus tard en Floride ; le vêtement, le décor ou le visage souriant ne constituent pas à eux seuls une date. Les notices imprimées, les tournées et les programmes de concert doivent être confrontés systématiquement.
Deuxième ensemble : les huit tirages de 2015 et leurs attributions
La sélection publiée en 2015 apporte de nouvelles précisions historiques. Elle comprend notamment une image des débuts de Ringo avec Rory Storm, une photographie parisienne de Paul et Mal Evans, les États-Unis de février 1964, un passage à Delhi en juillet 1966 et une scène précisément située en studio le 11 février 1968. Chaque entrée conserve sa numérotation propre : le « John and Paul » de 2015 n’est pas nécessairement le même objet photographique que le « John and Paul » du portfolio précédent.
| N° | Tirage 2015 | Datation et localisation données par Genesis |
|---|---|---|
| 01 | Ringo and George | Coulisses du Big Beat, Tower Ballroom, New Brighton, 1961 |
| 02 | Paul and Mal | Hôtel George V, Paris, janvier 1964 |
| 03 | Paul | New York, février 1964 |
| 04 | George | États-Unis, février 1964 |
| 05 | John | Miami, Floride, février 1964 |
| 06 | India | Delhi, juillet 1966 |
| 07 | John and Paul | Enregistrement de Hey Bulldog, studio 3 d’Abbey Road, 11 février 1968 |
| 08 | Ringo | Autoportrait daté globalement des années 1970 |
La photographie n° 7 mérite une attention particulière. La légende de Genesis la rattache à l’enregistrement de Hey Bulldog, au studio 3 des studios EMI d’Abbey Road, le 11 février 1968. Il s’agit d’une indication rare permettant de relier un titre, une séance, un lieu et des personnes dans une même notice. À ce stade, nous conservons cette datation telle que la donne l’éditeur ; une étude plus poussée pourra la confronter au registre des sessions et aux séquences filmées destinées à la promotion de Lady Madonna.
Autre précaution essentielle : le tirage intitulé Ringo and George représente Ringo lui-même aux côtés de George en 1961. Le fait qu’une image figure dans un portfolio signé par Ringo ne prouve pas automatiquement qu’il a lui-même déclenché l’obturateur. L’éventuel usage d’un retardateur, ou l’intervention d’un tiers, doit être démontré avant de trancher l’attribution. La signature du tirage et la qualité de témoin direct du musicien sont des informations différentes de l’identité du photographe d’origine.
Des négatifs aux estampes : la technique des tirages Genesis
Dans les deux portfolios, les photographies ont été proposées sous forme de tirages giclée archivistiques. Les notices Genesis spécifient généralement un support Hahnemühle Photo Rag 100 % coton de 320 g/m², des encres Lightfast K3 et un format non encadré de 50,8 × 76,2 cm, inversé lorsque l’image est en orientation paysage. Les éditions étaient limitées à 25 exemplaires numérotés par photographie et signés par Ringo ; un certificat de l’éditeur complétait la provenance commerciale.
Il ne faut pas confondre la quantité de photographies proposées dans une série avec le nombre de tirages d’une photographie particulière. Douze images au catalogue de 2013 ne signifient pas « douze exemplaires fabriqués », pas plus que vingt-cinq exemplaires d’un même cliché ne représentent vingt-cinq négatifs différents. Si toutes les éditions théoriques avaient été entièrement produites, douze images multipliées par vingt-cinq offriraient trois cents épreuves ; cela ne prouve ni que chacune ait été effectivement tirée ni qu’elle se trouve encore en circulation.
Le statut du papier et des pigments est également important. Un giclée contemporain de haute qualité peut restituer la photographie avec fidélité, mais ne doit jamais être annoncé comme « tirage vintage de 1964 ». Dans une collection, la mention « négatif d’époque / impression publiée en 2015 » donne une information substantiellement plus utile que l’expression générale « photo des Beatles des années 1960 ».
Questions de collectionneur : authenticité, tirage, légende et provenance
- Négatif
- Support de prise de vue original ou source photographique identifiée ; sa date reste à vérifier si aucun registre ne l’accompagne.
- Planche-contact
- Regroupement de vues permettant d’observer une série ou une séquence, sans préjuger de la date d’impression de la planche.
- Tirage d’édition
- Impression produite à l’occasion d’un portfolio contemporain, avec références de papier, de format et de méthode.
- Signature de Ringo
- Élément d’authentification de l’édition signée ; ne garantit pas à lui seul qu’il ait été l’opérateur lors de la prise de vue.
- Certificat
- Document éditorial attestant un numéro et une provenance selon le système retenu par l’éditeur.
- Légende historique
- Identification d’un lieu, d’une date et de personnes : elle doit être confrontée à d’autres archives quand c’est possible.
Les photographies de Ringo sont souvent regardées avec l’émotion qui accompagne tout document privé des Beatles. Mais il faut leur appliquer la même critique que n’importe quelle source : provenance, datation, cohérence du récit et chaîne de conservation. La publication commerciale est une porte d’accès privilégiée aux images, non un substitut absolu aux documents originaux. Dans ce domaine, la qualité d’une encyclopédie dépend parfois d’une distinction de quelques mots entre « pris en 1964 », « publié en 2013 » et « signé en 2015 ».
Quels appareils photo Ringo Starr utilisait-il vraiment ?
L’histoire des appareils des Beatles est souvent racontée trop simplement : une marque célèbre, une année, puis une généralisation à toutes les photographies conservées. Les témoignages directs exigent davantage de prudence. Dans un entretien accordé à Randy Lewis pour le Los Angeles Times en septembre 2015, Ringo regarde son autoportrait de jeunesse et hésite lui-même sur le modèle de l’appareil visible : Olympus ou Nikon, sans certitude. Cette hésitation est un élément historique positif. Elle montre qu’une image publiée cinquante ans plus tard ne peut recevoir une attribution technique incontestable à partir de la seule mémoire de son auteur.
Le même musicien explique, dans les légendes de Genesis Publications, qu’il pense que les quatre Beatles achetèrent des appareils Pentax au Japon lors de leur séjour de 1966. Ce souvenir ne démontre pas qu’aucun d’entre eux ne possédait de Pentax avant cette date. Paul McCartney a évoqué des Pentax utilisés dès les premières tournées américaines de 1963 et 1964. La chronologie de l’acquisition doit donc être interprétée de façon individuelle et non appliquée automatiquement aux quatre membres du groupe.
Pour identifier un boîtier sur une image, la démarche documentaire exige un détail visible et discriminant : position des commandes, viseur, gravure de la marque, objectifs montés, éventuellement version exacte du boîtier. Une silhouette reconnaissable en photographie ne constitue pas toujours une preuve d’un modèle particulier. Même lorsque le matériel est identifié, il faut encore établir s’il appartenait au musicien, lui avait été prêté ou figurait simplement sur le lieu de la prise de vue.
Une pièce matérielle de comparaison : le Pentax S1a de George Harrison
La documentation de vente permet de dépasser la seule identification visuelle de certains appareils des Beatles. Le catalogue de Bonhams, vente Entertainment Memorabilia du 12 décembre 2012 à Londres, lot 308, décrit un Asahi Pentax S1a noir provenant de la collection familiale Harrison, portant le numéro de série 614127, équipé d’un posemètre additionnel Pentax Meter et d’un objectif Super-Takumar 35 mm f/3,5. La maison de ventes indique que George Harrison avait donné l’appareil à son père, puis qu’il avait été transmis après son décès au frère de George, Harry Harrison. Le résultat répertorié est de 4 750 livres sterling ; cette information appartient à l’histoire commerciale d’un objet précis, et non à une valeur actuelle.
Le catalogue précise qu’il existe des photographies prises en 1964 montrant George avec un appareil identique. Les mots sont décisifs : un boîtier physiquement décrit avec un numéro de série et une provenance familiale est une preuve plus forte de la possession d’un Pentax par George que le souvenir général d’achats au Japon en 1966 ; en revanche, la mention « identique » ne démontre pas à elle seule que le boîtier photographié en 1964 soit exactement celui du lot 308. Ce document ne dit pas non plus quel appareil Ringo employait au même moment. Il confirme surtout que l’histoire des Pentax utilisés par les Beatles commence avant leur voyage japonais de 1966, au moins pour l’un des quatre musiciens.
Le Japon de 1966 : un contexte vérifiable, mais pas une facture d’achat
Le séjour des Beatles à Tokyo, de la fin juin au début juillet 1966, offre un contexte précis pour les souvenirs d’équipement photographique. Les commentaires de Ringo concernant Self Portrait (portfolio de 2013) et John in Tokyo (catalogue de 2024) associent le voyage à leur goût pour les caméras et les boutiques japonaises. Ils n’établissent cependant pas le numéro de série d’un appareil, sa date exacte d’achat ni la pellicule chargée au moment où chacune des images fut réalisée.
Dans l’étude des photographies, il faut aussi différencier les rôles. Sur les clichés où John Lennon ou Paul McCartney apparaissent avec un boîtier, l’appareil tenu par le sujet ne donne pas automatiquement la marque de celui qu’utilisait Ringo derrière son propre objectif. Cette nuance paraît anodine, mais elle a alimenté de nombreuses confusions dans les catalogues de souvenirs musicaux. La photographie montre un appareil dans la scène ; elle ne prouve pas quel appareil a enregistré la scène.
Noir et blanc, couleur, fish-eye et infrarouge : quatre pratiques différentes
Les portfolios de Genesis révèlent l’emploi de négatifs noir et blanc, de films couleur et de techniques d’expérimentation. La photographie intitulée India, située à Delhi en juillet 1966, est associée à un objectif de type fish-eye. Ce genre d’optique déforme fortement la périphérie du champ et permet d’enregistrer des compositions panoramiques ou circulaires. Il ne faut pas traiter toutes les déformations de perspective comme la preuve d’un objectif précis : recadrage, angle de prise de vue et tirage peuvent également modifier l’apparence.
Le Los Angeles Times rapporte l’incertitude de Starr sur son appareil d’autoportrait, tandis que Shutterbug relève une photographie de Zak Starkey réalisée avec un objectif fish-eye en Sardaigne en 1968. Il s’agit de deux jalons distincts de son intérêt pour l’expérimentation. L’indication de Sardaigne mérite elle aussi d’être conservée avec la source qui la fournit, et non d’être confondue avec Delhi ou les images du séjour de Rishikesh.
Un autre tirage, Ringo Self-Portrait, est daté approximativement de 1969 et décrit explicitement comme issu d’un film infrarouge dans le catalogue de 2024. Il faut distinguer les caractéristiques du négatif ancien de la technique moderne du tirage d’art. Un négatif photographique sensible à l’infrarouge ne signifie pas que l’épreuve pigmentaire réalisée plusieurs décennies après emploie elle-même une pellicule infrarouge.
À l’époque contemporaine, Starr dit continuer à photographier, mais utiliser fréquemment des appareils numériques. La continuité de son activité ne suppose donc pas la permanence des mêmes procédés. La création photographique traverse plusieurs générations de matériels et de supports, sans qu’il soit nécessaire d’inventer une collection exhaustive de boîtiers.
Le retardateur et les autoportraits : qui a réellement déclenché ?
La photographie Ringo and Paul, publiée dans le portfolio 2013, est une pièce particulièrement utile parce que Starr précise que les prises de vue au retardateur étaient parfois imprévisibles. Ce détail soutient l’attribution d’un autoportrait collectif, même lorsque les deux hommes figurent dans le cadre. D’autres images où Ringo est présent n’offrent pas cette information : leur attribution demeure ouverte.
L’autoportrait devant un miroir constitue un second cas. Lors de la publication de Photograph, Starr présente avec humour ce portrait comme l’une des premières formes de « selfie ». Cette formule est une plaisanterie rétrospective sur un procédé ancien, pas une revendication scientifique d’invention de l’autoportrait photographique. Pour établir l’identité du matériel reflété, la source la plus intéressante reste précisément sa réponse prudente dans l’entretien de 2015 : il ne savait plus si son appareil était un Olympus ou un Nikon.
Cette précision d’attribution est capitale pour la photographie du Cavern Club datée du 20 novembre 1959. Starr y apparaît derrière un kit de batterie blanc qu’il indique ne pas posséder. Le fait qu’un tel cliché figure dans un portfolio signé ne prouve pas qu’il en ait effectué la prise de vue : au contraire, aucun procédé d’autoportrait n’est établi dans la notice et l’opérateur reste non identifié. Il faut noter « photographe non documenté » jusqu’à nouvel élément matériel.
Les tirages numériques d’aujourd’hui et les photographies d’hier
La technique d’impression annoncée par Genesis pour les portfolios est une giclée pigmentaire K3 Lightfast sur papier Hahnemühle 100 % coton, en général au format 20 × 30 pouces. Il s’agit d’une technique moderne de restitution de l’image. Le tirage actuel peut ainsi reproduire un négatif de 1964, mais le papier, les encres et le certificat n’appartiennent pas au contexte matériel de la Beatlemania.
Une notice encyclopédique définitive devrait établir un lien entre la matrice d’origine, les scans successifs, les décisions de recadrage ou de correction et les éditions numérotées. Sans accès aux négatifs ou aux dossiers de production, nous ne pouvons pas assurer que l’image imprimée correspond intégralement au cadrage de la prise de vue originale. Les légendes doivent donc décrire les choses à leur niveau de preuve : « photographie prise en 1964 », « édition signée publiée en 2015 », et non « tirage original de 1964 ».
Sources complémentaires sur les appareils et les procédés
- Randy Lewis, Los Angeles Times, entretien de septembre 2015, hésitation de Ringo entre Olympus et Nikon pour son autoportrait — https://www.latimes.com/entertainment/music/posts/la-et-ms-ringo-starr-photograph-book-beatles-20150923-htmlstory.html
- Shutterbug, « The Photography of Ringo Starr », article de 2015 et légende de la photographie de Zak en Sardaigne — https://www.shutterbug.com/content/photography-ringo-starr-capturing-world-beatles-ultimate-insider
- Digital Camera World, histoire des Pentax Spotmatic et usages photographiques des Beatles — https://www.digitalcameraworld.com/features/how-the-beatles-helped-turn-the-pentax-spotmatic-into-an-iconic-camera
- Bonhams, Entertainment Memorabilia, Londres, 12 décembre 2012, catalogue officiel, p. 72, lot 308 : Asahi Pentax S1a n° 614127 de George Harrison, posemètre et objectif — https://images1.bonhams.com/original?src=Images%2Flive%2F2012-11%2F23%2FS-19801-0-1.pdf
- LotSearch, index du catalogue Bonhams du 12 décembre 2012, lot 308, résultat publié — https://www.lotsearch.net/auction-catalogues/entertainment-memorabilia-120808?order=DESC&orderBy=lot-title&page=10&view=table
- Genesis Publications, The Photograph Portfolio, éditions 2013, 2015 et catalogue 2024 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2024/the_photograph_portfolio_2024
- The Guardian, conférence de Ringo Starr à la National Portrait Gallery, 9 septembre 2015 — https://www.theguardian.com/music/2015/sep/09/ringo-photos-beatles-national-portrait-gallery-launch-book-exhibition
Contrechamp : lorsque Ringo Starr est le sujet d’autres photographes
L’étude des archives prises par Ringo doit être mise en parallèle avec un autre patrimoine, celui des portraits réalisés par des professionnels. Le dossier « Ringo Starr photographié : de Kirchherr à Avedon, Whitaker, Benson et McCullin » présente des œuvres identifiées dans les collections de la National Portrait Gallery et du MoMA. Ces documents permettent de distinguer avec précision une image créée par Ringo d’un portrait dans lequel il figure. Ils montrent également qu’une photographie de 1964 peut être conservée aujourd’hui sous la forme d’un tirage beaucoup plus tardif.
Sources et références documentaires
- Genesis, Photograph (2013) — https://www.genesis-publications.com/books/9781905662302/photograph
- Genesis, The Photograph Portfolio 2013 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart/the_photograph_portfolio_2013
- Genesis Publications, « Ringo Finds His Fans », 28 octobre 2013, correction de la date et de la localisation de First US Visit — https://www.genesis-publications.com/news/ringo-finds-his-fans-1106
- Genesis Publications, « A Sentimental Journey To Vegas », 27 novembre 2013, les retrouvailles à Las Vegas — https://www.genesis-publications.com/news/a-sentimental-journey-to-vegas-1113
- Genesis Publications, « Where Are They Now? », 16 juillet 2014, témoignage concernant le numéro 6/25 — https://www.genesis-publications.com/news/where-are-they-now-1163
- Luisa Yanez, WLRN Public Media, 23–24 octobre 2013, retour sur l’attribution Miami/New York — https://www.wlrn.org/news/2013-10-23/were-you-one-of-the-miami-teens-photographed-by-beatle-ringo-starr-in-1964
- Genesis, The Photograph Portfolio 2015 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2015/the_photograph_portfolio_2015
- Genesis, nouveaux tirages 2024 — https://www.genesis-publications.com/news/ringo-starr-signs-exclusive-new-prints-2236
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