YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 21
Ringo Starr photographe : expositions et réception critique (2013–2024)
Hollywood, National Portrait Gallery, Genesis House : ce que disent réellement les archives, la presse et les catalogues d’exposition.
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De la soirée de lancement à Hollywood à la National Portrait Gallery de Londres, puis aux expositions de Genesis House, les photographies de Ringo Starr ont suivi une histoire publique plus complexe qu’une simple publication de souvenirs. Cette enquête reconstitue, à partir d’annonces contemporaines, d’articles signés et des catalogues de l’éditeur, les étapes de cette reconnaissance. Elle distingue ce qui a été exposé, ce qui a été vendu, ce qui a été publié et ce que les sources ne permettent pas de conclure.
2013 : le photographe sort des archives familiales
En 2013, le public connaît depuis longtemps Ringo Starr comme musicien, acteur et collectionneur de souvenirs des Beatles. Le livre Photograph modifie le statut de certaines images conservées dans sa sphère privée : des photographies prises pour mémoire deviennent une publication, puis des tirages destinés à être regardés comme des œuvres autonomes. L’événement n’est pas l’apparition soudaine d’un artiste. C’est le passage documenté d’un usage domestique de la photographie à une circulation publique organisée par Genesis Publications.
La distinction entre le livre de photographies et le portfolio de tirages est fondamentale. Le premier assemble des images, des souvenirs familiaux et un texte narratif ; le second isole certaines images et les présente dans des éditions d’art numérotées. Une photographie prise dans les années 1960, publiée dans un ouvrage en 2013 et proposée ensuite comme tirage signé porte donc au moins trois dates pertinentes : date de prise de vue, date de publication, date de l’édition matérielle. L’histoire du photographe ne se résume pas à la plus récente de ces trois dates.
Genesis présente son portfolio de 2013 comme la première possibilité d’acquérir les photographies de Ringo sous forme de tirages de qualité muséale, en petites séries de 25 exemplaires signés. Cette formulation est celle de l’éditeur et doit être correctement située : elle ne signifie ni qu’un musée a acquis chacun de ces tirages, ni que les photographies ont toutes été prises par Starr. La portée réelle est éditoriale et commerciale, avec des implications pour la conservation et la reconnaissance de ces images.
Octobre 2013 à Hollywood : une présentation publique, non une rétrospective
Le 23 octobre 2013, une rencontre médiatique à Hollywood accompagne la publication de Photograph. La presse locale décrit un diaporama et une douzaine d’images agrandies, encadrées et présentées dans l’espace où se tient la rencontre. Plusieurs musiciens, parmi lesquels Dave Grohl et Steve Gorman, participent à cette communication autour du projet. Il s’agit d’une étape significative dans la visibilité de l’œuvre photographique, mais les sources disponibles ne permettent pas de la qualifier de rétrospective institutionnelle.
L’intérêt documentaire de cette manifestation tient également aux propos recueillis sur l’origine de la passion de Ringo pour l’appareil photo. Il explique avoir commencé jeune, vers la fin de son adolescence, puis avoir gardé un appareil à portée de main. Le récit est cohérent avec une partie des images anciennes, mais doit être rapproché des négatifs, des dates et des légendes d’origine pour établir la chronologie précise de chaque prise de vue. Une interview de promotion renseigne la démarche générale ; elle ne remplace pas les archives matérielles.
Pour le visiteur d’un dossier Beatles, l’événement présente une autre caractéristique : les clichés de Starr côtoient des images où il apparaît lui-même. Le catalogue d’une collection personnelle peut contenir des portraits du collectionneur pris par des tiers. Un rapprochement soigneux des crédits photographiques reste donc indispensable, y compris lorsqu’une image est annoncée ou exposée dans une manifestation consacrée à « Ringo photographe ».
27 septembre–24 décembre 2013 : une campagne publique dont on connaît les jalons
Deux communiqués de Genesis Publications permettent de préciser ce qu’a réellement représenté l’événement d’Hollywood. Celui du 27 septembre 2013 annonçait une projection de court métrage et des prises de parole le 23 octobre à l’ArcLight Cinema. Des invités nommés — Dave Grohl, Steve Gorman et le photographe Henry Diltz — devaient confronter leur regard sur le musicien et sur ses photographies. Le lieu et le programme confirment une présentation événementielle organisée autour d’une nouvelle édition : ces éléments ne permettent pas de parler d’une exposition photographique autonome pendant plusieurs semaines.
Le 24 décembre 2013, Genesis annonçait que les 2 500 exemplaires signés du livre avaient tous été souscrits en moins de trois mois, ce que l’éditeur présentait comme un record interne. Il indiquait également que cinq des douze éditions de photographies signées étaient déjà épuisées. Ces deux observations sont utiles pour mesurer la rapidité de la réception commerciale du corpus, mais leur origine est celle d’un vendeur : elles n’attestent pas à elles seules une consécration critique ou muséale. Dans la chronologie, la souscription du livre, les tirages photographiques et les événements de présentation doivent rester trois catégories distinctes.
9 septembre 2015 à Londres : ce qui fut réellement présenté
Le 9 septembre 2015, une sélection de photographies de Ringo Starr est montrée à la National Portrait Gallery de Londres, à l’occasion du lancement de l’édition plus largement diffusée de Photograph. Les articles contemporains établissent la réalité de cette présentation ; il faut cependant en préciser l’échelle. The Guardian décrit vingt portraits présentés dans les espaces Print Sales Gallery et Bookshop Gallery du musée, dont les tirages étaient proposés à la vente. Genesis Publications évoque la présentation de son Photograph Portfolio et le lancement du livre. Le contexte est donc celui d’une exposition-vente liée à un éditeur, accueillie au sein d’une institution réputée.
Cette précision empêche de produire une fausse histoire muséale. Une présentation dans la librairie d’une National Portrait Gallery n’est pas automatiquement une grande exposition organisée par ses conservateurs dans les galeries permanentes ou temporaires. Pour revendiquer une acquisition par l’institution, une exposition dans ses salles ou un catalogue scientifique rédigé par son personnel, il faudrait des justificatifs distincts. Les communiqués commerciaux, même exacts sur le lieu, ne suffisent pas à établir ces trois points.
L’événement n’en demeure pas moins important. La notoriété de Ringo lui permet de faire entrer des images intimes de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison dans un espace fréquenté par des amateurs de portrait. Les visiteurs voient les musiciens non comme une image publicitaire contrôlée, mais dans des situations de travail, de voyage ou de détente. C’est le changement de regard que cette présentation rend visible, indépendamment de sa qualification institutionnelle.
Une exposition de portraits ou une autobiographie visuelle ?
Les photographies de Starr n’ont pas toutes la même fonction. Certaines ressemblent à un album privé ; d’autres composent des scènes de groupe, des études de paysage ou des expérimentations techniques. Le livre Photograph associe à ces images des lettres, objets, journaux et souvenirs, notamment ceux conservés par sa mère Elsie. Il n’est donc pas exactement le portfolio d’un photographe professionnel constitué de ses seuls tirages. Il est aussi un récit autobiographique illustré à partir de sources hétérogènes.
Le chercheur doit distinguer photographie d’auteur, document photographique de collection, portrait de Ringo réalisé par un tiers et reproduction d’objet d’archive. Les quatre catégories peuvent cohabiter dans la même publication. Les confondre reviendrait à attribuer un acte de prise de vue à la personne qui possède le tirage ou qui figure sur celui-ci. La question est particulièrement cruciale pour les images de Ringo à la batterie, qui ne peuvent évidemment pas toutes résulter d’une prise de vue effectuée par lui.
Une œuvre autobiographique n’est pas une base de données neutre. Son montage, le choix des images, leur ordre et leurs légendes construisent une mémoire. Le témoignage de Starr constitue une source de premier ordre sur son expérience, mais il gagne à être recoupé lorsque des dates de tournées, les identités de personnes photographiées ou les lieux de séjour sont en jeu.
La réception de la presse britannique : proximité plutôt que virtuosité spectaculaire
La couverture du lancement londonien de septembre 2015 met l’accent sur l’intimité des scènes. The Guardian insiste sur l’accès exceptionnel d’un membre du groupe à des moments qui échappaient aux photographes officiels. Dans The Independent, Craig McLean présente Starr comme un amateur passionné dont l’appareil accompagnait la vie commune des Beatles. L’intérêt de l’ensemble naît moins d’une recherche de prouesse technique que de la position singulière du photographe, présent au centre de l’événement historique.
Il faut distinguer la critique de la valeur documentaire et le jugement esthétique. Les photographies peuvent être précieuses pour l’histoire des Beatles sans que chaque cadrage ou tirage soit une œuvre majeure de l’histoire de la photographie. Inversement, qualifier leurs images de simples souvenirs de célébrité négligerait la constance d’une pratique attentive aux visages, au hors-champ et aux détails des voyages. Un regard critique sérieux peut tenir ensemble ces deux dimensions.
La formule « seul Ringo pouvait prendre ces photos » doit elle aussi être comprise avec prudence. Elle désigne la liberté d’accès d’un ami et collègue, non l’impossibilité absolue pour tout autre observateur de photographier une situation comparable. Elle décrit une proximité sociale et affective. C’est précisément cette proximité qui donne aux images leur intérêt historique : elles restituent les pauses et les moments ordinaires dans une histoire généralement racontée à partir de conférences de presse et de spectacles.
La place des photographes professionnels : un autre récit de la Beatlemania
Ringo rappelle que les Beatles travaillaient avec des photographes professionnels, parmi lesquels Dezo Hoffmann et Robert Freeman. Les photos de ces auteurs et celles de Starr ne poursuivent pas le même objectif. La photographie commandée sert des pochettes, affiches, dossiers de presse ou reportages. Celle prise par un membre du groupe peut conserver un souvenir privé, noter une scène inattendue ou saisir ses amis lorsqu’ils ont cessé de poser.
Cette opposition ne doit pas être caricaturée. Les photographes professionnels ont aussi réalisé des portraits spontanés et les clichés personnels de Ringo peuvent eux-mêmes être mis en scène. Il serait donc excessif de réduire le professionnel au décor fabriqué et l’amateur à la vérité spontanée. Les deux traditions se croisent, et leurs œuvres constituent des sources complémentaires pour reconstituer les conditions concrètes des tournées et des enregistrements.
Le premier critère d’analyse devient alors le contexte de fabrication : qui tient l’appareil ? Qui figure dans l’image ? Est-elle prise pendant une séance organisée, dans une chambre d’hôtel, sur un bateau, dans un studio ou lors d’un voyage privé ? Une annotation construite sur ces quatre questions fait davantage progresser l’encyclopédie qu’une longue suite d’épithètes admiratives.
2015 : les tirages comme objets signés et numérotés
Genesis Publications présente, en 2015, huit nouveaux portraits signés dans le Photograph Portfolio. Le catalogue indique des tirages limités à 25 exemplaires par image. Les notices évoquent différents procédés utilisés par Starr à l’époque des Beatles, de la pellicule noir et blanc à la couleur, ainsi que des expériences d’optique ou de déformation. Les tirages contemporains, réalisés à partir de négatifs anciens, ne doivent pas être pris pour des tirages d’époque.
Cette nuance change tout pour l’histoire du marché. Un cliché de 1964 édité en tirage d’art signé en 2015 reste une image de 1964, mais son exemplaire physique vendu à un collectionneur appartient à une édition du XXIe siècle. Le numéro de tirage, la signature, le support photographique et un éventuel certificat sont des caractéristiques du nouvel objet. Ils ne prouvent pas qu’une épreuve identique existait dans les années 1960, ni qu’elle a été manipulée ou signée à cette époque.
Les portfolios élargissent la destination des images : à côté du lecteur d’un beau livre apparaît l’amateur d’estampes et de photographies encadrées. La communication utilise la notion de « qualité muséale » pour décrire les procédés et les supports. Cette expression, employée commercialement, ne doit pas être transformée par le journaliste en affirmation d’entrée dans une collection publique.
2018 : Genesis House et la réunion des portfolios
Le 11 janvier 2018, Genesis Publications annonce une exposition consacrée à l’ensemble des portfolios photographiques de Ringo Starr. L’éditeur explique que des images avaient déjà circulé lors de présentations de Sydney à Los Angeles et souhaite cette fois réunir les différents ensembles. L’ouverture est prévue à Genesis House, en février 2018, avec des visites sur rendez-vous à partir du 5 février.
Le caractère privé ou semi-public de l’espace est important. Une visite sur rendez-vous chez l’éditeur ne se confond pas avec une rétrospective d’État dans un musée. Elle permet néanmoins de présenter côte à côte des tirages jusqu’alors dispersés entre plusieurs séries et plusieurs dates d’édition. Cette réunification temporaire a une valeur documentaire : elle met en évidence les choix récurrents de Ringo, mais aussi les déplacements du catalogue au fil du temps.
L’annonce fait de ce rendez-vous le lancement du Photograph Portfolio 2018, dans la continuité des séries 2013 et 2015. La chronologie est ainsi plus riche que l’alternative trop simple « un livre en 2013 et un autre en 2019 ». Entre les livres, l’éditeur construit un catalogue de tirages qui possède sa propre histoire, ses rééditions et ses manifestations de présentation.
2019 : Another Day in the Life élargit le sujet
Avec Another Day in the Life, publié en 2019, le répertoire de Ringo s’éloigne davantage de la seule Beatlemania. Les photographies de voyage, les objets inattendus et les fragments de vie contemporaine prennent une place accrue. Genesis évoque plus de 500 images et un commentaire personnel qui accompagne l’ensemble. Ce n’est plus seulement l’accès privilégié aux trois autres Beatles qui justifie l’attention du lecteur, mais une sensibilité documentaire présente sur plusieurs décennies.
Il serait toutefois abusif de décréter une rupture totale entre les deux livres. L’auteur conserve le goût des souvenirs intimes et des anecdotes, tout en incorporant d’autres motifs : la nature, les déplacements, la scène, les amis. La distinction doit se lire dans le corpus des images et des légendes, pas dans une fiction de conversion soudaine en « véritable artiste ». La photographie constitue une pratique continue dont les publications mettent successivement en valeur des aspects différents.
Le volume fait appel à David Lynch et Henry Diltz, et sa couverture est associée à Shepard Fairey. Ces collaborations situent le livre dans une culture visuelle plus vaste, sans pour autant faire des contributeurs les coauteurs de chaque photographie. Pour la bibliographie, il est préférable d’indiquer précisément le rôle de chacun : photographe, auteur des textes, préfacier, créateur de couverture ou éditeur.
Février et juillet 2024 : la relance du portfolio photographique
Un communiqué Genesis daté du 22 février 2024 décrit le contrôle et la signature de nouveaux tirages par Ringo Starr lors de son passage à Londres. L’éditeur précise que cette nouvelle série accompagne des anniversaires liés à l’histoire des Beatles et de Genesis Publications. Sa documentation commerciale de juillet 2024 présente ensuite plusieurs images produites en édition limitée, à nouveau selon le principe de 25 épreuves numérotées et signées pour chaque photographie.
Le catalogue signale des images des Beatles en studio, George Harrison à Cannes, John Lennon à Paris ou à Tokyo, et des vues de voyage. Il mentionne également des recherches photographiques faisant intervenir le flash et l’infrarouge. Un point important mérite d’être isolé : la présence dans le catalogue d’une photographie montrant Ringo derrière la batterie au Cavern ne permet pas, en l’absence de crédit clair, de la lui attribuer comme photographe. Une photographie possédée, reproduite ou vendue au sein d’un portfolio associé à Starr peut avoir été prise par quelqu’un d’autre.
Dans ses notices, Genesis décrit des grands tirages d’environ 50,8 × 76,2 cm, produits sur papier Hahnemühle Photo Rag à l’aide de procédés pigmentaires d’archivage, accompagnés d’un certificat. Les valeurs sont à relever pièce par pièce : les caractéristiques d’une série de 2024 ne doivent pas être projetées sur les photographies ou éditions de 2013. Les notices numériques du marchand peuvent aussi évoluer après la mise en vente ; il faut conserver leur date de consultation lorsqu’on rédige un catalogue raisonné.
Reproduire les négatifs : la différence entre archive et tirage d’art
Les expressions « à partir du négatif original » et « tirage original » ne sont pas interchangeables. Dans le premier cas, il est question de la source image qui sert à la reproduction. Dans le second, le lecteur pourrait comprendre à tort que le papier photographique date de la prise de vue. Une épreuve contemporaine obtenue d’un négatif des années 1960 est une création éditoriale récente documentant une photographie ancienne. Son authenticité repose notamment sur l’édition déclarée, le procédé, la signature et le certificat, pas uniquement sur l’âge du négatif.
Cette distinction vaut aussi pour les planches-contacts, les scans et les reproductions publiées dans un livre. Un contact-sheet peut apporter de précieuses informations sur la séquence des prises de vue ; une reproduction dans un volume permet la diffusion mais ne donne pas automatiquement accès à l’ordre complet des vues ou à leurs inscriptions originales. L’historien doit donc traiter séparément la matrice photographique, son éventuel négatif, le tirage historique, le scan numérique et l’estampe commercialisée.
Le cas Ringo possède une difficulté supplémentaire : l’archive familiale mêle des images prises par l’artiste, des clichés de tiers et des pièces de presse. Un catalogue scientifique idéal devrait séparer ces catégories au lieu de leur donner une attribution commune par proximité avec le nom de la vedette.
Quel regard la photographie de Ringo apporte-t-elle à l’histoire des Beatles ?
Les images les plus révélatrices ne sont pas toujours les plus spectaculaires. Une conversation interrompue, une attente à l’hôtel, un visage vu de profil ou une scène de studio permettent de comprendre comment les quatre musiciens habitaient leurs tournées. La photographie devient ici une documentation de la vie commune : elle montre des espaces entre les événements publics, rarement conservés dans les films promotionnels et les grands reportages.
Dans l’histoire visuelle des Beatles, cette position d’initié ne fait cependant pas disparaître les limites de la mémoire. La proximité du photographe permet l’accès aux sujets, mais elle ne garantit ni un horodatage exact, ni une identification complète du lieu, ni une légende contemporaine de la prise de vue. Les légendes ajoutées cinquante ans après sont souvent passionnantes, mais elles appellent la confrontation avec les calendriers de studio, les carnets de tournée, les documents d’immigration et les fonds des autres photographes.
Une étude sérieuse peut donc combiner le regard personnel de Starr et les outils classiques de l’historiographie. Les photographies ne sont pas seulement des illustrations d’un récit musical déjà connu ; elles peuvent confirmer, préciser ou parfois mettre en doute des détails de ce récit. C’est à cette condition qu’elles deviennent de véritables sources, accessibles aussi bien au fan qu’au chercheur.
L’accueil du public : succès éditorial, reconnaissance artistique et limites du vocabulaire
Les annonces de Genesis soulignent le succès commercial des éditions signées et le caractère recherché des tirages. Ce sont des informations sur la diffusion et le marché ; elles ne constituent pas, prises isolément, une mesure du jugement des historiens de la photographie. De même, une couverture enthousiaste dans la presse rock peut témoigner d’un intérêt légitime pour les coulisses des Beatles sans représenter la totalité d’un débat critique sur les qualités plastiques de l’œuvre.
Une réception critique documentée suppose de distinguer présentation de presse, entretien de promotion, compte rendu journalistique, critique d’art, étude savante et notice de catalogue. Chacun de ces textes répond à une question différente. Le lancement d’un tirage en galerie, par exemple, est un fait public établi ; l’appréciation de son originalité relève d’une analyse qu’il faut attribuer à un auteur nommé.
Sur ce point, les déclarations de Ringo offrent une clef de lecture simple et féconde : il a conservé le goût de prendre des photographies même lorsque l’activité de musicien l’accaparait. La simplicité du geste revendiqué ne dispense pas de regarder les images attentivement. Elle rappelle surtout que la photographie n’est pas pour lui une invention tardive destinée à exploiter une carrière musicale passée, mais une activité dont la diffusion publique s’est organisée progressivement.
Photographie et philanthropie : le rôle de la Lotus Foundation
La documentation officielle de Genesis précise que Ringo Starr affecte ses droits ou redevances liés à plusieurs portfolios photographiques à la Lotus Foundation. L’éditeur indique également participer par des dons associés aux achats de certains tirages. Ces déclarations renseignent les objectifs affichés de la commercialisation, sans autoriser à en déduire des montants récoltés qui ne seraient pas publiquement vérifiables.
L’existence de ce bénéficiaire philanthropique n’annule pas la dimension marchande des éditions numérotées. Les deux dimensions peuvent coexister : prix de vente, rareté, signature et objet de collection d’une part ; soutien à des œuvres caritatives d’autre part. Pour la transparence, un article encyclopédique doit signaler le mécanisme annoncé par l’éditeur sans le transformer en bilan financier non documenté.
Cette économie s’inscrit dans une continuité avec les autres projets d’art de Ringo et Barbara Bach. Elle contribue à expliquer pourquoi les œuvres sont parfois diffusées sous des formats limités, mais elle ne suffit pas à identifier l’année d’une photographie, sa technique ou son auteur. Ces questions demeurent indépendantes du destinataire des recettes.
Table chronologique critique des présentations documentées
2013 — Hollywood. Présentation de Photograph à la presse avec diaporama et photographies encadrées. Statut : événement de lancement documenté par la presse ; ce n’est pas, sur la base de cette seule source, une grande exposition muséale.
2013 — Genesis Publications. Début de la commercialisation d’une première série de tirages signés du Photograph Portfolio. Statut : édition d’art photographique, à distinguer du livre et des négatifs d’époque.
9 septembre 2015 — National Portrait Gallery, Londres. Présentation de vingt portraits dans les espaces de vente de tirages et de librairie de l’institution, et lancement public de l’édition générale de Photograph. Statut : manifestation attestée au sein du musée, mais pas preuve autonome d’une rétrospective curatoriale dans les salles.
Septembre 2015 — Hollywood. Nouvelle rencontre promotionnelle autour de l’édition ouverte de Photograph, documentée par Genesis Publications au Book Soup. Statut : lancement de livre.
5 février 2018 — Genesis House. Début annoncé de visites sur rendez-vous pour une exposition réunissant les portfolios 2013, 2015 et 2018. Statut : présentation organisée par l’éditeur.
2019 — édition de Another Day in the Life. Renouvellement du corpus publié, avec des images de voyage, des détails ordinaires et des légendes autobiographiques. Statut : publication livresque, non événement d’exposition par elle-même.
22 février et juillet 2024 — nouveau portfolio. Signature annoncée de nouveaux tirages en février, catalogage commercial de nouvelles estampes en juillet. Statut : série contemporaine de tirages artistiques, avec éditions et certificats à examiner individuellement.
Pour aller plus loin : une grille de catalogage commune
Pour chaque photographie ou présentation, le dossier Yellow-Sub devrait enregistrer cinq éléments séparés : la prise de vue (auteur, lieu, date, support initial) ; la conservation (négatif, planche-contact, fonds propriétaire) ; la publication (livre, édition, pagination et légende) ; l’exposition (organisateur, lieu exact, dates, espace de présentation) ; le tirage commercial (procédé, dimensions, numéro, signature, certificat). Une cellule vide n’est pas une faute ; elle indique une information qui reste à découvrir.
La question « Ringo a-t-il exposé au musée ? » mérite ainsi une réponse précise : ses photographies ont été présentées à la National Portrait Gallery de Londres en septembre 2015, dans les espaces Print Sales Gallery et Bookshop Gallery, en lien avec l’édition de Photograph. Cette nuance renforce la fiabilité de l’encyclopédie au lieu d’en diminuer la portée. Elle évite l’amplification habituelle des biographies de célébrités.
L’enquête doit rester ouverte aux catalogues de collections publiques, fonds de photographes, archives de Genesis Publications et critiques indépendants. C’est seulement à partir d’un tel faisceau de sources qu’il sera possible de retracer la réception complète de Ringo Starr comme photographe, au-delà de son prestige de Beatle. En attendant, les jalons présentés ici constituent un parcours vérifiable, avec leurs limites affichées.
Cette chronologie des présentations publiques complète notre inventaire de trente-deux notices photographiques : les expositions et les éditions signées y sont soigneusement distinguées de la date de création des images.
Un jalon institutionnel à distinguer des expositions photographiques
Notre étude des présentations de photographies doit être complétée par Ringo: Peace & Love au GRAMMY Museum de Los Angeles (2013–2014). Cette exposition ne constituait pas une simple rétrospective de tirages : on y retrouvait aussi batteries, costumes, archives familiales et créations graphiques, dans une scénographie faisant explicitement une place aux images prises par Ringo lui-même. Les dates rétrospectives de l’institution sont le 12 juin 2013 et le 27 avril 2014. Cette précision permet de ne pas confondre sa manifestation temporaire avec une acquisition permanente, ni avec les portfolios édités par Genesis Publications au même moment.
Sources primaires et presse contemporaine
Les sources ci-dessous sont classées par intérêt documentaire et leur datation a été conservée. Les annonces de l’éditeur sont citées comme sources primaires de ses éditions et expositions, sans les confondre avec des critiques indépendantes.
- Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2013 — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart/the_photograph_portfolio_2013
- Genesis Publications, 27 septembre 2013, présentation à l’ArcLight Cinema le 23 octobre — https://www.genesis-publications.com/news/-1099
- Genesis Publications, 24 décembre 2013, « Hello, Goodbye – Ringo Sells Out in Record Time », bilan de souscription — https://www.genesis-publications.com/news/hello-goodbye-ringo-sells-out-in-record-time-1117
- Randy Lewis, Los Angeles Times, 26 octobre 2013, présentation de Photograph à Hollywood — https://www.latimes.com/entertainment/music/posts/la-et-ms-ringo-starr-20131026-story.html
- Genesis Publications, 17 avril 2014, All I’ve Got Is A Photograph — https://www.genesis-publications.com/news/all-ive-got-is-a-photograph-ringo-starr-1145
- Mark Brown, The Guardian, 9 septembre 2015, National Portrait Gallery — https://www.theguardian.com/music/2015/sep/09/ringo-photos-beatles-national-portrait-gallery-launch-book-exhibition
- The Guardian, 9 septembre 2015, portfolio photographique présenté à Londres — https://www.theguardian.com/music/gallery/2015/sep/09/ringo-starr-photographs-national-portrait-gallery
- Genesis Publications, 10 septembre 2015, présentation à la National Portrait Gallery — https://www.genesis-publications.com/news/ringo-starrs-in-national-portrait-gallery-1257
- National Portrait Gallery, communiqué reproduit par ArtDaily, septembre 2015 : présentation dans les espaces Print Sales Gallery et Bookshop Gallery — https://artdaily.com/news/81318/Rarely-seen-photographs-by-Ringo-Starr-go-on-display-at-National-Portrait-Gallery
- Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2015, catalogue de tirages — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2015/the_photograph_portfolio_2015
- Craig McLean, The Independent, 12 octobre 2015, entretien et réception de Photograph — https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/music/features/ringo-starr-s-photos-of-the-beatles-the-band-s-best-photographer-on-his-new-memoir-a6685861.html
- Genesis Publications, 25 septembre 2015, lancement au Book Soup — https://www.genesis-publications.com/news/ringos-unseen-treasures-1264
- Genesis Publications, 11 janvier 2018, Genesis House et portfolios — https://www.genesis-publications.com/news/new-exhibition-presenting-ringo-starrs-photographs-1456
- Genesis Publications, Another Day in the Life, édition 2019 — https://genesis-publications.com/books/9781905662586/another_day_in_the_life
- Genesis Publications, 22 février 2024, signatures de nouveaux tirages — https://www.genesis-publications.com/news/ringo-starr-signs-exclusive-new-prints-2236
- Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2024, notices techniques — https://www.genesis-publications.com/prints/ringophotoart2024/the_photograph_portfolio_2024
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