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That’ll Be the Day (1973) : Claude Whatham, David Essex et Ringo Starr dans la photographie du rock britannique
Ringo joue Mike, compagnon de route de Jim MacLaine : l’île de Wight, les fêtes foraines et l’esthétique du film de jeunesse.
Étude de cinéma : archives de production, distribution, image, mise en scène, attribution des métiers et éditions du film.
Un premier rôle qui n’est pas un personnage des Beatles
Dans That’ll Be the Day, sorti en 1973, Ringo Starr incarne Mike, compagnon du jeune Jim MacLaine, interprété par David Essex. Le récit ne demande pas à l’ancien batteur des Beatles de jouer une version de lui-même. Il le transporte dans la Grande-Bretagne des années 1950, entre milieux populaires, emplois occasionnels, fêtes foraines et naissance des ambitions rock. C’est une étape importante de sa carrière d’acteur : une personnalité immédiatement reconnaissable devient un personnage dans une fiction que d’autres ont écrite et mise en scène.
Le long métrage n’est pas une biographie de Ringo. Mike contribue à la formation du regard de Jim sur le monde, mais la trajectoire principale appartient au jeune homme. Cette hiérarchie doit rester lisible dans une encyclopédie consacrée à Ringo : son image sert une œuvre collective et n’en devient pas pour autant la seule raison d’être.
Claude Whatham : un cinéaste plutôt qu’un réalisateur de clips
Le British Film Institute attribue la mise en scène à Claude Whatham, réalisateur formé au cinéma et à la télévision britanniques. Son travail consiste à donner une matérialité crédible au monde du récit, non à enregistrer une série de performances musicales. Les scènes de travail, de déplacement et de sociabilité construisent autant l’histoire que les chansons. Le cadre doit faire croire au milieu des années 1950 alors que la prise de vues appartient au début des années 1970.
La différence avec un clip est essentielle. Un clip peut organiser les images autour d’une chanson ; ici, le film décrit un personnage qui cherche sa place, et la musique apparaît comme une promesse parmi d’autres. Ringo est donc intégré dans une dramaturgie sociale. Les cadres de Whatham doivent être étudiés comme ceux d’une fiction et non comme un simple décor de Beatlemania.
Ray Connolly : le scénario et les mémoires du rock
Ray Connolly signe le scénario, selon les crédits concordants du BFI et de TV Guide. Journaliste lié à la culture musicale britannique, il conçoit le personnage de Jim MacLaine comme un jeune homme insatisfait de la trajectoire que l’école et la société semblent lui réserver. Le rock n’apparaît pas d’emblée comme une carrière assurée : il reste une possibilité incertaine dans un monde de petits métiers et de séductions.
La participation de Ringo bénéficie de cette écriture. Son personnage ne se présente pas simplement pour rappeler au public le souvenir des Beatles ; il accompagne Jim dans une expérience concrète. Les dialogues et les scènes appartiennent à Connolly, même si la personnalité des interprètes peut infléchir le résultat. Distinguer auteur et acteur évite d’attribuer à Ringo les idées du scénario sans preuve.
David Puttnam et Sandy Lieberson : les producteurs
Le film est produit par David Puttnam et Sandy Lieberson. Cette association situe le projet dans un mouvement du cinéma britannique qui cherche à traiter la musique populaire comme un sujet dramatique légitime, plutôt qu’une succession de numéros pour vendre des disques. Puttnam poursuivra une carrière majeure de producteur, mais son prestige ultérieur ne doit pas effacer les fonctions de son partenaire.
Les décisions de production rendent possible l’invention matérielle du monde de Jim : lieux de tournage, costumes, figurants et distribution mêlant acteurs professionnels et musiciens. Ringo y apporte une expérience réelle de la scène et une célébrité considérable. Il n’est toutefois pas crédité comme producteur de ce film. La précision importe quand on reconstruit son passage du statut de vedette musicale à celui d’acteur dans l’industrie cinématographique.
Peter Suschitzky : la photographie du monde des fêtes
TV Guide crédite Peter Suschitzky à la direction de la photographie. Ce nom donne une dimension proprement visuelle à la recherche. Le film doit faire exister les espaces de loisirs populaires, les extérieurs britanniques et les déplacements d’un jeune homme qui refuse de se fixer. La photographie participe à une impression de monde vécu plutôt qu’à la pure célébration d’une scène rock.
On peut analyser la fonction générale de ces images sans prétendre avoir reconstitué chaque choix d’objectif ou d’éclairage. L’attribution d’un plan précis exigerait des documents de tournage. Ce qui est vérifiable est le crédit de Suschitzky et le genre du projet. Dans la carrière de Ringo, l’image n’est pas une simple illustration de son nom : elle est le travail d’un chef opérateur qui filme un acteur au milieu d’un univers dramatique.
Michael Bradsell et le temps du montage
Le montage est attribué à Michael Bradsell. Son rôle consiste à organiser les étapes du parcours de Jim, les ellipses et les changements de lieux. Un récit de formation ne se construit pas seulement par la continuité d’une représentation musicale : il doit montrer des évolutions de caractère, des rencontres et des départs. La présence de Ringo dans le film est réglée par ce rythme général.
Une scène avec Mike n’a pas nécessairement pour fonction d’ajouter un nom célèbre à une affiche. Elle peut modifier le rapport de Jim à l’amitié ou au travail. Il serait injuste de considérer les passages sans chanson comme moins importants. Dans un film de fiction, le montage des gestes ordinaires permet au spectateur de comprendre ce que la musique représentera plus tard pour le protagoniste.
L’île de Wight : un territoire devenu décor de 1950
Les relevés de tournage identifient plusieurs lieux de l’île de Wight, dont les environs de Wootton et des espaces de vacances utilisés pour les séquences du camp. Des sites de Southsea apparaissent également parmi les localisations de production. Le film transforme ces espaces du début des années 1970 en décors d’un passé antérieur d’environ quinze ans.
Cette transformation constitue une opération de cinéma. Une fête foraine ou un bâtiment peut conserver une apparence assez ancienne pour donner au public le sentiment d’une époque ; les costumes et les accessoires complètent l’illusion. L’étude des lieux doit distinguer l’adresse filmée et la localité fictive où le récit se déroule. Une image du camp n’est pas une photographie documentaire des vacances de Ringo dans les années 1950.
Le début du tournage et les dates concurrentes
Les notices de production situent les prises de vues à l’automne 1972. Certaines chronologies indiquent un début le 23 octobre, tandis qu’une fiche de localisation IMDb présente une plage plus large commençant le 16 octobre. Ces données peuvent désigner la préparation, le début effectif des images ou la durée totale des opérations. Elles ne prouvent pas deux films différents.
Le millésime 1973 reste celui de la sortie du long métrage. Ringo intervient donc dans un film élaboré en 1972 et vu l’année suivante. Cette distinction a son importance lorsqu’on reconstitue son calendrier au moment où il travaille aussi sur sa carrière solo et sur d’autres productions de cinéma. Un même artiste peut apparaître en public dans une œuvre longtemps après que ses scènes ont été tournées.
Mike, le compagnon : une fonction dramatique précise
Ringo incarne Mike, figure de rencontre dans le parcours de Jim. Sa manière de parler et son apparence peuvent rappeler au public l’ancien Beatle, mais le scénario le place dans un autre milieu et une autre époque. Mike n’est pas un musicien venu signer des autographes ou commenter la carrière de Jim depuis le futur. Il appartient au présent fictif du héros.
C’est ce déplacement qui mérite l’analyse. Le cinéma de rock utilise volontiers les vrais musiciens pour apporter une forme d’authenticité à ses décors. Mais cette authenticité passe par un paradoxe : le spectateur reconnaît une star des années 1960 dans un récit situé avant sa célébrité. L’œuvre demande donc d’accepter Ringo comme acteur et non comme apparition documentaire de 1973.
David Essex, du spectacle musical au cinéma
David Essex porte le film dans le rôle de Jim MacLaine. Son expérience musicale et théâtrale contribue à la crédibilité d’un personnage attiré par la possibilité d’une vie de scène. Le film ne raconte pourtant pas la biographie d’Essex, pas plus qu’il ne raconte celle de Ringo. Les interprètes apportent leur image publique à une fiction dont les événements restent ceux d’un scénario original.
Le contraste entre Essex et Ringo produit une relation intéressante à l’écran : l’un incarne le jeune homme qui imagine sa route, l’autre un compagnon déjà rencontré dans les marges d’un monde d’adultes. L’idée d’une génération de musiciens peut affleurer sans jamais transformer le film en reconstitution historique des débuts des Beatles.
Billy Fury et Keith Moon : deux autres musiciens devenus acteurs
Le générique comprend Billy Fury, Keith Moon et plusieurs visages associés à la culture rock. Billy Fury interprète Stormy Tempest ; Keith Moon joue J. D. Clover. Leur présence n’est pas une réunion de groupe et ne transforme pas le film en concert. Chaque artiste est distribué dans un rôle différent.
Cette constellation donne néanmoins une couleur particulière à la production. Les acteurs issus du monde de la musique apportent une expérience de la scène que les réalisateurs peuvent utiliser. La rencontre de Ringo et de Moon dans ce film précède leurs célèbres images communes tournées plus tard pour le documentaire des Who. Les deux œuvres ne doivent pas être confondues : les partenaires peuvent être les mêmes, mais les personnages et les réalisateurs changent.
Une esthétique du rock avant les stars
Le film s’intéresse à la période où le rock and roll devient une promesse d’émancipation, sans que le jeune héros connaisse encore les codes de l’industrie des vedettes. Cette perspective explique le choix de scènes de fête foraine, de camp de vacances et d’emplois ordinaires. La naissance du désir musical dépend d’un monde social, et pas seulement de la découverte d’une chanson à succès.
La présence de Ringo en 1973 apporte un regard indirect sur ce passé. L’artiste mondialement reconnu incarne un homme appartenant à une époque antérieure à la sienne comme célébrité. Le cinéma met ainsi en relation deux générations de musique populaire : la première vague du rock britannique et les groupes qui conquerront ensuite le monde.
91 minutes et les caractéristiques des catalogues
Le British Film Institute présente le film comme une production britannique de 1973, d’une durée de 91 minutes. La durée reprise par plusieurs catalogues donne un repère, mais elle ne garantit pas l’identité absolue de chaque copie vidéo. Les supports domestiques peuvent afficher des durées arrondies ou des transferts réalisés à des cadences différentes.
Le meilleur réflexe consiste à conserver le titre original, les crédits de réalisation et l’année de production, puis à comparer les éditions selon leurs références. Une édition commercialisée beaucoup plus tard ne doit pas changer la date du tournage. Cette précaution vaut pour les autres films de Ringo, dont certains ont une histoire de VHS ou de DVD complexe.
La suite Stardust : une autre œuvre, une autre distribution
Jim MacLaine revient dans Stardust, sorti en 1974, également porté par David Essex. Le second film poursuit un autre chapitre de la trajectoire du personnage. Il ne faut cependant pas supposer que Ringo y reprend automatiquement son rôle : le casting et les fonctions dramatiques des deux films doivent être comparés séparément.
La présence de deux titres liés dans une carrière de cinéma peut facilement entraîner des confusions bibliographiques. That’ll Be the Day reste le film dans lequel Ringo joue Mike. Les œuvres liées par un même personnage principal ne sont pas forcément deux épisodes d’un même programme avec une distribution fixe. Un catalogue raisonné doit respecter ces différences.
La réception et le récit des origines musicales
Le film appartient à une époque où le cinéma britannique cherche à raconter les débuts du rock en observant ses dimensions sociales, sentimentales et populaires. Il ne traite pas uniquement de célébrité, mais de l’inquiétude devant l’avenir et du désir d’échapper aux itinéraires imposés. Le rock y apparaît comme une possibilité de vie, parfois aussi comme une illusion.
Cette tonalité donne à la participation de Ringo une portée plus large qu’une curiosité de filmographie. L’acteur, devenu célèbre grâce à la musique, contribue à une histoire où la célébrité n’est pas encore acquise. Ce décalage entre personnage et interprète permet au spectateur de réfléchir à la fabrication des mythes musicaux sans que le film doive devenir une leçon explicite sur les Beatles.
Conclusion : Ringo au travail dans une fiction sociale
That’ll Be the Day montre Ringo Starr dans le rôle de Mike, sous la direction de Claude Whatham, aux côtés de David Essex. Le film de 1973 repose sur un scénario de Ray Connolly, une production de David Puttnam et Sandy Lieberson et une photographie de Peter Suschitzky. Ses lieux de tournage contribuent à reconstituer un monde populaire des années 1950.
Cette œuvre est importante pour l’après-Beatles parce qu’elle prouve que Ringo a pu se placer au service d’une fiction ambitieuse dont il n’était pas la vedette principale. Il ne s’y raconte pas lui-même : il joue un personnage dans un univers pensé par une équipe de cinéma. La valeur de l’image vient précisément de cette collaboration.
Sources et références documentaires
- British Film Institute : crédits, distribution et durée
- TV Guide : production, photographie et montage
- IMDb : lieux et dates du tournage
- The Numbers : exploitation et statut de fiction historique
- Notice filmographique Yellow-Sub
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