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Concert for George (2002–2018) : David Leland filme Ringo Starr, Photograph et l’art de rendre hommage à Harrison
Du Royal Albert Hall aux éditions vidéo de 2018 : deux chansons de Ringo, un film de David Leland et un patrimoine collectif.
Repères : Royal Albert Hall, 29 novembre 2002 · film réalisé par David Leland · sortie cinéma et DVD en 2003 · rééditions enrichies en 2018 · Ringo chante Photograph et Honey Don’t.
Un anniversaire qui devient film de mémoire
Le 29 novembre 2002, un an jour pour jour après la mort de George Harrison, ses proches réunissent des musiciens au Royal Albert Hall de Londres. Olivia Harrison et Eric Clapton sont au cœur de l’organisation du Concert for George, qui rassemble notamment Paul McCartney, Ringo Starr, Jeff Lynne, Billy Preston, Tom Petty, Joe Brown, Ravi et Anoushka Shankar. La soirée devient un film réalisé par David Leland, sorti en 2003 et réédité dans plusieurs formats jusqu’en 2018.
Ringo y possède une place singulière. Il ne cherche pas à interpréter les chansons les plus célèbres de George ; il chante « Photograph », coécrite avec son ami, ainsi que « Honey Don’t », morceau lié à leurs premières influences américaines. Le choix crée un récit personnel au milieu d’un hommage collectif. La caméra documente non seulement la musique, mais une communauté qui travaille à rendre visible l’absence de quelqu’un qu’elle a connu.
29 novembre 2002 : l’événement et ses organisateurs
L’édition officielle identifie le concert à la date du 29 novembre 2002, au Royal Albert Hall. Olivia Harrison et Eric Clapton mobilisent les musiciens. La direction musicale de Clapton assure une continuité entre des traditions différentes, de la musique indienne à la pop des Beatles et aux chansons solo de Harrison.
La place de Ringo doit être décrite avec précision : il participe comme musicien et ami, mais il ne dirige pas le projet. Sa célébrité contribue à la force de l’hommage ; les décisions d’organisation relèvent de l’équipe qui prépare la soirée. Cette différence entre présence artistique et responsabilité de production est fondamentale dans une filmographie qui cherche à identifier les véritables auteurs des images.
David Leland : un cinéaste et non un simple capteur
David Leland est le réalisateur crédité du long métrage. PBS, le site officiel de George Harrison et les documents de l’édition le confirment. Leland avait déjà travaillé dans l’univers audiovisuel de George, notamment sur un film associé aux Traveling Wilburys. Pour le Concert for George, il doit transformer une soirée très structurée en une œuvre pouvant exister indépendamment de la salle.
Le film ne se réduit pas à choisir un gros plan sur celui qui chante. Il articule le concert avec des témoignages, des répétitions et des détails qui permettent de ressentir la personnalité du musicien disparu. Le spectateur reçoit un portrait indirect de George Harrison : son visage manque sur la scène, mais ses œuvres et les personnes qui les interprètent deviennent la matière principale de la narration.
Ray Cooper, Olivia Harrison et Jon Kamen : les producteurs
Les crédits officiels citent Ray Cooper, Olivia Harrison et Jon Kamen à la production. Jeff Lynne est associé à la production sonore du concert ; d’autres fonctions sont indiquées séparément dans les catalogues de l’édition. Cette distribution des responsabilités rappelle qu’un film musical réunit un travail de plateau, de réalisation, de son et d’édition.
Il serait injuste de décrire le programme comme un « film de Clapton » ou un « concert de Ringo ». Clapton intervient dans la direction musicale, Olivia Harrison porte le projet d’hommage, Leland réalise les images et plusieurs équipes assurent leur mise en circulation. L’encyclopédie visuelle doit préserver cette structure professionnelle, qui éclaire autrement la place des vedettes.
Photograph : une chanson écrite avec l’absent
Lorsque Ringo chante « Photograph », le choix de répertoire possède une signification particulière. La chanson a été coécrite avec George Harrison en 1973 ; en 2002, celui-ci ne peut plus accompagner son ami. Le morceau, qui parle déjà du pouvoir et des limites du souvenir photographique, reçoit une nouvelle résonance au moment où il est joué en hommage à son coauteur.
La vidéo conserve cette interprétation dans un contexte impossible à reproduire. Il ne s’agit ni du clip original ni d’une version ordinaire d’une tournée All-Starr : c’est la même chanson devenue acte de mémoire. Le film permet de voir une relation personnelle se traduire en performance publique. La signification de la chanson a changé par son contexte, sans qu’il soit nécessaire d’inventer une déclaration de l’artiste pour le démontrer.
Honey Don’t : le rockabilly comme souvenir commun
Ringo interprète également « Honey Don’t », chanson de Carl Perkins qu’il chantait déjà avec les Beatles. Le titre ne fait pas partie du répertoire composé par George Harrison, mais il évoque une musique que les deux amis avaient aimée et jouée dans leur jeunesse. Son inclusion élargit le propos de l’hommage : on célèbre non seulement les œuvres écrites par George, mais aussi ses goûts et son histoire musicale.
La prestation fait le lien avec la séance filmée en 1985 auprès de Carl Perkins. Le spectateur de l’encyclopédie peut suivre un même titre à travers deux époques et deux objectifs. En 1985, Ringo chante chez l’auteur original ; en 2002, la chanson sert à évoquer un ami disparu. Une histoire visuelle ne devrait pas réduire ces occurrences à la simple répétition d’un morceau connu.
Paul McCartney : la musique des Beatles réinventée
Paul McCartney est également présent et interprète plusieurs titres liés à George, notamment « For You Blue » et « All Things Must Pass ». Il rejoint Eric Clapton pour « Something » et « While My Guitar Gently Weeps ». Sa participation, comme celle de Ringo, a une valeur historique évidente, mais le programme ne reconstitue pas les Beatles.
Le film montre deux anciens membres du quartet intégrés à un ensemble plus vaste. Ils jouent au service de chansons écrites par George et de la mémoire qu’il laisse à ses amis. Cette position éclaire les carrières des survivants : après 1970, leurs retrouvailles publiques peuvent avoir des significations différentes selon l’événement. Ici, elles n’annoncent pas un nouveau groupe ; elles participent à un rituel d’hommage.
Eric Clapton et la direction musicale
Eric Clapton assure la direction musicale de l’événement et interprète plusieurs morceaux, dont « If I Needed Someone » et « Beware of Darkness ». Il accompagne aussi McCartney sur des chansons parmi les plus associées à George. Son rôle garantit une cohérence entre des interprètes dont les parcours et les habitudes de scène sont très différents.
La caméra peut montrer cette continuité sans toujours rendre perceptibles les longues préparations nécessaires. Répéter des chansons de George pour un spectacle unique impose un travail d’arrangement et d’écoute. Les séquences de répétition publiées dans l’édition vidéo permettent de compléter le film principal. Elles ne doivent pas pour autant être prises pour des performances du soir du concert : elles appartiennent au processus de fabrication.
La musique indienne : Ravi et Anoushka Shankar
La première partie de la soirée donne une place importante aux musiciens indiens, notamment à Ravi Shankar et Anoushka Shankar. Ce choix rappelle combien l’amitié de George Harrison avec Ravi et sa découverte de la musique indienne avaient transformé son langage artistique. L’hommage ne cherche donc pas seulement à rassembler les tubes de sa carrière pop.
Le film doit rendre perceptible cette pluralité sans transformer la première partie en prologue secondaire. La composition des instruments, l’organisation de la scène et la durée musicale construisent une autre temporalité que les chansons rock qui suivent. L’existence d’un concert complet dans les éditions vidéo permet de préserver cette architecture plus fidèlement qu’une sélection uniquement consacrée aux moments les plus célèbres.
Monty Python : l’humour de George visible sur scène
La présence de Monty Python peut surprendre dans un hommage à un guitariste des Beatles. Elle est pourtant cohérente avec les liens de George Harrison au cinéma comique britannique et avec sa participation au financement de films liés à cet univers. Les interprétations de « Sit on My Face » et de « The Lumberjack Song » constituent une façon de rappeler ses goûts et sa personnalité.
Le film élargit ainsi la définition d’un portrait musical. George ne peut pas être résumé à ses compositions : il aimait également l’humour, les rencontres artistiques et des formes de cinéma très éloignées du rock. La présence de Monty Python dans un programme commémoratif rend ces relations visibles. C’est une raison supplémentaire de conserver les performances qui ne sont pas toujours incluses dans une version cinématographique raccourcie.
Dhani Harrison : la filiation sans reconstitution
Dhani Harrison participe au concert, notamment auprès d’artistes qui ont travaillé avec son père. Son apparition offre un élément de continuité familiale, mais il ne faut pas la considérer comme la présence symbolique d’un « remplaçant » de George. Dhani possède sa propre identité musicale et contribue à un projet porté par une communauté de proches.
La vidéo peut rendre sensible le dialogue entre les générations, à condition de ne pas simplifier la relation. Une personne sur scène n’a pas pour fonction d’incarner physiquement un absent. Le film conserve plutôt la manière dont plusieurs musiciens choisissent de faire vivre les compositions de George après sa mort. Cette transmission passe par le travail musical, et non par la seule ressemblance familiale.
Tom Petty et les Traveling Wilburys
Tom Petty and the Heartbreakers interprètent plusieurs titres, dont « Taxman », « I Need You » et « Handle with Care ». Cette dernière chanson renvoie à l’aventure des Traveling Wilburys, groupe auquel George participa avec Petty, Bob Dylan, Jeff Lynne et Roy Orbison. Le concert associe ainsi plusieurs chapitres de sa carrière.
Ringo se retrouve dans un spectacle qui célèbre simultanément les Beatles et des collaborations auxquelles il n’a pas participé de la même manière. Cela rappelle qu’un film de mémoire ne doit pas se limiter à un cercle unique. Le parcours de George s’étend sur plusieurs décennies et plusieurs communautés artistiques. Le film de Leland cherche à les réunir le temps d’une soirée.
Billy Preston : l’héritage spirituel et musical
Billy Preston interprète notamment « Isn’t It a Pity » et « My Sweet Lord ». Sa présence possède un sens particulier parce qu’il avait travaillé avec les Beatles et George Harrison, et avait également participé au Concert for Bangladesh. Le film de 2002 relie donc deux grandes œuvres collectives distantes de trente et un ans.
Cette continuité permet une comparaison instructive avec Ringo. Les deux musiciens ne se contentent pas de rejouer un patrimoine commun ; ils prennent part à des événements dont la finalité varie. Le concert de 1971 cherchait à mobiliser des secours ; celui de 2002 célèbre un ami disparu. L’image conserve les personnes et les chansons, mais la nature de l’engagement a changé.
La version cinéma et le concert complet
La conception de l’édition DVD distingue deux objets : le concert complet et le montage destiné à la sortie en salle. Le site officiel de George Harrison précise que les deux disques ne contiennent pas exactement la même forme de récit. La version cinématographique intègre des interviews et des séquences documentaires ; l’autre préserve davantage le déroulement de la performance musicale.
Cette dualité est fondamentale. Une personne qui découvre le film en salle reçoit un portrait construit par montage et témoignages. Un spectateur du concert complet peut suivre plus longuement la succession des interprètes et des œuvres. Les deux expériences sont légitimes, mais elles ne doivent pas être décrites comme une seule version interchangeable. La filmographie doit attribuer à chaque support sa durée et son programme.
2003 : la sortie du film et des premiers DVD
Le film est présenté en salle en 2003 et une édition à deux DVD est commercialisée en novembre de la même année, selon les annonces officielles de George Harrison. L’objectif est de conserver le souvenir du spectacle et de soutenir The Material World Charitable Foundation. Le CD associé ne doit pas être confondu avec la totalité des images : il présente une édition sonore de l’événement.
Une première sortie commerciale constitue un jalon différent de la représentation du 29 novembre 2002. Il faut donc parler de concert de 2002 et de film ou DVD de 2003. Cette précision évite de créer un faux « Concert for George 2003 » qui serait interprété comme une deuxième soirée avec les mêmes musiciens.
2018 : une réédition qui change les objets disponibles
Pour le soixante-quinzième anniversaire de la naissance de George Harrison, les ayants droit annoncent une nouvelle série d’éditions commercialisées le 23 février 2018. Le programme comprend notamment un coffret limité, des ensembles CD/DVD et CD/Blu-ray, ainsi que des vinyles. La communication officielle insiste sur la présence des enregistrements complets et sur des objets graphiques liés au concert.
Cette réédition est importante pour une histoire visuelle : elle ne se contente pas de remettre un film en circulation. Elle propose de nouveaux emballages, livrets et modes de consultation, et rend accessibles différentes versions sur des supports plus récents. Le contenu audiovisuel appartient à 2002–2003, mais son édition matérielle porte l’identité de 2018. Les deux moments doivent être catalogués séparément.
Le tissu de scène devient un objet d’archive
Le coffret de luxe de 2018 comporte un fragment du tissu peint utilisé comme décor sur la scène du Royal Albert Hall. La série est annoncée comme limitée à mille exemplaires numérotés. Cette transformation est fascinante : un élément du décor, destiné initialement à être vu au fond d’un concert, devient un objet collectionnable et une preuve matérielle de provenance.
Il ne faut pas pour autant assimiler chaque fragment à une œuvre graphique indépendante dont l’auteur serait automatiquement George Harrison. Il s’agit d’un morceau d’un décor associé à un événement, accompagné d’un ensemble éditorial. Le sens de la pièce dépend de sa traçabilité, du certificat et de l’édition dans laquelle elle se trouve. Le dossier peut ainsi relier film, scénographie et histoire matérielle de l’art.
Les photographes de concert et la mémoire fixe
Les documents de l’édition créditent notamment Jill Furmansky, Oliver Hecks et Richard Young parmi les photographes du concert ou des répétitions. Leurs images jouent un rôle différent de celui du film : elles condensent une soirée en quelques instants, servent aux livrets et contribuent à l’identité graphique des rééditions.
Une photographie prise pendant les répétitions n’est pas automatiquement une photographie de la représentation du 29 novembre, même si l’on y retrouve les mêmes personnes. La précision de la provenance est essentielle. Les crédits doivent rester attachés aux tirages et aux reproductions identifiées, tandis que David Leland garde la responsabilité de la réalisation filmée. La coexistence de ces métiers enrichit l’histoire des arts visuels de Ringo.
Les voix des proches dans la version théâtrale
La version cinéma utilise des interviews pour donner un contexte à la musique. Ce dispositif produit une autre forme de mémoire que la succession des chansons. Les musiciens ne sont plus seulement interprètes ; ils deviennent témoins de la personnalité, des habitudes et de l’humour de George Harrison.
Ringo appartient à cette communauté de mémoire, mais ses souvenirs doivent être lus comme des paroles rétrospectives, non comme des preuves absolues de tous les événements racontés. Un documentaire d’hommage se construit dans un contexte de deuil, où le désir de célébrer l’ami est naturellement dominant. Le regard historique peut respecter cette émotion tout en distinguant témoignages, archives et interprétations.
The Material World Foundation et l’usage du film
Les annonces de 2003 précisent que les bénéfices de la soirée, de l’exploitation cinématographique et des éditions vidéo sont destinés à The Material World Charitable Foundation. Cette dimension caritative relie le film à une autre tradition de George Harrison, illustrée notamment par le Concert for Bangladesh.
Les œuvres possèdent toutefois des finalités distinctes. Le concert de 1971 répondait à une crise humanitaire immédiate ; celui de 2002 célèbre un artiste disparu et soutient une fondation. Pour Ringo, ces participations montrent la continuité d’une manière de mettre la musique et la célébrité au service de projets collectifs. Mais on ne saurait en déduire que chaque concert solidaire repose sur le même dispositif financier ou juridique.
Une mise en scène de l’absence
Le film de Leland possède un paradoxe central : il montre de nombreux amis de George, mais pas George en train de jouer ce soir-là. Les chansons deviennent le principal moyen de lui donner une présence. Les instruments, les arrangements et les paroles convoquent son travail sans pouvoir reproduire le musicien absent.
Ringo y incarne une forme particulièrement directe de ce manque. « Photograph » est à la fois une chanson d’amitié et une œuvre dont le coauteur n’est plus là. La caméra transforme cette situation en mémoire publique. Les images resteront accessibles longtemps après le concert, ajoutant un nouveau niveau de souvenir à une soirée déjà conçue pour honorer le passé.
Pourquoi ce film appartient aussi à la carrière de Ringo
Il serait facile de réserver le Concert for George aux biographies de George Harrison et de réduire Ringo à deux titres d’un programme de grande ampleur. Ce serait manquer une dimension essentielle de son histoire après les Beatles : il continue d’apparaître dans des œuvres imaginées par d’autres, sans chercher à en devenir le personnage central.
Le film donne une image du Ringo collaborateur, chanteur et ami. Il fait écho aux concerts de 1971, à la session de Carl Perkins et aux futurs hommages consacrés à George. Ces rapprochements ne sont pas des répétitions : chaque œuvre mobilise la musique pour une autre raison. La filmographie de Ringo doit rendre visibles les formes diverses de sa participation aux récits collectifs du rock.
Conclusion : deux chansons pour raconter une amitié
Concert for George est une œuvre cinématographique majeure de la mémoire de George Harrison, réalisée par David Leland à partir du concert du 29 novembre 2002 et publiée en 2003. Ringo Starr y chante « Photograph » et « Honey Don’t », deux titres qui lient une amitié personnelle à une passion commune pour le rock américain.
Les éditions de 2018 ajoutent une autre couche à l’histoire : versions cinématographique et complète, CD, Blu-ray, photographies et même fragments du décor de scène. Le film demeure un exemple particulièrement riche de la manière dont un concert peut devenir un patrimoine audiovisuel et matériel. Dans la carrière de Ringo, il montre une qualité essentielle : être présent sans s’approprier l’hommage, et mettre son propre répertoire au service de la mémoire d’un autre.
Sources et références d’édition
- George Harrison — film, versions et programme
- George Harrison — sortie 2003 et équipe de réalisation
- PBS Great Performances — David Leland et le Royal Albert Hall
- The Concert for George — site officiel et éditions
- The Concert for George — détail des deux montages
- The Beatles — présentation du coffret 2018
- Michael Kamen — crédits du film, des photographies et du DVD
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