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Yellow-Sub.net · Fiche d’enregistrement · 1970

« I Dig Love » : Ringo Starr à la batterie sur la démo du 26 mai 1970

Une prise rock attestée de Ringo, puis trente et une tentatives en juin : l’histoire des bandes de George Harrison et les versions de All Things Must Pass.

« I Dig Love » : une chanson de George Harrison, deux états de studio distincts

Il existe une excellente raison de consacrer une fiche autonome à « I Dig Love » : les archives de All Things Must Pass permettent d’identifier explicitement Ringo Starr au sein d’une première démonstration enregistrée le 26 mai 1970, puis de suivre l’évolution de la chanson pendant les séances de juin. Le titre se trouve sur le deuxième disque du triple album de George Harrison publié en novembre 1970. Mais une version plus vive et plus orientée vers le rhythm and blues est conservée dans les archives, avant d’être rendue largement accessible à l’occasion du cinquantenaire en 2021.

Les deux interprétations doivent être traitées comme deux documents, non comme des masterings d’une seule prise. La démonstration du 26 mai possède sa propre formation et sa propre énergie. Le travail de juin aboutit à une nouvelle bande, intégrée ensuite au programme de l’album. C’est précisément ce changement de statut qui donne tout son intérêt à la participation de Ringo. Sa présence est expressément documentée dans la démonstration ; l’attribution individuelle de toutes les parties de batterie du master de juin demande davantage de prudence, puisque les séances de George réunissent plusieurs batteurs.

Le répertoire accumulé pendant les dernières années des Beatles

Lorsque Harrison entreprend ses sessions solo, il possède des dizaines de compositions encore inédites. Certaines avaient été proposées aux Beatles et écartées au cours de réunions de travail ou de séances interrompues ; d’autres avaient été conçues hors du groupe, dans un langage déjà différent de celui de Lennon et McCartney. « I Dig Love » s’insère dans un ensemble où voisinent hymnes spirituels, chansons country, pièces introspectives et morceaux plus directement rock.

La diversité du répertoire oblige les musiciens à changer d’approche. Une batterie adaptée à la gravité d’« All Things Must Pass » n’est pas nécessairement celle qui convient à une chanson légère et répétitive. La présence de Ringo auprès de George et de Klaus Voormann le 26 mai constitue donc une réunion de travail destinée à découvrir les chansons dans des arrangements encore souples. Le trio ne cherche pas à remplacer les Beatles ; il sert les nouvelles compositions de Harrison.

26 mai 1970 : Abbey Road, Studio Three

Le premier jour de démonstrations se déroule aux studios EMI d’Abbey Road, dans le Studio Three. L’ingénieur Philip McDonald et son assistant John Leckie suivent la séance. George présente quinze chansons en une journée, avec la participation de Ringo et du bassiste Klaus Voormann sur plusieurs des titres. Les archives du cinquantenaire décrivent le recours à un magnétophone huit pistes 3M M23 et à une console EMI TG12345 Mk I, un équipement qui permet de séparer certains instruments tout en obligeant déjà les ingénieurs à organiser les pistes disponibles.

La session progresse rapidement. « I Dig Love » ouvre la troisième bobine de la journée, après plusieurs tentatives d’autres chansons. L’enregistrement ne correspond pas à un simple exercice vocal et acoustique : l’archive officielle met en avant une performance de Ringo et une interprétation de George nettement plus énergique que sur le master final. La présence du batteur est donc davantage qu’une supposition tirée de la liste des invités du disque.

Une démonstration électrique et rythmique

Selon les notes de l’archive George Harrison, la première version de « I Dig Love » possède une couleur plus rapide et plus proche du rhythm and blues. George y adopte une interprétation vocale appuyée, tandis que Ringo joue avec une énergie rock bien différente de l’impression laissée par l’album commercial. Cette observation doit être rapprochée de la fonction de la démo : montrer les possibilités d’une chanson avant que le grand ensemble voulu par Phil Spector ne lui donne une autre épaisseur.

Cette différence d’orientation musicale ne permet pas d’affirmer que Ringo a décidé du tempo ou des arrangements. L’enregistrement montre un résultat collectif, pas le détail des décisions qui l’ont produit. Notre fiche peut cependant signaler qu’il existe une véritable performance de batterie de Ringo attestée sur cette bande, et qu’elle est différente de celle qu’entendent les auditeurs du triple album.

« Take 1 » : un identifiant à conserver

Dans la grande édition du cinquantenaire, cette démonstration est publiée comme « I Dig Love (Day 1 Demo / Take 1) ». Elle figure au neuvième rang du disque consacré au premier jour de démos dans l’édition 5 CD et au programme correspondant du coffret vinyle. L’indication « Take 1 » fait référence à la tentative enregistrée ce jour-là ; elle ne signifie pas que l’album final repose nécessairement sur cette prise.

Pour un collectionneur, ces mots ne sont pas accessoires. Ils permettent de retrouver une performance dans des éditions dont l’ordre diffère du triple LP original. La sessionographie conservera l’identifiant de bande, la date réelle du 26 mai et la publication de 2021 en tant que deux catégories distinctes : un événement musical et une édition d’archive.

Le rôle de Klaus Voormann et le petit ensemble de démonstration

Klaus Voormann représente un trait d’union entre l’époque de Hambourg, les travaux de Lennon et l’entourage solo de Harrison. Le bassiste est présent dans la formation du 26 mai, mais son apport doit lui aussi être distingué chanson par chanson lorsque les documents le permettent. Le premier intérêt de cette journée est la possibilité d’entendre des œuvres de George avant leur transformation par de nombreuses guitares, plusieurs claviers et une orchestration plus dense.

Le format du petit ensemble laisse davantage d’espace à la pulsation. On peut observer comment la batterie fonctionne lorsqu’elle n’est pas combinée à plusieurs sections de percussions. Cette transparence est précieuse pour l’histoire de Ringo, dont le jeu sera parfois plus difficile à individualiser dans les pistes collectives du triple album.

27 mai : la seconde journée ne doit pas être attribuée à Ringo

Le lendemain, Harrison enregistre quinze autres démonstrations, essentiellement seul, en passant à un magnétophone deux pistes plus simple. Les archives indiquent une basse de Voormann sur « Wah-Wah », mais ne présentent pas cette seconde journée comme une séance de batterie de Ringo. L’ensemble des trente démos ne doit donc pas être inscrit indifféremment dans sa discographie de musicien invité.

Cette précision intéresse directement « I Dig Love ». Le morceau appartient au 26 mai, à la première série. On ne doit ni déplacer sa prise au 27 mai ni emprunter le personnel des séances orchestrées des semaines suivantes. La date et la configuration font partie de son identité documentaire.

2 juin 1970 : la chanson est retravaillée par la grande formation

Le changement principal intervient lorsque George, Phil Spector et les musiciens réunis à Abbey Road développent les prises destinées à l’album. Les archives officielles indiquent que le 2 juin est consacré notamment à « Isn’t It A Pity » et « I Dig Love ». Cette dernière chanson fait l’objet de trente et une tentatives, dont dix prises complètes selon le dépouillement des bandes. La vingtième est choisie comme meilleure et déplacée vers une bobine de sélections destinées aux ajouts ultérieurs.

Un tel nombre de tentatives ne signifie pas que chaque prise correspond à une version entièrement différente. Certaines peuvent être interrompues, d’autres comporter un problème d’entrée, de tempo ou d’équilibre. Mais le total illustre l’écart entre la démonstration initiale et le patient travail de production mené pour l’album. George ne se contente pas de reprendre une bande qu’il avait appréciée le 26 mai : il remet sa chanson à l’épreuve d’une nouvelle formation.

Le crédit d’Eric Clapton sur la boîte de bande

Un détail fascinant apparaît dans les notes des archivistes : pour le travail du 2 juin, une boîte de bande signale explicitement la guitare électrique d’Eric Clapton sur une piste. Il s’agit d’une information rare, car les boîtes de multipistes identifient souvent les instruments plutôt que les musiciens. Il serait donc regrettable de traiter le générique du master de juin comme entièrement connu, alors que l’archive explique précisément pourquoi certaines attributions restent difficiles.

Ce crédit identifié ne concerne pas directement Ringo, mais il apporte une règle de méthode. Lorsqu’une boîte mentionne « guitare électrique » et le prénom du musicien, on possède une preuve plus précise que lorsqu’elle indique simplement « batterie ». La présence possible de deux batteurs dans le studio ne permet pas de déduire automatiquement qui joue la partie entendue sur l’album.

Le master du triple album et la question des batteurs

Le répertoire de All Things Must Pass mobilise Ringo, Jim Gordon, Alan White et d’autres instrumentistes selon les journées, tandis que Phil Spector multiplie les couches de batterie et de percussions. Les crédits généraux publiés pour l’album sont importants, mais ils n’établissent pas définitivement la présence de chaque participant sur chaque morceau. L’archive Harrison reconnaît explicitement que certaines distributions de prises resteront difficiles à résoudre.

La fiche distinguera donc la contribution démontrée de Ringo le 26 mai de la batterie du master sélectionné le 2 juin. Une attribution détaillée pourra être ajoutée si elle repose sur une feuille de personnel, une bande isolée ou un témoignage suffisamment précis. En attendant, mieux vaut citer la formation générale des sessions sans transformer celle-ci en crédit de morceau certain.

La production de Phil Spector et l’importance des huit pistes

La réalisation du disque cherche un son massif, fondé sur plusieurs guitares, claviers et percussions joués ou assemblés ensemble. Les contraintes du huit pistes nécessitent de mélanger plusieurs micros de batterie ou plusieurs instruments sur un seul canal. Une fois ces sons réunis, les différences entre musiciens peuvent devenir difficiles à isoler. Les rééditions modernes offrent parfois une meilleure séparation du mixage final, mais elles ne peuvent pas reconstruire tout ce qui a été fusionné sur une piste d’origine.

Cette dimension technique explique pourquoi la sessionographie doit accorder autant d’importance aux documents de production qu’aux souvenirs. Une boîte de bande peut indiquer la nature d’un instrument sans désigner son interprète ; une liste générale peut donner un musicien sans la prise sur laquelle il a joué. Le travail historique consiste à croiser ces sources, et non à combler chaque silence par la personnalité la plus célèbre de la séance.

Octobre 1970 : le mixage et les dernières décisions

Le travail de finition se poursuit après les sessions de base. Les archives signalent notamment le mixage d’« I Dig Love » parmi les titres travaillés à Abbey Road au début d’octobre. La production du triple album s’achève dans un calendrier serré, avec des transferts, des remixes et des opérations de mastering réalisées à Londres.

Ces étapes ne constituent pas de nouvelles prestations de batterie par Ringo. Elles permettent d’aboutir au son que les auditeurs découvrent en novembre, mais la présence d’un musicien au générique de l’album ne doit pas être reproduite à chacune des journées de mixage. C’est un point de vigilance important lorsque l’on construit une chronologie destinée au référencement et aux collectionneurs.

« I Dig Love » sur l’album de 1970

La chanson apparaît sur la deuxième partie du programme principal d’All Things Must Pass, dans un ensemble où se côtoient « Awaiting On You All », « Art Of Dying » et « Isn’t It A Pity (Version Two) ». Le morceau participe à la diversité d’un disque souvent résumé à ses titres les plus méditatifs. Son approche plus répétitive et plus directe crée un contraste avec les arrangements amples des grandes ballades.

Le titre ne doit toutefois pas être compris comme une simple pièce mineure : sa genèse documente une quantité importante de travail en studio et le passage par plusieurs conceptions rythmiques. Les trente et une tentatives du 2 juin montrent qu’une chanson apparemment simple peut être particulièrement longue à fixer dans un arrangement satisfaisant.

2021 : une publication qui change l’histoire audible

La sortie anniversaire du 6 août 2021 ajoute à l’album les démonstrations des deux journées de mai, ainsi que des essais et improvisations issus des séances suivantes. Pour « I Dig Love », elle permet d’entendre le morceau avec la batterie de Ringo dans une version qui possède sa propre force. Ce n’est pas un inédit enregistré en 2021, mais la première grande disponibilité officielle d’une performance captée le 26 mai 1970.

La fiche de publication identifiera le disque et la piste dans les différents coffrets, afin de ne pas confondre cette version avec le nouveau mixage du master principal réalisé pour l’anniversaire. L’un des produits propose une présentation remaniée de la chanson publiée en 1970 ; l’autre donne accès à une prise ancienne distincte. Ce sont deux opérations archivistiques et techniques qu’il faut enregistrer séparément.

Pourquoi cette fiche est essentielle au dossier Ringo

La contribution de Ringo sur « I Dig Love » est l’exemple parfait d’un crédit qui gagne en précision grâce à la recherche sur les bandes. La présence générale du musicien chez Harrison était connue depuis longtemps. Le dépouillement officiel du cinquantenaire permet désormais d’identifier une prise datée, de la comparer au master et d’éviter l’affirmation trompeuse qu’une seule batterie traverse toutes les éditions.

Le dossier consacré aux sessions de mai 1970 retrace les deux jours de démonstrations dans leur ensemble. La présente fiche examine le parcours de « I Dig Love » lui-même, depuis sa prise de travail jusqu’aux publications du triple album et du cinquantenaire. Il ne s’agit pas de répéter la biographie de George : il s’agit de donner un identifiant précis à une performance de Ringo.

Questions restant ouvertes

Pour achever la notice au niveau d’une sessionographie de référence, plusieurs recherches demeurent utiles : retrouver les crédits individualisés du master de juin, comparer les versions retenues des années 1970 et 2021, examiner la façon dont les instruments sont répartis sur les huit pistes et identifier les éventuels ajouts postérieurs. Les documents publics permettent d’être certain de la contribution de Ringo à la démonstration du 26 mai, mais toutes les questions relatives au master ne sont pas résolues.

Il serait artificiel de résoudre ces problèmes par une simple écoute « à l’oreille ». La particularité des séances Harrison tient justement à la multiplicité des musiciens et à la densité du son. Les prochaines découvertes devront être présentées comme des ajouts documentaires, sourcés et datés, sans remplacer silencieusement une attribution incertaine par une affirmation catégorique.

Le sens historique de la collaboration

Le Ringo du 26 mai joue pour George quelques semaines après la séparation des Beatles. Sa présence révèle la continuité d’une relation musicale, mais aussi la possibilité de travailler différemment : le batteur n’est plus responsable d’un album collectif de son propre groupe, il accompagne des chansons que Harrison peut désormais conduire selon ses choix. À travers « I Dig Love », les archives montrent un moment de liberté créative qui annonce une série de collaborations décisives des années 1970.

Le grand intérêt de cette histoire tient à la comparaison d’une démonstration directe et d’une production ambitieuse. Elle permet d’entendre, dans la même œuvre, deux mondes de studio, et de situer précisément le rôle de Ringo dans l’un d’eux. Ce niveau de distinction est ce qui transformera progressivement notre inventaire de collaborations en véritable encyclopédie des sessions.

Illustration d’ambiance provenant de la photothèque Yellow-Sub.net. Elle ne prouve pas le lieu de la séance.

Ringo Starr : image d'ambiance pour le chapitre coauteur et Ring O' Records

Sources et archives

Les archives de George Harrison permettent d’attribuer la batterie de la démo à Ringo. La distribution complète du master de juin ne doit pas être déduite automatiquement du personnel général de l’album.

  1. George Harrison, archives officielles du cinquantenaire et notes sur les prises.
  2. George Harrison, contenu officiel des éditions 2021.