Yellow-Sub.net · Dossier historique · Treizième formation · 2018
Sommaire
Ringo Starr et le All-Starr Band en 2018 : 44 concerts, de Paris à Los Angeles, l’année Gouldman
À lire dans le dossier : Graham Gouldman, Colin Hay et l’étape française sont repris dans la synthèse comparative des 70 collaborations de la treizième passe.
1er juin–29 septembre 2018. Ringo Starr retrouve une septième voix collective avec Colin Hay et Graham Gouldman, de l’Olympia et de la Rockhal au Radio City Music Hall et au Greek Theatre. En 30 sections, cette étude restitue les 44 concerts joués, les 46 fiches datées — dont un report et un anniversaire musical —, les sept musiciens, les variations de répertoire et les sources qui permettent de comprendre cette année.
Sommaire de l’étude — 30 sections
- 2018 : une nouvelle affiche, une ancienne idée qui continue de bouger
- Quarante-quatre concerts et quarante-six fiches : les mots ont un poids
- Après 2017 : comment un groupe se renouvelle sans perdre sa signature
- Le 29 novembre 2017, l’annonce officielle dessine la treizième formation
- Sept musiciens, une scène : ne pas inventer un huitième titulaire
- Sir Ringo Starr : entre le souvenir des Beatles et le présent d’une tournée
- Graham Gouldman : 10cc entre dans la maison du All-Starr Band
- Colin Hay : le retour de Men at Work, entre ironie et mélancolie
- Steve Lukather : Toto, les sessions et le sens du collectif
- Gregg Rolie : les couleurs de Santana sans la confusion des crédits
- Gregg Bissonette et Warren Ham : les indispensables qui ne dominent pas l’affiche
- Les chansons de Ringo : des Beatles à Anthem, une autobiographie en fragments
- L’écriture, le premier interprète, la version de 2018 : trois colonnes à garder séparées
- Les 1er et 2 juin à Atlantic City : deux soirs pour donner corps à la treizième formation
- Paris, 6 juin : l’Olympia et le retour de Ringo devant le public français
- Du 8 au 19 juin : la nouvelle formation traverse l’Europe du Nord et centrale
- Hambourg, 10 et 11 juin : un report ne vaut pas deux concerts
- Vienne et Tel-Aviv : trois soirs, deux contextes et une méthode
- Espagne, du 26 juin au 1er juillet : quatre villes et un même principe musical
- Esch-sur-Alzette, 4 juillet : la Rockhal dans l’itinéraire de Ringo
- Monaco, Nice, Lucques, Marostica, Rome : la fin de l’étape européenne
- Nice, 7 juillet : Peace & Love, trois chansons et un événement à part
- Les témoins de 2018 : annonces, comptes rendus, programmes et images
- Du 1er au 9 septembre : l’Amérique reprend la parole
- Du 11 au 18 septembre : Radio City Music Hall et la côte Est
- Du 19 au 23 septembre : Pittsburgh, Cleveland et les villes du Midwest
- Du 25 au 29 septembre : Denver, San Diego, San Jose et le Greek Theatre
- L’année Gouldman, la mémoire de 1989 et le passage vers 2019
- Calendrier critique : les 46 fiches datées et le statut des 44 concerts
- Sources commentées, études connexes et limites de la documentation
1. 2018 : une nouvelle affiche, une ancienne idée qui continue de bouger
Un ancien Beatle qui remonte sur scène n’est plus une rareté en 2018. Pourtant, Ringo Starr & His All-Starr Band réserve encore une surprise : après six années d’une formation relativement stable, le groupe change deux de ses voix les plus identifiables. Colin Hay revient, Graham Gouldman arrive, et l’aventure prend une couleur où l’Australie de Men at Work dialogue avec la pop de 10cc, la guitare de Toto et l’orgue de Santana. Ce cocktail serait invraisemblable sur un disque de studio ordinaire. Il devient presque naturel dans le spectacle inventé par Ringo en 1989.
La treizième formation joue d’abord deux soirs à Atlantic City, rejoint Paris, traverse une partie de l’Europe et Israël, puis retrouve les États-Unis en septembre. Entre le 1er juin et le 29 septembre 2018, la chronologie retenue comporte 44 concerts effectivement joués. Une date hambourgeoise déplacée et un événement d’anniversaire à Nice possèdent également leur fiche. En les faisant entrer indistinctement dans le total, on manquerait une nuance essentielle : une tournée peut avoir des traces publiques qui ne sont pas des représentations complètes.
Le charme de cette année tient au contraste entre la stabilité du principe et la liberté de l’affiche. Ringo revient à ses chansons comme à un port d’attache ; les autres chanteurs déploient leurs propres succès ; la batterie, les guitares et les claviers construisent une conversation plutôt qu’un accompagnement anonyme. L’analyse de 2018 demande donc deux lectures simultanées, l’histoire d’une tournée et celle d’un répertoire collectif. Notre dossier croise les deux, sans transformer des listes de morceaux de provenance différente en une setlist imaginaire.
2. Quarante-quatre concerts et quarante-six fiches : les mots ont un poids
Le chiffre 44 n’est pas un slogan de promotion. Il correspond au nombre de concerts retenus dans notre reconstitution de 2018. Le registre contient cependant 46 fiches datées : quarante-quatre soirées de tournée, la date initiale de Hambourg du 10 juin et la manifestation Peace & Love de Nice du 7 juillet. L’existence de ces deux documents supplémentaires ne contredit pas le total ; elle oblige simplement à décrire ce qu’ils représentent. C’est cette méthode qui permet d’éviter les variations arithmétiques d’un site à l’autre.
Hambourg est un report : le spectacle initialement prévu le 10 juin a été joué le lendemain, le 11. Les deux fiches ne témoignent pas de deux concerts allemands consécutifs. Nice est un événement public distinct : Ringo et ses amis y participent à une célébration d’anniversaire avec plusieurs chansons, mais le format et la fonction diffèrent d’une représentation complète. La fiche de Nice et celle du report de Hambourg restent donc dans le dossier pour documenter la communication et la vie de la tournée, sans augmenter artificiellement le nombre de concerts.
La même vigilance s’applique aux salles qui changent de nom, aux villes de périphérie, aux annonces imprimées plusieurs mois avant la représentation et aux titres mentionnés seulement dans certains relevés. Le calendrier n’est pas une addition automatique d’affiches. Il est une série de propositions historiques dont la solidité doit être évaluée. Nous avons choisi de rendre ce travail visible : dans le tableau final, chaque fiche possède son lien et son statut. Le lecteur peut ainsi retrouver les traces sans être obligé de faire confiance à un total magique.
3. Après 2017 : comment un groupe se renouvelle sans perdre sa signature
La formation active de 2012 à 2017 avait fini par donner au All-Starr Band un profil sonore particulièrement reconnaissable. Steve Lukather, Gregg Rolie, Warren Ham et Gregg Bissonette y conservaient leurs places, tandis que la treizième formule modifie les figures du premier plan avec le départ de Richard Page et Todd Rundgren et l’arrivée de Graham Gouldman et Colin Hay. Le changement ne concerne pas uniquement les biographies affichées sur l’affiche : il transforme la distribution des morceaux entre les chanteurs.
Dans un groupe de rock traditionnel, le remplacement d’un bassiste ou d’un guitariste impose surtout d’adapter l’instrumentation. Ici, une recrue apporte aussi un catalogue. Quand Gouldman arrive, Dreadlock Holiday, I’m Not in Love et The Things We Do for Love entrent dans le jeu collectif. Quand Colin Hay reprend sa place, Who Can It Be Now?, Down Under et, selon les concerts, Overkill deviennent à nouveau des moments identifiés du programme. Ce déplacement du centre de gravité est plus profond qu’une simple alternance de solos.
Ringo, pourtant, demeure immédiatement reconnaissable. Son jeu de batterie, ses interventions et son répertoire ne cherchent pas à se métamorphoser pour suivre chaque nouveau partenaire. Il offre une continuité à des musiciens venus de traditions souvent éloignées. Cette permanence permet précisément l’audace des changements. La transition entre l’étude de 2017 et celle de 2018 montre une logique de renouvellement qui était inscrite dans le nom du All-Starr Band dès le premier été de 1989.
4. Le 29 novembre 2017, l’annonce officielle dessine la treizième formation
Le 29 novembre 2017, le site officiel de Ringo Starr annonce la treizième formation et son retour sur les scènes européennes. La nouvelle est précise : Colin Hay revient dans le groupe et Graham Gouldman, figure de 10cc, le rejoint pour la première fois. Avec eux restent Steve Lukather, Gregg Rolie, Warren Ham et Gregg Bissonette. Ringo complète ainsi un ensemble de sept musiciens qui, malgré ses multiples références discographiques, conserve une taille maîtrisable. L’annonce évoque également une tournée européenne, avec passage en Israël, après plusieurs années sans circuit de cette ampleur dans la région.
Un communiqué de tournée est un document capital pour dater le projet, mais ce n’est pas une photographie de tout ce qui se produira ensuite. Les listes de salles y reflètent les contrats et les intentions du moment ; elles peuvent être complétées, corrigées ou réagencées. Le changement d’horaire à Hambourg ou l’adaptation de certaines salles espagnoles rappellent que la promotion n’est pas la dernière étape de l’histoire. En mars 2018, une autre annonce officielle présente la partie américaine de septembre, elle aussi susceptible de recevoir des ajustements.
On y lit la stratégie générale de l’année : revenir en Europe avec un plateau renouvelé, retrouver des salles américaines familières et continuer à proposer un spectacle de chansons très connues sans dépendre d’un nouvel album collectif. La tournée accompagne l’actualité discographique de Ringo, mais n’en est pas le simple prolongement. C’est précisément la tension intéressante de 2018 : le projet défend Give More Love, album solo de 2017, tout en construisant son identité scénique avec des décennies de classiques empruntés à plusieurs histoires de la pop et du rock.
5. Sept musiciens, une scène : ne pas inventer un huitième titulaire
La distribution de 2018 tient en sept noms : Ringo Starr à la batterie et au chant ; Steve Lukather à la guitare et au chant ; Colin Hay à la guitare et au chant ; Graham Gouldman à la basse, à la guitare et au chant ; Gregg Rolie aux claviers et au chant ; Warren Ham aux vents, aux claviers et aux chœurs ; enfin Gregg Bissonette à la batterie. Cette répartition permet à plusieurs musiciens de changer de fonction dans une même soirée. Elle ne dit toutefois pas exactement qui joue chaque note sur chaque chanson.
L’index historique du site conserve également un crédit de direction musicale associé à Mark Rivera. Ce crédit demande une convention claire : il n’autorise pas à ajouter automatiquement Rivera à la liste des sept personnes annoncées sur scène en 2018. Un rôle de direction ou de préparation musicale peut être réel sans correspondre à une présence de titulaire durant les quarante-quatre concerts. Les notices sont d’autant plus utiles qu’elles séparent les membres du groupe, les invités d’une soirée et les crédits de travail musical.
La distribution peut sembler moins spectaculaire que celle du premier All-Starr Band de 1989, avec ses trois batteurs et son impressionnante collection de légendes. Elle possède en revanche une souplesse remarquable. Chaque chanteur est soutenu par un groupe capable de conserver le grain d’origine des grands succès sans devoir reproduire mécaniquement les disques. Chez Ringo, la virtuosité n’a jamais été une compétition d’ego. Le véritable luxe, c’est de faire croire que les styles de 10cc, Men at Work, Toto et Santana ont toujours eu vocation à partager une seule scène.
6. Sir Ringo Starr : entre le souvenir des Beatles et le présent d’une tournée
En 2018, Ringo Starr a soixante-dix-sept ans au début de la tournée, puis soixante-dix-huit ans le 7 juillet. Ce détail biographique ne doit pas transformer chaque concert en récit de performance physique extraordinaire. L’intérêt est ailleurs : il joue toujours de la batterie devant de vastes publics, chante des titres qui ont traversé un demi-siècle et fait place à des musiciens dont la carrière s’est déployée après les Beatles. Sa présence relève autant de la continuité personnelle que de la mémoire collective.
Le titre de Sir Ringo Starr, reçu cette année-là, ajoute une couche de reconnaissance officielle à une personnalité dont l’image publique reste volontiers décontractée. Mais les institutions ne montent pas sur scène à sa place. Ce sont les chansons, le tempo, l’humour de quelques interventions et la familiarité de sa voix qui donnent au spectacle son centre de gravité. Ringo n’essaie pas de refaire l’histoire des Beatles en associant des imitateurs à son propre nom. Il invite d’autres artistes à faire exister leurs œuvres devant un public souvent venu d’abord pour lui.
Ses choix de programme expliquent cette position particulière. Yellow Submarine, With a Little Help from My Friends et Act Naturally rappellent l’aventure du groupe de Liverpool. Photograph, It Don’t Come Easy, You’re Sixteen et Anthem montrent un parcours solo qui n’est pas figé aux années 1970. L’ensemble fonctionne comme une autobiographie musicale par touches successives. À chaque retour de Ringo au micro, le public retrouve un fil. Entre ces retours, le All-Starr Band raconte le reste du monde.
7. Graham Gouldman : 10cc entre dans la maison du All-Starr Band
L’arrivée de Graham Gouldman est l’un des événements musicaux majeurs de l’année. Compositeur et bassiste associé à 10cc, mais aussi à de nombreuses étapes de la pop britannique des décennies précédentes, il ne vient pas jouer le simple rôle d’accompagnateur de luxe. Il apporte un répertoire qui ne ressemble ni à la soul de Gregg Rolie ni au rock de guitare de Steve Lukather. I’m Not in Love, The Things We Do for Love et Dreadlock Holiday possèdent une écriture mélodique, une ironie et une architecture sonore très particulières.
Les trois chansons ne sont pas interchangeables sur le plan de l’histoire de 10cc. I’m Not in Love relève de l’époque du quatuor et de l’album The Original Soundtrack (1975). The Things We Do for Love marque une transition dans la formation et la vie discographique du groupe, tandis que Dreadlock Holiday provient de Bloody Tourists (1978). Sur scène, Gouldman les relie par sa voix et son identité de musicien, mais il serait inexact de les décrire comme trois enregistrements d’une même époque ou d’un même dispositif de studio.
La vraie question est celle de la traduction. Comment rendre l’atmosphère de I’m Not in Love sans reproduire les extraordinaires couches vocales de l’original ? Comment maintenir la légèreté rythmique de Dreadlock Holiday dans un orchestre de rock américain ? Ringo et ses partenaires répondent par des arrangements de scène où la reconnaissance de la mélodie compte davantage que l’imitation exacte. La recherche dédiée à Gouldman décompose les périodes de 10cc et montre pourquoi sa contribution ne peut être résumée à « trois tubes anglais ».
8. Colin Hay : le retour de Men at Work, entre ironie et mélancolie
Colin Hay possède un avantage scénique rare : presque tout le monde reconnaît la pulsation de Down Under et l’appel de Who Can It Be Now?, mais ses chansons savent dépasser le plaisir du souvenir. L’ancien chanteur de Men at Work apporte une voix éraillée, un sens très personnel du récit et une énergie moins monumentale que les grandes pièces de Toto. Son retour après plusieurs années d’absence change la conversation entre les solistes, et 2018 en porte la trace dès les premiers concerts.
Overkill, lorsqu’il figure dans les programmes consultés, introduit une nuance importante. Le morceau est une chanson inquiète, moins conçue pour le triomphe collectif que pour une interprétation tendue et attentive. Sa présence rappelle que le All-Starr Band n’a pas besoin de transformer tous ses invités en animateurs de fête. Les musiciens peuvent aussi y retrouver un morceau moins évident, le faire entendre avec des partenaires nouveaux et ainsi redonner un peu de profondeur aux années 1980, souvent réduites à une poignée de refrains de radio.
Hay passe de la guitare au chant, et son jeu laisse à Gregg Bissonette et Ringo la possibilité de nuancer l’assise rythmique. Les chansons de Men at Work doivent supporter un saxophone immédiatement identifiable dans leur histoire originale, mais la présence de Warren Ham ne transforme pas automatiquement chaque interprétation en copie de studio. C’est la chanson qui circule, pas le décor complet de son premier succès. Pour un auditeur jeune, cette circulation ouvre une porte vers Men at Work ; pour un spécialiste, elle permet de comparer plusieurs générations d’arrangements sans confondre les auteurs, les versions de disque et les performances du All-Starr Band.
9. Steve Lukather : Toto, les sessions et le sens du collectif
Avec Steve Lukather, Ringo dispose d’un guitariste à la technique spectaculaire mais dont la biographie ne se réduit pas à l’exhibition instrumentale. Son travail avec Toto, son expérience de musicien de studio et son aptitude à accompagner des chanteurs très différents font de lui un pivot du groupe. En 2018, ses moments les plus immédiatement reconnaissables passent par Rosanna, Africa et Hold the Line. Ces titres n’ont pourtant ni les mêmes auteurs ni la même histoire d’enregistrement.
Rosanna fut écrite par David Paich, et Africa par David Paich et Jeff Porcaro. Sur scène, Lukather représente cet univers musical sans en devenir l’auteur exclusif. La précision peut sembler scolaire, mais elle est essentielle dans une encyclopédie de la chanson : chanter un morceau, jouer dans son enregistrement de référence et en détenir le crédit d’écriture sont trois réalités différentes. Le All-Starr Band fait volontiers se superposer ces rôles, sans qu’on doive les confondre en les racontant.
Son autre responsabilité apparaît pendant les numéros des partenaires. La guitare doit garder de la vigueur sur Santana, soutenir la pop plus fragile de 10cc, puis retrouver le mordant rock de ses propres chansons. La fiche consacrée à sa guitare dans le jeu collectif montre cette capacité à se déplacer sans effacer les autres. Le phénomène est presque paradoxal : plus la réputation individuelle de Lukather grandit, plus il est utile au groupe lorsqu’il accepte de jouer peu, ou de simplement placer la bonne note au bon endroit. C’est un principe que Ringo connaît depuis Liverpool.
10. Gregg Rolie : les couleurs de Santana sans la confusion des crédits
Gregg Rolie représente une autre mémoire américaine : celle du premier Santana, où l’orgue, les voix et les percussions transforment le blues-rock en une musique traversée de rythmes latins. Dans le spectacle de Ringo, Evil Ways, Black Magic Woman et Oye Como Va offrent des passages immédiatement reconnaissables. Il serait néanmoins abusif de présenter ces trois chansons comme des compositions de Rolie ou même comme trois œuvres écrites par Santana. Le premier succès d’un interprète n’est pas toujours la naissance d’une chanson.
Black Magic Woman vient de la plume de Peter Green et de l’histoire de Fleetwood Mac, tandis que Oye Como Va appartient au répertoire de Tito Puente avant d’être remodelé par Santana. Le medley qui associe parfois Black Magic Woman à Gypsy Queen ne doit pas gonfler mécaniquement les statistiques de chansons : il convient de noter si une source le compte comme une plage ou distingue ses deux composantes. Ce détail prend une importance surprenante lorsque l’on compare des setlists compilées par différents spectateurs.
Le jeu de Rolie unit les sections du spectacle. Son orgue peut soutenir des titres de Ringo avec discrétion, puis imposer soudain un climat presque psychédélique lorsque vient son propre tour. La mise au point sur les répertoires de Toto et de Santana approfondit cette question des crédits. Pour Yellow-Sub.net, elle rejoint un thème plus large : les chansons populaires vivent parfois plusieurs vies avant de figurer dans un concert. Les catalogues ne doivent pas effacer le chemin qui les a menées jusqu’à la scène de 2018.
11. Gregg Bissonette et Warren Ham : les indispensables qui ne dominent pas l’affiche
Il est facile de parler des solistes d’un All-Starr Band : chaque chanson célèbre fournit sa propre entrée en matière. Les fonctions de Gregg Bissonette et Warren Ham sont moins immédiatement visibles, et peut-être plus décisives. Le premier constitue avec Ringo un socle de batterie solide, capable de passer des tempos souples de la pop aux accents plus massifs du rock américain. Le second apporte des couleurs de saxophone, de flûte, de claviers et de percussions, tout en prenant part aux chœurs. Les deux hommes permettent à une formation de sept musiciens d’occuper un espace sonore autrement plus vaste.
La présence de deux batteurs ne signifie pas nécessairement deux parties identiques à chaque instant. Ringo peut se lever pour chanter, laisser le groupe assurer une transition, puis rejoindre Bissonette derrière les fûts. Leur complémentarité évite à la musique de perdre son élan lorsque le chanteur principal change. Ce type de souplesse est souvent sous-estimé dans les comptes rendus, qui préfèrent citer la prochaine chanson connue plutôt que décrire les conditions de son exécution.
Ham résout d’autres difficultés. Men at Work, Toto et Santana ont des signatures instrumentales très différentes ; un seul musicien polyvalent doit parfois évoquer un son sans prétendre reproduire une section entière de vents ou plusieurs claviers de studio. L’essentiel consiste à conserver les repères mélodiques et l’énergie des chansons. Voilà pourquoi la distribution de 2018 fonctionne si bien sur le papier : le groupe n’est pas seulement une addition de notoriétés. Il est conçu autour de musiciens qui connaissent le travail d’accompagnement et savent prolonger le spectacle même lorsque les projecteurs se tournent ailleurs.
12. Les chansons de Ringo : des Beatles à Anthem, une autobiographie en fragments
Les chansons de Ringo constituent les balises du spectacle. It Don’t Come Easy, Photograph, You’re Sixteen et Act Naturally évoquent plusieurs périodes de sa carrière ; Yellow Submarine, I Wanna Be Your Man et With a Little Help from My Friends rappellent les Beatles. La présence de Anthem, titre lié à son album Ringo 2012, introduit un élément plus récent dans cette mémoire collective. Le public vient souvent pour la légende, mais le chanteur refuse de limiter son identité à une photographie de 1965.
Les crédits demandent une attention comparable à celle portée aux morceaux de ses partenaires. Act Naturally n’est pas une composition des Beatles, et You’re Sixteen précède le succès de Ringo. What Goes On, réintroduite dans certains programmes américains de septembre, possède une histoire particulière dans le catalogue des Beatles et un crédit associant Lennon, McCartney et Starkey. En parcourant les titres, on traverse donc à la fois le métier d’interprète de Ringo, son répertoire solo et sa participation à l’écriture de certaines chansons.
Il faut surtout comprendre la fonction scénique de ces retours. Entre deux blocs consacrés à 10cc et Toto, la voix de Ringo rappelle au public pourquoi tout ce monde se trouve réuni. Sa manière de chanter, moins virtuose que celle de certains invités, produit une proximité immédiate. L’album Give More Love de 2017 appartient au contexte de la tournée, mais les documents consultés n’imposent pas l’idée d’un spectacle fondé avant tout sur sa promotion. L’architecture reste celle d’une anthologie vivante, où Ringo est la figure centrale sans confisquer le programme.
13. L’écriture, le premier interprète, la version de 2018 : trois colonnes à garder séparées
L’un des pièges du All-Starr Band tient à la facilité du langage promotionnel. Une soirée annonce « les tubes de Toto », « les classiques de Santana » ou « les chansons de 10cc », ce qui suffit généralement à orienter le public. Pour écrire une histoire musicale sérieuse, ces raccourcis ne suffisent plus. Œuvre, premier enregistrement et interprétation de 2018 sont trois catégories. Les confondre, c’est attribuer à un guitariste le morceau qu’il joue, ou à une formation le titre qu’elle a rendu célèbre après sa création ailleurs.
Il suffit de rapprocher Black Magic Woman, Act Naturally, Rosanna et I’m Not in Love pour saisir la richesse du problème. Elles portent toutes une forte identité d’interprète, mais les crédits d’auteur obéissent à des trajectoires différentes. De même, une version de scène peut se transformer : le All-Starr Band simplifie des arrangements complexes, amplifie une partie de guitare ou installe un chœur à la place d’une texture de studio. Il s’agit bien d’une interprétation nouvelle, même lorsque la chanson demeure immédiatement reconnaissable.
La méthode vaut également pour le comptage des titres. Une coda de Give Peace a Chance peut être mentionnée séparément après With a Little Help from My Friends ou intégrée à son final. L’introduction de Stairway to Heaven, signalée dans certaines archives de concerts, ne doit pas devenir un morceau complet sans preuve de son exécution intégrale. Notre étude conservera donc une distinction entre le programme principal, les citations musicales et les reprises collectives. Elle est moins spectaculaire qu’une liste gonflée de trente chansons ; elle est beaucoup plus utile à celui qui veut reconstituer une soirée.
14. Les 1er et 2 juin à Atlantic City : deux soirs pour donner corps à la treizième formation
Avant les grandes scènes européennes, Atlantic City reçoit deux concerts de lancement les 1er et 2 juin 2018, au complexe Borgata. Les fiches désignent respectivement The Music Box et le Borgata Events Center. Dans les annonces promotionnelles initiales, le public trouve parfois seulement une entrée dans l’itinéraire ; l’archive du dossier conserve les deux soirées. La précision évite de résumer la naissance de cette distribution à l’Olympia de Paris, qui constitue en réalité son troisième concert recensé.
Ces premières scènes ont une fonction pratique. Reconstituer le spectacle avec deux nouveaux chanteurs implique des balances sonores, des passages de relais, un placement des instruments et des arrangements à éprouver devant un véritable public. La setlist ne se résume pas à l’addition de tubes que chacun pourrait défendre seul. Les séquences de 10cc doivent rencontrer celles de Toto et de Santana sans provoquer d’interruption permanente ; les chansons de Ringo doivent revenir avec naturel, comme un refrain collectif auquel tout le groupe participe.
On aurait tort d’imaginer que la simple ancienneté des musiciens supprime la nécessité de ces ajustements. La maîtrise individuelle n’est jamais la même chose que la cohésion d’un ensemble. À Atlantic City, la question devient concrète : comment répartir les instruments lorsque Gouldman prend la voix, lorsque Hay change de chanson ou lorsque Ringo quitte son siège de batterie ? Ces détails ne figurent pas toujours sur les billets, mais ils sont le travail invisible qui permettra d’enchaîner ensuite de longues semaines de concerts. Les fiches du 1er juin et du 2 juin ouvrent la série chronologique de cette treizième formation.
15. Paris, 6 juin : l’Olympia et le retour de Ringo devant le public français
Le 6 juin 2018, l’Olympia de Paris accueille la nouvelle formation. La date est importante à deux titres. Elle permet au public français de retrouver Ringo Starr sur scène, mais elle arrive aussi au début d’un parcours européen attendu depuis plusieurs années. Le lieu appartient à une autre mémoire du rock que les amphithéâtres américains, et son nom suffit à rappeler les passages historiques de quantité d’artistes des deux côtés de l’Atlantique. Il serait cependant trop facile de transformer cette filiation en événement exceptionnel sans regarder le programme réel.
Le groupe y présente le principe qui l’accompagnera tout l’été : Ringo alterne les Beatles, son répertoire solo et les prestations des six partenaires. Le public reçoit 10cc, Men at Work, Toto et Santana dans la même soirée, sans que les chansons de ces artistes soient réduites à des reprises anonymes. Plusieurs sources signalent une participation de Joan Baez au final. Le dossier distingue cette apparition ponctuelle de l’effectif permanent ; elle n’autorise pas à ajouter une chanteuse au groupe pour l’ensemble de la tournée.
Un compte rendu de concert peut rendre l’atmosphère d’une salle, décrire la réception d’un titre ou relever un mot d’humour. Il ne doit pas remplacer systématiquement les documents de programme, surtout lorsque les spectateurs ne comptent pas les medleys ou les refrains de la même manière. La recherche sur l’Olympia et la fiche de la soirée fournissent des niveaux d’entrée différents : contexte, salle, setlist, témoignages. C’est exactement le type de documentation croisée dont un dossier de longue haleine a besoin pour dépasser le simple « Ringo est passé à Paris ».
16. Du 8 au 19 juin : la nouvelle formation traverse l’Europe du Nord et centrale
Après Paris, la tournée prend un rythme de route soutenu : Grolloo le 8 juin aux Pays-Bas, Flensburg le 9, puis Hambourg dans les conditions particulières que nous détaillons plus loin. Viennent ensuite Helsinki le 13, Horsens le 15, Berlin le 16, Zwickau le 17 et Prague le 19. Les salles vont du festival de blues aux théâtres et espaces municipaux. Une telle variété ne permet pas d’imaginer le même dispositif acoustique à chaque étape.
Dans les relevés de Grolloo et de Prague, Anthem figure parmi les chansons interprétées par Ringo ; elle n’apparaît pas à l’identique dans toutes les listes allemandes. Ce type de différence ne prouve pas que le groupe changeait radicalement de programme chaque soir. Il signale plutôt la nécessité de qualifier les sources : une setlist peut être complète, résumée ou publiée à partir de notes recueillies après le spectacle. La précision de la date doit toujours accompagner la précision de la chanson.
La route permet également de mesurer la géographie du projet. Ringo ne se contente pas de capitales et de salles prestigieuses. Le circuit traverse des villes régionales, des festivals et des pays où les générations de fans entretiennent des rapports différents à la culture Beatles. Les morceaux de 10cc et Men at Work fournissent des portes d’entrée nouvelles. Des spectateurs qui connaissent d’abord Down Under ou I’m Not in Love rencontrent ainsi Photograph et Yellow Submarine dans le même spectacle. Le All-Starr Band fonctionne comme une passerelle musicale, plus proche d’une conversation transgénérationnelle que d’une réunion nostalgique.
17. Hambourg, 10 et 11 juin : un report ne vaut pas deux concerts
Le cas de Hambourg mérite une place à part, parce qu’il expose un problème fréquent des archives de tournée. Le spectacle figure dans l’annonce initiale au 10 juin 2018, mais il est reporté au 11 juin. La fiche du 10 juin conserve l’existence de cette programmation antérieure ; celle du 11 juin documente la représentation jouée au Stadtpark. La correction est nette et doit être portée sans ambiguïté dans la chronologie générale : il n’y a pas deux concerts hambourgeois consécutifs à ajouter au total.
Pourquoi garder la première fiche ? Parce que les annonces ont leur propre valeur documentaire. Une publicité, un billet ou un calendrier distribué avant le changement peuvent continuer de circuler longtemps après le concert. L’effacer rendrait incompréhensible le désaccord entre deux sources de bonne foi. Mais compter la première date comme un spectacle serait une erreur plus grave : l’existence d’un document authentique ne garantit pas que l’événement qu’il annonce a eu lieu au jour prévu.
La mémoire de la ville ajoute une dimension particulière. Les Beatles ont vécu à Hambourg une part décisive de leurs années de formation, bien avant les stades et la célébrité mondiale. Retrouver Ringo dans cette cité en 2018 possède donc une signification biographique. Certaines notices attribuent également une apparition à Klaus Voormann, ami de la première génération beatle, autour du final. L’invitation, si on la relate, doit être datée au 11 juin et séparée de la composition régulière du groupe. La symbolique n’autorise ni une date supplémentaire ni une reconstruction fictive de l’histoire.
18. Vienne et Tel-Aviv : trois soirs, deux contextes et une méthode
Vienne, le 20 juin, puis Tel-Aviv, les 23 et 24 juin, donnent à la tournée une autre géographie. Après les scènes d’Europe centrale, le All-Starr Band se présente deux soirs à la Menorah Arena en Israël. Les deux concerts de Tel-Aviv sont bien deux représentations distinctes ; la proximité du lieu et du programme n’autorise pas à n’en conserver qu’une seule. À l’inverse, l’inscription d’un morceau dans un relevé du 23 ne prouve pas automatiquement sa présence le 24 sans document propre à cette date.
Les fiches israéliennes offrent justement l’occasion de comparer les programmes. Le dossier spécifique du 24 juin signale un ordre de vingt et une plages principales et une coda de Give Peace a Chance. La correspondance avec le 23 mérite d’être relevée, mais elle n’implique pas que les solos, les interventions parlées ou la réaction du public aient été reproduits à l’identique. Une setlist est une charpente, non l’enregistrement exhaustif d’une soirée.
La tournée traverse également des situations politiques et culturelles distinctes. Les musiciens peuvent y défendre les mêmes valeurs de fraternité que sur une scène américaine sans que chaque lieu donne au slogan Peace & Love exactement la même résonance. Dans cette analyse, il convient de ne pas prêter aux membres du groupe des déclarations politiques qu’ils n’ont pas tenues. Ce que les sources attestent, ce sont les concerts, les chansons et la continuité d’un collectif qui fait circuler son répertoire d’un pays à l’autre. La lecture historique peut expliquer le contexte ; elle ne doit jamais fabriquer les intentions des artistes.
19. Espagne, du 26 juin au 1er juillet : quatre villes et un même principe musical
Après Israël, quatre villes espagnoles accueillent le groupe : Barcelone le 26 juin, Madrid le 28, La Corogne le 29 et Bilbao le 1er juillet. L’itinéraire est resserré, mais les situations ne sont pas identiques. Les salles, leur implantation et les attentes locales diffèrent, comme les chroniques publiées à l’issue des concerts. Le fait de jouer dans un même pays ne signifie pas que quatre soirées peuvent être résumées à une seule photographie ou à une setlist représentative.
Pour un public espagnol, les chansons des Beatles portent évidemment une mémoire ancienne. Mais la treizième formation propose d’autres horizons : les tubes de Santana, une histoire américaine aux racines latines ; ceux de Toto, associés aux radios des années 1980 ; Men at Work et 10cc, qui ont construit des succès internationaux d’une tout autre manière. L’intérêt du All-Starr Band est de faire vivre simultanément ces traditions sans leur imposer un récit unique. Ringo peut jouer Matchbox, puis laisser un autre chanteur ouvrir un nouveau chapitre.
Notre enquête sur les quatre concerts espagnols confronte les annonces, les programmes et les reportages locaux. Elle souligne également les changements d’intitulé des salles, notamment à Bilbao. Dans le calendrier final, les fiches portent le nom utilisé dans le dossier afin que les recherches puissent recouper différentes formes d’une même adresse. L’exigence est modeste mais nécessaire : un lieu renommé ne doit pas créer un concert supplémentaire, et une source élogieuse ne doit pas devenir un chiffre de fréquentation sans vérification.
20. Esch-sur-Alzette, 4 juillet : la Rockhal dans l’itinéraire de Ringo
Le 4 juillet 2018, le All-Starr Band se produit à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette, au Luxembourg. Cette étape possède un intérêt particulier pour un lectorat francophone : elle suit de près le passage parisien du 6 juin, sans être pour autant sa répétition géographique immédiate. Près d’un mois, plusieurs pays et de nombreux concerts séparent les deux salles. La tentation de regrouper « Paris et Luxembourg » sous une même courte tournée régionale manquerait la dimension continentale du voyage.
La Rockhal représente un autre type de lieu que l’Olympia. Elle s’inscrit dans un environnement de spectacles modernes et transfrontaliers, où le public peut venir de plusieurs pays voisins. Mais l’historien doit se méfier des généralités faciles sur la réception luxembourgeoise : sans chiffres vérifiés ou témoignages cités, on ne peut attribuer à la salle une atmosphère précise. L’essentiel, parfaitement établi, demeure le concert du 4 juillet, sa place dans la route européenne et le programme interprété par les sept musiciens.
Sur le plan musical, cette date permet d’observer le degré de stabilité atteint après les premières semaines de tournée. Les morceaux de Gouldman, de Hay et de Lukather ont désormais trouvé leurs points de passage ; les retours de Ringo à la voix structurent la soirée. On peut ainsi lire la fiche de la Rockhal en parallèle de l’Olympia et de la recherche Paris–Luxembourg. Cette comparaison donne une idée plus juste de la tournée que deux souvenirs séparés par un simple lien géographique. Elle rappelle aussi que la carrière de Ringo continue de s’écrire dans des lieux parfois moins attendus que Londres, New York ou Los Angeles.
21. Monaco, Nice, Lucques, Marostica, Rome : la fin de l’étape européenne
La dernière séquence européenne se déroule sous les lumières de la Méditerranée : Monaco le 6 juillet, puis Lucques le 8, Marostica le 9 et Rome le 11. Entre Monaco et les concerts italiens se glisse la célébration du 7 juillet à Nice, à traiter comme un événement d’anniversaire distinct. La proximité de ces lieux ne doit pas effacer la variété des contextes : un cadre de festival ou de gala, une place italienne en plein air et un auditorium romain ne produisent pas les mêmes conditions de jeu.
Les trois étapes italiennes forment un ensemble cohérent, mais chacune garde une identité. À Lucques, la Piazza Napoleone situe le spectacle au cœur d’un festival urbain ; à Marostica, la Piazza degli Scacchi offre un autre décor monumental ; à Rome, la Cavea de l’Auditorium Parco della Musica introduit une architecture contemporaine. Il est tentant d’opposer systématiquement le charme des places italiennes aux salles nord-américaines. Ce contraste sert un récit de voyage, mais ne dit rien, à lui seul, de la qualité du son ou de la réception publique.
Les archives conservent aussi les questions de programme. Selon les soirées, Overkill et The Things We Do for Love changent de place dans l’enchaînement ; la comparaison de Lucques et de Marostica le montre. Notre étude des trois concerts italiens examine les sources locales et les divergences de setlists. La soirée romaine du 11 juillet clôt la première moitié de la tournée. Le groupe reprendra la scène aux États-Unis en septembre avec la même distribution, mais dans un contexte de salle, de répertoire et de promotion différent. La charnière de juillet mérite donc de compter comme une véritable fin de chapitre.
22. Nice, 7 juillet : Peace & Love, trois chansons et un événement à part
Le 7 juillet 2018, Ringo Starr célèbre son 78e anniversaire devant le Hard Rock Café de Nice. L’année marque aussi la dixième édition du rituel Peace & Love, commencé à Chicago en 2008 : à midi, les participants sont invités à penser, dire ou partager ce message, où qu’ils se trouvent dans le monde. Il ne s’agit pas d’un simple rendez-vous promotionnel accessoire, car l’événement est devenu une composante de l’image publique de Ringo et de sa relation avec les fans.
Le communiqué officiel relate une courte prestation musicale autour d’Act Naturally, de With a Little Help from My Friends et de Funk 49. Joe Walsh, beau-frère de Ringo et ancien compagnon du All-Starr Band, participe à la fête ; Matt Sorum y est présenté comme un All-Starr honorifique de circonstance. Les musiciens présents ne constituent pas pour autant une nouvelle formation de tournée. Il faut distinguer l’hommage musical du rassemblement public et des concerts complets donnés les jours voisins à Monaco ou en Italie.
Voilà pourquoi la fiche niçoise apparaît dans les archives, mais pas dans le total des quarante-quatre concerts. La nuance est utile à plusieurs niveaux. Elle empêche de transformer trois chansons de célébration en un spectacle de vingt titres ; elle préserve la mémoire d’une réunion bien documentée ; elle rappelle enfin que le All-Starr Band ne vit pas uniquement pendant ses soirées payantes. La scène est aussi, chez Ringo, un moyen de rassembler amis, famille et admirateurs autour d’un message simple. La poésie de l’événement n’a pas besoin d’une fausse ligne de billetterie pour exister.
23. Les témoins de 2018 : annonces, comptes rendus, programmes et images
Raconter une tournée récente semble plus facile que reconstituer un été de 1989 : réseaux sociaux, photographies numériques, vidéos et programmes de salles multiplient les traces. Pourtant, l’abondance ne garantit pas la concordance. Une photographie peut provenir de la veille, une annonce de tournée peut survivre à un changement de lieu, un journal peut reprendre une liste de titres transmise par la production et un spectateur peut omettre les refrains ou les medleys. En 2018 comme dans les décennies précédentes, il faut une critique des sources.
Le dossier distingue les documents d’annonce des traces d’exécution. Le site de Ringo a donné la formation et une première liste de dates. Les fiches de concerts conservées sur Yellow-Sub.net permettent ensuite de suivre les salles, les reports et, lorsqu’ils sont accessibles, les programmes attribués aux soirées. Les études détaillées de l’Espagne, de l’Italie et de septembre aux États-Unis confrontent des archives de qualités différentes au lieu de les harmoniser artificiellement.
Il faut aussi résister à la tentation du récit omniscient. Sans archive sonore, nul ne peut restituer exactement un solo ou une réaction du public. Sans chiffre de billetterie vérifié, nul ne devrait écrire qu’un concert s’est donné devant un public record simplement parce qu’une photographie montre une salle pleine. Un dossier sérieux peut parfaitement être vivant, raconter les lieux, les musiciens et le programme, tout en signalant la limite de ce qu’il sait. Cette modestie n’enlève rien à l’enthousiasme : elle permet au lecteur de faire la différence entre une conviction esthétique et un fait établi.
24. Du 1er au 9 septembre : l’Amérique reprend la parole
La deuxième grande séquence de 2018 commence le 1er septembre au complexe Hard Rock de Catoosa, dans l’Oklahoma, souvent associé commercialement à Tulsa. Le groupe poursuit à Rogers le 2, Kansas City le 3, Ames le 5, Saint-Louis le 7, Milwaukee le 8 et South Bend le 9. Sept concerts en neuf jours : le voyage se déroule du Sud central vers le Midwest et relance la mécanique éprouvée au début de l’été.
La formation reste la même, mais les listes de septembre présentent des choix qu’il serait imprudent de projeter rétrospectivement sur chaque concert européen. What Goes On, chanson des Beatles au crédit particulier, s’insère notamment après It Don’t Come Easy dans plusieurs programmes américains. Africa et Overkill figurent également dans des relevés de cette étape. Le groupe n’a pas changé d’identité ; il a adapté son déroulement, comme le font les formations qui vivent assez longtemps sur scène pour ne pas rester prisonnières de la première répétition.
Le cas de South Bend rappelle l’utilité des archives précises. Un changement de salle ou d’intitulé intervient dans la documentation, mais ne crée pas une date supplémentaire. Il appartient aux fiches de restituer ce changement sans grossir l’itinéraire. La recherche américaine consacrée aux vingt et un concerts de septembre replace cette séquence dans le détail des annonces et de leur réalisation. Elle montre que le calendrier est parfois plus instructif quand il conserve ses corrections que lorsqu’il donne l’illusion d’une continuité parfaite.
25. Du 11 au 18 septembre : Radio City Music Hall et la côte Est
La route rejoint ensuite une série de salles de l’Est : Kettering le 11 septembre, Radio City Music Hall à New York le 13, Saratoga Springs le 14, Wallingford le 15, Boston le 17 et Binghamton le 18. Cette succession mêle des espaces régionaux et un lieu qui porte une valeur symbolique internationale. Ringo n’a pas besoin de présenter New York comme une conquête : l’histoire des Beatles y est écrite depuis 1964. Mais le All-Starr Band de 2018 n’est pas venu célébrer simplement la première visite américaine du groupe.
Au Radio City Music Hall, la scène réunit les sept musiciens et plusieurs répertoires capables de mobiliser des générations différentes de spectateurs. Une chronique locale peut fournir des impressions utiles sur la durée, l’énergie ou la réponse du public, sans devenir une preuve pour les concerts de Saratoga ou de Boston. La prudence s’applique aussi aux setlists : le relevé de Wallingford donne un nombre de titres qui n’explicite pas toujours la coda de Give Peace a Chance. On ne devrait ni inventer une chanson supplémentaire ni affirmer son absence définitive sur cette seule base.
Cette phase montre l’équilibre de la seconde partie américaine. Les classiques de Toto et 10cc n’écrasent pas les chansons de Ringo, tandis que Men at Work et Santana trouvent des moments de respiration. La soirée avance par séquences reconnaissables, ce qui permet au spectateur de suivre sans programme imprimé. Sous cette apparente facilité se cache une coordination précise des voix, des changements d’instruments et de la dynamique du groupe. C’est précisément ce qu’un grand ensemble de musiciens expérimentés doit savoir accomplir : rendre les transitions assez fluides pour qu’on cesse de les remarquer.
26. Du 19 au 23 septembre : Pittsburgh, Cleveland et les villes du Midwest
Après Binghamton, le groupe se produit à Pittsburgh le 19 septembre, Northfield Park le 21, Chicago le 22 et Saint Paul le 23. Quatre concerts en cinq jours, qui prolongent la logique du circuit américain : les grandes métropoles se combinent aux salles de régions voisines. On peut raconter ces étapes avec la nostalgie des anciennes tournées de rock, mais on ne doit pas imaginer que tous les publics sont venus chercher la même chose.
Un amateur de 10cc peut guetter I’m Not in Love ; un spectateur de Toto attend Rosanna ; un fan de Ringo veut retrouver Photograph ou Yellow Submarine. Le All-Starr Band doit respecter ces attentes sans devenir une succession mécanique de chorégraphies prévisibles. La réussite dépend moins du nombre de succès alignés que de leur articulation. Le rôle de Warren Ham, la précision rythmique de Gregg Bissonette et les changements de fonction de Lukather ou de Hay donnent une continuité à des morceaux qui, dans leurs versions de studio, semblent appartenir à des mondes séparés.
La critique historique n’impose pas de déclarer chaque concert équivalent. Les salles et les publics diffèrent, mais le dossier ne dispose pas toujours d’un témoignage comparable pour chaque date. Nous retenons donc le déroulement du circuit, les noms des lieux et les variantes expressément documentées. Le calendrier final permet d’ouvrir séparément Pittsburgh, Northfield Park, Chicago et Saint Paul. La structure du site devient ainsi un outil d’enquête : une étude générale expose les lignes de force, tandis qu’une fiche par concert préserve le niveau local, là où les sources permettent réellement de l’atteindre.
27. Du 25 au 29 septembre : Denver, San Diego, San Jose et le Greek Theatre
Quatre dernières étapes ferment la tournée : Denver le 25 septembre, San Diego le 27, San Jose le 28 et le Greek Theatre de Los Angeles le 29. La Californie apparaît en point d’orgue, comme elle l’avait fait à la fin de la première tournée de 1989. La coïncidence est frappante : le Greek Theatre était associé à l’enregistrement du premier album live de Ringo et de son groupe. En 2018, la salle rappelle donc une histoire qui s’est construite sur près de trois décennies de formations différentes.
Il ne faut pas cependant confondre les deux moments. Le groupe de 1989 faisait cohabiter Joe Walsh, Billy Preston, Dr. John, Clarence Clemons, Rick Danko, Levon Helm, Nils Lofgren et Jim Keltner autour de Ringo ; celui de 2018 raconte Toto, Santana, Men at Work et 10cc. Le lieu est commun, pas la distribution. L’analyse gagne à souligner cette différence plutôt qu’à évoquer une continuité mystique où tous les All-Starrs sembleraient se croiser sur la même scène.
Le 29 septembre 2018 constitue la dernière représentation retenue pour l’année. Elle marque la fin d’une tournée de quarante-quatre concerts, mais pas celle du concept. En 2019, la formation évoluera encore, avec l’arrivée d’un nouveau bassiste-chanteur et un répertoire différent. Le Greek Theatre offre ainsi un point d’arrêt idéal pour l’étude : la scène a rendu audible le changement introduit par Graham Gouldman et Colin Hay, tandis que Ringo a confirmé qu’il pouvait maintenir sa formule en la transformant. Le bilan de septembre est développé dans l’enquête américaine, à lire en parallèle des quatre dernières fiches.
28. L’année Gouldman, la mémoire de 1989 et le passage vers 2019
Le bilan de 2018 tient en quelques chiffres, mais son histoire dépasse les additions : sept membres titulaires, 44 concerts joués, 46 fiches datées et deux grands trajets séparés par l’été. La treizième formation propose un compromis particulièrement intéressant entre le renouvellement et la continuité. Les chansons de Ringo demeurent l’armature ; les titres de 10cc, Men at Work, Toto et Santana changent la couleur des soirées. Une formule née avec des musiciens de The Band ou de l’E Street Band peut accueillir, trente ans plus tard, un autre panorama de la musique populaire.
Ce panorama ne durera pas à l’identique. En 2019, Hamish Stuart rejoint les All-Starrs et le répertoire s’oriente aussi vers des chansons liées à l’Average White Band, tandis que Graham Gouldman ne fait plus partie de la distribution régulière. La comparaison permettra de mesurer précisément ce que les changements de membres provoquent dans les programmes. Il serait faux de raconter les deux années comme une seule tournée continue simplement parce que Ringo, Steve Lukather, Gregg Rolie, Colin Hay, Warren Ham et Gregg Bissonette y occupent encore une place importante.
La portée de 2018 est ailleurs. Elle confirme qu’un All-Starr Band ne désigne pas une formation figée ni un hommage aux Beatles déguisé. C’est une manière de faire circuler des œuvres entre leurs interprètes et de construire, autour d’un ancien Beatle, un collectif musical qui conserve sa propre vie. Depuis Dallas en 1989, le principe est resté lisible. En 2018, les chansons ont changé, les villes aussi, mais l’idée fondamentale subsiste : chacun possède une histoire et, le temps d’un concert, accepte de la partager avec les autres.
29. Calendrier critique : les 46 fiches datées et le statut des 44 concerts
Le registre de 2018 comprend 46 fiches datées. Nous retenons 44 concerts joués, plus une date reportée et un événement d’anniversaire avec prestation musicale. Chaque intitulé ci-dessous ouvre la fiche dédiée ; la distinction des statuts évite de confondre l’histoire des annonces et celle des spectacles.
Juin 2018 — Atlantic City, Europe et Israël
Juillet 2018 — Espagne, Luxembourg, Monaco et Italie
| Date, ville et salle | Qualification |
|---|---|
| 1er juillet 2018 — Palacio Euskalduna, Bilbao, Espagne | Concert joué |
| 4 juillet 2018 — Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg | Concert joué |
| 6 juillet 2018 — Salle des Étoiles, Sporting Monte-Carlo, Monaco | Concert joué |
| 7 juillet 2018 — Special Event: Hard Rock Café, Nice, France | Célébration Peace & Love — hommage musical, hors concerts complets |
| 8 juillet 2018 — Piazza Napoleone, Lucca, Italie | Concert joué |
| 9 juillet 2018 — Piazza degli Scacchi, Marostica, Italie | Concert joué |
| 11 juillet 2018 — Auditorium Parco della Musica (Cavea), Rome, Italie | Concert joué |
Septembre 2018 — vingt et un concerts américains
30. Sources commentées, études connexes et limites de la documentation
L’étude repose sur la confrontation de communiqués officiels datés, du calendrier des fiches de concerts et d’enquêtes historiques déjà publiées sur Yellow-Sub.net. Un communiqué prouve la programmation annoncée et la liste des musiciens à sa date ; la réalisation d’un concert et ses détails doivent être établis séparément.
Communiqués et documents contemporains
- Ringo Starr, annonce de la treizième formation et des dates européennes, 29 novembre 2017 : source primaire pour l’arrivée de Colin Hay et Graham Gouldman, la distribution et l’intention de tournée.
- Ringo Starr, annonce de la tournée américaine, 23 mars 2018 : source primaire pour la promotion de septembre ; calendrier annoncé à confronter aux représentations effectivement jouées.
- Ringo Starr, bilan officiel de l’anniversaire Peace & Love à Nice, 7 juillet 2018 : participants et séquence musicale, distincts d’un concert de tournée.
- Ringo Starr, présentation du dixième anniversaire Peace & Love, 19 avril 2018 : contexte du rituel et de l’album Give More Love.
Recherches complémentaires du dossier Yellow-Sub.net
- 2018 : de l’Olympia à Rockhal, le All-Starr Band entre Paris et Luxembourg.
- 2018 : Espagne et Italie, sept concerts de la treizième formation après Tel Aviv.
- 2018 : Steve Lukather et Gregg Rolie, deux histoires distinctes de Santana et Toto.
- Graham Gouldman avec Ringo en 2018 : trois chansons de 10cc et une autre histoire de la pop.
- La treizième formation en 2018 : 44 concerts entre Europe et Amérique du Nord.
- Paris, Olympia, 6 juin 2018 : Ringo Starr et le All-Starr Band de retour en France.
- Ringo Starr aux États-Unis en septembre 2018 : de Catoosa au Greek Theatre, vingt et un concerts à l’épreuve des archives.
- Ringo Starr en Espagne en 2018 : Barcelone, Madrid, La Corogne et Bilbao, quatre concerts à l’épreuve des archives.
- Ringo Starr en Italie en 2018 : Lucques, Marostica et Rome, trois concerts à l’épreuve des archives.
- Septembre 2018 : quarante-quatre concerts et un final au Greek Theatre de Los Angeles.
- Tel Aviv, 24 juin 2018 : vérifier une seconde soirée sans copier la première.
Précision documentaire : l’étape annoncée de Hambourg le 10 juin n’ajoute pas une représentation au concert joué le 11 juin. La manifestation du 7 juillet au Hard Rock Café de Nice comprend un hommage musical mais reste hors du total des concerts complets. Les deux fiches sont conservées pour leur valeur historique.












