Yellow-Sub.net · Étude historique · Tournée 2018
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Ringo Starr en Italie en 2018 : Lucques, Marostica et Rome, trois concerts à l’épreuve des archives
Trois dates, trois places et, à première vue, le même sourire derrière la batterie. Du 8 au 11 juillet 2018, Ringo Starr & His All-Starr Band se produisent à Lucques, Marostica et Rome. Rien d’un détour improvisé : cette séquence italienne prolonge un itinéraire européen qui a déjà traversé la France, l’Espagne et la principauté de Monaco. Pourtant, aligner les noms des villes ne suffit pas à raconter cette courte tournée. Chaque concert possède sa géographie, son public, son écho dans la presse et, surtout, sa propre documentation. En suivant les traces laissées par les organisateurs, les chroniqueurs et les spectateurs, on voit apparaître un portrait autrement plus vivant que celui d’une simple succession de chansons.
Sommaire de cette étude (14 sections)
Le 8 juillet, une grande place du centre historique de Lucques accueille la troupe, au milieu d’une affiche de festival prestigieuse. Le lendemain, à Marostica, la scène s’installe dans un lieu italien presque théâtral par définition, la place des Échecs. Après une journée de pause, Rome referme ce triptyque dans la Cavea de l’Auditorium Parco della Musica. Cette diversité des cadres compte : Ringo n’y présente ni un concert strictement beatlemaniaque, ni une tournée consacrée exclusivement à ses disques solos, ni même un hommage patrimonial aux années soixante. Le All-Starr Band de 2018 est une revue de tubes, construite autour de carrières parallèles qui se rencontrent sur une scène commune.
L’étude proposée ici complète les fiches consacrées séparément aux trois concerts et l’analyse générale du passage de Ringo en Italie en 1992, 2011 et 2018. Son ambition est plus précise : reconstituer ce que l’on peut effectivement établir sur les concerts italiens des 8, 9 et 11 juillet 2018, examiner les divergences entre relevés de répertoire, confronter la réception journalistique aux témoignages de fans et restituer la logique musicale de cette formation. Certaines sources se recoupent ; d’autres laissent des zones grises. Une enquête historique sérieuse ne gagne rien à transformer ces incertitudes en certitudes artificielles.
De la route européenne au triptyque italien : quatre jours décisifs
L’Italie apparaît après une longue première partie de tournée. Depuis juin, la treizième configuration du All-Starr Band a retrouvé la pratique que Ringo privilégie depuis 1989 : une formation de musiciens connus pour leurs propres succès, réunis sous l’autorité bienveillante de l’ancien Beatle. Les soirs précédents l’arrivée à Lucques, les artistes ont traversé plusieurs pays et alterné festivals, auditoriums et salles de concert. Le public italien ne découvre donc pas un groupe en rodage ; il reçoit une équipe qui a eu le temps de rôder ses transitions, ses changements de chanteur et ses appels au public.
Le calendrier, lui, réserve un jeu de proximité assez frappant. Ringo fête ses soixante-dix-huit ans le 7 juillet 2018. L’anniversaire tombe immédiatement avant l’étape de Lucques. Dans ses apparitions publiques, le musicien entretient depuis des années le rituel « Peace and Love », associé à cette date et à cette heure symboliques. Mais il serait trompeur de confondre la célébration d’anniversaire et les concerts de la tournée : l’événement lié au 7 juillet relève de cette tradition médiatique et festive, tandis que la soirée du 8 ouvre le volet italien proprement dit. Le calendrier musical vérifiable comporte ici trois prestations.
Le 8 juillet, rendez-vous à Piazza Napoleone, Lucques, dans le cadre du Lucca Summer Festival. Le 9, la tournée rejoint Piazza degli Scacchi, Marostica, en Vénétie. Le 11, elle passe à la Cavea de l’Auditorium Parco della Musica, Rome, à l’occasion du programme estival romain. La seule journée intercalaire, le 10 juillet, sépare Marostica de Rome. Elle rappelle incidemment la réalité d’une telle production : il faut déplacer les personnes et le matériel, retrouver l’équilibre acoustique d’un lieu nouveau et réinstaller l’orchestre, tout en conservant l’impression de facilité qui caractérise le spectacle.
Ce tronçon est aussi le passage de deux mondes. Lucca et Marostica sont des villes de dimensions modestes, où les places historiques deviennent temporairement des salles de concert à ciel ouvert. Rome, capitale et centre médiatique, apporte la concentration de journalistes d’envergure nationale. On ne dispose pas pour autant d’un relevé chiffré homogène de la fréquentation des trois soirées. Même lorsqu’un témoin fournit une estimation, elle ne doit pas être convertie en statistique officielle. C’est cette distinction entre le récit sensible et le chiffre certifié qui va guider l’examen de chaque étape.
Sept musiciens, plusieurs répertoires et une identité collective
La formation présente en Italie est exactement celle qui a sillonné l’Europe durant cette période. Autour de Ringo Starr, chanteur et batteur, on trouve le guitariste Steve Lukather, le claviériste et chanteur Gregg Rolie, le chanteur et guitariste Colin Hay, le bassiste et chanteur Graham Gouldman, le multi-instrumentiste Warren Ham et le batteur Gregg Bissonette. Le concept ne consiste pas à inviter des accompagnateurs anonymes : ces noms ont une histoire discographique, une personnalité vocale et des chansons que le public connaît souvent sans associer immédiatement leur refrain à leur auteur ou à leur interprète.
La présence de Lukather ouvre la porte au répertoire de Toto, notamment « Rosanna » et « Hold the Line ». Gregg Rolie renoue avec les couleurs de Santana à travers « Evil Ways », « Black Magic Woman/Gypsy Queen » et « Oye Como Va », mais aussi avec les timbres et les arrangements qui ont fait son identité musicale. Colin Hay ramène au début des années 1980 avec « Down Under », « Overkill » et « Who Can It Be Now? », titres liés à Men at Work. Graham Gouldman fait résonner le catalogue de 10cc, notamment « Dreadlock Holiday », « I’m Not in Love » et « The Things We Do for Love ». Warren Ham passe entre saxophone, harmonica, claviers et voix, assurant l’indispensable continuité instrumentale. Bissonette, enfin, n’est pas un simple doublon derrière un second jeu de fûts : sa batterie permet à Ringo de chanter, de se déplacer et de revenir à l’instrument sans laisser retomber l’assise rythmique.
La formule contient une tension délibérée. Le nom placé sur l’affiche reste celui de Ringo ; ce sont pourtant plusieurs chanteurs principaux qui se succèdent. Les tubes de ses camarades ne constituent ni les premières parties ni les pauses d’un récital personnel : ils sont la matière même du concert. Le spectateur achète un billet pour voir un Beatle, puis traverse un panorama où les années soixante croisent le rock latino, la pop orchestrée, les hymnes de stade et les succès de la radio anglo-saxonne. La cohérence tient moins à une époque musicale unique qu’à l’invitation faite à partager des chansons familières.
À cette date, le dernier album studio de Ringo est Give More Love, paru en 2017. On pourrait imaginer une promotion centrée sur ses nouveautés. La réalité scénique, telle que la reflètent les relevés italiens, est différente : l’album occupe une place symbolique dans le contexte biographique, mais le spectacle privilégie des titres plus anciennement identifiés au musicien et les morceaux emblématiques de ses partenaires. C’est une précision essentielle pour qui chercherait, rétrospectivement, à présenter cette série comme une tournée de promotion classique. Le All-Starr Band obéit à une autre économie de mémoire.
Lucques, 8 juillet : un Beatle parmi les grandes affiches du Summer Festival
Le Lucca Summer Festival n’a rien d’une manifestation improvisée pour accueillir une légende des Beatles. Son histoire s’écrit dans les rues et sur les places d’une ville toscane déjà associée à un riche patrimoine musical. Le programme de 2018 situe Ringo au milieu de noms très divers, ce qui donne la mesure de l’événement. Autour de cette édition figurent notamment Hollywood Vampires, Roger Waters, Nick Cave, Gorillaz, Lenny Kravitz et James Taylor. La juxtaposition est éloquente : le festival n’expose pas un musée des années soixante mais une affiche où se croisent générations, traditions et publics différents.
L’organisateur annonce le concert du 8 juillet sur la Piazza Napoleone, avec un horaire de début à 21 h 30. C’est l’indication publiée, à distinguer de toute affirmation sur l’heure réelle de la première note : la ponctualité d’un concert ne peut être établie par une simple annonce. La place offre au projet de Ringo un écrin particulier. À ciel ouvert, la musique ne se trouve plus enfermée dans l’architecture neutre d’une salle. Elle s’inscrit dans l’espace public, entre les façades et les mouvements d’une ville de festival. Ce décor travaille l’imaginaire de la soirée autant que les chansons elles-mêmes.
Pour un public qui n’a jamais vu Ringo sur scène, le dispositif peut surprendre. Deux batteurs partagent l’assise rythmique. Le Beatle prend régulièrement le devant de la scène, plaisante et chante, puis retrouve son instrument pendant les numéros confiés à ses partenaires. Il ne cherche pas à reconstruire les Beatles ; il anime un spectacle dont la puissance de reconnaissance vient autant des refrains des autres membres que des siens. Les témoignages publiés après Lucques soulignent sa présence enjouée, l’interaction avec les autres musiciens et le plaisir manifeste d’une salle de spectacle métamorphosée en place urbaine.
L’histoire humaine de la soirée est également documentée. Des membres des Beatlesiani d’Italia Associati organisent des déplacements vers Lucques depuis plusieurs villes, parmi lesquelles Milan, Turin, Gênes et Brescia. On touche ici à un aspect moins visible de la tournée : la circulation des fans eux-mêmes. Venir voir Ringo représente parfois des heures de route, une organisation collective, des rencontres entre amateurs que des décennies de discographie ont déjà réunis. Les récits de l’association sont donc précieux pour documenter cette sociabilité. Ils restent toutefois des témoignages engagés, non des procès-verbaux officiels du festival.
Une chronique signée par un spectateur de Lucques décrit la combinaison de chaleur musicale et de métier que déploie la formation. On y trouve des observations sur la batterie partagée avec Bissonette, la couleur d’orgue associée à Rolie et l’importance de Lukather dans la dynamique d’ensemble. De telles remarques apportent à l’archive ce que la liste des titres ignore : l’épaisseur instrumentale du concert. Elles ne doivent pas être interprétées comme des mesures acoustiques objectives, mais comme l’expérience singulière d’un observateur qui connaît le répertoire.
La liste de Lucques et le mystère discret d’« Africa »
La documentation de Lucques réserve une leçon utile à tous ceux qui consultent des archives de concerts sur Internet. La liste associée à la soirée fait se succéder « Matchbox », « It Don’t Come Easy », « Dreadlock Holiday », « Evil Ways » et « Rosanna ». Viennent ensuite « Down Under », « Boys », « Don’t Pass Me By », « Yellow Submarine » et « I’m Not in Love ». La seconde moitié fait entendre « Black Magic Woman » avec « Gypsy Queen », puis « You’re Sixteen », « Anthem », « Overkill », « Oye Como Va », « I Wanna Be Your Man », « The Things We Do for Love », « Who Can It Be Now? », « Hold the Line », « Photograph » et « Act Naturally ». Le final s’organise autour de « With a Little Help from My Friends », prolongé par la référence collective à « Give Peace a Chance ».
Une première difficulté concerne le décompte. Certains relevés considèrent le refrain de « Give Peace a Chance » comme une séquence propre ; d’autres l’intègrent à la clôture de « With a Little Help from My Friends ». De même, « Black Magic Woman/Gypsy Queen » peut être retranscrit comme un seul medley ou comme deux morceaux. Deux listes qui affichent des totaux différents ne témoignent donc pas nécessairement de concerts différents. Avant d’annoncer avec assurance vingt-deux, vingt-trois ou vingt-quatre titres, il faut préciser comment on a compté les fragments, les medleys et les reprises finales.
La seconde difficulté est plus significative. Un article de presse musicale italienne mis en ligne au moment de l’étape toscane fait apparaître « Africa » de Toto dans une liste présentée en lien avec Lucques. La tentation est grande d’en déduire que Steve Lukather l’a interprétée ce soir-là. Pourtant, le texte d’accompagnement révèle qu’il s’agit d’une proposition anticipée, construite à partir d’un concert précédent à Monte-Carlo et supposée devoir être reproduite en Italie. Autrement dit, cette liste ne constitue pas un relevé indépendant établi après la soirée. La différence est capitale : une prévision publiée sous une forme familière peut devenir, si on la recopie sans vérifier, un faux témoignage de première main.
Les relevés rattachés au concert de Lucques et les souvenirs détaillés diffusés par les amateurs italiens ne confirment pas la présence d’« Africa ». Cela ne prouve pas, à soi seul, l’impossibilité absolue d’un fragment musical joué sur scène : une citation, un accord ou une introduction peuvent échapper à une nomenclature. En revanche, la source disponible ne permet pas de l’inscrire parmi les chansons attestées avec le même niveau de confiance que « Rosanna » ou « Hold the Line ». La formulation honnête est donc celle-ci : « Africa » figure dans une liste prévisionnelle, mais n’est pas corroborée par les listes documentant directement Lucques.
Ce petit désaccord est loin d’être anecdotique pour l’histoire des tournées. Les répertoires du All-Starr Band se ressemblent souvent fortement d’un soir à l’autre. C’est précisément ce qui rend les copies approximatives faciles à produire et difficiles à repérer. Une liste annoncée pour une ville peut être issue de celle d’une autre ; une chronique peut reprendre cette annonce après coup ; un site peut ensuite agréger les deux et leur donner l’apparence de confirmations indépendantes. Pour l’historien amateur comme pour le collectionneur chevronné, la question n’est donc pas seulement « quel titre voit-on écrit ? », mais « qui l’a écrit, à quel moment et à partir de quelle observation ? ».
La place de « Anthem », chanté par Ringo, est également révélatrice. Le morceau ne fait pas partie du petit noyau de titres des Beatles reconnu par presque tout le monde ; il témoigne d’une continuité avec son œuvre personnelle plus récente. Dans l’enchaînement, il n’en conserve pas moins la fonction d’une étape parmi de nombreuses signatures musicales. Ringo accepte que l’excellence de sa troupe se montre à travers les œuvres de chacun. Lucques fournit ainsi une image assez complète du modèle All-Starr : un meneur dont la notoriété unit la scène, mais qui ne monopolise ni les voix ni les souvenirs convoqués par le concert.
Marostica, 9 juillet : la scène au milieu de l’échiquier
La deuxième étape italienne se déroule dans un cadre que l’on ne risque guère de confondre avec une salle de concert ordinaire. À Marostica, dans la province de Vicence, la Piazza degli Scacchi est indissociable de la tradition locale des échecs vivants et de la mise en scène de l’histoire urbaine. C’est sur cette place que Ringo Starr installe, pour une soirée, une tout autre chorégraphie : sept musiciens, plusieurs générations de morceaux et un public invité à répondre aux refrains. Le contraste visuel suffit à expliquer pourquoi la date laisse une trace particulière dans les souvenirs.
On rencontre parfois un autre libellé de lieu dans les annonces de la tournée, notamment « Piazza Castello ». Cette variation terminologique ne doit pas engendrer une date fantôme ou deux concerts séparés. Les récits localisés et les relevés se rapportent au spectacle du lundi 9 juillet à Marostica, sur la place des Échecs. Dans la reconstitution d’un parcours, les dénominations d’une place historique, les mentions de billetterie et les traductions approximatives peuvent diverger ; il importe de les rapporter au même événement lorsque les autres éléments concordent.
Lucques était l’étape du grand festival toscan ; Marostica donne le sentiment d’une rencontre entre une communauté de fans, une petite ville et un orchestre de vedettes internationales. Le lieu rapproche symboliquement le public de l’événement. On n’est pas dans un stade anonyme dont la capacité efface le paysage : l’architecture et l’histoire de la cité restent perceptibles. Bien entendu, cette perception dépend aussi de l’emplacement du spectateur, des installations de scène et de son propre attachement à la ville. Ce sont les récits de ceux qui étaient présents, plus encore que le programme, qui permettent de restituer cette particularité.
Les comptes rendus ne décrivent pas exactement la même température émotionnelle. Un auteur local se souvient d’une assistance qui lui paraît parfois réservée avant de se réveiller plus franchement dans la dernière partie, tandis que les Beatlesiani d’Italia Associati insistent sur la ferveur de la soirée et le bonheur d’avoir approché le musicien. Il ne s’agit pas d’un désaccord à trancher comme une erreur de calendrier. Une foule peut être attentive sans danser constamment ; la réaction des premiers rangs diffère de celle des secteurs éloignés ; le regard d’un passionné qui a attendu Ringo pendant plusieurs décennies n’est pas celui d’un chroniqueur qui juge surtout la réponse générale de la place. Les deux voix éclairent des aspects différents de l’événement.
L’association de fans évoque une fréquentation supérieure à quatre mille personnes à Marostica. C’est un ordre de grandeur avancé par un témoin associatif, et non une donnée certifiée par le producteur ou un organisme de contrôle. Nous ne la transformons donc pas en chiffre de billetterie. Même avec cette réserve, l’indication donne une idée de l’ambition de la soirée pour une ville de cette taille. Ce type de précaution documentaire n’enlève rien à la réussite ressentie par les participants ; il permet simplement au lecteur de distinguer un souvenir chiffré et une statistique vérifiée.
La date est proche de l’anniversaire de Ringo, un élément qui nourrit sans doute le plaisir des admirateurs italiens. Mais sa signification historique vient aussi de sa place dans une chaîne de rencontres. Les responsables des associations de fans s’efforcent depuis des années de faire vivre le patrimoine beatle en Italie par des rassemblements, des publications et des voyages. Quand le All-Starr Band apparaît à Marostica, ce ne sont pas seulement des chansons qui reviennent dans un lieu insolite : c’est toute une mémoire musicale collective qui trouve l’occasion de s’exprimer publiquement.
Ce que la liste de Marostica dit — et ce qu’elle ne permet pas de dire
Les répertoires attribués aux trois concerts italiens ont un socle commun remarquable. À Marostica, les titres de Ringo sont familiers : « Matchbox », « It Don’t Come Easy », « Boys », « Don’t Pass Me By », « Yellow Submarine », « You’re Sixteen », « I Wanna Be Your Man », « Photograph » et « Act Naturally ». Les morceaux apportés par Gouldman, Rolie, Hay et Lukather dessinent le même panorama de succès que la veille. Un final fraternel associe une fois encore « With a Little Help from My Friends » au message pacifiste de « Give Peace a Chance ».
À l’intérieur de ce cadre stable apparaissent pourtant des écarts. La liste conservée pour Marostica ne reproduit pas exactement le relevé de Lucques. Elle ne mentionne notamment ni « Anthem » ni « Overkill », présents dans celui de Lucques. Elle place aussi les interventions de fin de spectacle selon un ordre qui n’est pas superposable à celui de la veille : « The Things We Do for Love », « Who Can It Be Now? » et « Oye Como Va » y apparaissent dans une autre relation. Ces différences méritent d’être signalées plutôt que lissées dans une set-list prétendument universelle de la tournée.
Que faut-il en conclure ? Certainement pas que deux morceaux ont été supprimés avec une certitude absolue. Une liste de concert est souvent établie par un spectateur, parfois de mémoire, parfois à partir de notes partielles. Elle peut oublier un titre ou confondre l’ordre d’un enchaînement. À défaut de document de production, d’enregistrement complet ou de plusieurs témoignages indépendants, une absence dans une liste vaut d’abord absence de mention. L’existence d’une variation réelle est plausible et même banale dans la vie d’un orchestre en tournée ; sa description exacte demande toutefois davantage de preuves.
Cette rigueur importe particulièrement pour « Overkill ». La chanson de Colin Hay possède une texture plus méditative que « Down Under ». Si elle a été retirée lors d’une soirée, le rythme dramatique du concert s’en trouve légèrement modifié ; si elle a simplement été oubliée par un releveur, toute analyse d’une intention artistique à partir de son absence devient fragile. Il en va de même pour « Anthem » dans le programme de Ringo. L’historien ne peut prêter aux musiciens une décision de répertoire qu’après avoir établi qu’elle a réellement eu lieu. Le dossier conserve donc la divergence comme telle.
Il serait également peu juste d’évaluer Marostica à partir d’un classement des titres qui lui aurait été imposé de l’extérieur. La physionomie de la soirée tient autant aux échanges sur scène, aux solos instrumentaux et à la réponse du public qu’à un ordre précis. Les grands morceaux de Toto, Santana, 10cc et Men at Work y sont déjà des chansons éprouvées par une tournée de plusieurs semaines. Pour qui est venu d’abord voir l’ex-Beatle, leur présence peut paraître d’une générosité inattendue ; pour l’amateur de rock de la fin du XXe siècle, elle transforme le concert en une petite encyclopédie vivante des radios internationales.
Les Beatlesiani d’Italia : quand les spectateurs deviennent archivistes
La documentation publiée par les Beatlesiani d’Italia Associati est l’un des éléments distinctifs de la séquence italienne. Elle raconte les déplacements collectifs, les retrouvailles et la présence de passionnés qui ont suivi plus d’une date. Le président de l’association, Rolando Giambelli, figure parmi ceux qui ont vu Ringo à Lucques et à Marostica. À travers ces témoignages, les concerts cessent d’être de simples lignes dans une chronologie : ils deviennent des moments de la vie d’un réseau de collectionneurs, de chercheurs amateurs et d’admirateurs de longue date.
L’association évoque aussi la préparation d’un hommage matériel à Ringo, comprenant une œuvre en bronze liée à l’artiste Gianni Franceschina ainsi qu’une marque de reconnaissance destinée au musicien. D’après le récit associatif, ces présents ont été transmis par l’intermédiaire de son entourage professionnel. Il serait donc inexact d’affirmer, sans autre élément, qu’une cérémonie publique de remise en main propre s’est déroulée sur scène. La nuance ne retire rien à l’intention des fans : elle précise le circuit documenté d’un hommage qui fait partie de l’histoire périphérique de ces concerts.
Pourquoi donner une telle place à une association dans une enquête musicale ? Parce que les organisations de fans préservent souvent ce que les grands médias ne conservent pas : programmes, billets, photographies datées, itinéraires de déplacements, souvenirs de rencontres ou notices sur des objets commémoratifs. Ce matériau complète utilement les articles de presse. Il exige cependant les mêmes vérifications qu’une autre source. Un chiffre d’affluence, un dialogue rapporté ou la provenance d’un objet doivent rester attribués lorsqu’ils ne bénéficient pas d’une confirmation indépendante.
Rome, 11 juillet : la Cavea, un public mêlé et la presse nationale
La troisième et dernière étape italienne conduit Ringo Starr à Rome, dans la Cavea de l’Auditorium Parco della Musica. Ce cadre a sa propre identité : il s’agit d’un amphithéâtre à ciel ouvert appartenant à un ensemble culturel qui reçoit, au fil de l’année, concerts et manifestations d’envergure. Le spectacle du 11 juillet relève de la programmation estivale romaine. L’espace n’a ni la monumentalité brute d’un stade ni la familiarité d’une place municipale. La relation entre la scène et les gradins autorise une écoute plus concentrée, même quand les refrains invitent à chanter ensemble.
Quelques jours après l’anniversaire du musicien, la soirée favorise les retrouvailles avec les amateurs italiens de Beatles, mais elle ne se résume pas à cette catégorie. Les comptes rendus contemporains évoquent un public mêlant les générations : une partie de l’assistance a connu les disques originaux, d’autres spectateurs sont venus voir une figure de la culture pop sans avoir vécu l’époque du Cavern Club. Cette variété rend le projet du All-Starr Band particulièrement lisible. Il réunit des titres que plusieurs générations ont entendus à la radio, dans des films, chez leurs parents ou sur scène avec d’autres interprètes.
La couverture de la presse nationale donne à Rome un relief documentaire supérieur à celui de plusieurs autres étapes de la tournée. L’agence ANSA publie le 12 juillet un compte rendu insistant sur la décontraction de Ringo, l’esprit « peace and love » et l’allure de juke-box vivant du concert. Rockol propose le même lendemain une chronique qui restitue l’énergie de l’orchestre et les principaux numéros. De son côté, le journaliste Carlo Moretti, pour la Repubblica, souligne la place prise par les autres vedettes et choisit un angle plus critique : en substance, le spectacle des stars partenaires finit par recouvrir une partie de l’héritage des Beatles.
Ces regards ne s’annulent pas. Ils mettent en évidence le paradoxe du All-Starr Band. Pour certains, la multiplicité des répertoires est précisément la générosité de l’entreprise ; pour d’autres, elle risque de diluer le sentiment de venir écouter un ancien Beatle. Les deux analyses partent d’une même réalité : sur scène, Ringo accepte de partager le centre de gravité. Le différend relève donc moins de la qualité de l’exécution que de l’attente initiale. Celui qui veut une célébration presque exclusive de « Yellow Submarine » et de « With a Little Help from My Friends » ne regarde pas tout à fait le même concert que l’amateur enthousiaste de Toto, Santana ou Men at Work.
Le compte rendu de la Repubblica indique que la Cavea n’était pas complète, tout en rapportant une bonne participation. C’est un rappel salutaire face à la formule automatique « triomphe à guichets fermés » que l’on rencontre parfois dans les biographies promotionnelles. Il n’y a aucune honte historique à dire qu’un spectacle n’était pas complet : une salle bien remplie peut connaître une magnifique soirée, et le succès artistique ne se mesure pas mécaniquement au remplissage. À l’inverse, on ne saurait déduire un pourcentage d’occupation ni un nombre exact de billets vendus de cette seule observation journalistique.
Dans la même chronique, la présence de Renato Zero au premier rang est mentionnée comme un détail de la sociabilité musicale romaine. Ce genre d’information ancre une soirée dans son environnement local ; il ne faut toutefois pas lui donner un poids excessif. L’essentiel se déroule sur scène, où la rencontre de Ringo avec ses partenaires prolonge un concept déjà trentenaire. L’ambiance générale décrite par la presse demeure chaleureuse, ponctuée de plaisanteries, de clins d’œil et de rappels à l’idéal de paix qui est devenu un signe de reconnaissance du musicien.
La set-list romaine : une dernière variation et la question des titres manquants
Le relevé publié par Rockol après Rome suit un parcours très voisin de celui de Lucques. Les premières minutes font alterner Ringo et ses invités : « Matchbox » et « It Don’t Come Easy » ouvrent la voie à « Dreadlock Holiday », « Evil Ways », « Rosanna » et « Down Under ». Ringo reprend le micro pour « Boys », « Don’t Pass Me By » et « Yellow Submarine » ; Gouldman apporte « I’m Not in Love » ; Rolie retrouve Santana avec « Black Magic Woman » et « Gypsy Queen ». La soirée ménage ensuite « You’re Sixteen », « Anthem » et « Overkill », avant d’enchaîner d’autres succès des partenaires et de rejoindre les classiques finaux.
Le détail qui attire l’attention est l’absence de « Who Can It Be Now? » dans la liste de Rockol, alors que ce titre apparaît dans les relevés associés à Lucques et Marostica. On retrouve ici le problème rencontré dans la ville précédente : un compte rendu n’est pas une partition exhaustive, encore moins un enregistrement intégral. L’absence du titre dans la liste publiée signifie avec certitude que le chroniqueur ne l’a pas inscrit ; elle ne suffit pas, isolément, à démontrer une suppression volontaire du programme. Le statut documentaire doit être conservé explicitement.
Le même relevé romain retient « Anthem » et « Overkill ». Leur présence est intéressante parce que la liste de Marostica ne les mentionne pas. Trois soirs se succèdent, mais trois relevés ne sont pas strictement identiques. Une reconstitution qui se contenterait de dupliquer la liste de Lucques pour Rome ou qui appliquerait à toutes les dates une set-list standard de la tournée effacerait ces différences et présenterait au lecteur une précision trompeuse. À ce stade des archives accessibles, le plus rigoureux est de présenter un tronc commun solidement attesté et de nommer les points sur lesquels les listes divergent.
Au-delà de ces variantes, la dynamique finale est constante : Ringo reprend le centre symbolique au moment où s’approchent « Photograph », « Act Naturally » et « With a Little Help from My Friends ». Cette dernière chanson se charge d’une signification collective particulière. À l’origine, le morceau enregistré par les Beatles en 1967 plaçait déjà sa voix au premier plan ; en 2018, dans un All-Starr Band, le texte devient presque une description du spectacle lui-même. Le batteur chante entouré de ses amis musiciens, lesquels viennent de se prêter mutuellement leurs plus grandes réussites. Le refrain de « Give Peace a Chance », associé au final dans plusieurs récits, inscrit ensuite le concert dans le vocabulaire public de paix et d’amour que Ringo privilégie.
La soirée romaine ne marque ni la naissance ni la disparition de cette formation. Elle clôt seulement les trois dates italiennes de juillet. La tournée continuera ensuite sur d’autres territoires. Ce détail paraît évident, mais il évite une formule souvent employée trop vite : « dernier concert du All-Starr Band en Italie » peut vouloir dire dernier de la séquence 2018, dernier documenté à ce moment de l’histoire, ou dernier à jamais. Seul le premier sens est établi ici. Les archives gagnent toujours à préciser l’échelle temporelle de leurs conclusions.
Ringo et Gregg Bissonette : deux batteries, une seule pulsation
Les descriptions de ces concerts insistent sur le plaisir de voir Ringo à nouveau derrière ses fûts. Mais la présence de Gregg Bissonette mérite une analyse dépassant l’image amusante de deux batteurs jouant côte à côte. Dans un groupe où l’animateur principal doit parfois avancer jusqu’au micro, la seconde batterie joue un rôle structurel. Elle garantit la permanence du tempo, apporte de la puissance aux chansons de rock plus démonstratives et permet de maintenir les transitions quand la distribution des rôles change. Ringo peut ainsi passer du personnage public au musicien de groupe sans rompre l’élan de la soirée.
Ce dispositif n’enlève rien à son identité musicale. Le style de Ringo n’a jamais reposé sur la compétition de virtuosité ou la démonstration permanente. Son sens des accents, sa manière d’asseoir une chanson et son économie gestuelle ont participé à la sonorité des Beatles. Dans le All-Starr Band, ces qualités se lisent différemment, au sein d’un répertoire qui accueille des conceptions rythmiques très diverses. « Evil Ways » ne demande pas la même couleur que « Rosanna » ; « Don’t Pass Me By » ne raconte pas le même monde musical que « Down Under ». La cohabitation des deux batteries rend possible ce grand écart sans transformer la soirée en succession de groupes séparés.
Bissonette possède de surcroît l’expérience nécessaire pour dialoguer avec une formation de solistes renommés. Le projet gagne à être compris comme une équipe de musiciens qui se connaissent, s’écoutent et ont appris à se laisser de la place. Les solos, les interventions de saxophone de Warren Ham, les harmonies vocales et le travail de claviers de Gregg Rolie empêchent les morceaux de n’être que des reproductions figées de disques. L’orchestre joue des chansons célèbres, mais il les refait passer chaque soir par une combinaison instrumentale particulière. C’est l’un des enjeux qu’un relevé de titres, même exact, ne peut jamais résumer entièrement.
Santana, Toto, 10cc et Men at Work : un musée vivant qui refuse les vitrines
Il existe une autre façon de lire le répertoire des trois soirées : le considérer comme une histoire condensée de la circulation internationale des tubes. Le chanteur de « Yellow Submarine » côtoie l’un des grands artisans du son de Toto, un membre fondateur de Santana, la voix de Men at Work et un compositeur dont le nom est lié à 10cc. Le spectateur passe donc de la pop britannique des années soixante à des chansons qui ont dominé les radios des années soixante-dix et quatre-vingt. Le principe aurait pu ressembler à une attraction nostalgique. Il tient surtout parce que les artistes interprètent des morceaux qu’ils ont contribué à faire exister, chacun à sa manière.
« Rosanna » et « Hold the Line » mettent en avant la maîtrise de Steve Lukather et la puissance d’un rock de studio devenu populaire sur les grandes scènes. « Evil Ways » et « Oye Como Va » ramènent au mélange de blues, de rock et de rythmes latino-américains qui a marqué les premières années de Santana ; chez Rolie, les claviers rappellent le rôle de l’orgue dans ce son. « Down Under » se déploie sur un registre ironique et immédiatement fédérateur, tandis qu’« Overkill » introduit, lorsque le morceau est interprété, une inquiétude plus intérieure. La pop de Gouldman repose sur d’autres procédés : la construction sophistiquée, l’ironie mélodique, l’art de dessiner un refrain dont on reconnaît l’empreinte en quelques secondes.
Ringo évolue dans cet ensemble comme le lien biographique entre les univers plutôt que comme un maître de cérémonie détaché des musiciens. Il retrouve ses propres enregistrements, ceux des Beatles et ceux de sa carrière solo. « Photograph » joue ici un rôle singulier : cette chanson de sa discographie des années soixante-dix peut susciter une émotion plus personnelle que les reprises les plus festives. « Don’t Pass Me By », pour sa part, ramène directement à son travail de compositeur au sein des Beatles. « It Don’t Come Easy » et « Act Naturally » donnent au concert d’autres nuances de son personnage, entre affirmation de soi, simplicité mélodique et malice country.
La notion de « groupe de stars » a donc une conséquence musicale réelle : elle distribue le souvenir. Le public n’écoute pas une rétrospective chronologique, du premier au dernier album de Ringo. Il traverse des mondes qui, à l’époque de leur sortie, n’étaient pas nécessairement associés. De ce point de vue, l’échiquier de Marostica offre presque une métaphore involontaire du spectacle : chaque musicien avance avec son identité, mais le sens de la partie vient de l’ensemble.
Fête populaire ou Beatles en retrait ? Ce que les critiques discutent vraiment
Les comptes rendus romains mettent à nu une question qui accompagne le All-Starr Band depuis ses débuts : que vient-on chercher lorsqu’on achète un billet portant le nom de Ringo Starr ? Le plaisir d’être en présence d’un Beatle encore actif ? L’écoute de ses succès personnels ? Un grand concert de musiciens internationaux ? La réponse varie suivant l’âge, les disques que l’on possède et la place que les Beatles occupent dans sa propre histoire. Rien n’oblige ces attentes à se recouvrir parfaitement.
La lecture festive du concert retient la générosité, les refrains partagés, l’humour de Ringo et la qualité de l’orchestre. L’angle critique de la Repubblica constate que les stars invitées occupent une place musicale si importante que les Beatles peuvent sembler relégués à certains moments. Il serait injuste de déformer l’une ou l’autre position : le concert est conçu pour partager la lumière, et ce partage fait justement sa force ou sa limite selon le regard porté sur lui. Une enquête historique n’a pas à effacer une réserve de journaliste pour fabriquer une unanimité rétrospective.
La question de la nostalgie mérite la même prudence. Le groupe joue beaucoup de succès anciennement enregistrés ; il assume pleinement la familiarité. Mais ces morceaux ne sont pas apportés par un orchestre d’imitation : leurs interprètes, leurs coauteurs ou leurs musiciens historiques sont présents. Cela change la relation à l’original. La nostalgie peut se mêler à la virtuosité et à la convivialité, sans que le spectacle se réduise à un exercice de conservation. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le concept continue à fonctionner après plusieurs décennies et de nombreux changements de personnel.
Comment reconstruire trois soirées sans inventer une quatrième archive
Pour les trois dates de juillet 2018, les matériaux les plus utiles n’ont pas tous la même fonction. L’annonce officielle du Lucca Summer Festival établit un lieu, une date et une affiche. Les pages de concerts recensent un programme musical, parfois amendé par leurs contributeurs. La presse publiée le lendemain de Rome permet de situer la réception immédiate, mais peut résumer ou omettre une chanson. Les Beatlesiani d’Italia Associati rendent visibles les déplacements et les souvenirs du milieu des fans. Les chroniques personnelles ajoutent enfin la couleur d’une expérience de spectateur. Aucun de ces documents, pris isolément, ne raconte tout.
La méthode suivie consiste à hiérarchiser les affirmations sans mépriser leur provenance. Un horaire imprimé est un horaire annoncé ; il ne devient pas automatiquement l’heure de début effective. Un chiffre livré par une association reste une estimation attribuée. Un titre absent d’un relevé est une absence de mention, sauf corroboration. Une liste publiée avant le concert n’équivaut pas à une observation après le concert, même si sa mise en page ressemble à une set-list définitive. Et lorsqu’une critique juge l’assistance enthousiaste ou mesurée, elle témoigne d’abord de la perception d’un auteur.
Cette démarche évite deux écueils opposés. Le premier serait de croire que tout est connu sous prétexte que des pages Internet recensent l’ensemble des dates. Le second serait de jeter les témoignages personnels au motif qu’ils ne sont pas des archives institutionnelles. L’histoire de la musique populaire dépend précisément de ce dialogue entre billetteries, affiches, chansons entendues, articles et mémoire des admirateurs. Les témoins ne sont pas des autorités infaillibles ; ils sont souvent ceux qui ont pris la peine de garder une trace lorsque personne d’autre ne l’a fait.
Pour le lecteur qui souhaiterait prolonger la recherche, les fiches individuelles de Lucques, Marostica et Rome dans ce dossier conservent le détail des étapes, tandis que l’étude générale sur le passage italien du All-Starr Band replace 2018 aux côtés de 1992 et 2011. La mise en regard des deux niveaux — chronique d’un soir et continuité d’une carrière — permet de ne pas confondre l’histoire d’un festival, celle d’un groupe et celle du public qui les a réunis.
Trois places, une idée : Ringo Starr comme passeur de mémoire
Entre le 8 et le 11 juillet 2018, Ringo Starr n’a pas seulement donné trois concerts en Italie. Il a installé son orchestre dans trois cadres très différents et soumis une même formule musicale à des publics et des regards changeants. Lucques raconte la rencontre d’un ancien Beatle avec l’énergie d’un festival majeur ; Marostica, l’appropriation d’un événement international par une ville et un réseau de passionnés ; Rome, le dialogue parfois contradictoire entre la fête collective et le jugement des critiques.
On retiendra les constantes : sept musiciens, un répertoire distribué, les chansons de Ringo retrouvant celles de Santana, Toto, 10cc et Men at Work, et une conclusion dominée par l’idée d’amitié. On retiendra aussi les différences, parce qu’elles rendent l’histoire vraie : les listes de titres ne coïncident pas parfaitement, un morceau annoncé pour Lucques n’y est pas corroboré, les témoins de Marostica ne ressentent pas tous la foule de la même manière et la presse romaine n’emploie pas une seule voix.
Au terme de cette enquête, le plus beau paradoxe est peut-être celui-ci : celui que le monde entier connaît comme le batteur des Beatles se montre aussi, en 2018, l’un des passeurs les plus obstinés des chansons des autres. Dans une industrie musicale volontiers obsédée par le premier plan, Ringo Starr & His All-Starr Band continue d’offrir une scène où la mémoire circule. Pendant quatre jours italiens, elle a circulé entre les murs de Lucques, les cases de Marostica et les gradins de Rome. Les archives, lorsqu’on accepte de les lire avec leurs nuances, permettent encore d’en entendre quelque chose.












