Yellow-Sub.net · Étude historique · Tournée 2018
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Ringo Starr aux États-Unis en septembre 2018 : de Catoosa au Greek Theatre, vingt et un concerts à l’épreuve des archives
Le 11 juillet 2018, Ringo Starr termine à Rome la partie européenne de sa treizième tournée All-Starr. Cinquante-deux jours plus tard, il revient sur scène dans l’Oklahoma avec les mêmes six partenaires. Vingt et un concerts se succèdent jusqu’au 29 septembre, date du final au Greek Theatre de Los Angeles. Le programme est remarquablement stable, mais les documents ne racontent pas tous exactement la même histoire : le communiqué initial ne mentionne que vingt dates, une salle de l’Indiana doit être remplacée au dernier moment, les listes de chansons ne comptent pas toujours la coda de John Lennon et les récits du dernier soir divergent sur le détail des invités. Reconstituer ce mois américain permet de comprendre à la fois la solidité musicale du groupe et les limites des archives de tournée.
Sommaire de cette étude (15 sections)
Le 23 mars 2018 : vingt dates américaines annoncées, pas encore le calendrier définitif
L’histoire de cette seconde partie de tournée commence plusieurs mois avant le premier accord joué en Oklahoma. Le 23 mars 2018, le site officiel de Ringo Starr annonce une prolongation nord-américaine en septembre. Le texte parle de vingt dates supplémentaires et publie une liste qui s’ouvre au Hard Rock Hotel & Casino de « Tulsa » le 1er septembre et s’achève au Greek Theatre de Los Angeles le 29. Cette annonce est une source première indispensable, mais elle constitue une photographie du projet au moment de sa publication, non un certificat d’exécution de chaque spectacle.
La distinction devient visible lorsqu’on rapproche ce communiqué de l’itinéraire aujourd’hui conservé dans les fiches du dossier. Le 18 septembre, le groupe joue à la Floyd L. Maines Veterans Memorial Arena de Binghamton, dans l’État de New York : cette date figure dans les répertoires de concerts, mais pas dans l’annonce officielle du 23 mars. Le parcours effectivement documenté pour septembre comporte donc vingt et une représentations. Il serait trompeur de présenter les « vingt dates » du communiqué et les « vingt et un concerts » des archives comme deux chiffres contradictoires portant sur un même état du calendrier. Le premier est une annonce ; le second, une reconstitution rétrospective.
La même prudence vaut pour le total de quarante-quatre concerts recensés en 2018, utilisé dans la page-mère de la tournée. Ce nombre couvre les deux périodes de l’année, en juin-juillet puis en septembre. Il ne signifie pas quarante-quatre spectacles aux États-Unis, et il ne doit pas être additionné une seconde fois lorsque les dates américaines sont aussi classées dans une étude géographique. Le dossier distingue, à juste titre, les événements joués, les changements de lieux et les annonces qui n’ont pas conservé leur forme initiale.
De Catoosa à Los Angeles : un mois qui ne suit pas une ligne droite
Le premier concert de septembre se déroule au Hard Rock Hotel & Casino, à Catoosa, dans l’agglomération de Tulsa. Le communiqué utilise « Tulsa » comme désignation commode ; la localisation précise du complexe est Catoosa. Cette différence ne crée évidemment pas deux concerts. Le groupe gagne ensuite Rogers, dans l’Arkansas, puis Kansas City, Ames et Saint-Louis. Il traverse plusieurs États du Midwest avant de rejoindre Milwaukee, South Bend et Kettering. New York arrive le 13 septembre, puis la tournée passe par Saratoga Springs, Wallingford, Boston, Binghamton et Pittsburgh.
Le parcours revient ensuite vers les Grands Lacs et le Midwest : Northfield Park, Chicago et Saint Paul précèdent Denver. Les dernières étapes conduisent à San Diego, San José puis Los Angeles. Il ne s’agit donc pas d’un simple trajet monotone d’est en ouest. Les engagements de salles, les disponibilités et la logique d’une production itinérante produisent des déplacements moins réguliers que ne le suggérerait une carte schématique. Il serait également imprudent d’inférer les horaires de voyage des musiciens à partir de la seule succession des villes : un calendrier de concerts n’est pas un carnet de route personnel.
Deux catégories de traces permettent de suivre ce mois. Les annonces et pages de lieux établissent le rendez-vous public ; les comptes rendus, photographies et relevés de chansons aident à décrire ce qui s’est passé après l’ouverture des portes. La méthode est particulièrement importante pour une formation qui propose souvent le même enchaînement musical. Plus un programme se répète, plus la tentation est forte de recopier celui de la veille en le présentant comme une observation indépendante.
La treizième formation : sept musiciens, plusieurs centres de gravité
Ringo Starr retrouve en septembre les partenaires qui l’ont accompagné en Europe : Steve Lukather à la guitare et au chant, Gregg Rolie aux claviers et au chant, Colin Hay à la guitare et au chant, Graham Gouldman à la basse et au chant, Warren Ham aux instruments à vent, percussions, claviers et chœurs, ainsi que Gregg Bissonette à la batterie. Starr chante, joue lui aussi de la batterie et se déplace entre le devant de scène et son instrument.
La distribution du répertoire explique cette composition. Hay ramène les titres de Men at Work et son propre univers, Rolie les classiques liés à Santana, Lukather l’histoire de Toto et Gouldman celle de 10cc. Ham et Bissonette ne disposent pas du même bloc de chansons personnelles, mais leur rôle dans les transitions, les harmonies et l’assise instrumentale est essentiel. Le concept n’est pas celui d’un chanteur accompagné par des exécutants interchangeables. Chacun apporte une mémoire musicale qui devient, le temps d’un concert, la matière commune de l’orchestre.
La présence de Gouldman caractérise particulièrement 2018. Il remplace, pour cette treizième formation, une autre famille de chansons entendues les années précédentes avec Richard Page ou Todd Rundgren. Dès 2019, Hamish Stuart apportera à son tour la couleur de l’Average White Band. Entre les deux tournées, il faut donc éviter de recopier machinalement une liste : Dreadlock Holiday, I’m Not in Love et The Things We Do for Love appartiennent ici au programme de Gouldman, tandis que Pick Up the Pieces et Cut the Cake caractérisent l’étape suivante.
Kansas City et Saint-Louis : la formule entendue au début du mois
Une chronique publiée par Timothy Finn au lendemain du concert du 3 septembre, au Starlight Theatre de Kansas City, décrit un spectacle d’environ deux heures devant une foule qu’il estime supérieure à trois mille personnes. Cette indication appartient au reportage du journaliste ; elle ne doit pas être transformée en statistique officielle de billetterie. Elle suffit néanmoins à montrer que les concerts ne s’inscrivent pas tous dans un modèle de petit club. Le All-Starr Band doit fonctionner dans des amphithéâtres, des théâtres historiques et des espaces de casino, avec des conditions d’écoute et de visibilité différentes.
Le 7 septembre, le Fox Theatre de Saint-Louis offre un second point d’observation. Une chronique photographique de MTC MAG restitue la réaction de la salle et le plaisir, pour les spectateurs, de reconnaître successivement les chansons de Santana, Toto, 10cc, Men at Work et des Beatles. Il ne faudrait pas déduire de ces deux témoignages que tous les publics ont ressenti les mêmes émotions ou applaudi les mêmes titres. Leur intérêt historique tient plutôt à la confirmation du fonctionnement scénique : l’ancien Beatle sert de fil conducteur à une soirée dont les chansons circulent continuellement d’une voix à une autre.
Les relevés de septembre font généralement commencer le concert par Matchbox, It Don’t Come Easy et What Goes On. La troisième chanson est significative. Elle ne rappelle pas seulement l’album Rubber Soul : elle permet à Starr de plaisanter sur une composition créditée Lennon–McCartney–Starkey. La formule qu’il emploie varie légèrement selon les souvenirs, mais le sujet revient dans plusieurs comptes rendus indépendants. Ce n’est plus une répartie isolée ; c’est un élément du langage de scène de Ringo.
South Bend, 9 septembre : une date maintenue, une salle remplacée
Le cas de South Bend, dans l’Indiana, rappelle que la chronologie d’une tournée ne s’écrit pas uniquement à partir de listes imprimées. Le communiqué de mars annonce le Morris Performing Arts Center pour le 9 septembre. Le concert a pourtant lieu au Century Center. Des documents locaux attribuent le déplacement à la chute d’un morceau de plâtre décoratif au Morris, quelques jours auparavant, qui conduit à modifier l’accueil du spectacle. Un message publié par Ringo après la soirée remercie South Bend en faisant explicitement référence au changement de lieu.
On rencontre donc deux adresses dans les sources pour une seule représentation. L’erreur serait de créer deux fiches, l’une « Morris » et l’autre « Century », ou d’affirmer que la date du Morris a été annulée puis remplacée par une représentation supplémentaire. L’événement a été maintenu, avec transfert de salle. Cette nuance paraît presque administrative ; elle est pourtant décisive pour les collectionneurs qui doivent identifier un billet, une affiche promotionnelle ou une photographie de scène.
Le témoignage d’un spectateur, Mike Settles, publié le lendemain avec des images de son déplacement, apporte une dimension supplémentaire. Il explique avoir acheté ses places pour le rendez-vous initial puis assisté au concert au Century Center. On peut ainsi rapprocher une annonce, une modification logistique et une présence attestée dans la salle. Aucun de ces éléments, à lui seul, ne suffirait à raconter toute l’histoire.
Radio City Music Hall, 13 septembre : la mémoire de Ringo face aux répertoires des autres
La date new-yorkaise du 13 septembre 2018 bénéficie d’une documentation plus abondante. L’agence Associated Press, NME et Best Classic Bands publient des comptes rendus proches de l’événement. Leur convergence établit la présence de la formation, l’alternance des voix et une réception très chaleureuse. Leurs tons diffèrent néanmoins. La dépêche insiste sur l’énergie et l’enthousiasme de l’assistance ; le compte rendu de NME rapproche malicieusement le spectacle d’une fête où l’on passe d’un tube immédiatement reconnaissable à un autre. Ce contraste est précieux : une chronique musicale n’est pas une mesure neutre de la qualité artistique, mais un regard situé sur le même concert.
Radio City possède aussi une signification biographique pour Starr. Il y avait célébré ses soixante-dix ans en 2010, lors d’une soirée marquée notamment par l’apparition de Paul McCartney. En 2018, il n’est pas question de reconstituer cet anniversaire exceptionnel. Le spectacle appartient à la tournée ordinaire de la treizième formation, avec Gouldman, Hay, Rolie et Lukather. Le poids symbolique de la salle ne doit pas faire disparaître cette distinction.
La presse contemporaine souligne un fait souvent sous-estimé : la présence d’un Beatle peut attirer le public, mais les refrains de Down Under, Africa ou Black Magic Woman provoquent leurs propres réactions. Une partie des spectateurs a grandi avec les Beatles ; une autre reconnaît surtout les succès diffusés par les radios et les chaînes musicales des années 1970 et 1980. Cette pluralité n’est pas un accident du programme. Elle en est la raison d’être depuis 1989.
Wallingford, 15 septembre : ce qu’un témoin direct ajoute à une set-list
Deux jours plus tard, la prestation au Toyota Oakdale Theatre de Wallingford, Connecticut, nous est notamment connue par un témoignage illustré signé Joanne Corsano. L’auteure publie la composition du groupe, l’ordre des chansons et des photographies prises lors de la soirée. Elle raconte avoir particulièrement apprécié Boys, moment où Ringo chante depuis sa batterie et évoque Rory Storm and the Hurricanes, son groupe d’avant les Beatles. L’intérêt de ce récit ne se réduit pas à son enthousiasme : il restitue la fonction d’une chanson dans la biographie racontée depuis la scène.
Corsano décrit également l’intervention de Starr aux claviers au début de Don’t Pass Me By et les plaisanteries autour des crédits de What Goes On. Ces observations permettent de distinguer les numéros chantés devant la scène des séquences jouées derrière la batterie. La formule « Ringo à la batterie et au chant », correcte sur une fiche de personnel, ne signifie pas qu’il occupe les deux fonctions en permanence et simultanément.
L’autrice mentionne un concert complet et une foule mêlant plusieurs générations. Comme pour Kansas City, la prudence oblige à attribuer l’observation, sans en faire une donnée certifiée par la billetterie. La photographie et la liste des titres sont des sources attachées à la soirée ; l’appréciation de l’ambiance relève de l’expérience d’une spectatrice. Ce sont deux catégories différentes de connaissance, toutes deux utiles lorsqu’elles sont nommées.
Vingt-quatre numéros ou vingt-cinq chansons ? Le piège du rappel final
Le programme de Wallingford et celui de Radio City présentent une structure très proche, documentée par les relevés de concerts et les témoignages. L’ouverture associe les trois titres de Ringo à des interventions successives de Gouldman, Rolie, Lukather et Hay. Plus loin apparaissent Boys, Don’t Pass Me By, Yellow Submarine, I’m Not in Love, le medley Black Magic Woman/Gypsy Queen et You’re Sixteen. La seconde partie accueille notamment Anthem, Overkill, Africa, Oye Como Va, I Wanna Be Your Man, The Things We Do for Love, Who Can It Be Now? et Hold the Line. Photograph et Act Naturally ramènent Ringo au centre juste avant la conclusion collective.
Le problème du décompte est particulièrement instructif. Certaines listes terminent par un seul numéro, With a Little Help from My Friends, en précisant que le groupe y enchaîne le refrain de Give Peace a Chance. D’autres donnent deux lignes distinctes. Avec les mêmes notes de scène, on peut donc annoncer vingt-quatre numéros de programme ou vingt-cinq chansons mentionnées. Il faut expliquer la convention retenue avant de transformer un total en différence musicale entre deux concerts.
Le medley de Black Magic Woman et Gypsy Queen pose un problème analogue. Deux œuvres coexistent dans un même enchaînement instrumental. Les compter séparément dans un index d’œuvres est défendable ; les traiter comme deux prestations autonomes le serait moins sans preuve de séparation sur scène. Ces petites questions ont une importance disproportionnée pour une histoire quantitative du All-Starr Band. Un même spectacle peut changer de longueur sur le papier sans qu’une seule note supplémentaire ait été jouée.
Il est aussi nécessaire de garder à l’esprit la temporalité des relevés. Une liste publiée avant un événement peut être un pronostic fondé sur une autre date ; une liste complétée longtemps après peut bénéficier de souvenirs ou d’enregistrements, mais aussi d’erreurs recopiées. Nous disposons, pour Wallingford, d’un compte rendu contemporain et illustré ; pour Radio City, de plusieurs critiques immédiatement publiées. Cette convergence offre un niveau de confiance plus élevé qu’une table anonyme isolée.
De 10cc à Santana : l’alternance comme principe musical
Sur le papier, la soirée pourrait sembler impossible à réunir en un style unique. Dreadlock Holiday transporte une écriture pop britannique marquée par le reggae ; I’m Not in Love vient d’un travail de studio où les boucles vocales sont centrales ; The Things We Do for Love représente un autre visage mélodique de 10cc. Dans le même ensemble, Gregg Rolie retrouve le répertoire qui a fait connaître Santana à un vaste public américain, Steve Lukather chante les succès de Toto et Colin Hay ramène les chansons de Men at Work.
La réunion n’est cependant pas un simple juke-box. Les musiciens jouent les morceaux des autres, ajoutent chœurs, guitares, orgue, cuivres ou percussions, et créent une continuité de timbres entre des œuvres enregistrées à des époques et dans des studios différents. L’interprétation de Rosanna, par exemple, dépend ici d’un orchestre où la batterie de Bissonette et les interventions de Warren Ham côtoient le jeu de Lukather. Les morceaux de Santana bénéficient de la présence de Rolie aux claviers, mais ne cherchent pas à reproduire à l’identique la formation originelle.
Cette dimension explique pourquoi plusieurs critiques se sont concentrés sur le plaisir de reconnaître les chansons, tandis que d’autres ont préféré juger la cohérence de l’ensemble. Les deux questions sont légitimes : qu’entend le public lorsqu’il retrouve un succès familier, et que devient ce succès lorsqu’il est interprété par d’autres partenaires ? Le All-Starr Band répond en actes : ce n’est ni une reconstitution historique pure, ni une réunion aléatoire de célébrités. C’est un groupe de scène dont la cohésion tient à la capacité d’accompagner chacun.
Ringo, chanteur, batteur et maître de cérémonie
Au milieu des solistes, Ringo Starr remplit plusieurs fonctions. Il ouvre le spectacle, assure les transitions, plaisante avec la salle, intervient à la batterie et revient à plusieurs reprises au micro. Gregg Bissonette permet cette liberté : lorsque Starr s’avance pour chanter, la pulsation ne disparaît pas. Quand Ringo retourne derrière ses fûts, le spectacle retrouve visuellement l’une de ses images fondatrices, celle du batteur que le public a connu au sein des Beatles.
Les références à What Goes On, à Rory Storm et aux chansons de ses années 1960 sont des éléments de récit autobiographique, mais leur présence n’implique pas une tournée exclusivement tournée vers les Beatles. En 2018, Starr inclut aussi Anthem, extrait de l’album Ringo 2012, au milieu de morceaux beaucoup plus anciens. Le geste est discret et révélateur : son répertoire propre ne se limite pas à Photograph et It Don’t Come Easy.
Le final avec With a Little Help from My Friends reste évidemment chargé d’une signification que les chansons des autres ne possèdent pas : Ringo est l’interprète original de la version des Beatles. Mais la chanson célèbre précisément l’entraide. En lui donnant un prolongement collectif, le All-Starr Band fait coïncider sa méthode scénique et son message. Le refrain de Give Peace a Chance ajoute la mémoire de Lennon sans devenir pour autant une interprétation intégrale de l’enregistrement de 1969.
De Chicago à Denver, puis à la côte Pacifique
Après Pittsburgh, le groupe joue à Northfield Park, au Chicago Theatre et à Saint Paul, avant de rejoindre le Paramount Theatre de Denver. Les trois dernières étapes avant Los Angeles sont californiennes : San Diego le 27 septembre, San José le 28 et le Greek Theatre le 29. À cette période, la treizième formation a déjà partagé plusieurs dizaines de soirées. Les transitions entre chanteurs sont rodées ; les numéros de chacun reposent sur une connaissance commune des arrangements.
Cela ne signifie pas que chaque exécution soit identique. Un changement d’énergie, une improvisation de guitare ou un échange verbal peuvent différer considérablement sans apparaître dans la set-list. À l’inverse, une liste légèrement différente ne prouve pas toujours qu’une chanson a été délibérément écartée. L’analyse musicale des tournées demande, lorsqu’ils existent, des enregistrements datés et complets, ou plusieurs descriptions indépendantes. Il faut résister à la tentation d’attribuer une intention artistique à une simple lacune de documentation.
Los Angeles, 29 septembre : le Greek Theatre comme point d’arrivée
Le samedi 29 septembre 2018, la tournée s’achève au Greek Theatre de Los Angeles. La date est établie par les annonces et plusieurs témoignages publiés immédiatement après. Le photographe et critique Alex Kluft en donne une chronique pour Music Connection le 11 octobre. Robert Kinsler publie dès le lendemain du concert un compte rendu illustré, tandis qu’un texte de Reggie Boyle est repris sur le site de Steve Lukather. Le dernier soir est donc nettement mieux documenté que bien des étapes moins médiatisées du même mois.
Dans sa chronique du 30 septembre, Kinsler décrit une salle qu’il juge remplie et une succession de numéros portés par la bonne humeur. Il rapporte l’humour de Ringo sur les crédits de What Goes On, la place des titres de 10cc, Men at Work, Toto et Santana, ainsi que le relief particulier donné à Photograph. Cette dernière chanson apparaît près de la conclusion, quand une large partie du programme a déjà appartenu aux autres chanteurs. La soirée finit ainsi par ramener Starr au premier plan avant de réaffirmer l’idée de partage.
La liste de Kinsler détaille vingt-cinq chansons si l’on isole Give Peace a Chance, tandis que celle de Music Connection regroupe le refrain final avec With a Little Help from My Friends et affiche vingt-quatre entrées. Ce n’est pas la preuve d’une divergence sur le concert lui-même. C’est une différence de présentation de la conclusion, exactement celle que révèlent d’autres documents de septembre. En matière de concerts historiques, une ligne de plus dans une liste n’est pas toujours une chanson complète de plus sur scène.
Joe Walsh, Jim Keltner et les autres : qui a rejoint le final ?
Le Greek Theatre réserve néanmoins un élément singulier : des proches et anciens partenaires viennent renforcer la séquence finale. Les chroniques de 2018 convergent sur la présence de Joe Walsh, Jim Keltner, Gary Wright et Edgar Winter. Kinsler précise que Keltner prend place derrière la batterie, tandis que Walsh, Wright et Winter participent au final collectif. Kluft cite également l’ancien batteur de Guns N’ Roses Matt Sorum parmi les invités. La documentation consultée ne permet pas d’attribuer à chacun une intervention instrumentale précise et continue sur l’ensemble du rappel.
Cette nuance est importante. Un invité photographié sur scène, un musicien qui chante une ligne de refrain ou un instrumentiste qui s’assied derrière une seconde batterie ne doivent pas être confondus avec les membres réguliers du All-Starr Band. Le groupe de 2018 reste constitué des sept musiciens de la tournée. Les apparitions du 29 septembre relèvent d’un événement particulier, à classer dans les invités et dans la fiche de ce concert, pas dans le personnel de toutes les représentations de septembre.
Le choix de ces proches donne pourtant au dernier soir une dimension de réunion familiale du rock. Walsh connaît Ringo depuis de nombreuses années et lui est lié personnellement. Keltner appartient à l’histoire des séances solo des anciens Beatles ; Wright et Winter ont eux aussi traversé l’histoire des formations All-Starr. La réunion ne ressuscite pas l’orchestre de 1989. Elle fait plutôt apparaître, le temps d’un refrain, plusieurs strates de la carrière de Ringo sur une seule scène.
Ce que les archives prouvent — et ce qu’elles ne prouvent pas
Cette campagne américaine exige de distinguer au moins cinq niveaux de preuve. Un communiqué officiel fixe la programmation connue à une date donnée, mais pas nécessairement ses modifications ultérieures. Une fiche de salle ou un billet atteste l’annonce d’un rendez-vous et peut conserver une adresse remplacée depuis. Une chronique contemporaine indique ce qu’un journaliste a effectivement vu et entendu, mais ses impressions et ses estimations doivent rester attribuées. Une set-list collaborative aide à comparer les œuvres, sans constituer un procès-verbal irrévocable. Une photographie datée établit des présences et des instruments visibles, mais pas toujours le morceau exact en cours.
Deux exemples résument la méthode. À South Bend, l’annonce du Morris et le récit du Century Center parlent du même concert malgré leurs adresses différentes. Au Greek Theatre, vingt-quatre et vingt-cinq entrées peuvent désigner le même spectacle selon que le refrain de Give Peace a Chance est compté séparément. L’enquête consiste à expliquer la variation documentaire plutôt qu’à en choisir arbitrairement une version et à effacer l’autre.
Les témoignages sur l’affluence nécessitent la même discipline. Les chroniqueurs de Kansas City ou de Los Angeles décrivent respectivement leur estimation de la foule et l’impression d’une salle comble. Sans relevé officiel de billetterie, ces observations ne donnent ni une jauge précise ni une recette. Elles participent à l’histoire de la réception, ce qui est déjà précieux. On ne rend pas un concert plus important en lui inventant un record de fréquentation.
Sources principales consultées : RingoStarr.com, communiqué du 23 mars 2018 ; Timothy Finn, IN Kansas City, 4 septembre 2018 ; MTC MAG, Saint-Louis, septembre 2018 ; The Beatles Bible, South Bend et changement de lieu ; Mike Settles, témoignage du 10 septembre ; Greg Brodsky, Best Classic Bands, Radio City ; Rhian Daly, NME, 14 septembre 2018 ; Joanne Corsano, témoignage et photographies de Wallingford ; Alex Kluft, Music Connection, 11 octobre 2018 ; Robert Kinsler, chronique du 30 septembre 2018 ; Reggie Boyle, chronique relayée par Steve Lukather.
Pour le contrôle des titres et des calendriers, les fiches de concert de Yellow-Sub.net ont été rapprochées des relevés publics de Radio City, Binghamton et du Greek Theatre. Ces bases sont des instruments de recoupement, pas des sources à utiliser seules lorsque la date ou une participation reste contestable.
Une tournée américaine qui achève une formation, pas une histoire
Le 29 septembre 2018, au moment où les invités rejoignent Ringo et ses partenaires sur la scène du Greek Theatre, une séquence de sa carrière se termine. Pendant un mois, de l’Oklahoma à la Californie, les chansons des Beatles, de Starr en solo, de 10cc, de Santana, de Toto et de Men at Work ont circulé entre les mêmes sept musiciens. L’itinéraire n’était pas immuable, les salles n’étaient pas toutes celles des premières annonces et la documentation n’est pas uniformément abondante. Mais la continuité musicale, elle, apparaît clairement.
Le parcours de septembre met aussi en évidence le caractère provisoire de chaque formation All-Starr. À Los Angeles, Graham Gouldman achève sa participation à cette édition ; l’année suivante, Hamish Stuart reprendra sa place dans un groupe qui célébrera ses trente ans. Les succès de 10cc laisseront alors la scène aux chansons de l’Average White Band. Ringo demeure le fil conducteur, mais les œuvres des autres continuent de renouveler le spectacle.
Raconter cette tournée, ce n’est donc pas seulement aligner vingt et une dates ni répéter les vingt-quatre titres du programme courant. C’est restituer les changements logistiques, les publics, les souvenirs de spectateurs, les voix des critiques et les musiciens invités qui font qu’aucun soir n’est exactement interchangeable avec un autre. À l’échelle de la carrière de Ringo Starr, septembre 2018 offre une démonstration tranquille : l’ancien Beatle sait toujours occuper le centre de la scène, précisément parce qu’il accepte de le partager.












