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APPLE CORPS · ARCHIVES DES BEATLES · 1996

Anthology 3 (1996) : Apple Corps met à nu les dernières années de création des Beatles

Le troisième volume d’Anthology ne propose pas de chanson nouvelle achevée avec les Beatles survivants. Il donne autre chose : l’accès aux fragments, aux maquettes et aux versions de travail des années où le groupe signe ses œuvres les plus contrastées.

Sommaire

28 octobre 1996 : la fin du triptyque original

Anthology 3 paraît le 28 octobre 1996. L’édition originale rassemble 50 plages réparties sur deux disques. Elle couvre principalement les dernières années de travail des Beatles, des maquettes préparatoires à l’Album blanc aux sessions de Let It Be et d’Abbey Road.

Ce troisième volume achève le parcours initial des albums d’archives publiés sous la coordination d’Apple Corps. Il constitue un chapitre autonome : l’environnement musical et humain de 1968–1970 diffère profondément de celui des débuts du groupe. Les bandes révèlent une créativité exceptionnelle, mais aussi une répartition croissante des initiatives individuelles.

Les démos d’Esher : quatre auteurs dans une même maison

Une partie de la matière provient des maquettes réalisées au printemps 1968 chez George Harrison, à Esher, après le retour des Beatles de leur séjour en Inde. Ces enregistrements présentent les chansons dans des formes encore proches de leur conception domestique, avec une instrumentation souvent réduite. Ils permettent de mesurer comment des idées personnelles deviendront des productions de groupe ou resteront inachevées.

Les documents consacrés à Happiness Is a Warm Gun, Mean Mr. Mustard, Polythene Pam ou Junk témoignent de cette diversité. Ils ne dessinent pas une unique direction esthétique, mais un ensemble de propositions que les sessions de l’Album blanc vont transformer ou laisser de côté.

L’Album blanc : l’invention et les désaccords dans les prises

Les versions de travail de Helter Skelter, Ob-La-Di, Ob-La-Da, Sexy Sadie ou While My Guitar Gently Weeps exposent différentes manières d’aborder une chanson. Certaines illustrent des expériences de durée ou d’énergie, d’autres font entendre la force d’une composition encore dépouillée. Il est souvent plus éclairant de comparer l’intention d’une prise à sa version définitive que d’en tirer un classement esthétique.

La publication de ces archives change le statut des enregistrements réputés « rejetés ». Une prise abandonnée peut être un document extrêmement précieux sans avoir été destinée à constituer un disque. Apple Corps aide ici à rendre ces états intermédiaires accessibles dans un cadre officiel.

Not Guilty et les chansons demeurées hors du disque

Not Guilty, chanson de George Harrison longuement travaillée en 1968 mais écartée de l’Album blanc, est l’un des exemples les plus révélateurs. Sa présence met en lumière la différence entre l’existence d’un enregistrement abouti et sa sélection finale pour l’album. Les décisions de publication dépendent aussi de l’équilibre général d’un disque et des arbitrages entre compositeurs.

D’autres morceaux, comme What’s the New Mary Jane, éclairent l’intérêt du groupe pour les formes moins conventionnelles. Leur diffusion officielle ne doit toutefois pas transformer rétrospectivement leur statut : ils sont devenus des documents patrimoniaux parce qu’ils permettent de mieux comprendre l’histoire du groupe, non parce qu’ils auraient constitué un album secret.

Get Back et Let It Be : suivre le travail collectif sur le vif

Le deuxième disque s’attarde sur les séances de janvier 1969, où les Beatles cherchent à retrouver une manière directe de jouer ensemble sous l’œil des caméras. Les essais de Two of Us, Dig a Pony, The Long and Winding Road ou Get Back font entendre des chansons encore en mouvement et des interprètes aux prises avec des méthodes changeantes.

Ces fragments doivent être replacés dans l’histoire complexe des films et des albums issus de ces séances. Les documents de 1969 serviront plus tard de matière à d’autres programmes d’Apple Corps, notamment The Beatles: Get Back. Un même plan filmé ou une même bande ne possède pas exactement la même signification selon le montage et le commentaire qui l’accompagnent.

A Beginning : une ouverture de George Martin plutôt qu’un nouveau single

Contrairement aux deux premiers volumes, Anthology 3 ne débute ni par Free As A Bird ni par Real Love, mais par A Beginning, courte pièce orchestrale de George Martin enregistrée le 22 juillet 1968. Elle n’est pas une chanson nouvelle des Beatles achevée dans les années 1990 : son origine appartient au travail musical de 1968.

Cette décision rend le troisième volume particulièrement intéressant pour les amateurs de chronologie. Elle rappelle que le projet Anthology n’est pas une histoire de réunion artificiellement prolongée à chaque album, mais une série d’archives dont les formes et les pièces d’ouverture répondent à des contraintes différentes.

Klaus Voormann referme le triptyque graphique

La dernière pochette complète l’image imaginée par Klaus Voormann pour les trois volumes. Disposés côte à côte, ils forment une seule composition évoquant des affiches, photographies et souvenirs superposés. Cette unité visuelle donne au cycle une identité reconnaissable et fait de l’objet physique une histoire en images.

Le dessin agit comme un contrepoint à la dispersion de la musique : malgré les styles très variés et les tensions des années finales, l’ensemble est présenté comme une mémoire commune. L’iconographie devient ainsi une partie du travail patrimonial coordonné par Apple Corps.

Ce que cette publication nous apprend encore

Les bandes publiées sur Anthology 3 éclairent les derniers mois d’activité collective sans permettre de raconter la séparation à travers une seule cause. Les essais, improvisations et prises alternatives révèlent une situation de création dense et parfois contradictoire. Les conflits humains sont importants, mais les documents montrent également des moments d’écoute, de coopération et de recherche partagée.

L’album se lit donc en dialogue avec Anthology 1, Anthology 2, le coffret vidéo de 1996 et l’extension Anthology 4 publiée en 2025.

Questions fréquentes

Quand Anthology 3 est-il sorti ?

Le 28 octobre 1996.

Combien de pistes comporte l’édition originale ?

Cinquante plages sur deux CD.

Quel morceau ouvre Anthology 3 ?

A Beginning, une pièce orchestrale composée par George Martin et enregistrée en 1968.

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