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Ringo Starr et le Plastic Ono Band (1970) : le trio avec John Lennon et Klaus Voormann, “one of the finest trios” passé au crible

Par Clive Helday
Ringo Starr et le Plastic Ono Band (1970) : le trio avec Lennon et Voormann

À l’automne 1970, six mois après la fin des Beatles, John Lennon entre à Abbey Road avec deux musiciens seulement : Ringo Starr à la batterie et Klaus Voormann à la basse. Il en sortira John Lennon/Plastic Ono Band, l’un des disques les plus nus et les plus violents de l’histoire du rock. Quarante-cinq ans plus tard, Ringo dira de ce trio qu’il fut l’un des meilleurs qu’il ait jamais entendus. Un récit viral, publié en anglais sur les réseaux sociaux, reprend cette histoire en quelques phrases : dates de séances, rôle de Billy Preston et de Phil Spector, racines hambourgeoises de l’amitié avec Voormann. Nous avons vérifié chaque affirmation, retrouvé les mots exacts de Ringo et la source d’où ils viennent, puis tenté de répondre à la question que pose le récit : cette section rythmique vaut-elle les plus belles heures des Beatles ?

En brefLe récit viral est, pour l’essentiel, exact. John Lennon/Plastic Ono Band a été enregistré à Abbey Road à partir du 26 septembre 1970 ; les crédits officiels arrêtent les séances au 23 octobre, mais les chronologies détaillées font apparaître du travail jusqu’à la fin du mois, ce qui rend plausible la date du 25 octobre avancée par le récit. Billy Preston joue bien du piano sur “God”, et Phil Spector sur “Love”. Ringo a bien parlé de “one of the finest trios I ever heard”, l’un des meilleurs trios qu’il ait jamais entendus, dans un entretien accordé au mensuel britannique Uncut et relayé par le NME le 29 mai 2015. Il a aussi qualifié ces séances de “one of the best experiences of being on a record I have ever had”, l’une des meilleures expériences qu’il ait vécues sur un disque : c’est “l’une des meilleures”, pas “la meilleure”. Les liens avec Klaus Voormann remontent effectivement à Hambourg, à l’automne 1960, à une époque où Ringo jouait encore avec Rory Storm and the Hurricanes. Deux nuances seulement : le disque n’a pas été enregistré en une prise unique et spontanée, certaines chansons ayant demandé des dizaines de prises et plusieurs retouches ; et le trio ne joue pas sur tout l’album, puisque quatre des onze chansons sont des performances de Lennon seul, ou de Lennon accompagné d’un pianiste.

Le récit viral

Ce que dit le texte

Le texte qui circule sur les réseaux sociaux porte un titre accrocheur : “The Post-Breakup Power Trio: Why Ringo Starr Called the ‘Plastic Ono Band’ Sessions a Career Highlight”, le power trio d’après la séparation, ou pourquoi Ringo Starr considérait les séances du Plastic Ono Band comme un sommet de sa carrière. Il tient en quatre affirmations principales.

La première concerne le calendrier. Selon le récit, tout est allé très vite : Ringo aurait enregistré aux studios d’Abbey Road entre le 26 septembre et le 25 octobre 1970, plongeant dans une réalité nouvelle et austère, celle de l’après-Beatles.

La deuxième porte sur la méthode. À l’exception de quelques overdubs, c’est-à-dire de quelques enregistrements ajoutés après coup, l’album aurait capté le son de la pièce, celui de trois musiciens jouant ensemble.

La troisième concerne les invités. Le trio aurait été complété par Billy Preston sur “God” et par Phil Spector sur “Love”.

La quatrième, enfin, rapporte une parole de Ringo. Le batteur aurait qualifié la formation de “one of the finest trios” qu’il ait jamais entendus, et le récit rappelle que l’amitié avec le bassiste Klaus Voormann remontait à Hambourg.

Le texte se termine par une question adressée aux lecteurs : Ringo considérait ce trio comme l’un des meilleurs qu’il ait entendus, mais comment la section rythmique de Plastic Ono Band se compare-t-elle aux meilleurs enregistrements des Beatles ?

Pourquoi ce récit mérite l’attention

Le sujet est moins anecdotique qu’il n’y paraît. Dans l’imaginaire collectif, la séparation des Beatles est une histoire de rupture : procès, déclarations amères, chansons vengeresses. Le récit rappelle une autre réalité, plus discrète : quelques mois après l’annonce de Paul McCartney, en avril 1970, deux des quatre Beatles se retrouvaient en studio pour enregistrer ensemble, et l’un d’eux en gardera le souvenir comme de l’un des plus beaux moments de sa vie de musicien.

Le sujet touche aussi à une question qui a longtemps poursuivi Ringo Starr : celle de sa valeur réelle comme batteur. John Lennon/Plastic Ono Band offre un terrain d’observation idéal. Pas de George Martin, pas d’orchestre, pas d’arrangements élaborés, pas de Paul McCartney pour imaginer des parties de basse inventives : seulement une batterie, une basse, une voix, une guitare ou un piano. Si le jeu de Ringo a une valeur propre, c’est là qu’on peut l’entendre le plus clairement.

Enfin, le récit met en lumière une figure trop souvent reléguée au second plan : Klaus Voormann, l’ami allemand des années de Hambourg, auteur de la pochette de Revolver, bassiste de Manfred Mann, puis musicien de confiance de trois des quatre Beatles après la séparation. Le trio Lennon-Starr-Voormann est l’une des formations les plus importantes de l’histoire des carrières solo des Beatles, et c’est en 1970 qu’il donne son disque le plus marquant.

Ce que Ringo a vraiment dit

L’entretien d’Uncut, 2015

La citation au cœur du récit est authentique, et sa source est identifiable. Elle provient d’un entretien de Ringo Starr avec le mensuel britannique Uncut, publié au printemps 2015, à une époque où le batteur était très sollicité par la presse : il sortait un nouvel album, Postcards from Paradise, et s’apprêtait à entrer au Rock and Roll Hall of Fame en tant qu’artiste solo, le 18 avril 2015, intronisé par Paul McCartney. Le NME a repris les déclarations de Ringo le 29 mai 2015, sous un titre affirmant que travailler avec John Lennon sur Plastic Ono Band avait été la meilleure expérience de sa carrière. Le site américain Ultimate Classic Rock les a relayées le lendemain.

Voici ce que Ringo a dit, d’après ces deux reprises concordantes. À propos des séances : “It was incredible”, c’était incroyable. À propos de la formation : “John, Klaus and I. One of the finest trios I ever heard. We did it like a jam.” John, Klaus et moi. L’un des meilleurs trios que j’aie jamais entendus. On l’a fait comme un bœuf. À propos de la complicité qui les unissait : “We knew Klaus anyway. John and I really knew each other, so we were psychic where the atmosphere was going to go.” On connaissait Klaus de toute façon. John et moi, on se connaissait vraiment, alors on devinait, comme par télépathie, où l’atmosphère allait nous mener. À propos de la méthode, selon Ultimate Classic Rock : “We knew John had the songs and we’d kick it in and felt where it should go.” On savait que John avait les chansons, on démarrait et on sentait où il fallait aller.

Et, surtout, à propos de l’expérience elle-même : “It’s one of the best experiences of being on a record I have ever had. Just being in the room with John, being honest, the way he was, screaming, shouting and singing.” C’est l’une des meilleures expériences que j’aie vécues sur un disque. Simplement être dans la pièce avec John, qui était honnête, tel qu’il était, en train de hurler, de crier et de chanter.

Une nuance de taille dans les titres

Les mots de Ringo ont été légèrement amplifiés en passant de l’entretien aux titres de presse, puis aux réseaux sociaux. Le NME titrait sur la “best experience” de sa carrière, la meilleure expérience ; or Ringo a dit “one of the best experiences”, l’une des meilleures. De même, le récit viral parle d’un “career highlight”, un sommet de carrière, ce qui est une interprétation acceptable, mais qui n’est pas une citation. Ringo n’a pas placé ces séances au-dessus de tout le reste : il les a rangées parmi ses plus beaux souvenirs de studio. Pour un musicien qui a enregistré Revolver, Sgt. Pepper et Abbey Road, c’est déjà considérable.

Correctif factuel : “l’une des meilleures expériences”, pas “la meilleure”La citation “one of the finest trios I ever heard” est exacte et provient d’un entretien de Ringo Starr avec Uncut, repris par le NME le 29 mai 2015 et par Ultimate Classic Rock le 30 mai 2015. En revanche, Ringo n’a pas dit que ces séances étaient le sommet absolu de sa carrière. Ses mots exacts sont “one of the best experiences of being on a record I have ever had”, l’une des meilleures expériences qu’il ait vécues sur un disque. Le titre du NME, qui parle de “best experience”, et le titre du récit viral, qui parle de “career highlight”, simplifient légèrement le propos. L’idée générale est juste, la formulation superlative ne l’est pas tout à fait.

Ce que la citation révèle

Au-delà de la formule, les mots de Ringo disent quelque chose de précis sur sa conception du métier. Ce qu’il retient de ces séances, ce n’est pas une prouesse technique, ni un son particulier, ni un succès commercial. C’est un état : être dans la pièce avec John, sentir où va la musique, réagir sans avoir besoin de parler. Le mot qu’il emploie, “psychic”, revient souvent dans la bouche des musiciens qui ont longtemps joué ensemble : il désigne cette faculté d’anticiper le geste de l’autre avant qu’il ne se produise.

Ringo et John avaient joué ensemble presque chaque jour pendant huit ans, de l’été 1962 à l’été 1969, sur scène puis en studio. Ils avaient partagé les tournées, les hôtels, les films, les nuits blanches. Quand Ringo dit qu’ils savaient où l’atmosphère allait les mener, il parle de cette mémoire commune. Et quand il évoque John “being honest”, honnête, il désigne ce qui fait la singularité de l’album : un artiste qui renonce à toute protection, à tout artifice, et qui demande à ses musiciens de le suivre dans cette mise à nu.

Il y a aussi, dans ce souvenir, une part de soulagement. Les deux dernières années des Beatles avaient été difficiles pour Ringo. En août 1968, pendant l’enregistrement du White Album, il avait quitté le groupe pendant près de deux semaines, persuadé que les trois autres formaient un cercle dont il était exclu. En janvier 1969, il avait assisté aux tensions des séances de Twickenham. À l’automne 1970, il retrouve un John apaisé dans son rapport aux autres, sinon dans ses chansons, et un ami de longue date à la basse. Il n’y a plus de rivalité, plus de compétition entre auteurs, plus de procès à préparer en studio : seulement trois musiciens au service d’un répertoire. L’histoire de ces années de crise est racontée dans notre récit de l’enregistrement du White Album, où Ringo claque la porte en plein été 1968.

Les racines hambourgeoises du trio

Un étudiant en art sur le Reeperbahn

Le récit viral affirme que le trio partageait des racines profondes avec Klaus Voormann, qui remontaient à Hambourg. C’est exact, et l’histoire mérite d’être racontée, parce qu’elle explique en grande partie l’aisance des séances de 1970.

Klaus Voormann est né le 29 avril 1938 à Berlin. Il étudie le piano classique de huit à quinze ans, puis le dessin publicitaire, d’abord à Berlin, ensuite à la Meisterschule für Gestaltung de Hambourg. C’est dans cette ville qu’il fréquente la photographe Astrid Kirchherr. Un soir de l’automne 1960, après une dispute avec elle, il erre sur le Reeperbahn, le quartier des plaisirs de Saint-Pauli, et entend de la musique s’échapper d’une cave : le Kaiserkeller. Il entre. Sur scène, un groupe de Liverpool, Rory Storm and the Hurricanes, dont le batteur s’appelle Ringo Starr. Puis un autre groupe de Liverpool lui succède : les Beatles. Le jeune graphiste en reste, selon ses propres termes, sans voix.

Le détail est essentiel pour notre sujet : la première fois que Klaus Voormann a vu jouer John Lennon et Ringo Starr, c’était le même soir, dans la même cave, mais dans deux groupes différents. Ringo n’était pas encore un Beatle ; il ne le deviendra qu’en août 1962. Les racines du trio de 1970 plongent donc dans un moment où ses trois membres ne se connaissaient pas encore, ou à peine.

Les Exis

Voormann revient les soirs suivants, d’abord seul, puis avec Astrid Kirchherr et leur ami Jürgen Vollmer. Les trois étudiants, vêtus de noir, coiffés d’une manière qui tranche avec les bananes des rockers, détonnent dans la clientèle du Kaiserkeller. Lennon les surnomme “the Exis”, une moquerie affectueuse pour leur allure d’existentialistes. Le lien se noue vite. Astrid Kirchherr photographie les Beatles, tombe amoureuse de Stuart Sutcliffe, le bassiste du groupe, et devient l’une des figures majeures de la légende de Hambourg. Voormann, lui, devient un ami.

C’est aussi à ce moment que se nouent des liens entre les Beatles et Ringo. Le 15 octobre 1960, dans un petit studio de Hambourg, l’Akustik Studio, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison enregistrent quelques titres avec Lu Walters, le chanteur et bassiste des Hurricanes, et avec Ringo Starr à la batterie. C’est la première fois que les trois futurs Beatles et Ringo jouent ensemble sur un enregistrement. L’acétate, longtemps recherché, est devenu l’un des objets les plus mythiques de la préhistoire des Beatles. Ces années d’apprentissage de Ringo sont racontées dans Avant Apple : comment Ringo Starr apprit à collaborer, du skiffle aux acétates de Hambourg.

De Hambourg à Londres

L’amitié survit au retour des Beatles en Angleterre. Au début des années 1960, Voormann s’installe à Londres, où il travaille comme graphiste, et vit un temps avec George Harrison et Ringo Starr. Il rentre ensuite à Hambourg en 1963 pour fonder un groupe, Paddy, Klaus & Gibson, que Brian Epstein prendra un moment sous contrat. Il n’est donc pas seulement un témoin des années de Hambourg : il est un membre de la petite famille élargie des Beatles, de ceux qui ont connu le groupe avant la gloire et qui ont gardé avec lui une relation de confiance.

En 1966, John Lennon lui demande de dessiner la pochette du prochain album des Beatles. Voormann imagine un collage où les visages des quatre musiciens, dessinés à la plume, sont entremêlés de dizaines de petites photographies découpées. Ce sera Revolver. Il est payé quarante livres et reçoit un Grammy pour la meilleure pochette. Le livre qu’il a consacré à cette création, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’album, est disponible : Birth of an Icon: Revolver 50, de Klaus Voormann. Il participe aussi aux films promotionnels de “Paperback Writer” et de “Rain”, et dessine la pochette du premier album des Bee Gees.

Le bassiste de Manfred Mann

La même année 1966, Voormann rejoint Manfred Mann comme bassiste, après le départ de Jack Bruce, parti fonder Cream avec Eric Clapton et Ginger Baker. Il y reste jusqu’en 1969. C’est une expérience décisive : pendant trois ans, il joue dans un groupe à succès, enregistre des singles qui montent dans les classements, notamment “Semi-Detached Suburban Mr. James” et “Mighty Quinn”, et apprend son métier de bassiste de studio. Quand il rejoindra Lennon en 1969, il ne sera plus l’ami graphiste qui jouait un peu de basse : il sera un musicien professionnel aguerri.

Son style est déjà défini : un jeu sobre, solide, qui privilégie l’assise rythmique et la justesse du placement à la virtuosité mélodique. C’est presque l’inverse de celui de Paul McCartney, dont les lignes de basse, à partir de 1965, deviennent de véritables contre-chants. Cette différence sera au cœur du son de Plastic Ono Band.

Correctif factuel : des racines à Hambourg, mais pas encore un trioLe récit viral affirme que le trio partageait avec Klaus Voormann des racines profondes remontant à Hambourg. C’est exact : Voormann a découvert les Beatles et Ringo Starr au Kaiserkeller à l’automne 1960, et il est resté l’ami des quatre musiciens par la suite. Il faut toutefois préciser qu’à cette époque, Ringo n’était pas un Beatle : il jouait avec Rory Storm and the Hurricanes, qui partageaient l’affiche du Kaiserkeller avec les Beatles. Il ne rejoindra le groupe qu’en août 1962, à la place de Pete Best. Les racines communes du trio sont donc celles d’une scène et d’un milieu, Saint-Pauli à l’automne 1960, plus que celles d’un groupe.

Ce que Hambourg a appris aux trois musiciens

On a souvent dit que les Beatles étaient devenus un grand groupe de scène à Hambourg, en jouant six, sept, huit heures par nuit devant un public d’ouvriers, de marins et de prostituées qui exigeait qu’on le fasse danser. Ringo a connu la même école avec les Hurricanes. Il en a gardé une qualité que tous ses collègues lui reconnaissent : un tempo d’une stabilité rare, et une capacité à porter une chanson pendant des minutes sans jamais la brusquer.

Ce savoir-faire est exactement celui que réclamaient les chansons de Lennon en 1970. Pas besoin d’arrangements sophistiqués : il fallait un groove, une pulsation, et la capacité de suivre un chanteur qui pouvait passer en un instant du murmure au hurlement. Les trois musiciens de 1970 avaient appris le rock’n’roll dans les mêmes caves enfumées, sur les mêmes standards américains. Ce n’est pas un hasard si, entre deux prises de Plastic Ono Band, ils retournent spontanément à ce répertoire : “Hound Dog”, “Matchbox”, “Glad All Over”, “Honey Don’t”, “That’s All Right (Mama)”. Deux de ces titres, “Matchbox” et “Honey Don’t”, sont des chansons de Carl Perkins que Ringo chantait avec les Beatles en 1964. Dix ans après le Kaiserkeller, le trio jouait encore la musique de Hambourg.

Une amitié à trois

Au fil des années 1960, la relation de Voormann avec chacun des Beatles prend des formes différentes. Avec George Harrison, il partage une amitié profonde et une curiosité commune pour la spiritualité ; il sera l’un des musiciens centraux de All Things Must Pass et du Concert for Bangladesh. Avec Ringo, il a partagé un appartement et un humour. Avec John, c’est une relation de confiance artistique : Lennon lui confie la pochette de Revolver, puis, en 1969, la basse de son premier groupe hors des Beatles. La personnalité de George, et la place de Voormann dans sa vie, sont évoquées dans George Harrison n’était pas le Beatle tranquille. Le regard de Voormann sur Ringo, de Revolver à l’Anthology, est analysé dans The Beatles Anthology (1995-1996) : Voormann, Kiefer et l’image de Ringo Starr.

Quand Ringo dit en 2015 “We knew Klaus anyway”, on connaissait Klaus de toute façon, il résume dix ans d’amitié en une phrase. Il n’y avait rien à négocier, rien à prouver, aucune hiérarchie à établir. Klaus Voormann n’était pas un musicien de studio engagé pour l’occasion : c’était un vieil ami qui savait jouer de la basse exactement comme il fallait.

1969-1970 : la naissance d’un trio

Toronto et “Cold Turkey”

Le trio de 1970 ne naît pas de rien. Dès 1969, alors que les Beatles existent encore, John Lennon commence à jouer avec d’autres musiciens sous un nom collectif, le Plastic Ono Band, imaginé avec Yoko Ono comme un groupe conceptuel aux membres changeants. Le premier single, “Give Peace a Chance”, enregistré en juin 1969 dans une chambre d’hôtel de Montréal, n’a pas de formation stable. L’histoire de cette chanson et de ses reprises est racontée dans notre article sur Give Peace a Chance.

Le 13 septembre 1969, Lennon monte sur scène à Toronto, au festival Rock and Roll Revival, avec un groupe réuni à la hâte : Eric Clapton à la guitare, Alan White à la batterie, et Klaus Voormann à la basse. Le concert, publié sous le titre Live Peace in Toronto 1969, est le premier où Voormann joue avec Lennon en public. Voormann dira plus tard qu’il était surtout nerveux pour John, parce que ce concert était à ses yeux un véritable saut dans l’eau froide.

Quelques jours plus tard, Lennon enregistre à Abbey Road “Cold Turkey”, une chanson sur le sevrage de l’héroïne qu’il a choisi de publier hors des Beatles, sous le nom du Plastic Ono Band. À la batterie : Ringo Starr. À la basse : Klaus Voormann. À la guitare : Eric Clapton. Le trio rythmique de 1970 est déjà là, en germe, un an avant Plastic Ono Band, et alors que les Beatles n’ont pas encore officiellement cessé d’exister. Voormann racontera, à propos de ces séances, qu’il avait doublé sa partie de basse pour qu’elle soit présente dans les deux canaux stéréo.

“Instant Karma!”

Le 27 janvier 1970, Lennon écrit, enregistre et fait mixer en une seule journée “Instant Karma!”, avec Phil Spector aux commandes. Cette fois, la batterie est tenue par Alan White, et la basse par Klaus Voormann, avec George Harrison à la guitare et, selon les crédits habituels, Billy Preston aux claviers. Voormann a raconté qu’il n’avait pas compris tout de suite que l’homme silencieux assis dans la cabine était Phil Spector ; ce n’est qu’en entendant la première écoute, qu’il trouva incroyable, qu’il se dit : ce type doit être Phil Spector. Le single sort le 6 février 1970 et devient un succès des deux côtés de l’Atlantique.

“Instant Karma!” est une étape importante dans la genèse de Plastic Ono Band, pour deux raisons. Elle installe Phil Spector dans l’entourage de Lennon : c’est dans la foulée que Lennon et Allen Klein confient au producteur américain les bandes des séances de janvier 1969, qui deviendront l’album Let It Be. Et elle montre à Lennon qu’on peut faire un disque puissant très vite, avec très peu de moyens, en laissant la musique respirer. Le rôle d’Allen Klein dans ces mois décisifs est analysé dans notre dossier sur Allen Klein et la séparation des Beatles.

La fin des Beatles

Pendant ce temps, les Beatles se défont. Lennon a annoncé en privé aux trois autres, en septembre 1969, qu’il quittait le groupe, mais il a accepté de ne pas le rendre public, pour ne pas compromettre les négociations en cours avec EMI. Le 10 avril 1970, c’est finalement Paul McCartney qui provoque l’annonce, à travers le questionnaire distribué à la presse avec son premier album solo. L’album Let It Be sort le 8 mai 1970, dans la version produite par Phil Spector, que Paul désapprouve. Le 31 décembre 1970, Paul engagera devant la Haute Cour de Londres la procédure qui dissoudra juridiquement le partenariat des Beatles. Plastic Ono Band sort donc trois semaines avant ce procès, dans le moment le plus amer de la séparation. Le déroulement de ces mois est détaillé dans notre FAQ sur la séparation des Beatles.

Dans ce contexte, la présence de Ringo aux côtés de John est significative. Les quatre Beatles ne se parlent plus vraiment comme un groupe, mais les liens individuels persistent. Ringo est, de tous, celui qui reste le plus proche de chacun. Il joue en 1970 sur l’album de George, All Things Must Pass ; il joue sur celui de John ; il gardera des relations plus tendues avec Paul pendant quelques années, avant de les renouer. Sa position de batteur, au service des chansons des autres, lui permet de traverser la séparation sans prendre parti dans la guerre des auteurs.

L’année 1970 de Ringo

Pour Ringo lui-même, 1970 est une année d’exploration. Le 27 mars, il publie Sentimental Journey, un album de standards d’avant-guerre que sa mère aimait, arrangés par une série de prestigieux orchestrateurs, dont George Martin, Quincy Jones et Paul McCartney. Le disque est une forme d’hommage familial, un retour aux chansons de son enfance, plus qu’une affirmation artistique. La collaboration avec Quincy Jones sur cet album est racontée dans Quincy Jones et Ringo Starr : Love Is a Many-Splendored Thing.

À la fin du mois de juin 1970, Ringo part à Nashville enregistrer, en quelques jours, un album de country avec le guitariste Pete Drake et des musiciens de studio locaux : ce sera Beaucoups of Blues, publié fin septembre 1970, au moment même où commencent les séances de Plastic Ono Band. Au printemps et pendant l’été, il joue sur les séances de All Things Must Pass, que Phil Spector coproduit avec George. Ringo enregistre aussi, avec George comme producteur, la première version de “It Don’t Come Easy”, qui ne sortira qu’en avril 1971 et deviendra son premier grand succès solo.

Quand il arrive à Abbey Road le 26 septembre 1970, Ringo a donc derrière lui six mois de travail intense, dans des registres très différents : la nostalgie de Sentimental Journey, la country de Nashville, le mur du son de Spector chez George. Avec John, il va découvrir encore autre chose : le dépouillement absolu. Le rôle de Phil Spector dans cette année 1970, chez John comme chez George, est étudié dans Ringo Starr et Phil Spector en 1970 : Lennon, Yoko Ono et Harrison.

La thérapie primale

Arthur Janov et Le Cri primal

Pour comprendre ce que Ringo et Klaus vont trouver en studio, il faut revenir à ce que John a vécu pendant les mois précédents. À la fin de 1969, Lennon et Yoko Ono se sont retirés dans leur propriété de Tittenhurst Park, près d’Ascot. Ils ont arrêté l’héroïne, mais Lennon traverse une période sombre : la fin des Beatles, les conflits d’affaires autour d’Apple et d’Allen Klein, les fausses couches de Yoko, la bataille judiciaire de Yoko avec son ancien mari pour la garde de sa fille Kyoko.

Au début de 1970, Lennon reçoit un livre que vient de publier un psychothérapeute américain, Arthur Janov : The Primal Scream, Le Cri primal. Janov y soutient que les névroses naissent de douleurs d’enfance refoulées, et que la guérison passe par la reviviscence de ces douleurs, jusqu’au cri. Lennon, selon les récits, lit le livre d’une traite. Yoko fait venir Janov de Los Angeles. Les séances commencent à Tittenhurst, dans le studio encore en construction, puis se poursuivent à Londres, avant que le couple ne parte pour Los Angeles, où il passe environ quatre mois en thérapie avec Janov, à raison de plusieurs séances par semaine.

Les blessures de John

La thérapie ramène Lennon vers les blessures de son enfance. Sa mère, Julia, l’a confié très jeune à sa sœur Mimi ; il a peu connu son père, Alfred, marin longtemps absent. Il avait renoué avec Julia à l’adolescence, et elle est morte en juillet 1958, renversée par une voiture conduite par un policier qui n’était pas en service, alors que John avait dix-sept ans. Ces deux abandons, celui du père et celui de la mère, deviennent le cœur de la thérapie. Les Beatles, eux, y sont, selon les témoignages, assez peu évoqués.

Lennon dira plus tard que la thérapie lui avait permis de ressentir ses émotions de manière continue, au lieu de les étouffer. Il mettra aussi en garde contre une lecture trop littérale de l’album : “Don’t get the therapy confused with the music”, ne confondez pas la thérapie et la musique, dira-t-il en 1970 à Jann Wenner. Les chansons ne sont pas des enregistrements de séances, ce sont des œuvres construites. Mais elles portent la marque de cette expérience, dans leurs thèmes comme dans leur forme.

À Los Angeles, pendant l’été 1970, Lennon écrit et enregistre seul, à la guitare ou au piano, des maquettes de la plupart des chansons du futur album, dans une maison de Bel Air. Le couple rentre en Angleterre le 24 septembre 1970. Deux jours plus tard, John est à Abbey Road. L’Almería de 1966, où Lennon écrivait “Strawberry Fields Forever” en pensant déjà à son enfance, semble loin, et pourtant le fil est le même ; il est raconté dans John Lennon à Almería (1966).

Les séances d’Abbey Road

Un calendrier à vérifier

Le récit viral affirme que Ringo a enregistré à Abbey Road entre le 26 septembre et le 25 octobre 1970. Le premier chiffre est incontestable : toutes les sources s’accordent sur la date du 26 septembre 1970, deux jours après le retour de John et Yoko de Californie. Le second mérite une explication.

Le site officiel de John Lennon indique que l’album a été enregistré et mixé à Abbey Road du 26 septembre au 23 octobre 1970. C’est la fourchette la plus souvent reprise, notamment par les rééditions officielles. Mais les chronologies détaillées, établies à partir des fiches de séances d’EMI, donnent un tableau plus fin. Le site Beatles Bible recense ainsi des journées d’enregistrement les 26, 27 et 30 septembre, puis les 6, 7, 9, 15, 17, 18, 19 et 25 octobre 1970, auxquelles s’ajoutent des séances de mixage, la dernière d’entre elles étant datée du 29 octobre. La date du 25 octobre avancée par le récit viral correspond donc à une séance réelle, même si elle ne marque pas la toute fin du travail sur l’album.

Le décalage entre les deux fourchettes tient à la nature même du travail. Les séances d’enregistrement proprement dites, celles où joue le trio, se concentrent sur quelques journées de la fin septembre et du mois d’octobre ; elles sont suivies de retouches, d’overdubs et de mixages. Selon que l’on retient les unes ou les autres, on obtient des dates de fin différentes. Aucune n’est fausse ; elles ne mesurent simplement pas la même chose.

Correctif factuel : du 26 septembre à la fin octobre 1970, selon ce qu’on compteLe récit viral situe les séances entre le 26 septembre et le 25 octobre 1970. La date de début est exacte. Pour la date de fin, les crédits officiels retiennent le 23 octobre 1970, tandis que les chronologies détaillées font apparaître une séance le 25 octobre et des mixages jusqu’au 29 octobre. Le 25 octobre n’est donc pas une erreur, mais ce n’est pas non plus la date de fin habituellement citée. Par ailleurs, le récit laisse entendre que Ringo était présent pendant tout ce mois : en réalité, le trio n’a joué que lors de certaines des journées de travail, et une partie des séances d’octobre a été consacrée à des overdubs, à l’album de Yoko Ono et au mixage.

Abbey Road, et peut-être Tittenhurst

L’essentiel du travail se fait aux studios EMI d’Abbey Road, où Lennon a enregistré presque toute sa carrière de Beatle. Plusieurs sources mentionnent aussi Ascot Sound Studios, le studio que John et Yoko font construire dans leur propriété de Tittenhurst Park, et où sera enregistré l’année suivante l’album Imagine. Les crédits du site officiel ne citent toutefois qu’Abbey Road, et le studio de Tittenhurst était encore en chantier au début de 1970. La part de travail effectuée à Ascot pour Plastic Ono Band reste donc incertaine ; elle concerne au mieux quelques étapes secondaires.

Le choix d’Abbey Road n’est pas anodin. Lennon retrouve le studio où il a passé huit ans, les mêmes couloirs, les mêmes techniciens. Mais il y retrouve aussi une liberté nouvelle : il n’a plus à négocier avec Paul, George ou George Martin. Il est le seul maître de ses chansons, et il va s’en servir pour faire exactement l’inverse de ce que les Beatles avaient fait dans les mêmes murs.

Les ingénieurs

L’équipe technique est composée d’ingénieurs maison d’EMI : Phil McDonald, Richard Lush, John Leckie et Andy Stephens. Phil McDonald, qui avait travaillé avec les Beatles depuis le milieu des années 1960, sera aussi l’ingénieur d’Imagine ; sa carrière est retracée dans notre hommage à Phil McDonald. John Leckie, alors jeune assistant, deviendra l’un des producteurs les plus réputés du rock britannique, notamment pour les Stone Roses et Radiohead. Il a gardé de ces séances le souvenir d’une ambiance joviale, où Phil Spector et Allen Klein racontaient de longues histoires entre deux prises. Le contraste avec la gravité des chansons est saisissant, mais il est fréquent en studio : on ne peut pas hurler sa douleur huit heures par jour.

Phil Spector, producteur intermittent

Les producteurs crédités sont John Lennon, Yoko Ono et Phil Spector. Mais la présence de Spector a été intermittente. Selon Beatles Bible, la moitié des séances environ se sont déroulées sans lui, et Lennon serait allé jusqu’à publier dans Billboard, en octobre 1970, une annonce pleine page l’invitant à le rejoindre. Yoko Ono a résumé les choses plus tard : Phil Spector est arrivé beaucoup plus tard, “we made most of it by ourselves”, nous avons fait l’essentiel nous-mêmes. Ringo, de son côté, a dit n’avoir aucun vrai souvenir de Spector produisant le disque : l’ingénieur enregistrait ce qu’ils jouaient, et John mixait.

Ce témoignage est important pour comprendre le son de l’album. Plastic Ono Band n’a rien du mur du son de Spector, avec ses couches de guitares acoustiques, ses échos et ses percussions superposées, qu’on entend au même moment sur All Things Must Pass. C’est un disque sec, proche, presque sans réverbération, qui sonne comme une pièce où l’on joue. Klaus Voormann l’a dit à sa manière : pas de grand mixage, simplement quelque chose de simple. Il était heureux que Spector ait obligé John à chanter sans artifice, sans cette voix noyée sous les effets que Lennon affectionnait depuis les Beatles.

La méthode : jouer ensemble

C’est ici que l’affirmation du récit viral sur le son de la pièce prend tout son sens. La méthode de travail est simple. Lennon arrive avec ses chansons, souvent déjà maquettées à Los Angeles. Il les joue à Ringo et à Klaus, à la guitare ou au piano. Les trois musiciens les jouent ensemble, en direct, dans le studio, Lennon chantant en même temps une voix témoin. Il n’y a pas de partition, peu de discussions d’arrangement ; comme le dit Ringo, ils démarraient et sentaient où la chanson devait aller.

Cette méthode rappelle celle des premiers albums des Beatles, enregistrés en conditions quasi live, et plus encore celle que le groupe avait voulu retrouver lors des séances de janvier 1969, le projet Get Back, avec son mot d’ordre : pas d’overdubs, pas de trucages, de la musique jouée honnêtement. Ce projet avait échoué, dans les tensions de Twickenham puis dans la production de Spector. Vingt mois plus tard, Lennon réalise avec deux musiciens ce que les Beatles n’avaient pas réussi à faire à quatre.

Des prises, beaucoup de prises

Il ne faut cependant pas imaginer un disque enregistré en une après-midi, dans un seul élan. Ringo parle d’un bœuf, “like a jam”, mais la réalité des séances est plus laborieuse. Klaus Voormann l’a reconnu en 2021, à l’occasion de la réédition de l’album : il se souvenait de séances rapides, mais les bandes publiées dans le coffret montrent qu’on travaillait chaque chanson séparément, en cherchant l’atmosphère, en essayant différentes choses, différents tempos. Il l’a dit autrement au magazine Variety : s’il fallait faire cinquante prises d’une chanson, on faisait cinquante prises. C’est pour cela, ajoutait-il, qu’ils sont restés si longtemps en studio.

Les archives le confirment. “Working Class Hero” a été enregistrée des dizaines de fois, et Lennon n’ayant pas réussi à la chanter d’une traite, un couplet provient d’une autre journée, avec des montages audibles. Une version brute de “God” publiée en 2021 porte le numéro de prise 42. Le paradoxe n’est qu’apparent. Le sentiment de spontanéité que décrit Ringo vient de la manière dont le trio jouait chaque prise, en direct, ensemble, sans plan préétabli ; il ne signifie pas que la première prise était la bonne.

Les overdubs

Le récit viral dit que l’album, à l’exception de quelques overdubs, a capté le son de la pièce. C’est vrai dans l’esprit, mais les overdubs ne sont pas si rares. Lennon chantait une voix témoin pendant chaque prise, et il a souvent remplacé ses voix après coup, une fois la base instrumentale terminée. Les cris qui terminent “Mother” ont été ajoutés après les autres voix ; Lennon, dont la voix souffrait de cet effort, ne les chantait que le soir. Sur “Well Well Well”, il ajoute le 18 octobre une guitare solo, et Ringo et lui ajoutent des maracas et un tom. Sur “Love”, le piano de Phil Spector a été ajouté, à la demande de Lennon, après qu’une prise satisfaisante eut été enregistrée.

Il reste que la structure de l’album est celle d’un groupe jouant en direct. Les overdubs viennent enrichir, ou corriger, des prises qui tiennent debout par elles-mêmes. Rien à voir avec Sgt. Pepper, où certaines chansons étaient construites couche par couche sur des semaines, ou avec Abbey Road, où la face B est un montage de fragments. Ce qu’on entend sur Plastic Ono Band, c’est, pour l’essentiel, trois musiciens dans une pièce.

Correctif factuel : le son de la pièce, mais retouchéLe récit viral affirme qu’à l’exception de quelques overdubs, l’album a capté le son de la pièce. C’est globalement juste : les bases instrumentales ont été enregistrées en direct par le trio, sans arrangements préparés. Mais les retouches sont plus nombreuses que ne le suggère le texte. Lennon a refait une grande partie de ses voix après les prises de base ; les cris de “Mother” ont été ajoutés séparément ; des guitares, des percussions et le piano de “Love” ont été enregistrés en overdub ; et “Working Class Hero” est un montage de plusieurs prises réalisées à des jours différents. La formule “le son de la pièce” décrit bien l’esthétique de l’album, moins bien sa fabrication.

Les bœufs entre les prises

Les bandes des séances révèlent aussi ce qui se passait entre les prises. Le trio se détend en jouant des classiques du rock’n’roll : “Hound Dog”, “Matchbox”, “Glad All Over”, “Honey Don’t”, “That’s All Right (Mama)”. Sur une prise de “Well Well Well”, la première tentative, une répétition, glisse même vers “Ain’t That a Shame” de Fats Domino. Ces moments disent beaucoup sur l’atmosphère que décrit Ringo : trois musiciens qui se connaissent par cœur, qui partagent les mêmes références, et qui peuvent passer en un instant de la confession la plus douloureuse au plaisir pur du rock’n’roll de leur jeunesse. Une partie de ces bœufs a été publiée en 2021 dans le coffret The Ultimate Collection.

L’album de Yoko

Les mêmes séances ont donné naissance à un second disque : Yoko Ono/Plastic Ono Band, enregistré avec les mêmes musiciens et la même équipe, et publié le même jour que celui de John, avec une pochette presque identique. Sur celle de John, il est allongé contre Yoko sous un arbre ; sur celle de Yoko, c’est elle qui est allongée contre lui. Voormann se souvient de ces séances comme plus libres et plus détendues, avec beaucoup d’amusement et des erreurs qui n’avaient pas d’importance. Le trio y joue des improvisations sauvages sur lesquelles Yoko pose ses vocalises, dans une veine proche du free jazz et de l’avant-garde. Le disque reste moins connu, mais il montre une autre facette du trio : sa capacité à improviser sans filet. On peut l’écouter dans cette édition : Yoko Ono/Plastic Ono Band. Le parcours artistique de Yoko avant sa rencontre avec John est retracé dans Yoko Ono avant John Lennon (1933-1966).

Mal Evans, “tea and sympathy”

Un dernier nom figure dans les crédits, et il touche particulièrement les admirateurs des Beatles : celui de Mal Evans, le fidèle road manager du groupe, crédité pour “tea and sympathy”, le thé et le réconfort. La mention, pleine d’humour, dit la place de cet homme dans la vie des Beatles : celui qui apportait le thé, installait le matériel, consolait, écoutait. Sa présence aux séances de 1970 rappelle que, même après la séparation, la petite famille des Beatles continuait de vivre autour de ses membres.

Chanson par chanson : où joue le trio

Sept chansons sur onze

Le récit viral parle de l’album comme s’il était entièrement l’œuvre du trio. Ce n’est pas tout à fait le cas. Sur les onze chansons de John Lennon/Plastic Ono Band, sept sont jouées par Lennon, Starr et Voormann : “Mother”, “Hold On”, “I Found Out”, “Isolation”, “Remember”, “Well Well Well” et “God”. Les quatre autres sont des performances de Lennon seul, ou presque : “Working Class Hero” et “Look at Me”, à la guitare acoustique ; “My Mummy’s Dead”, courte pièce enregistrée dans des conditions volontairement rudimentaires ; et “Love”, où la guitare de Lennon n’est accompagnée que du piano de Phil Spector. Ringo et Klaus n’y jouent pas.

Cette alternance est l’une des forces de l’album. Les chansons en trio frappent par leur puissance brute ; les chansons solitaires, par leur fragilité. L’oreille passe d’un monde à l’autre, et chacun fait ressortir l’autre. Mais pour juger le trio, il faut se concentrer sur les sept titres où il joue. Voici ce qu’on y entend, en suivant l’ordre de l’album.

“Mother”

L’album s’ouvre sur un son de cloches funèbres, lent et grave, qui sonne comme un glas. Puis entre le piano de Lennon, quelques accords martelés, et la batterie de Ringo. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’économie du jeu. Ringo ne remplit rien : une grosse caisse, une caisse claire sur les temps faibles, une cymbale charleston discrète. Les roulements sont rares et brefs. Klaus Voormann double la main gauche du piano, sans broderie. L’espace laissé par les deux musiciens est immense, et c’est dans cet espace que la voix de Lennon se déploie, d’abord retenue, puis de plus en plus tendue, jusqu’aux cris de la fin, ajoutés après coup.

La chanson parle du père et de la mère qui ont abandonné l’enfant, puis de l’enfant qui supplie qu’on ne le laisse pas. C’est la chanson la plus directement issue de la thérapie primale, et l’une des plus éprouvantes jamais enregistrées par un artiste populaire. Une version raccourcie en est publiée en single aux États-Unis à la fin du mois de décembre 1970, avec en face B “Why” de Yoko Ono ; elle atteint la quarante-troisième place du Billboard Hot 100.

La retenue de Ringo est ici un choix artistique majeur. Un batteur plus démonstratif aurait, par réflexe, souligné la montée dramatique par des roulements, des cymbales, des crescendos. Ringo garde le même motif presque jusqu’au bout, comme un cœur qui bat sous la douleur. C’est cette constance qui rend les cris finaux si saisissants : la batterie ne les accompagne pas, elle les laisse exploser au-dessus d’elle.

“Hold On”

Après la violence de “Mother”, “Hold On” offre une respiration. La guitare électrique de Lennon, passée dans un trémolo qui la fait onduler, joue des accords doux. Ringo passe aux cymbales et aux toms, avec un toucher léger, presque jazz, qui donne à la chanson une couleur flottante. Voormann joue peu de notes, longues et rondes. Le morceau, bref, moins de deux minutes, est une sorte de berceuse que Lennon s’adresse à lui-même et à Yoko, avec une interjection humoristique au milieu, une voix grave qui semble sortir d’une émission pour enfants.

On mesure ici l’étendue du vocabulaire de Ringo. Ce n’est plus le batteur qui assure la pulsation d’un rock, c’est un musicien qui colore une atmosphère. Le toucher des cymbales, la manière d’effleurer les toms, le refus de marquer trop nettement les temps : tout concourt à créer une impression de suspension. On retrouve ce Ringo-là sur certaines chansons des Beatles, comme “Something” ou “Sun King”, mais rarement de manière aussi dépouillée.

“I Found Out”

Avec “I Found Out”, le trio passe en mode rock dur. La guitare de Lennon, saturée, sèche, presque métallique, attaque un riff agressif. Ringo et Voormann installent un groove lourd, lent, implacable. Le texte, l’un des plus virulents de l’album, s’en prend aux illusions de toutes sortes : religions, gourous, promesses de salut, et jusqu’au mythe des Beatles eux-mêmes. Lennon y revendique d’avoir vu à travers tout cela.

La batterie de Ringo y est d’une efficacité remarquable. Il frappe fort, mais sans précipitation, avec ce sens du tempo légèrement en arrière qui donne au groove son poids. Les roulements de toms, quand ils arrivent, sont courts et percutants. C’est l’un des titres où l’on comprend le mieux ce que Ringo voulait dire en parlant de télépathie : la batterie et la guitare respirent ensemble, sans qu’aucune ne cherche à prendre l’ascendant.

“Working Class Hero”

Ici, le trio se tait. Lennon est seul avec sa guitare acoustique, dans une forme qui évoque la chanson folk de protestation à la manière de Bob Dylan. Le texte décrit la fabrication sociale de l’individu, de l’école à l’usine, et la manière dont la société broie ceux qu’elle prétend élever. La chanson a fait scandale à sa sortie à cause d’un mot grossier, prononcé deux fois, qui lui a valu d’être censurée ou bannie de certaines radios.

Comme on l’a vu, la chanson est un montage : Lennon l’a enregistrée des dizaines de fois sans parvenir à une prise parfaite d’un bout à l’autre, et un couplet provient d’une autre journée. Voormann, interrogé en 2021, notait que la politique était absente de l’album, à l’exception de “Working Class Hero” : le reste du disque parlait de sentiments personnels.

“Isolation”

“Isolation” referme la première face avec une ballade au piano, l’une des plus belles mélodies de l’album. Lennon y parle de la solitude du couple qu’il forme avec Yoko, de la peur, de l’hostilité du monde extérieur. Klaus Voormann l’a citée en 2021 comme l’une des chansons qui l’émouvaient le plus.

La batterie de Ringo y suit la dynamique de la chanson avec une grande finesse : discrète dans les couplets, elle s’ouvre dans les passages plus intenses, avec des roulements amples qui soulignent la montée de la voix, puis se retire. C’est l’un des moments où le trio sonne le plus comme un groupe, au sens plein du terme : trois musiciens qui respirent ensemble, suivent le chanteur dans ses accélérations et ses ralentissements, et construisent la chanson en temps réel.

“Remember”

La deuxième face s’ouvre sur “Remember”, construite sur un motif de piano obstiné, martelé par Lennon. Ringo et Voormann le soutiennent avec une rythmique sautillante, presque joyeuse, qui contraste avec le texte, où Lennon évoque l’enfance, les parents, les promesses non tenues. La chanson se termine par une référence au 5 novembre, la Guy Fawkes Night, la nuit des feux de joie qui commémore en Angleterre la conspiration des Poudres de 1605, suivie d’une explosion.

Le jeu de Ringo y est particulièrement intéressant. Il s’appuie sur la répétition du piano, sans chercher à varier, et c’est précisément cette insistance qui donne à la chanson son caractère hypnotique. Les quelques ruptures rythmiques, les arrêts et les relances, sont exécutées avec une précision qui montre combien le trio était soudé.

“Love”

“Love” est une parenthèse de douceur : une mélodie simple, une guitare acoustique, le piano de Phil Spector, et la voix de Lennon, presque murmurée. La chanson, qui énumère avec simplicité ce qu’est l’amour, est l’une des plus tendres que Lennon ait écrites. Elle a connu une seconde vie en 1982, lorsqu’elle a été publiée en single, dans un nouveau mixage, pour accompagner la compilation The John Lennon Collection.

Ringo et Klaus ne jouent pas sur “Love”. On reviendra plus loin sur la contribution de Spector, que le récit viral mentionne à juste titre.

“Well Well Well”

Si “I Found Out” était lourd, “Well Well Well” est écrasant. Près de six minutes d’un rock lent, distordu, où la guitare de Lennon hurle et où sa voix finit par se briser en cris. La chanson raconte, sur un ton presque banal, une soirée au restaurant avec Yoko, des conversations sur la révolution et la libération des femmes ; c’est la musique qui fait de cette anecdote une explosion.

Le groove de Ringo et de Voormann y est d’une lourdeur assumée, avec une batterie énorme, des toms qui roulent comme un orage et une basse qui tient l’ensemble comme un câble. Le 18 octobre, Lennon y ajoute une guitare solo, et Ringo et lui enregistrent des maracas et un tom supplémentaires. Lennon avait maquetté la chanson seul à Los Angeles pendant l’été ; c’est le trio qui lui a donné sa puissance. Beaucoup d’auditeurs y voient l’un des ancêtres du rock lourd et lent, qui se développera dans les années suivantes.

“Look at Me”

Changement d’atmosphère avec “Look at Me”, une ballade délicate, jouée en arpèges à la guitare acoustique. C’est la plus ancienne chanson de l’album : Lennon l’a écrite en 1968, à l’époque du séjour des Beatles à Rishikesh, où il avait appris cette technique de jeu en picking, la même qu’on entend sur “Dear Prudence” et “Julia”. Elle aurait pu figurer sur le White Album. Elle trouve ici sa place naturelle, parmi les chansons d’introspection. Le trio n’y joue pas.

“God”

Avant-dernière chanson de l’album, “God” est sans doute la plus célèbre. Elle s’ouvre sur une phrase qui sonne comme un aphorisme, puis sur une longue énumération de tout ce en quoi Lennon dit ne plus croire : religions, figures spirituelles, idoles de la culture populaire, et, pour finir, les Beatles eux-mêmes. Après quoi il affirme ne plus croire qu’en lui-même et en Yoko, et constate que le rêve est terminé.

Musicalement, la chanson repose sur une lente progression au piano, jouée par Billy Preston, avec Ringo et Voormann. Le jeu de Ringo y est à son plus sobre, une pulsation régulière, des cymbales retenues, et quelques roulements qui accompagnent la montée de l’énumération. On reviendra plus loin sur cette chanson et sur le rôle de Preston.

“My Mummy’s Dead”

L’album se termine par un fragment de moins d’une minute, “My Mummy’s Dead”, chanté par Lennon d’une voix d’enfant sur une mélodie de comptine, enregistré dans une qualité sonore délibérément pauvre, comme une cassette retrouvée. Après les cloches de “Mother”, c’est la seconde mention directe de la mère, et la boucle se referme. Le trio n’y joue pas.

Ce que l’écoute révèle

Écoutées dans l’ordre, les sept chansons du trio dessinent un portrait très complet de Ringo Starr en 1970. On y entend le batteur de rock capable de porter un groove lourd (“I Found Out”, “Well Well Well”), le coloriste attentif aux nuances (“Hold On”, “Isolation”), et l’accompagnateur capable de s’effacer presque totalement au service d’une voix (“Mother”, “God”). Ce qu’on n’y entend jamais, c’est un batteur qui se met en avant. Pas un solo, pas une démonstration, pas une seule fioriture gratuite.

C’est exactement ce que Klaus Voormann décrivait en 2021 : Ringo installait un bon groove, lui jouait quelques notes, et c’est tout ce dont John avait besoin. Il ajoutait une phrase qui résume l’éthique du trio : John jouait, chantait, et eux étaient ses serviteurs. Des instruments supplémentaires, selon lui, auraient gêné le message que la chanson voulait transmettre.

Billy Preston et Phil Spector, les deux invités

Billy Preston sur “God”

Le récit viral affirme que le trio a été complété par Billy Preston sur “God”. C’est exact : le site officiel de John Lennon le crédite au piano sur cette chanson, et c’est le seul titre de l’album où il intervient. Le choix n’a rien d’étonnant. Billy Preston est, avec Klaus Voormann, l’un des musiciens les plus proches des Beatles, et lui aussi a des racines à Hambourg.

En 1962, Preston, alors âgé de seize ans, joue de l’orgue dans le groupe de Little Richard, en tournée en Europe. À l’automne, la troupe de Little Richard se produit au Star-Club de Hambourg, où jouent aussi les Beatles. Le jeune organiste noue alors avec eux une amitié qui le ramènera, sept ans plus tard, au cœur de l’histoire du groupe. En janvier 1969, au plus fort des tensions des séances de Get Back, George Harrison le fait venir aux studios Apple. Sa présence détend l’atmosphère, et son jeu d’orgue et de piano électrique enrichit des chansons comme “Get Back” et “Don’t Let Me Down”. Le single “Get Back” sera crédité aux Beatles “with Billy Preston”, un honneur qu’aucun autre musicien n’a reçu. Le 30 janvier 1969, il joue avec eux sur le toit d’Apple.

Après la séparation, Preston devient l’un des musiciens de confiance des ex-Beatles. Il signe chez Apple, où George produit ses albums, joue sur All Things Must Pass, puis au Concert for Bangladesh en 1971. Il jouera aussi sur les albums de Ringo des années 1970. Ses collaborations avec Ringo, en particulier sur l’album Ringo de 1973, sont étudiées dans Ringo Starr et les claviéristes de Ringo et Goodnight Vienna.

Le piano de “God”

Pourquoi faire appel à Preston pour “God”, alors que Lennon joue lui-même du piano sur plusieurs chansons de l’album ? La réponse tient sans doute à la nature de la chanson. “God” repose sur une progression d’accords lente et solennelle, qui évoque le gospel, et son énumération, scandée comme une litanie, appelle une forme de ferveur. Billy Preston, formé au gospel et à la musique d’église dès l’enfance, était le pianiste idéal pour donner à cette chanson anti-religieuse la couleur d’un hymne. Le paradoxe est délicieux : une chanson qui récuse toutes les croyances, jouée par le pianiste le plus profondément enraciné dans la musique sacrée de l’entourage des Beatles.

Son jeu, ample et lié, apporte à la chanson une chaleur qui contraste avec la sécheresse du reste de l’album. Ringo et Voormann l’accompagnent avec retenue. Le résultat est l’un des sommets du disque, et l’une des chansons les plus citées de toute la carrière solo de Lennon.

Le rêve est terminé

“God” est aussi la chanson où Lennon solde ouvertement le compte des Beatles. Dans l’énumération de ce en quoi il ne croit plus, les Beatles viennent en dernier, après les dieux, les gourous et les idoles. Puis vient le constat que le rêve est terminé. Lennon développera cette idée dans le grand entretien qu’il accorde à Jann Wenner pour Rolling Stone, en décembre 1970, publié en deux parties au début de 1971 et réuni ensuite en livre sous le titre Lennon Remembers : “The dream’s over, and I have personally got to get down to so-called reality.” Le rêve est fini, et il faut que je revienne, personnellement, à ce qu’on appelle la réalité.

Il y a une ironie poignante dans le fait que Ringo, l’un des quatre Beatles, joue de la batterie sur cette chanson. Il accompagne, avec la même retenue que sur le reste du disque, le moment où son ami déclare que le groupe auquel ils ont consacré huit ans de leur vie n’était qu’une illusion. On imagine mal un batteur de studio quelconque mettre autant de tact à accompagner une telle déclaration. Mais Ringo n’a jamais rien dit, à notre connaissance, qui laisse penser qu’il en ait été blessé. Il savait, mieux que quiconque, ce que John avait traversé.

Phil Spector sur “Love”

Le récit viral affirme aussi que Phil Spector a joué sur “Love”. C’est exact : le site officiel le crédite au piano sur cette chanson, et Beatles Bible précise qu’il a ajouté sa partie à la demande de Lennon, après qu’une prise satisfaisante avait été enregistrée. Le producteur, connu pour ses murs du son orchestraux, joue ici une partie de piano d’une grande délicatesse : quelques notes, des accords égrenés, qui laissent toute la place à la voix et à la guitare.

Phil Spector n’était pas seulement producteur. Musicien lui-même, il avait commencé sa carrière en 1958 avec les Teddy Bears, dont il était le guitariste et l’auteur, et dont le succès “To Know Him Is to Love Him” avait été repris par les Beatles à leurs débuts. Le lien entre Spector et les Beatles remonte donc, lui aussi, aux années de formation du groupe. La présence de Spector sur “Love” est l’une de ses rares contributions instrumentales connues aux disques des Beatles en solo.

Un producteur discret

Le rôle de Spector sur Plastic Ono Band est en revanche plus discuté. Comme on l’a vu, il n’a assisté qu’à une partie des séances ; selon Beatles Bible, sa principale contribution a porté sur les mixages finaux de certaines chansons. Le contraste avec All Things Must Pass, qu’il coproduit au même moment pour George, est frappant. D’un côté, un triple album aux arrangements foisonnants, saturé d’écho et de couches instrumentales ; de l’autre, un album d’une nudité presque radicale. Le même producteur, à quelques semaines d’intervalle, a contribué à deux des disques les plus opposés de l’histoire des Beatles en solo.

On peut y voir la marque d’un producteur capable de s’adapter à son artiste, ou celle d’un Lennon qui savait exactement ce qu’il voulait et ne laissait au producteur qu’un rôle d’appoint. Les témoignages de Yoko Ono et de Ringo penchent plutôt pour la seconde hypothèse. Klaus Voormann, lui, crédite Spector d’avoir obligé John à chanter sans artifice. Les deux lectures ne sont pas incompatibles.

Correctif factuel : Preston sur “God”, Spector sur “Love”, c’est exactLe récit viral affirme que le trio a été complété par Billy Preston sur “God” et par Phil Spector sur “Love”. C’est exact : le site officiel de John Lennon crédite Billy Preston au piano sur “God” et Phil Spector au piano sur “Love”. Il faut toutefois préciser que Spector n’est pas qu’un invité : il est aussi crédité comme coproducteur de l’album avec John Lennon et Yoko Ono, même si sa présence aux séances a été intermittente. Et le trio ne joue pas sur “Love” : la chanson réunit seulement la guitare et la voix de Lennon et le piano de Spector. Le texte viral laisse entendre que Preston et Spector venaient s’ajouter au trio sur ces deux titres ; c’est vrai pour “God”, pas pour “Love”.

Ce que les invités disent du trio

Le fait que les deux seuls invités de l’album soient des pianistes, et qu’ils n’interviennent que sur une chanson chacun, dit beaucoup sur la conception du disque. Lennon ne voulait pas de guitariste soliste, pas de section de cuivres, pas d’orchestre, pas de chœurs. Il ne voulait même pas d’un claviériste permanent. Le cœur de l’album, ce sont les trois musiciens. Les invités ne viennent qu’apporter une couleur précise à une chanson précise : la ferveur du gospel pour “God”, la délicatesse d’un accompagnement pour “Love”.

C’est aussi ce qui distingue Plastic Ono Band de presque tous les albums des Beatles après 1965. Rubber Soul, Revolver, Sgt. Pepper, le White Album et Abbey Road accueillent des quatuors à cordes, des orchestres, des cuivres, des instruments indiens, des claviers de toutes sortes, des effets de studio. Plastic Ono Band revient à l’économie des débuts : guitare, basse, batterie, voix, et un piano de temps en temps. C’est un retour aux sources, mais avec la maturité et la douleur de l’homme de trente ans.

Le trio face aux Beatles

La question du récit viral

Le récit viral se termine sur une question : comment la section rythmique de Plastic Ono Band se compare-t-elle aux meilleurs enregistrements des Beatles ? La question est légitime, mais elle suppose qu’on compare des choses comparables. Ce n’est pas tout à fait le cas, et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

Dans les Beatles, la section rythmique, c’est Ringo Starr et Paul McCartney. Sur Plastic Ono Band, c’est Ringo Starr et Klaus Voormann. Le batteur est le même ; le bassiste, la fonction de la basse et la conception de l’enregistrement sont radicalement différents.

Paul McCartney, un bassiste compositeur

À partir de 1965, Paul McCartney transforme la basse dans la musique des Beatles. Elle n’est plus seulement le fondement harmonique et rythmique de la chanson : elle devient une voix à part entière, un contre-chant qui dialogue avec la mélodie. Sur “Rain”, “Paperback Writer”, “Taxman”, “Something”, “Come Together” ou “Dear Prudence”, la basse est l’un des éléments les plus inventifs de l’enregistrement. Paul était un compositeur qui jouait de la basse, et il pensait ses lignes en compositeur. L’histoire de son premier instrument est racontée dans notre article sur la basse Höfner de Paul McCartney.

Klaus Voormann fait presque l’inverse. Sur Plastic Ono Band, sa basse ne cherche jamais à attirer l’attention. Elle double souvent la fondamentale de l’accord, tient la pulsation avec la grosse caisse de Ringo, et ne sort que rarement de ce rôle. Ce n’est pas un défaut de technique ou d’imagination : c’est un choix, dicté par les chansons. Voormann l’a résumé lui-même : quelques notes, c’est tout ce dont John avait besoin. Une basse à la McCartney, sur “Mother” ou “God”, aurait détourné l’attention de la voix.

Ringo chez les Beatles : l’inventeur

Le Ringo des Beatles et celui de Plastic Ono Band ne sont pas non plus tout à fait le même musicien. Chez les Beatles, surtout à partir de 1966, Ringo est souvent un inventeur de motifs. Sur “Rain”, qu’il a souvent citée comme l’une de ses meilleures performances, il joue des roulements décalés, presque imprévisibles, qui donnent à la chanson son caractère flottant. Sur “Tomorrow Never Knows”, il invente un motif obsédant, enregistré avec une grosse caisse étouffée et des micros très proches, qui fonctionne comme une boucle. Sur “A Day in the Life”, ses roulements de toms, profonds et libres, dialoguent avec la voix de Lennon. Sur “Come Together”, son motif de toms et de charleston est l’un des plus reconnaissables de toute l’histoire du rock. Sur “Ticket to Ride”, son rythme haché devient la signature de la chanson. Et sur “The End”, à la fin d’Abbey Road, il accepte, après s’y être longtemps refusé, de jouer le seul solo de batterie de la discographie du groupe.

Dans toutes ces chansons, la batterie de Ringo est une partie de l’arrangement, pensée, travaillée, souvent discutée avec les autres et avec George Martin. Elle est mise en valeur par un travail de studio de plus en plus sophistiqué. C’est un Ringo créatif, dont l’apport est essentiel à l’identité sonore des chansons.

Ringo chez Lennon : le serviteur

Sur Plastic Ono Band, Ringo fait autre chose. Il ne cherche pas à inventer un motif qui deviendrait la signature de la chanson. Il accompagne. Il suit Lennon, anticipe ses accélérations, se retire quand la voix doit occuper tout l’espace, revient quand la chanson a besoin d’élan. Son talent ne se mesure pas ici à l’originalité d’une partie, mais à la justesse de chaque décision : jouer ou ne pas jouer, frapper fort ou effleurer, remplir ou laisser le silence.

Cette qualité, Ringo l’avait déjà chez les Beatles, mais elle y était souvent masquée par la richesse des arrangements. Sur Plastic Ono Band, elle apparaît à nu. C’est sans doute pour cela que tant de batteurs, de toutes générations, citent cet album comme l’une des meilleures démonstrations de ce qu’est un accompagnement réussi : le refus de l’ego, la capacité à servir une chanson et un chanteur.

Les précédents chez les Beatles

Les Beatles eux-mêmes avaient, à plusieurs reprises, cherché un son proche de celui de Plastic Ono Band. En août 1968, pour enregistrer “Yer Blues”, une chanson de Lennon déjà marquée par la douleur et la solitude, le groupe s’était installé dans une petite pièce attenante à la régie du studio 2 d’Abbey Road, pour retrouver la sensation de jouer serrés, comme dans un club. En décembre 1968, au Rock and Roll Circus des Rolling Stones, Lennon avait joué “Yer Blues” avec un groupe éphémère, The Dirty Mac, réunissant Eric Clapton, Keith Richards à la basse et Mitch Mitchell à la batterie. En janvier 1969, le projet Get Back reposait tout entier sur l’idée de jouer en direct, sans overdubs.

Plastic Ono Band est l’aboutissement de cette recherche. Ce que les Beatles n’avaient obtenu que par moments, sur une chanson ou une séance, Lennon l’obtient sur un album entier. Et il l’obtient avec le batteur des Beatles. Ce qui manquait aux séances de Get Back, ce n’était pas le talent des musiciens : c’était l’unité d’intention. En 1970, il n’y a plus qu’une seule intention, celle de John, et deux musiciens qui la servent sans réserve.

La réponse

Alors, la section rythmique de Plastic Ono Band vaut-elle les meilleurs moments des Beatles ? La question appelle une réponse en deux temps.

Si l’on juge l’invention, la richesse et l’influence, la section rythmique des Beatles, avec Paul McCartney à la basse, reste incomparable. Les lignes de basse de Paul et les motifs de batterie de Ringo sur Revolver, Sgt. Pepper ou Abbey Road ont redéfini ce que pouvait être l’accompagnement dans la musique populaire. Plastic Ono Band ne cherche pas à rivaliser sur ce terrain.

Si l’on juge en revanche la cohésion, l’écoute mutuelle et la justesse de l’accompagnement, le trio de 1970 est à la hauteur de ce que les Beatles ont fait de mieux, et le dépasse peut-être par sa constance. Sur un album entier, Ringo et Klaus ne commettent pas un seul geste inutile. Ils créent autour de Lennon un espace qui lui permet de chanter comme il ne l’avait jamais fait. Klaus Voormann parlait en 2021 de “the best trio there is”, le meilleur trio qui soit ; Ringo, de l’un des meilleurs qu’il ait entendus. Les deux musiciens se rejoignent sur le fond : ils avaient conscience de vivre quelque chose de rare.

On peut le dire autrement. La section rythmique des Beatles était au service d’un groupe de quatre auteurs et d’un producteur, dans une recherche permanente de la nouveauté. Celle de Plastic Ono Band était au service d’un seul homme, dans une recherche de vérité. Ce ne sont pas deux niveaux de qualité, ce sont deux manières de faire de la musique. Et Ringo Starr a excellé dans les deux.

Un mythe à écarter

Cette comparaison est aussi l’occasion d’écarter une phrase qui a longtemps poursuivi Ringo : celle selon laquelle John Lennon aurait dit qu’il n’était même pas le meilleur batteur des Beatles. Lennon ne l’a jamais dit. L’historien des Beatles Mark Lewisohn a retrouvé la source de la plaisanterie : une émission comique de BBC Radio 4, Radio Active, diffusée le 6 octobre 1981, près d’un an après la mort de Lennon, où la réplique est prononcée par le comédien Phil Pope sur un texte de Geoffrey Perkins. Le comique Jasper Carrott l’a ensuite popularisée, et elle a fini par être attribuée à Lennon.

Ce que Lennon a réellement dit de Ringo va dans le sens inverse. Dans le grand entretien qu’il a accordé à Playboy en 1980, il le décrivait comme un très bon batteur, pas un technicien, mais un batteur sous-estimé, au même titre, selon lui, que le jeu de basse de Paul. Et le choix de Ringo pour Plastic Ono Band, l’album le plus personnel de sa carrière, en dit plus long que n’importe quelle déclaration : au moment de se mettre à nu, c’est à lui que John a fait appel.

Correctif factuel : Lennon n’a jamais dit que Ringo n’était pas le meilleur batteur des BeatlesLa phrase selon laquelle Ringo ne serait “même pas le meilleur batteur des Beatles” est souvent attribuée à John Lennon. Elle est apocryphe. Mark Lewisohn l’a retrouvée dans l’émission comique Radio Active, sur BBC Radio 4, le 6 octobre 1981, soit après la mort de Lennon ; elle a ensuite été popularisée par l’humoriste Jasper Carrott. Lennon, au contraire, a qualifié Ringo de batteur sous-estimé dans son entretien de 1980 avec Playboy, et il l’a choisi pour Plastic Ono Band, son album le plus intime.

La sortie et la postérité

Décembre 1970

John Lennon/Plastic Ono Band sort le 11 décembre 1970 chez Apple, au Royaume-Uni et aux États-Unis, le même jour que l’album de Yoko. Il atteint la huitième place des classements britanniques et la sixième aux États-Unis. Pour un disque aussi austère, sans single évident, c’est un succès considérable, mais en deçà de ce qu’obtiennent au même moment All Things Must Pass de George, numéro un des deux côtés de l’Atlantique, ou McCartney, sorti au printemps.

La critique, elle, est rapidement conquise, et le prestige de l’album n’a fait que croître. En 1987, Rolling Stone le classe quatrième des meilleurs albums des vingt années précédentes ; en 2003, il figure au vingt-deuxième rang de la liste des cinq cents plus grands albums de tous les temps établie par le même magazine. Il est aujourd’hui considéré par beaucoup comme le chef-d’œuvre de Lennon en solo, devant Imagine, plus mélodique et plus accessible. On le trouve dans plusieurs éditions : le CD remasterisé de 2010 ou l’édition deluxe en deux CD de 2021.

Le trio après 1970

Le trio Lennon-Starr-Voormann ne se reformera jamais en tant que tel pour un album entier. Mais ses membres continueront de se croiser. Voormann jouera de la basse sur Imagine en 1971, et sur plusieurs albums suivants de Lennon. Le 1er août 1971, Ringo et Voormann se retrouvent sur la scène du Madison Square Garden pour le Concert for Bangladesh organisé par George Harrison, avec Billy Preston aux claviers. Le film de ce concert est étudié dans The Concert for Bangladesh (1971-2005).

En mars 1973, à Los Angeles, Ringo enregistre pour son album Ringo une chanson que Lennon a écrite pour lui, “I’m the Greatest”. Lennon joue du piano, George Harrison de la guitare, Klaus Voormann de la basse, Billy Preston de l’orgue. C’est la séance qui se rapproche le plus d’une réunion des Beatles dans les années 1970, et elle réunit, autour de Ringo, presque tous les musiciens de Plastic Ono Band. L’album est disponible ici : Ringo (1973) de Ringo Starr. Les collaborations de Ringo avec Lennon après la séparation sont recensées dans Ringo Starr, 40 collaborations à la loupe et dans Ringo Starr invité chez les autres, du Plastic Ono Band à Dolly Parton.

En 2009, Klaus Voormann publie un album sous son nom, A Sideman’s Journey, où il invite de nombreux amis, parmi lesquels Paul McCartney et Ringo Starr : A Sideman’s Journey, de Klaus Voormann & Friends. Le titre dit tout de la manière dont Voormann se voit : un accompagnateur, un homme de l’ombre. C’est précisément la qualité qui a fait de lui le bassiste idéal de Plastic Ono Band.

The Ultimate Collection, 2021

Le 16 avril 2021, cinquante ans après sa sortie, l’album fait l’objet d’une réédition monumentale, John Lennon/Plastic Ono Band: The Ultimate Collection, publiée par Capitol et UMe sous la direction de Yoko Ono, productrice exécutive. Le coffret réunit six CD et deux Blu-ray : de nouveaux mixages de l’album, des prises alternatives, des mixages “éléments” qui isolent certaines pistes, des mixages bruts tels qu’ils ont été réalisés en studio, un documentaire sonore retraçant l’évolution des chansons, ainsi que des bœufs et des maquettes. Les nouveaux mixages sont signés Paul Hicks, Rob Stevens et Sam Gannon, et l’ensemble est accompagné d’un livre de 132 pages conçu par Simon Hilton. Les Blu-ray contiennent aussi, en exclusivité, la séance enregistrée en direct en studio pour l’album de Yoko.

Pour l’auditeur qui s’intéresse au trio, ce coffret est une mine. Les mixages “éléments” permettent d’entendre la batterie de Ringo et la basse de Voormann presque à nu ; les prises alternatives montrent comment les chansons ont évolué ; les mixages bruts restituent le son de la pièce que décrit le récit viral. On y entend aussi les bœufs de rock’n’roll entre les prises. Le coffret est disponible ici : John Lennon/Plastic Ono Band: The Ultimate Collection.

Ce que Voormann a dit en 2021

La réédition a donné l’occasion à Klaus Voormann, alors âgé de plus de quatre-vingts ans, de revenir longuement sur les séances, notamment dans les colonnes de Clash et de Variety. Ses souvenirs prolongent ceux de Ringo et les éclairent. Jouer avec Ringo, disait-il, était “heavenly”, divin : “He knew I was playing the right thing. I knew he was playing the right thing.” Il savait que je jouais ce qu’il fallait, je savais qu’il jouait ce qu’il fallait. Il parlait du trio comme du “best trio there is”, le meilleur trio qui soit, et de ces séances comme d’un immense plaisir.

Il insistait aussi sur un aspect souvent négligé : le jeu de guitare rythmique de Lennon, qu’il trouvait incroyable et longtemps sous-estimé. C’est un rappel utile. Le trio n’était pas une section rythmique accompagnant un chanteur : c’était un groupe de trois musiciens, dont l’un, John, jouait aussi de la guitare et du piano avec une énergie et une singularité qui donnent leur forme aux chansons. Ringo et Klaus suivaient un musicien autant qu’un chanteur.

Voormann se félicitait enfin que la réédition ait évité de dénaturer l’album. Il s’était toujours méfié, disait-il, des rééditions trop retravaillées, mais ce n’était pas le cas ici : l’attention portée aux détails était, selon lui, stupéfiante. Pour qui veut entendre le son du trio, c’est un témoignage précieux.

Le documentaire Classic Albums

L’album a aussi fait l’objet d’un épisode de la série documentaire Classic Albums, consacrée à la fabrication des disques majeurs de l’histoire du rock. On y revient sur les séances, sur le contexte de la thérapie primale et sur le travail en studio, avec les bandes multipistes à l’appui : Classic Albums : John Lennon – Plastic Ono Band, en DVD.

Un sommet dans une carrière

Reste la question posée par le titre du récit viral : pourquoi Ringo considérait-il ces séances comme un sommet de sa carrière ? On peut avancer trois raisons. La première tient à la relation avec John : après les tensions des dernières années des Beatles, Ringo retrouvait son ami dans un contexte apaisé, sans rivalité, avec une confiance totale. La deuxième tient à la musique elle-même : rarement Ringo a été aussi central dans un enregistrement, et rarement son jeu a été aussi exposé. La troisième tient à l’intensité humaine de l’expérience : voir John hurler, pleurer, chanter sa mère morte, et l’accompagner dans ce moment, c’est vivre quelque chose qu’un musicien n’oublie pas. Ringo l’a dit à sa manière, en 2015 : simplement être dans la pièce avec John, honnête, tel qu’il était.

Le Ringo de l’après-Beatles a vécu bien d’autres grands moments : le Concert for Bangladesh, les succès de “It Don’t Come Easy” et de “Photograph”, l’album Ringo de 1973, puis, à partir de 1989, les tournées du All-Starr Band. Mais aucun de ces moments n’a la gravité de l’automne 1970. Ringo y a joué peu de notes, et c’est peut-être pour cela qu’il en garde un souvenir si fort : il n’avait jamais été aussi indispensable en jouant aussi peu. Le parcours de Ringo comme collaborateur, de cette époque à aujourd’hui, est retracé dans Ringo Starr, l’art de collaborer.

Le récit viral au crible : le verdict

Affirmation Verdict Ce qu’il faut savoir
Ringo a enregistré à Abbey Road à partir du 26 septembre 1970 Exact Les séances commencent deux jours après le retour de John et Yoko de Los Angeles, le 24 septembre.
Les séances se sont terminées le 25 octobre 1970 À nuancer Les crédits officiels retiennent le 23 octobre ; les chronologies détaillées signalent une séance le 25 et des mixages jusqu’au 29 octobre.
L’album a capté le son de la pièce, à quelques overdubs près Plutôt exact Les bases ont été jouées en direct par le trio, mais Lennon a refait beaucoup de voix, et certaines chansons ont demandé des dizaines de prises et des montages.
Billy Preston joue sur “God” Exact Il y joue du piano ; c’est sa seule contribution à l’album.
Phil Spector joue sur “Love” Exact Il y joue du piano, ajouté après la prise de base ; Ringo et Klaus ne jouent pas sur cette chanson. Spector est aussi coproducteur.
Ringo a parlé de “one of the finest trios” qu’il ait entendus Exact Entretien avec Uncut, repris par le NME le 29 mai 2015 et par Ultimate Classic Rock le 30 mai 2015.
Ringo voyait ces séances comme un sommet de sa carrière À nuancer Il a parlé de “l’une des meilleures expériences” de sa vie de musicien de studio, pas de la meilleure.
Les liens avec Klaus Voormann remontent à Hambourg Exact Voormann découvre les Beatles et Ringo au Kaiserkeller à l’automne 1960 ; Ringo jouait alors avec Rory Storm and the Hurricanes.
L’album est l’œuvre d’un power trio À nuancer Le trio joue sur sept chansons sur onze ; les quatre autres sont des performances de Lennon seul ou avec Spector.

Chronologie

Date Événement
29 avril 1938 Naissance de Klaus Voormann à Berlin.
Juillet 1958 Mort de Julia Lennon, la mère de John.
Automne 1960 Klaus Voormann découvre les Beatles et Ringo Starr, alors batteur de Rory Storm and the Hurricanes, au Kaiserkeller de Hambourg.
15 octobre 1960 John, Paul et George enregistrent avec Ringo et Lu Walters à l’Akustik Studio de Hambourg.
Août 1962 Ringo Starr rejoint les Beatles.
1966 Voormann dessine la pochette de Revolver et rejoint Manfred Mann comme bassiste.
13 septembre 1969 Concert du Plastic Ono Band à Toronto, avec Voormann à la basse.
Septembre 1969 Enregistrement de “Cold Turkey” avec Ringo, Voormann et Clapton ; Lennon annonce en privé son départ des Beatles.
27 janvier 1970 Enregistrement d’“Instant Karma!” avec Phil Spector.
10 avril 1970 Paul McCartney rend publique la fin des Beatles.
Printemps-été 1970 Thérapie primale de John et Yoko avec Arthur Janov, à Londres puis à Los Angeles.
24 septembre 1970 Retour de John et Yoko en Angleterre.
26 septembre 1970 Début des séances à Abbey Road.
23-29 octobre 1970 Fin des séances selon les crédits officiels (23 octobre), dernière séance d’enregistrement recensée (25 octobre) et derniers mixages (29 octobre).
11 décembre 1970 Sortie de John Lennon/Plastic Ono Band et de Yoko Ono/Plastic Ono Band.
31 décembre 1970 Paul McCartney engage la procédure de dissolution du partenariat des Beatles.
1er août 1971 Ringo, Voormann et Preston jouent au Concert for Bangladesh.
Mars 1973 Enregistrement d’“I’m the Greatest” avec Lennon, Harrison, Voormann et Preston.
29-30 mai 2015 Le NME puis Ultimate Classic Rock relaient les propos de Ringo à Uncut sur “one of the finest trios”.
16 avril 2021 Sortie du coffret The Ultimate Collection.

Questions fréquentes

Qui joue sur l’album John Lennon/Plastic Ono Band ?

John Lennon (chant, guitares, piano), Ringo Starr (batterie) et Klaus Voormann (basse), auxquels s’ajoutent Billy Preston au piano sur “God” et Phil Spector au piano sur “Love”. Yoko Ono est créditée pour le “vent”, et Mal Evans pour “tea and sympathy”. L’album est produit par John Lennon, Yoko Ono et Phil Spector.

Quand l’album a-t-il été enregistré ?

À Abbey Road, à partir du 26 septembre 1970. Les crédits officiels arrêtent les séances au 23 octobre 1970, mais les chronologies détaillées font apparaître une séance le 25 octobre et des mixages jusqu’au 29 octobre.

Où Ringo a-t-il parlé de “one of the finest trios” ?

Dans un entretien accordé au mensuel britannique Uncut en 2015, repris par le NME le 29 mai 2015. Il y parle aussi de “one of the best experiences of being on a record I have ever had”.

Ringo joue-t-il sur toutes les chansons ?

Non. Il joue sur sept des onze chansons. “Working Class Hero”, “Love”, “Look at Me” et “My Mummy’s Dead” sont des performances de Lennon seul, ou avec le piano de Spector pour “Love”.

Comment Klaus Voormann a-t-il connu Ringo et John ?

À Hambourg, à l’automne 1960, au Kaiserkeller, où se produisaient Rory Storm and the Hurricanes, avec Ringo à la batterie, et les Beatles. Voormann est ensuite resté l’ami des quatre musiciens et a dessiné la pochette de Revolver en 1966.

Lennon a-t-il dit que Ringo n’était pas le meilleur batteur des Beatles ?

Non. La phrase vient d’une émission comique de BBC Radio 4, Radio Active, diffusée le 6 octobre 1981, après la mort de Lennon, comme l’a établi Mark Lewisohn. Lennon a au contraire qualifié Ringo de batteur sous-estimé en 1980.

Quelle édition écouter aujourd’hui ?

Le coffret The Ultimate Collection, paru le 16 avril 2021, est le plus complet, avec ses mixages qui isolent les instruments du trio. L’édition deluxe en deux CD en offre l’essentiel, et le CD remasterisé de 2010 restitue l’album d’origine.

Pour aller plus loin

Pour situer Plastic Ono Band dans l’année 1970 de Ringo, lire Ringo Starr et Phil Spector en 1970. Sur les racines hambourgeoises de Ringo, Avant Apple : du skiffle aux acétates de Hambourg. Sur le contexte de la séparation, notre FAQ sur la séparation des Beatles et La Grande-Bretagne des années Beatles (1962-1970). Sur l’engagement de Lennon dans les années suivantes, I Don’t Want to Be a Soldier, un cri de protestation enragé. Et sur le rapport de Lennon à la musique jusqu’à la fin de sa vie, John Lennon avait-il perdu l’amour de la musique ?

Sources

NME, “Ringo Starr says working with John Lennon on ‘Plastic Ono Band’ was ‘best experience’ of career”, 29 mai 2015, d’après Uncut.

Ultimate Classic Rock, Dave Lifton, article sur les propos de Ringo Starr à propos de Plastic Ono Band, 30 mai 2015.

Far Out Magazine, article sur les meilleures expériences de Ringo Starr après les Beatles.

Site officiel de John Lennon, johnlennon.com, fiche de l’album John Lennon/Plastic Ono Band : dates d’enregistrement, ingénieurs, musiciens, date de sortie.

Beatles Bible, fiches de l’album John Lennon/Plastic Ono Band, des chansons “Love” et “Well Well Well”, et biographie de Klaus Voormann.

uDiscover Music, “John Lennon/Plastic Ono Band: How John Lennon Looked To His Future”.

The Second Disc, présentation du coffret The Ultimate Collection, 4 mars 2021.

Clash, “It Was Unbelievable!” Klaus Voormann on John Lennon/Plastic Ono Band, 4 mai 2021.

Variety, entretien avec Klaus Voormann sur Plastic Ono Band et son coffret de réédition, 2021.

Radio X, “Did John Lennon really say Ringo wasn’t even the best drummer in the Beatles?”, sur les recherches de Mark Lewisohn.

American Songwriter, “What John Lennon Really Thought About Ringo Starr”.

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