Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

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Yellow-Sub.net · Critique des crédits · 28 mars 1974

La jam Lennon–McCartney du 28 mars 1974 : la batterie de Ringo, mais pas Ringo

Une fausse collaboration à exclure : personnel, chronologie, bandes pirates et distinction entre l’instrument du batteur et le musicien réellement présent.

Une photographie célèbre de l’histoire post-Beatles, mais une absence musicale

Le 28 mars 1974, à Los Angeles, une rencontre de studio fait se croiser John Lennon et Paul McCartney, séparés artistiquement depuis 1970. La scène, conservée sur un enregistrement officieux ultérieurement diffusé sous le titre A Toot and a Snore in ’74, est régulièrement citée comme une réunion informelle des Beatles. Elle se déroule pourtant dans une configuration très différente : John Lennon prépare l’album Pussy Cats de Harry Nilsson, un groupe de musiciens reste dans les studios après les prises, et Paul McCartney visite les lieux avec Linda. Ringo Starr ne joue pas lors de cette improvisation.

Cette rectification est essentielle à une encyclopédie des collaborations de Ringo. La batterie utilisée par McCartney est celle de Starr ; le propriétaire de l’instrument n’est pas pour autant interprète de la bande. Une notice discographique qui compterait cette jam comme une collaboration « Lennon–McCartney–Starr » gonflerait artificiellement la réunion des anciens Beatles.

La soirée du 28 mars 1974 : le cadre des séances de Pussy Cats

Les séances initiales du disque de Nilsson se situent au Record Plant West de Los Angeles, dans une période où Lennon produit de nouvelles prises au milieu de son séjour californien. Le 28 mars est identifié par la chronologie The Beatles Bible comme la soirée d’une prise de Pussy Cats suivie d’une improvisation tardive. Le personnel de l’album comprend de nombreux musiciens proches des anciens Beatles : Klaus Voormann, Jesse Ed Davis, Bobby Keys, Jim Keltner, Keith Moon et Starr, selon les titres. Cela explique la présence de matériels et de collaborateurs familiers des Beatles sans impliquer leur participation à chaque document sonore.

Au terme des prises programmées, Ringo Starr et Jim Keltner quittent les lieux. Paul et Linda McCartney arrivent ensuite, alors qu’ils séjournent à Los Angeles autour des Academy Awards. La chanson « Live and Let Die », écrite par Paul et Linda pour le film de James Bond, figurait parmi les œuvres nommées à l’Oscar de la chanson originale. Cette coïncidence de calendrier éclaire la visite, sans transformer celle-ci en projet de disque commun.

Qui joue sur la jam ?

John Lennon chante et joue de la guitare. Paul McCartney intervient à la batterie et vocalement. Linda McCartney tient l’orgue. Stevie Wonder, alors présent dans un studio voisin, joue du piano électrique et participe à la rencontre. Harry Nilsson chante ; Jesse Ed Davis intervient à la guitare ; Bobby Keys au saxophone ; et Ed Freeman à la basse, selon les témoignages et reconstitutions disponibles.

Les listes secondaires ne sont pas absolument identiques. Le site spécialisé Nilsson Schmilsson, qui confronte plusieurs ouvrages de référence, constate des désaccords sur certains participants et évoque notamment la possibilité d’une contribution de Danny Kortchmar. Ces variantes exigent une formulation nuancée : la liste ne doit pas être présentée comme une feuille de séance originale retrouvée. En revanche, l’absence de Ringo, explicitement notée dans la chronologie de la soirée, est un fait suffisamment étayé pour exclure cet enregistrement de sa sessionographie instrumentale.

La batterie de Ringo jouée par Paul

La confusion est compréhensible : on voit parfois associées à cette jam des formules sur la « batterie de Ringo » et sur la réunion des Beatles. Mais, dans une sessionographie précise, l’instrument et son interprète sont deux champs différents. Ici, le propriétaire du kit est Richard Starkey ; l’interprète du kit sur la jam est Paul McCartney. Le témoignage attribué à Ringo, qui se serait plaint après coup du jeu de Paul sur ses instruments, est une anecdote rapportée par des sources secondaires. Elle ne transforme pas Starr en musicien présent dans l’enregistrement.

Ce cas fournit un excellent test de méthode. Une liste de collaborations fondée sur les seuls noms mentionnés dans les récits biographiques pourrait retenir Ringo. Une liste fondée sur les bandes et le déroulement de la séance doit l’exclure des musiciens, tout en le mentionnant dans la note de contexte. C’est aussi pourquoi les instruments utilisés, les invités réellement présents et les propriétaires du studio doivent être enregistrés séparément dans la documentation.

Quel est le statut d’A Toot and a Snore in ’74 ?

Les fragments de cette improvisation circulent depuis longtemps en dehors du catalogue commercial officiel de Lennon ou de McCartney. Ils n’ont pas la valeur d’une publication préparée, autorisée et créditée comme un album de studio. Les performances et les échanges qui ont survécu sont précieux comme documents d’atmosphère, mais le caractère lacunaire d’une bande de jam rend difficile l’attribution exhaustive des instruments ou de chacun des passages.

Il ne faut pas confondre la date de la jam, le moment de fabrication des copies privées, la première diffusion de l’enregistrement parmi les collectionneurs et les éditions non officielles qui ont reçu un titre commercial. La jam s’inscrit dans la nuit du 28 au 29 mars 1974 selon la chronologie de studio ; A Toot and a Snore in ’74 est un titre de circulation archivistique, et non le nom qu’aurait donné le groupe à une séance Beatles officiellement constituée.

Pussy Cats et la vraie contribution de Ringo, sur des masters distincts

Paradoxalement, le fait que Starr soit absent de la jam ne diminue en rien l’importance de sa collaboration réelle avec Nilsson. Les crédits de Pussy Cats le font apparaître à la batterie sur « Many Rivers to Cross », « Subterranean Homesick Blues », « All My Life », « Save the Last Dance for Me », « Loop de Loop » et « Rock Around the Clock », ainsi qu’aux maracas sur « Mucho Mungo / Mt. Elga ». Plusieurs de ces titres associent sa batterie à celle de Jim Keltner ou de Keith Moon. Ce sont ces masters, et non l’improvisation Lennon–McCartney, qui doivent alimenter son répertoire instrumental de 1974.

Les bandes de Pussy Cats furent produites par Lennon. Cette position de producteur se distingue elle aussi de l’activité de Ringo à la batterie et de la fonction d’interprète principal de Nilsson. Les trois niveaux de crédit se croisent dans l’histoire du disque, mais aucun n’est interchangeable. Les longues séances californiennes, le climat de fête et la présence de personnalités célèbres ne doivent pas effacer la précision des génériques.

La valeur historique d’une non-participation

Une encyclopédie doit aussi savoir identifier ce qui n’a pas eu lieu. Le nom de Starr reste important pour comprendre la soirée, son instrument ayant été utilisé et son cercle professionnel rassemblant une bonne partie des participants. Mais une sessionographie ne peut compter comme un enregistrement de Ringo une prise sur laquelle il ne joue pas. Cette ligne de partage contribue à restituer exactement les premières rencontres post-Beatles, plutôt que de chercher à fabriquer une « réunion à trois » supplémentaire.

Sources et confrontation documentaire

The Beatles Bible, chronologie du 28 mars 1974, « John Lennon and Paul McCartney jam in Los Angeles » ; Nilsson Schmilsson, « A Toot and a Snore », confrontation des listes de John Robertson, Mark Lewisohn et Allen Wiener ; Nilsson Schmilsson, fiche discographique du LP quadriphonique Pussy Cats ; Sessiondays, « 1974 Harry Nilsson – Pussy Cats », répartition des musiciens par titre. Les divergences secondaires portant sur la liste totale des improvisateurs sont laissées ouvertes, sans brouiller la conclusion sur l’absence instrumentale de Ringo.