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Yellow-Sub.net · Vérification des crédits · RCA 1972

Joy et You’re Breakin’ My Heart : Barry Morgan, et non Ringo Starr, à la batterie

Une enquête sur deux chansons de Son of Schmilsson : les crédits du LP, George Harrysong et la correction des fausses attributions.

Deux chansons, un autre batteur : la bonne attribution

Sur Son of Schmilsson (RCA, 1972), le pseudonyme Richie Snare correspond bien à Ringo Starr, mais il n’est imprimé que sur cinq des onze plages. Les titres « Joy » (face A, plage 3) et « You’re Breakin’ My Heart » (face A, plage 5) comportent, eux, un crédit explicite à la batterie pour Barry Morgan. Ce détail est important car plusieurs catalogues numériques affichent, pour l’album entier, une liste unifiée de personnalités comprenant Ringo et George Harrison. Il suffit alors qu’un index transforme une mention d’album en participation piste par piste pour créer une fausse collaboration. La lecture des crédits originaux corrige l’erreur : sur ces deux chansons, la batterie n’est pas attribuée à Starr.

L’importance des légendes de pochette

La notice du LP américain RCA Victor LSP-4717, fondée sur la pochette d’époque, fournit une ventilation des interprètes par titre. « Joy » y donne Barry Morgan aux drums et « You’re Breakin’ My Heart » également. Le même générique porte « Richie Snare » sur « Take 54 », « Spaceman », « At My Front Door », « Ambush » et « The Most Beautiful World in the World ». Cette coexistence de deux batteurs sur le même album rend toute réattribution globale particulièrement risquée. La pochette ne prouve pas que les instrumentistes n’aient jamais assisté à d’autres séances ou préparé des démos ; elle établit en revanche quel musicien l’édition RCA reconnaît pour chaque master publié.

Joy : une parodie country

« Joy » est l’un des morceaux par lesquels Nilsson fait éclater l’horizon stylistique de son album. Là où « Take 54 » affiche une énergie de rock, « Joy » joue avec les codes de la country américaine et transforme le texte sentimental en exercice de pastiche. Le générique du disque original donne John Uribe à la guitare acoustique, Peter Frampton à la guitare électrique, Red Rhodes à la pedal steel guitar, Ray Cooper aux percussions et Barry Morgan à la batterie. La combinaison pedal steel / voix de Nilsson ancre la parodie dans un vocabulaire musical identifiable, mais l’ironie de la composition ne justifie pas l’invention de musiciens supplémentaires.

Red Rhodes et le langage country de Joy

La présence de Red Rhodes, musicien réputé pour la pedal steel guitar, distingue « Joy » du répertoire où Ringo tient la batterie. Cet instrument apporte des glissandi et un timbre immédiatement associé à la country, même lorsque la chanson en détourne le sérieux. Peter Frampton intervient parallèlement à la guitare électrique, tandis que John Uribe assure une guitare acoustique. Nilsson chante et joue un personnage. Barry Morgan occupe la batterie avec un rôle distinct des percussions de Ray Cooper. En regroupant ces participations sur une seule ligne « musiciens : Ringo, Frampton, Voormann », on perdrait précisément les éléments qui rendent cette plage particulière. La sessionographie doit refléter sa formation réelle, non l’effectif moyen de l’album.

You’re Breakin’ My Heart : Nilsson à découvert

« You’re Breakin’ My Heart » est l’un des textes les plus notoirement provocateurs de Nilsson : il expose une séparation sentimentale et adopte un langage explicitement incompatible avec la programmation radio habituelle de l’époque. Sa notoriété vient autant de cette liberté de ton que de son arrangement instrumental. Sur la cinquième plage du LP, les crédits indiquent Barry Morgan à la batterie, Peter Frampton à la guitare électrique, Harry Nilsson au piano électrique, ainsi que des interventions de cuivres de Bobby Keys, Jim Price et Klaus Voormann. L’apparition d’un ancien Beatle concerne ici un autre instrument, la guitare slide, et non la batterie.

George Harrysong : George Harrison sur la piste A5

Le générique mentionne « George Harrysong » à la guitare slide. Cette signature plaisante correspond à George Harrison. Le morceau permet donc d’étudier une collaboration Nilsson–Harrison tout en étant un contre-exemple pour Ringo. L’identification du guitariste est cohérente avec la participation de Harrison au disque et son goût pour les interventions de slide guitar. Elle ne doit toutefois pas être extrapolée à tout le programme. Le rôle de Harrison sur A5 est une prestation instrumentale spécifique ; le rôle de Ringo sur cinq autres titres l’est tout autant. Le projet commun est l’album de Nilsson, non une session des Beatles au complet.

Barry Morgan : identité d’un professionnel trop souvent éclipsé

Barry Morgan est un batteur de studio britannique très demandé, actif dans la pop, le rock et les musiques de variété. Ses crédits sont fréquemment moins mis en avant que ceux des artistes célèbres figurant dans le même générique. Dans une notice encyclopédique, leur valeur est pourtant identique : celui qui tient effectivement les baguettes doit être nommé, même lorsque l’album porte par ailleurs le nom d’un Beatle. La bonne question n’est pas « Ringo figure-t-il dans le livret ? », mais « quelle ligne de la pochette attribue la batterie à la piste considérée ? ». Dans le cas de « Joy » et « You’re Breakin’ My Heart », la réponse est Barry Morgan. Les interprètes de percussion additionnelle ne doivent pas non plus être automatiquement rangés parmi les batteurs.

Le risque de duplication des crédits de catalogue

Un nombre croissant de bases musicales distingue « album credits » et « track credits ». Les premières attestent une implication quelque part dans le programme ; les secondes attribuent une participation à un titre précis. Lorsqu’une base ne conserve que la première liste, elle peut afficher Richie Snare et Barry Morgan l’un à côté de l’autre sans signaler les plages concernées. Le danger augmente lorsque les musiciens portent un pseudonyme et qu’une réédition adopte leur identité civile. Le dossier de Ringo conserve donc les deux étiquettes : « Richie Snare / Ringo Starr » et « Barry Morgan », puis relie chacune aux seuls masters pour lesquels sa participation est affirmée par les crédits. C’est une règle de normalisation, mais aussi une exigence historique.

Les démos de Joy, une autre couche documentaire

La réédition européenne du disque en 2000 ajoute deux démos de « Joy », identifiées comme versions guitare et piano. Elles ne sont pas interchangeables avec le master de l’album enregistré avec Barry Morgan. La démonstration d’une chanson peut être une performance réduite à un chanteur et un instrument, un document de travail ou un montage. Aucun crédit du master original ne doit donc lui être transféré sans examen de la prise supplémentaire. De même, rien ne permet de transformer une démo de « Joy » en une apparition de Ringo au seul motif que son pseudonyme figure ailleurs dans le livret du CD. Un enregistrement doit avoir son propre générique, son propre statut et, lorsque c’est possible, une date et une provenance de bande.

La comparaison avec Take 54 et Spaceman

Le contraste est instructif au sein d’un même album. « Take 54 », face A, plage 1, est crédité à Richie Snare ; « Joy », plage 3, à Barry Morgan ; « You’re Breakin’ My Heart », plage 5, également à Barry Morgan ; « Spaceman », première chanson de la face B, revient à Richie Snare. Il ne s’agit donc pas de remplacer définitivement Ringo par un second batteur au cours d’une face entière, mais de répartir les personnels en fonction des besoins de chaque morceau. Le choix de Richard Perry comme producteur et l’ampleur du réseau de musiciens londonien expliquent cette flexibilité. La sessionographie doit suivre l’unité de la plage, et non attribuer à un artiste un album entier dès qu’il y apparaît.

Ce que l’on peut publier comme conclusion documentée

L’absence d’un crédit de Ringo sur ces deux pistes ne prouve pas qu’il n’ait jamais assisté à une répétition, visité un studio ou entendu les prises. Ce serait une affirmation plus large et impossible à justifier avec la seule pochette. L’énoncé exact est : sur les masters de « Joy » et « You’re Breakin’ My Heart » tels que publiés par RCA en 1972, la batterie est créditée à Barry Morgan, non à Ringo Starr. Cet énoncé est positif, vérifiable et suffisamment précis pour corriger une liste d’interprètes. Les éventuels documents de travail non publiés devraient faire l’objet de notices séparées si des archives sont identifiées.

Bibliographie et pièces examinées

Pochette et crédits détaillés du LP Harry Nilsson, Son of Schmilsson, RCA Victor LSP-4717, 1972, facsimilé de la liste des musiciens pour A3 et A5 ; AllMusic, générique de l’album avec Ringo Starr, Richie Snare et Barry Morgan ; HarryNilsson.com, présentation du disque et description des chansons ; Dave Connolly, discographie des éditions RCA, BMG et RCA/Legacy avec bonus 2000–2007 ; Alyn Shipton, Nilsson: The Life of a Singer-Songwriter, pour le contexte biographique. La notice privilégie les crédits de l’objet discographique original sur les attributions globales de catalogues.