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Yellow-Sub.net · Sessionographie Ringo Starr · 1981

« Heart of Mine » : Ringo Starr et Bob Dylan, le vrai crédit de 1981

Une collaboration méconnue de Shot of Love : Ringo aux toms, Jim Keltner et Chuck Plotkin à la batterie. Les sources, la séance et les versions du disque.

À lire également : la fiche consacrée aux toms de Ringo Starr sur « Heart of Mine ». Les deux analyses décrivent la même participation de 1981 et ne doivent pas être interprétées comme deux séances différentes.

Bob Dylan, Ringo Starr et « Heart of Mine » : le crédit qu’il faut lire jusqu’au bout

En 1981, Ringo Starr apparaît dans le personnel de Shot of Love, album de Bob Dylan. Les résumés biographiques se contentent généralement d’une formule séduisante : « Ringo joue de la batterie avec Dylan ». Pourtant, le site officiel du chanteur américain apporte une distinction fondamentale. Pour « Heart of Mine », il attribue les batteries à Jim Keltner et Chuck Plotkin, et crédite Ringo Starr aux toms, sous l’appellation anglaise « Tom Tom ». Il ne s’agit pas d’une nuance négligeable : elle détermine l’instrument que l’on peut effectivement attribuer à Ringo dans la version publiée sur l’album.

Ce crédit précis vaut mieux qu’une photographie de studio ou qu’une liste générale des invités. Il permet de comprendre la manière dont un musicien reconnu comme batteur peut contribuer à un titre sans être le responsable de la batterie principale. Il montre aussi le danger des catalogues qui recopient des crédits globaux d’album sans lire la distribution de chaque piste. La présente étude se concentre sur ce qu’il est possible d’établir, du contexte de Shot of Love aux différences entre album, single et versions live.

1981 : Bob Dylan poursuit une période de transformations

Shot of Love, publié le 12 août 1981 selon le catalogue officiel, appartient à une période pendant laquelle les sujets religieux occupent une place notable dans l’écriture de Dylan. L’album suit Slow Train Coming et Saved, tout en adoptant une palette de morceaux plus variée. Une production de Chuck Plotkin et de Dylan réunit plusieurs formations de studio, dont certaines partagent des musiciens avec les scènes du rock américain, de la soul et du gospel.

La liste générale comprend Jim Keltner à la batterie, Donald « Duck » Dunn à la basse, Ron Wood à la guitare, Clydie King au chant et plusieurs autres instrumentistes. Ringo n’est pas membre permanent d’un groupe Dylan ; il participe à un morceau dans une configuration précise. Cette différence entre une collaboration ponctuelle et une équipe stable doit rester lisible, d’autant que d’autres chansons du LP emploient des bassistes, des claviéristes et des guitaristes différents.

15 mai 1981 : une séance à Clover Recorders, Los Angeles

Les relevés de session consacrés à Bob Dylan et à Ron Wood situent le travail sur « Heart of Mine » au 15 mai 1981, aux studios Clover Recorders de Los Angeles. Plusieurs tentatives sont enregistrées, ainsi que d’autres morceaux et fragments instrumentaux. Cette date est importante pour l’histoire de Ringo, mais elle doit être attribuée à une source de session et non déduite de la seule année de publication du disque.

La séance réunit des instrumentistes liés à plusieurs univers. Ron Wood apporte la guitare, tandis que « Duck » Dunn appartient à la tradition de la soul américaine. Jim Keltner est un partenaire de studio déjà familier à Ringo, et Chuck Plotkin assume ici un rôle qui dépasse le seul travail de production. Cette combinaison produit un morceau vivant, où les différents instruments semblent construire une ambiance volontairement souple.

Les prises et les mélanges de studio

Une chronologie de sessions, reprise notamment par les bases spécialisées sur Ron Wood, mentionne plusieurs prises de « Heart of Mine », puis des opérations ultérieures de mixage et d’ajouts. Il serait abusif de convertir le nombre de mélanges en nombre de nouvelles séances de Ringo. Une chanson peut être mixée à plusieurs reprises à partir de bandes déjà enregistrées, sans que les musiciens rejouent leurs parties. La sessionographie distinguera donc les prises captées à Clover des éditions et mixages successifs.

De même, les horaires exacts et les détails de chaque passage instrumental demandent des feuilles de bande ou des notes de session complémentaires. La distribution du master est documentée, mais on ne peut pas affirmer qu’une partie jouée lors d’un essai préliminaire se retrouve nécessairement sur le disque. La fiche conservera une date de référence tout en signalant les limites des informations disponibles sur les prises alternatives.

Le personnel de « Heart of Mine », selon le catalogue officiel de Dylan

La distribution piste par piste fournie sur BobDylan.com distingue clairement les responsabilités. Bob Dylan assure le chant principal et le piano ; Clydie King chante également ; Jim Keltner et Chuck Plotkin sont crédités à la batterie ; Donald « Duck » Dunn à la basse ; William « Smitty » Smith à l’orgue ; Ron Wood à la guitare ; et Ringo Starr aux toms. Il n’est pas nécessaire d’inventer un autre percussionniste pour expliquer le son du morceau : cette liste est suffisamment précise pour constituer la base de la notice.

Une difficulté apparaît lorsque l’on compare cette distribution à la liste générale du LP, qui comporte l’expression « Ringo Starr — Drums, Tom Tom ». Le crédit global est plus large que celui de la chanson. La bonne méthode consiste à privilégier l’attribution individualisée à « Heart of Mine » plutôt que de transformer la formule du personnel d’album en un crédit de batterie principale sur cette prise.

Jim Keltner, un autre batteur majeur dans l’entourage des anciens Beatles

Jim Keltner a joué sur de nombreux projets de John Lennon, George Harrison, Harry Nilsson et Ringo Starr. Son nom revient donc fréquemment dans notre encyclopédie. Mais cette proximité n’autorise pas à négliger son travail dans une session de Dylan. « Heart of Mine » lui attribue une prestation de batterie, qu’il partage dans les crédits avec Chuck Plotkin. Ringo intervient sur une autre partie de l’instrumentarium rythmique.

La présence de deux personnes créditées à la batterie peut correspondre à diverses méthodes d’enregistrement : jeu simultané, doublage ou partie additionnelle. Le catalogue officiel établit les noms et la fonction générale, non la répartition de chaque frappe. Nous n’attribuerons donc pas à Keltner les passages calmes et à Plotkin les passages plus appuyés sans document permettant de les distinguer.

Chuck Plotkin, producteur mais aussi instrumentiste crédité

Le cas de Chuck Plotkin est instructif parce qu’il apparaît à deux niveaux différents. Son travail de producteur est attesté pour l’album, aux côtés de Dylan ; sur « Heart of Mine », il figure également dans les crédits de batterie. Un producteur peut tout à fait contribuer instrumentalement à une chanson. Mais il faut conserver ces deux fonctions séparées dans le catalogue, sans considérer son rôle d’instrumentiste comme une simple extension de sa responsabilité technique.

Le parallèle avec le crédit de Ringo est révélateur. De la même manière qu’une liste d’album ne suffit pas à définir l’instrument de Starr sur chaque titre, une production signée Plotkin ne signifie pas qu’il a lui-même joué de la batterie sur tout le disque. La distribution individualisée de « Heart of Mine » doit servir de référence.

Que signifie exactement le crédit « Tom Tom » ?

Les toms font partie des fûts d’une batterie. Ils produisent une sonorité et des accents différents de ceux de la caisse claire ou du charleston, et peuvent être employés pour renforcer des transitions ou construire des figures rythmiques spécifiques. Le terme « Tom Tom » employé par les crédits officiels désigne cet instrument, sans préciser nécessairement le nombre de fûts ni la nature de chaque figure jouée.

La distinction avec la batterie principale n’est donc pas une exclusion de Ringo de la section rythmique. Il contribue effectivement au morceau, mais sous un rôle précisément indiqué. Cette nuance mérite d’être conservée, car les listes simplifiées ont tendance à classer toute contribution d’un musicien connu comme batteur sous la seule catégorie « drums », sans tenir compte de la fonction réelle.

La différence entre identité artistique et instrument joué

Un batteur peut enregistrer des maracas, des toms, un tambourin ou une partie parlée ; cela n’en fait pas automatiquement une performance de batterie complète. Notre catalogue a déjà rencontré ce problème chez Harry Nilsson, où certaines pistes créditent Ringo aux maracas plutôt qu’aux fûts. « Heart of Mine » constitue un nouvel exemple. Il montre que les catégories instrumentales doivent être suffisamment fines pour accueillir les contributions ponctuelles sans les exagérer.

Un morceau de rock américain aux influences multiples

Les commentaires musicaux sur « Heart of Mine » soulignent un caractère relativement détendu et une pulsation souple, avec des éléments évoquant le rhythm and blues et certaines couleurs caribéennes. Dylan joue lui-même du piano, tandis que l’orgue de Smith, la guitare de Ron Wood et la basse de Dunn construisent un ensemble qui n’a pas vocation à reproduire les arrangements des Beatles. La contribution de Ringo s’insère dans ce tissu instrumental plutôt que d’en devenir le centre.

Il serait tentant de décrire l’art de Ringo comme la raison exclusive du mouvement rythmique de la chanson. La présence de Keltner, Plotkin et Dunn doit cependant rester au cœur de toute analyse. Le rythme naît de l’interaction entre plusieurs instruments et de la manière dont ils sont enregistrés. Une étude musicale honnête décrit cette interaction sans transformer chaque élément sonore en signature personnelle d’un invité célèbre.

« Heart of Mine » : une œuvre de Dylan, non une cosignature Beatles

Le morceau est écrit par Bob Dylan. La présence de Ringo et de Ron Wood, deux figures britanniques importantes, ne modifie pas ce crédit d’auteur. La distinction entre composition et interprétation est fondamentale : une session commune n’est pas une œuvre cosignée par tous les musiciens présents. Le catalogue de Dylan attribue clairement la chanson à son répertoire personnel.

Cette information permet de mieux situer le rôle de Ringo. En 1981, il ne participe pas à une reconstitution d’un groupe issu des années 1960 ; il répond à une invitation pour une chanson originale d’un artiste qui a marqué l’histoire des Beatles. La relation culturelle entre les musiciens est réelle, mais elle ne doit pas devenir une collaboration d’écriture imaginaire.

La publication de 1981 : album et single

« Heart of Mine » paraît sur Shot of Love en août 1981 et fait également l’objet d’une sortie en single selon les territoires. Les notices discographiques indiquent une version abrégée pour certains 45-tours, plus courte que celle de l’album. Une édition radio ou un montage raccourci ne prouve pas l’existence d’une nouvelle séance. Il peut s’agir d’une sélection de passages et d’un fondu plus rapide réalisés à partir du même master.

Pour les collectionneurs, il faudra relever séparément les références des singles européens et américains, leur face complémentaire et la durée de chaque version. Le morceau doit cependant conserver son identité d’œuvre unique. La sessionographie renverra du master de 1981 vers les supports qui le contiennent, plutôt que de comptabiliser une nouvelle collaboration avec Ringo pour chaque pressage.

Une version live circule dans Biograph, sans Ringo

En 1985, l’anthologie Biograph présente une interprétation live de « Heart of Mine » enregistrée en novembre 1981. Le relevé MusicBrainz attribue à cette performance une autre formation, avec Jim Keltner et Arthur Rosato à la batterie. Ringo n’y figure pas dans le personnel identifié. Cette distinction doit être rappelée, car la présence d’un titre identique sur deux publications de Dylan peut conduire à fusionner abusivement leurs crédits.

Le cas rappelle celui de « Cold Turkey » de John Lennon : un single enregistré avec Ringo peut coexister avec une version live interprétée par un autre batteur. Le nom de la chanson et celui de l’artiste principal restent les mêmes, mais la session change. L’encyclopédie doit suivre la performance réelle, et non l’intitulé général de l’œuvre.

Comment les rééditions peuvent entretenir la confusion

Un CD remastérisé de Shot of Love peut reprendre la liste générale des musiciens, où Ringo figure à la batterie et aux toms, tout en conservant sur « Heart of Mine » la distribution plus spécifique du livret original. Certaines bases de données généralistes ou notices commerciales perdent cette hiérarchie et résument le personnel au niveau de l’album. Une même erreur se retrouve alors dans les biographies, les listes de collaborations et parfois les articles de presse.

Notre méthode sera simple : l’indication instrumentale de BobDylan.com à l’échelle de la piste demeure la référence, et les autres sources peuvent compléter les données de lieu, de date et d’édition sans contredire gratuitement ce crédit primaire. Si une autre distribution fondée sur une feuille de session venait à être publiée, nous la signalerions comme une divergence à résoudre plutôt que d’effacer silencieusement la première.

Une séance à la croisée de trois traditions musicales

La présence de Ringo, Jim Keltner et Donald « Duck » Dunn rappelle combien les studios américains mêlent alors des musiciens venus du rock britannique, de la soul et de la pop. Ron Wood, membre des Rolling Stones, appartient à un autre pan du même réseau transatlantique. Leur réunion n’est pas une performance exceptionnelle organisée pour le public, mais un travail de studio destiné à soutenir une chanson de Dylan.

L’intérêt historique ne tient pas à la quantité de noms célèbres inscrits sur la pochette. Il tient au fait de pouvoir reconnaître une fonction précise à chacun : la basse de Dunn, la guitare de Wood, les voix de Dylan et de Clydie King, l’orgue de Smith, les batteries de Keltner et Plotkin, puis les toms de Ringo. La précision du crédit permet de comprendre la réalité collective de l’enregistrement sans effacer les métiers des participants moins célèbres.

Les données à inscrire dans une sessionographie rigoureuse

La fiche conservera comme artiste principal Bob Dylan, comme œuvre « Heart of Mine », comme album d’origine Shot of Love, et comme période d’enregistrement mai 1981 à Los Angeles. Elle indiquera la séance du 15 mai comme date documentée par les relevés spécialisés et nommera Ringo Starr aux toms, distinctement des deux batteurs attribués au master. Les noms de Clydie King, Ron Wood, « Duck » Dunn et William Smith complèteront la distribution de référence.

Les éditions courtes du single seront reliées au même enregistrement lorsque la documentation établit qu’il s’agit bien d’un montage, tandis que la version live de Biograph recevra une fiche séparée avec son personnel de tournée. Les prises non retenues de mai 1981 ne seront pas attribuées individuellement à Ringo sans preuve de leur distribution, même si la session générale le crédite dans le studio.

Ce que « Heart of Mine » révèle du parcours de Ringo

Le parcours musical de Richard Starkey ne se limite pas à tenir la batterie des Beatles, puis celle de ses propres groupes. Ses collaborations montrent un instrumentiste capable de répondre à des besoins beaucoup plus ponctuels : une batterie complète chez John Lennon, des maracas chez Harry Nilsson, des toms chez Bob Dylan, et des contributions parfois vocales ou créatives sur d’autres disques. Ce constat n’exige pas de multiplier les attributions spectaculaires. Au contraire, chaque crédit précis enrichit la compréhension de son activité.

« Heart of Mine » est à ce titre une chanson exemplaire. Le nom de Ringo est réellement présent sur l’enregistrement de 1981, mais la batterie principale appartient, selon le crédit officiel, à d’autres musiciens. Reconnaître cette différence ne diminue en rien sa participation. Cela permet de faire de Yellow-Sub une source où l’on découvre non seulement que Ringo a travaillé avec Dylan, mais aussi ce qu’il a réellement joué et comment ce travail s’inscrit dans la fabrication du disque.

Photographie d’ambiance Yellow-Sub.net, sans identification de la séance Bob Dylan du 15 mai 1981.

Photographie d'ambiance de Ringo Starr pour les études de collaborations musicales de Yellow-Sub.net

Consolidation éditoriale : l’étude de référence, plus développée, est disponible ici : consulter l’article principal. Cette version reste accessible comme archive de travail mais n’est plus proposée à l’indexation.

Source primaire : Bob Dylan, discographie officielle de Shot of Love : Ringo Starr est crédité aux « Tom Tom » sur Heart of Mine ; Jim Keltner et Chuck Plotkin sont crédités à la batterie.

Sources et documentation

La répartition instrumentale suit les crédits individualisés du catalogue officiel de Bob Dylan. Les dates précises de studio proviennent de chronologies spécialisées ; les versions live font l’objet d’attributions distinctes.

  1. Bob Dylan, site officiel : Shot of Love, livret et crédits de Heart of Mine.
  2. MusicBrainz, Shot of Love : personnel détaillé et toms de Ringo.
  3. Discographie des Rolling Stones, séance de Ron Wood du 15 mai 1981.
  4. MusicBrainz, Biograph : distribution de la version live de novembre 1981.