Ringo Starr se raconte à la bibliothèque LBJ : Long Long Road, la country de Liverpool, Rory Storm, Come Together et la naissance de Peace and Love
Il a 86 ans depuis le 7 juillet 2026, un nouvel album country dans les bacs et toujours la même façon de répondre aux grandes questions par une pirouette. Invité de Mark Updegrove pour l’émission de télévision publique américaine Live from the LBJ Library, Ringo Starr a pris le temps, pendant vingt-sept minutes, de dérouler sa “longue, longue route” : la soirée de poésie où il a rencontré T Bone Burnett, les marins de Liverpool qui rapportaient des disques de country dans leurs bagages, l’année passée à l’hôpital, l’usine, Hambourg, le coup de téléphone de Brian Epstein, le break de Come Together sorti de nulle part, Get Back, les Grammy de Nashville avec Harry Nilsson et la naissance, presque par accident, de son rituel Peace and Love. Voici tout ce qu’il a raconté, sans rien omettre, vérifié et remis en perspective.
L’essentiel en 30 secondes
- L’émission : Live from the LBJ Library with Mark Updegrove, saison 3, épisode 307 (26 min 46 s), diffusé sur les chaînes de PBS à partir de l’été 2026. L’entretien a été tourné à Los Angeles, “sur la route” de la bibliothèque présidentielle Lyndon B. Johnson d’Austin.
- Le prétexte : Long Long Road, sorti le 24 avril 2026 chez UMe, deuxième album country de Ringo produit par T Bone Burnett après Look Up (2025).
- La rencontre : Ringo a véritablement sympathisé avec Burnett lors d’une lecture de poèmes d’Olivia Harrison consacrés à George, devant une cinquantaine de personnes.
- Les confidences : la country découverte grâce aux marins de la marine marchande, une année d’hôpital où un simple tambour décide de sa vie, un projet d’émigration au Texas pour suivre Lightnin’ Hopkins, la rivalité nocturne avec les Beatles à Hambourg, l’appel de Brian Epstein un mercredi.
- Les Beatles : la “télépathie” du groupe, George Martin sommé de s’excuser “tous les jours”, le break de Come Together improvisé, une séquence de Get Back qui l’intrigue encore, et sa préférence assumée pour le film de Peter Jackson.
- Le rituel : Peace and Love est né d’une question d’intervieweur et d’un premier rassemblement de 80 personnes à Chicago, avec des petits gâteaux offerts par le Hard Rock… aussitôt revendus 30 dollars sur Internet.
Les entretiens de Ringo Starr se suivent et, souvent, se ressemblent. Il répète volontiers les mêmes formules, désamorce les questions solennelles par une blague et refuse obstinément de se prendre pour un monument. Celui-ci a pourtant quelque chose de particulier. Mark Updegrove n’est pas un journaliste musical : c’est un historien de la présidence américaine, l’auteur de livres sur les présidents des États-Unis, le patron de la fondation qui gère la bibliothèque de Lyndon B. Johnson. Il interroge Ringo comme il interrogerait un témoin de l’histoire, en remontant le fil chronologique, de la rue de son enfance jusqu’à son 86e anniversaire. Et Ringo, pris au jeu, laisse filer des détails rarement entendus : la selle de chameau dans le coin du salon des familles de marins, les cinq lits et le lavabo de la mission des marins allemands à Hambourg, la grand-mère qui lui interdisait d’écrire de la main gauche, la leçon de la bande magnétique ramenée à la maison après une soirée trop joyeuse.
Comme toujours avec Ringo, la mémoire est vive mais pas notariale. Il confond parfois les lieux, arrondit les durées, télescope les années. Nous avons donc confronté chacune de ses affirmations aux sources de référence, de Mark Lewisohn aux archives des séances d’Abbey Road, et signalé les écarts dans des encadrés de correctif. Le but n’est pas de prendre en défaut un homme de 86 ans qui raconte sa vie avec une générosité rare, mais de permettre au lecteur de savoir exactement ce qui relève du souvenir et ce qui relève du fait.
Sommaire
Une conversation pour la bibliothèque présidentielle LBJ
Mark Updegrove, l’historien des présidents face au batteur
Le cadre mérite d’être expliqué, car il surprendra le lecteur français. La bibliothèque présidentielle Lyndon Baines Johnson, installée sur le campus de l’université du Texas à Austin, a été inaugurée par le 36e président des États-Unis lui-même, en 1971. Comme toutes les bibliothèques présidentielles américaines, elle conserve les archives d’un mandat, mais elle est aussi devenue un lieu de débat public. Depuis plus d’un demi-siècle, rappelle Mark Updegrove en ouverture, elle accueille certains des plus grands noms et des esprits les plus brillants de leur époque, pour parler de l’histoire du pays et des questions du moment.
Updegrove, président et directeur général de la LBJ Foundation, a transformé ces conversations en une émission de télévision, Live from the LBJ Library with Mark Updegrove, diffusée par les stations locales du réseau public PBS. On y croise d’ordinaire des juges de la Cour suprême, des généraux, des journalistes politiques ou des cinéastes. La troisième saison a mêlé à ces habitués une série d’entretiens consacrés à la musique américaine : Bruce Springsteen, T Bone Burnett… et Ringo Starr, dont l’épisode porte le numéro 307 et dure 26 minutes et 46 secondes. Il est suivi d’un épisode consacré à T Bone Burnett, dont la première partie réunit le producteur et le batteur.
“Ringo Starr est, eh bien, Ringo Starr”
Updegrove présente son invité d’une formule qui dit tout de la place à part qu’occupe l’ancien Beatle dans la culture américaine : “Ringo Starr est, eh bien, Ringo Starr.” Le batteur légendaire, poursuit-il, a fourni le rythme de certaines des musiques les plus emblématiques de l’histoire moderne. Pour l’occasion, l’émission a quitté le Texas : “ce soir, nous emmenons Live from the LBJ Library sur la route, jusqu’à Los Angeles”, où vit Ringo depuis des décennies. Le programme annoncé couvre l’album Long Long Road, mais aussi le “remarquable voyage” d’une vie, les jours de Liverpool et ces “années magiques” des années 1960 où les Beatles régnaient sans partage.
Un extrait d’ouverture consacré à Come Together
Avant même le générique, l’émission s’ouvre sur un extrait choisi pour accrocher le téléspectateur : Ringo évoquant le break de batterie de Come Together, “un fill bien connu”, dit-il, qu’il n’avait jamais joué avant ce jour-là. John Lennon est assis par terre, le groupe est dans un petit studio, Ringo ne sait pas ce qui se passe, il joue, et tout le monde se regarde : ça doit être bon. Nous reviendrons longuement sur ce souvenir, qui est à la fois l’un des plus beaux de l’entretien et l’un de ceux qui demandent le plus de vérifications.
Long Long Road : un album né d’une soirée de poésie
“J’adore la vie”
Updegrove commence par féliciter Ringo pour Long Long Road. La réponse est spontanée : “Je l’adore.” Ringo rend aussitôt hommage à T Bone Burnett, qui a produit l’album comme il avait produit Look Up l’année précédente, et qui a “fait un super travail” pour lui. L’intervieweur rappelle la chronologie : c’est le troisième album country de Ringo. Le premier remontait au début des années 1970, il en a fallu “un certain temps” pour revenir au genre avec Look Up en 2025, et voici déjà le troisième.
Ringo explique alors le sens du titre, et c’est une des clés de l’entretien. “J’aime la vie”, dit-il, et la longue, longue route, “c’est moi qui regarde à l’intérieur” : le chemin parcouru depuis Liverpool, “ceci, cela”, les périodes où il était malade, celles où il était heureux, les enfants… “J’ai eu tout ça. Et je me suis simplement dit : la longue, longue route.” Le titre n’est donc pas une formule de marketing pour un artiste octogénaire : c’est une manière de résumer une existence qui a traversé la misère d’un quartier ouvrier, la maladie, la gloire planétaire, les excès et la sobriété retrouvée.
La lecture d’Olivia Harrison
Comment l’aventure avec Burnett a-t-elle commencé ? Ringo raconte la scène avec un luxe de détails. Il s’est rendu à une lecture donnée par Olivia Harrison, la veuve de George, qui lisait les poèmes qu’elle a écrits pour son mari. Une cinquantaine de personnes seulement étaient présentes. Parmi elles, T Bone Burnett, “que je connais bien”, se reprend aussitôt Ringo : “enfin, pas vraiment bien, mais je l’avais rencontré chez moi plusieurs fois… et je ne l’avais jamais invité”. Éclats de rire dans la salle : Burnett était venu chez Ringo sans y avoir été convié par le maître des lieux, sans doute dans le sillage d’amis communs.
Les poèmes en question ont été réunis par Olivia Harrison dans le recueil Came the Lightening: Twenty Poems for George, publié en 2022, une méditation sur l’amour, le deuil et la vie partagée à Friar Park. Que la renaissance country de Ringo soit née dans l’orbite de George Harrison, l’ami avec lequel il a écrit Photograph et partagé tant de séances, n’est pas le moindre charme de cette histoire. Sur ce compagnonnage, on lira notre dossier Ringo Starr et George Harrison.
Des EP de la pandémie à l’album
Ce soir-là, la conversation s’engage. Chacun demande à l’autre ce qu’il fait en ce moment. Ringo explique qu’il prépare un EP, et lance à Burnett : si tu as une chanson pour moi… Le format n’est pas anodin. Pendant la pandémie et les années suivantes, Ringo a publié une série de disques courts enregistrés dans son studio personnel de Los Angeles : Zoom In (2021), Change the World (2021), EP3 (2022), Rewind Forward (2023) et Crooked Boy (2024). Il expliquait alors préférer ces quatre ou cinq titres à l’effort d’un album complet, à une époque où l’on écoute la musique chanson par chanson. Pour retracer cette période, notre page Ringo Starr, toutes ses collaborations de 2000 à 2026 détaille les invités et les séances.
Burnett lui envoie un premier titre, et tout part de là. Ringo résume, un peu elliptique, que “c’est une plus longue histoire”. La suite se passe à Los Angeles : Burnett vient lui rendre visite, ils parlent de chansons, et Ringo commence à se dire qu’il devrait lui demander de produire un album entier.
Neuf chansons sorties d’une poche
C’est le moment le plus savoureux du récit. Ringo demande à Burnett combien de chansons il a. Le producteur met la main dans sa poche, en sort ses chansons et répond : “Neuf.” Ringo : “Oh, super. Et tu veux bien produire un album pour moi ?” L’image du producteur oscarisé et multi-récompensé aux Grammy, compagnon de route de Bob Dylan, arrivant avec un album entier dans la poche de sa veste, résume bien la manière dont Ringo aime travailler : sans plan, sans stratégie, par affinités.
Il insiste d’ailleurs lourdement sur ce point : “Ce n’était pas prévu. C’est ce que j’essaie de vous faire comprendre.” Et il formule ce qui ressemble à une philosophie de vie : “Si je me laisse simplement porter par la vie, beaucoup de bonnes choses finissent par marcher.” Ils se sont beaucoup amusés, Burnett “est très bon”, et Ringo ne se souvient même pas qu’ils se soient dit “faisons-en un autre” : ils en ont fait un, “ce n’était pas un plan”, et cela a très bien marché. C’est pourtant exactement ce qui s’est produit : Look Up, sorti le 10 janvier 2025, a été suivi quinze mois plus tard par Long Long Road.
Ce que contient Long Long Road
Sorti le 24 avril 2026 chez UMe, en CD, en vinyle noir, en vinyle de couleur et en numérique, Long Long Road dure 33 minutes et 22 secondes et compte dix titres. La production est signée T Bone Burnett, avec Daniel Tashian et Bruce Sugar, le fidèle ingénieur et coauteur de Ringo depuis une vingtaine d’années. Les séances se sont déroulées en 2025 entre Nashville (Sound Emporium, Blackbird Studios, Electro Magnetic East, East Iris) et Los Angeles, où Ringo a enregistré ses voix et sa batterie dans son propre studio, Roccabella West. On retrouve autour de lui la jeune garde de l’americana : Billy Strings, Molly Tuttle, Sarah Jarosz, mais aussi Sheryl Crow et St. Vincent, ainsi que des musiciens de studio chevronnés comme le joueur de steel guitar Paul Franklin ou le bassiste Dennis Crouch.
Le premier extrait, It’s Been Too Long, a été dévoilé le 3 mars 2026, avec les harmonies de Sarah Jarosz et Molly Tuttle. L’album réserve aussi une nouvelle version de Choose Love, titre de 2005 coécrit avec Mark Hudson et Gary Burr, cette fois avec St. Vincent aux harmonies. Surtout, il contient une reprise qui fait écho à ce que Ringo raconte dans l’entretien sur ses goûts de jeunesse : I Don’t See Me in Your Eyes Anymore, chanson de Bennie Benjamin et George David Weiss autrefois enregistrée par Carl Perkins, l’idole de Ringo, celui dont les Beatles ont repris trois chansons. Le disque a atteint la 2e place des classements britanniques des albums country et americana, la 11e place en Allemagne et en Suisse, la 12e en Autriche. Il est disponible en CD sur Amazon et en vinyle, tout comme Look Up.
La chanson-titre, un miroir
Vers la fin de l’entretien, Updegrove cite un vers de la chanson-titre, celui où le narrateur se regarde dans le miroir et se demande où il est passé tout ce temps. La chanson, l’une des deux de l’album coécrites par Ringo et Bruce Sugar, est chantée avec Sheryl Crow. Son clip, réalisé par Francesca Gregorini, la fille de Barbara Bach et donc la belle-fille de Ringo, fait défiler des photographies personnelles de toutes les étapes de sa vie. C’est littéralement le programme de l’entretien : un album de famille feuilleté à voix haute.
La country, une affaire de Liverpool
Act Naturally et les chansons de Carl Perkins
Updegrove rappelle que Ringo a chanté de la country tout au long de sa carrière, y compris au sein des Beatles. Il cite Act Naturally, et Ringo complète aussitôt : “et j’ai fait Carl Perkins”. L’histoire est connue des fans mais mérite d’être rappelée. Act Naturally, succès de Buck Owens en 1963, est la chanson que Ringo chante sur l’album Help! en 1965 ; elle est aussi la face B américaine de Yesterday, et Ringo la réenregistrera en duo avec Buck Owens lui-même en 1989. Quant à Carl Perkins, Ringo chante Honey Don’t sur Beatles for Sale (1964) et Matchbox sur l’EP Long Tall Sally la même année, tandis que George Harrison interprète Everybody’s Trying to Be My Baby. Notre page Ringo Starr, Carl Perkins et Lonnie Donegan retrace cette filiation, jusqu’au concert hommage de 1985 où Ringo et George ont rejoint Perkins sur scène.
Puis Ringo lâche, avec un sourire : “J’adore la country, mais j’adore le blues. Et vous ne m’entendez jamais en faire.” Rires dans la salle. La remarque est juste : la discographie de Ringo, pourtant riche de plus de vingt albums studio, ne compte pratiquement aucun blues pur. Il le chantera indirectement à travers le rock’n’roll, mais le blues reste chez lui une passion d’auditeur, comme nous le verrons avec le projet d’émigration au Texas.
Les marins de la marine marchande
D’où vient cet amour de la country ? Ringo donne deux sources. La première est la radio de Liverpool. La seconde est la plus originale, et elle est profondément liée à la géographie de sa ville. Liverpool était un port, rappelle-t-il, et dans le quartier où il vivait, au moins un membre de chaque famille servait dans la marine marchande. Les hommes partaient, revenaient, repartaient. Et l’on savait toujours quelle famille avait un marin : il y avait une selle de chameau dans le coin du salon, rapportée par le fils pour sa mère au retour d’une escale lointaine.
Ce détail, que l’on ne trouve pas dans les biographies classiques, dit beaucoup du Liverpool des années 1950. Les “Cunard Yanks”, comme on appelait les marins qui faisaient la ligne de New York sur les paquebots de la Cunard, ramenaient des États-Unis des vêtements, des appareils électroménagers et surtout des disques introuvables en Grande-Bretagne. Ringo confirme ce mécanisme : ils rapportaient des disques d’Amérique, puis les revendaient. C’est par eux que les adolescents du quartier ont entendu de la country, du rhythm and blues ou du rock’n’roll avant le reste du pays. L’un de ces marins avait un jeune frère avec qui Ringo était ami : il allait chez lui, et le frère passait de la country. “J’adorais tout simplement l’attitude de cette musique.” Ce terreau est décrit en détail dans notre dossier sur le Merseybeat.
La femme partie, le chien mort et plus un sou pour le juke-box
Ringo ressort alors une définition de la country qu’il affectionne et qu’il utilise depuis des années quand on lui demande ce qu’est ce genre musical : “La femme est partie, le chien est mort et vous n’avez plus d’argent pour le juke-box.” Pour lui, c’est à cela que ressemblait la country des années 1950 : des chansons sur la femme, sur le chien et sur le juke-box. La boutade a un fond de vérité. La country de l’après-guerre, celle de Hank Williams, d’Ernest Tubb ou de Webb Pierce, est une musique de juke-box, faite pour les bars, où la peine de cœur côtoie l’humour noir. C’est aussi une musique de classe ouvrière, ce qui explique en partie l’écho qu’elle trouvait dans les rues de Dingle.
Et le blues ?
Ringo n’oublie pas sa seconde passion, et l’entretien y reviendra par un chemin détourné, celui d’un rêve de jeunesse qui aurait pu changer l’histoire de la musique. Pour comprendre ce que le blues représentait pour sa génération de Liverpool, on pourra lire notre long dossier Le blues et les Beatles, qui va de Robert Johnson à Yer Blues.
Dingle, Admiral Grove et la bande du quartier
“Eh bien, me voilà”
Comment Liverpool l’a-t-il façonné ? Ringo commence par une réponse désarmante : “Eh bien, me voilà.” Puis il précise. La ville l’a façonné parce qu’il y vivait, tout simplement, et parce que sa mère “travaillait à s’en briser le cœur” pour payer le loyer. Richard Starkey est né le 7 juillet 1940 au 9 Madryn Street, dans le quartier ouvrier de Dingle, au sud du centre-ville. Son père, Richard Starkey senior, quitte le foyer alors qu’il n’a que trois ans. Sa mère, Elsie, l’élève seule pendant des années, en enchaînant les emplois, notamment de serveuse dans un pub. Elle se remariera en 1953 avec Harry Graves, un peintre en bâtiment originaire de Londres que Ringo adorait et qui joue un rôle discret mais décisif dans sa vocation. Notre biographie complète de Ringo Starr retrace cette enfance en détail.
Cent pas pour une maison plus petite
Ringo raconte ensuite un épisode que les biographes mentionnent rarement sous cet angle : “J’ai eu de la chance, nous vivions à Madryn Street, puis nous avons traversé la rue pour aller à Admiral Grove, à une centaine de pas.” Pourquoi déménager si près ? “Parce que c’était plus petit et qu’on pouvait faire face.” Autrement dit, la mère et le fils ont quitté une maison trop chère pour une maison plus modeste, au 10 Admiral Grove, une petite maison mitoyenne de deux pièces en bas et deux en haut. Le déménagement, intervenu en 1944, n’était pas une ascension sociale mais un repli économique. Ringo y vivra jusqu’à ses années Beatles, et les fans du monde entier viennent encore photographier la façade, comme celle de Madryn Street, sauvée de la démolition après une longue mobilisation.
Suivre le bus pour trouver le parc
Ringo décrit ensuite la vie d’un garçon du quartier. On grandit là, “mais on grandit, et il y a une bande”. Il y a toujours une petite bande de garçons. Pour aller dans un parc éloigné, il fallait suivre le bus à pied, parce qu’on ne savait pas comment s’y rendre autrement. “Mais on savait que le 82 nous emmenait à Speke”, précise-t-il. Speke, quartier du sud de Liverpool, est celui où ont grandi Paul McCartney et George Harrison : la ligne de bus 82, qui reliait le centre aux quartiers du sud, est une petite géographie commune des futurs Beatles. Ringo ne le dit pas, mais l’image est saisissante : avant de se connaître, les quatre garçons vivaient au bout des mêmes lignes de bus.
L’hôpital, le tambour et la révélation
L’enfant malade
C’est en évoquant ses débuts musicaux que Ringo remonte à l’épisode fondateur de sa vie : un long séjour à l’hôpital. Il raconte qu’il y est resté “pendant un an”. L’enfance de Ringo a été marquée par deux hospitalisations très longues. À six ans, en 1947, une appendicite dégénère en péritonite : il tombe dans le coma et passe près d’un an à l’hôpital. À treize ans, en 1953, il contracte une tuberculose et il est envoyé au sanatorium pour enfants de Heswall, sur la péninsule de Wirral, de l’autre côté de la Mersey. C’est à ce second séjour qu’il fait allusion ici. Nous avons consacré un long article à cette période : Ringo Starr, l’enfant d’hôpital.
Correctif factuel : “un an” à l’hôpital, vraiment ?
Ringo parle d’une année passée à l’hôpital, et c’est la durée qu’il cite le plus souvent. Pour la tuberculose de 1953, la plupart des biographes, à commencer par Mark Lewisohn dans Tune In, évoquent un séjour nettement plus long, de l’ordre de deux ans, entre 1953 et 1955. Additionné à l’hospitalisation pour péritonite de 1947, cela représente près de trois années de sa scolarité passées loin de l’école. C’est l’une des raisons pour lesquelles il quitte le système scolaire à quinze ans sans diplôme, en sachant à peine lire et écrire correctement. Les “un an” de l’entretien sont donc une approximation de mémoire, sans doute en dessous de la réalité.
Le tricot et le petit orchestre de l’hôpital
Pour occuper ces enfants alités pendant des mois, le personnel du sanatorium avait ses méthodes. Ringo raconte, amusé, qu’on leur apprenait à tous à tricoter. Puis une autre intervenante est arrivée avec des instruments de percussion : pas même un vrai bongo, précise-t-il, “juste une peau, un petit tambour”, des maracas et des tambourins. C’était le petit orchestre de l’hôpital, une pratique courante dans les établissements pour enfants de l’époque, où la musique servait à la fois de distraction et de rééducation. On a donné un tambour à Richard Starkey. Il a frappé dessus. “Et j’ai su à cette minute que c’était tout ce que je voulais faire.”
“C’était magique”
Updegrove, en historien, cherche l’explication : comment pouvait-il le savoir ? Ringo refuse de rationaliser. “Je ne sais pas. C’était magique.” Et il relie aussitôt ce moment au titre de son album : c’est cela aussi, la longue route. Les gens lui demandent sans cesse comment il savait, comment il a fait. “Je ne savais rien. Je savais juste que je voulais jouer de la batterie.” Jamais il n’a voulu jouer de la guitare ou du piano.
L’intervieweur insiste : quand il a frappé ce tambour, a-t-il compris que sa vie changeait, ou a-t-il simplement ressenti une connexion ? La réponse de Ringo est d’une grande lucidité : cela aurait pu mener n’importe où. Il dit qu’il doit faire attention à ne pas tomber dans le récit rétrospectif du type “oh, et ensuite vous finissez dans les Beatles”. Rien n’était écrit. Quelques fois, d’ailleurs, il a essayé d’aller ailleurs. Cette méfiance envers les récits trop bien ficelés est l’une des qualités les plus attachantes de l’homme. Sur ce que le petit tambour d’hôpital a donné ensuite, on lira les origines du style de Ringo Starr.
L’usine, l’apprentissage et le skiffle de la pause déjeuner
Apprenti à l’usine
Updegrove saute directement à Rory Storm and the Hurricanes, mais Ringo l’arrête : “Waouh, ça, c’est plus tard.” Il veut d’abord raconter l’usine. Après avoir travaillé comme garçon de courses pour les chemins de fer britanniques, puis comme serveur sur un bateau d’excursion reliant Liverpool au nord du pays de Galles, Ringo entre en 1956 chez H. Hunt & Sons, une entreprise de matériel pour piscines et équipements de gymnastique. On veut faire de lui un apprenti, en l’occurrence apprenti mécanicien. Et il souligne l’avantage décisif du statut, avec l’humour pince-sans-rire de Liverpool : un apprenti n’était “que deuxième sur la liste” pour être appelé sous les drapeaux. “Donc ça aidait.”
Correctif factuel : Ringo aurait-il fait son service militaire ?
Ringo a raison sur le principe : dans la Grande-Bretagne des années 1950, les apprentis pouvaient obtenir un report de leur service national jusqu’à la fin de leur formation, ce qui en faisait une stratégie répandue chez les jeunes ouvriers. Mais l’histoire lui a finalement rendu ce calcul inutile. Le Livre blanc de la Défense de 1957 a programmé la fin de la conscription, et les hommes nés à partir du 1er octobre 1939 n’ont plus été appelés. Né le 7 juillet 1940, Ringo a échappé au service national à neuf mois près, tout comme John Lennon, né le 9 octobre 1940. À l’époque où il signait son contrat d’apprentissage, il ne pouvait évidemment pas le savoir.
Eddie Miles, Roy Trafford et une caisse à thé
C’est à l’usine que commence ce que Ringo appelle sa “vraie carrière musicale”. Son voisin de palier, Eddie Miles (souvent orthographié Eddie Myles), jouait de la guitare. Son meilleur ami à l’usine, Roy Trafford, s’était fabriqué une contrebasse avec une caisse à thé, le fameux instrument rudimentaire du skiffle : un manche à balai, une corde, une caisse en bois. Ringo souligne au passage que Roy “est toujours mon meilleur ami”, près de soixante-dix ans plus tard. Lui-même avait une caisse claire, et rien d’autre : “c’est tout ce qu’on pouvait emporter”. Il fredonne alors quelques mots d’un air du répertoire skiffle, apparemment la vieille chanson de Liverpool Maggie May, que les Beatles feront brièvement entendre sur l’album Let It Be.
Ringo rend un hommage appuyé à Eddie Miles, “un si grand guitariste”. Le trio deviendra l’Eddie Clayton Skiffle Group, l’un des innombrables groupes de skiffle nés dans le sillage de Lonnie Donegan et de son Rock Island Line en 1956. C’est avec eux, à dix-sept ans, que Ringo apprend son métier. Il raconte qu’ils jouaient au sous-sol de l’usine, pendant la pause du déjeuner, pour les ouvriers.
Jouer devant des hommes qui ont tous quelque chose à crier
Et Ringo de lancer à Updegrove : “Je ne sais pas si vous avez déjà travaillé dans une usine, mais ils ont tous quelque chose à vous crier.” Le public le plus dur du monde, en somme, et la meilleure école pour un jeune musicien. “C’est comme ça que ma carrière a commencé, et j’ai adoré.” La scène fait écho à un récit récent de Paul McCartney, qui a lui aussi travaillé en usine au début de 1961, comme bobineur chez Massey & Coggins, et qui a failli y rester : nous l’avons raconté dans Paul McCartney a failli choisir l’usine plutôt que les Beatles. Les deux hommes ont connu le même Liverpool industriel, et la même tentation de la sécurité.
La batterie de Harry Graves
L’entretien ne s’y attarde pas, mais il faut rappeler que la caisse claire des débuts s’est vite enrichie. À Noël 1957, son beau-père Harry Graves lui rapporte de Londres une batterie d’occasion, achetée une dizaine de livres. C’est sur ce kit dépareillé que Ringo commence vraiment à jouer en groupe. Le détail de ses instruments successifs, jusqu’à la célèbre Ludwig Oyster Black Pearl, est à lire dans les batteries de Ringo Starr.
La route aurait pu mener au Texas
Le rêve de Lightnin’ Hopkins
Revenant à son idée que “cela aurait pu aller n’importe où”, Ringo raconte l’un des grands “et si” de l’histoire des Beatles. Il a voulu partir au Texas. Il cherche le nom : “Comment s’appelle-t-il ? Lightnin’ Hopkins.” Il voulait vivre là où vivait ce géant du blues, Sam “Lightnin’” Hopkins, qui passait l’essentiel de sa vie à Houston et dont les disques circulaient alors parmi les amateurs britanniques. “Je voulais vivre là où il vivait, parce que c’est un joueur de blues.” Voilà le blues que l’on n’entend jamais dans ses disques : il l’aimait au point de vouloir émigrer. Pour découvrir cet artiste, on trouve de bonnes compilations de Lightnin’ Hopkins.
Des formulaires, puis encore des formulaires
Avec un autre garçon, “un certain John”, Ringo se rend au consulat américain pour remplir les formulaires d’immigration. Les biographes identifient généralement ce complice comme Johnny Byrne, le guitariste des Hurricanes connu sous le nom de scène de Johnny Guitar, ce qui situe l’épisode vers 1959. Ils remplissent les papiers, les rapportent… et on leur en donne d’autres. Ringo en tire une maxime qui a fait rire la salle : “Ça ne sert à rien de donner des formulaires à des adolescents.” Puis il se corrige à moitié : en tout cas, pas à l’adolescent qu’il était. Le projet tombe à l’eau. “Ça aurait pu se faire, et vous ne seriez pas en train de me parler.”
Le paradoxe est délicieux : l’administration américaine, par sa lourdeur, a sans doute contribué à donner un batteur aux Beatles. Et le jeune homme qui rêvait du Texas est devenu, quelques années plus tard, l’un des quatre Anglais qui ont conquis l’Amérique en février 1964.
Rory Storm and the Hurricanes, Hambourg et le combat de chaque nuit
Le plus grand groupe de Liverpool
Updegrove revient à sa question : Ringo jouait dans un groupe très populaire, Rory Storm and the Hurricanes, plus populaire à Liverpool que les Beatles eux-mêmes, et il les a laissés tomber pour John Lennon, Paul McCartney et George Harrison. Qu’est-ce qui lui a donné la confiance pour prendre ce risque ? La prémisse est exacte : à la fin des années 1950 et au tout début des années 1960, les Hurricanes sont l’une des attractions majeures de la scène de la Mersey, grâce au charisme de leur chanteur blond, Rory Storm (Alan Caldwell), qui grimpait sur les structures des salles de bal et faisait le spectacle à lui seul. Ringo, qui les a rejoints en 1959, y gagne son nom de scène : c’est là que Richard Starkey devient Ringo Starr, à cause de ses bagues et du goût du groupe pour le folklore des cow-boys. Il a même son moment à lui pendant les concerts, le “Starr Time”, où il chante une ou deux chansons. Notre dossier Ringo Starr sur scène, du Cavern Club au dernier concert des Beatles revient sur cette période.
Bruno Koschmider et la chambre derrière l’écran
Ringo répond par le récit de Hambourg. Un certain “Kashmir”, dit-il, venait à Liverpool engager des groupes pour jouer dans son club. Il s’agit de Bruno Koschmider, le propriétaire de l’Indra et du Kaiserkeller, dans le quartier de Sankt Pauli. Les groupes qu’il faisait venir étaient logés dans des conditions sordides. Ringo raconte : ils vivaient pratiquement “dans les toilettes”. Quand Rory Storm and the Hurricanes arrivent à leur tour, à l’automne 1960, on leur montre la pièce du fond où dormaient les groupes. Leur réponse est nette : “Nous n’allons pas dormir sur ce lit, nous n’allons pas faire ça.”
Ce “lit” est un épisode célèbre de l’histoire des Beatles. Koschmider logeait les musiciens dans des réduits sans fenêtre situés derrière l’écran de son cinéma, le Bambi Kino, à côté des toilettes du public. Les Beatles y ont dormi pendant toute leur première saison hambourgeoise, se lavant dans les lavabos des toilettes du cinéma. L’endroit finira d’ailleurs par jouer un rôle dans leur expulsion de la ville, en décembre 1960, après un incendie accidentel de préservatifs accrochés au mur imputé à Paul McCartney et Pete Best.
Cinq lits et un lavabo à la mission des marins
Les Hurricanes, eux, ont trouvé mieux. Ils sont allés loger à la mission des marins allemands, le foyer d’accueil des gens de mer, où il y avait une chambre avec cinq lits et un lavabo. “C’était tellement plus propre et plus agréable”, se souvient Ringo, que c’est là qu’ils ont vécu en tant que Hurricanes. L’anecdote illustre une différence de statut : les Hurricanes, groupe établi et mieux payé, pouvaient se permettre de refuser ce que les Beatles, encore inconnus, acceptaient. Sur la découverte de Hambourg par les Beatles, on lira les lettres rares des Beatles à Hambourg et l’histoire de Stuart Sutcliffe et de sa sœur Pauline.
Les Beatles dans le même club : “le combat de la nuit”
Puis Koschmider fait jouer les Beatles dans le même club que les Hurricanes, le Kaiserkeller. “C’était de la compétition”, résume Ringo. “C’était comme un combat chaque nuit, pour essayer d’attirer le public.” Les deux groupes alternaient sur scène, et chacun essayait de faire danser et boire davantage les marins, les prostituées et les voyous du quartier que l’autre. “C’est comme ça qu’on apprend le métier.”
Le week-end, ajoute-t-il, les deux groupes jouaient huit heures à eux deux. “Vous apprenez à jouer.” C’est ce marathon nocturne, répété pendant des semaines, qui a forgé l’endurance et la cohésion des groupes de Liverpool. Et c’est là, surtout, que Ringo découvre les Beatles de près : “J’adorais tout simplement la première ligne. J’adorais ces gars.” La “première ligne”, ce sont John, Paul et George, debout devant, guitares en main. Il les observe, il les fréquente entre deux passages, et il lui arrive de remplacer Pete Best quand celui-ci est absent ou malade.
Le saviez-vous ? Le premier enregistrement de Ringo avec John, Paul et George
Ringo n’en parle pas dans l’entretien, mais c’est pendant cette saison au Kaiserkeller qu’a lieu la toute première séance d’enregistrement réunissant les quatre futurs Beatles. Le 15 octobre 1960, dans un petit studio de cabine d’enregistrement de Hambourg, Akustik, le chanteur des Hurricanes Lu Walters enregistre quelques titres, dont Summertime de Gershwin, accompagné par John Lennon, Paul McCartney, George Harrison… et Ringo à la batterie. Pete Best n’y participe pas. Les disques gravés ce jour-là, quelques exemplaires seulement, ont disparu : aucun n’a jamais refait surface.
Butlin’s : un contrat de trois mois
Ringo évoque ensuite le gros contrat des Hurricanes : un engagement de trois mois. “Vous savez à quel point c’était énorme ? C’était génial.” Il s’agit des saisons d’été au camp de vacances Butlin’s, la célèbre chaîne de villages de vacances populaires britanniques, où les Hurricanes jouaient chaque soir pour les vacanciers. En 1962, ils sont à Skegness, sur la côte du Lincolnshire. Pour un musicien de vingt-deux ans issu de Dingle, trois mois de salaire garanti représentaient une sécurité inouïe. C’est précisément ce qui rend sa décision d’août 1962 si remarquable : il renonce à un emploi assuré pour un groupe qui n’a encore enregistré qu’une audition.
Le coup de téléphone de Brian Epstein
Un mercredi : “ce soir”
Ringo raconte le moment décisif avec une précision qui fait mouche. Il reçoit un appel de Brian Epstein. Et il souligne la nuance : Epstein ne lui demande pas s’il veut jouer avec eux, mais s’il veut les rejoindre. Être membre, pas remplaçant. Ringo répond : “Bien sûr.” C’était un mercredi. Il demande quand on a besoin de lui. Réponse d’Epstein : “Oh, ce soir.” Ringo refuse : il ne peut pas abandonner son groupe du jour au lendemain. “Je vous vois samedi.” Et c’est ainsi, dit-il, qu’il a rejoint le groupe, “à la Cavern”.
La réponse de Ringo à la question de la confiance est donc implicite mais limpide : ce n’est pas un calcul de carrière, c’est un attachement. Il aimait ces trois-là, il les avait vus jouer nuit après nuit à Hambourg, et quand on lui a proposé d’en être, il a dit oui sans hésiter. La seule chose sur laquelle il a tenu bon, c’est la loyauté envers Rory Storm : on ne quitte pas un groupe en plein contrat sans prévenir. Les Hurricanes ont d’ailleurs dû trouver un remplaçant en urgence pour finir la saison.
Correctif factuel : le premier concert de Ringo avec les Beatles n’a pas eu lieu à la Cavern
La chronologie de Ringo est juste pour l’essentiel : Pete Best est renvoyé par Epstein le jeudi 16 août 1962, et l’appel à Ringo intervient dans ces jours-là, alors qu’il est à Skegness. Les récits divergent d’ailleurs sur l’auteur du coup de téléphone, certaines sources évoquant John Lennon plutôt qu’Epstein. Mais le samedi qu’il évoque, le 18 août 1962, son premier concert officiel avec les Beatles a lieu au Hulme Hall de Port Sunlight, sur la rive du Wirral, lors d’un bal de la Horticultural Society. Sa première apparition à la Cavern intervient le lendemain, dimanche 19 août, dans une ambiance houleuse : une partie des fans de Pete Best scande son nom, et George Harrison reçoit un coup de poing qui lui laisse un œil au beurre noir, visible sur les photographies de la séance EMI suivante.
La “télépathie” des Beatles
Un groupe si divers
Updegrove rappelle que Ringo a un jour qualifié la chimie créative des Beatles de “télépathie”. Qu’y avait-il derrière cette magie ? La réponse de Ringo est simple : “Je crois qu’on adorait jouer ensemble.” Et le groupe était “si divers”, avec les chansons de John… Au début, c’étaient des chansons très pop, rappelle-t-il. Updegrove cite Love Me Do, Ringo approuve. “Mais vous savez, on faisait un disque qui était complètement à part.” Ce mot, “far out” en anglais, dit bien ce que représentait pour eux le premier single : quelque chose de neuf, de brut, qui ne ressemblait pas à la variété de 1962.
George Martin et le batteur de séance
Vient alors ce que Ringo appelle “la chose la plus triste”. Quand George Martin l’a vu arriver dans le groupe et qu’ils sont allés chez EMI, le producteur avait engagé un batteur de séance. “Oh mon Dieu…” Ringo raconte, mi-rieur mi-sérieux, qu’il a fait présenter des excuses à George Martin “tous les jours à partir de ce jour-là”. C’était “dur”. Et il ajoute un élément d’explication essentiel : Martin ne savait pas que le groupe avait changé de batteur. “Enfin, maintenant, il le sait.”
L’épisode est celui du 11 septembre 1962. Après une première séance le 4 septembre avec Ringo, George Martin et son adjoint Ron Richards font jouer Love Me Do par le batteur de studio écossais Andy White, réservé à la suite des réserves exprimées sur Pete Best lors de l’audition de juin. Ringo est relégué au tambourin. Il résume : “le gars de séance a fait l’album, je crois, et moi j’ai fait le single, parce que ce n’était pas difficile, ce qu’il jouait”. C’est exact : les premiers pressages du 45 tours Parlophone R 4949, sorti le 5 octobre 1962, contiennent la version avec Ringo, tandis que l’album Please Please Me et le single américain numéro un de 1964 utilisent celle d’Andy White. Toute l’histoire, avec l’astuce du tambourin pour reconnaître les versions, est racontée dans notre article Love Me Do : Pete Best, Ringo ou Andy White ? On retrouve les deux versions sur Please Please Me et Past Masters.
“Sur tous les disques, sauf deux”
“C’est comme ça que ça a commencé, poursuit Ringo, et après ça, j’étais sur tous les disques, sauf deux sur lesquels Paul a joué.” La formule est un peu trop modeste, ou un peu trop généreuse, selon le point de vue.
Correctif factuel : Paul McCartney à la batterie, “un couple” de chansons ?
Ringo est bien le batteur de l’immense majorité des enregistrements des Beatles. Mais Paul McCartney tient la batterie sur plus de deux titres. Les cas documentés sont Back in the U.S.S.R. et Dear Prudence, enregistrés en août 1968 pendant le bref départ de Ringo, qui avait claqué la porte des séances de l’album blanc ; The Ballad of John and Yoko, enregistrée le 14 avril 1969 par John et Paul seuls, Ringo tournant alors The Magic Christian et George étant absent ; et une bonne partie de Martha My Dear. Sur Dear Prudence, la question fait même encore débat chez les historiens, certains éléments plaidant pour une participation de Ringo à une partie des prises. On peut donc parler de trois à quatre titres, ce qui ne change rien au fond du propos.
Deux chambres, une seule voiture
Updegrove souligne à quel point les quatre étaient proches. Ringo confirme et donne des détails concrets. En tournée, à l’hôtel, “il n’y avait jamais que deux chambres”. Ils dormaient ensemble, “pas dans le même lit, bien sûr”, précise-t-il sous les rires, mais dans le même périmètre. Et dans la voiture. “On était toujours ensemble. Personne n’avait sa propre voiture, personne ne disait : j’arrive plus tard.” Ils “restaient vraiment ensemble”. Cette promiscuité, que l’on voit dans A Hard Day’s Night et dans le documentaire Beatles ’64, a forgé une intimité qui explique en partie la fameuse télépathie. On la retrouve racontée dans notre page sur le film Beatles ’64.
La leçon de la bande ramenée à la maison
Ringo raconte ensuite une anecdote rarement entendue, une “grande leçon” apprise chez EMI. Certains soirs, le groupe aimait “devenir un peu joyeux”, euphémisme transparent pour l’usage de substances diverses. L’ingénieur leur faisait alors une copie sur bande de ce qu’ils avaient enregistré, pour qu’ils l’emportent chez eux. Et chaque fois, une fois rentrés, ils l’écoutaient… et c’était “le pire”. Le lendemain matin, ils revenaient chez EMI, se regardaient en souriant : il fallait tout refaire, “parce que ça ne marchait tout simplement pas”.
La conclusion qu’il en tire est d’une grande sobriété : c’était une leçon parce qu’ils jouaient avant tout pour le morceau. “Je jouais pour jouer le mieux possible. John, Paul, George aussi.” Le témoignage rejoint ce que les ingénieurs d’Abbey Road ont souvent raconté : malgré leur réputation, les Beatles enregistraient l’essentiel de leurs parties définitives l’esprit clair, et les séances trop “joyeuses” finissaient souvent à la poubelle. Pour plonger dans cette méthode de travail, notre page Dans l’atelier de Ringo Starr suit le chemin d’une partie de batterie, de la répétition à la prise retenue.
Les solos de George
Ringo s’arrête un instant sur George Harrison : certains de ses solos, dit-il, sont aussi importants pour le disque que la chanson elle-même. Ils donnent “cet espace”. Le compliment n’est pas gratuit : on pense au solo d’And Your Bird Can Sing, à celui de Something, à la guitare de Nowhere Man ou de Till There Was You. Ringo, qui a souvent été le plus proche de George dans le groupe, insiste sur une idée qui lui est chère : la chanson n’est qu’une partie du disque, et l’arrangement, la couleur, le jeu des musiciens en sont l’autre moitié.
Un, deux, trois, quatre : les disputes s’arrêtaient au décompte
Ringo résume ensuite ce qui fait, selon lui, le secret du groupe : “J’adorais jouer avec les gars, et ça n’avait pas d’importance qu’on soit en pleine dispute ou en pleine bagarre.” Dès le décompte, “un, deux, trois, quatre”, tout le monde était là. Personne ne disait : je suis occupé, je fume ma cigarette. “On jouait, et on a compris que c’était mieux de jouer et de le faire” que de se prendre la tête. L’expression anglaise qu’il emploie, “do our heads in”, désigne cette manière de s’épuiser en ruminations. Pour Ringo, la musique était le terrain neutre où les tensions se dissolvaient, au moins le temps d’une prise. C’est aussi ce que pensaient ses partenaires de son jeu, comme le montre notre dossier Ringo Starr vu par les Beatles.
Come Together : le break venu de nulle part
Le souvenir qui résume les Beatles
Updegrove pose la question que tout historien rêve de poser : y a-t-il un souvenir qui épitomise ce que c’était d’être dans ce groupe ? Ringo commence par une réponse générale : les chansons étaient géniales, le groupe était génial, il adorait jouer avec eux, et en studio “beaucoup de choses arrivaient toutes seules”. Puis il donne l’exemple qui ouvre l’émission : Come Together. “C’est un fill bien connu, le mien.”
Le récit de Ringo
Il ne l’avait jamais joué auparavant, raconte-t-il. Les Beatles voulaient sortir de la grande salle, et ils se retrouvent dans un petit studio. “C’était un de ces moments fous.” John est assis par terre, en train de mettre la chanson en place. “Et je ne sais pas ce qui s’est passé.” Ringo mime alors le motif, ce roulement descendant sur les toms qui répond à la ligne de basse, avec ses onomatopées : il joue, John et les autres le regardent, et la conclusion tombe, ponctuée de rires : “Bon, ça doit être bon.” Il n’y a eu ni planification, ni écriture : “c’est juste venu comme ça”.
Ce motif est l’une des signatures les plus imitées de l’histoire du rock. Il repose sur un jeu de toms et de charleston semi-ouvert qui laisse d’énormes espaces, et sur une manière de “tomber” dans la mesure propre à Ringo. Notre analyse L’anatomie du style Ringo Starr décortique ce type de break, et notre sélection des 25 performances essentielles de Ringo le place évidemment en bonne position. La chanson ouvre l’album Abbey Road, dont le coffret anniversaire de 2019 permet d’entendre des prises de travail.
Correctif factuel : Come Together n’a pas été enregistrée à Soho
Ringo situe la scène dans “un petit studio de Soho”, après avoir voulu fuir “la grande salle” de Savile Row. Les archives d’EMI disent autre chose. Come Together a été enregistrée aux studios EMI d’Abbey Road, dans le Studio Three, le plus petit des trois grands studios de la maison, à partir du 21 juillet 1969, avec des ajouts jusqu’à la fin du mois et un mixage le 7 août. Le seul studio de Soho que les Beatles ont fréquenté est Trident, dans St Anne’s Court, où ils ont enregistré Hey Jude en 1968 et commencé I Want You (She’s So Heavy) en février 1969. Quant au studio de Savile Row, au sous-sol de l’immeuble d’Apple, c’est celui des séances de janvier 1969, et il était tout sauf grand. La mémoire de Ringo a sans doute fondu plusieurs lieux en un : un petit studio, John assis par terre, une chanson en gestation. Le cœur du souvenir, l’improvisation du break, est en revanche cohérent avec tous les témoignages : Lennon voulait un groove “marécageux”, et c’est Paul McCartney qui avait proposé de ralentir le tempo du morceau.
Get Back, le toit et le regard de Peter Jackson
La séquence retrouvée
Ringo enchaîne avec “une autre histoire”, liée au documentaire de Peter Jackson. Il voulait comprendre comment il était arrivé à la partie de batterie de Get Back qu’il joue sur le toit d’Apple, le 30 janvier 1969. Jackson a retrouvé une séquence où on le voit simplement marquer le temps, “tapoter le tempo”, ce qu’il faisait souvent pendant que les autres mettaient la chanson en place. Puis il joue un rythme “normal”. Puis, à la séquence suivante, le voilà qui joue la partie définitive, avec son motif caractéristique.
“Je ne sais pas d’où c’est venu”, avoue-t-il. Jackson lui a demandé comment il en était arrivé là. “Eh bien, je ne sais pas.” Ringo raconte qu’il a cherché la séquence qui montrerait exactement la transition, le moment où l’idée est née. Mais les caméras ne tournaient pas à cet instant : il existe des images jusqu’au moment où il joue en simple binaire, puis plus rien, puis la version aboutie. Le moment de l’invention lui-même est resté hors champ. C’est peut-être la plus belle métaphore de la créativité selon Ringo : on peut filmer avant, on peut filmer après, mais jamais l’instant où ça arrive. Notre page The Beatles: Get Back, Ringo Starr dans les séances de janvier 1969 détaille ces journées.
“Je n’ai jamais dit : je le veux comme ça”
Ringo tire de cette anecdote une règle de conduite. S’il trouvait quelque chose et que les autres le gardaient, “c’était cool”. Mais jamais il n’a imposé son point de vue sur les chansons de John ou de Paul : “Ce n’était pas comme si, sur une chanson de John ou de Paul, j’avais dit non, je veux que ce soit fait de cette façon. Jamais je n’ai fait ça.” Cette humilité au service de la chanson est au cœur de sa réputation de batteur. Elle explique aussi pourquoi les auteurs du groupe lui laissaient une telle liberté : il ne revendiquait rien, il proposait. Voir notre page Ringo Starr en studio.
Let It Be contre Get Back
Updegrove rappelle la genèse : les images de janvier 1969 avaient été tournées pour le documentaire Let It Be de Michael Lindsay-Hogg, sorti en 1970, et ces rushes sont devenus, un demi-siècle plus tard, Get Back de Peter Jackson. L’intervieweur parle de 56 heures d’images inutilisées, et souligne que la série a raconté une histoire très différente, ce qui a surpris beaucoup de monde. Cela a-t-il surpris Ringo ?
“J’ai toujours été un peu déçu par le premier”, répond-il. Pourquoi ? Parce que le film de 1970 se focalisait sur les tensions : “John et Paul ont eu une dispute. Et alors ?” Le but de ce programme, à ses yeux, était tourné “vers le négatif”. “Tout était négatif pour moi. Comme si on ne s’était jamais amusés.” Il a donc adoré la manière dont la nouvelle version a tourné. Ringo défend cette position depuis des années : il a souvent dit que Let It Be manquait de joie, et que les journées de janvier 1969 contenaient en réalité beaucoup de rires, de blagues et de complicité. Sur le film de 1970, lire notre page Let It Be (1970) : Ringo Starr au travail avec les Beatles. La série de Jackson existe en Blu-ray et DVD, accompagnée du livre Get Back.
Correctif factuel : quelle dispute, et combien d’heures ?
Trois précisions s’imposent. D’abord, la dispute la plus célèbre du film Let It Be n’oppose pas John et Paul, mais Paul McCartney et George Harrison : c’est l’échange du 6 janvier 1969 aux studios de Twickenham, où George, agacé par les consignes de Paul, lui répond qu’il jouera ce qu’il voudra, ou rien du tout. George quittera d’ailleurs le groupe quelques jours plus tard, le 10 janvier, avant de revenir. Ensuite, Ringo semble parler d’un documentaire de seize heures : la série The Beatles: Get Back, diffusée sur Disney+ fin novembre 2021, dure en réalité un peu moins de huit heures, réparties en trois épisodes. Enfin, le volume des archives est généralement estimé à près de 60 heures d’images et environ 150 heures d’enregistrements audio, ce qui est cohérent avec les 56 heures citées par Updegrove. Le film de 1970 a pour sa part été restauré et remis en circulation sur Disney+ en mai 2024.
La surprise de la postérité
“Eh bien, oui”
Le mystère et l’attrait durables des Beatles ont-ils surpris Ringo ? Sa réponse, “Eh bien, oui”, déclenche les rires. Puis il explique : “On était juste des musiciens, on jouait dans des clubs, on jouait n’importe où.” Et ils ont fait un disque. “C’était la plus grande chose qu’on ait jamais faite.” On mesure ici l’écart vertigineux entre la perception des quatre garçons en 1962 et ce que le monde a fait d’eux : pour eux, le sommet, c’était d’avoir un disque.
Arrêter la voiture pour s’entendre à la radio
Ringo raconte alors un souvenir touchant. Ils étaient tous dans la même voiture. Le disque ne passait que sur la BBC, se souvient-il, et il était diffusé à “deux heures onze”. Où qu’ils soient, en route vers un concert ou ailleurs, ils se garaient sur le bas-côté pour l’entendre à la radio. “Waouh. C’était tellement excitant.” Et il ajoute, avec une pointe de mélancolie : comme beaucoup de choses, ils ont fait ensuite bien d’autres disques, ils adoraient toujours les entendre, mais ce “waouh”-là avait disparu. La première fois ne revient jamais.
Correctif factuel : la première diffusion de Love Me Do
Le souvenir de Ringo, la voiture arrêtée pour écouter le disque, est corroboré par d’autres témoignages. Mais le récit le plus souvent rapporté de la toute première écoute, celui de George Harrison, ne parle pas de la BBC : c’est sur Radio Luxembourg, la station commerciale que captaient le soir tous les adolescents britanniques, que George dit avoir entendu Love Me Do pour la première fois, peu après la sortie du disque le 5 octobre 1962, et en avoir eu des frissons. La BBC a diffusé le titre ensuite, et les Beatles l’ont enregistré huit fois pour ses émissions entre octobre 1962 et octobre 1963. L’horaire précis cité par Ringo n’est documenté par aucune source que nous ayons pu consulter : c’est un détail de mémoire, qui a le charme des souvenirs vrais, mais qu’il faut prendre comme tel.
Après les Beatles : le jardin, les standards et Nashville
Des mois assis dans le jardin
Updegrove évoque l’album de 1970 de Ringo, en le présentant comme son deuxième album solo, puis pose la question : ce devait être difficile de passer après les Beatles. Qu’est-ce qu’il se disait, après avoir quitté le groupe ? La réponse est d’une franchise désarmante : “Je me disais : qu’est-ce que je vais faire ?” Il est resté “assis dans le jardin pendant des mois, complètement perdu”.
Puis il a pris une décision : “Non, je vais aller parler à George Martin.” Son idée : enregistrer un disque de standards, les chansons que chantait sa famille. Car chez les Starkey et les Graves, on organisait beaucoup de fêtes et on allait à beaucoup de fêtes de famille quand il était enfant, et l’on y chantait les grands standards de l’avant-guerre. Il a donc fait ce disque avec George Martin, et “beaucoup de gens formidables” l’ont aidé. “Et voilà, j’étais lancé.”
Correctif factuel : Sentimental Journey, avant ou après la séparation ?
Le récit de Ringo place les mois de désarroi dans le jardin avant l’album de standards. La chronologie est plus serrée. John Lennon a annoncé en privé à ses partenaires qu’il quittait le groupe le 20 septembre 1969, et les séances de Sentimental Journey ont commencé dès la fin d’octobre 1969, bien avant que la séparation ne soit rendue publique par Paul McCartney le 10 avril 1970. L’album, produit par George Martin, sort au Royaume-Uni le 27 mars 1970, deux semaines avant l’annonce. Sa particularité est d’avoir confié chaque chanson à un arrangeur différent : Quincy Jones, Elmer Bernstein, Maurice Gibb, Paul McCartney, Richard Perry, Klaus Voormann, Johnny Dankworth, Les Reed, Ron Goodwin, Chico O’Farrill, Oliver Nelson et George Martin lui-même. Le désœuvrement dont parle Ringo correspond sans doute à l’automne 1969, quand il a compris que le groupe ne se reformerait pas. L’album se trouve en CD et en vinyle.
Beaucoups of Blues, le premier disque country
Updegrove a ouvert l’entretien en évoquant “Bo”, le premier album country de Ringo, et le présente plus loin comme son deuxième album solo. C’est Beaucoups of Blues, enregistré à Nashville au studio Music City Recorders, en à peine trois jours à la fin du mois de juin 1970, avec le joueur de pedal steel Pete Drake, qui avait joué sur les sessions de All Things Must Pass de George Harrison et qui a convaincu Ringo de venir enregistrer avec les musiciens de Nashville, dont le guitariste Charlie Daniels et le jeune D. J. Fontana, l’ancien batteur d’Elvis Presley, aux percussions. Notre fiche de l’album Beaucoups of Blues détaille les pressages et les crédits, et le disque est disponible en CD.
Correctif factuel : Beaucoups of Blues date de 1970, pas de 1971
Mark Updegrove situe le premier album country de Ringo en 1971. Il est en réalité sorti en septembre 1970 : le 25 septembre au Royaume-Uni et le 28 septembre aux États-Unis, chez Apple, six mois seulement après Sentimental Journey. C’est bien le deuxième album solo de Ringo, comme le dit ensuite l’intervieweur. Il faudra attendre Look Up, en janvier 2025, soit plus de cinquante-quatre ans, pour un nouvel album entièrement country.
Les Grammy de Nashville et Harry Nilsson
Ringo relie alors son récit au fil de la “longue route” par une autre rencontre fortuite. Il était à Nashville avec Harry Nilsson pour la cérémonie des Grammy. La 15e cérémonie des Grammy Awards s’est en effet tenue à Nashville, le 3 mars 1973, la seule fois de son histoire que la cérémonie a quitté New York et Los Angeles pour la capitale de la country. Nilsson y était nommé pour son triomphe de l’année précédente, l’album Nilsson Schmilsson, produit par Richard Perry.
Ringo se tourne vers Perry : “Pourquoi est-ce qu’on ne ferait pas un disque, mec ? Tu veux produire un disque ?” Lui pensait l’enregistrer à Nashville, sur place. Perry hésite et répond : faisons-le plutôt à Los Angeles. “D’accord.” Ils partent pour Los Angeles. “C’était génial.”
L’album Ringo, ou les Beatles réunis sans l’être
Le disque qui en sort, Ringo, paru en novembre 1973, est le plus grand succès commercial de sa carrière solo : 2e place du Billboard 200, deux singles numéro un aux États-Unis, Photograph et You’re Sixteen. Ringo le décrit comme “un peu comme le groupe que j’ai aujourd’hui”, c’est-à-dire comme son All-Starr Band : un rassemblement d’amis musiciens de tous horizons. Il cite Dr. John et The Band. Les membres de The Band jouent bien sur Sunshine Life for Me ; Dr. John, lui, est surtout documenté sur l’album suivant, Goodnight Vienna (1974), produit dans le même esprit, et la mémoire de Ringo fusionne sans doute les deux disques. On trouve l’album Ringo sur Amazon.
Surtout, les trois autres Beatles y participent. “John, Paul et George, ils étaient chacun sur un morceau”, résume Ringo, avant de préciser que ce n’était pas prévu. Il était à Los Angeles, ils étaient à Los Angeles, personne ne s’était appelé pour dire “on va à L.A.”. Ils se sont simplement retrouvés : “Oh, super, on a une chanson, John, je t’ai ça…” John Lennon apporte I’m the Greatest, enregistrée le 13 mars 1973 au studio Sunset Sound avec John, George et Ringo réunis, plus Klaus Voormann et Billy Preston : la seule fois entre 1970 et 1980 où trois anciens Beatles ont enregistré ensemble. George Harrison, de son côté, coécrit Photograph et joue sur plusieurs titres. Restait Paul. “On s’est dit qu’il fallait aller à Londres et dire à Paul qu’il devait nous donner une chanson”, raconte Ringo, “ce qu’il a fait”. C’est Six O’Clock, coécrite avec Linda et enregistrée à Londres au printemps 1973, sur laquelle Paul joue aussi du piano et des synthétiseurs ; il ajoute également un solo imitant le kazoo sur You’re Sixteen. Notre dossier Ringo Starr et Paul McCartney, les retrouvailles musicales après les Beatles raconte cette collaboration.
“Paul saurait l’expliquer”
Ringo conclut ce passage par une remarque pleine d’humour sur lui-même. Les gens lui parlent comme s’il pouvait expliquer sa vie jour après jour. “Peut-être que Paul pourrait. Il est vraiment doué pour ça.” Lui, non. “Pour moi, on faisait ce qu’on faisait, et on aimait ce qu’on faisait, et c’était génial.” Puis ils se sont séparés, chacun est parti de son côté, les quatre ont fait des disques. Il rappelle que Paul montait alors un nouveau groupe, Wings, et que sur son premier album solo, Paul était le seul musicien. “Mais maintenant, ça a changé”, glisse-t-il, sans doute une allusion à la carrière de McCartney, qui joue désormais avec un groupe fixe depuis plus de vingt ans, et peut-être à leurs retrouvailles récentes, comme le duo Home to Us de 2026.
Sérendipité : le mot juste
Updegrove propose alors un mot pour résumer tout ce qui précède : “Une si grande partie de votre vie a été une affaire de sérendipité.” Ringo s’en empare aussitôt : “Oui, c’est un bon mot.” La sérendipité, cette faculté de trouver par hasard ce que l’on ne cherchait pas, est en effet le fil rouge de tout l’entretien. Un tambour tendu à un enfant malade. Des formulaires qui découragent un départ pour le Texas. Une chambre sordide qui pousse les Hurricanes vers la mission des marins, et une rivalité nocturne qui fait naître une amitié. Un coup de téléphone un mercredi. Un break improvisé. Une conversation aux Grammy de Nashville. Une soirée de poésie où un producteur glisse neuf chansons dans sa poche. Ringo ne revendique aucune stratégie, et c’est peut-être pour cela qu’il a si bien su saisir les occasions.
L’héritage d’un batteur gaucher
“Je ne suis pas un grand amateur d’héritage”
Updegrove arrive à la question rituelle des entretiens de fin de carrière, en citant le vers de Long Long Road sur le miroir : quand Ringo regarde le miroir de sa vie, que veut-il que soit son héritage ? La réponse est typique : “Oh, je ne suis pas un grand amateur d’héritage, vous savez.” Puis, après un silence : beaucoup de gens ont aimé sa batterie, “ça suffit”. Rires. L’intervieweur rebondit : cela a suffi pour faire une carrière remarquable.
Ce refus de la posture est constant chez Ringo. À la différence de Paul McCartney, qui veille avec soin sur le récit de sa vie, ou de John Lennon, qui a passé les dernières années de sa vie à réévaluer son passé dans les médias, Ringo a toujours laissé les autres parler de lui. On mesure d’autant mieux la portée des témoignages de ses pairs, que notre page L’influence de Ringo Starr : pourquoi les grands batteurs admirent son jeu rassemble, de Phil Collins à Dave Grohl.
“He’s Ringo, and nobody else is”
Updegrove cite Paul McCartney : Ringo est synonyme de batterie, et “il est Ringo, et personne d’autre ne l’est”. Ringo acquiesce d’un simple “ouais”. L’intervieweur pose alors une vraie question de musicien : qu’est-ce qui le rend unique comme batteur ? Qu’est-ce qui caractérise son jeu ?
La grand-mère et la main droite
La réponse remonte, encore une fois, à l’enfance. “Il m’est arrivé quelque chose quand j’étais enfant. Je suis né gaucher.” Sa grand-mère n’aimait pas cela, et elle l’a obligé à écrire son nom, au moins, de la main droite. La contrariété des gauchers était alors une pratique courante, associée à de vieilles superstitions sur la main “sinistre”. Ringo est donc resté gaucher pour tout le reste, mais écrit de la main droite.
Puis il raconte le moment où il est entré dans un magasin de musique de Liverpool. Il y avait une batterie, “très bon marché, mais ça n’avait pas d’importance”, de la marque Ajax, se souvient-il, et il s’est simplement assis derrière, comme on s’y assoit. “C’était bizarre, parce que je suis gaucher et que je jouais sur une batterie de droitier.” Il ne l’a jamais inversée. Ce souvenir coexiste avec celui, souvent raconté ailleurs, de la batterie d’occasion rapportée de Londres par Harry Graves : les deux épisodes appartiennent à la même période, celle où le jeune Richard découvre l’instrument complet.
Les fills impossibles à copier
C’est là, explique-t-il, que réside l’étrangeté de ses fills, ces roulements que tant de batteurs essaient de reproduire. Parce qu’il est gaucher sur un kit de droitier, il doit se “donner des secondes” pour arriver : ses roulements commencent avec la main gauche, et non avec la droite comme chez un droitier. Il ne peut pas faire le tour des toms dans le sens habituel. Il mime : dans un sens, c’est “très facile”, dans l’autre, “je dois sauter un temps”. “C’est bizarre.” Ce léger décalage, cette manière de commencer un roulement à contretemps, a donné à son jeu cette impression de flottement, de swing légèrement en retard, que les batteurs les plus techniques ont tant de mal à imiter. C’est exactement ce qu’on entend sur Come Together ou sur A Day in the Life. Pour aller plus loin, voir Le jeu de batterie de Ringo Starr : technique, groove et musicalité et notre dossier sur l’alchimie de la basse et de la batterie avec Paul McCartney.
“Vous êtes batteur ?”
Au milieu de sa démonstration, Ringo s’interrompt et demande à Updegrove : “Vous êtes batteur ?” Non, répond l’historien. “Alors de quoi est-ce que je vous parle ?” Éclats de rire. Updegrove s’en tire avec élégance : il n’est pas batteur, mais un grand admirateur du batteur assis en face de lui. Le moment résume le personnage : capable de livrer une explication technique précieuse, puis de la balayer d’une plaisanterie, comme s’il craignait de se prendre trop au sérieux.
86 ans le 7 juillet
L’intervieweur rappelle que Ringo aura 86 ans en juillet. Ringo fait mine de le faire taire : “Baissez la voix.” Puis il imagine les réactions : les gens diront “waouh, quel super disque”, et puis “il a 86 ans”. “Oui. D’accord. J’ai 86 ans le 7 juillet.” Et il enchaîne, comme toujours, sur son mot d’ordre : “Peace and love. Où que vous soyez, peace and love.” L’entretien a donc été enregistré avant son anniversaire, et diffusé à partir de l’été 2026. Pour situer cet anniversaire dans la longue série des fêtes du 7 juillet, voir notre page sur la Peace and Love Birthday Celebration de Beverly Hills en 2023.
Peace and Love : comment est né le rituel du 7 juillet
Une question d’intervieweur
Updegrove rappelle que Ringo a consacré ses anniversaires au mouvement Peace and Love. Comment est-ce arrivé ? Tout a commencé à New York, raconte Ringo. Il était en tournée avec un groupe All-Starr et on l’interviewait. Un journaliste lui demande : que voudriez-vous que les fans vous offrent ? “Je ne sais pas d’où c’est venu.” La réponse jaillit : “Vous savez ce que j’aimerais ? J’aimerais qu’à midi, le 7 juillet, où qu’ils soient, dans un bus, au fond d’une mine, peu importe où, à midi, ils disent peace and love. C’est tout.”
Chicago, 80 personnes et des petits gâteaux
La tournée continue. Quand arrive le jour de son anniversaire, le groupe est à Chicago, et c’est là qu’a lieu le premier rassemblement. Environ 80 personnes, se souvient Ringo, et l’on distribuait des petits gâteaux. Qui les avait faits ? Il cherche, quelqu’un dans la salle souffle la réponse : “Hard Rock.” “Hard Rock, merci, merci Hard Rock.” C’est en effet au Hard Rock Cafe de Chicago, le 7 juillet 2008, que s’est tenu le premier rassemblement du Peace and Love Day, pour les 68 ans de Ringo.
Les gâteaux revendus 30 dollars
La chute est la plus drôle de l’entretien. “Les ordinateurs devenaient importants à l’époque”, raconte Ringo, et il est allé regarder sur Internet. Des gens revendaient ces petits gâteaux, qu’il avait distribués gratuitement, pour quelque chose comme 30 dollars. Rires dans la salle. “C’est une bonne leçon de vie.” L’ironie n’échappe à personne : même un geste de paix et d’amour finit en objet de collection sur les sites d’enchères.
Correctif factuel : quand a commencé Peace and Love ?
Ringo raconte l’origine sans donner de date, et l’emploi du mot “ordinateurs”, qui “devenaient importants”, pourrait faire croire à une histoire des années 1990. Elle est beaucoup plus récente. La question de l’intervieweur lui a été posée en 2008, l’année de son album Liverpool 8, et le premier rassemblement a eu lieu à Chicago le 7 juillet 2008, pour ses 68 ans. Le rituel s’est ensuite étendu, d’année en année, à de nombreuses villes du monde, chacun étant invité à dire “peace and love” à midi, heure locale, si bien que la vague fait le tour des fuseaux horaires. Depuis, Ringo célèbre souvent son anniversaire à Los Angeles, entouré d’amis musiciens. Le rituel est aussi l’occasion de collectes pour des causes caritatives.
“Quelle longue, longue route”
Updegrove conclut : “Quelle longue, longue route vous avez parcourue.” Ringo : “Oui, c’est une longue route, mais vous savez, c’est ça.” L’historien le remercie pour tout ce qu’il a donné au monde. La réponse de Ringo tient en trois mots, ceux qu’il signe depuis des décennies sur ses photos et ses réseaux sociaux : “D’accord. Peace and love.”
Ce que cet entretien nous apprend de neuf
Des détails inédits sur l’enfance et Hambourg
Pour un lecteur qui connaît bien l’histoire de Ringo Starr, l’entretien apporte plusieurs éclairages rarement entendus. La selle de chameau dans le salon des familles de marins est une image saisissante du Liverpool portuaire. Le déménagement de Madryn Street à Admiral Grove décrit comme un repli économique, “parce que c’était plus petit et qu’on pouvait faire face”, rectifie l’idée d’une ascension sociale. La mission des marins allemands, avec ses cinq lits et son lavabo, explique pourquoi les Hurricanes ont échappé au taudis où dormaient les Beatles. Et la ligne 82 vers Speke trace une géographie commune aux quatre garçons avant leur rencontre.
Un regard sur la méthode des Beatles
Sur les Beatles, Ringo confirme deux choses. La première est la discipline cachée derrière la légende : la bande ramenée à la maison après une soirée trop joyeuse et réécoutée le lendemain, la règle tacite selon laquelle les disputes s’arrêtaient au décompte. La seconde est sa conception du rôle de batteur : proposer sans imposer, et ne jamais dire à John ou Paul comment jouer leurs chansons. Ses deux anecdotes de studio, Come Together et Get Back, convergent vers la même idée : les meilleures parties de batterie de Ringo n’ont pas été pensées, elles sont arrivées. Même Peter Jackson, avec 60 heures d’images, n’a pas pu filmer l’instant où l’idée est née.
Une carrière solo racontée comme une suite de hasards
Enfin, l’entretien montre la cohérence d’une carrière que l’on a souvent jugée erratique. Des standards de Sentimental Journey aux chansons de T Bone Burnett, en passant par Nashville et Los Angeles, Ringo revient sans cesse aux mêmes sources : les chansons de famille, la country des marins, le rock’n’roll de Carl Perkins. Le hasard a fait le reste. Pour une vue d’ensemble, notre discographie complète de Ringo Starr et notre analyse Le batteur Ringo Starr dans sa discographie solo, de 1970 à 2026 permettent de suivre ce fil, album par album.
Chronologie : la longue route de Ringo Starr, de Dingle à Long Long Road
| Date | Événement |
|---|---|
| 7 juillet 1940 | Naissance de Richard Starkey au 9 Madryn Street, Dingle, Liverpool |
| 1944 | Déménagement au 10 Admiral Grove, à une centaine de pas |
| 1947 | Péritonite, coma, près d’un an d’hôpital |
| 1953-1955 | Tuberculose, sanatorium de Heswall : le tambour de l’orchestre de l’hôpital |
| 1956-1957 | Apprenti chez H. Hunt & Sons ; Eddie Clayton Skiffle Group avec Eddie Miles et Roy Trafford |
| Noël 1957 | Première batterie complète, rapportée de Londres par Harry Graves |
| Vers 1959 | Projet d’émigration à Houston pour suivre Lightnin’ Hopkins, abandonné ; entrée chez Rory Storm and the Hurricanes |
| Octobre 1960 | Kaiserkeller de Hambourg, en alternance avec les Beatles ; 15 octobre, séance Akustik avec Lennon, McCartney et Harrison |
| 16 août 1962 | Renvoi de Pete Best ; Ringo est appelé à Skegness |
| 18 août 1962 | Premier concert avec les Beatles, Hulme Hall, Port Sunlight |
| 19 août 1962 | Première apparition à la Cavern |
| 4 et 11 septembre 1962 | Love Me Do avec Ringo, puis avec Andy White |
| 5 octobre 1962 | Sortie du single Love Me Do |
| 6 août 1965 | Album Help!, avec Act Naturally chantée par Ringo |
| 30 janvier 1969 | Concert sur le toit d’Apple, Get Back |
| 21 juillet 1969 | Début de l’enregistrement de Come Together, Studio Three d’Abbey Road |
| 27 mars 1970 | Sentimental Journey, produit par George Martin |
| 25 septembre 1970 | Beaucoups of Blues, premier album country |
| 3 mars 1973 | Grammy Awards à Nashville avec Harry Nilsson, idée d’un album avec Richard Perry |
| 13 mars 1973 | I’m the Greatest avec John Lennon et George Harrison, Sunset Sound |
| Novembre 1973 | Album Ringo : 2e place aux États-Unis |
| 7 juillet 2008 | Premier rassemblement Peace and Love, Hard Rock Cafe de Chicago |
| Novembre 2021 | The Beatles: Get Back de Peter Jackson |
| 10 janvier 2025 | Look Up, premier album avec T Bone Burnett |
| 3 mars 2026 | It’s Been Too Long, premier extrait de Long Long Road |
| 24 avril 2026 | Sortie de Long Long Road |
| 7 juillet 2026 | Ringo Starr fête ses 86 ans |
| Été 2026 | Diffusion de l’épisode 307 de Live from the LBJ Library with Mark Updegrove |
FAQ : Ringo Starr et l’entretien de la bibliothèque LBJ
Où peut-on voir l’entretien de Ringo Starr avec Mark Updegrove ?
L’épisode 307 de la troisième saison de Live from the LBJ Library with Mark Updegrove est diffusé par les stations du réseau public américain PBS et disponible en streaming sur le site et l’application PBS. Il est également visible sur YouTube, dans la vidéo intégrée à cet article.
Qui est Mark Updegrove ?
Historien spécialiste de la présidence américaine et auteur de plusieurs livres sur les présidents des États-Unis, Mark Updegrove est le président et directeur général de la LBJ Foundation, qui soutient la bibliothèque présidentielle Lyndon B. Johnson d’Austin, au Texas.
Comment Ringo Starr a-t-il rencontré T Bone Burnett ?
Ils s’étaient déjà croisés chez Ringo, mais c’est lors d’une lecture des poèmes d’Olivia Harrison consacrés à George, devant une cinquantaine de personnes, qu’ils ont réellement parlé de travailler ensemble. Burnett a d’abord fourni une chanson pour un EP, puis est arrivé chez Ringo avec neuf chansons dans sa poche.
Combien d’albums country Ringo Starr a-t-il enregistrés ?
Trois : Beaucoups of Blues (1970), enregistré à Nashville, puis Look Up (2025) et Long Long Road (2026), tous deux produits par T Bone Burnett.
D’où vient l’amour de Ringo pour la country ?
De la radio de Liverpool et surtout des marins de la marine marchande, très nombreux dans son quartier, qui rapportaient des disques américains de leurs voyages et les revendaient. Le frère cadet de l’un d’eux faisait écouter de la country à Ringo.
Ringo Starr a-t-il vraiment voulu partir vivre au Texas ?
Oui. Vers 1959, il voulait s’installer à Houston pour vivre près du bluesman Lightnin’ Hopkins. Il a rempli les formulaires d’immigration au consulat américain avec un ami, mais face à de nouveaux formulaires, les deux jeunes gens ont renoncé.
Quel a été le premier concert de Ringo avec les Beatles ?
Le samedi 18 août 1962, au Hulme Hall de Port Sunlight. Sa première apparition à la Cavern a eu lieu le lendemain, le 19 août 1962.
Pourquoi Ringo dit-il avoir fait s’excuser George Martin tous les jours ?
Parce que lors de la séance du 11 septembre 1962, George Martin a confié la batterie de Love Me Do au musicien de studio Andy White, reléguant Ringo au tambourin. Selon Ringo, Martin ignorait que le groupe venait de changer de batteur.
Où a été enregistrée Come Together ?
Aux studios EMI d’Abbey Road, dans le Studio Three, à partir du 21 juillet 1969, et non dans un studio de Soho comme le dit Ringo dans l’entretien.
Pourquoi Ringo préfère-t-il Get Back à Let It Be ?
Parce que le film de 1970 se concentrait, selon lui, sur les tensions et donnait l’impression que le groupe ne s’amusait jamais, alors que la série de Peter Jackson montre aussi la complicité et la joie des séances de janvier 1969.
Pourquoi les fills de Ringo sont-ils si difficiles à imiter ?
Parce que Ringo est gaucher et joue sur une batterie montée pour droitier. Ses roulements commencent par la main gauche et l’obligent parfois à “sauter un temps”, ce qui crée ce léger décalage reconnaissable entre tous.
D’où vient le rituel Peace and Love du 7 juillet ?
D’une question posée en 2008 par un intervieweur qui lui demandait ce qu’il souhaitait recevoir des fans. Ringo a répondu qu’il aimerait que chacun dise “peace and love” à midi le jour de son anniversaire. Le premier rassemblement a réuni environ 80 personnes au Hard Rock Cafe de Chicago, le 7 juillet 2008.
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Côté lectures, la référence absolue sur la jeunesse de Ringo, Hambourg et l’arrivée dans les Beatles reste le premier volume de la biographie de Mark Lewisohn, Tune In. Ringo a lui-même publié plusieurs livres de photographies commentées, dont Photograph, où il raconte en images son enfance à Dingle et ses années Beatles, et Another Day in the Life. Pour la parole des quatre Beatles, le livre The Beatles Anthology reste incontournable. Et pour entendre les racines dont parle Ringo, les disques de Carl Perkins et de Buck Owens sont la meilleure porte d’entrée.
Sources
- Live from the LBJ Library with Mark Updegrove, saison 3, épisode 307, “Ringo Starr” (PBS, 2026), et épisode 308, “T Bone Burnett”.
- Fiches PBS, KET et Austin PBS de l’émission (durée, numérotation, première diffusion).
- Mark Lewisohn, The Beatles: All These Years, Volume One: Tune In (2013) et The Complete Beatles Recording Sessions (1988).
- The Beatles Anthology (livre et série documentaire, 1995-2000).
- Ian MacDonald, Revolution in the Head.
- Ringo Starr, Photograph (2013-2015).
- Crédits et notes de pochette de Long Long Road (UMe, 2026), Look Up (2025), Beaucoups of Blues (1970), Sentimental Journey (1970) et Ringo (1973).
- Archives des Grammy Awards (15e cérémonie, Nashville, 3 mars 1973).
- Classements officiels : Official Charts Company, Billboard, GfK Entertainment.












