Le Blues

PRÉAMBULE

Ce dossier a été rédigé sur les bases de ma discothèque personnelle, de mes modestes connaissances, de diverses documentations et photos (notamment le Hors série de Guitare et Clavier de 1993). Comme pour mes autres dossiers, malgré un souci permanent de précision, je suis amené à pratiquer quelques « raccourcis » afin de ne pas être indigeste.

Ceci n’est donc pas une étude complète sur le BLUES, mais un document d’approche qui permettra de mieux connaître cette musique, son importance et son influence.

PETITE HISTOIRE DU BLUES NOIR

Le Blues est le fruit d’un mélange. Les esclaves noirs Américains avaient pour habitude de chanter des « field Hollers » (chants issus de la tradition africaine) pendant les longues heures de travail dans les plantations. Un premier mélange avec le folklore européen (principalement Irlandais) eut lieu vers les années 1890.

L’émancipation de certains esclaves participa ensuite à la propagation du blues naissant. C’est vers 1910 que les spectacles du blues explosent, ils sont connus alors sous le nom de « Midnight Ramblers ». Les plus grands noms du blues passeront par ce circuit.

La guitare viendra alors remplacer les instruments traditionnels comme le banjo et la mandoline. En effet, l’instrument est beaucoup moins cher et plus solide. Les « open tuning » sont également très utilisés car ils facilitent l’utilisation de cette même guitare. Plus tard, viendra se rajouter le culot de bouteille et la lame de couteau qui se transformera en bottleneck.

Plusieurs courants se confrontent alors, notamment le country blues et le blues rural (le blues rural étant plus simple, plus plaintif avec un accompagnement très basique). Petit à petit avec les migrations des populations des champs de coton vers les aciéries proches de grandes villes comme Memphis, Saint Louis, Atlanta, va naître le Delta country blues qui peut être considéré comme le vrai père du blues moderne. A cette même époque naît le 78 tours qui va faciliter la propagation et l’écoute du blues. Tout ces éléments réunis font faire sortir le blues du sud des Etats-Unis où il était confiné et lui donner un rayonnement national.

Le format de disque 78 tours va obliger la musique à adopter une structure quasi définitive car la possibilité technique est d’environ 3 minutes alors que précédemment une « pièce » de blues rural tournait autour de la demi-heure.

C’est toujours dans ces mêmes grandes villes que l’orchestration, elle aussi, va alors se structurer, s’affiner, autours d’une contrebasse, d’un piano, d’une batterie , voir de cuivres, en plus de la guitare.

Concernant cet instrument, l’apparition dans les années 50 de la guitare électrique va durcir le ton. Ensuite, l’histoire se poursuit par des minis biographies des principaux bluesmen que nous vous présentons, accompagnées, d’un titre phare de leur répertoire.

Bien sûr , dans les années 50/60, le blues va susciter de nombreuses vocations chez les « blancs », qu’ils soient américains dans un premier temps puis anglais par la suite. Mais le blues « blanc » c’est déjà une autre histoire…………..

Le blues noir est un nid de talents qui ne peuvent être évoqués tous ici, mais nous aurions pu également parler de :

  • Charley Patton
  • Blind Blake
  • Blind Willie Johnson
  • Big Bill Bronzy
  • Otis Rush
  • Clarence Gatemouth Brown
  • Lowell Fulson
  • Skip James
  • Mississipi John Hurt
  • Tampa Red
  • Bukka White
  • Blind Lemon Jefferson
  • Son House
  • Blind Willie McTell
  • Lightning Hopkins
  • Willie Dixon
  • Slim Harpo
  • Johnny Shines
  • Big Joe Williams
  • Magic Sam
  • Blind Boy Fuller
  • Jimmy Reed

BIOGRAPHIES DE QUELQUES GRANDS NOMS DU BLUES

ALBERT COLLINS

Jouer du blues sur une Télécaster ? Là où tant d’autres jouent sur des micros doubles Gibson ou sur le son hors phase Fender, Albert se lance avec le micro simple aigue de sa Télécaster. Évidemment cela donne naissance à un son unique. Ses solos sont très incisifs et ses rythmiques en cocotte vont rester célèbres.

Jouant de plus avec un capodastre et la sangle sur l’épaule et non autour du coup, notre homme ne faisait rien comme les autres. Son touché rappelait parfois les guitaristes blancs de country music. C’est surtout à partir des années 70 qu’il va connaître le grand succès après avoir abandonné les instrumentaux et signé pour la firme Alligator.

A rechercher tout particulièrement « Ice pickin » un chef d’œuvre, puis « Frosbite » « Cold Snap » « Frozen alive » et « Iceman ». Les concerts d’Albert Collins étaient de véritables hymnes de rythme et de sensualité parsemés de coup de guitares au rasoir ! Un des rares grands Bluesman a se bonifier de manière très importante le temps passant.

Malheureusement la mort est venue trop tôt.

ALBERT KING

« Born under a bad sign ». Voici le titre phare de la carrière d’Albert. Gaucher, il apprend la guitare en la renversant, mais sans renverser les cordes. Il joue donc avec les aigus en haut, ce qui fera naître un son si particulier. Le gros de sa carrière va se produite chez « Stax », légendaire concurrent soul de Tamla Motown.

De son Vrai nom, Albert Nelson, il choisit le nom de King car BB cartonnait déjà bien à l’époque (il va jusqu’à appeler sa guitare Lucy comme BB et sa Lucille !) Albert est un bluesman classique et assez basique. Il joue très peu de note le tout enrobé dans une musique aux accent légers de soul et de funk. Par son phrasé, on n’y retrouve un peu le jeu de Steve Ray Vaughan ou Eric Clapton.

La fin des années 60, après avoir ouvert de nombreux concerts pour Jimy Hendrix ou John Mayall voit le début de son déclin aidé en cela par la faillite de Stax. Albert King décédera alors que le blues revival commençait à battre son plein ! Born under a bad sign !!!

BB KING

Que dire sur BB KING ? Le blues électrique avant BB avait tendance à être dur, BB partira des bases primitives du blues du Delta en y apportant les influences de T Bone Walker et de Lonnie Johnson mais aussi du Jazz ( Louis Jourdan, Charlie Christian) voir même Django Reinhardt et les crooners ( Franck Sinatra, etc.)

Nouveauté également son blues , il va le jouer en « orchestre » ce qui lui permet de délaisser les rythmiques en accords pour ne jouer que des solos ou des petites touches avec un « tiré » de cordes qui va devenir légendaire.

En 1950, il signe sur Bihari et va accumuler les succès tels Sweet Sixteen, Everyday i have the blues, Sweet little angel. Dans les années 60, le blues est dynamité par les jeunes anglais et ceux-ci trouve le son de BB un peu trop propre ce qui va lui faire connaître une baisse de popularité énorme.

En 1969, nouveau coup de tonnerre, le titre The Thrill is gone, que nous vous proposons en écoute, va connaître un immense succès. Plus tard, le groupe U2 enregistrera un titre en commun avec BB (voir la rubrique mp3 bonus) ainsi que la première partie de sa tournée.

Depuis, BB nous propose invariablement chaque année un album dont la qualité va du banal au superbe.

BUDDY GUY

A la fois sauvage et distingué ( Hendrix trouvera quelques éléments d’inspiration dans le doigté de Buddy), il possède une intonation de voix parfois proche de Little Richard.

Il est un des représentants du West Side Sound, blues qui s’inspire des classiques de Delta pour y incorporer une touche de soul et de Godspel.

Etant rentré dans l’écurie Chess, les amateurs de blues l’entendent très souvent sans le savoir car il accompagne en studio les grosses pointures de la maison comme Muddy Waters, Sonny Boy Williamson.

A la fin des années 60, il forme un duo avec l’harmoniciste Junior Wells. Puis à partir des années 70, il va sombrer petit à petit dans une certaine médiocrité.

Il renoue ensuite avec le label Silvertone où il va sortir de nouveau des disques de bonne qualité. Buddy est l’auteur d’un des plus grand disque du genre : A Man and the Blues

ELMORE JAMES

Elmore comme Howlin Wolf est un sauvage ! Cependant à la sauvagerie il ajoutera une touche de sophistication. Elmore a principalement joué sur une guitare acoustique électrifiée de marque Kay dont personne ne voudrait aujourd’hui, même pour allumer un feu !

Issu d’une famille du Mississipi, il rencontre Robert Johnson et joue souvent avec lui (il en gardera des traces indélébiles).

Sa carrière discographique commence en 1951 et il produit en 1952 une version de Dust my broom qui fera du bruit.

Elmore joue beaucoup en slide, en accord ouvert de ré et avec un son légèrement saturé. C’est vers 1958 qu’il enregistre ses meilleurs morceaux.

Après une première alerte en 1945, il meurt d’une crise cardiaque en 1963, juste au moment où le British Blues Boom va le remettre en haut de l’affiche.

Rappelons que Brian Jones des Rolling Stones avait pris pour nom de scène à ses débuts celui de Elmo James, c’est dire…

FREDDIE KING

Texan d’origine, influencé par T Bone Walker et BB King, il va ajouter sa fougue, force, rudesse et rage, rien que ça ! A partir des années 60, il va connaître de gros succès avec notamment : Have you ever loved a women ? I’m Tore Down et Hideway.

En 1970, il retrouve lui aussi de nouvelles forces et il est très apprécié du « public rock blanc ». Il grave à l’époque trois albums superbes pour le label Shelter. Il signe ensuite avec le producteur anglais Mike Vernom, mais l’inspiration ne semble plus être au rendez vous.

Il est mort sur scène en 1976, terrassé par une crise cardiaque aussi violente que son blues !

HOWLIN WOLF

De son vrai nom, Chester Burnett, il naît dans le Mississipi et mène une vie de fermier jusqu’au jour où on lui offrit sa première guitare. C’est ensuite Sonny boy Williamson qui lui apprendra les bases de l’harmonica. Il enregistre dès l’année 1948 pour la firme Sun de Sam Philips avec un son brutal, saturé. Il connaît à partir de se moment un succès grandissant. Il rejoint Chicago et Chess Records. Dans les années 50, il embauche un des guitaristes les plus fins que le blues ait connu : Hubert Sumlin. C’est ainsi que naîtra Little Red Rooster, Back door man et I ain’t superstitious.

Howlin Wolf était, il faut bien le dire, un peu fou, il n’aimait pas grand monde, mais quand il déposait les armes pour chanter le blues, alors là, le loup hurlait d’une façon telle que seul le diable pouvait lui donner cette force !

Nombreuses sont les compositions du « Wolf » à avoir fait le bonheur des formations anglaise, nous vous proposons Little Red Roosters enregistrée en mai 70 avec Bill Wyman à la basse, Charlie Watts à la batterie, Steve Winwood à l’orgue, Eric Clapton et Hubert Sumlin aux guitares. Les deux premières minutes permettent d’entendre la voix incroyable du Wolf donner des précisions à Eric Clapton.

JOHN LEE HOOKER

« Sa guitare est un paratonnerre qui capture les éclairs et sa voix, l’écho de l’orage »

Né en plein cœur du delta à Clarksdale, John Lee est un bluesman complètement à part. Il a œuvré dans deux styles différents : L’acoustique et l’électrique à base de boogie.

Sa technique est relativement rudimentaire (Tout est dans la main), le respects des structures n’est pas toujours là non plus et pour finir il ne sait ni lire, ni écrire ( et pas seulement la musique). Tout ceci appuyé par une voix démentielle, profonde. En 1948, il vend un million d’exemplaires de « Boogie Chillen ». Entre 48 et 54, il enregistre de monuments pour la firme Modern que l’on retrouve aujourd’hui chez Ace. Il passe ensuite sur Chess records puis King et enfin Vee Jay ( la firme qui distribua les Beatles en premier aux USA), Impulse, Stax, Riverside et Prestige puis connaîtra un gros passage à vide dans le milieu des années 70. La fin des années 80 avec son Blues Revival voit revenir John Lee toujours en pleine forme et il sort plusieurs brûlots chez Silvertone/Virgin. Il redevient alors à 75 ans passé une immense vedette et attire vers lui la collaboration d’immense vedette tel Carlos Santana.

MUDDY WATERS

De son vrai nom, McKinley Morganfield, Muddy Waters est considéré comme le roi du Chicago Blues.

Sa période dorée va de 1947 à 1967 où il enregistre pour la firme Chess. Il est alors accompagné par les plus fines gâchettes telles Willie Dixon, Little Water, Junior Wells, Jimmy Rogers, Otis Span ou encore Hubert Slumin et Buddy Guy.

Muddy va transformer son blues rural du delta en tornade d’électricité et poser lui aussi les fondations du blues moderne.

Adepte de l’open de sol et du slide sur une seul corde, il va créer un son unique aidé en cela par le son de sa Telecaster Fender.

Gypsy woman, Little Annie Mae , I can’t be Satisfied et Feel like going home seront des gros hits. Rappelons que c’est d’après le nom d’une de ses compositions que les Rolling Stones s’inspireront pour trouver leur nom de groupe. Vers la fin de sa carrière, il publiera pour CBS quelques albums produits par Johnny Winter, au son extraordinaire. C’est d’un de ces disques : Hard again, que nous vous proposons l’écoute du morceau : The blues had a baby and they named it rock and roll !

ROBERT JOHNSON

Le père du blues moderne ?

Très influencé par Son House, il le suivit pendant quelques temps, histoire de bien étudier ses plans. Puis il fait cavalier seul, répétant inlassablement les mêmes morceaux jusqu’à savoir les jouer parfaitement.

Son House, le rencontrant par la suite, fût interloqué par les progrès de son ancien élève. C’est à partir d’ici que naîtra la légende concernant la vente de son âme au diable en échange de son talent. Mais la vérité, c’est le travail acharné ! Tournant de plus en plus (notamment avec Elmore James, qui lui empruntera pas mal de choses) Robert Johnson devint très populaire aux Etats Unis. Il enregistre en 1936 à San Antonio (dans une chambre d’hôtel, les studios de l’époque) puis à Dallas.

Sa musique se caractérise par un blues très pur, embelli par une voix puissante et sensuelle. Son œuvre discographique se limite à une quarantaine de titres et sont presque tous devenus des classiques. Dans les années 60/70, les joueurs de blues blancs vont s’emparer et remettre sa musique au goût du jour. On peut citer : Les Rolling Stones, Eric Clapton, Johnny Winter, les Blues Brothers et bien d’autres.

Il décédera le 16/08/1938, là deux thèses restent en vigueur : Assassiné par un mari jaloux ou rongé par la syphilis. Cela renforcera son coté ténébreux.

A noter qu’il n’existe à ce jour que deux photos de Robert Johnson.

T-BONE WALKER

Une des plus grosses influences musicale du blues. Il a énormément enrichi le jeu de guitare, influençant par la même de nombreux autres musiciens, BB King n’étant pas le plus petit !

C’est également une influence immense pour Chuck Berry dans son jeu en solo

Avec de nombreux éléments empruntés au jazz (d’où la richesse) ainsi que l’utilisation de guitares électriques à grosses caisses « coincées » sur le micro grave, il fait naître un blues distingué, rythmé et jovial.

A noter que T Bone possède du sang Indien Cherokee dans les veines ce qui favorisa encore un peu plus l’ouverture d’esprit de son blues.

Il débuta sa carrière dans le milieu des années 20 où il joue du banjo dans les orchestres d’Ida Cox et Ma Rainey .

C’est également lui l’inventeur de la marche de canard (la fameuse Duck Walk de Chuck Berry), c’est aussi l’un des premiers à faire le show en jouant de la guitare avec les dents ou dans le dos.

THE WHITE BLUES ALBUM

John Lennon fut sans doute l’un des Beatles les plus influencé par le courant Blues, et de cet attrait naquit notamment le titre « Yer Blues » que John enregistra pour l’album « The Beatles » (a.k.a « The White Album ») et reprit sur l’album des Stones « Rock’n Roll Circus ».

Aussi fort de ce clin d’oeil, divers bluesmen se réunirent pour publier en Janvier 2003, un album initulé « The Blues White Album », présentant les meilleurs titres de l’Album Blanc des Beatles, mais repris à la sauce Blues.

Le track-listing de ce disque est le suivant :

  • Why Don’t We Do It in the Road ?
  • Yer Blues
  • Happiness Is a Warm Gun
  • Revolution
  • Ob-La-Di, Ob-La-Da
  • While My Guitar Gently Weeps
  • Don’t Pass Me By
  • I’m So Tired
  • Blackbird
  • Dear Prudence

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