I Am the Walrus, la face B qui valait mieux que la face A ? Histoire du 45 tours Hello, Goodbye (1967), du duel Lennon-McCartney au verdict de l’histoire
Le 24 novembre 1967, les Beatles publient leur premier 45 tours depuis la mort de Brian Epstein. Sur la face A, Hello, Goodbye, une mélodie de Paul McCartney construite sur des contraires, irrésistible et sans prétention. Sur la face B, I Am the Walrus, le collage halluciné de John Lennon, avec son orchestre, sa chorale de seize voix, ses sirènes de police, ses morceaux de Lewis Carroll et une scène du Roi Lear captée en direct à la radio. Lennon voulait la face A. Il ne l’a pas eue. Le disque sera numéro un pendant sept semaines au Royaume-Uni et trois aux États-Unis, mais c’est la face B que la postérité a retenue comme l’un des sommets de la musique psychédélique. Treize ans plus tard, Lennon ne digérait toujours pas l’affront. Voici l’histoire complète de ce 45 tours à deux visages : la naissance des deux chansons, les séances d’Abbey Road, la décision qui a départagé Lennon et McCartney, la censure de la BBC, le paradoxe des classements, le jugement des critiques, et la question qui fâche encore les amateurs : la face B valait-elle vraiment mieux que la face A ?
En bref
- Le disque : Hello, Goodbye / I Am the Walrus, Parlophone R 5655 au Royaume-Uni le 24 novembre 1967, Capitol 2056 aux États-Unis le 27 novembre.
- La face A : Hello, Goodbye, écrite par Paul McCartney à partir d’un jeu de mots opposés avec Alistair Taylor, enregistrée du 2 octobre au 2 novembre 1967.
- La face B : I Am the Walrus, écrite par John Lennon, première séance des Beatles après la mort d’Epstein, enregistrée les 5, 6, 27 et 29 septembre 1967.
- Le duel : Lennon voulait la face A ; McCartney et George Martin jugeaient Hello, Goodbye plus commerciale. Lennon s’est incliné, puis l’a regretté toute sa vie.
- Les classements : numéro un pendant sept semaines au Royaume-Uni, Christmas number one de 1967 ; numéro un trois semaines au Billboard Hot 100. La face B atteint seule la 56e place aux États-Unis.
- Le paradoxe : pendant trois semaines, I Am the Walrus figure à la fois sur le numéro un, le single, et sur le numéro deux, le double EP Magical Mystery Tour.
- La censure : la BBC refuse de diffuser I Am the Walrus à cause d’un vers jugé grivois.
- Six correctifs factuels sur les citations prêtées à Lennon et McCartney, le rôle du LSD, le double classement, la censure et le sens satirique de la chanson.
Sommaire
Le 24 novembre 1967 : un 45 tours, deux Beatles
Le premier disque d’après Epstein
Le 27 août 1967, Brian Epstein meurt à Londres, à trente-deux ans, d’une surdose accidentelle de somnifères. Les Beatles l’apprennent à Bangor, au pays de Galles, où ils suivent l’enseignement du Maharishi Mahesh Yogi. Le manager qui les avait découverts à la Cavern en 1961, qui avait négocié leur contrat avec EMI, organisé leurs tournées, protégé leur image, n’est plus là. Lennon dira plus tard qu’il avait compris, à ce moment-là, que les Beatles étaient en danger. Nous avons évoqué les débuts de cette relation dans notre enquête sur Raymond Jones et le client qui a mené Epstein aux Beatles.
Neuf jours plus tard, le 5 septembre, le groupe retourne en studio. La première chanson qu’il enregistre est I Am the Walrus. Quelques semaines après, il enregistrera Hello, Goodbye. Les deux titres se retrouveront, en novembre, sur le même 45 tours, le premier disque des Beatles publié sans Epstein. Pour la première fois, personne n’est là pour arbitrer entre les membres du groupe sur le choix d’une face A. Ce rôle, Epstein l’avait souvent tenu, de façon plus ou moins visible. Désormais, la décision se prendra entre les Beatles et leur producteur, George Martin.
Deux chansons, deux visions
Rarement un 45 tours des Beatles a juxtaposé deux chansons aussi opposées. Hello, Goodbye est une chanson pop d’une simplicité revendiquée : quelques accords, une mélodie qui descend la gamme, un texte qui aligne des mots contraires, une fin improvisée en studio. I Am the Walrus est une construction vertigineuse : un texte délibérément incompréhensible, une harmonie qui bascule d’un mode à l’autre, un orchestre de seize musiciens, une chorale de seize voix, des bruits de radio, une coda qui semble monter à l’infini.
L’une est de Paul McCartney, l’autre de John Lennon. Toutes deux sont créditées Lennon-McCartney, selon la règle du duo, mais chacune est l’œuvre d’un seul. Le disque met ainsi face à face, sur les deux côtés d’un même objet, les deux tempéraments qui ont fait les Beatles, au moment précis où le groupe perd l’homme qui les tenait ensemble.
Un disque hors album
Au Royaume-Uni, le 45 tours paraît sous la référence Parlophone R 5655. Fidèles à leur pratique, les Beatles ne reprennent pas Hello, Goodbye sur un album britannique. I Am the Walrus, en revanche, figurera deux semaines plus tard sur le double EP Magical Mystery Tour, la bande originale du film télévisé que le groupe vient de tourner. Aux États-Unis, Capitol publiera les deux titres sur l’album Magical Mystery Tour, qui réunit les six chansons du film et les singles de l’année. Ce détail de catalogue aura une conséquence inattendue sur les classements britanniques, comme on le verra.
I Am the Walrus : la genèse d’un collage
La lettre de Quarry Bank
L’histoire de I Am the Walrus commence par une lettre. Au cours de l’été 1967, Lennon reçoit le courrier d’un élève de son ancienne école, la Quarry Bank High School de Liverpool, Stephen Bayley. Le garçon lui raconte que son professeur de littérature fait analyser en classe les paroles des Beatles. Lennon s’en amuse et s’en agace à la fois. Depuis Sgt. Pepper, critiques, universitaires et auditeurs cherchent des messages cachés dans chaque vers. Il décide de leur donner de quoi chercher : une chanson faite de bouts de phrases sans lien logique, qu’il sera impossible d’interpréter. Selon le biographe officiel Hunter Davies, présent lors de l’écriture, Lennon aurait conclu, à l’adresse de son ami Pete Shotton, que les exégètes n’avaient qu’à se débrouiller avec ça, en des termes beaucoup moins polis.
Trois chansons inachevées
La chanson n’est pas née d’un jet. Lennon travaillait depuis quelque temps sur trois idées distinctes, qu’il n’arrivait pas à mener à terme. La première lui était venue en entendant passer une sirène de police depuis sa maison de Kenwood, à Weybridge : il avait calqué une phrase sur le rythme et la mélodie de la sirène, à deux notes, qui deviendra l’introduction et le motif du policier. La deuxième était une courte rime sur le fait d’être assis dans un jardin anglais en attendant le soleil. La troisième était une phrase absurde sur le fait d’être assis sur un cornflake. Incapable de terminer trois chansons, il les a fondues en une seule.
Le dernier morceau du puzzle est venu de Pete Shotton, son ami d’enfance et ancien membre des Quarrymen, en visite à Kenwood. Lennon lui demande de lui rappeler une comptine scatologique que chantaient les enfants dans les cours de récréation de Liverpool. Il en tire quelques images, dont la fameuse crème anglaise jaunâtre qui coule d’un œil de chien mort. Shotton lui suggère aussi de remplacer un homme qu’on attend par une camionnette, ce qui donne au vers une étrangeté supplémentaire.
Lewis Carroll, Procol Harum et le LSD
Le morse vient de Lewis Carroll. Dans De l’autre côté du miroir, paru en 1871, Tweedledum et Tweedledee récitent à Alice le poème The Walrus and the Carpenter, Le Morse et le Charpentier, où les deux compères dévorent des huîtres naïves qu’ils ont invitées à se promener. Lennon adorait Carroll depuis l’enfance. Il dira en 1980 qu’il n’avait compris que bien plus tard que le morse était le méchant de l’histoire, et que le charpentier était le gentil : il avait choisi le mauvais personnage, mais une chanson intitulée Je suis le charpentier n’aurait pas eu la même allure.
Le critique Ian MacDonald voit dans A Whiter Shade of Pale, de Procol Harum, le modèle probable de la chanson : un tube de l’été 1967, au texte énigmatique et à l’orgue solennel, que Lennon tenait pour la meilleure chanson du moment. Le LSD, enfin, a joué un rôle. Lennon a raconté au magazine Playboy, en 1980, qu’il avait écrit la première phrase pendant un trip, un week-end, et la deuxième pendant un autre trip, le week-end suivant, avant de compléter le reste plus tard.
Les cibles cachées : Ginsberg, les Hare Krishna et le sergent Pilcher
La chanson se veut absurde, mais elle n’est pas dépourvue de cibles. Lennon a expliqué qu’une des images visait le poète Allen Ginsberg et ceux qui, comme lui, psalmodiaient le mantra Hare Krishna en y mettant toute leur foi : il trouvait naïf de s’en remettre ainsi à une seule idole. Selon Pattie Boyd, alors épouse de George Harrison, l’étrange sardine à la semoule qui apparaît dans le texte désigne le sergent Norman Pilcher, de la brigade des stupéfiants de Londres, qui menait alors une campagne contre les vedettes du rock et de la contre-culture, et qui arrêtera Lennon pour détention de cannabis en octobre 1968. Harrison a également confié au journaliste Lewis Lapham, pendant le séjour du groupe en Inde, qu’un des vers incorporait le mantra personnel que leur avait donné le Maharishi.
Le chanteur des Animals, Eric Burdon, a de son côté revendiqué être l’homme à l’œuf, en racontant à Lennon une expérience intime impliquant un œuf cru. Rien de tout cela ne fait un sens global : c’est précisément ce que voulait Lennon. Nous avons consacré à l’écriture de la chanson et à sa dette envers Bob Dylan, que Lennon reconnaissait volontiers, un article complet sur I Am the Walrus et Bob Dylan.
Correctif factuel n° 1 — I Am the Walrus n’est pas seulement une chanson écrite sous LSD
On présente souvent I Am the Walrus comme une chanson née dans les brumes de l’acide. La réalité est plus composite. Lennon a bien déclaré avoir écrit les deux premières phrases au cours de deux trips successifs, mais la chanson résulte surtout d’un travail d’assemblage conscient : trois idées inachevées, dont une calquée sur une sirène de police, une comptine de cour d’école rappelée par Pete Shotton, des emprunts à Lewis Carroll, et une intention clairement formulée, celle de déjouer les commentateurs qui disséquaient les paroles des Beatles après avoir reçu la lettre d’un élève de Quarry Bank. C’est un collage délibéré, presque une blague construite avec méthode, plus qu’un délire psychédélique. La présence d’un témoin, Hunter Davies, pendant l’écriture, confirme ce caractère de travail en atelier.
Septembre 1967 à Abbey Road : la fabrication d’un monstre
Le 5 septembre, neuf jours après la mort d’Epstein
Le 5 septembre 1967, les Beatles se retrouvent aux studios d’EMI, à Abbey Road, sous la direction de George Martin, avec Geoff Emerick à la console. C’est leur première séance depuis la mort d’Epstein. Ils enregistrent la piste de base de I Am the Walrus : Lennon au piano électrique et au chant, McCartney à la basse, Harrison à la guitare, Ringo Starr à la batterie. Lennon ajoute aussi des parties de Mellotron. Le lendemain, 6 septembre, d’autres éléments sont superposés. Une version de cette piste de base, sans orchestre ni chœurs, a été publiée en 1996 sur Anthology 2. Elle permet d’entendre le squelette de la chanson, déjà étrange, avant l’habillage spectaculaire qui allait suivre.
Le 27 septembre : seize musiciens, seize chanteurs
Le 27 septembre, George Martin dirige l’après-midi, au Studio One, un ensemble de seize musiciens : huit violons, parmi lesquels Sidney Sax et Jack Rothstein, quatre violoncelles, trois cors, dont Neill Sanders, et une clarinette contrebasse tenue par Gordon Lewin. McCartney a raconté que Lennon avait donné à Martin ses instructions sur la façon dont il voulait l’orchestration, en chantant lui-même la plupart des parties. Martin a ensuite écrit la partition, y compris, selon ses propres mots, les rires et les bruits, qu’il a orchestrés comme des parties musicales à part entière.
Le soir, au Studio Two, arrivent les Mike Sammes Singers, une chorale professionnelle de seize voix, huit hommes et huit femmes, habituée aux variétés de la radio et aux chansons de charme. Lennon leur fait chanter des rires, des onomatopées, des slogans absurdes et des glissandos stridents. Le contraste entre ces chanteurs de studio très convenables et les sons que Lennon leur demande de produire a beaucoup amusé l’entourage du groupe. George Martin a raconté qu’ils étaient si éloignés de l’univers de Lennon que c’en était presque incroyable, mais que Lennon avait été ravi du résultat. En 2015, Ray Thomas, des Moody Blues, a affirmé que lui-même et Mike Pinder avaient participé aux chœurs, une affirmation que les registres d’Abbey Road ne permettent pas de vérifier. La partie orchestrale isolée a été publiée en 2025 sur Anthology 4.
Le 29 septembre : le Roi Lear entre dans le mixage
Le dernier ingrédient arrive par hasard, le 29 septembre, pendant le mixage mono. Lennon s’amuse à tourner le bouton d’un poste de radio branché sur la console, et à injecter en direct ce qu’il capte dans le mixage. Il tombe sur une retransmission du Roi Lear de Shakespeare, diffusée ce soir-là par le Third Programme de la BBC, de 19 h 30 à 23 heures. Des fragments de l’acte IV, scène 6, se retrouvent dans la chanson : un échange entre le comte de Gloucester, aveugle, et son fils Edgar déguisé, puis, pendant le fondu final, la mort de l’intendant Oswald, tué par Edgar. Les rôles étaient tenus par Mark Dignam, Philip Guard et John Bryning. Lennon a raconté plus tard qu’il ne savait même pas, sur le moment, qu’il s’agissait du Roi Lear.
Ce geste, injecter un flux radio en direct dans un mixage, est caractéristique de l’esthétique de la chance et du collage qui fascinait alors Lennon, sous l’influence notamment de Yoko Ono, qu’il avait rencontrée l’année précédente, et des avant-gardes musicales. Il aura une conséquence technique durable : comme la radio a été ajoutée en direct sur le mixage mono, elle n’existe pas sur les bandes multipistes, et ne peut pas être reprise dans le mixage stéréo.
Mono, stéréo et versions américaines : le casse-tête des mixages
Pour fabriquer la version stéréo de 1967, les ingénieurs ont donc dû recourir à un expédient. Pendant environ les deux premières minutes, la chanson est en vraie stéréo ; ensuite, à partir du moment où la radio intervient, le mixage bascule dans une fausse stéréo, fabriquée à partir du mixage mono. Les auditeurs attentifs entendent nettement le changement d’espace sonore.
Les versions se distinguent aussi par d’autres détails. Le mixage mono britannique commence par un accord de quatre temps, le mixage stéréo par un accord de six temps. Le mixage mono du single américain comporte une mesure supplémentaire avant le passage de la crème anglaise, vestige d’une version non coupée du mixage mono. L’album américain Rarities, en 1980, a combiné l’introduction à six temps et cette mesure supplémentaire dans une version hybride. Il faudra attendre 2006 et le spectacle Love, du Cirque du Soleil, pour qu’une véritable stéréo intégrale soit réalisée : George Martin et son fils Giles ont pu retrouver une copie de la retransmission du Roi Lear et reconstruire l’ensemble. D’autres mixages stéréo complets ont suivi, pour la réédition du film Magical Mystery Tour en 2012 et pour la réédition de la compilation 1967-1970 en 2023. Nous avons expliqué les enjeux de ces mixages dans notre article sur le mono et la stéréo chez les Beatles.
Ce que l’on entend dans I Am the Walrus : une analyse musicale
Une harmonie qui glisse d’un mode à l’autre
I Am the Walrus est en la majeur, mais elle ne s’y tient jamais longtemps. Le premier couplet repose sur un enchaînement typique du rock, la, do, ré, la, où l’accord de do, emprunté au mode mineur, donne immédiatement une couleur étrange. Le deuxième couplet monte par une progression éolienne, fa, sol, la, qui évoque une ascension sans but. Le refrain, celui de l’homme à l’œuf et du morse, enchaîne do, ré et mi, et laisse en suspens l’onomatopée finale sur un accord de dominante, jusqu’à ce que le retour du la ne relance le couplet suivant. Au passage du jardin anglais, une note de ré dièse installe un mode lydien, avec sa quarte augmentée qui donne une impression de flottement.
Ces glissements expliquent l’effet de la chanson : on a constamment l’impression que le sol se dérobe. Le texte absurde trouve dans l’harmonie un équivalent musical. Rien ne se pose, rien ne se résout complètement.
Une coda qui monte sans fin
La fin de la chanson est l’un des passages les plus étudiés de la discographie des Beatles. Après un faux final, l’orchestre entame une séquence où la basse descend la gamme, la, sol, fa, mi, ré, do, si, tandis que les cordes la montent, la, si, do, ré, mi, fa dièse, sol. Les deux lignes avancent en mouvement contraire, et la séquence se répète en s’élevant à chaque passage, ce qui crée l’illusion d’une montée infinie, proche de ce que les acousticiens appellent un son de Shepard. Le musicologue Alan Pollack a comparé cette progression à un ruban de Möbius harmonique. Il a aussi remarqué que la cellule répétée compte sept mesures, si bien que chaque phrase de quatre mesures commence sur un accord différent. Sur ce tourbillon se superposent la chorale, les bruits et la radio. Walter Everett parle d’une coda sans rapport avec ce qui précède, venue après une fausse fin.
La voix de Lennon et le son du groupe
Au milieu de cet appareil, la voix de Lennon, doublée, nasale, tranchante, reste au premier plan. Elle donne à la chanson son ton de prêche moqueur. Ringo Starr joue une batterie lourde, presque martiale, qui ancre l’ensemble. La basse de McCartney et la guitare de Harrison restent discrètes, effacées derrière l’orchestre. C’est une chanson de Lennon au sens plein, dont les autres Beatles sont les exécutants plus que les coauteurs. Le critique du New York Times Richard Goldstein, à la fin de 1967, y voyait l’œuvre la plus aboutie du groupe depuis A Day in the Life.
Hello, Goodbye : la proposition de Paul
Un jeu de mots opposés avec Alistair Taylor
Hello, Goodbye naît d’une conversation. Alistair Taylor, l’assistant personnel de Brian Epstein, rend visite à McCartney dans sa maison de Cavendish Avenue, à St John’s Wood. Il lui demande comment il s’y prend pour écrire une chanson. McCartney l’emmène dans la salle à manger, s’assied devant un harmonium, et lui propose un jeu : il va chanter un mot, et Taylor devra répondre par son contraire. Noir, blanc ; oui, non ; haut, bas ; bonjour, au revoir. L’écrivain Steve Turner résume le résultat d’une formule : et cela a continué ainsi, noir et blanc, oui et non, stop et encore, bonjour et au revoir. Taylor dira plus tard qu’il ne se souvenait pas du tout de la mélodie, et qu’il se demandait si McCartney l’avait vraiment improvisée sur le moment ou s’il l’avait déjà en tête.
Interrogé par son biographe Barry Miles dans les années 1990, McCartney a expliqué que la chanson parlait de dualité, un thème qu’il rattachait à son signe astrologique, les Gémeaux : l’homme et la femme, le noir et le blanc, l’ébène et l’ivoire, le haut et le bas. C’était, selon lui, une chanson très facile à écrire, et il y défendait le côté positif de la dualité. En 1967, il en parlait au magazine Disc comme d’une chanson sur tout et sur rien.
L’enregistrement : du 2 octobre au 2 novembre 1967
Les Beatles enregistrent la piste de base le 2 octobre 1967, sous le titre provisoire Hello Hello, alors qu’ils terminent le tournage du film Magical Mystery Tour. McCartney est au piano, Lennon à l’orgue Hammond, Harrison aux maracas, Starr à la batterie. Le groupe ajoute ensuite tambourin, conga et bongos sur la fin du morceau. Le 19 octobre, deux jours après un service à la mémoire d’Epstein à la New London Synagogue, sur Abbey Road, Harrison enregistre ses parties de guitare, passées dans une cabine Leslie, McCartney sa voix principale, les trois chanteurs leurs chœurs, et le groupe ajoute des battements de mains. La voix de McCartney a été légèrement accélérée pour lui donner un son plus net.
Le 20 octobre, deux altistes classiques, Kenneth Essex et Leo Birnbaum, ajoutent une partie de cordes que George Martin a écrite à partir d’une mélodie jouée au piano par McCartney. Celui-ci enregistre la basse le 25 octobre, puis de nouveau le 2 novembre, au retour d’un séjour à Nice où il a tourné la séquence de The Fool on the Hill pour le film. Le mixage mono est terminé le 2 novembre, le stéréo le 6.
La coda, le seul passage que Lennon aimait
La chanson se termine par un faux final, puis repart pour une coda d’environ quarante-cinq secondes, sur un accord tenu de do majeur, avec un refrain répété en onomatopées. Ian MacDonald l’a qualifiée de finale maori, en précisant qu’il fallait plutôt y entendre une évocation hawaïenne, celle de l’aloha. McCartney a raconté que ce passage ne sonnait pas bien jusqu’à ce que Geoff Emerick pousse la réverbération sur les toms : alors, tout s’est animé.
C’est le seul moment de la chanson que Lennon a vraiment apprécié. En 1980, il a expliqué que le meilleur passage était la fin, improvisée en studio par tout le groupe, avec lui au piano, et qu’il l’aimait comme il aimait la fin de Ticket to Ride, où le groupe avait ajouté quelque chose au dernier moment. Cette coda servira aussi de générique de fin au film Magical Mystery Tour.
Une version plus riche abandonnée
La version de travail de la chanson, publiée en 1996 sur Anthology 2, révèle une partie de guitare plus présente de Harrison, qui répond à la voix de McCartney dans le premier couplet, ainsi qu’un court solo. Ces éléments ont disparu de la version finale, remplacés par des vocalises improvisées de McCartney. Le critique Richie Unterberger y voit l’un des premiers signes des frictions entre McCartney et Harrison sur la place de la guitare dans les chansons de Paul, qui éclateront en 1968 et 1969 autour de Hey Jude et de Two of Us.
Le duel de la face A
Lennon veut le morse, McCartney et Martin choisissent l’adieu
Lorsque vient le moment de choisir le single de Noël, deux chansons sont prêtes : I Am the Walrus et Hello, Goodbye. Lennon pousse pour que sa chanson soit la face A. McCartney et George Martin pensent que Hello, Goodbye est plus commerciale, plus immédiate, plus adaptée à un 45 tours de fin d’année. Lennon finit par s’incliner, à contrecœur. Le disque sortira avec Hello, Goodbye en face A.
L’argument commercial est difficile à contester. Hello, Goodbye se retient dès la première écoute, se fredonne, se danse. I Am the Walrus demande plusieurs écoutes, déroute, et contient un vers que la BBC refusera de diffuser. Pour une maison de disques qui cherche un numéro un à Noël, le choix est évident. Pour Lennon, en revanche, il est vécu comme un désaveu : sa chanson la plus ambitieuse de l’année est reléguée au dos du disque, derrière une chanson qu’il juge sans substance.
Ce que Lennon en a dit
Lennon n’a jamais pardonné ce choix. Dans le grand entretien accordé à David Sheff pour Playboy en 1980, quelques semaines avant sa mort, il qualifie Hello, Goodbye de chanson qui sent McCartney à des kilomètres, une tentative d’écrire un single, et ajoute que ce n’était pas une grande chanson. Ailleurs, il revient sur le fait que Hello, Goodbye ait battu I Am the Walrus, en s’en étonnant encore, et en associant ce moment à une forme de retrait : c’est à partir de là, dit-il en substance, qu’il a commencé à s’effacer.
Cette lecture rétrospective doit être prise avec précaution. En 1980, Lennon reconstruit l’histoire des Beatles à la lumière de sa rupture avec McCartney, et il a tendance à voir dans chaque arbitrage perdu une preuve de la domination de Paul. Mais elle n’est pas isolée. Elle rejoint celle du musicologue Walter Everett, pour qui un Walrus en face A aurait probablement encouragé Lennon à mener les Beatles vers de nouveaux sommets, alors que le choix de Hello, Goodbye a été un clou de plus dans le cercueil du groupe.
Correctif factuel n° 2 — Lennon n’a pas dit qu’il était blessé
Une formule très répandue en ligne prête à Lennon l’aveu d’avoir été blessé que sa chanson la plus expérimentale soit cachée en face B. On ne trouve pas cette formulation dans ses entretiens publiés. Ce que Lennon a réellement dit, notamment dans l’entretien de 1980 avec David Sheff et dans des propos rapportés par l’historien Steven D. Stark, est à la fois plus sec et plus intéressant : il s’étonne encore que Hello, Goodbye ait battu I Am the Walrus, et il présente cet épisode comme le moment où il a commencé à s’effacer au sein du groupe. Il juge par ailleurs Hello, Goodbye avec dureté, comme une tentative de single sans grande valeur, tout en reconnaissant aimer sa coda. Le ressentiment est réel, mais il s’exprime sous la forme d’un jugement artistique et d’un constat sur sa place dans le groupe, pas d’une confidence sur une blessure personnelle.
Correctif factuel n° 3 — La formule de McCartney sur le Lennon sans retenue n’est pas sourcée
On lit aussi que Paul McCartney aurait qualifié I Am the Walrus de Lennon au sommet de son absence de retenue. Aucune source vérifiable ne permet de rattacher cette citation à McCartney, ni dans ses entretiens avec Barry Miles, ni dans The Beatles Anthology. Ce que McCartney a effectivement raconté sur la chanson est plus concret et plus généreux : il a expliqué que Lennon avait lui-même donné à George Martin ses instructions pour l’orchestration, en chantant la plupart des parties, et, dans l’Anthology, il a cité la séquence de I Am the Walrus comme l’argument principal pour défendre le film Magical Mystery Tour contre ses détracteurs, puisqu’on ne trouve nulle part ailleurs une interprétation filmée de la chanson. Il faut donc se méfier de cette citation, qui semble être une paraphrase journalistique devenue, à force de reprises, une phrase entre guillemets.
Un schéma qui se répétera
L’épisode n’est pas isolé. Neuf mois plus tard, en août 1968, le scénario se reproduit presque à l’identique. Lennon veut que Revolution, sa chanson rapide et saturée, soit la face A du nouveau single. McCartney a Hey Jude. Hey Jude l’emporte, Revolution part en face B. Le disque devient le plus grand succès du groupe. Nous avons raconté l’histoire de Hey Jude dans notre article sur la chanson pour Julian Lennon. Et en 1969, les Beatles refuseront Cold Turkey comme single du groupe, que Lennon publiera finalement sous le nom du Plastic Ono Band, comme nous le racontions dans notre histoire de Cold Turkey.
À chaque fois, la logique est la même : la chanson de McCartney est plus accessible, plus mélodique, plus sûre commercialement ; celle de Lennon est plus rugueuse, plus audacieuse, plus risquée. À chaque fois, le marché donne raison à McCartney. Et à chaque fois, Lennon en conçoit une amertume qui nourrira son envie d’aller voir ailleurs. Nous avons retracé ce processus de désagrégation dans notre récit des trois démissions qui ont précédé la séparation.
Novembre 1967 : la BBC censure le morse
Un vers jugé grivois
À peine le disque sorti, la BBC décide de ne pas diffuser I Am the Walrus. En cause, un vers dans lequel Lennon reproche à un garçon d’avoir été une vilaine fille et d’avoir laissé tomber sa culotte, ses knickers, un mot jugé inconvenant pour les ondes publiques. La décision est prise à la fin de novembre 1967, alors que le single entre dans les classements. Elle n’empêche évidemment pas la diffusion de Hello, Goodbye, qui est la face A, mais elle prive la face B de toute exposition sur la radio nationale. Nous avons replacé cette décision dans l’histoire des relations entre les Beatles et la BBC dans notre article sur la Grande-Bretagne des années Beatles.
Une série de démêlés avec la BBC
Ce n’est pas la première fois que les Beatles se heurtent à la radio publique britannique en 1967. Quelques mois plus tôt, la BBC avait refusé de diffuser A Day in the Life, à cause d’un vers jugé favorable à la drogue. Dans le cas de Hello, Goodbye, c’est une autre institution qui pose problème : le syndicat des musiciens, qui interdit la diffusion à la télévision de prestations où les artistes font semblant de jouer en play-back. Les trois films promotionnels tournés par les Beatles pour Hello, Goodbye ne peuvent donc pas être diffusés au Royaume-Uni. L’émission Top of the Pops du 23 novembre illustre la chanson avec des images du film A Hard Day’s Night, puis, le 7 décembre, avec des photos et des images du groupe en train de monter Magical Mystery Tour.
Correctif factuel n° 4 — La censure visait un mot, pas une satire
On présente parfois la censure de I Am the Walrus comme une réaction de l’establishment à une chanson subversive, satire de l’autorité et du conformisme. Rien dans les sources ne va dans ce sens. La BBC a écarté la chanson pour un motif très précis et très terre à terre : la présence du mot knickers, culotte, dans un vers à connotation sexuelle. Le reste du texte, y compris ses allusions au policier ou à la police des stupéfiants, n’a pas été en cause. Quant à la satire, elle existe, mais elle est diffuse et largement involontaire : l’intention déclarée de Lennon était de produire un texte impossible à interpréter pour se moquer des exégètes, avec au passage quelques piques visant Allen Ginsberg, les adeptes de Hare Krishna et la brigade des stupéfiants. Faire de la chanson une charge construite contre l’autorité, c’est lui prêter une cohérence qu’elle refuse précisément d’avoir.
Les classements : le paradoxe du numéro un et du numéro deux
Sept semaines en tête au Royaume-Uni
Le succès est immédiat. Au Royaume-Uni, le single s’écoule à plus de 300 000 exemplaires dès le jour de sa sortie. Il entre dans le classement à la troisième place, puis atteint la première, qu’il conserve sept semaines consécutives, jusqu’au 23 janvier 1968. C’est la plus longue présence des Beatles au sommet depuis She Loves You, en 1963. Hello, Goodbye devient leur quatrième numéro un de Noël en cinq ans, après I Want to Hold Your Hand en 1963, I Feel Fine en 1964 et Day Tripper / We Can Work It Out en 1965. Le disque se vendra à environ un demi-million d’exemplaires en Grande-Bretagne.
Le double EP Magical Mystery Tour en deuxième position
Le 8 décembre 1967 paraît au Royaume-Uni le double EP Magical Mystery Tour, deux disques de 45 tours réunissant les six chansons du film dans un livret illustré, sous les références MMT 1 en mono et SMMT 1 en stéréo. I Am the Walrus en fait partie. À l’époque, le classement de référence, celui du magazine professionnel Record Retailer, aujourd’hui repris par l’Official Charts Company, mélange singles et EP. Le double EP grimpe donc dans le même classement que le single, et finit par se loger juste derrière lui. Pendant trois semaines, à partir de la fin décembre 1967, les Beatles occupent les deux premières places, Hello, Goodbye devant Magical Mystery Tour.
Il en résulte une curiosité statistique souvent citée : I Am the Walrus figure à la fois sur le numéro un et sur le numéro deux du classement britannique, ce qui en fait, selon la formule consacrée, une chanson classée simultanément aux deux premières places.
Correctif factuel n° 5 — I Am the Walrus n’a pas été numéro un au Royaume-Uni
La formule selon laquelle I Am the Walrus aurait occupé les deux premières places du classement britannique est exacte au sens où la chanson figurait sur les deux disques classés numéro un et numéro deux. Mais elle peut induire en erreur. Dans les deux cas, ce n’est pas la chanson qui est classée, mais un disque : le single, classé sous le titre de sa face A, Hello, Goodbye, et le double EP, classé sous le titre de Magical Mystery Tour. Au Royaume-Uni, I Am the Walrus n’a jamais été classée sous son propre nom en 1967. La situation ne s’est produite que parce que Record Retailer intégrait alors les EP dans son classement des singles, ce que ne faisaient pas tous les classements concurrents. Il faut enfin préciser que ce doublé a duré trois semaines, à partir de la fin décembre 1967, et non pendant toute la carrière du single.
Numéro un aux États-Unis, 56e pour la face B
Aux États-Unis, le single sort le 27 novembre 1967 chez Capitol, sous la référence 2056. Il est certifié disque d’or le 15 décembre et atteint la première place du Billboard Hot 100 dans le numéro daté du 30 décembre, en délogeant Daydream Believer des Monkees. Il y reste trois semaines. C’est le quinzième numéro un américain des Beatles, et Billboard le classera plus tard parmi leurs dix plus grands succès aux États-Unis.
Là-bas, le classement fonctionne différemment : chaque face peut être classée séparément si elle est diffusée par les radios. I Am the Walrus, programmée par certaines stations, atteint ainsi la 56e place du Billboard Hot 100 et la 46e du classement de Cash Box. C’est un résultat honorable pour une face B, et une indication que les auditeurs américains n’ont pas tous suivi la hiérarchie fixée par le disque.
Un succès mondial, et une exception belge
Hello, Goodbye se classe numéro un dans de nombreux pays : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Allemagne de l’Ouest, Pays-Bas, Norvège, Danemark, Suède, et France, où il se vend à environ 200 000 exemplaires. Ses ventes mondiales dépassent les deux millions d’exemplaires. Mais il existe une région où la face B a fait mieux que la face A : la Wallonie. Dans le classement wallon, aujourd’hui archivé par Ultratop, c’est sous le titre I Am the Walrus que le disque atteint la première place, alors qu’en Flandre Hello, Goodbye plafonne à la deuxième. C’est l’une des rares situations, dans toute l’histoire des Beatles, où un public a donné raison à Lennon contre la hiérarchie fixée par la maison de disques. On peut y voir un clin d’œil francophone : en Belgique wallonne, au moins, le morse a battu l’adieu.
Magical Mystery Tour : le morse à l’écran
Un film pour tenir le groupe ensemble
I Am the Walrus n’est pas seulement une face B. C’est aussi le moment le plus spectaculaire du film Magical Mystery Tour, le projet que McCartney a lancé pour donner un objectif au groupe après la mort d’Epstein. Tourné en septembre 1967, en partie au cours d’une excursion en car à travers le sud-ouest de l’Angleterre, le film suit une bande de passagers dans un voyage absurde ponctué de séquences musicales. Celle de I Am the Walrus a été tournée sur une piste d’aérodrome désaffectée, celle de West Malling, dans le Kent : les Beatles y miment la chanson, déguisés en animaux, devant un décor de murs et d’escaliers, au milieu de figurants masqués.
Sur la pochette du double EP britannique, la chanson porte un sous-titre facétieux : I Am the Walrus, suivi de la réplique d’une petite fille, Little Nicola, qui le contredit. Nicola Hale, une fillette présente dans le film, y joue un petit rôle. Le clin d’œil résume l’esprit du projet : un monde où même les enfants refusent de prendre les Beatles au sérieux.
Un échec critique, une séquence sauvée
Le film est diffusé par la BBC le 26 décembre 1967, en noir et blanc, sur BBC1, à une heure de grande écoute, devant une audience considérable. La presse est sévère, parfois cruelle : on reproche aux Beatles un film décousu, prétentieux, incompréhensible pour le grand public du lendemain de Noël. C’est leur premier véritable échec public. Dans The Beatles Anthology, McCartney a défendu le film en invoquant précisément la séquence de I Am the Walrus : selon lui, on ne trouve nulle part ailleurs une interprétation filmée de cette chanson, et cela suffit à justifier le film. Nous avons raconté le tournage et la place de Ringo dans le projet dans notre page consacrée au film Magical Mystery Tour.
L’album américain qui réunit les deux faces
Aux États-Unis, Capitol publie dès le 27 novembre 1967 un album Magical Mystery Tour, qui complète les six chansons du film par les singles de l’année : Hello, Goodbye, Strawberry Fields Forever, Penny Lane, Baby, You’re a Rich Man et All You Need Is Love. Pour les auditeurs américains, les deux faces du 45 tours se retrouvent ainsi côte à côte sur le même disque, l’une derrière l’autre. Cette compilation, conçue comme un simple produit de circonstance, deviendra en 1987 l’édition officielle de Magical Mystery Tour dans le monde entier, lors du passage des Beatles au disque compact. C’est aujourd’hui sous cette forme que la plupart des auditeurs découvrent les deux chansons.
Le jugement des critiques, de 1967 à aujourd’hui
À chaud : un accueil partagé
À la sortie du disque, la presse musicale britannique est plutôt favorable aux deux faces. Dans le New Musical Express, Derek Johnson salue en Hello, Goodbye un disque suprêmement commercial, qui répond à ceux qui trouvent que les Beatles vont trop loin, et décrit I Am the Walrus comme une chanson qu’il faut écouter plusieurs fois avant de l’assimiler, avec son texte absurde, parfois suggestif, et son arrangement complexe de cordes. Son collègue Nick Logan, à propos du double EP, évoque un Lennon accroupi sur un rivage désert, chantant au milieu de cordes lointaines et d’une avalanche de sons, et prédit qu’il faudra vivre un moment avec la chanson pour l’apprécier pleinement. Dans le Melody Maker, Nick Jones trouve Hello, Goodbye superficiellement ordinaire, sans les sitars et les sons hallucinatoires auxquels le public s’est habitué, mais pleine de l’âme des Beatles.
Aux États-Unis, l’accueil est plus contrasté. Le 31 décembre 1967, Richard Goldstein publie dans le New York Times un article intitulé Are the Beatles Waning?, les Beatles sont-ils sur le déclin ? Il y estime que Hello, Goodbye sonne comme une face B, intéressante mais secondaire, et voit au contraire dans I Am the Walrus le travail le plus abouti du groupe depuis A Day in the Life. À l’inverse, le critique Rex Reed, dans HiFi/Stereo Review, éreinte I Am the Walrus en la jugeant laide, incohérente et dénuée de sens, et en comparant sa fin à des cris de gens grillés sur une clôture électrique. Les deux faces du disque divisent déjà.
La postérité : le morse gagne, l’adieu se défend
Avec le temps, la hiérarchie s’est inversée dans l’esprit de la critique. Ian MacDonald, dans Revolution in the Head, juge Hello, Goodbye fadement accrocheuse, et estime que sa longue présence au sommet en dit plus sur le déclin soudain du classement des singles que sur la qualité de la chanson. Chris Ingham, dans le Rough Guide des Beatles, la décrit comme un jeu de mots et d’accords inoffensif et facile, qui a empêché le Walrus, bien plus exigeant, d’être la face A du premier single d’après Epstein. Peter Doggett parle de trois minutes de contradictions et de juxtapositions sans signification, avec une mélodie impossible à oublier. Le magazine Rolling Stone a classé Hello, Goodbye à la centième et dernière place de sa liste des cent meilleures chansons des Beatles, publiée en 2011.
Hello, Goodbye a pourtant ses défenseurs, et pas des moindres. Le magazine Mojo l’a placée à la 36e place de sa liste des meilleures chansons du groupe en 2006, avec un commentaire d’Alan McGee, le fondateur du label Creation, qui la tenait pour la plus grande chanson pop de tous les temps, sans exception. Le site Pitchfork a estimé que McCartney excellait à faire passer des paroles simplistes, et que la mélodie de manège et le jeu entre la voix principale et les chœurs faisaient de Hello, Goodbye un bien meilleur disque qu’une chanson. En 2015, The Cure l’a choisie dans la liste des cent meilleures chansons des Beatles établie par des musiciens pour le NME, et l’a enregistrée l’année précédente avec James McCartney, le fils de Paul.
Quant à I Am the Walrus, elle est devenue l’un des titres les plus cités parmi les sommets du rock psychédélique. Le compositeur Danny Elfman a raconté en 2021 que, avec A Day in the Life, elle l’avait accompagné toute sa vie et avait redéfini pour lui ce qu’une chanson pouvait faire, et que les arrangements de cordes de George Martin étaient devenus une partie de son vocabulaire musical.
Correctif factuel n° 6 — Hello, Goodbye n’a pas été écrite pour l’émission Our World
Certaines biographies, à la suite de Bob Spitz, affirment que McCartney aurait écrit Hello, Goodbye dès juin 1967 et l’aurait proposée comme contribution des Beatles à l’émission mondiale Our World, diffusée le 25 juin 1967, honneur finalement revenu à All You Need Is Love. Cette version contredit l’opinion la plus répandue chez les spécialistes, selon laquelle la chanson proposée par McCartney pour Our World était Your Mother Should Know. Ian MacDonald, de son côté, date la composition de Hello, Goodbye de la fin septembre 1967, peu avant son enregistrement. Le communiqué publié par la presse musicale britannique en novembre 1967 présentait d’ailleurs Hello, Goodbye comme une chanson écrite spécialement pour le single, et non pour le film ou pour une autre occasion. La version de Spitz reste isolée et doit être considérée avec prudence.
Le morse après 1967 : une chanson qui n’a jamais quitté Lennon
Glass Onion, God et la question de l’identité
Lennon n’a pas laissé le morse derrière lui. En 1968, dans Glass Onion, sur le White Album, il se moque de ceux qui cherchent des indices dans les chansons des Beatles en leur en offrant de nouveaux, dont l’affirmation que le morse, c’était Paul. Il expliquera plus tard qu’il avait voulu, par ce clin d’œil, faire un geste envers McCartney à un moment où le groupe commençait à se défaire, et que cela n’avait aucun autre sens. Cette phrase alimentera pourtant la légende de la mort de Paul, qui fera fureur à l’automne 1969.
En 1970, dans God, sur l’album John Lennon/Plastic Ono Band, Lennon passe en revue tout ce en quoi il ne croit plus, des religions aux idoles, avant de conclure qu’il était le morse et qu’il est désormais John. Le morse est devenu pour lui le symbole d’une identité de Beatle qu’il abandonne. La chanson de 1967 a ainsi connu une seconde vie, comme masque que Lennon pose et dépose au fil de son œuvre.
De Jeff Lynne à Oasis : la descendance du morse
L’influence de I Am the Walrus sur la musique qui a suivi est considérable. Jeff Lynne a fondé Electric Light Orchestra en 1970 avec l’ambition déclarée de prolonger le son de cette chanson, mêlant le rock et les cordes, comme nous le racontions dans notre article sur Mr. Blue Sky et les Beatles et dans notre enquête sur le riff de A Day in the Life chez Jeff Lynne. Oasis l’a jouée régulièrement en concert, souvent en fin de set, et en a publié une version enregistrée en public ; c’est d’ailleurs I Am the Walrus que le groupe jouait le soir de mai 1993 où il a été repéré à Glasgow par Alan McGee, celui-là même qui tient Hello, Goodbye pour la plus grande chanson pop de l’histoire. Nous avons raconté cette histoire croisée dans notre histoire des Beatles et des frères Gallagher.
Parmi les reprises les plus inattendues figure celle de l’acteur Jim Carrey, enregistrée en 1998 pour l’album In My Life, le disque d’adieu de George Martin, avec un orchestre dirigé par Martin lui-même. Nous l’évoquions dans notre article sur Phil Collins et la scène disparue de l’Anthology. Le groupe américain Phish l’a aussi inscrite à son répertoire, et les Flaming Lips en ont donné une version psychédélique.
Hello, Goodbye sur scène : la revanche de Paul
Hello, Goodbye a connu, elle, une seconde vie sur scène. McCartney en a enchaîné la coda à Put It There tout au long de sa tournée mondiale de 1989-1990, comme nous l’avons raconté dans notre histoire de Put It There. Il a ouvert ses concerts avec la chanson lors des tournées Driving World Tour en 2002 et Back in the World en 2003, et l’a reprise lors de la tournée On the Run en 2011 et 2012. Le 21 mai 2026, il l’a encore chantée sur le plateau de la dernière émission du Late Show de Stephen Colbert, avec Elvis Costello et l’animateur aux chœurs. Lennon n’a jamais pu jouer I Am the Walrus sur scène avec les Beatles, qui avaient cessé les concerts en 1966, et ne l’a pas reprise en solo. Sur scène, au moins, c’est l’adieu qui a gagné.
Verdict : la face B valait-elle mieux que la face A ?
Les arguments du morse
Les défenseurs de I Am the Walrus ont de solides arguments. La chanson est plus ambitieuse : elle fait entrer dans un 45 tours un orchestre, une chorale, un collage radiophonique et une harmonie instable, à un niveau de sophistication que peu de disques pop avaient atteint. Elle est plus singulière : on ne peut la confondre avec aucune autre. Elle est plus influente : sa descendance, d’ELO à Oasis, en passant par des générations de musiciens qui y ont appris ce qu’un arrangement pouvait faire, est considérable. Elle a mieux vieilli dans l’estime de la critique. Et elle porte la signature d’un artiste au sommet de son audace, au moment où il va bientôt se détourner du groupe.
Les arguments de l’adieu
Les défenseurs de Hello, Goodbye ne sont pas sans réponse. La chanson remplit parfaitement sa fonction : c’est un single de Noël, immédiat, joyeux, universel, qui a été numéro un dans une dizaine de pays. Sa simplicité n’est pas paresse : sa mélodie descendante, ses voix entrelacées, ses phrases de longueur irrégulière et sa coda inattendue en font un petit objet d’artisanat pop très soigné. Alan McGee n’est pas le seul à y entendre une chanson parfaite. Et Lennon lui-même en aimait la fin.
Ce que le disque nous dit vraiment
La question de savoir laquelle des deux chansons est la meilleure n’a sans doute pas de réponse définitive. Elle dépend de ce que l’on attend d’une chanson pop : une émotion immédiate ou une expérience qui se révèle avec le temps. Mais ce 45 tours dit quelque chose d’essentiel sur les Beatles de la fin 1967. Il met côte à côte, sur les deux faces d’un même disque, les deux pôles qui avaient fait leur grandeur en se complétant, l’artisan mélodiste et l’expérimentateur provocateur, au moment où ces deux pôles commencent à s’éloigner l’un de l’autre. Le choix de la face A n’a pas seulement départagé deux chansons. Il a révélé que, sans Epstein, ce serait désormais le marché, et McCartney, qui trancheraient. Lennon ne s’en remettra jamais tout à fait.
La réponse la plus juste est peut-être celle que le public a donnée lui-même, par l’écoute répétée au fil des décennies : Hello, Goodbye est la chanson qu’on chante, I Am the Walrus celle qu’on étudie. Le disque avait deux faces ; il avait aussi deux publics.
Les autres faces B des Beatles qui rivalisent avec leur face A
This Boy (1963)
Face B de I Want to Hold Your Hand, sortie le 29 novembre 1963, This Boy est une ballade de Lennon à trois voix, inspirée des harmonies des groupes vocaux américains. Elle a été jouée par les Beatles à la télévision américaine, lors de leur passage au Ed Sullivan Show en février 1964, et a souvent été citée parmi leurs plus belles harmonies vocales.
I’m Down (1965)
Face B de Help!, sortie le 23 juillet 1965, I’m Down est la réponse de McCartney à Little Richard, un rock frénétique qui servira de chanson de clôture aux concerts des Beatles, notamment au Shea Stadium en août 1965, où Lennon joue de l’orgue avec le coude.
Rain (1966)
Face B de Paperback Writer, sortie le 30 mai 1966 aux États-Unis et le 10 juin au Royaume-Uni, Rain est l’une des premières chansons de rock à utiliser une voix passée à l’envers. Ringo Starr l’a souvent citée comme sa meilleure prestation à la batterie, et de nombreux critiques la placent au-dessus de sa face A.
Baby, You’re a Rich Man (1967)
Face B de All You Need Is Love, sortie le 7 juillet 1967, cette chanson née de la réunion de deux idées inachevées de Lennon et de McCartney est une satire des gens riches et élégants qui gravitaient autour du groupe, avec un clavioline au son oriental.
Revolution (1968)
Face B de Hey Jude, sortie le 30 août 1968 au Royaume-Uni, la version rapide et saturée de Revolution était la chanson que Lennon voulait en face A. Le scénario de 1967 se répète, avec le même résultat.
The Inner Light (1968)
Face B de Lady Madonna, sortie le 15 mars 1968, The Inner Light est la première composition de George Harrison publiée sur un single des Beatles, sur un texte inspiré du Tao Te King, enregistrée en partie à Bombay avec des musiciens indiens.
Don’t Let Me Down (1969)
Face B de Get Back, sortie le 11 avril 1969, cette supplique de Lennon à Yoko Ono, jouée sur le toit d’Apple le 30 janvier 1969, est souvent jugée plus émouvante que sa face A, et elle n’a figuré sur aucun des albums originaux du groupe.
Old Brown Shoe (1969)
Face B de The Ballad of John and Yoko, sortie le 30 mai 1969, cette chanson de Harrison, portée par une basse remarquable de McCartney, est l’une des pépites méconnues de la fin du groupe.
You Know My Name (Look Up the Number) (1970)
Face B de Let It Be, sortie le 6 mars 1970, cette pochade enregistrée par étapes entre 1967 et 1969, avec Brian Jones des Rolling Stones au saxophone, est l’exact opposé de sa face A : là où Let It Be est solennelle, You Know My Name est une parodie de cabaret. C’est la dernière face B publiée par les Beatles en activité. Pour l’ensemble de ces chansons, nous renvoyons à notre tour d’horizon des 212 chansons des Beatles.
Guide d’écoute : les versions à connaître
I Am the Walrus
- Le mono britannique de 1967 : la version de référence pour beaucoup d’amateurs, avec la radio du Roi Lear intégrée d’origine et un accord d’introduction de quatre temps. Disponible notamment dans le coffret The Beatles in Mono.
- La stéréo de 1967 : vraie stéréo pendant environ deux minutes, puis fausse stéréo tirée du mono. Un document historique, plus qu’une version idéale.
- Le mono du single américain : avec une mesure supplémentaire avant le passage de la crème anglaise, vestige d’une version non coupée.
- Rarities (1980, États-Unis) : une version hybride qui combine l’introduction stéréo de six temps et la mesure supplémentaire du single américain.
- Anthology 2 (1996) : une version de travail sans orchestre ni chœurs, qui révèle la piste de base du groupe et un Lennon qui entre trop tôt sur une mesure ensuite coupée.
- Love (2006) : la première véritable stéréo intégrale, réalisée par George et Giles Martin à partir d’une copie retrouvée de la retransmission du Roi Lear.
- Magical Mystery Tour, édition restaurée (2012) : un nouveau mixage stéréo complet pour la réédition du film.
- 1967-1970, édition 2023 : un nouveau mixage stéréo pour la réédition de la compilation bleue.
- Anthology 4 (2025) : la partie orchestrale isolée, qui permet d’entendre en détail le travail de George Martin.
Hello, Goodbye
- Le single de 1967 : en mono au Royaume-Uni, avec sa coda d’environ quarante-cinq secondes.
- Anthology 2 (1996) : la version de travail du 19 octobre, avec une guitare de Harrison plus présente et un court solo ensuite supprimé.
- Magical Mystery Tour, album : en stéréo, sur l’édition américaine devenue internationale en 1987.
- 1 (2000 et 2015) : la compilation des numéros un, qui contient Hello, Goodbye mais pas sa face B. Nous en avons raconté l’histoire dans notre article sur la compilation 1.
- Les versions en public de Paul McCartney : sur Back in the U.S. en 2002, et la coda enchaînée à Put It There sur Tripping the Live Fantastic en 1990.
Comparer les deux faces : une écoute en cinq étapes
- Écouter Hello, Goodbye en entier, en se concentrant sur la ligne de basse qui descend et sur les voix qui se répondent.
- Écouter I Am the Walrus en entier, en suivant la sirène de l’introduction, puis l’entrée des cordes et de la chorale.
- Comparer les deux codas : l’improvisation joyeuse de Hello, Goodbye et la montée infinie de I Am the Walrus, deux manières de finir sur un faux final.
- Écouter la version d’Anthology 2 de chaque chanson, pour mesurer ce que l’arrangement final a ajouté ou retiré.
- Revenir au mono de 1967 de I Am the Walrus, pour entendre la radio du Roi Lear telle que Lennon l’a injectée en direct.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1871 | Lewis Carroll publie De l’autre côté du miroir, avec le poème The Walrus and the Carpenter |
| Mai 1967 | La BBC refuse de diffuser A Day in the Life |
| 25 juin 1967 | Émission Our World : les Beatles interprètent All You Need Is Love |
| Été 1967 | Lettre de Stephen Bayley, élève de Quarry Bank ; Lennon assemble I Am the Walrus |
| 27 août 1967 | Mort de Brian Epstein ; les Beatles sont à Bangor avec le Maharishi |
| 5 septembre 1967 | Première séance d’I Am the Walrus, première séance d’après Epstein |
| 6 septembre 1967 | Superpositions sur I Am the Walrus |
| Septembre 1967 | Tournage de Magical Mystery Tour, dont la séquence d’I Am the Walrus à West Malling |
| 27 septembre 1967 | Orchestre de seize musiciens l’après-midi, Mike Sammes Singers le soir |
| 29 septembre 1967 | Mixage mono avec la radio du Roi Lear injectée en direct |
| 2 octobre 1967 | Piste de base de Hello, Goodbye, sous le titre Hello Hello |
| 17 octobre 1967 | Service à la mémoire de Brian Epstein à la New London Synagogue |
| 19 octobre 1967 | Guitares, voix et chœurs de Hello, Goodbye |
| 20 octobre 1967 | Deux altos ajoutés par Kenneth Essex et Leo Birnbaum |
| 25 octobre et 2 novembre 1967 | Basse de McCartney ; mixage mono le 2 novembre |
| 6 novembre 1967 | Mixage stéréo de Hello, Goodbye |
| 10 novembre 1967 | Tournage des trois films promotionnels de Hello, Goodbye au Saville Theatre, réalisés par McCartney |
| 23 novembre 1967 | Top of the Pops illustre Hello, Goodbye avec des images de A Hard Day’s Night |
| 24 novembre 1967 | Sortie britannique du single (Parlophone R 5655) ; plus de 300 000 exemplaires vendus le premier jour |
| 26 novembre 1967 | Premier film promotionnel diffusé au Ed Sullivan Show |
| 27 novembre 1967 | Sortie américaine du single (Capitol 2056) et de l’album Magical Mystery Tour |
| Fin novembre 1967 | La BBC refuse de diffuser I Am the Walrus |
| 8 décembre 1967 | Sortie britannique du double EP Magical Mystery Tour |
| 15 décembre 1967 | Disque d’or aux États-Unis |
| 26 décembre 1967 | Diffusion du film Magical Mystery Tour sur BBC1 |
| Fin décembre 1967 | Début des trois semaines où les Beatles occupent les deux premières places au Royaume-Uni |
| 30 décembre 1967 | Hello, Goodbye numéro un du Billboard Hot 100, pour trois semaines |
| 31 décembre 1967 | Article de Richard Goldstein dans le New York Times, Are the Beatles Waning? |
| 23 janvier 1968 | Fin des sept semaines de Hello, Goodbye en tête du classement britannique |
| 30 août 1968 | Hey Jude / Revolution : Lennon perd de nouveau la face A |
| 22 novembre 1968 | White Album : Glass Onion affirme que le morse, c’était Paul |
| Décembre 1970 | God, sur John Lennon/Plastic Ono Band : Lennon n’est plus le morse |
| 1980 | Entretien Playboy avec David Sheff : Lennon juge sévèrement Hello, Goodbye ; album Rarities aux États-Unis |
| 1996 | Anthology 2 : versions de travail des deux chansons |
| 2006 | Love : première stéréo intégrale d’I Am the Walrus |
| 2023 | Nouveau mixage stéréo pour la réédition de 1967-1970 |
| 2025 | Anthology 4 : la partie orchestrale isolée d’I Am the Walrus |
| 21 mai 2026 | Paul McCartney chante Hello, Goodbye lors de la dernière du Late Show de Stephen Colbert |
Fiche technique : qui joue quoi
| Chanson | Musiciens | Rôle |
|---|---|---|
| I Am the Walrus | John Lennon | Chant doublé, piano électrique, Mellotron |
| I Am the Walrus | Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr | Basse et tambourin ; guitare ; batterie ; chœurs |
| I Am the Walrus | Huit violons, quatre violoncelles, trois cors, une clarinette contrebasse | Orchestre arrangé et dirigé par George Martin |
| I Am the Walrus | Mike Sammes Singers, huit hommes et huit femmes | Chœurs, rires, onomatopées |
| I Am the Walrus | Mark Dignam, Philip Guard, John Bryning | Comédiens du Roi Lear, captés à la radio |
| Hello, Goodbye | Paul McCartney | Chant doublé, piano, basse, bongos, conga |
| Hello, Goodbye | John Lennon, George Harrison, Ringo Starr | Orgue Hammond et chœurs ; guitare, chœurs ; batterie, maracas, tambourin |
| Hello, Goodbye | Kenneth Essex, Leo Birnbaum | Altos |
| Les deux | George Martin ; Geoff Emerick, Ken Scott | Production ; prise de son |
Questions fréquentes
Pourquoi I Am the Walrus est-elle sortie en face B ?
Parce que Paul McCartney et George Martin jugeaient Hello, Goodbye plus commerciale pour le single de Noël 1967. John Lennon voulait que sa chanson soit la face A, mais il a fini par s’incliner.
Qui a écrit I Am the Walrus et Hello, Goodbye ?
Les deux chansons sont créditées Lennon-McCartney, mais I Am the Walrus est l’œuvre de John Lennon et Hello, Goodbye celle de Paul McCartney.
Quand le single est-il sorti ?
Le 24 novembre 1967 au Royaume-Uni, chez Parlophone, sous la référence R 5655, et le 27 novembre 1967 aux États-Unis, chez Capitol, sous la référence 2056.
Combien de temps Hello, Goodbye est-elle restée numéro un ?
Sept semaines au Royaume-Uni, jusqu’au 23 janvier 1968, et trois semaines au Billboard Hot 100 aux États-Unis. Elle a été le numéro un de Noël 1967 en Grande-Bretagne.
I Am the Walrus a-t-elle été classée seule ?
Pas au Royaume-Uni, où le disque était classé sous le titre de la face A. Aux États-Unis, la face B a atteint la 56e place du Billboard Hot 100. En Wallonie, le disque a été classé numéro un sous le titre I Am the Walrus.
Est-il vrai qu’I Am the Walrus a occupé les deux premières places ?
Oui, au sens où elle figurait sur le single numéro un et sur le double EP Magical Mystery Tour, numéro deux pendant trois semaines à partir de la fin décembre 1967. Mais ce sont les disques qui étaient classés, pas la chanson elle-même.
Pourquoi la BBC a-t-elle censuré I Am the Walrus ?
À cause d’un vers contenant le mot knickers, culotte, jugé inconvenant pour la radio publique.
Qu’entend-on à la fin de I Am the Walrus ?
Des extraits du Roi Lear de Shakespeare, acte IV, scène 6, captés en direct par Lennon sur une retransmission du Third Programme de la BBC, le 29 septembre 1967.
Pourquoi la version stéréo de 1967 change-t-elle en cours de route ?
Parce que la radio a été ajoutée en direct dans le mixage mono et n’existait pas sur les bandes multipistes. Pour la seconde moitié de la chanson, les ingénieurs ont fabriqué une fausse stéréo à partir du mono.
Qui est le morse ?
Le personnage vient du poème de Lewis Carroll The Walrus and the Carpenter. Lennon a reconnu plus tard que le morse y était le méchant. En 1968, dans Glass Onion, il a affirmé par jeu que le morse était Paul, et en 1970, dans God, qu’il avait été le morse et qu’il était désormais John.
Que pensait Lennon de Hello, Goodbye ?
Peu de bien. En 1980, il l’a qualifiée de tentative de single typique de McCartney, sans grande valeur, tout en reconnaissant aimer sa coda improvisée.
Hello, Goodbye est-elle une mauvaise chanson ?
Non. Si une partie de la critique la juge légère, d’autres la tiennent pour un modèle de chanson pop, comme Alan McGee, qui y voyait la plus grande chanson pop de tous les temps.
Lennon a-t-il joué I Am the Walrus sur scène ?
Non. Les Beatles avaient cessé les concerts en 1966, et Lennon ne l’a pas reprise en solo. Paul McCartney, en revanche, a souvent joué Hello, Goodbye sur scène.
Quelles autres faces B des Beatles sont considérées comme meilleures que leur face A ?
Rain, face B de Paperback Writer, Revolution, face B de Hey Jude, et Don’t Let Me Down, face B de Get Back, sont les exemples les plus souvent cités.
Glossaire
- Face A, face B : les deux côtés d’un 45 tours ; la face A porte la chanson mise en avant, la face B la chanson complémentaire.
- Double EP : deux disques de 45 tours réunis dans une même pochette, format choisi pour Magical Mystery Tour au Royaume-Uni.
- Fausse stéréo : procédé qui simule la stéréo à partir d’un enregistrement mono, en jouant sur la répartition des fréquences.
- Mellotron : clavier qui déclenche des bandes préenregistrées d’instruments, très utilisé par les Beatles en 1967.
- Mode lydien : mode musical caractérisé par une quarte augmentée, qui donne une impression de flottement.
- Son de Shepard : illusion sonore d’une montée ou d’une descente infinie, créée par la superposition de gammes.
- Coda : section finale d’une chanson, parfois sans rapport direct avec ce qui précède.
- Record Retailer : magazine professionnel britannique dont le classement est aujourd’hui considéré comme le classement officiel des années 1960.
- Play-back : interprétation mimée sur un enregistrement, interdite à la télévision britannique par le syndicat des musiciens en 1967.
- Mike Sammes Singers : chorale professionnelle britannique très active dans les studios des années 1950 à 1970.
Pour aller plus loin : écouter, lire, regarder
À écouter
- The Beatles, Magical Mystery Tour, avec les deux chansons : en vinyle et CD.
- The Beatles in Mono, pour le mono d’origine d’I Am the Walrus : le coffret.
- The Beatles, 1967-1970, édition 2023 avec les nouveaux mixages : en vinyle et CD.
- The Beatles, Love, avec la première stéréo intégrale d’I Am the Walrus : disponible ici.
- The Beatles, Anthology 2, pour les versions de travail des deux chansons : disponible ici.
- The Beatles, Anthology 4, pour la partie orchestrale isolée : disponible ici.
- The Beatles, 1, avec Hello, Goodbye : en CD et vinyle.
À lire
- David Sheff, All We Are Saying, l’entretien de 1980 où Lennon revient sur les deux chansons : disponible ici.
- Mark Lewisohn, The Beatles Recording Sessions, pour le détail des séances : disponible ici.
- Ian MacDonald, Revolution in the Head, l’analyse chanson par chanson : disponible ici.
- Walter Everett, The Beatles as Musicians: Revolver through the Anthology, l’analyse musicologique de référence : disponible ici.
- Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir, avec Le Morse et le Charpentier : en édition française.
À regarder sur YouTube
- I Am the Walrus, la séquence du film Magical Mystery Tour
- Hello, Goodbye, le film promotionnel du Saville Theatre
- Pourquoi les Beatles ont-ils écrit I Am the Walrus ? (en anglais)
- I Am the Walrus, la version d’Anthology 2
Sources et références
John Lennon, entretien avec David Sheff pour Playboy, 1980, publié dans All We Are Saying ; The Beatles Anthology, 2000 ; Mark Lewisohn, The Beatles Recording Sessions et The Complete Beatles Recording Sessions ; Ian MacDonald, Revolution in the Head ; Walter Everett, The Beatles as Musicians et The Foundations of Rock ; Alan W. Pollack, Notes on I Am the Walrus et Notes on Hello Goodbye ; Steve Turner, A Hard Day’s Write ; Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now et The Beatles Diary ; Hunter Davies, The Beatles ; Pattie Boyd, Wonderful Today ; Lewis Lapham, With the Beatles ; Steven D. Stark, Meet the Beatles ; Richie Unterberger, The Unreleased Beatles ; Chris Ingham, The Rough Guide to the Beatles ; Peter Doggett, The Beatles: The Music and the Myth ; Richard Goldstein, Are the Beatles Waning?, The New York Times, 31 décembre 1967 ; NME et Melody Maker, novembre 1967 ; Official Charts Company ; Billboard ; Ultratop ; Wikipedia, articles I Am the Walrus et Hello, Goodbye ; The Paul McCartney Project ; The Beatles Bible ; uDiscover Music.
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