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Actualité Beatles

1 des Beatles : genèse, contenu, rééditions et records de la compilation la plus vendue des années 2000

Par Clive Helday
Beatles 1 : l'histoire de la compilation aux 27 numéros un

Le lundi 13 novembre 2000, un petit boîtier de plastique arrive dans les bacs du monde entier. Sur la pochette, pas de visage, pas de nom lisible au premier coup d’œil : un chiffre jaune posé sur un fond rouge. Vingt-quatre heures plus tard, selon le Guinness World Records, 3,6 millions d’exemplaires sont déjà vendus. Un mois après, le compteur affiche 13,5 millions. Les quatre musiciens qui figurent sur ce disque ne jouent plus ensemble depuis trente ans, l’un d’eux est mort depuis vingt ans, et toutes les chansons qu’il contient ont déjà été publiées au moins une fois, souvent dix. Et pourtant, 1 va devenir l’album le plus vendu de la décennie 2000.

Cette compilation est souvent traitée comme un objet commercial sans histoire, un best of de plus sur une étagère déjà saturée. C’est une erreur de perspective. 1 est un disque pensé, arbitré, remastérisé, emballé et lancé avec une précision d’horloger, qui a obligé ses concepteurs à trancher des questions délicates : qu’est-ce qu’un numéro un ? Quel classement fait foi ? Que faire d’une chanson qui n’a été numéro un que dans un seul pays, ou qui n’a jamais été publiée en 45 tours au Royaume-Uni ? C’est aussi, pour le collectionneur, une petite galaxie d’éditions, de pressages et de mixages différents, de 2000 à 2015, qu’il vaut la peine de savoir distinguer.

Voici l’histoire complète de 1 : sa genèse, son contenu plage par plage, sa fabrication, sa publication, son succès hors norme, sa réception, ses rééditions, et ce qu’il dit encore, un quart de siècle plus tard, de la place des Beatles dans l’économie de la musique.

En bref

L’album : 1, compilation des Beatles publiée le 13 novembre 2000 par Apple, Parlophone et Capitol, 27 titres, 78 minutes 39 secondes, un seul CD.

Le principe : réunir toutes les chansons classées numéro un au Royaume-Uni dans le palmarès de Record Retailer ou aux États-Unis dans le Billboard Hot 100, de Love Me Do à The Long and Winding Road.

Les compilateurs : Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr et George Martin, sous l’impulsion d’Apple Corps, alors dirigée par Neil Aspinall.

Le son : remastérisation spécifique réalisée en 2000 à Abbey Road sous la supervision de Peter Mew ; nouveaux mixages stéréo de Giles Martin et Sam Okell en 2015.

Les chiffres : 3,6 millions d’exemplaires vendus le premier jour et 13,5 millions le premier mois selon le Guinness World Records ; plus de 31 millions dans le monde selon Apple en 2009 ; numéro un dans 35 pays ; album le plus vendu des années 2000 aux États-Unis.

Les rééditions majeures : 2011 (remastérisation issue des masters de 2009), 2014 (double vinyle), 2015 (1 et 1+, remixage et 50 films promotionnels restaurés).

Novembre 2000 : pourquoi une compilation des Beatles trente ans après la séparation

Pour comprendre 1, il faut d’abord comprendre le moment où il paraît. En 2000, les Beatles ne sont pas un groupe oublié qu’on ressuscite. Ils sortent au contraire d’un cycle de cinq ans qui les a remis au centre de la culture populaire, et Apple Corps, leur société, a appris pendant ce cycle à faire quelque chose qu’elle ne savait pas faire en 1970 : gérer un catalogue comme un patrimoine vivant.

L’après-Anthology et l’Apple de Neil Aspinall

Tout commence avec The Beatles Anthology. Le projet, porté depuis 1970 par Neil Aspinall, ancien chauffeur et road manager du groupe devenu patron d’Apple, aboutit entre 1995 et 1996 à une série documentaire, à trois doubles albums d’archives et à deux chansons nouvelles construites sur des maquettes de John Lennon, Free as a Bird et Real Love. Le premier volume, publié le 20 novembre 1995, s’écoule à environ 450 000 exemplaires le premier jour aux États-Unis. Pour la première fois depuis la séparation, les trois Beatles survivants ont travaillé ensemble sur un projet commun, et ils ont constaté qu’ils pouvaient s’entendre sur des choix éditoriaux. Nous avons raconté ailleurs comment George Harrison a vécu ces retrouvailles et ce qu’il a réellement dit de toute idée de réunion. La production de Free as a Bird avait d’ailleurs été confiée à Jeff Lynne, dont nous avons retracé la filiation beatlesienne revendiquée à travers ELO.

Le cycle ne s’arrête pas là. En 1999, la réédition du film Yellow Submarine s’accompagne d’un Yellow Submarine Songtrack entièrement remixé. En octobre 2000, un mois avant 1, paraît enfin le livre The Beatles Anthology, somme de 367 pages où les quatre racontent leur histoire à la première personne, qui file directement en tête des ventes du New York Times. La traduction française, signée Philippe Paringaux, sort la même année au Seuil (The Beatles Anthology, éditions du Seuil). Aspinall, qui dirige Apple depuis le milieu des années 1970 au nom des quatre et de leurs héritiers, est l’homme de tous ces projets. Le Liverpool Beatles Museum, fondé par son fils Roag, le rappelle sans détour : c’est Aspinall qui a piloté l’Anthology, 1, Let It Be… Naked et le spectacle Love du Cirque du Soleil. Apple Corps estime que 70 millions d’albums des Beatles se sont vendus pendant ses vingt dernières années à la tête de la société, de 1987 à 2007.

Un marché du disque à son sommet, Napster en embuscade

L’autre élément de contexte, c’est l’état de l’industrie. L’année 2000 est l’apogée du CD. Aux États-Unis, les ventes d’albums mesurées par SoundScan atteignent cette année-là leur niveau le plus élevé, et les mastodontes de la saison s’appellent Eminem, Britney Spears, NSYNC, Santana et les Backstreet Boys. Dans le même temps, un logiciel lancé l’année précédente, Napster, a déjà montré que des millions de personnes étaient prêtes à télécharger de la musique sans la payer. Les maisons de disques savent que le vent tourne, sans savoir encore à quelle vitesse.

Dans ce paysage, un disque unique, simple, reconnaissable, qui peut s’offrir à Noël à quelqu’un qui n’a jamais acheté un album des Beatles, a une logique commerciale imparable. Il ne s’adresse pas au collectionneur qui possède déjà les treize albums et les deux Past Masters ; il s’adresse à tous les autres.

Viser une génération qui n’a jamais acheté un Beatles

Les notices consacrées à l’album le disent clairement : 1 vise en priorité la jeune génération, celle du numérique, qui a entendu les chansons partout sans les posséder. Pour la première fois depuis 20 Greatest Hits en 1982, les Beatles proposent un best of tenant sur un seul support, et c’est même la première de leurs compilations disponible sur un seul CD. Détail révélateur : l’album est lancé en même temps que le site officiel du groupe, thebeatles.com, qui propose des visites virtuelles des studios, des photos inédites et des fiches pour chaque titre. La vidéo de Come Together que l’on retrouvera en 2015 sur 1+ est d’ailleurs un clip d’animation réalisé à l’origine par le studio Melon Dezign précisément pour ce lancement en ligne.

Le calcul fonctionne au-delà de toute prévision. Au lieu de concurrencer les albums originaux, 1 sert de porte d’entrée, exactement comme l’avaient fait en 1973 les deux doubles compilations rouge et bleue, dont nous avons retracé le retour triomphal en 1973 et le rôle de disques d’initiation.

Qui a choisi ? Trois Beatles et George Martin

Le disque n’est pas l’œuvre d’un département marketing. Il a été compilé par Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr avec George Martin, le producteur historique du groupe, qui signe l’avant-propos du livret. Il s’agit d’une entreprise conjointe des trois survivants et de leur producteur, et c’est ce qui explique en partie la rigueur de la règle retenue : plutôt qu’une sélection subjective, qui aurait obligé à arbitrer entre les goûts de chacun et à rouvrir de vieilles querelles d’auteurs, les quatre hommes s’en remettent à un critère extérieur, les classements de ventes. Personne ne choisit ses chansons préférées ; ce sont les acheteurs de 1962 à 1970 qui ont choisi.

On mesure l’intérêt de cette neutralité quand on se souvient de la manière dont John Lennon jugeait certaines chansons du groupe, un inventaire que nous avons dressé dans ce que Lennon reprochait vraiment aux albums des Beatles. Un palmarès ne se discute pas ; une anthologie personnelle, si.

1 est enfin le dernier album des Beatles paru du vivant de George Harrison, mort le 29 novembre 2001, un peu plus d’un an après la sortie.

La règle du jeu : 27 numéros un, deux palmarès, et quelques arbitrages

Le slogan publicitaire tenait en une équation, imprimée en ouverture du livret : 27 singles numéro un égalent 1. La réalité est un peu plus tortueuse, parce que les Beatles ont vécu à cheval sur deux marchés dont les classements ne fonctionnaient pas de la même manière, et parce que leurs 45 tours n’étaient pas toujours les mêmes des deux côtés de l’Atlantique.

Record Retailer et Billboard : pourquoi ces deux classements

Le critère officiel est le suivant : sont retenues les chansons parvenues à la première place du Top 50 de Record Retailer au Royaume-Uni, ou du Billboard Hot 100 aux États-Unis. Au Royaume-Uni, dans les années 1960, plusieurs palmarès coexistent : celui du New Musical Express, celui du Melody Maker, celui de Disc, celui de Record Retailer. C’est ce dernier qui a été retenu a posteriori comme ancêtre du classement officiel actuel, et c’est donc lui qui fait foi. Aux États-Unis, le choix du Hot 100 de Billboard s’impose plus naturellement, même si Cash Box et Record World publiaient leurs propres listes. La boutique officielle du groupe résume le choix ainsi : les classements les plus largement diffusés dans chacun des deux pays.

Ce choix a une conséquence immédiate : il exclut des chansons que les Britanniques de 1963 considéraient sans hésiter comme des numéros un.

Les grands absents : Please Please Me et Strawberry Fields Forever

Deux 45 tours de John Lennon, publiés dans les deux pays, manquent à l’appel. Le premier est Please Please Me. En février 1963, la chanson est numéro un dans le New Musical Express, dans le Melody Maker et dans Disc, c’est-à-dire dans à peu près tous les classements que lisaient les adolescents britanniques de l’époque. Mais dans Record Retailer, elle plafonne à la deuxième place. Aux États-Unis, sa première parution chez Vee-Jay en 1963 passe inaperçue, et sa réédition de 1964 atteint la troisième place. Pour les Beatles eux-mêmes, Please Please Me était leur premier numéro un ; pour la règle de 1, elle ne l’est pas. Un exemplaire mono original de l’album du même nom vient d’ailleurs de rappeler sa cote en salle des ventes, comme nous le racontions à propos des records d’enchères des Beatles.

Le second absent est plus douloureux encore : Strawberry Fields Forever. Le 45 tours de février 1967, couplé à Penny Lane en double face A, bute au Royaume-Uni sur Release Me d’Engelbert Humperdinck et reste deuxième, sauf dans le Melody Maker. Aux États-Unis, les deux faces sont classées séparément, et c’est Penny Lane seule qui atteint la première place. Résultat : Penny Lane figure sur 1, Strawberry Fields Forever non. L’une des œuvres les plus ambitieuses du groupe est éliminée par une règle comptable. Ironie de l’histoire, son film promotionnel, tourné à Knole Park les 30 et 31 janvier 1967, entrera quinze ans plus tard sur le disque bonus de 1+.

Le cas For You Blue

Il existe une troisième exception, plus discrète. En juin 1970, le Billboard Hot 100 classe en tête le 45 tours The Long and Winding Road en mentionnant aussi sa face B, For You Blue de George Harrison. Techniquement, les deux faces partagent donc la première place. Mais Capitol avait toujours traité For You Blue comme une simple face B et ne l’avait jamais promue comme face A. Les compilateurs l’ont écartée. On peut s’interroger sur la cohérence : Day Tripper, qui n’a jamais été numéro un aux États-Unis, figure sur le disque parce qu’elle était une double face A officielle au Royaume-Uni avec We Can Work It Out. La distinction repose donc sur le statut du 45 tours, face A revendiquée ou face B, plus que sur la lettre du classement.

Harrison n’a finalement qu’une seule chanson sur les 27, Something. Cette sous-représentation reflète fidèlement la répartition des faces A pendant la vie du groupe : il a fallu attendre octobre 1969 pour qu’une composition de Harrison accède enfin à ce statut.

Love Me Do, l’intruse américaine

La plage d’ouverture est la plus paradoxale. Love Me Do, premier 45 tours des Beatles chez Parlophone, publié le 5 octobre 1962, n’a jamais été numéro un chez elle : son meilleur classement dans Record Retailer est la dix-septième place. Si elle figure sur 1, c’est uniquement grâce à sa carrière américaine. Publiée aux États-Unis le 27 avril 1964, en pleine Beatlemania, par le petit label Tollie, filiale de Vee-Jay, elle atteint la première place du Hot 100 le 30 mai 1964, pour une semaine.

Le collectionneur remarquera un autre détail : la version présente sur 1 n’est pas celle du premier pressage britannique. C’est la version enregistrée le 11 septembre 1962 avec le batteur de studio Andy White, Ringo Starr étant relégué au tambourin, celle qui figure sur l’album Please Please Me et qui a été publiée aux États-Unis. Il existe deux autres enregistrements de la chanson, l’un avec Ringo à la batterie, l’autre avec Pete Best. La date d’enregistrement de cette version, le 11 septembre 1962, est d’ailleurs la borne de départ que retiennent toutes les fiches de l’album.

The Long and Winding Road, le numéro un sans 45 tours britannique

La plage de clôture pose le problème inverse. The Long and Winding Road n’a jamais été publiée en 45 tours au Royaume-Uni du temps des Beatles. Aux États-Unis, Apple la sort le 11 mai 1970, après l’annonce publique du départ de McCartney, et elle atteint la première place le 13 juin 1970 pour deux semaines. C’est le vingtième et dernier numéro un américain du groupe. La version retenue est celle de l’album Let It Be, avec l’orchestre et les chœurs ajoutés par Phil Spector, précisément la version que McCartney détestait et qu’il a citée parmi ses griefs lors de la procédure judiciaire engagée contre ses trois partenaires en décembre 1970. Il y a quelque chose d’ironique à voir le disque le plus vendu des Beatles se refermer sur la production qui a le plus divisé le groupe. Nous revenons sur cette histoire dans notre anatomie de Let It Be.

Eight Days a Week, Yesterday, Day Tripper : les anomalies régionales

Plusieurs titres ne doivent leur présence qu’à un seul des deux pays. Eight Days a Week et Yesterday n’ont pas été publiées en 45 tours au Royaume-Uni en 1965 : elles figuraient sur des albums, Beatles for Sale et Help!. Capitol les a sorties en single aux États-Unis, où elles ont été numéro un respectivement deux et quatre semaines. Yesterday ne deviendra un 45 tours britannique qu’en 1976, dans le cadre de la réédition massive du catalogue, et montera alors à la huitième place.

À l’inverse, six titres ne sont numéros un qu’au Royaume-Uni : From Me to You, Day Tripper, Yellow Submarine, Eleanor Rigby, Lady Madonna et The Ballad of John and Yoko. Aux États-Unis, From Me to You passe presque inaperçue en 1963 chez Vee-Jay, Day Tripper s’arrête à la cinquième place, Yellow Submarine à la deuxième, Eleanor Rigby à la onzième, Lady Madonna à la quatrième et The Ballad of John and Yoko à la huitième, freinée par les radios qui refusaient de diffuser une chanson mentionnant le Christ et la crucifixion.

Si l’on fait le compte, treize titres ont été numéro un dans les deux pays, huit seulement aux États-Unis et six seulement au Royaume-Uni. Le disque est donc plus américain que britannique, ce qui correspond au poids respectif des deux marchés et à la puissance de feu de Capitol à partir de 1964. Le Hot 100 du 4 avril 1964, où les Beatles occupaient les cinq premières places, reste le symbole de cette domination.

Correctif factuel

On lit souvent que 1 réunit tous les numéros un des Beatles. C’est inexact dans les deux sens. D’un côté, Please Please Me, numéro un dans trois des quatre classements britanniques de 1963, et For You Blue, créditée en tête du Hot 100 avec The Long and Winding Road, en sont absentes. De l’autre, Love Me Do n’a jamais été numéro un au Royaume-Uni, et Day Tripper jamais aux États-Unis. 1 ne compile pas les numéros un des Beatles en général : il compile les titres parvenus en tête de deux classements précis, Record Retailer et le Billboard Hot 100, avec un arbitrage sur le statut des faces B.

Les 27 titres de 1 et leurs classements

Le tableau ci-dessous reprend les 27 plages dans l’ordre du disque, avec leur date de parution en 45 tours au Royaume-Uni et leur meilleur classement dans chacun des deux palmarès de référence.

N° Titre Single UK Sommet UK Sommet US
1 Love Me Do 5 oct. 1962 17 1 (1964)
2 From Me to You 11 avr. 1963 1 non classé en 1963
3 She Loves You 23 août 1963 1 1
4 I Want to Hold Your Hand 29 nov. 1963 1 1
5 Can’t Buy Me Love 20 mars 1964 1 1
6 A Hard Day’s Night 10 juil. 1964 1 1
7 I Feel Fine 27 nov. 1964 1 1
8 Eight Days a Week pas de single — 1
9 Ticket to Ride 9 avr. 1965 1 1
10 Help! 23 juil. 1965 1 1
11 Yesterday 1976 seulement 8 (en 1976) 1
12 Day Tripper 3 déc. 1965 1 5
13 We Can Work It Out 3 déc. 1965 1 1
14 Paperback Writer 10 juin 1966 1 1
15 Yellow Submarine 5 août 1966 1 2
16 Eleanor Rigby 5 août 1966 1 11
17 Penny Lane 17 févr. 1967 2 1
18 All You Need Is Love 7 juil. 1967 1 1
19 Hello, Goodbye 24 nov. 1967 1 1
20 Lady Madonna 15 mars 1968 1 4
21 Hey Jude 30 août 1968 1 1
22 Get Back 11 avr. 1969 1 1
23 The Ballad of John and Yoko 30 mai 1969 1 8
24 Something 31 oct. 1969 4 1
25 Come Together 31 oct. 1969 4 1
26 Let It Be 6 mars 1970 2 1
27 The Long and Winding Road pas de single — 1

En additionnant les semaines passées en tête d’après les dates des notices, on obtient environ 69 semaines au sommet du classement britannique et 59 au sommet du Hot 100. À elle seule, Hey Jude en totalise neuf aux États-Unis, un record pour le groupe, suivie par I Want to Hold Your Hand, sept semaines en 1964. Au Royaume-Uni, les plus longs règnes sont ceux de From Me to You et de Hello, Goodbye, sept semaines chacune. Pour une vue d’ensemble de ces statistiques, notre dossier Des Beatles et des chiffres met ces records en perspective avec le reste de la carrière du groupe.

Le contenu plage par plage : huit ans d’histoire en 78 minutes

Écouter 1 d’une traite, c’est assister en accéléré à la plus rapide métamorphose de l’histoire de la musique populaire. Entre la première et la dernière plage, il ne s’écoule que sept ans et demi d’enregistrements, du 11 septembre 1962 au 1er avril 1970, date de la dernière séance de surenregistrement orchestral de Phil Spector. En 78 minutes, on passe d’un harmonica joué dans un studio mono à un orchestre de cordes et de chœurs plaqué sur une bande multipiste. Les quatre faces du double vinyle de 2000 découpent d’ailleurs le disque en périodes presque parfaites : 1962-1964, 1965-1966, 1967-1968, 1969-1970.

1962-1964 : du mono de Love Me Do à la marée américaine

Les trois premières plages, Love Me Do, From Me to You et She Loves You, sont présentées en mono. Ce n’est pas un choix esthétique : pour ces enregistrements de 1962 et 1963, il n’existe pas de bandes permettant une stéréo satisfaisante, et les bandes bipistes de She Loves You ont disparu. Le son de ces trois titres est celui d’un groupe qui joue presque en direct, deux pistes au mieux, avec les voix et les instruments captés en même temps.

From Me to You, écrite dans un car de tournée en février 1963, reste sept semaines en tête au Royaume-Uni à partir du 2 mai 1963. She Loves You, publiée le 23 août 1963, avec ses ouh du refrain et sa sixte finale qui scandalisait George Martin, est le 45 tours le plus vendu au Royaume-Uni pendant quatorze ans. I Want to Hold Your Hand, la première plage en stéréo du disque, est enregistrée le 17 octobre 1963 lors de la première séance du groupe sur un magnétophone quatre pistes. C’est elle qui ouvre l’Amérique : publiée le 26 décembre 1963 aux États-Unis, elle est numéro un le 1er février 1964, une semaine avant le premier Ed Sullivan Show, et y reste sept semaines. Pour mesurer l’onde de choc de ces semaines-là, jusque dans l’autoradio de Bob Dylan, voir notre analyse des trois raisons pour lesquelles Dylan a cru aux Beatles.

Can’t Buy Me Love et A Hard Day’s Night suivent en 1964. La première, enregistrée en partie aux studios Pathé-Marconi de Paris le 29 janvier 1964, pendant la résidence du groupe à l’Olympia, est la seule plage de 1 dont une partie a été gravée hors de Londres. La seconde s’ouvre sur l’accord le plus célèbre de l’histoire du rock, un accord de douze cordes dont la composition exacte fait encore débattre les musicologues ; George Martin y double au piano le solo de Harrison, enregistré à demi-vitesse. I Feel Fine, publiée fin novembre 1964, commence par un larsen volontaire que Lennon revendiquera jusqu’à la fin de sa vie comme le premier enregistré sur un disque.

1965-1966 : le groupe qui change en montant les marches

Avec Eight Days a Week, première chanson pop à s’ouvrir sur un fondu en entrée, le disque bascule dans l’année 1965. Ticket to Ride, enregistrée le 15 février 1965 en deux prises seulement, premier jour des séances de Help!, est ce que Lennon appelait l’un des premiers disques de heavy metal ; nous avons consacré une enquête complète à cette formule. Help!, cri d’alarme déguisé en tube, et Yesterday, première chanson du groupe où un seul Beatle chante et joue, accompagné d’un quatuor à cordes, complètent l’année.

Puis vient le double 45 tours de décembre 1965, Day Tripper et We Can Work It Out, publié le même jour que Rubber Soul, le 3 décembre 1965. Le coffret Rubber Soul: Special Edition, qui paraît ce vendredi 2 octobre 2026, contient d’ailleurs une bande de travail de l’écriture de Day Tripper et une démo de We Can Work It Out ; nous en avons fait l’inventaire plage par plage. En 1966, Paperback Writer, avec sa basse gonflée par un haut-parleur utilisé comme microphone, et le doublé Yellow Submarine / Eleanor Rigby témoignent d’un groupe qui a cessé de penser en fonction de la scène. Yellow Submarine est la seule plage de 1 chantée par Ringo Starr ; Mal Evans y frappe une grosse caisse de fanfare. Quant à Eleanor Rigby, ses deux minutes sans un seul Beatle à l’instrument ont suscité une légende autour d’une tombe de Woolton, que nous avons démêlée dans Eleanor Rigby a-t-elle existé ?

Le film promotionnel de Paperback Writer, tourné en couleur à Chiswick House le 20 mai 1966, fait partie des vidéos restaurées pour 1+ en 2015. On y voit un groupe qui a déjà compris qu’il n’aurait bientôt plus besoin de se déplacer pour être vu.

1967-1968 : de Penny Lane à Hey Jude

La troisième face s’ouvre sur Penny Lane, avec le solo de trompette piccolo de David Mason, payé pour sa séance 27 livres et 10 shillings, que nous racontons dans l’histoire de la rue de Liverpool devenue légende. Aucune chanson de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ne figure sur 1, et pour cause : aucune n’a été publiée en 45 tours à l’époque. L’année 1967 est donc représentée par ses singles : Penny Lane, All You Need Is Love, créée devant des centaines de millions de téléspectateurs lors de l’émission Our World du 25 juin 1967, et Hello, Goodbye, sept semaines numéro un au Royaume-Uni.

Lady Madonna, enregistrée en février 1968 juste avant le départ pour l’Inde, marque un retour au rock and roll de piano, avec un solo de saxophone ténor de Ronnie Scott, figure du jazz londonien. Puis vient Hey Jude, présentée sur 1 dans sa version intégrale de sept minutes et trois secondes, alors que l’édition américaine de 20 Greatest Hits, en 1982, en proposait une version raccourcie. Premier single du label Apple, neuf semaines numéro un aux États-Unis, Hey Jude est au cœur de 1 comme elle est au cœur de l’histoire du groupe. La question de son véritable destinataire, Julian, John ou Paul lui-même, fait l’objet de notre enquête sur les trois destinataires d’un chef-d’œuvre.

Le film de Hey Jude, réalisé par Michael Lindsay-Hogg le 4 septembre 1968 aux studios de Twickenham, devant un public de figurants invités à rejoindre le groupe pour la coda, avec une voix de McCartney chantée en direct, a d’abord été diffusé en Grande-Bretagne dans l’émission de David Frost, puis aux États-Unis dans le Smothers Brothers Comedy Hour. Il est l’une des pièces maîtresses de 1+.

1969-1970 : Get Back, la ballade, Something et la fin

La dernière face commence avec Get Back, dans sa version single, différente de celle de l’album Let It Be. C’est le seul 45 tours des Beatles crédité à un musicien extérieur, The Beatles with Billy Preston, et 1 conserve ce crédit. The Ballad of John and Yoko, enregistrée à deux le 14 avril 1969, Lennon aux guitares et McCartney à la basse, à la batterie et au piano, est le dix-septième et dernier numéro un britannique du groupe dans le classement de l’époque ; c’est aussi le premier 45 tours des Beatles publié en stéréo au Royaume-Uni.

Something et Come Together, les deux faces d’un même 45 tours d’octobre 1969, occupent les plages 24 et 25. Le film de Something montre chacun des quatre avec sa compagne, et a longtemps entretenu l’idée que la chanson était écrite pour Pattie Boyd, ce que Harrison a lui-même relativisé. En 1999, BMI la classait au dix-septième rang des chansons les plus diffusées du XXe siècle, avec cinq millions de passages.

Le clip de Come Together, en revanche, n’a rien d’un document d’époque : c’est l’animation créée en 2000 pour le lancement du site officiel, contemporaine de 1 lui-même.

Le disque se referme sur Let It Be, dans sa version single produite par George Martin, sans le solo de guitare plus agressif de la version album, puis sur The Long and Winding Road de Phil Spector. Le film promotionnel de Let It Be a été tourné le 31 janvier 1969, le lendemain du concert sur le toit.

Ce que 1 ne dit pas

Un disque de numéros un raconte forcément une histoire partielle. Il laisse de côté la moitié du génie des Beatles : les albums conçus comme des œuvres, de Revolver à l’album blanc ; les faces B légendaires comme Rain, Revolution ou Don’t Let Me Down ; les chansons qui ont façonné le rock sans jamais monter au sommet, comme Helter Skelter ou Tomorrow Never Knows. Notre sélection des dix chansons les plus rock des Beatles en donne une idée : une seule d’entre elles figure sur 1. De même, notre parcours des 20 chansons pour découvrir les Beatles s’écarte volontairement du palmarès.

1 ne dit pas non plus que certaines chansons de Lennon et McCartney ont été numéro un sans les Beatles : A World Without Love, par Peter and Gordon, a atteint la première place aux États-Unis comme au Royaume-Uni en 1964, un épisode que nous détaillons dans notre enquête sur les chansons que Lennon et McCartney ont écrites pour d’autres. Le disque mesure la puissance commerciale d’un groupe, pas la totalité de son œuvre. C’est sa force, parce que la règle est incontestable, et sa limite, parce qu’elle réduit huit ans d’invention à ce qui s’est le mieux vendu.

Le son de 2000 : la remastérisation de Peter Mew

Pour le public de 2000, l’un des arguments de 1 était sonore. Jusque-là, les 27 chansons n’étaient disponibles en CD que dans deux familles de pressages : les albums de 1987 et les deux volumes de Past Masters de 1988, puis les CD des compilations rouge et bleue en 1993, qui bénéficiaient d’une nouvelle remastérisation. 1 apporte une troisième remastérisation, réalisée spécialement pour lui.

24 bits, NoNoise et mise en forme du bruit

Le livret détaille le procédé : les bandes analogiques d’origine ont été numérisées en 24 bits, traitées avec la technologie NoNoise de Sonic Solutions, puis ramenées en 16 bits pour le CD à l’aide du système de mise en forme du bruit Prism SNS. Le travail a été conduit à Abbey Road sous la supervision de l’ingénieur Peter Mew, figure de la maison, qui avait déjà participé aux transferts du catalogue. L’objectif est double : retirer le souffle et les imperfections de bande, et donner au son une présence comparable à celle des productions contemporaines, sans toucher aux mixages d’origine.

C’est la différence fondamentale avec ce qui viendra en 2015. En 2000, on travaille à partir des bandes de mixage final : on nettoie, on égalise, on n’intervient pas sur l’équilibre des instruments. Le son de 1 de 2000 est donc celui des mixages que les Beatles et George Martin avaient validés, avec une dynamique et une clarté supérieures aux CD de 1987.

Les petites réparations que seul l’amateur entend

Quelques corrections discrètes attendent l’oreille attentive. Sur Day Tripper, une chute de niveau de la bande, présente sur les éditions stéréo antérieures, a été corrigée. Hey Jude est présentée dans sa longueur complète. Get Back et Let It Be figurent dans leurs versions 45 tours et non dans celles de l’album Let It Be, ce qui a son importance : la version single de Let It Be, produite par George Martin, a un solo de guitare différent et un équilibre orchestral plus sobre que celle retravaillée par Phil Spector pour l’album. À l’inverse, The Long and Winding Road, faute de version single différente, est la version Spector de l’album.

Pour l’amateur qui veut comparer, le plus simple reste de confronter 1 au double CD Past Masters, qui réunit dans les remasters de 2009 la plupart des faces de 45 tours absentes des albums (Past Masters, double CD remastérisé 2009), et aux compilations rouge et bleue de 1993 (1962-1966, double CD de 1993).

L’objet : un 1 jaune, les portraits d’Avedon et 163 pochettes

La réussite de 1 tient aussi à un emballage d’une simplicité calculée, qui a fait école au point d’être copié par une bonne partie de l’industrie dans les années suivantes.

Un chiffre jaune sur fond rouge

La pochette a été conçue par Rick Ward. Elle se réduit à un grand chiffre 1 jaune, dans un style inspiré du pop art, posé sur un fond rouge, et toute la typographie du disque utilise des variantes de l’Helvetica. Il n’y a pas de photo des Beatles en couverture. C’est un choix audacieux pour un disque qui doit se vendre en masse, mais il repose sur une certitude : en 2000, le nom des Beatles n’a plus besoin d’être montré. Un chiffre suffit, parce que tout le monde comprend de quel numéro un il s’agit.

Le procédé sera repris presque aussitôt : Elvis Presley aura son ELV1S: 30 #1 Hits en 2002, les Bee Gees et Michael Jackson leurs Number Ones. Le chiffre isolé devient un code graphique de la compilation de prestige.

Les portraits psychédéliques de Richard Avedon

Le dos de la pochette reprend les célèbres portraits des quatre Beatles réalisés par le photographe new-yorkais Richard Avedon, déposés le 17 août 1967. Ces images solarisées, aux couleurs saturées, sont devenues l’un des emblèmes visuels de 1967. Leur présence sur 1 est un clin d’œil au 1967 absent du disque, celui de Sgt. Pepper. Sur la version vinyle, les quatre portraits sont reproduits sur des planches séparées, comme les photos de l’album blanc en 1968 : le parallèle est volontaire. Pour les autres grands photographes du groupe, voir notre dossier sur les pochettes devenues œuvres d’art.

Un livret de 32 pages et 163 pochettes du monde entier

Le livret du CD compte 32 pages. Il s’ouvre sur un collage de 27 chiffres 1 de couleurs différentes, avec l’équation publicitaire, puis sur l’avant-propos de George Martin. Chaque chanson dispose ensuite de sa page : date et lieu d’enregistrement, numéro de la prise retenue, date de parution, performance dans les classements, et une série de pochettes de 45 tours du monde entier. Au total, 163 pochettes internationales sont reproduites dans le livret, de l’Allemagne au Japon en passant par la France, où les 45 tours des Beatles paraissaient souvent sous forme d’EP à quatre titres avec des pochettes originales. Les notices techniques sont attribuées à Mark Lewisohn dans les crédits reproduits par les fiches discographiques de l’album, ce qui est cohérent avec son rôle de conseiller historique d’Apple depuis l’Anthology.

Pour le collectionneur francophone, ce livret est un petit catalogue : il permet de repérer d’un coup d’œil les pochettes françaises d’Odéon, qui font aujourd’hui partie des pièces les plus recherchées. La référence absolue pour les séances, en revanche, reste le livre de Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions (édition Hamlyn), qui détaille pour chaque titre le nombre de prises et les dates exactes.

La publication : 13 novembre 2000, et l’avalanche

1 paraît le lundi 13 novembre 2000 au Royaume-Uni et dans la plupart des pays, et le lendemain aux États-Unis, sous la triple étiquette Apple, Parlophone et Capitol. Le disque existe en CD dans le monde entier, en cassette, et en double vinyle au Royaume-Uni et en Europe, les Américains devant se contenter du pressage britannique importé. Le lancement est planétaire et simultané, ce qui est en soi une nouveauté pour un catalogue qui avait longtemps été publié différemment selon les pays.

Le premier jour : 3,6 millions d’exemplaires

Selon le Guinness World Records, 3,6 millions d’exemplaires de 1 sont vendus dans le monde dès le premier jour. Le chiffre paraît vertigineux, mais il faut rappeler qu’il agrège des ventes aux détaillants de dizaines de pays et qu’il est communiqué par l’industrie elle-même. Il n’en reste pas moins sans équivalent pour un album composé exclusivement de titres vieux de plus de trente ans.

Royaume-Uni : 319 126 exemplaires en une semaine et neuf semaines en tête

Au Royaume-Uni, 1 entre directement en tête du classement des albums avec 319 126 exemplaires vendus en une semaine. C’est le quinzième album numéro un des Beatles dans leur pays. Le 18 décembre 2000, le site d’information Ananova annonce qu’il est déjà devenu l’album le plus vendu de l’année, en cinq semaines seulement. Il reste neuf semaines en tête, une longévité qu’aucun album n’avait atteinte depuis près de dix ans. À la onzième semaine, les ventes britanniques franchissent le cap des deux millions. L’album termine 2000 à la première place du classement annuel et figure en sixième position des meilleures ventes de la décennie 2000 au Royaume-Uni.

Au fil des années, les certifications de la BPI s’empilent : dix fois platine en juillet 2013, douze fois en septembre 2020, puis treize fois platine, soit 3,9 millions d’unités si l’on intègre l’écoute en ligne. En 2016, l’Official Charts Company le classait au 21e rang des albums les plus vendus de l’histoire britannique, deuxième album des Beatles derrière Sgt. Pepper. Lors du palmarès des soixante-dix ans de l’Official Albums Chart publié en juillet 2026, il figure au 17e rang, ce qui fait des Beatles l’un des rares artistes à placer trois disques dans ce classement, comme nous le détaillions à propos de l’influence des Beatles sur la Britpop et ses héritiers.

États-Unis : le duel avec les Backstreet Boys

Aux États-Unis, 1 entre en tête du Billboard 200 dans le classement daté du 2 décembre 2000, avec un peu plus de 595 500 exemplaires en première semaine. La deuxième semaine, ses ventes augmentent encore, à 662 000 exemplaires, mais il est délogé par Black & Blue des Backstreet Boys, qui en écoule 1,59 million. C’est une situation rare : 1 devient seulement le sixième album de l’ère SoundScan à entrer premier puis à voir ses ventes augmenter en deuxième semaine, et le premier à le faire après un démarrage supérieur à un demi-million. La troisième semaine, il reste deuxième avec 607 000 exemplaires.

Dans le classement daté du 23 décembre 2000, avec 671 000 exemplaires, 1 retrouve la première place. Il la conserve le 30 décembre avec 823 500 exemplaires. Puis vient la semaine de Noël proprement dite, celle qui s’achève le 24 décembre 2000 et qui est publiée dans le classement daté du 6 janvier 2001 : 1 258 667 exemplaires vendus en sept jours. À l’époque, c’est la septième meilleure semaine de l’histoire de SoundScan, la meilleure pour un album qui n’en est pas à sa semaine de sortie, et la meilleure pour un album composé de musique déjà publiée.

Au total, 1 passe huit semaines non consécutives en tête du Billboard 200. Le 10 février 2001, lorsqu’il descend à la quatrième place avec 173 500 exemplaires, il approche déjà les six millions de ventes américaines. Il termine 2000 à la sixième place des ventes annuelles avec 5,1 millions d’exemplaires en sept semaines, et 2001 en tête du classement annuel du Billboard 200. Il restera 309 semaines dans le classement.

Correctif factuel

Un récit très partagé sur les réseaux sociaux affirme que 1 a vendu 1 258 667 exemplaires la semaine du 23 décembre 2000. C’est une confusion de dates. Dans le classement Billboard daté du 23 décembre, l’album s’est vendu à 671 000 exemplaires. Le chiffre de 1 258 667 correspond à la semaine de ventes close le 24 décembre 2000, publiée dans le classement daté du 6 janvier 2001. Le même récit parle d’un record SoundScan absolu pour une compilation : plus précisément, c’était la meilleure semaine jamais enregistrée pour un album de titres déjà publiés et pour un album au-delà de sa semaine de sortie, et la septième meilleure semaine tous albums confondus à cette date.

Canada, Allemagne, Japon : le raz-de-marée

Au Canada, 1 entre premier avec 54 668 exemplaires en une semaine et obtient la certification Diamant, un million d’unités, dès février 2001, quatre mois après sa sortie. En 2009, avec 1 103 000 exemplaires, il est le cinquième album le plus vendu au Canada depuis le début de l’ère SoundScan. En Allemagne, il reste neuf semaines non consécutives en tête, dix-sept semaines dans le top 10, et totalise 1,65 million d’exemplaires, ce qui en fait le troisième album le plus vendu de la décennie 2000 et le premier album non germanophone. Au Japon, il est numéro un du classement Oricon et certifié double million. En Australie, il est l’album le plus vendu de l’année 2000 ; en Nouvelle-Zélande, il sera certifié quinze fois platine.

La France, un cas à part

La France présente une singularité que les récits anglo-saxons ignorent. En 2000, le SNEP publie un classement distinct pour les compilations, et 1 y est rangé. Il termine donc l’année 2000 à la première place du classement annuel des compilations, alors que son meilleur rang dans le classement des albums, où il ne figurera que plus tard, est la dixième place. Il est certifié double platine en France, et les estimations de ventes françaises tournent autour de 650 000 exemplaires. Cette particularité statistique explique qu’on lise parfois que 1 n’aurait pas été numéro un en France : il l’a été, mais dans le classement où la réglementation française le plaçait.

Les chiffres d’un triomphe, vérifiés

Les chiffres de 1 circulent depuis vingt-cinq ans sous des formes plus ou moins exactes. Voici ce qu’il est possible d’établir, et ce qu’il faut corriger.

L’album le plus rapidement vendu de l’histoire

Le Guinness World Records reconnaît 1 comme l’album le plus rapidement vendu de tous les temps, avec 13,5 millions d’exemplaires écoulés dans le monde au cours de son premier mois, dont 3,6 millions le premier jour. Le Guinness souligne au passage que toutes les chansons avaient plus de trente ans, et que le disque a porté à 36 ans et 10 mois l’écart entre le premier et le dernier album numéro un des Beatles, et à 37 ans et 6 mois au Royaume-Uni. Il mentionne aussi plus de cent disques de platine décernés dans le monde.

Correctif factuel

Plusieurs articles anglophones affirment que 1 s’est vendu à 13,8 millions d’exemplaires en cinq semaines. Ce chiffre mélange deux données distinctes. Les 13,8 millions correspondent aux ventes mondiales de l’année civile 2000, soit environ sept semaines de commercialisation, du 13 novembre au 31 décembre, ce qui plaçait 1 au quatrième rang mondial de l’année derrière Eminem, Britney Spears et Santana. Le chiffre retenu par le Guinness pour le record de vitesse est de 13,5 millions en un mois. Quant aux cinq semaines, elles renvoient à une autre donnée : le délai en lequel 1 est devenu l’album le plus vendu de l’année 2000 au Royaume-Uni.

Numéro un dans 35 pays

Le chiffre de 35 pays est celui du Guinness et des rétrospectives de la presse musicale américaine. Il est plausible et largement repris : les tableaux de classements disponibles montrent 1 à la première place en Australie, en Autriche, dans les deux régions de Belgique, au Canada, en Colombie, aux Pays-Bas, en Finlande, en Allemagne, en Irlande, en Italie, au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, en Pologne, au Portugal, en Espagne, en Suède, en Suisse, au Royaume-Uni et aux États-Unis, ainsi qu’en tête du classement européen.

Correctif factuel

On lit parfois que 1 a été numéro un simultanément dans 35 pays. Rien ne permet de l’affirmer. Les sommets ont été atteints à des dates différentes selon les marchés : aux États-Unis, l’album a même perdu la première place dès sa deuxième semaine avant de la reprendre en décembre. Le record porte sur le nombre de pays où l’album a été numéro un, pas sur une semaine où il l’aurait été partout à la fois.

L’album le plus vendu des années 2000

Selon le bilan de Nielsen SoundScan publié en décembre 2009, 1 est l’album le plus vendu aux États-Unis sur la décennie 2000, devant No Strings Attached de NSYNC. Il est aussi présenté comme l’album le plus vendu de la décennie dans le monde. Les Beatles deviennent ainsi le seul artiste à détenir l’album le plus vendu de deux décennies différentes, puisque Sgt. Pepper occupait déjà cette place pour les années 1960, même si cette affirmation repose sur des estimations plus fragiles pour la première décennie. Aucune chanson de Sgt. Pepper ne figure sur 1, ce qui rend la coïncidence d’autant plus frappante.

Avec 1, les Beatles obtiennent aussi un album numéro un aux États-Unis dans une quatrième décennie non consécutive : les années 1960, 1970, 1990 et 2000.

31 millions, 32 millions : que croire ?

En 2009, lors de l’annonce de la remastérisation du catalogue, Apple Corps indique que 1 a dépassé 31 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Les notices commerciales de 2015 parlent de 32 millions. Ces chiffres sont des déclarations de la maison de disques et non des comptages indépendants. Les estimations d’agrégateurs spécialisés, fondées sur les certifications et les données de ventes publiées, aboutissent à des totaux plus bas, autour de 25 millions. La prudence commande de retenir la formule suivante : plus de 25 millions selon les estimations indépendantes, plus de 31 millions selon Apple.

Aux États-Unis, la RIAA a certifié 1 onze fois platine le 8 mars 2010, soit onze millions d’unités expédiées, ce qui lui vaut le statut de disque de diamant. En octobre 2019, Billboard évaluait ses ventes américaines à 13 millions d’exemplaires, et le classait quatrième album le plus vendu depuis 1991.

Les certifications principales

Pays Certification Unités
États-Unis (RIAA) 11 fois platine (diamant) 11 000 000
Royaume-Uni (BPI) 13 fois platine 3 900 000
Japon (RIAJ) double million 2 000 000
Allemagne (BVMI) 11 fois or 1 650 000
Canada (Music Canada) diamant 1 231 000
Australie (ARIA) 10 fois platine 750 000
France (SNEP) double platine environ 650 000
Espagne (Promusicae) 5 fois platine 500 000
Pays-Bas (NVPI) 4 fois platine 320 000
Nouvelle-Zélande (RMNZ) 15 fois platine 225 000
Europe (IFPI) 9 fois platine 9 000 000

Pour situer 1 dans l’ensemble des ventes du groupe, on se reportera à notre dossier sur l’histoire des Beatles racontée par les nombres. Et pour la manière dont le catalogue continue de vivre dans les classements, voir notre suivi du retour des albums rouge et bleu au Billboard après leur réédition de 2023.

La réception critique : un chef-d’œuvre dont personne n’avait besoin ?

La critique de 2000 se trouve face à un objet curieux : un disque dont chaque plage est un classique incontesté, mais dont l’existence même pose question. Comment noter une compilation de chefs-d’œuvre ?

Une presse unanime sur la musique

Les notes sont presque toutes maximales. Stephen Thomas Erlewine, sur AllMusic, donne cinq étoiles et écrit qu’il n’y a “aucun doute que tout cela est de la grande musique”. Le NME accorde 9 sur 10 et parle de l’expérience entière de la pop se déployant sous nos oreilles. Le Melody Maker juge le disque irrésistible et estime qu’on y trouve autant d’éducation à la culture pop que n’importe quel amateur en a besoin. Q salue un rappel salutaire d’une époque où l’on faisait de la musique tournée vers l’avenir. Entertainment Weekly, sous la plume de David Browne, attribue un A moins.

Le reproche : un disque pour ceux qui n’ont rien

Le seul bémol, formulé par Erlewine lui-même, est d’ordre pratique : pour qui possède déjà tous les disques des Beatles, il n’y a guère de raison d’acheter celui-ci. C’est exactement la question que pose le texte anglais qui circule aujourd’hui sur les réseaux sociaux : en 2000, fallait-il se précipiter sur 1, ou considérer qu’un collectionneur des albums britanniques originaux n’en avait aucun besoin ? La réponse commerciale est connue : des millions de possesseurs des albums l’ont acheté quand même, pour l’offrir, pour la remastérisation, pour la commodité d’un seul disque dans la voiture.

L’argument inverse : le meilleur manuel d’initiation

À l’inverse, les défenseurs de 1 font valoir que c’est précisément un disque pour ceux qui n’ont rien. Le public visé n’est pas celui des critiques. Pour un adolescent de 2000, 1 a été ce que les albums rouge et bleu avaient été pour un adolescent de 1973 : une carte d’accès. On peut discuter la règle des numéros un, mais on ne peut pas nier que le disque trace une ligne continue et lisible de 1962 à 1970, où l’on entend littéralement le groupe grandir. Pour prolonger cette initiation, notre sélection de vingt chansons pour découvrir les Beatles propose un parcours plus large.

L’héritage industriel : l’effet 1

Le succès de 1 a eu des conséquences qui dépassent largement les Beatles. Il a démontré qu’un catalogue ancien, bien emballé et lancé comme une nouveauté, pouvait rivaliser avec les plus grosses sorties de l’année. Toute l’industrie en a tiré la leçon.

Dans les quatre années suivantes paraissent coup sur coup ELV1S: 30 #1 Hits d’Elvis Presley en 2002, qui reprend jusqu’au chiffre intégré au nom, Number Ones de Michael Jackson en 2003 et Number Ones des Bee Gees en 2004. Dans la même vague, les critiques rattachent au modèle de 1 The Very Best of Prince et Echoes: The Best of Pink Floyd en 2001, The Ultimate Collection des Who, Forty Licks des Rolling Stones, la compilation posthume de Nirvana et Greatest Hits 1970–2002 d’Elton John en 2002, Sounds of Summer des Beach Boys en 2003. La compilation de prestige, simple, bien remastérisée, à pochette graphique, devient un format à part entière.

Pour Apple, 1 valide aussi une stratégie : publier peu, mais publier des événements. Let It Be… Naked en 2003, Love en 2006, la remastérisation intégrale du 9 septembre 2009, que nous racontons dans 09-09-09, le jour où les Beatles ont retrouvé leur futur, puis les grandes éditions d’anniversaire de Giles Martin à partir de 2017 obéissent toutes à cette logique.

Les rééditions : le guide du collectionneur, de 2000 à 2015

Pour le grand public, 1 est un seul disque. Pour le collectionneur, c’est une famille d’au moins quatre générations sonores et d’une vingtaine de variantes majeures de pressage, sans compter les centaines de déclinaisons nationales recensées par les bases de données discographiques. Voici comment s’y retrouver.

2000, le CD : l’édition mondiale et ses variantes

L’édition de référence est le CD Apple portant le numéro de catalogue 7243 5 29325 2 8, précédé du préfixe CDP aux États-Unis, où il paraît chez Apple et Capitol. Il est fabriqué dans plusieurs usines et se décline avec des mentions légales et des codes de droits différents selon les pays. Il existe aussi une variante britannique propre à EMI UK, numérotée 7243 5 29970 2 2. Au Japon, Toshiba-EMI publie le disque sous la référence TOCP-65600, avec un livret de traduction et des notes japonaises en plus du livret d’origine ; c’est une édition recherchée pour la qualité de son impression et la présence de son obi, la bande de papier qui entoure le boîtier.

La cassette, souvent oubliée, mérite une mention : elle est accompagnée d’un encart de vingt pages reprenant le collage des chiffres 1, l’avant-propos de George Martin et les portraits d’Avedon, avec 36 pochettes reproduites au dos de la jaquette. Publiée en 2000, alors que le format était en voie de disparition, elle fait partie des dernières grandes sorties des Beatles sur cassette et commence à intéresser les complétistes.

2000, le double vinyle : poster, portraits et étiquettes rouges

Le double vinyle de 2000 porte la référence Apple 7243 5 29325 1 1, parfois abrégée 529 3251. Il n’a pas été commercialisé aux États-Unis, où l’on trouvait l’édition britannique en import. Il se présente dans une pochette ouvrante mate, avec le logo Apple et la date 2000 au dos. Chaque disque tourne sur une étiquette rouge personnalisée reprenant le graphisme de la pochette, glissée dans une sous-pochette imprimée.

Surtout, il contient un grand poster dépliant d’environ 60 centimètres sur 90, reproduisant 126 pochettes de 45 tours du monde entier, soit 37 de moins que le livret du CD, et quatre planches séparées des portraits d’Avedon. L’ensemble évoque volontairement l’album blanc de 1968, qui contenait lui aussi quatre portraits et un poster. Pour le collectionneur, un exemplaire complet doit comporter ce poster et ces quatre planches : leur absence fait chuter la cote de moitié au moins. Les exemplaires scellés d’origine se négocient aujourd’hui autour de 75 livres chez les marchands britanniques spécialisés, souvent davantage. L’import vendu en 2000 figure encore au catalogue d’Amazon (double vinyle 1 de 2000, import), mais il faut vérifier auprès du vendeur qu’il s’agit bien du pressage d’origine.

Le Japon a produit sa propre version du double vinyle, référence TOJP-60146-47, avec obi, six feuillets de paroles en anglais et en japonais et des sous-pochettes illustrées de pochettes de 45 tours. C’est l’une des variantes les plus cotées.

Attention aux contrefaçons

Le succès de 1 a attiré les faussaires. Il circule notamment un double picture disc portant la référence 5293264, présenté sous étiquette Apple, qui n’a jamais été publié officiellement. Les bases de données discographiques le classent comme parution non officielle. De manière générale, aucune édition en disque image de 1 n’a été publiée par Apple ; tout exemplaire de ce type doit être considéré comme un pirate, quelle que soit la qualité de sa fabrication.

2011 : la remastérisation issue des masters de 2009

Après la remastérisation intégrale du catalogue en septembre 2009, 1 reste un temps le seul grand disque des Beatles à utiliser la remastérisation de 2000. La situation est corrigée en septembre 2011 : un nouveau CD, référence Apple 50999 083070 2 6, reprend les 27 titres dans les versions remastérisées de 2009, stéréo pour la plupart et mono pour les trois premiers.

La sortie s’accompagne d’une opération numérique. Le catalogue des Beatles n’est disponible sur iTunes que depuis le 16 novembre 2010 ; 1 y est proposé en précommande fin août 2011 au prix promotionnel de 9,99 dollars, avec une campagne invitant les fans à désigner leur plage préférée sous le mot-clé #MyBeatles1. Résultat : 1 retrouve la quatrième place du Billboard 200 dans le classement daté du 24 septembre 2011, avec 60 000 exemplaires, et prend la tête des ventes d’albums d’iTunes aux États-Unis, au Canada, au Japon, aux Pays-Bas, au Mexique, en Suisse, en Espagne, en Nouvelle-Zélande et en Grèce, selon Capitol et EMI.

2014 : le double vinyle de l’ère Universal

En 2012, EMI est rachetée par Universal Music Group, et le catalogue des Beatles est désormais administré par Calderstone Productions, filiale de Universal créée pour l’occasion. Nous avons décrit dans notre article sur l’accord mondial des Beatles avec Universal Music la manière dont cette relation a évolué depuis. Un nouveau double vinyle de 1 paraît vers 2014, référence 0602537600793, avec les remasters de 2009, dans une présentation reprenant celle de 2000 mais avec les logos Apple et Universal au dos, pressé par l’usine allemande Optimal Media. Il est souvent confondu avec l’édition de 2000, dont il ne partage pas le son ; le logo Universal au dos de la pochette permet de les distinguer immédiatement.

Cette édition a eu une vie courte : à l’annonce du remixage de 2015, les éditions fondées sur les remasters de 2009 ont été discrètement retirées du catalogue pour laisser la place aux nouveaux mixages.

2015 : 1 et 1+, le remixage de Giles Martin et Sam Okell

Le 6 novembre 2015, Apple publie une nouvelle version de 1, et surtout une édition augmentée baptisée 1+. La différence n’est plus de mastering mais de mixage. Giles Martin, fils de George Martin, et l’ingénieur Sam Okell ont repris aux studios d’Abbey Road les bandes multipistes d’origine pour créer de nouveaux mixages stéréo, ainsi que des mixages en son surround 5.1. Nous avons retracé le parcours de Giles Martin, l’héritier du son, dont 1 a été le premier grand chantier de remixage d’un disque des Beatles après Love en 2006.

Giles Martin a expliqué la différence en termes simples : les remasters étaient retournés aux bandes de mixage final, les avaient nettoyées, égalisées et publiées ; lui a choisi de remonter en amont et de créer ses propres mixages. Il a aussi raconté avoir passé des séances entières à basculer entre les stéréos remastérisées, les remasters mono et ses propres remixages, pour s’assurer qu’il préférait bien ce qu’il avait fait. Le projet est né des vidéos : en travaillant sur le son des films promotionnels pour qu’il soit plus immersif, Martin a estimé que le même objectif devait s’appliquer au disque.

Les trois premiers titres restent en mono, faute de bandes multipistes exploitables pour Love Me Do, From Me to You et She Loves You. Les fiches divergent sur leur traitement exact : certaines parlent des mixages mono d’origine, d’autres de mixages mono refaits. Le CD de 2015 est disponible en édition simple (1, CD remixé 2015), et l’album existe également en téléchargement (1 en version numérique).

Les formats de 2015

L’offre de 2015 se décline en une série de formats : CD seul, CD accompagné d’un DVD ou d’un Blu-ray contenant les 27 films, CD avec deux DVD ou deux Blu-ray. Les éditions à deux disques vidéo sont vendues dans un livre cartonné illustré de 124 pages ; ce sont elles qui portent le nom 1+. Le coffret CD et deux Blu-ray porte la référence 0602547567819 (1+, édition deluxe CD et deux Blu-ray). Le Blu-ray seul des 27 films est aussi proposé à part (1, Blu-ray des 27 films).

Le double vinyle remixé suit le 4 décembre 2015, référence 0602547567901 : deux disques de 180 grammes dans une pochette ouvrante, avec quatre cartes et un poster des pochettes de 45 tours du monde entier, reproduisant fidèlement la présentation d’origine (1, double vinyle 180 grammes remixé). Au Japon, Universal publie son propre pressage, référence UIJY-75065/6, ainsi qu’une édition 1+ en SHM-CD.

Au Royaume-Uni, 1+ entre à la cinquième place du classement des albums le 13 novembre 2015. Aux États-Unis, 1 revient à la sixième place du Billboard 200 avec 40 000 exemplaires.

Les 50 films de 1+

La véritable nouveauté de 2015 est visuelle. 1+ réunit 50 films promotionnels et prestations télévisées, entièrement restaurés, avec des commentaires audio et des introductions filmées de Paul McCartney et Ringo Starr. Le premier disque vidéo propose un film pour chacune des 27 chansons ; le second en ajoute 23, dont des versions alternatives et des titres qui n’ont jamais été numéro un.

Parmi les pièces du premier disque : From Me to You au Royal Variety Performance du 4 novembre 1963 ; She Loves You à l’émission suédoise Drop In, enregistrée le 30 octobre 1963 ; A Hard Day’s Night filmée au Palais des Sports de Paris le 20 juin 1965, un document précieux pour le public français ; Eight Days a Week illustrée par des images du concert du Shea Stadium du 15 août 1965 ; Yesterday à l’Ed Sullivan Show ; I Feel Fine, Ticket to Ride, Help!, Day Tripper et We Can Work It Out tournés le même jour, le 23 novembre 1965, aux studios de Twickenham ; Penny Lane tournée les 5 et 7 février 1967 à Stratford et à Knole Park ; All You Need Is Love dans sa version satellite du 25 juin 1967 ; Hello, Goodbye au Saville Theatre le 10 novembre 1967 ; Lady Madonna, composée d’images tournées pendant l’enregistrement de Hey Bulldog ; Get Back sur le toit d’Apple le 30 janvier 1969.

Le second disque aligne quelques raretés majeures : Twist and Shout à la télévision de Granada en août 1963, Please Please Me à l’Ed Sullivan Show, les deux films de Rain, celui de Strawberry Fields Forever, le tournage de la séance orchestrale de A Day in the Life du 10 février 1967, deux versions alternatives de Hello, Goodbye, Hey Bulldog, une seconde version de Hey Jude, Revolution avec voix en direct, Don’t Let Me Down sur le toit, et de nouveaux mixages de 2015 de Free as a Bird et Real Love. Dans le nouveau mixage de Free as a Bird, une phrase chantée par Harrison est remplacée par une prise différente. Pour l’amateur de Rubber Soul, le film de We Can Work It Out, où Lennon joue assis à l’harmonium, prend un relief particulier à la veille de la sortie du coffret de 2026, dont nous avons présenté le premier extrait inédit.

Tableau récapitulatif des éditions majeures

Année Format Référence Son Signes distinctifs
2000 CD 7243 5 29325 2 8 remaster 2000 (Peter Mew) livret 32 pages, 163 pochettes
2000 CD EMI UK 7243 5 29970 2 2 remaster 2000 variante britannique
2000 CD Japon TOCP-65600 remaster 2000 obi, notes japonaises
2000 2 LP 7243 5 29325 1 1 remaster 2000 étiquettes rouges, poster 126 pochettes, 4 portraits
2000 2 LP Japon TOJP-60146-47 remaster 2000 obi, feuillets de paroles
2011 CD 50999 083070 2 6 remasters 2009 lancement iTunes à 9,99 dollars
vers 2014 2 LP 0602537600793 remasters 2009 logos Apple et Universal, pressage Optimal Media
2015 CD, CD + DVD ou Blu-ray selon format remix Giles Martin / Sam Okell 27 films restaurés
2015 1+ CD + 2 Blu-ray 0602547567819 remix stéréo et 5.1 livre de 124 pages, 50 films
2015 2 LP 180 g 0602547567901 remix 2015 4 cartes, poster, parution le 4 décembre

Quelle édition choisir ?

Pour qui veut entendre les chansons telles qu’elles ont été validées en 1962-1970, l’édition de 2000 ou celle de 2011 restent les plus fidèles aux mixages d’origine, la première avec un son plus brillant, la seconde avec la remastérisation plus naturelle de 2009. Pour qui cherche la plus grande clarté instrumentale et un son adapté aux systèmes actuels, le remixage de 2015 est le choix évident, et le Blu-ray de 1+, avec son surround et ses 50 films, reste l’édition la plus complète jamais publiée. Pour le collectionneur de vinyle, le double album de 2000 complet, avec son poster et ses quatre portraits, est la pièce de référence ; le pressage japonais de la même année en est la version de luxe.

Correctif factuel

On présente souvent l’édition de 2011 comme un remixage. C’est une erreur : en 2011, 1 a seulement été aligné sur les remasters de 2009, sans modification des mixages. Le seul remixage de 1 est celui de Giles Martin et Sam Okell, publié le 6 novembre 2015 en CD et vidéo, et le 4 décembre 2015 en vinyle.

1 à l’ère du streaming, et la question de Now and Then

Le 24 décembre 2015, sept semaines après la sortie de 1+, le catalogue des Beatles arrive sur les plateformes d’écoute en ligne. 1 y devient naturellement l’une des portes d’entrée principales. C’est aussi par le streaming que certaines chansons ont connu une seconde vie spectaculaire, à commencer par Here Comes the Sun, qui ne figure pourtant pas sur 1 et dont nous avons raconté le parcours jusqu’au milliard d’écoutes. Le streaming a d’ailleurs brouillé la logique même de 1 : sur les plateformes, le palmarès qui compte n’est plus celui des ventes de 45 tours des années 1960, mais celui des écoutes d’aujourd’hui, qui place en tête des titres que les classements d’époque avaient ignorés.

Reste une question que se posent tous les amateurs depuis novembre 2023. Le 3 novembre 2023, les Beatles ont publié Now and Then, dernière chanson du groupe, construite sur une maquette de John Lennon grâce aux techniques de séparation des sources développées par l’équipe de Peter Jackson. Le 10 novembre 2023, elle entre à la première place du classement officiel britannique, dix-huitième numéro un des Beatles dans ce classement, cinquante-quatre ans après The Ballad of John and Yoko. Aux États-Unis, elle atteint la septième place du Hot 100. Selon la règle de 2000, Now and Then aurait donc sa place comme 28e titre de 1.

Pour l’instant, Apple a choisi d’intégrer Now and Then à l’édition 2023 de l’album bleu, et non à 1. À notre connaissance, aucune mise à jour de 1 n’a été annoncée à ce jour. Si elle devait voir le jour, elle poserait une question inédite : faut-il appeler 1 un disque de 28 numéros un dont le dernier a été enregistré en partie en 1977, en 1995 et en 2022 ?

Chronologie de 1

Date Événement
11 septembre 1962 Enregistrement de la version de Love Me Do avec Andy White retenue sur 1
5 octobre 1962 Sortie britannique de Love Me Do, 17e place de Record Retailer
2 mai 1963 From Me to You numéro un au Royaume-Uni pour sept semaines
1er février 1964 I Want to Hold Your Hand numéro un aux États-Unis
30 mai 1964 Love Me Do numéro un aux États-Unis sur le label Tollie
28 septembre 1968 Hey Jude entame neuf semaines en tête du Hot 100
1er avril 1970 Derniers surenregistrements de Phil Spector sur The Long and Winding Road
13 juin 1970 The Long and Winding Road, dernier numéro un américain des Beatles
1982 20 Greatest Hits, dernier best of sur un seul support avant 1
20 novembre 1995 Sortie d’Anthology 1, début du cycle Anthology
Octobre 2000 Parution du livre The Beatles Anthology
13 novembre 2000 Sortie mondiale de 1 ; 3,6 millions d’exemplaires le premier jour
14 novembre 2000 Sortie américaine chez Apple et Capitol
2 décembre 2000 Entrée en tête du Billboard 200 avec 595 500 exemplaires
18 décembre 2000 Album le plus vendu de l’année au Royaume-Uni en cinq semaines
6 janvier 2001 Classement Billboard de la semaine de Noël : 1 258 667 exemplaires
Février 2001 Certification diamant au Canada
29 novembre 2001 Mort de George Harrison ; 1 reste le dernier album paru de son vivant
2009 Apple annonce plus de 31 millions d’exemplaires vendus ; Nielsen consacre 1 album de la décennie aux États-Unis
8 mars 2010 Certification RIAA onze fois platine
Septembre 2011 Réédition avec les remasters de 2009 et lancement sur iTunes
Juillet 2013 Dix fois platine au Royaume-Uni
6 novembre 2015 Sortie de 1 remixé et de 1+
4 décembre 2015 Double vinyle remixé de 180 grammes
24 décembre 2015 Arrivée du catalogue des Beatles sur les plateformes d’écoute
Septembre 2020 Douze fois platine au Royaume-Uni
10 novembre 2023 Now and Then numéro un au Royaume-Uni, candidate théorique à une 28e plage
Juillet 2026 1 17e du palmarès des soixante-dix ans de l’Official Albums Chart

Questions fréquentes sur la compilation 1 des Beatles

Quand est sorti l’album 1 des Beatles ?

Le 13 novembre 2000 au Royaume-Uni et dans la plupart des pays, le 14 novembre aux États-Unis, chez Apple, Parlophone et Capitol.

Combien de chansons contient 1 ?

Vingt-sept, de Love Me Do à The Long and Winding Road, pour une durée totale de 78 minutes et 39 secondes sur un seul CD.

Selon quel critère les chansons ont-elles été choisies ?

Ont été retenus les titres classés numéro un au Royaume-Uni dans le palmarès de Record Retailer ou aux États-Unis dans le Billboard Hot 100, à l’exception de For You Blue, considérée comme une face B.

Pourquoi Please Please Me et Strawberry Fields Forever ne figurent-elles pas sur 1 ?

Please Please Me a été numéro un dans le NME, le Melody Maker et Disc, mais seulement deuxième dans Record Retailer. Strawberry Fields Forever a été bloquée à la deuxième place au Royaume-Uni par Release Me d’Engelbert Humperdinck, et n’a pas été classée en tête aux États-Unis, où seule Penny Lane l’a été.

Pourquoi Love Me Do figure-t-elle sur 1 alors qu’elle n’a été que 17e au Royaume-Uni ?

Parce qu’elle a été numéro un aux États-Unis le 30 mai 1964, publiée par le label Tollie. La version retenue est celle avec Andy White à la batterie.

Combien d’exemplaires 1 s’est-il vendu ?

Plus de 31 millions dans le monde selon Apple en 2009, 3,6 millions le premier jour et 13,5 millions le premier mois selon le Guinness World Records. Les estimations indépendantes se situent plutôt autour de 25 millions.

1 est-il l’album le plus vendu des années 2000 ?

Oui aux États-Unis, selon Nielsen SoundScan, et il est présenté comme tel dans le monde. Au Royaume-Uni, il est le sixième album le plus vendu de la décennie.

Qui a remastérisé 1 en 2000 ?

L’ingénieur Peter Mew, aux studios d’Abbey Road, avec une numérisation en 24 bits, un traitement Sonic Solutions NoNoise et une réduction en 16 bits par le système Prism SNS.

Quelle est la différence entre 1 et 1+ ?

1 désigne le disque audio. 1+ est l’édition deluxe de 2015 qui ajoute deux disques vidéo réunissant 50 films promotionnels restaurés, dans un livre de 124 pages, avec des mixages stéréo et surround de Giles Martin et Sam Okell.

Quelle édition de 1 privilégier pour le vinyle ?

Le double vinyle de 2000, complet avec son poster de 126 pochettes et ses quatre portraits d’Avedon, est la pièce de collection ; le double vinyle de 180 grammes de 2015 offre le remixage de Giles Martin. Le pressage portant le logo Universal au dos, vers 2014, utilise les remasters de 2009.

Existe-t-il un picture disc officiel de 1 ?

Non. Les disques images de 1 en circulation, notamment sous la référence 5293264, sont des parutions non officielles.

Now and Then sera-t-elle ajoutée à 1 ?

Aucune annonce en ce sens à ce jour, à notre connaissance. Now and Then a été ajoutée à l’édition 2023 de l’album bleu. Numéro un au Royaume-Uni en novembre 2023, elle répondrait pourtant au critère de 2000.

Glossaire

Record Retailer : hebdomadaire professionnel britannique dont le classement des 45 tours est considéré rétrospectivement comme l’ancêtre du classement officiel du Royaume-Uni.

Hot 100 : classement hebdomadaire des singles du magazine américain Billboard, créé en 1958.

SoundScan : système de comptage des ventes aux caisses des magasins, utilisé aux États-Unis depuis 1991 et désormais appelé Luminate.

Double face A : 45 tours dont les deux faces sont promues à égalité, comme Day Tripper / We Can Work It Out.

Remastérisation : nouveau traitement d’un enregistrement à partir de la bande de mixage final, sans modifier l’équilibre entre les instruments.

Remixage : nouvelle répartition des instruments et des voix à partir des bandes multipistes d’origine.

Obi : bande de papier entourant les disques japonais, qui porte les informations en japonais et fait partie intégrante de l’objet pour le collectionneur.

Certification diamant : distinction décernée aux États-Unis à partir de dix millions d’unités, et au Canada à partir d’un million.

Sources et bibliographie

Ouvrages : Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions (Hamlyn, 1988, rééd. 2013) ; The Beatles, The Beatles Anthology (Seuil, 2000) ; Ian MacDonald, Revolution in the Head ; Barry Miles, Many Years From Now ; Walter Everett, The Beatles as Musicians ; Peter Doggett, You Never Give Me Your Money.

Documents : livret du CD 1 (Apple/Capitol, 2000, CDP 7243 5 29325 2 8) ; livret de 1+ (Apple, 2015).

Presse et références en ligne : Guinness World Records (fiche Fastest-selling album) ; Billboard (chroniques Between the Bullets de Geoff Mayfield, décembre 2000 et février 2001 ; archives du Billboard 200) ; MTV News (27 décembre 2000) ; Ultimate Classic Rock (Corbin Reiff, 13 novembre 2015) ; Entertainment Weekly (entretien avec Giles Martin, 11 novembre 2015) ; Official Charts Company ; RIAA ; Music Canada ; BVMI ; AllMusic ; Discogs ; jpgr.co.uk ; thebeatles-collection.com ; Beatles Blog.

Et vous ?

Un quart de siècle après sa sortie, 1 reste un disque paradoxal : le plus vendu des Beatles, et peut-être celui qui ressemble le moins à ce qu’ils ont voulu faire, eux qui pensaient en albums depuis 1965. Il a pourtant fait entrer des millions de personnes dans leur musique, et beaucoup de lecteurs de ce site ont sans doute découvert le groupe par ce chiffre jaune sur fond rouge.

En novembre 2000, vous êtes-vous précipité sur 1 en CD, ou faisiez-vous partie de ceux qui estimaient qu’une compilation ne servait à rien quand on possédait déjà les albums britanniques originaux ? Et si l’édition vinyle de 2000 dort dans votre discothèque, avez-vous toujours son poster ? Racontez-nous votre histoire avec 1.

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